Déjeuner au restaurant de l’hôtel Mandarin Oriental vendredi, 29 janvier 2016

Ce soir, se tiendra le 197ème dîner. Deux jours avant le dîner j’ai écrit à chacun des participants les recommandations d’usage, de ne pas conduire après le repas et de déjeuner léger le jour de ce dîner. La grève des taxis va m’obliger à ne pas respecter l’engagement numéro un et peu avant dix heures ce matin, je reçois le message d’un vigneron : « êtes-vous libre pour déjeuner aujourd’hui au Mandarin Oriental ». Je vais donc désobéir aussi à la recommandation numéro deux.

Arrivé au restaurant de l’hôtel Mandarin Oriental, je suis accueilli par David Biraud tout sourire, sommelier que j’ai connu à l’hôtel de Crillon et avec qui j’ai réalisé des dîners mémorables. Ici il est un peu comme Eric Beaumard au George V ou comme était Philippe Bourguignon au Laurent, à la fois guide des mets et des vins. Il nous explique le menu où l’on peut choisir de cinq à huit plats. Nous prendrons le programme minimum qui pour moi sera : friture de barbue, poivre Sansho / œuf bio, riz Carnaroli, cresson de fontaine / bar de ligne, châtaigne, butternut et jus kabuto / poitrine de pigeon, fenouil cru et cuit, noisette torréfiée et raisin blanc / sweet Bento et Ylang-ylang.

De plus en plus, dans un plus grand nombre de restaurants, la recherche de recettes nouvelles nous emporte dans un monde lexical aux termes inconnus.

Nous prenons l’un des trois champagnes au verre proposés, le Champagne Pol Roger « Pure » extra-brut sans année. Avec David Biraud nous convenons que les champagnes non dosés sont un effet de mode, car l’extra-brut n’est pas le plus charmeur des champagnes. Nous le vérifions avec celui-ci, de belle matière mais janséniste, rigoureux, ascète, qui se présente pour nous rappeler que le plaisir est péché.

Et l’on pourrait dire que la cuisine de Thierry Marx suit les mêmes tendances que ce champagne, car sur un fond de dextérité et d’évident talent, on explore des saveurs parfois ingrates ou tout du moins faisant du « hors-piste » par rapport aux saveurs gourmandes que l’on aime. J’adore le bar, j’adore le pigeon, mais le diable gustatif s’habille non pas en Prada mais dans les goûts collatéraux. Il y a de l’invention, du talent comme avec cet œuf magnifiquement mollet, mais par moment on est plus dans l’intellectualisme que dans la gourmandise.

Mon hôte étant le président des champagnes Henriot et de la maison Bouchard Père & Fils, quoi de plus naturel que de boire un vin que j’affectionne tout particulièrement, le Beaune Grèves Vigne de l’Enfant Jésus Bouchard Père & Fils 2009. Tout en ce vin est charmant. Il est velours, il est soie. Quelle grâce et quelle élégance. Alors que 2009 est une année puissante, le vin est tout en finesse et délivre ses messages avec subtilité. Il s’accommode bien du bar mais c’est surtout sur la chair goûteuse du pigeon qu’il est à son aise.

Thierry Marx qui est venu nous saluer a ajouté la surprise d’une truffe noire particulièrement goûteuse et l’enfant Jésus a cherché à se confondre avec elle, le vin devenant une truffe délicate.

Les desserts sont innombrables, aux saveurs exquises extrêmement variées. Comme on ne retient pas la présentation qui est faite de ces desserts, on s’aventure « à l’aveugle » sur des pistes gustatives intéressantes mais très abondantes et très disparates.

Le cadre du restaurant est très étonnant. Les tables sont très confortables. David Biraud est un amphitryon extrêmement sympathique et compétent. Son dynamisme joyeux est entraînant. Je lui demande si le chef pourrait s’intéresser à créer des dîners pour mes vins. Sa réponse immédiate est que mes dîners, qu’il connaît pour avoir participé à la mise au point de plusieurs, ne sont pas dans les axes de recherche du chef.

Cela n’enlève rien au plaisir d’avoir déjeuné agréablement dans un des grands restaurants de Paris.

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Week-end en famille avec des bas et des hauts ! dimanche, 24 janvier 2016

On en rirait tant c’est improbable. Ma fille vient à la maison. J’ouvre un Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs 1998. Le champagne est plat, fade, sans vibration. Ma femme a cuit des saucisses genre chipolata tellement épicées que ce sont des brûle-gueule. Le champagne n’aime pas. J’essaie une poutargue, mais si elle a le goût, sa texture farineuse empêche de l’apprécier. J’ouvre une terrine de foie gras, et elle manque d’énergie.

Après un tel début, nous passons à table et j’ouvre un Champagne Pol Roger Cuvée Winston Churchill 1996. Là, il y a de la vibration, on entre dans de belles saveurs. Mais une soupe est fadasse et ne peut cohabiter, une saucisse est possible, un Brie de Melun manque totalement d’énergie. Décidément tout est ligué contre nous. Il y a des Spéculos bios, mais ils sont fades aussi. Même une tartine beurrée révèle un beurre un peu pataud. Nous étions sous une lune contraire et c’est le regretté Philippe Seguin qui le disait le mieux : « quand ça ne veut pas, ça ne veut pas ».

Le lendemain midi, il y a mes deux filles et quatre petits-enfants. Pour l’apéritif nous finissons le Champagne Pol Roger Cuvée Winston Churchill 1996. Il a gardé sa vigueur et s’est élargi. Je vais chercher un Champagne Veuve Clicquot Ponsardin Carte d’Or 1973. Sous la cape, le long du bord du verre au contact du haut du bouchon, il y a de la moisissure que j’essuie consciencieusement. Le bouchon vient facilement. Il n’est pas touché par la moisissure et le parfum du champagne paraît très pur. Lorsque je verse le champagne, sa couleur est d’un bel or saumoné. Le nez est très expressif et en bouche, ce champagne n’est que plaisir. Enfin ! Il est riche, vif, joyeux, plein en bouche. Il y a de beaux fruits oranges et roses. S’il est un peu évolué, cela n’a aucune influence sur son goût. Nous grignotons des petits biscuits d’apéritifs suffisamment neutres pour convenir au beau champagne.

Nous passons à table. Ma femme s’est lancée dans la confection d’un couscous et je dois dire que c’est une vraie réussite. Elle n’a pas cédé à la tentation de trop épicer le plat ce qui va faciliter l’accord avec le vin. Par quel miracle ai-je acquis un Barbaresco Alfredo Candela 1959, je ne sais pas. Il m’est apparu pouvoir convenir à ce plat. Dès que j’ai découpé la capsule, j’ai vu que le bouchon avait été enfoncé avec un outil de bouchage manuel, le cercle du piston ayant laissé une forte trace d’enfoncement au-delà du raisonnable. Le tirebouchon n’a tiré qu’une infime partie du bouchon qui se déchire et la quasi-totalité colle au verre. Quand j’ai essayé d’émietter le bouchon, des morceaux sont tombés dans le vin. J’ai donc utilisé un entonnoir et un chinois pour carafer la bouteille. Et c’est un liquide assez clairet qui a été versé dans la carafe car une lie abondante et lourde est restée dans le chinois. Malgré cela, le vin que je verse maintenant a la couleur claire d’un vin de Bourgogne et son parfum est profond et intense. En bouche il montre de grandes qualités. Un peu fumé, au fort tannin, il est riche et s’adapte tout-à-fait au couscous, montrant fraîcheur et fluidité. Ce nebbiolo du Piémont est raffiné, gastronomique et accompagnera le plat sur toutes ses saveurs. C’est une surprise que je n’attendais pas à ce niveau. De plus, sa vivacité est telle qu’on imaginerait un vin du début des années 90 plus qu’un vin qui a 56 ans. Après le dîner d’hier, je ne cache pas ma joie d’avoir ouvert ce vin qui colle si bien à un couscous délicieux.

Le prétexte de notre déjeuner est de tirer les rois pour les petits-enfants avec une galette faite par ma femme, fourrée de confiture d’orange au lieu de frangipane. Et l’accord entre les zestes d’orange assez doux et le champagne de 1973 est un petit miracle. Cela donne au champagne un aspect encore plus joyeux et fruité et une longueur quasi infinie.

Le repas se finit avec l’impression qu’il compense largement les insuccès de la veille. Tant mieux !

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couleur du champagne

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la lie recueillie dans le chinois

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le couscous déjà largement entamé

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Rhône Vignobles présente ses vins à Paris et nous offre une surprise samedi, 23 janvier 2016

Ils sont quatorze vignerons, tous copains, qui ont créé « Rhône Vignobles » pour faire ensemble la promotion de leurs vins en France et à l’étranger. Ils invitent pour une dégustation d’après-midi à la Maison de l’Aubrac. Pour attirer une large audience, ils annoncent une surprise des « Winegroovers » et une dégustation de millésimes d’exception. Les quatorze domaines sont du nord au sud du Rhône : Jean-Michel Gérin, Yves Cuilleron, François Villard, Louis Chèze, Combier, Graillot, Courbis, Alain Voge, Delubac, Montvac, La Janasse, Beaurenard, la Citadelle et Revelette.

J’ai la chance de bénéficier de l’amitié des membres du groupe car nous nous sommes plusieurs fois rencontrés autour de vins anciens dont ils sont friands et de leurs vins. Après avoir salué chacun, je commence à goûter leurs blancs de 2014. Malgré leur jeunesse beaucoup sont agréables à boire. Selon les appellations, ils sont très différents, bien faits et typés. 2014 s’annonce comme une belle année de blancs. Je prends des notes, mais il serait fastidieux de les reproduire car dans cette salle bruyante du fait du monde, les conditions de dégustation ne sont pas les meilleures. Lorsque j’attaque les rouges, je prends de moins en moins de notes. Les vignerons présentent plutôt leurs rouges 2013 voire 2012 et 2011. On peut grignoter des cochonnailles à un bar comptoir au centre de la grande salle. Je suis étonné que ces cochonnailles soient aussi peu avenantes alors que la maison de l’Aubrac est célèbre pour ses viandes.

Le président de Rhône Vignobles Alexis Rousset-Rouard prend la parole mais son discours est recouvert par une vidéo des Winegroovers. Ce sont tous les vignerons qui chantent et jouent du rock. Grâce à un outil de modification d’images, on voit tous les vignerons et vigneronnes avec des chemises ou pulls fluos et les lunettes de soleil opaques des mêmes couleurs. C’est vivant drôle, et montre leur camaraderie. Le président veut reprendre la parole, mais la vidéo repart en boucle, avec la chanson « il faut le boire pour le croire ». Il annonce qu’il sera remplacé par une nouvelle présidente de Rhône Vignobles, Cécile Dusserre du domaine de Montvac à Vacqueyras.

Vient ensuite la partie la plus passionnante : chaque domaine a apporté des magnums de vins de 2010, 2009 et même plus vieux, jusqu’en 2003. Quand on voit le saut qualitatif que représentent ces vins plus mûrs, on est obligé de se demander pourquoi l’on commet l’erreur de mettre en vente des vins trop jeunes. Ces vignerons qui représentent l’excellence de leurs appellations font des vins superbes lorsqu’ils ont une dizaine d’années. C’est à méditer.

La joie de vivre et la compétence des membres de ce groupe vieux de vingt-cinq ans a attiré un nombre impressionnant de visiteurs du monde du vin et de la restauration. Longue vie à Rhône Vignobles, qui compte les plus beaux fleurons des Côtes Rôties, Condrieu, Saint-Joseph, Crozes-Hermitage, Hermitage, Cornas, Saint-Péray, Rasteau, Cairanne, Gigondas, Vacqueyras, Châteauneuf-du-Pape, Lubéron et Coteaux d’Aix. Leur joie de vivre est aussi souriante que leurs vins.

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Fondation Prospective et Innovation vendredi, 22 janvier 2016

Tout le monde connaît les relations privilégiées que Jean-Pierre Raffarin entretient avec la Chine. Il a créé la Fondation Prospective et Innovation dont le but est de susciter et provoquer des liens entre la Chine et la France, en s’appuyant sur la culture et l’art. En préparation d’une rencontre en Chine, des personnes intéressées par l’art, le design, les métiers d’art sont invitées à un cocktail au siège de la fondation.

Alors que Jean-Pierre Raffarin arrive tout juste de Chine où il a passé trois jours pour préparer de futurs événements, son talent d’infatigable orateur le pousse à nous décrire dans le détail ce qu’il compte faire. Il y a dans la salle une majorité de chinois, la plupart très jeuner, travaillant en France et en Chine sur des projets de design.

Un buffet très simple est prévu et l’on m’apostrophe : « voulez-vous du champagne ». Je prends le verre qui m’est aimablement tendu et il me suffit de sentir pour penser : « cela m’étonnerait que ce soit du champagne ». Je m’approche du buffet pour voir le magnum qui est servi et je lis « Montlouis ». Je dis à la personne qui distribue les verres : « vous ne devriez pas dire champagne ».

Il me regarde comme s’il était insulté, manifestement offensé et me demande de façon irritée : « que voudriez-vous que je dise ? ».

Si nous voulons exporter notre savoir et notre culture, il faut être excellent aussi dans les détails. Bien sûr, je n’ai pas retenu que ce détail mais je trouve opportun de le relater. Les échanges furent intéressants, avec des personnalités de tous horizons. La relation privilégiée que notre ancien premier ministre a avec la Chine est un atout précieux pour mettre en valeur et développer en Chine l’art de vivre et les talents de la France.

Deuxième dîner au restaurant Jean Sulpice à Val-Thorens dimanche, 10 janvier 2016

(Il est recommandé de commencer la lecture deux articles plus bas pour avoir les récits des repas à Val-Thorens dans l’ordre chronologique)

Nous nous retrouvons tous les quatre pour dîner au restaurant Jean Sulpice, ce qui sera notre troisième repas en ce lieu. J’avais ouvert en fin de déjeuner la bouteille qui va constituer le point fort de ce repas, luttant contre un bouchon qui se déchiquète. Nous ne savons pas ce que le chef a prévu. Les indications de tendances que délivre Alexandre me permettent de commander le vin d’avant et celui d’après.

Le menu que nous ne connaissons pas à l’avance, conçu par Jean Sulpice avec le sommelier Alex et peut-être, dans l’ombre et à distance, avec Jean-Philippe Durand (qui sait ?) est : galette de sarrasin / amuse-bouche : langoustine litchi – joue de bœuf – caviar d’Aurenki, cresson / écrevisses, cèpes, noix de Grenoble / variation de légumes, sarriette / huître Papin-Poget, topinambour, foie gras / Plin, escargots, herbes / boudin à la truffe, réglisse / truffe noire en croûte ris de veau / chevreuil, gentiane, betterave / myrtilles, absinthe / crémeux chocolat, livèche, citron / chocolat, passion, jasmin / chartreuse, chocolat, mûre.

Le Champagne Jacques Selosse Substance dégorgé en octobre 2014 est au sommet de son art, vif, cinglant et riche à la fois. Un ami dit que c’est pour lui la définition du champagne. Je ne suis pas d’accord car c’est un champagne qui explore des saveurs hors des sentiers battus. Il y a des fruits roses, des tisanes et le champagne se montre extrêmement gastronomique. Il crée sur les légumes un accord idéal.

Le Château Chalon Jean Bourdy 1929 a un parfum d’une rare puissance. Il est riche, fort en alcool, et n’a pas le moindre signe d’âge. Il est glorieux, joyeusement oxydatif. Jean et Alexandre l’ont associé à deux plats en prenant des risques. Avec l’huître magnifique, l’accord se trouve. Qui l’eût dit ? Avec les raviolis (Plins) aux escargots, l’accord est pertinent. Une longue discussion porte sur l’intérêt de la réglisse associée à ce vin du Jura. Je ne suis pas favorable à associer réglisse et vin jaune alors que mes amis, le chef et, par la voie de SMS, Jean-Philippe, sont d’accord. Nous resterons sur cette divergence de vision tout en applaudissant à la fois le vin grandiose, un vin jaune d’exception et les plats de haute cuisine.

Lorsque j’ai choisi sur la carte le Chambertin domaine Trapet & Fils 1996 avec les indications données, Alexandre m’a dit que le chef et lui auraient recommandé ce vin. Il est magique de finesse et de distinction. Son nez est d’une subtilité extrême, sa mâche est gourmande et racée. C’est un très grand vin fruité, élégant et noble. Sur la truffe noire il accompagne le plat alors que le Château Chalon eût pu le faire aussi. Sur le chevreuil il est idéal.

Jean Sulpice est un magicien des herbes, dans la lignée de Marc Veyrat et sait trouver toutes les splendeurs gustatives des herbes, épices et légumes. Chaque plat, même osé, est d’une rare cohérence, pertinent et gourmand. On aurait pu penser qu’au troisième repas nous aurions fait le tour de la cuisine du chef mais il découvre chaque fois des pistes nouvelles qui nous ravissent. Le plat de légume m’a émerveillé, comme les huîtres chaudes goûteuses et le chevreuil gourmand et fin à la fois. Lorsqu’un croque le Plin, on se représente la forme de l’escargot, lors d’un amuse-bouche, le cresson intense et vivant emplit nos narines. La betterave avec la chair du chevreuil est magique. Tout est saveur.

Magicien des herbes, assembleur de saveurs, doseur d’émerveillements, on cherche quel qualificatif lui donner mais je crois que trois mots résument bien sa cuisine : talent, cohérence et gourmandise. Il lui faut vite trois étoiles, peut-être dans un nouvel écrin.

L’équipe de service est très attentionnée, Alexandre, un peu pince sans rire, a du talent et une science affirmée des accords. Jean Sulpice est un être exquis, ouvert et chaleureux. Au-delà de l’astuce facile sur les 2.300 mètres de Val-Thorens, Jean Sulpice est au sommet de la cuisine française.

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Déjeuner au restaurant Jean Sulpice le 2ème jour samedi, 9 janvier 2016

La nuit fut agitée et très mauvaise pour ma femme et moi. Un hôtel au bord des pistes, c’est bien, mais les soûlards de tout poil qui ont envie de hurler le font sous nos fenêtres. Ajoutons l’air sec et l’effet de l’altitude, la nuit ne nous a pas réussi. En conséquence, ma femme décide de ne pas aller déjeuner au restaurant Jean Sulpice et je prends la ferme résolution de ne rien boire à déjeuner, pour « ménager ma monture » en vue du dîner qui nous attend.

C’est à pied que nous rejoignons le restaurant, pour prendre un peu d’air frais. Nous sommes trois, à la même table qu’hier. Jean Sulpice nous accueille, je raconte mes déboires nocturnes aussi annonce-t-il que ce sera une entrée, un plat et un dessert. De même nous disons à Alexandre : déjeuner à l’eau.

Alors que nous sommes en Savoie, voilà des promesses de gascons. Lisez donc comment Jean Sulpice envisage le concept « entrée / plat / dessert » : galette d’épeautre, crème fumée / amuse-bouche : tartelette chou-fleur, muscade – canapé au beaufort – foie gras myrtille, génépi / beignet d’huître, noix de Grenoble / cresson, brochet, citron confit / châtaigne, parmesan, truffes / langoustine de Porcupine, livèche / agneau, pimprenelle, noix de Grenoble / plateau de fromages de Savoie / clémentines, gentiane / myrtille, carvi / rissole, chocolat Tanaisie.

De son côté Alexandre a parfaitement compris notre volonté de rigueur et nous apporte un verre du Roussette de Savoie Marestel Altesse Dupasquier 1991. C’est le reste de la veille. Immédiatement on perçoit que le vin s’est élargi, étoffé et a gagné en équilibre. Il est superbe et accompagne divinement les plats, beaucoup mieux que la veille.

Il récidive avec le reste du Champagne Jacques Selosse 1999 dégorgé en 2010 qui montre aussi que l’aération a rendu le champagne beaucoup plus civil et gastronomique.

Le reste de l’Hermitage Jean-Louis Chave blanc 2010 a un nez en feu d’artifice. Le vin est glorieux et même si nous ne buvons pas le Krug 1995, je rejoins mes amis qui avaient plébiscité le Chave hier, car cet Hermitage est à un sommet d’épanouissement.

Le menu est absolument exceptionnel et j’ai envie d’être encore plus dithyrambique qu’hier. C’est un repas qui vaut pour tous ses plats les trois étoiles Michelin, mais je vais plus loin. Nous nous sommes demandé avec mes amis si dans les cinq dernières années nous avons eu un repas de ce niveau et la réponse est non. Car Jean a le talent, le sens de la pesée de chaque goût, de chaque épice, et le résultat est non seulement brillant mais aussi particulièrement gourmand. Je n’arrête pas de glousser en mangeant, lançant des oh, des ah et des miam. Le cresson qui accompagne le brochet avec des petits œufs de poisson est exceptionnel d’intensité. La truffe est divinement mise en valeur par la châtaigne, grâce à sa découpe en copeaux, la langoustine est mise en valeur par une petite gelée de citron et la livèche fortement parfumée. Chaque plat est un crescendo gustatif et je me demande à chaque fois où Jean va puiser dans son imagination pour atteindre des goûts aussi purs.

Après l’agneau on nous propose le plateau de fromage. Je refuse mais quand mes amis acceptent, je tends aussi mon assiette pour en profiter. Déraison quand tu nous tiens ! Jean est venu à notre table et nous a fait goûter un dessert myrtille et carvi qu’il a mis au point il y a deux jours. La mâche du plat est si belle que je mettrais de côté la tuile à la noisette très croquante pour rester dans la douceur de la mâche du gâteau. Mes amis sont plutôt favorables au fait que la tuile soit conservée comme elle est. Les goûts sont différents et tant mieux.

Alexandre tentateur propose de nous faire goûter « Une Chartreuse » jaune ou « Une Chartreuse » verte, bouteilles qui sont faites en nombre limité en utilisant de vieux muids qui contiennent des liqueurs anciennes. Mes amis disent oui, je dis non mais je trempe quand même mes lèvres dans ces deux délicieuses chartreuses, la jaune plus sensuelle ayant mes préférences.

Jean Sulpice avait lu mon blog et aucun plat ne nous fut exposé avec des propos ronflants. C’est sympathique d’avoir ainsi donné suite à ma recommandation et de plus c’est plus agréable quand on nous présente le plat. Quand Jean nous a raconté la genèse du plat de brochet et cresson, personne ne pourrait le faire aussi bien que lui.

Malgré l’absence de vins nouveaux, ce repas est pour moi encore plus brillant que le dîner d’hier avec des plats magiques marqués par l’intelligence, le talent et la gourmandise. De plus, il ne fut pas privé d’accords puisque les vins de la veille ont brillé sur ces recettes nouvelles. Pourra-t-on aller encore plus loin ce soir ? J’ai ouvert en fin de repas ma bouteille qui sera bue ce soir. Vite, une sieste pour être en forme.

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Dîner à Val Thorens au restaurant Jean Sulpice samedi, 9 janvier 2016

A l’occasion de mon anniversaire, des amis m’avaient annoncé qu’ils m’offriraient, ainsi qu’à mon épouse un week-end gastronomique dans un restaurant de notre choix. Mon choix s’était porté sur le restaurant de Jean Sulpice à Val-Thorens, où Jean a été gratifié de deux étoiles au guide Michelin.

De bon matin un vendredi nous nous retrouvons à quatre à la Gare de Lyon, direction Moutiers. Un taxi nous conduit à Val-Thorens, à 2300 mètres d’altitude, ce qui permet à Jean Sulpice d’affirmer avec humour qu’il est le chef étoilé le plus haut du monde.

L’hôtel Fitz Roy est situé au départ de pistes de ski et tout est organisé pour favoriser les skieurs. Les chambres sont petites mais bien agencées. L’accueil est très professionnel ce qui est agréable. A 18h30 nous nous retrouvons au salon bibliothèque de l’hôtel pour partager une bouteille de Champagne Veuve Clicquot Carte Jaune sans année. La bouteille arrive chaude et lorsqu’il est refroidi, il est sympathique mais n’a pas la vivacité habituelle que je lui connais.

Nous nous rendons par navette au restaurant Jean Sulpice, qui s’appelait Oxalys mais est rebaptisé de son nom. L’accueil est chaleureux. La salle est grande, d’une décoration compliquée et parfois un peu chargée. J’avais téléphoné à Jean pour lui demander si je pourrais apporter une bouteille. Lorsque Jean voit la bouteille il regrette de ne pas avoir eu le temps d’étudier un plat pour elle et suggère qu’elle soit laissée pour demain car il est prévu que nous dinions ici à nouveau le lendemain. Dans le même esprit Jean suggère que nous ne fassions pas d’emblée un grand menu ce soir mais que nous répartissions ses spécialités sur deux jours. Nous sommes d’accord et nous allons nous laisser entraîner au rythme du chef.

Il faut maintenant choisir les vins. La carte des vins est intelligente et proposée avec des prix dont la plupart sont raisonnables, ce qui permet d’avoir de beaux choix. Alexandre, le jeune sommelier est sympathique et de bon conseil. Il va gérer les choix et le service de façon brillante.

Le menu composé par Jean Sulpice est : galette de polenta / rissole au Beaufort / les amuse-bouche : parmesan, poire et roquette polenta, truite marinée, citron caviar, risotto de céleri, vin jaune, comté / œufs aux cèpes / tartiflette, bouillon d’oignons / légumes retrouvés, truffes / truite, sapin / Saint-Jacques, oseille, vanille / pigeon, foie gras, réglisse / beaufort, esprit d’un alpage / safran, biscuit de Savoie / pomme, meringue, miel de montagne, Antésite / comme un éclair, café, cardamome, orange.

Il paraissait opportun de commencer par un vin de la région et ce sera une Roussette de Savoie Marestel Dupasquier 1991. Le vin est légèrement ambré. Le nez est très noble, avenant. En bouche le vin est un peu oxydé et a perdu de la vivacité de sa jeunesse. Il a des notes de tisanes et de thé. C’est avec les œufs aux cèpes qu’il va trouver toute sa puissance et sa joie de vivre. Les vins de Dupasquier sont remarquablement faits et nous trouvons notre bonheur avec ce 1991.

L’Hermitage Jean-Louis Chave blanc 2010 est mis en valeur par le vin précédent car il a une ampleur ensoleillée remarquable. Il est serein, puissant, large, glorieux. Il va créer un accord d’anthologie. La truite du lac Léman est un plat exceptionnel de subtilité, de raffinement et de gourmandise. La sauce au fumet de sapin est diabolique et le vin s’en empare pour une symbiose rare, de celle qui donnent des frissons dans le dos. Ce moment de grâce gastronomique pure est un de ceux que l’on recherche et que l’on savoure lorsqu’ils apparaissent. A notre table, ce ne sont que des « oh », des « ah », et des échanges de regards de complicité, face à ce plaisir absolu.

Le Champagne Jacques Selosse 1999 dégorgé en 2010 est d’une année où Anselme Selosse a fait des miracles. J’ai le souvenir d’avoir bu ce vin en magnum dans un état d’accomplissement exceptionnel. Ce champagne est bon, mais n’atteint pas le niveau du souvenir que j’en ai. Il a le charme énigmatique des vins de Selosse et rappelle un peu les notes fumées que l’on a trouvées dans le Dupasquier. Il est largement mis en valeur par les magnifiques coquilles et la combinaison oseille vanille si exotique et originale.

Le Champagne Krug Vintage 1995 claque sur la langue comme un coup de fouet. Ce champagne d’une vivacité extrême est au sommet de sa gloire. C’est le plus grand Krug 1995 que j’aie bu, qui affiche sa grandeur, plus généreux que le Selosse.

Le repas est d’un très haut niveau. On sent des influences de Marc Veyrat mais Jean Sulpice a une cuisine qui se caractérise par sa cohérence, son intelligence et sa gourmandise. Car ce n’est pas la complexité qui est mise en avant, mais le plaisir de manger. Et c’est le plus grand compliment que je pourrais faire à sa cuisine. Il ne fait pas de doute que l’on est au niveau de trois étoiles Michelin. Le plat le plus brillant, magnifié par l’accord avec l’Hermitage, c’est la truite avec ce goût de sapin exceptionnel. L’œuf aux cèpes est d’un dosage parfait. Les coquilles avec l’oseille et la vanille sont d’un rare niveau. En un mot, c’est un repas de première grandeur.

Nous classons rapidement les vins. Mes deux amis mettent le Chave devant le Krug puis Selosse et Dupasquier. Mon choix est Krug puis Chave et Selosse et Dupasquier. C’est le coup de fouet magistral qui m’a fait placer le Krug devant l’opulent et glorieux Chave.

Comme au restaurant de David Toutain, on nous annone les plats avec : « c’est le plat signature du chef », « c’est le plat exceptionnel du chef ». De plus en enlevant les assiettes on nous demande : « comment avez-vous trouvé le plat merveilleux du chef ». Rien n’empêche d’annoncer ce que le chef a voulu faire sans avoir le besoin de multiplier les coups d’encensoir. En contraste avec ces présentations l’attitude du sommelier est parfaite et celle du chef encore plus. Jean est venu s’asseoir à notre table et nous avons longuement bavardé de façon décontractée de sa cuisine et de ses ambitions. J’ai connu Jean lors de dîners à quatre mains qu’il a réalisés aux Avisés d’Anselme Selosse et avec David Toutain et en d’autres occasions. C’est notre ami Jean-Philippe Durand, co-auteur du livre de Jean « d’un hiver à l’autre » qui m’a fait connaître Jean et m’a donné envie de découvrir sa cuisine chez lui.

Ce dîner est mémorable, et nous recommençons demain !

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dîner Sulpice couv hiver

dîner Sulpice DINER 8

Le week-end continue dans le sud dimanche, 3 janvier 2016

Le lendemain, premier jour de l’année, les repas sont plus frugaux. Une omelette aux truffes et des fromages ont permis de finir les vins du réveillon. Le Mouton 2000 est toujours aussi vif et noble, puissant et fort. Il confirme son statut. Le Vega Sicilia Unico 1967 a une attaque assez faible et le finale sauve un peu la mise. Il a des notes mentholées très agréables. Mais il est clair que la bouteille n’est pas une grande bouteille.

Des trois pâtes bleues, le Stilton est le plus noble mais fort, le bleu de Gex bien gras est le plus adapté à l’Yquem 1954 et le bleu de Termignon est un peu sec pour créer un réel accord avec le sauternes si beau, qui a accentué son côté caramel. Il confirme que c’est un grand Yquem, les restes de mangue montrant son aptitude à exposer aussi des agrumes délicats.

Le 2 janvier, déjeuner d’un risotto de truffe noire et de morceaux d’araignée de porc accompagnés d’un fin gratin de pomme de terre. Nous aurons deux blancs. Le Meursault 1er Cru Perrières Domaine des Comtes Lafon 1999 offre à l’ouverture le parfum le plus généreux. Le Meursault 1er Cru Charmes Domaine des Comtes Lafon 1996 est beaucoup plus discret.

Sur le risotto, c’est le Perrières qui est le plus adapté car il est plus gras et plus ample. Ceci tient au fait qu’il y a un peu de botrytis qui rend le vin plus généreux. A côté de lui, le Charmes est plus ciselé, plus vif. Malgré le botrytis, c’est le Perrières qui a le plus de minéralité. Pendant un temps, le Charmes devient plus fin, plus sensible que le Perrières. Pour une raison qui ne s’explique pas, le Charmes se met à décliner et c’est le Perrières qui devient le plus agréable, même si l’araignée de porc conviendrait normalement mieux au Charmes.

Il y a une galette des rois qui appelle la nomination d’un roi et d’une reine. Ma femme étant seule face à trois mâles, voit les choses avec une certaine sérénité. La galette est découpée en quatre et chacun commence à manger sa part qui a peut-être la fève. Assez vite un des amis annonce qu’il a la fève et c’est un bel haricot qui nous est montré. Nous applaudissons le roi qui choisit sa reine elle-même applaudie. Finir de manger est sans grand suspense quand l’autre ami extirpe de sa part une autre fève. L’histoire ne dira pas quel fut le roi le plus légitime après ces deux sacres.

Le soir un sujet fut longtemps débattu : vin ou pas vin sur les pigeons ? Je suis le démon tentateur. Après bien des palabres, j’ouvre une Côte Rôtie La Mouline Guigal 1996. A l’ouverture, le nez me semble convenable. Au service, le nez est poussiéreux, comme celui d’une vieille armoire. Ce n’est pas le verre mais le vin qui est en cause. En bouche, cette odeur n’a aucune conséquence. Le vin est riche, plein, de beau fruit et de bonne mâche. Avec les excellents pigeons, agrémentés de riz blanc et pignons, l’accord est gourmand. Mais le nez du vin s’oriente vers un nez de bouchon qui ne cesse de s’amplifier. Or curieusement la bouche n’en souffre pas, le vin restant joyeux même si le fruit n’est pas aussi juteux qu’il pourrait l’être. En tout cas rien n’empêche de le boire avec plaisir.

Quand il est fini, nous buvons sur les fromages le Meursault 1er Cru Charmes Domaine des Comtes Lafon 1996 qui est complètement passé, plat. Comment est-il possible qu’un vin aussi jeune se désagrège aussi rapidement ? C’est assez difficile à imaginer.

Nous avons bu suffisamment de grands vins pour que ces petits désagréments n’écornent en rien la joie d’être ensemble en ce début d’année.

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les deux fèves !

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