Archives de catégorie : dîners ou repas privés

Dîner au restaurant La Promesse à Ollioules jeudi, 6 juillet 2017

Valérie Costa est une jeune femme qui a fait commerce de vins tout en poursuivant son amour pour la cuisine. Elle est venue en 2008 au 106ème dîner par curiosité pour les accords mets et vins. Le plat aiguillettes de joues de veau fondantes, risotto à la truffe blanche d’Alba associé à Gazin 1959 et Pétrus 1967 l’a profondément marquée. Par un hasard comme il y en existe, nous allons connaître ce soir un accord aussi miraculeux que celui d’il y a neuf ans.

Lorsqu’en 2012 elle a créé à Toulon avec son mari le restaurant La Promesse, elle m’en avait informé. Nous continuions d’échanger des mails. En 2015 elle a eu l’opportunité d’installer le restaurant La Promesse à Ollioules, au sein du domaine de Terrebrune, l’un des très grands Bandol. Je l’ai informée de mon désir de venir dîner chez elle avec ma femme et deux amis. Nous arrivons à quatre et notre amie gare sa voiture sur une place libre, la plus proche du restaurant. Deux messieurs d’un certain âge passent sur le chemin et j’entends : « ce n’est pas une place de parking pour le restaurant, mais enfin, tant pis ». Instantanément je leur demande : « êtes-vous du domaine de Terrebrune » et l’un des deux me répond : « j’en suis le propriétaire », ce que j’avais subodoré. Il m’explique que sa première récolte est de 1975, qu’il a passé la main à son fils et ajoute qu’il est propriétaire du restaurant, qu’il apprécie le dynamisme de Valérie et qu’il trouve légitime son ambition d’atteindre une étoile au guide rouge. On peut donc dire des choses essentielles en très peu de temps.

Nous entrons dans la salle du restaurant d’où la vue se limite aux arbres proches. La décoration mériterait sans doute d’être plus joyeuse et la jolie cave vitrée de présentation des vins est trop loin des tables où siègent les clients. Jean-Marc mari de Valérie nous accueille avec un large sourire et nous lui demandons la carte des vins dont Valérie m’avait dit qu’elle a 400 références. La carte des champagnes est assez limitée et je commande un Champagne Cristal Roederer 2005. C’est un champagne de bonne structure, de belle richesse en milieu de bouche, mais il manque un peu d’émotion et de longueur. Il est très politiquement correct avec une belle matière mais ne sait pas sortir des sentiers battus.

Le reste de la carte des vins est beaucoup plus engageant, de belle diversité et avec des prix très raisonnables. Tout amateur de vin pourra y trouver son compte. Valérie et Jean-Marc peuvent en être légitimement fiers. Lorsque j’apprécie l’effort d’une belle carte, je tiens à marquer le coup aussi avec l’accord de mon ami je choisis un Clos Sainte Hune 2006, la noblesse du riesling et un Rayas 2001, l’un des plus sensibles Châteauneuf-du-Pape.

En consultant la carte des menus, mon envie est guidée vers le menu « Aventure » qui laisse libre cours au talent du chef. Comme les vins sont choisis, Valérie va pouvoir déployer sa créativité. Nous ne connaissons pas le menu qui me sera envoyé le lendemain matin : jambon 30 mois d’affinage d’un cochon noir de Bigorre / cœur de saumon au sésame grillé, houmous / fregola sarda à la truffe / langoustines crues confites à l’huile d’olive, caviar osciètre, agrumes, champignon / poulpe à la truffe tuber æstivum, croustilles de parmesan, copeaux de bonite / filet de veau corse bio et foie gras du Gers, fumés « minute » aux herbes de la garrigue / fromages : Testun au Barolo, tête de moine, gorgonzola 100 jours, chèvres de Signes / parfait de mangue au nougat d’Ollioules fondu par un coulis chaud de mangue et passion.

Le Champagne Cristal Roederer 2005 se comporte très bien avec le jambon très fort et aussi avec le cœur de saumon qui divisera la table en deux. Les hommes trouvent que les grains de sésame neutralisent la mâche douce du saumon alors que les femmes sont plus favorables à cette combinaison.

La fregola sarda à la truffe appelle un rouge et Jean-Marc trouve judicieux de ne pas entamer le Rayas avant le riesling. Il nous offre de goûter chacun un verre de Terrebrune Bandol rouge 2003. Le vin est jeune, même s’il a 14 ans, et son fruit est très franc, pur, adapté à la truffe. C’est un vin agréable.

Jean-Marc a tenu à ce que chaque vin ait le verre adéquat. On sent en lui une recherche de perfection. Le Riesling Clos Sainte-Hune maison Trimbach 2006 servi seul est la pureté absolue du riesling. Mais le vin va nous jouer des tours, pour notre plus grand plaisir. Les langoustines sont absolument superbes et le goût de citron vert, comme son parfum, dominent. Et ce coquin de Sainte Hune se met à devenir citron vert. Une osmose incroyable se forme, le vin et le plat se confondent en un accord parfait, donnant cette étrange impression de ne plus savoir si l’on ‘boit’ la langoustine ou si l’on ‘mange’ le riesling. C’est un orgasme culinaire fondé sur un plat goûteux et intelligent.

Le riesling redevient ce qu’il est sur les poulpes très bien traités. L’accord est beaucoup plus classique. Le Châteauneuf-du-Pape Château Rayas rouge 2001 est un immense vin. Il est puissant, solide, affirmé mais en même temps, il pianote ses complexités. Il nous emmène dans la garrigue où les plantes odorantes nous enivrent de leurs parfums. Ce vin est magistral de grâce et d’élégance, virevoltant dans les herbes du sud. Il est fait du même « métal » que le plat délicieux au foie gras de haute qualité, plat de grand équilibre.

Les fromages ne sont pas nécessaires, ne créant pas d’accord notoire. Le dessert est une gentille attention puisque Valérie connait mon amour pour la mangue. Un peu complexe et sans vin qui dialogue avec lui, il a moins marqué nos mémoires.

Lorsque nous étions arrivés, Valérie ne nous a pas salués ce qui est très compréhensible puisqu’elle est seule en cuisine. Elle ne peut pas se permettre de la quitter. Aussi, au moment du fromage, je suis allé très brièvement la saluer et lorsqu’elle a fermé sa cuisine et salué les autres tables, nous avons eu le plaisir de bavarder avec elle. Elle est passionnante, dynamique et ambitieuse aussi est-il normal que le challenge d’une étoile Michelin la titille. Elle a eu la visite d’un inspecteur du guide qui l’a jugée « étoilable ». De ce que nous avons vécu ce soir, deux plats sont au niveau de l’étoile, les langoustines qui ont créé un accord d’anthologie et le veau au foie gras délicieusement goûteux. Et ma femme m’a dit que le poulpe est le meilleur qu’elle ait jamais mangé. Pour atteindre l’étoile il faudra une décoration plus claire et plus gaie, une personne de plus en salle et continuer dans la voie d’une cuisine élégante, précise et claire comme les deux plats parfaits l’ont montré.

On ne peut que conseiller cette adresse chaleureuse où ce couple généreux et attentionné offre de grands repas.

Déjeuner de famille mercredi, 5 juillet 2017

Nous allons rendre visite à des cousins qui habitent non loin d’Orange, dans une région viticole. Mon cousin aime bien le vin et connaît les vins du Rhône mais aussi les bourgognes. Je choisis en cave un vin de Châteauneuf dont je pense qu’il ne le connaît pas. Nous sommes à la campagne, le repas est simple mais bon. Des aubergines grillées côtoient une marmelade de tomates mixée à des oignons et de l’huile d’olive. Elles sont suivies par un cabillaud agrémenté d’une purée de pommes de terre.

Pour se rafraîchir du voyage sous une chaleur estivale, nous trinquons avec un Chassagne-Montrachet premier cru Les Ruchottes Domaine Ramonet 2009. Ce vin est tout en fruit joyeux et gourmand. C’est un plaisir de le boire car il est généreux et ce qui me surprend c’est qu’à huit ans il ait encore les acidités d’un vin de l’année. Il a un bel avenir devant lui, car sa précision en fait un très beau vin.

Pour le poisson, le Chambolle-Musigny Domaine Anne-Françoise Gros 2009 a la finesse et la délicatesse qui conviennent. Lui aussi a un fruit extrêmement généreux et se boit avec plaisir, même si la matière bien que présente ne soit pas d’une opulence extrême. C’est un vin très agréable, fluide et précis.

Le fromage va accueillir mon vin, mais dès que j’ai extirpé le bouchon, j’ai immédiatement senti le bouchon. Vatel se serait suicidé pour moins que ça. Lorsque j’avais goûté ce vin avec Daniel Coulon, l’un des propriétaires du domaine, je l’avais aimé tout particulièrement. Le Châteauneuf-du-Pape ‘gran partita’ domaine de Beaurenard 2012 est une cuvée spéciale faite avec les treize cépages officiels du Châteauneuf-du-Pape. Dès la première gorgée j’avais été conquis par ce vin qui combine la puissance de ses 14,5° à une belle fraîcheur et un finale élégant. Et là, patatras, le vin est bouchonné. J’enrage. Un court instant on a pu croire à un retour à la vie, mais rien n’y a fait, ni la purée ni les fromages de chèvre.

Cela n’a pas entamé notre bonne humeur et le plaisir de se revoir. Engagement est pris de nous retrouver dans le sud pour que je compense cette déconvenue.

l’auteur du crime

dîner dans notre maison du sud dimanche, 25 juin 2017

Des cousins viennent dîner dans notre maison du sud. Nous ferons un apéritif long et passerons directement ensuite au plat de résistance, un gigot d’agneau avec de la semoule mariée à des plantes odorantes. Pour l’apéritif, j’ai acheté du Cecina de Léon, du jambon de porc noir de Bigorre, une viande sèche de Corse, de la Coppa et du Pata Negra.

Le Champagne Delamotte Brut Magnum sans année accompagne l’apéritif. Il est tout à son aise, aussi bien avec des petites sardines délicieuses, des olives noires parfumées de romarin et avec les cochonnailles et viandes séchées. Il est agréable, champagne de soif peu compliqué mais accueillant. Il accompagne mieux les saveurs douces que les goûts très fort du Pata Negra.

C’est donc l’occasion d’ouvrir un Rosso Azzurro Nerello Mascalese vin de l’Etna 2010 vin qui titre 13,5° dont le parfum dérange mes cousins alors que je l’accueille sans problème. Le vin atypique, un peu rêche mais très plaisant à boire va trouver avec les olives et le Pata Negra des accords que le Delamotte ne trouvait pas. Ce vin offert par un de mes fournisseurs de vin est une curiosité intéressante mais avec le gigot qui arrive maintenant, il ne trouve pas sa place.

Le Vega Sicilia Unico Ribera del Duero 1995 est une merveille. Frais, de fenouil et de menthe, avec des accents de garigue et de romarin est un régal avec le plat. Sa longueur est quasi infinie. Et chose qui surprend toujours nos invités, il trouve un accord raffiné avec un camembert Jort affiné idéalement.

J’avais fait saliver mes cousins en annonçant un Maury sur la mousse au chocolat mais lorsque je vais chercher le vin dans le réfrigérateur je m’aperçois qu’il en manque les deux tiers. C’est une bouteille que j’avais ouverte l’été dernier. Le Mas Amiel Maury Prestige 15 ans d’âge qui doit dater d’avant 1980 est buvable, mais au goût affadi comme par un voile. On en profite malgré tout car l’accord est pertinent.

Il reste tellement de choses à se dire que j’ouvre un Champagne Dom Pérignon 1982 vin d’une année romantique que j’adore chez tous les très grands vignerons de Champagne. Ce Dom Pérignon est superbe, évoquant fleurs et fruits blancs. On se recueille devant un tel champagne noble et raffiné. Les deux vins qui émergent ce soir sont le Vega Sicilia Unico et le Dom Pérignon qu’il est difficile de départager, même si mon cœur aurait tendance à pencher vers le vin espagnol. Dans les accords il y a le Vega Sicilia avec la semoule parfumée des mêmes romarins que ceux du vin, le Vega Sicilia avec le camembert, les petites sardines avec le Delamotte et le Pata Negra bien gras et très marqué par la noix avec le vin de l’Etna. Ce fut un très beau dîner.

dîner au restaurant La Vague d’Or à Saint-Tropez dimanche, 18 juin 2017

Ça y est, le rideau est baissé, je vais prendre pour trois mois mes quartiers d’été dans le sud. Après quatre jours pour prendre un nouveau rythme de vie, nous allons ma femme, un couple d’amis et moi dîner au restaurant La Vague d’Or à Saint-Tropez. Dans la voiture je demande à mes amis : « savez-vous quand nous y sommes allés ensemble ? ». Les réponses sont un an, deux ans, deux ans, alors que notre unique visite en ce lieu date d’il y a quatre ans juste après que le chef Arnaud Donckele a obtenu trois étoiles. Entretemps, le restaurant et l’hôtel la Résidence la Pinède qui abrite le restaurant La Voile d’Or sont entrés dans le giron de LVMH.

Le cadre est toujours aussi beau, la terrasse où nous allons prendre l’apéritif puis dîner étant directement sur la mer qui est un vrai lac, sans l’ombre d’un frémissement. Des bateaux de toutes tailles occupent la baie.

L’accueil est souriant. Notre table est juste face à la mer et à la piscine. La carte des vins a des prix de trois étoiles. Le sommelier nous explique qu’après la reprise, le groupe propriétaire avait envisagé qu’il n’y ait sur la carte que des vins du groupe LVMH et il a fallu batailler pour arriver à convaincre de l’intérêt d’ouvrir la carte à d’autres vins. Comme j’ai pu le regretter au restaurant Clarence qui appartient aux propriétaires de Haut-Brion, il est vraiment dommage que les vins du groupe LVMH soient proposés à des prix qui dissuadent de les commander. Nous n’en boirons aucun.

Nous prenons un Champagne Blanc de Noirs Egly-Ouriet sans année dégorgé en 2015 après 72 mois de cave. La première gorgée ne révèle aucun défaut et nous sommes servis mais la deuxième gorgée montre que le champagne manque cruellement d’émotion. Il est acide et très court. Il est anormalement ambré. C’est surtout le manque de personnalité qui me pousse à en parler au sommelier Max qui nous propose gentiment de changer de champagne.

Le Champagne Initial de Jacques Selosse sans année a été dégorgé en octobre 2014. Le changement de niveau justifie la réserve que nous avions eue sur le blanc de noirs. De belle personnalité, typé, ce champagne est très plaisant malgré une légère amertume qui s’estompe sur les délicieux amuse-bouche, complexes et variés. Une petite tartelette aux fleurs comestibles de toutes les couleurs est un régal comme une huître présentée avec une mousse délicate, une tranche de lisette, jeune maquereau très goûteux, une olive verte mais présentée noire et légèrement fumée, un chips de fleur de courgette au parmesan ou un bouillon délicieux.

Nous passons à table et l’excellent directeur Thierry di Tullio nous aide à composer notre menu qui sera : les langoustines vivifiées au pamplemousse, broccolettis coupés du matin, basilic citrus et aloe vera au naturel, confection d’un jus d’Hassaku et huile d’olive infusée aux têtes grillées / le turbot cuit en immersion d’eau de mer, citronnelle et algues, poireaux crayon, charlottes et oignons rouges « furio » des terres sableuses de Grimaud, nage d’haliotis de la lagune de Thau / le mignon de veau à la mode Carqueirannaise, les ris au jus et perles de câpres, tomates cœur de pigeon, gnocchis tendres à la sauge florale, quelques dentelles de tête de veau « souvenir de mon enfance ».

Lorsque le champagne Initial est fini, nous commandons un Champagne Laurent Perrier Grand Siècle dont Max nous dira qu’il a été acquis il y a environ cinq ans. Le champagne est délicieusement romantique, évoquant des fleurs blanches et des fruits blancs. Il va former avec le premier service de la langoustine servie en deux fois un accord d’anthologie. Tout excité je suggère à Max que sur ce plat, le champagne que nous buvons soit l’accord « obligatoire ». C’est en effet éblouissant de symbiose.

Pour le veau, mon ami suggère que nous prenions un rouge, malgré la présence de câpres mais on nous dit que ces câpres sont très discrètes ce qui est vérifié. Le Châteauneuf-du-Pape Clos des Papes 2009 est un vin enthousiasmant. Il a la jeunesse, un fruit puissant, une richesse extrême, mais tout est d’un équilibre et d’une élégance rare. C’est un vin de grand plaisir, racé, vif mais aussi accueillant.

Ceci nous pousse à prendre un peu de fromage pour finir ce beau vin.

La cuisine d’Arnaud Donckele est très complexe et très inspirée. Il y a des plats d’une gourmandise raffinée qui justifient pleinement les trois étoiles de ce chef. Le seul plat qui ne m’a pas enchanté est le second service de la langoustine qui marquait un recul gustatif très net par rapport au premier service, absolument exceptionnel. Les plats nous ont été présentés par Aurore, avec des discours délicieusement kitsch à la limite de l’excès. Alors que les propos comme « plat emblématique du chef » ou « plat signature du chef » m’agacent, c’est la première fois que j’entends « plat d’anthologie du chef ». Le service a été mitigé, pas toujours présent, surtout celui du vin, comme manquant d’effectif pour faire face aux souhaits des clients.

Mais le clou du dîner, véritable cadeau royal, fut l’arrivée à notre table du chef en fin de soirée, lorsque nous fumes quasiment les derniers à table. Nous avons bavardé avec lui pendant probablement plus de vingt minutes et il nous a passionnés. Ce chef est terriblement attachant, toujours en quête d’excellence, avec des racines familiales qui l’ont poussé à se dépasser. L’écouter raconter ses recherches de douze saveurs, ses essais, ses envies, c’est vraiment le plus beau cadeau de cette soirée inoubliable. Bravo Arnaud pour votre talent, votre sensibilité, votre authenticité et ces valeurs humaines qui transpirent de vos propos. Longue vie à ce grand restaurant.

dîner au restaurant Taillevent samedi, 10 juin 2017

Je vais dîner au restaurant Taillevent avec un ami qui pendant des années a œuvré dans le monde du vin et de l’automobile. Grâce à lui j’ai pu réaliser de magnifiques dîners dont ceux au château de Saran, demeure de réception du groupe Moët. Je l’invite et il m’annonce qu’il viendra avec un Vega Sicilia Unico. Mes choix s’orientent de la façon suivante : il faudrait commencer par un Champagne Dom Pérignon 1962 car c’est avec cet ami que j’ai bu pour la première fois ce millésime exceptionnel dans les caves de Dom Pérignon. Ayant envie de poursuivre dans le millésime 62, je prends en main un Chablis Premier Cru Montée de Tonnerre François Raveneau 1962 mais la bouteille m’inquiète par sa couleur qui n’est pas avenante. Aussi je choisis une bouteille qui est dans la même case, un Chante-Alouette Grand Hermitage Blanc Chapoutier et Cie 1945. Pour faire bonne figure au cas où il y aurait d’autres problèmes que celui probable du chablis, j’ajoute à mon apport un Monbazillac Louis Bert & Cie 1962. Mes vins ont été apportés il y a deux jours.

C’est à 17 heures que je me présente pour ouvrir mes vins et il y a une incompatibilité évidente entre le nombre de vins et le fait que la table soit réservée pour deux. J’ouvre le chablis et l’odeur est très désagréable, marquée de sueur et d’amertume. La chance d’un retour à la vie est faible. Alain Solivérès, le chef cuisinier passe me saluer et sent le vin. Une telle bouteille aurait 99% de chances d’être mise à l’évier.

Le parfum de l’Hermitage est beaucoup plus engageant même si l’épanouissement n’est pas encore sûr. Je n’ouvre pas le liquoreux car nous aurons tout loisir de décider de l’ouvrir plus tard.

C’est vraiment un sacerdoce de venir ouvrir les vins trois heures avant car lorsqu’il n’y a que deux bouteilles, le temps passe lentement ensuite. Je vais à la terrasse d’un café boire une bière et lire un magazine. A 19h15 je fais ouvrir le champagne. A 20 h mon ami arrive et j’ai déjà une idée du menu. Nous prendrons des langoustines aux petits légumes, un turbot dans une soupe de coques et un pigeon dont j’ai appris plus tard qu’il est préparé selon une recette de Jean-André Charial, le propriétaire de l’Oustau de Baumanière, car Taillevent organise pendant un certain temps une cohabitation des recettes d’Alain Solivérès et de Jean-André Charial, sorte de quatre mains mais à distance sauf le premier jour où Jean-André était présent.

Le Champagne Dom Pérignon 1962 est plus foncé que ce dont j’ai le souvenir. La bulle est faible et en bouche une petite amertume limite le plaisir. Ce 1962 est objectivement plus vieux que d’autres Dom Pérignon 1962. Mais les gougères jouent les docteurs miracle et l’amertume disparaît. Le champagne devient plus agréable et la résurrection est complète avec l’amuse-bouche à base de langoustine croustillante. Et nous sommes impressionnés par le volume de ce champagne. Il y a des brassées de fruits généreux. Le champagne continuera de tenir son rang tout au long du repas. Ce n’est qu’au moment des mignardises que sa fatigue réapparaîtra.

Pour accueillir le Chablis Premier Cru Montée de Tonnerre François Raveneau 1962, il faut une belle dose d’ouverture d’esprit, car la couleur est presque grise. Mais en bouche même si la fatigue est là, on sent qu’il y aura un message qui suscite l’intérêt. Bien sûr on est loin de ce que ce vin de Raveneau pourrait donner mais par exemple sur la soupe de coques le vin s’est mis à chanter. Nous avons apprécié ce courageux soldat blessé.

Le Chante Alouette Grand Hermitage Blanc Chapoutier et Cie 1945 est d’une toute autre stature. Je ne le trouvais pas parfait à l’ouverture, mais maintenant il est brillant, solaire, plein de beaux fruits jaunes. L’âge et tout particulièrement cette année 45 lui donne une grande complexité. Il est parfait sur les langoustines mais c’est sur la chair du turbot qu’il brille particulièrement. Ce vin est un véritable bonheur, épanoui et grand. A l’aveugle on le rangerait sans problème dans un millésime comme 1978.

Le Vega Sicilia Unico 2008 de mon ami est brillant comme les Vega Sicilia jeunes et pétulant. Ouvert sur l’instant, non carafé, j’adore le cheval fou qui s’ébroue. Ce vin est merveilleux mais c’est surtout l’accord qui est exceptionnel. C’est de la mécanique de précision. Il serait impossible de changer d’un milligramme l’équilibre du plat et la magie diabolique de l’accord ne serait plus là. Nous sommes face à un accord parfait. Les épices sont dosées exactement pour ce vin jeune. Inutile de dire que je prends un plaisir de première grandeur. Jean-Marie Ancher me dira au moment du départ que le plat du pigeon est conçu par Jean-André Charial. Alors bravo au travail à quatre mains de deux chefs talentueux même si le chef du sud n’est pas présent.

Nous sommes tellement enthousiasmés que nous commandons du fromage pour les vins. Les fromages sont délicieux mais aucun accord, même pertinent avec l’un ou l’autre des vins, ne nous transportera autant que cette inimaginable perfection du pigeon et du vin espagnol.

Nous avons devisé fort tard tant il y avait des vins à notre goût. Nous n’avons pas voté. Mon vote serait : 1 – Chante Alouette Grand Hermitage Blanc Chapoutier et Cie 1945, 2 – Vega Sicilia Unico 2008, 3 – Champagne Dom Pérignon 1962, 4 – Chablis Premier Cru Montée de Tonnerre François Raveneau 1962. J’aurais pu hésiter entre l’Hermitage et l’espagnol pour la première place, mais le plus ancien mérite d’être couronné. L’accord miracle est celui du pigeon et du 2008.

Le restaurant Taillevent est toujours aussi agréable, avec un service parfait. La cuisine des deux chefs a été une réussite totale. On se sent bien au Taillevent.

Déjeuner de conscrits au restaurant du Polo de Bagatelle mercredi, 7 juin 2017

Le traditionnel déjeuner de conscrits se tient, pour une fois, au restaurant du Polo de Bagatelle car l’ami qui nous invite est membre du Polo. Il fait un temps incertain et il y a du vent aussi mangeons-nous à l’intérieur. Dans le cadre magique de cet ensemble, la restauration est un parent pauvre. J’ai pris à la carte un tartare de saumon au citron vert et coriandre et un faux-filet de Salers grillé et un écrasé de pommes de terre aux herbes qui ne resteront pas très longtemps dans ma mémoire.

Le Champagne Ruinart Blanc de Blancs sans année est vraiment très agréable et vif. Il a une belle tension et se boit avec plaisir. J’aime son rythme en bouche et je ne suis pas le seul car nous consommerons trois bouteilles à six.

Le Vosne Romanée Louis Latour 2011 est un aimable vin de bon équilibre, sans grande longueur mais suffisamment expressif au point que nous commanderons du fromage pour en boire une seconde bouteille.

Nous avons pris le café sur la terrasse face aux vastes terrains de sport, occupés par de nombreux jeunes enfants qui jouant au football, qui montant au manège, pendant que d’autres vont sur les courts de tennis ou les tatamis. Ce lieu privilégié et bien tenu est très agréable au printemps lorsque le soleil est de la partie.

Déjeuner au restaurant H. Kitchen mardi, 6 juin 2017

Le déjeuner périodique entre frères et sœurs se tient à l’invitation de ma sœur au restaurant H. Kitchen. Le lieu est tout petit, moins de dix tables sans doute, avec le chef en cuisine et une personne en salle. Le chef Hidenori Kitaguchi est japonais, qui grossit l’armée de chefs japonais qui ont envahi Paris, pour notre plus grand plaisir. La salle est un peu triste. La carte des vins est particulièrement chiche, mais je dis à ma sœur qu’il ne faudrait surtout pas rater la présence d’un Champagne Philipponnat Clos des Goisses 2000 dégorgé en octobre 2011 qui est une merveille. Nous sommes quatre à prendre le même menu : soupe de coques et homard breton.

Le champagne est enthousiasmant. Il commence déjà à être un peu ambré. Sa bulle est discrète mais en bouche il est glorieux, expressif, plein, rond et de grand charme. C’est un champagne noble. On se sent tellement bien avec ce champagne distingué qu’il illumine ce début de repas. Les coques sont un peu tristes mais goûteuses malgré tout. Le plat manque de panache mais va bien avec le champagne.

Nous poursuivons le repas avec un Chassagne- Montrachet Domaine Larue 2015 qui est une belle surprise. Il est jeune bien sûr mais il est gouleyant, avec un beau fruit très spontané et quelques évocations de fleurs blanches qui rafraîchissent le palais. Il est bien fluide et accompagne gentiment le homard à la chair délicieuse, de grande qualité.

Sur le dessert, le mien au citron, de belle facture, c’est un Champagne Philipponnat Royale Réserve Brut sans année qui est servi, champagne de soif, bien loin de la qualité du Clos des Goisses mais jouant sur un registre différent, dont la fluidité est appréciée. Ce restaurant fait une cuisine de belle qualité, mais il lui manque un peu de chaleur humaine pour qu’on ait envie d’y retourner.

Superbe Gewurztraminer Hugel 1981 vendredi, 2 juin 2017

C’est le dernier jour du court séjour de mon fils. Contrairement à ce que beaucoup de lecteurs pourraient penser, ce n’est pas ma femme qui adapte sa cuisine à mes vins. Les plus grands dictateurs sont des agneaux à la maison. Je dois jongler avec ses choix pour essayer de créer des accords pertinents. Elle m’annonce un risotto de coquilles Saint-Jacques comme seul et unique plat. Il se trouve que j’avais envie d’ouvrir un Gewurztraminer Vendanges Tardives Sélection de Grains Nobles maison Hugel 1981. C’était, je crois, un cadeau du regretté Jean Hugel et je voulais le boire avec mon fils. J’ai demandé à ma femme de ne saler ni les coquilles ni le riz.

Nous commençons d’emblée avec ce plat, sans le préalable d’un apéritif. Ma femme a mis juste un soupçon de parmesan sur le riz que l’on ne remarque presque pas. C’est d’une banalité évidente de dire que le Gewurztraminer sent le litchi mais il est impossible de ne pas le sentir. En bouche, ce vin est d’un équilibre qu’aucun sauternes ne pourrait avoir. On a une harmonie entre la sucrosité évidente, l’acidité et la fraîcheur. Ce vin est frais en permanence, donnant une impression de légèreté. Au début, le vin d’Alsace paraît plus fort que le plat, mais plus le temps passe et plus l’accord devient pertinent, le vin se mettant à la hauteur de la force du plat. Les coquilles sont divines, juste poêlées et divinement croquantes, le riz se montre civil et délicat. Et l’accord s’améliore à chaque gorgée comme si le vin voulait s’adapter à la neutralité active du plat. Il y a une précision et une fluidité dans ce vin qui sont remarquables.

Nous avons court-circuité l’apéritif alors que je voulais ouvrir un champagne. Cherchant dans le réfrigérateur avant le repas, j’avais vu une bouteille quasiment vide et rebouchée qui date d’il y a un mois, lors du dernier voyage de mon fils. Avant qu’il n’arrive j’avais goûté et le champagne ne s’est pas altéré. Quand mon fils est arrivé, il l’a essayé et lui aussi l’a trouvé sans défaut. Il y a de quoi faire un demi verre pour chacun que nous avons goûté avant l’arrivée des coquilles pour préparer notre palais. Il lui fallait une suite aussi ai-je ouvert, après le vin d’Alsace un Champagne Krug Grande Cuvée sans année du début des années 90, qui a donc un peu plus de 22 ans. Je l’essaie avec les coquilles et il est assez évident que c’est avec le Gewurztraminer que l’accord se trouve le mieux car les goûts neutres conviennent mieux à l’alsacien.

C’est avec des camemberts que nous goûterons le Krug. Il est extrêmement expressif et cet âge de plus de vingt ans magnifie ses complexités. Mais par rapport à tous ceux que j’ai bus de cet âge, je ressens une acidité particulièrement forte qui limite un peu le plaisir. Mon fils est plus tolérant à cette acidité. Mais le Krug a une telle persistance aromatique qu’elle imprime le palais d’une trace indélébile. C’est un grand champagne complexe, imprégnant et raffiné.

Des dés de mangue rafraîchissent le palais avec le sublime vin d’Alsace.

Sur le court séjour de mon fils nous avons eu l’occasion de boire des merveilles. Si l’on doit retenir deux vins, ce sera le Musigny de Vogüé 1972 et le Gewurztraminer 1981 qui marqueront nos mémoires.

la bouteille de gauche a été ouverte il y a un mois et nous avons bu le reste, encore buvable

Déjeuner au restaurant Le Petit Sommelier jeudi, 1 juin 2017

Déjeuner au restaurant Le Petit Sommelier. Cette adresse m’a été conseillée par un vigneron ami. L’ambiance est du genre bistrot, avec ce que cela comporte de compétence de service. La carte des vins est impressionnante. On a envie de tout prendre, tant les prix sont doux. Il y a de très prestigieuses étiquettes et quasiment toutes avec des prix tentants. Alors dans ce cas-là, j’aime encourager les efforts de constituer une cave attractive en prenant un grand vin. Je jette mon dévolu sur une Côte Rôtie La Turque Guigal 2006.

Il me semble que je connais le jeune sommelier qui vient prendre commande et effectivement Pierre Vila Palleja, le patron du bistrot, me dit qu’il a servi les vins lors de certains de mes dîners au Crillon. Pour le vin, je choisis un pâté en croûte et un turbot dont Pierre fera aménager la sauce.

Le vin de Guigal ouvert sur l’instant et non carafé impose sa joie de vivre et sa générosité. Qu’y a-t-il de plus franc que ce vin ? Il est chaud, joyeux, au fruit noir expressif. On se régale avec un tel vin et on ne se pose pas de question car tout lui sourit. Au début de mes explorations des vins de Guigal, c’est la Mouline qui était ma préférée. Aujourd’hui c’est plutôt la Turque. Celle-ci est un peu entre deux âges. Elle n’a plus la folie du fruit qui envahit le palais et n’a pas encore la sérénité des vins assis. Elle est très plaisante mais je ne trouve pas la fraîcheur mentholée qui me plaît tant dans les Côtes Rôties plus jeunes. L’accord s’est bien trouvé sur les deux plats. Voilà une table où l’on peut aller sans hésiter pour boire de bons vins.

Dîner d’anniversaire avec un Musigny exceptionnel jeudi, 1 juin 2017

Par une rare et belle conjonction de planètes nous recevons nos trois enfants en même temps à la maison, avec quatre de nos petits-enfants. Il y a deux anniversaires à fêter. Ma femme a prévu un seul plat, un veau cuit à basse température et un gratin dauphinois. Pour le dessert ce sera l’incontournable reine de Saba, parce qu’on peut facilement planter des bougies sur ce gâteau.

L’apéritif est fait de petites viennoiseries salées composées par les petits enfants et de jambon ibérique. Le Champagne Dom Ruinart 1990 est un de mes favoris et j’imaginais volontiers que 1990 était l’un des Dom Ruinart les plus réussis. Quelle n’est pas ma surprise de constater que cet excellent champagne, opulent, large en bouche et au beau fruit jaune doré est très loin de valoir le Dom Ruinart 1973 que j’avais bu la veille. Il y a dans le 1973 une vivacité et un côté cinglant que l’on ne retrouve pas aussi marqués dans ce 1990. Il est grand, jeune encore alors que le 1973 est à pleine maturité, il comble mes enfants, mais je dois dire que le 1973 le surpasse de vingt coudées. Voilà qui déboulonne l’une de mes icônes. Ça n’empêche pas ce 1990 d’être grand.

Le Château Margaux 1967 a un nez imprégnant, fort et pénétrant. La bouche est lourde comme celle d’un Lafite Rothschild d’une année puissante. Il y a de la truffe, des grains de poivre doux dans ce vin lourd et charmeur. Il y a une infime trace de bouchon dans le parfum mais on s’aperçoit que cela ne gêne en rien le goût profond et raffiné de ce vin. Oserais-je « au contraire » ? Car ce Margaux n’est pas du tout dans la gamme des vins féminins que Margaux peut être. Il est dans la famille des vins guerriers de la soldatesque conquérante. Et nous l’aimons tout particulièrement.

La deuxième bouteille que j’ai choisie pour ce dîner est un Musigny Comte de Vogüé d’un lot de trois bouteilles dont deux n’ont pas d’étiquette et la troisième en a une, abîmée, sur laquelle on pourrait lire soit 1979 soit 1972 mais plus probablement 1972 du fait de la position de petits trous, puisque les années sur les étiquettes de ce vin sont marquées par des points qui sont des petits trous qui percent l’étiquette. N’ayant pas la possibilité de trouver un lien avec un achat dans mes archives, le 1972 n’est pas sûr mais hautement probable. Lorsque j’ai ouvert la bouteille il y a quatre heures, j’espérais trouver le millésime sur le bouchon. Raté ! le bouchon très lisible confirme le nom du vin mais pas son âge. Lorsque nous sentons le vin, mes enfants et moi, c’est comme si nous étions envahis par une bourrasque ayant caressé la Côte de Nuits. Le parfum est envoûtant. Et dès que nous portons nos lèvres à ce vin, c’est une extase. Je vois l’émerveillement sur les visages de mes enfants. Ce vin a quelque chose d’extraordinaire. Ayant encore vivace la mémoire de la Romanée Conti 1980 bue hier, je ressens une émotion de même niveau et très différente car là où la Romanée Conti est sérieuse, le Musigny Comte de Vogüé 1972 explose de joie de vivre et d’un beau fruit rouge. Ce vin est du velours tant il y a de douceur combinée à une puissance contenue. On est en haut de l’Olympe quand on boit ce vin où toute la délicatesse est fondue dans une subtilité unique. Et le fait d’avoir pu goûter en un temps si proche deux merveilles, l’une plus cistercienne, l’autre plus gourmande, me ravit. La douceur et le velours sensuel de ce vin au fruit joyeux sont d’un bonheur rare. Décidément, j’aime les vins dans les soi-disant petites années car on lit mieux la précision de leurs complexités.

Aucun vin ne pouvait succéder à ces merveilles aussi le dîner s’est-il poursuivi en douceurs en bougies soufflées et en discussions.

l’étiquette est celle d’une autre bouteille du même lot. Le bouchon est évidemment de celle qui a été bue.