Archives de catégorie : dîners ou repas privés

Dîner au restaurant Ôrtensia jeudi, 19 mai 2022

Un ami a découvert un nouveau restaurant qu’il tient absolument à nous faire essayer. Il s’agit du restaurant Ôrtensia qui a pris la succession de l’Astrance où avait officié Pascal Barbot avec qui j’avais organisé des dîners mémorables. Le chef Terumitsu Saito et son associé ont réussi une décoration de grand talent. Le sommelier Romain me reconnait et bien sûr nous bavardons.

Etant avec ma femme en avance j’ai le temps de consulter la carte des vins et mon œil est attiré par la première page, celle des bières, où le nom de Cantillon est cité près de dix fois. Il se trouve que j’ai été extrêmement impressionné par cette brasserie que j’ai visitée il y a douze ans et qui m’a permis de goûter des bières hors norme remontant sur quarante ans. Il est impossible que je laisse passer l’occasion de boire des bières de cette qualité. Je vois d’autres vins qui me tentent mais il faudra les valider avec mon ami qui a la gentillesse de nous inviter.

Le menu sera fait de daurade, asperges, turbot, Wagyu et langue de wagyu. Seul le dessert est optionnel. Mes trois convives prendront un millefeuille et je prendrai des fraises des bois à la meringue.

Les amuse-bouches plantent le décor. Ils sont le fait d’un cuisinier de grand talent. Les saveurs sont subtiles, précises et complexes. De l’art pur. La Bière Cantillon Gueuze « Le Plaisir » est récente. Elle est marquée par une acidité très présente, qui élargit le goût en bouche. Elle est large, profonde et tellement déroutante. Elle s’accorde à toutes les myriades de saveurs d’une invention généreuse comme une aile de poulet qui cohabite avec du homard et de complexités aventureuses réussies.

Le Châteauneuf-du-Pape Château de Beaucastel Roussanne Vieilles Vignes 2019 est dans une période heureuse. Il est jeune mais on ne le sent pas tant son fruit est plein et joyeux. C’est un vin souriant qui va accompagner les deux poissons cuits à la perfection. Il connaîtra sans doute une période de calme et deviendra brillant dans vingt ans. Mais à ce stade de sa vie, il a toutes les qualités d’une belle jeunesse ensoleillée.

Entre les deux poissons il y a un plat à base d’asperge qui est accompagné par la Bière Cantillon Gueuze 2003. Elle est beaucoup plus sauvage que la bière « le plaisir » et elle explore des saveurs où le sel et les blés sont présents. Ce voyage dans l’inconnu ravit mon ami et son épouse. Et la cuisine française revue par un japonais talentueux est idéale pour cette bière énigmatique.

Le bœuf Wagyu est superbement cuit et forme un accord doctrinal avec le Château Rayas Châteauneuf-du-Pape 2009 riche, vif, plein et si sereinement complexe. Un bijou. Ma femme est la seule qui a reconnu que le deuxième morceau de wagyu est la langue de l’animal. Le plat et l’accord sont un rêve.

Il est évidemment quasi impossible de hiérarchiser deux vins et deux bières, mais la prime à l’originalité ira aux deux bières et la prime à la noblesse ira au Rayas 2009.

La probabilité que Romain et moi connaissions la même brasserie était infime. Je suis content d’avoir saisi cette opportunité de découvrir ces bières irréelles. La cuisine du chef est inventive, subtile et remarquablement exécutée. Notre ami a eu raison de nous inviter car ce fut une magnifique expérience. A recommencer bien sûr.

Déjeuner au restaurant l’Ecu de France dimanche, 15 mai 2022

Ma femme voulait inviter deux de nos petites-filles au restaurant l’Ecu de France. Je décide au dernier moment de me joindre à ce groupe dont l’absence de parité est évidente. Sur le parking il y a deux gigantesques limousines blanches que l’on voit plus fréquemment à Las Vegas que dans les banlieues parisiennes. L’Ecu de France est connu pour accueillir les repas de mariages ou de grands événements.

Dans la carte des vins je choisis un Champagne Laurent Perrier Cuvée Grand Siècle et je demande à Hervé Brousse, le directeur du restaurant, qu’il choisisse la plus vieille bouteille qu’il a en cave. Le deuxième vin sera un Richebourg Domaine de la Romanée Conti 2013 pour lequel je souhaite qu’il ne soit ouvert que lorsque le plat qu’il accompagne sera servi sur table.

Les plats que j’ai choisis sont : ravioles de coquilles Saint-Jacques et viande de bœuf.

Le Champagne Laurent Perrier Cuvée Grand Siècle est élégant. Mais la bouteille la plus ancienne est malgré tout très jeune. C’est un champagne que l’on doit absolument laisser vieillir en cave. Malgré sa jeunesse, il accompagne subtilement l’amuse-bouche et le premier plat. C’est un champagne dont j’apprécie le romantisme.

Au restaurant, je demande qu’on ouvre les vins rouges jeunes au dernier moment pour profiter de l’éclosion de la fraîcheur des vins. Cette sensation dure environ pour la moitié de la bouteille puisqu’après, le vin ayant eu une aération plus grande, devient plus serein et moins fragile. Il est agréable de constater que boire le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 2013 n’est pas un infanticide. Il a déjà une très belle personnalité, et la délicate fragilité qu’il montre au premier contact est un bonheur rare. Le vin est riche, plein d’énergie mais ce sont ses frémissements que j’adore.

Le vin devenu plus civilisé et plus carré accompagne la viande puis du fromage.

Le cadre hors du temps du restaurant, la gestion familiale et la cave si intelligemment gérée font de ce restaurant un havre de bonheur.

Week-end pascal au Croisic jeudi, 21 avril 2022

Le fils d’un ami de mon père est le premier adjoint du maire du Croisic, adorable petit port que l’on peut rejoindre de nos jours en trois heures de TGV. Jacques, que je connais depuis des lustres m’invite à faire une conférence sur ma vision du vin. L’idée de revoir mon ami en cette si belle région bretonne me plait beaucoup. Avec ma femme nous prenons le TGV qui nous amène à la petite gare du Croisic. Jacques nous attend et nous conduit chez lui pour une petite collation. Sa maison est à l’extrémité du port et de son jardin on peut voir tout le port en enfilade.

Après avoir déposé nos affaires à l’hôtel L’Estacade situé le long du port, nous nous rendons à la salle Jeanne d’Arc où se tiendra la conférence. Une annonce de ma venue a été faite dans le journal Ouest France et dans le journal de La Baule. Jacques comptera 65 participants à ma conférence. Il attendait plus et n’avait pas anticipé qu’il s’agit du week-end de Pâques qui pousse certains à quitter leur région.

Le nombre de 65 ne me pose pas de problème mais il m’interdisait d’apporter des vins que l’on aurait dégustés pendant mon exposé. Bien sûr, beaucoup de personnes n’ont jamais bu de vins très anciens mais j’ai pu mesurer aux questions qui m’ont été posées la volonté de comprendre ce monde et l’intérêt qu’ils ont porté à mes explications. Les échos que Jacques a pu recueillir vont dans ce sens.

Nous dînons le soir même au restaurant de l’hôtel L’Estacade. Nous sommes invités bien sûr, mais voulant participer je décide d’offrir un vin. Ce sera un Champagne Dom Ruinart 2004 qui va accompagner avec bonheur des huîtres fraîches, iodées, délicieuses. Pour le turbot cuit avec pertinence nous buvons un Muscadet Sèvre et Maine le Fief du Breil de Jo Landron 2016. Franc et sans histoire ce Muscadet se boit avec le plaisir d’être ensemble.

Le lendemain matin, Jacques nous conduit sur un lieu de pèlerinage, la villa que mes grands-parents louaient dans les années 30 et ont reloué dans les années 60 pour les vacances de mon enfance. La région de la Baule, le Pouliguen et Pornichet s’est incroyablement peuplée, chaque décimètre carré devant être occupé par de l’immobilier. Mais le quartier Bonne Source de Pornichet a gardé son caractère calme et humain. J’ai cherché longtemps la villa « Roche aux Mouettes » qui a changé de façade et de nom. Des millions de souvenirs heureux me sont revenus en mémoire.

Nous déjeunons chez Jacques et Brigitte et j’ai apporté un Champagne Moët & Chandon Brut Impérial 1964. La couleur est d’un bel ambre doré. Il n’y a pas eu de pschitt. Le champagne est divin, rond et fruité et d’une longueur inextinguible. Il est merveilleux et nos hôtes se rendent compte à quel point le monde des champagnes anciens est irréel et inconnu. Sur des palourdes apportées par un pécheur et sur un bar pêché par Jacques la veille, le champagne est brillant.

Avec Jacques nous avons fait une promenade dans la ville élégante, authentique et qui plus est d’une propreté à signaler. L’église du Croisic est imposante pour une si petite ville, et pousse au recueillement.

Le soir nous invitons Jacques et Brigitte au restaurant le Lenigo situé à la pointe du port qui ouvre sur la mer, que nous fréquentions ma femme et moi lorsque nous étions fiancés. Le restaurant a bonne réputation, mais nous allons assister à un festival de tout ce qu’il ne faudrait pas faire dans la restauration. Nous sommes placés et nous attendons. Une jeune serveuse moldave nous apporte des amuse-bouches et l’on comprend que son champ d’initiative est limité à cette seule fonction. Le temps qui passe me fait penser que le restaurant a perdu par sa lenteur la possibilité de nous vendre un vin de plus. La commande de l’eau est irréelle. Nous demandons de l’eau que nous nommons. Quelques minutes plus tard on nous demande si nous avons commandé de l’eau. Puis quelques minutes plus tard, on nous apporte une eau qui n’est pas celle que nous avons commandée.

Derrière le comptoir il y a un homme qui s’occupe des boissons. Il gesticule avec une absence de cohérence. Les verres vides s’amoncellent sur le comptoir au point qu’un client, venant payer sa note, en a renversé un. Le désordre sur le comptoir est disgracieux. Nous avons contemplé comme au théâtre le spectacle d’une inefficacité majeure.

A côté de cela, les langoustines sont délicieuses et le cabillaud que j’ai pris est fort honnête. Le Chablis Premier Cru Les Fourneaux Dampt Frères 2017 n’est pas aussi brillant que ce que j’attendais, mais il se boit.

Nous sommes repartis le lendemain, heureux d’avoir revu cette si charmante ville portuaire et d’avoir retrouvé des amis attentionnés.

déjeuner chez mon ami

en ville, avec Notre-Dame des Vents

le dîner au Lénigo

déjeuner de conscrits au restaurant du Yacht Club de France mercredi, 13 avril 2022

Nous sommes sept à notre traditionnel déjeuner de conscrits au restaurant du Yacht Club de France. L’ami qui invite a mis au point avec le directeur Thierry Le Luc et le chef de cuisine Benoît Fleury le menu, ainsi rédigé : variété de charcuteries en apéritif / langoustines / asperges tièdes et mousseline au citron / joues de Charolais, cuisson de sept heures, mini légumes vapeur et pieds bleus / fromages affinés d’Éric Lefebvre / Baba au rhum citronné.

Le Champagne Taittinger Brut sans année est une agréable surprise car sa rondeur est parfaite. Mais quand nous est servi le Champagne Charles Heidsieck Brut Réserve sans année on trouve dans ce dernier un fruit gourmand qui apporte plus de plaisir.

Le Meursault Vieilles Vignes Buisson-Charles 2016 joue son rôle sur les délicieuses langoustines, sans nous transporter toutefois dans des pâmoisons que nous n’attendions pas.

Le Châteauneuf-du-Pape Les Olivets Roger Sabon 2018 est un solide Châteauneuf d’un bel équilibre et d’une belle joie de vivre qui accompagne bien la joue de bœuf que j’aurais aimée un peu plus fondante.

Le baba au rhum est d’une belle légèreté, qu’accompagne aimablement un nouveau Taittinger.

Alors que nous sommes tous du même âge et de conditions sociales identiques, nos commentaires sur le premier tour de l’élection présidentielle montrent des opinions résolument opposées. Le ton est même monté ainsi que les décibels en un lieu où tout propos se devrait d’être feutré. Ces joutes montrent à quel point nous sommes restés de jeunes gamins.

Sublime La Tâche des années 50 lundi, 11 avril 2022

Récemment j’ai acheté sept bouteilles de La Tâche des années 50 avec plusieurs bouteilles de bas niveaux. Le prix tenait compte de l’état des bouteilles. L’idée est d’ouvrir ces vins en famille, puisque mes enfants sont habitués à boire des bouteilles qui sortent des sentiers battus.

L’une des bouteilles a une étiquette où il est quasiment impossible de lire si c’est La Tâche, mais on voit bien que le vin est du domaine de la Romanée Conti et le millésime n’est pas lisible non plus, seuls apparaissant les chiffres 1, 9 et 5. C’est elle que je choisis d’ouvrir pour un déjeuner de dimanche en famille avec ma fille cadette, son compagnon et trois petits-enfants. Elle a un très beau niveau pour des vins du domaine de cette époque.

J’ouvre la bouteille de bon matin et le bouchon se brise en quelques morceaux et je peux lire 195, mais pas le dernier chiffre qui pourrait être un quatre. Le parfum est absolument superbe, avec le sel et la rose si représentatifs des vins du domaine. Je pense que dans cinq heures nous allons boire une merveille.

Ce vin mérite d’être accompagné par un grand champagne. Le Champagne Krug Grande Cuvée à l’étiquette crème est un champagne très noble, très expressif et intense. A plus de 30 ans il a atteint un état de perfection. Il est extrêmement vineux et vif. Sa couleur est ambrée d’or rose. La bulle est rare mais le pétillant est fort. Sur du jambon Pata Negra, du chorizo et des chips à la truffe le champagne vibre bien mais c’est surtout sur une tarte à l’oignon au goût légèrement sucré que le Krug est impérial.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti vers 1950/1955 est une immense surprise. Le parfum est à 100% ce qu’un vin parfait de la Romanée Conti doit être. Et en bouche, c’est spectaculaire. Avec ma fille nous nous sommes mis d’accord sur le fait que c’est l’un des plus grands vins du domaine que nous n’ayons jamais bu. Une telle énergie, une telle vivacité sont extrêmement rares. Il n’a pas la rondeur des plus anciens comme 1929, mais il a une énergie et une authenticité sans pareil. C’est ce que la Romanée Conti a fait de mieux. L’émotion est totale. Sur un poulet cuit à l’ail accompagné de fenouil et de pommes de terre à l’huile d’olive, l’accord est idéal.

L’accord se poursuit sur un Cantal et un saint-nectaire. La noblesse de ce vin subtil et prenant est impressionnante. Un tel vin illumine ma vie et me fait penser que les autres vins du lot acheté pourraient être grands. Bel espoir.

je vous laisse le soin de déterminer si c’est 1952 ou 1954.

Déjeuner au restaurant Anne et bar dimanche, 10 avril 2022

Il y a sur la place des Vosges un hôtel qui est un des plus charmants de Paris, le Pavillon de la Reine. En traversant le petit jardin mais grand pour le lieu il y a le restaurant Anne et bar. La décoration appelle au calme et au bonheur de vivre à un rythme ralenti, loin des trépidantes tendances actuelles. L’accueil est charmant.

Je demande la carte des vins qui est peu fournie et d’une présentation erratique. Lorsque je demande au très aimable directeur pourquoi la présentation n’est pas faite par région il me dit que la cave étant petite, il n’ose pas classer par région car il y en aurait certaines dont il n’a qu’un seul vin. Au détour d’une page je vois un Pauillac Château Latour 2011 présenté à un prix anormalement bas. Je commande la bouteille, mais, me méfiant, je demande qu’on me montre la bouteille avant de l’ouvrir.

Quand la bouteille arrive je vois marqué en gros le mot « Pauillac » et il n’y a aucune mention de Château Latour. Il s’agit sans doute d’un énième vin de château Latour. Je ne donne pas suite et j’ai senti que j’avais un peu vexé le directeur en imaginant qu’un Latour puisse être à un prix aussi bas. Mais comme dit le dicton « qui ne tente rien n’a rien ».

Je jette mon dévolu sur un Nuits-Saint-Georges Premier Cru Les Murgers Lignier-Michelot 2017. Le nez du vin est d’une jeunesse folle. Il va falloir que je m’habitue.

Je commande des asperges vertes de Mallemort, mimosa au caviar golden, velouté Argenteuil et l’agneau de lait, épaule confite au paprika fumé, semoule de chou-fleur et jus corsé. Pour les asperges je demande que tous les accompagnements soient mis de côté car les asperges seules se marieront au vin et c’est le cas. J’adore l’amertume des asperges avec un vin jeune. Par curiosité, j’ai essayé le caviar délicieux et bien gras avec le vin rouge et à ma grande surprise, l’accord se trouve. Cela me donnera envie d’explorer des accords vin rouge jeune et caviar, ce qui est loin d’être évident.

L’agneau de lait est fondant et gourmand ce qui met en valeur le vin jeune bien sûr mais avec une belle énergie. Un plateau de fromages permettra de continuer à profiter du vin.

Le service est agréable, le directeur est attentionné. On ne peut que recommander ce restaurant d’hôtel au charme certain.

Déjeuner de polytechniciens jeudi, 7 avril 2022

Nous avons fêté en 2021 le soixantième anniversaire de notre promotion de l’école Polytechnique. Cela a donné à quelques amis l’envie de se revoir. Nous devions être sept, nous sommes six chez un des amis qui a préparé pour nous un pot-au-feu remarquablement exécuté, avec des légumes et une viande de belle qualité. J’ai annoncé que j’apporterais du vin et je suis arrivé un peu en avance pour ouvrir les vins. Mon choix s’est porté sur des vins de 1961, l’année de notre promotion.

Nous commençons par un Champagne Taittinger 1961 très légèrement ambré, à la bulle faible mais dont le pétillant est intact. Il est rond, agréable, cohérent dans sa structure et de grand plaisir. Mes amis peu familiers des champagnes anciens sont heureusement surpris par ce beau Taittinger.

Pour le plat, j’avais ouvert un vin à l’étiquette amusante. En grosses lettres il y a marqué « Bordeaux Vieux » puis dans une couronne « Sélection cinquantenaire » et en haut l’année 1961. Je pensais qu’il s’agissait d’un vin sec mais en fait il s’agit d’un vin liquoreux léger, certainement un Premières Côtes de Bordeaux. Ce Bordeaux Vieux Premières Côtes de Bordeaux 1961 est délicieux, délicat, souplement moelleux et se marie très bien au pot-au-feu, contre toute idée préconçue.

Pour le fromage nous avons un Champagne Laurent Perrier sans année un peu monolithique mais qui joue son rôle. Pour le dessert, j’avais ouvert un Château de Malle Sauternes 1961 beaucoup plus riche que le Bordeaux Vieux et de belle prestance, un sauternes abouti, équilibré et plein de charme.

Nous avons longuement parlé de mille et un sujets, avec des avis parfois divergents car nos parcours en soixante ans ont été très différents. Mais notre amitié est toujours aussi forte. Des amis de soixante ans, c’est un capital précieux.

Déjeuner au restaurant l’Ecu de France mercredi, 30 mars 2022

Le restaurant l’Ecu de France est l’un des plus anciens que je connaisse. Nous nous y rendons, ma femme et moi, avec des amis du sud de la France. Il fait beau et nous serions tentés de déjeuner sur la terrasse le long de la Marne, mais en cette fin mars, ce serait un peu audacieux.

Le menu que nous avons choisi, créé par un tout nouveau chef est : pesto de basilic sur un lit de betteraves, œuf de truite / macaronis farcis au foie gras, gratinés au parmesan / bar sur un risotto de coquillages, sauce bourguignonne / pigeon en croûte de céréales au foie gras, panais onctueux /millefeuille à la vanille de Madagascar, caramel fondant.

Le Champagne Dom Pérignon 2008 est vraiment un grand champagne. Il me semble qu’il deviendra un Dom Pérignon historique. Pour l’instant c’est un très bon champagne, mais après le Dom Pérignon 1943 que j’ai bu hier, on peut comprendre qu’il ait encore besoin de s’affirmer.

Le Château Rayas blanc 2007 est un très grand vin blanc. Servi froid il a besoin de temps pour délivrer son charme et sa largeur. Quand je bois le champagne juste après le Rayas, le Dom Pérignon devient beaucoup plus complexe, et j’ai très souvent vérifié qu’il existe une fécondation réciproque entre champagne et vin blanc, chacun améliorant le goût de l’autre.

J’ai demandé que le Bonnes Mares Domaine G. Roumier 2014 soit ouvert au dernier moment, juste quand le plat est servi, car j’aime l’émotion qu’apporte « l’éclosion » d’un vin jeune délicat. J’avais imaginé que le vin bourguignon serait servi au moment du pigeon mais comme nous avons fait honneur aux vins précédents, il faut s’intéresser au vin rouge. Je demande à Hervé, le sympathique directeur, que la préparation du poisson soit faite pour accompagner un vin rouge et la réponse est immédiate, la sauce étant faite sur l’instant au vin rouge. Félicitations au chef. L’accord du Bonnes Mares et du bar est divin. Le vin est particulièrement délicat et raffiné.

Pour le pigeon beaucoup trop cuit (étonnant), l’Hermitage Chave rouge 2014 est un seigneur. Mieux, c’est un empereur. Il est d’un équilibre parfait, pur, amical. Il représente une expression de l’Hermitage sans âge, éternelle, et c’est un compliment de ma part car face à un 2014, je devrais dire « trop jeune ». Mais ce n’est pas le cas, ce vin est parfait.

Lorsque j’ai eu à boire la première gorgée du Chave pour valider la commande de la bouteille, j’ai eu une remarque a priori surprenante. Je sens le vin et je dis : « oh, belle cave ». Je ne jugeais pas le vin, je sentais qu’un tel parfum ne pouvait provenir que d’un vin stocké dans une cave parfaite. Ai-je le nez assez fin pour émettre une telle hypothèse, je ne sais pas, mais c’est venu spontanément.

Le dessert a été accompagné par un Champagne Comtes de Champagne Taittinger 2007. Il est jeune mais il a bien joué son rôle en accompagnant le millefeuille.

J’ai suggéré un classement des vins que nous avons bus : 1 – Hermitage Chave 2014, 2 – Bonnes Mares Roumier 2014, 3 – Dom Pérignon 2008, 4 – Rayas blanc 2007, 5 – Taittinger 2007. Il a été approuvé par tous. Ce fut un grand moment d’amitié.

Déjeuner au restaurant Le Sergent Recruteur mercredi, 23 mars 2022

Un polytechnicien a écrit un livre sur la compréhension de l’univers et de la vie qui m’a passionné. Nous avons échangé des mails et il nous est apparu que l’on pourrait se retrouver autour d’une table pour déjeuner. J’ai proposé le restaurant Le Sergent Recruteur dont le talentueux chef est Alain Pégouret.

J’ai apporté une bouteille de Châteauneuf-du-Pape Château de Mont-Redon 1985 et en attendant mon ami, après avoir hésité entre l’ouvrir moi-même ou laisser officier l’excellent sommelier puisque le vin n’est pas très ancien, je me suis dit que j’avais le temps de l’ouvrir. Le bouchon est venu en charpie, avec une infinité de brisures. Il a fallu aller à la pêche de quelques morceaux de liège tombés dans le vin.

Mon menu sera : tourteau de Roscoff en gelée de homard persillé, fouetté de fenouil et de corail / selle d’agneau rôtie aux baies, millefeuille de chou rouge et pommes granny, potiron, salsifis confit dans une sangria blanche.

Pour le tourteau emblématique d’Alain Pégouret le sommelier nous a conseillé un Pouilly-Fumé Cuvée les Alouettes Jean-Max Roger 2020 dont la rondeur joyeuse, non limitée par son jeune âge est du plus bel effet. Sa spontanéité est plaisante.

Le Châteauneuf-du-Pape Château de Mont-Redon 1985 est d’une année sereine et accomplie. Il est large et direct et se boit avec facilité. On est bien avec ce vin qui se marie idéalement à la selle d’agneau que j’ai prise et au ris de veau de mon ami. Le sommelier nous a fait goûter le vin qu’il propose au verre à ses clients. C’est un Châteauneuf-du-Pape Domaine du Grand Tinel 2012 que j’ai trouvé particulièrement pertinent avec une belle vivacité. Nous avons fort bien déjeuné.

Déjeuner de famille au restaurant Garance samedi, 19 mars 2022

Déjeuner de famille au restaurant Garance. Je suis en avance pour ouvrir la bouteille que j’ai apportée. Cela me laisse le temps de choisir deux autres vins puisque c’est à mon tour d’inviter mon frère, ma sœur et mon beau-frère. Les explications de Guillaume Muller sont pertinentes.

Nous buvons un Champagne Reflet d’Antan Bérêche et Fils sans année qui est construit comme une Solera sur une base de vins de 2009 et dégorgé en 2014. C’est une découverte pour moi. Le champagne est assez ambré. La bulle est présente mais pas envahissante. Le goût est plaisant, rond et civilisé. Ce n’est un champagne extrême mais plutôt cohérent et gastronomique. Les petites bouchées d’accueil sont particulièrement goûteuses. On sent que le chef a du talent.

Mon menu sera : biche en tartare, caviar Petrossian, gaufres / canard de Vendée, plat que nous prendrons tous les quatre pour le vin rouge.

Le vin blanc que j’ai choisi avec Guillaume est un Blanc Fumé de Pouilly Didier Dagueneau 2013. Il surprend tant il est blanc comme de l’eau, ce qui contraste avec la couleur du champagne ambré. Le vin très fluide glisse en bouche avec bonheur. Il est très agréable, minéral et beaucoup plus civilisé et accueillant qu’un Silex de Dagueneau par exemple qui est fort et conquérant. Ce vin convient très bien au tartare de biche quand le champagne est parfait sur le caviar.

Le canard est superbement cuit avec une chair de grande qualité. Le Châteauneuf-du-Pape Bouchard Père et Fils 1964 a un niveau exceptionnel pour un vin de 58 ans. Le nez est riche et précis et le vin en bouche est gouleyant, simple, direct et parfaitement équilibré. C’est un vin de plaisir qui n’a pas d’âge. On lui donnerait volontiers moins de trente ans. Les Châteauneuf-du-Pape vieillissent remarquablement en gardant une fraîcheur et une spontanéité plaisantes.

J’ai choisi un parmesan pour finir mes vins, car ce fromage s’accorde aussi bien à un blanc qu’à un rouge. Ce restaurant mérite beaucoup d’éloges.