déjeuner au restaurant Le Petit Verdot vendredi, 8 avril 2016

Je vais déjeuner au restaurant Le Petit Verdot. Hidé, toujours aussi accueillant, que j’avais rencontré à la présentation des vins de Bourgogne, m’avait incité à venir avec un vin. J’ai envie de vérifier dans quel sens évolue le Château Mouton-Rothschild 1990. Ce vin a été très critiqué car il ne représenterait pas ce que Mouton devrait donner pour cette année. Qu’en est-il aujourd’hui qu’il a vingt-cinq ans ? La bouteille a un niveau dans le goulot, le bouchon est de superbe qualité. Le nez est puissant, vineux, parfum d’un vin très jeune. Quel menu composer à partir de ce qui est proposé sur l’ardoise du restaurant ? Après discussion avec Hidé, nous décidons que l’entrée sera des asperges vertes et blanches accompagnées de magrets de canard froids en tranche, puis un bar juste cuit sur sa peau sans accompagnement, puis une pièce de bœuf dont la sauce au vin serait servie à part.

Mon invitée qui est journaliste au Japon connaît la controverse sur ce millésime de Mouton. En bouche le vin est étonnamment jeune, ses tannins très marqués étant ceux d’un vin de cinq ans. Le vin est équilibré et son finale est joliment marqué. Ce qui est intéressant, c’est que l’on peut soit critiquer ce vin, soit vanter ses qualités. C’est à l’humeur de chacun.

Si l’on pense en effet aux Mouton des années 1982 ou 1986, on est loin d’un Mouton glorieux. Mais si l’on goûte le vin en oubliant que c’est Mouton on a un vin de belle grâce de beau velours mais aussi de forte affirmation. Il se boit bien, généreux et goûteux, avec un finale inspiré. Ce qui lui manque c’est un peu d’ampleur, de complexité et de joie. A l’aveugle, je crois que tout le monde l’aimerait. Il ne renverse pas encore la réputation défavorable qu’il avait mais je sens que dans quinze à vingt ans, il fera partie des Mouton que l’on aime.

Hidé est un hôte toujours aussi agréable. Chers lecteurs, allez manger dans ce restaurant qui mérite d’être encouragé et pratique des prix très inférieurs à sa qualité, y compris sur les vins.

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Simplicité comme je l’aime

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Maisons Familiales de Tradition de Bourgogne mercredi, 6 avril 2016

Les Maisons Familiales de Tradition de Bourgogne font chaque année la présentation de leurs récemment mis en bouteilles. On présente ainsi les 2013. Boire ces vins juste après un séjour en Châteauneuf-du-Pape, c’est un peu comme si l’on devait goûter des rieslings alsaciens après un voyage au Portugal. C’est le jour et la nuit et c’est très intéressant de remettre ainsi en perspective les deux régions. Les Châteauneuf-du-Pape ont beaucoup d’alcool, sont riches, joyeux et déjà prêts à déguster de façon gourmande. Alors que les 2013 de Bourgogne ont un alcool très mesuré, sont frêles, d’autant moins prêts à boire qu’il sont de plus noble naissance. Les « Villages » sont déjà goûteux, beaucoup plus que les Premiers Crus, eux-mêmes plus ouverts que les Grands Crus.

Ce qui m’a frappé, c’est l’impression que je me trouve face à des vins « à l’ancienne », peu riches en alcool, assez fermés et construits pour la garde. Je les imagine vraiment comme des vins des années trente, à attendre longtemps et prometteurs de grandes merveilles. Je n’ai pas pris de notes, préférant m’imprégner de ce millésime qui me donne la conviction de devenir dans vingt ans un millésime historiquement bourguignon.

Atelier des accords mets et vins au printemps de Châteauneuf-du-Pape mardi, 5 avril 2016

Le lendemain, j’assiste à la septième édition de l’atelier des accords mets et vins, « inspirations culinaires d’un grand chef sur une déclinaison de vins de Châteauneuf-du-Pape ». Le chef est Olivier Scola, chef du restaurant « Ze Bistro » à Aix-en-Provence et c’est Dominique Laporte, sommelier très titré et qui tentera pour la France en 2019 de devenir meilleur sommelier du monde, qui a conçu avec le chef les accords. Ses explications ont enthousiasmé les présents.

Châteauneuf-du-Pape Clos de l’Oratoire des Papes blanc 2015 est associé à une huître de Cancale n° 3 en gelée de pamplemousse, crème de petits pois mentholée et une n° 2 en crépinette, fricassée de petits pois, beurre monté en pamplemousse. Le vin très jeune a le nez et le goût de tous les vins trop jeunes dans toutes les régions. Mais il va s’animer sur l’huître chaude en crépinette qui crée un bel accord que je n’aurais jamais imaginé alors que l’huître froide souffre du pamplemousse qui ajoute son acidité à celle du vin jeune. La crépinette est une bonne surprise.

Châteauneuf-du-Pape Domaine du Pégau Réserve rouge jéroboam 2008 cohabite avec un cabillaud mi- fumé, betterave aux appétits (garniture au poivre et échalotes), jus de viande. Le vin est lourd, vif, doucereux et lascif avec des airelles et des épices. L’accord de texture est brillant, le jus contribue et donne au vin des tons de chocolat.

Châteauneuf-du-Pape domaine Saint-Préfert rouge 2005 sur un croustillant de rouget de Méditerranée aux merguez, jus aux épices, patate douce. Le vin est raffiné, noble, élégant, de fraîcheur et de garrigue.

Châteauneuf-du-Pape Château Mont-Redon rouge 1998 est associé au même plat. Le vin, un peu tuilé est assagi et c’est lui qui va le mieux avec le plat qui pourrait se passer des merguez trop fortes. Le rouget n’est pas assez sauvage et la patate douce adoucit trop.

Châteauneuf-du-Pape Le Vieux Donjon rouge 2010 avec un porc noir de Bigorre en saupiquet, lardons et champignons. Le vin est puissant, aux tannins expressifs. Le plat est parfait et l’accord est merveilleux. Les lardons secs ne se justifient pas. Le vin gourmand et élégant est bien mis en valeur par le plat.

Châteauneuf-du-Pape Domaine de la Barroche rouge 2012 et agneau Comte de Provence, gigot confit aux épices, aubergine au cumin. Le vin est très Châteauneuf-du-Pape avec une belle râpe qui se combine à de la douceur. Il est fort et aérien. Les vieilles vignes développent le côté floral. Le vin est transcendé par le plat et devient gourmand.

Châteauneuf-du-Pape Le Cellier des Princes blanc 2014 et bœuf du limousin en ravioli, bouillon katshuaubushi aux amandes. Le nez du vin est de cirage et de cataplasme. Il est bizarre au point que je ne reconnais pas un Châteauneuf-du-Pape. La soupe est aussi bizarre avec des goûts de poisson. Mon cher cousin, sur cet accord vous avez dit bizarre, comme c’est bizarre. Les suggestions de poisson sur du bœuf ne me conviennent pas.

Châteauneuf-du-Pape domaine des trois Cellier, réserve blanc 2013 et salers en capuccino, crème de marrons, croûtons de pain. Le vin a un nez floral très jeune. L’accord existe mais je suis mal à l’aise avec cette interprétation du salers. C’est un accord intellectuel. Les Cellier n’ont pas d’s, car c’est le nom de famille des propriétaires.

Dans cet exercice talentueux, on est à l’opposé de mes recherches. Pour les vins anciens, je ne recherche pas des plats, mais des goûts cohérents qui conviennent au vin. La multiplicité des saveurs ne m’intéresse pas. Ici à l’inverse on essaie de nombreuses pistes, dont Dominique Laporte donne des explications brillantes ainsi que le chef qui explique bien les voies explorées. Cette vision a tout son intérêt et c’est une bonne chose de l’avoir faite avec un chef de grand talent.

Paradoxalement cette expérience me renforce dans la voie que je suis, de lisibilité absolue des recettes pour un seul but, rendre cohérente la dégustation des vins anciens. Le dessert qui a suivi est de talent, associé à un délicieux café.

Il me faudrait une chute pour ce bulletin consacré au Printemps de Châteauneuf-du-Pape. Il y en a une qui s’impose : « tout finit par l’Echanson ».

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la sympathique équipe qui a fait le service des vins

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visite du domaine de la Barroche et soirée de vignerons sur une péniche mardi, 5 avril 2016

Ma voisine de table lors du dîner au Palais des Papes, qui possède des chambres d’hôtes en centre-ville de Châteauneuf-du-Pape, m’avait proposé de me joindre à un groupe de huit suédois qu’elle loge et d’aller visiter le domaine de la Barroche. C’est Julien Barrot, cousin de la vigneronne qui me loge, qui fait faire la visite. Il a investi dans des cuves en béton aux formes d’amphores qui sont de grande beauté. Il nous fait déguster une verticale de ses vins de 2013 jusqu’en 2006 année par année. La différence entre les millésimes est spectaculaire avec des écarts de degrés d’alcool significatifs.

J’ai pris des notes à la volée car j’étais fatigué. Les voici en style télégraphique.

Châteauneuf-du-Pape domaine de la Barroche 2014 Pure d’une parcelle près de Rayas. Attaque joyeuse, poivre, vin riche très prometteur et très pur !

Châteauneuf-du-Pape domaine de la Barroche 2013 Signature beau fruit, fraîcheur, bel équilibre, acidité, râpe, fruit et beau finale.

Châteauneuf-du-Pape domaine de la Barroche 2012 Signature très belle bouteille. Grâce et élégance.

Châteauneuf-du-Pape domaine de la Barroche 2011 Signature nez de barbe d’artichaut, rond, lourd, finale de chocolat et de café. Vin très fort avec du velours malgré la force  mais quand même lourd.

Châteauneuf-du-Pape domaine de la Barroche 2010 beaucoup de cassis, plus strict. Vin très précis, bien fait, âpre, serré, notes de café.

Châteauneuf-du-Pape domaine de la Barroche 2009 gourmand. C’est un vin qui se goûte bien. Notes de café. Bel équilibre, coordonné, vin puissant.

Châteauneuf-du-Pape domaine de la Barroche 2008 plus calme et plus agréable car beaucoup plus tempéré. Très équilibré et joyeux.

Châteauneuf-du-Pape domaine de la Barroche 2005 bel équilibre, moins racé que 2008 mais de très bel équilibre, café, élégant et gastronomique.

Enfin voici celui ce qui a retenu mon attention c’est le Châteauneuf-du-Pape domaine de la Barroche 1980 au nez de joli fruit, distingué. Vin délicieux au fruit rouge génial. Quelle grâce. Il est magnifique de douceur, de grâce. Un pur bonheur. Fait par le père de Julien, il est d’une fraîcheur et d’une explosion de fruit gourmand qui est la preuve irréfutable de la capacité des Châteauneuf-du-Pape à vieillir. Quel grand vin.

Je suis retourné très vite à ma chambre pour une sieste impérative. Le soir, je suis invité à une soirée qui se tient sur une péniche qui nous mènera sur le Rhône de Châteauneuf-du-Pape à Avignon et retour. Quand il fait nuit et quand il pleut, un tel périple perd un peu de son sens. La nourriture sur la péniche mérite tous les compliments, des ratatouilles et des poissons sont cuits exactement. Ce fut un régal, au goût d’inattendu. Comme en Avignon, la générosité des vignerons est extrême. Laurence Féraud est venue avec deux jéroboams de Pégau Cuvée réserve 2008. Les autres vignerons ont fait preuve de la même générosité. On sait vivre à Châteauneuf-du-Pape.

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Atelier Déclinaison de vieux millésimes de Châteauneuf-du-Pape au fil des âges mardi, 5 avril 2016

Le lendemain matin, à 9h30 je me présente au réfectoire de l’école maternelle du village où des vignerons et des sommeliers ouvrent et préparent les bouteilles qui seront dégustées à partir de 11 heures à l’atelier « déclinaison de vieux millésimes de Châteauneuf-du-Pape au fil des âges ». C’est Kelly Mac Auliffe, un sommelier américain à la carrure de rugbyman qui mène les opérations. Il décante les vins deux fois, une première fois dans une carafe à décantation pour écarter la lie, et une deuxième fois en remettant le vin dans sa bouteille. On est très loin de la « méthode Audouze », mais cela n’a pas une importance déterminante puisque les vieux millésimes sont encore de jeunes vieux.

La salle se remplit et aucune place n’est disponible, cet atelier ayant attiré beaucoup de monde au point qu’il faut six bouteilles ou trois magnums par vin. Ce qui indique une assistance d’environ 90 personnes. A côté de moi Philippe Cambie, œnologue conseil de beaucoup de propriétés de Châteauneuf-du-Pape fera des commentaires, comme les vignerons présents.

Le Châteauneuf-du-Pape Château de la Nerthe rouge 1998 a une couleur qui n’est pas très nette. Le nez est celui d’un vin déjà évolué. Il a une belle attaque généreuse avec une belle minéralité. Dans le final il y a un petit côté tisane et fumé qui signe un vin qui commence à évoluer.

Le Châteauneuf-du-Pape Boisrenard domaine de Beaurenard rouge 1995 a une couleur plus jeune que celle de la Nerthe et le nez est aussi plus jeune. Le vin est rêche, le final est très précis et de belle fraîcheur. Le vin provient de vieilles vignes qui ont entre 60 et plus de cent ans.

Le Châteauneuf-du-Pape Clos de Montolivet rouge 1989 a une couleur un peu tuilée. Le nez est un peu fatigué. Il y a beaucoup de matière, le vin est riche aux tannins très présents. C’est une cuvée tradition.

Comme j’anime la dégustation, je suis obligé de me faire une idée assez vite sur chaque vin sans y revenir comme je le ferais en ayant le temps. Or les premières gorgées sont plus brutes que lorsque le vin s’est assis dans le verre.

Le Châteauneuf-du-Pape domaine de Nalys rouge 1983 a un nez fabuleux. Le vin est brillantissime et surprend même les vignerons qui constatent qu’une petite année, avec le temps peut devenir brillante. Il y a un très joli fruit et du menthol dans le finale, signe d’un grand vin.

Le Châteauneuf-du-Pape Château des Fines Roches rouge 1981 a un nez un peu viandeux, sa couleur est à peine tuilée. L’attaque est fluide et le finale manque un peu de précision. Il y a des notes de moka.

Le Châteauneuf-du-Pape Château de Beaucastel rouge 1980 a une belle couleur. Le vin sent la fraîcheur. Il a une belle attaque et le finale qui manque d’ampleur et dévie un peu. Mais comme souvent il s’améliore car sa matière est ample et très précise. Comme je l’ai suggéré il ne faut pas juger un vin trop vite.

Le Châteauneuf-du-Pape domaine de la Solitude rouge 1978 a une belle couleur. Le nez est un peu acide. C’est un très beau vin, magnifique, qui a tout pour lui et profite de cette année exceptionnelle.

Le Châteauneuf-du-Pape Clos Saint-Jean rouge 1974 a une couleur assez sombre. Le nez est incertain, un peu médicinal. C’est un vin non éraflé. Il est très riche. Au début il n’est pas très agréable, et offre des notes de chocolat. Alors que j’aurais tendance à critiquer ce vin j’ai été surpris de constater à quel point il plait aux participants, ce qui est une bonne chose, car cela veut dire que les présents ont accepté d’intégrer les signes d’évolution.

Tous les participants ont été heureux de cette dégustation convaincante qui montre la capacité de vieillissement des Châteauneuf-du-Pape. En parlant avec les uns et les autres les préférences varient mais il y a une constante : 1 – Châteauneuf-du-Pape domaine de Nalys rouge 1983, 2 – Châteauneuf-du-Pape domaine de la Solitude rouge 1978. C’est après que les classements différent. Pour mon goût, c’est : 3 – Châteauneuf-du-Pape Boisrenard domaine de Beaurenard rouge 1995, 4 – Châteauneuf-du-Pape Château de Beaucastel rouge 1980.

Les échos qui me sont revenus de diverses sources montrent à quel point les amateurs sont désireux d’approcher des vins plus anciens que ceux qu’ils ont pu déguster aux stands des vignerons. Cet atelier a donc sa pleine justification.

Après l’atelier, je suis allé visiter les stands dans le grand hall où se tient le Printemps de Châteauneuf-du-Pape. En dehors de l’immense bâtiment des stands de victuailles offrent des produits de grande qualité qui permettent de se restaurer.

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Je suis nommé Echanson des Papes de Châteauneuf au Palais des Papes en Avignon mardi, 5 avril 2016

Chaque année, la fédération des producteurs de Châteauneuf-du-Pape organise pour le premier week-end d’avril « le Printemps de Châteauneuf-du-Pape ». J’y suis venu plusieurs fois et j’ai même animé un atelier consacré aux vieux millésimes. Les organisateurs m’ayant demandé d’animer à nouveau cet atelier, j’ai accepté bien volontiers. Ils poussent la gentillesse au point de me demander d’accepter l’honneur d’être nommé échanson dans l’ordre de « l’Echansonnerie des Papes ». La cérémonie d’intronisation a lieu dans la grande salle du conseil du Palais des Papes en Avignon. Elle est suivie d’un repas dans le grand réfectoire du Palais des Papes.

Au moment d’entrer dans la salle du conseil, longue salle où les sièges sont étagés en gradins se faisant vis-à-vis de part et d’autre de l’allée centrale, les huit impétrants sont installés sur les sièges du bas, le long de l’allée. La mise en place est longue car la présence du Prince Albert de Monaco parmi les huit impose des formalités protocolaires et de sécurité. Je me trouve donc condisciple et camarade de promotion du Prince Albert, du préfet du Vaucluse, d’un pilote de Formule 1, d’un restaurateur, d’un sommelier au lourd pedigree, et de deux journalistes.

Chaque impétrant est présenté à la salle d’environ trois cents personnes par un des maîtres de l’ordre qui tient un discours personnalisé et flatteur sur le futur échanson qui doit répondre à une question. La mienne fut de reconnaître du même vin un verre de 1999 et un autre de 2012 et de dire celui que je préfère. Apparemment, j’ai eu bon. La question pour le Prince fut de reconnaître de deux verres celui qui a du vin blanc et celui qui a du vin rouge. Le Prince après avoir goûté dit qu’il aime les deux et fut applaudi. Lorsque nous avons trinqué à l’apéritif entre intronisés j’ai demandé au Prince : « une question me taraude, avez-vous réellement trouvé lequel était le vin blanc ? ». Le Prince a eu la gentillesse de sourire.

La salle du réfectoire est toute en longueur et ogivale. L’arête centrale doit bien être à quinze mètres de hauteur ou plus. Ce palais est gigantesque. La salle est extrêmement bruyante. Le menu mis au point par le chef Laurent Deconinck de l’Oustalet de Gigondas est : tartare de maigre aux noisettes et citron sur une émulsion de racines / poitrine de veau à la sarriette, tomates confites et rave de céleri doré / voyage fromager sur le chemin des Papes : le brie des bois, le rove du Ventoux et le persillé du Venaissin, affinés par Claudine Vigier, MOF / sphère de chocolat pur cacao et quelques Amarena.

L’entrée est délicieuse et le plat principal a souffert de cuissons imprécises. Mais qui s’en soucie car la parole est aux vins. Les sommeliers arrivent avec des magnums ou des jéroboams, et l’on n’a pas le temps de finir son verre qu’un nouveau vin arrive. Les vignerons sont tellement généreux qu’ils ont apporté des quantités excessives de vins. J’ai su le lendemain qu’ils étaient étonnés eux-mêmes que l’on ait fait un sort à tous leurs apports. A Châteauneuf, on est généreux mais on boit bien et beaucoup. Dans ce contexte il serait impossible de citer les vins servis et c’est dommage car ils furent fort bons. Un jéroboam de Domaine du Pégau 2008 m’a fait forte impression comme les vins du domaine de la Barroche, de Saint-Préfert, d’années déjà mûres.

Un aide de camp du Prince veille à ce qu’il ne soit pas assailli par des convives et puisse profiter de cette soirée. Tout le monde a remarqué son aisance et sa gentillesse. J’ai eu la chance qu’il me consacre beaucoup de temps et nous avons évoqué l’idée de partager des vins prestigieux de nos deux caves lors d’un dîner à élaborer. Le Prince se souviendra-t-il de ces échanges, l’avenir le dira. Il avait le souvenir du dîner que j’avais organisé au Yacht Club de Monaco en 2010 dont ses amis lui avaient fait le récit.

C’est bien tard dans la nuit que j’ai rejoint la maison de deux jeunes vignerons située au centre de Châteauneuf-du-Pape pour un repos bien nécessaire.

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le Prince Albert boit le vin qu’il doit reconnaître. Est-il blanc ou rouge ?

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la salle du réfectoire

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on me voit dans le groupe des nouveaux échansons

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les nouveaux échansons

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le cadeau

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information about the activity of paying dinners samedi, 2 avril 2016

Questions have been raised on a forum about the activity of paying dinners. Here is what I answer.

I would like to make a comment about the activity of paying dinners.

I am absolutely not forced to give specific information about the financial activity of  my dinners.

But I prefer to give information which will explain that when I say that this activity is not profit oriented, it is reality.

I have founded the company « Vimpériale » (combining the word vin and the word Impériale) in 2000.

capital Vimpériale

I brought a capital of 300.000 € to finance the stock of wine, the main financing coming by money that I bring in an account at my name. I finance the stock by inputs of cash but the stock belongs to the company.

On the document dated 2016 (up right on the document) which gives capital + reserves, the column « Exercice N-1 » is 2014 and « Exercice N » is 2015.

 

Before the beginning of 2014, the accumulated losses was 72.355 € minus reserves of 20314 and 2243.

The loss of 2014 is 27.366 €

The loss of 2015 is 41.976 €.

So, at the end of 2015, what remains of the 300,000 € of capital is 180,860 € which makes a loss of 40% of my input in capital.

Any finance man would say that this is not particularly a profitable business.

I have no salary in the company, no fees, no dividend, nothing.

So, if I say that I do not do this activity for making profit but in order that my wines are shared, this is reality.

 

I have been the chairman and CEO of a company making sales of 1 billion € in the steel industry.

My company was quoted in the French Stock Market and I have been used to produce sincere accounts.

To give an idea, the sales of Vimpériale represent 15 minutes of the annual sales of my previous company, if you count 250 working days and 8 hours a day.

One could say : you make a profit on the reevaluation of the stock because of the price increase. This is true but then we would have to count the mortality inside my cellar and the huge costs or maintaining a building of 750 square meters at a constant temperature, costs that I pay personally.

So, all in all, my passion for old wine is a costly hobby.

One last remark : with 200 dinners I have opened 2,213 bottles. Not 100% of the wines came from me because I count the annual dinners that I organize with winemakers, who bring their wines. Let us say that I have brought 2,000 wines in 15,5 years. In 15,5 years there are 806 weeks.

I imagine that it is extremely necessary to make remarks about a huge company like Vimperiale which sells through dinners 2.5 bottles per week. Such a huge conglomerate represents a big player in the wine industry which needs a constant surveillance.

 

Dégustations du mardi des Caves Legrand domaine Marcel Deiss mercredi, 30 mars 2016

Les Dégustations du mardi des Caves Legrand donnent l’occasion de rencontrer des vignerons qui parlent avec cœur de leurs vins. Ce sont des rencontres inoubliables. Ce soir c’est Jean-Michel Deiss qui parle de ses vins et pour rien au monde je n’aurais manqué cette occasion de l’entendre.

Quand il commence son speech en disant que son maître est Jean Hugel, je suis aux anges puisque Jean fut certainement le vigneron avec lequel j’ai partagé la plus forte amitié. Jean-Michel sous la férule de Jean Hugel a fait une étude sur l’opportunité et la date précise de l’arrachage des vignes. Il a considéré cela comme une leçon d’excellence. Ce qui fascine Jean-Michel, c’est la profondeur des racines et la façon de leur apporter l’aération profonde pour que la plante se nourrisse. Il nous dit que les racines progressent de 2,5 cm par jour ce qui est énorme et peuvent atteindre si le sol le permet 70 mètres de profondeur.

Jean-Michel Deiss veut nous entraîner sur le terrain du toucher de bouche et sur celui de la dégustation géo-sensorielle qui permet de relier les sensations avec le terroir. Il parle de la couleur mentale du vin et aurait aimé que nous fassions la dégustation dans des verres noirs pour que cette couleur mentale s’impose à nous. Il philosophe aussi, disant que « la vie, c’est la lutte entre la croissance et la volonté de reproduction ».

Nous allons boire huit de ses vins sur un menu que j’ai trouvé fort bon mais très osé : mozzarella di Buffala, artichauts confits et lamelles de poutargue / marinière de coques aux beurre de soja / blanquette de veau et petits légumes printaniers / les fromages de Bernard Antony. Menu osé, car les feuilles d’artichaut et la sauce sont rudes, la sauce soja très imprégnante, ce qui a effarouché quelques vins.

Alsace domaine Marcel Deiss 2014 ce vin sans appellation est fait de 60 cépages, les 13 autorisés et 47 cépages anciens orphelins pour 2% de la récolte. Le vin est clair, au nez de fruit, d’alcool et de minéral. La bouche est très ronde, de caramel et c’est le final qui est frais, un fruit acide apparaissant en fin de bouche. Le vin devient rond et joyeux. Il ne fait pas Alsace avec le plat et redevient Alsace après, avec une belle amertume. Ce vin de belle minéralité est masculin, au caramel et au beau fruit ample. Jean-Michel parle du chasselas rose auquel il tient.

Cru d’Alsace Engelgarten domaine Marcel Deiss 2013 est clair d’un or léger. Le toucher de bouche est rugueux, ce qui voisine avec un peu de perlant. Il y a aussi un peu de fumé. Le fruit est moins affirmé. Malgré le perlant le vin est gourmand. Je sens de la rose et du fruit rose. La minéralité évoque l’huître. Jean-Michel dit que le vin rugueux est granulé et évoque la pierre.

Le Cru d’Alsace Schoffweg domaine Marcel Deiss 2011 est un vin clair au nez très affirmé. Jean-Michel nous dit qu’il est farineux, vanillé, avec une petite goutte qui ne tombe pas, concept que je n’ai pas compris. Pour moi le vin est très fruité, d’un beau fruit et de caramel. Les coques ont une sauce trop marquée pour ce vin pourtant gastronomique et gourmand. Il a une belle largeur de bouche.

Cru d’Alsace Grasberg domaine Marcel Deiss 2011 provient d’un calcaire jurassique ce qui pour Jean-Michel signifie largeur de bouche. Le nez est très pur, racé et élégant. L’attaque est rugueuse, sucrée et perlante. Le vin est un Fregoli dont le goût change à chaque gorgée, ce que j’adore. Il est sucré, fumé, aromatique et lourd et j’aime son côté atypique. Il a beaucoup de fruits blancs.

Cru d’Alsace Gruenspiel domaine Marcel Deiss 2002 est beaucoup plus ambré. Le nez est racé et pur tout en étant exotique. On sent les épices et les fruits exotiques. Le toucher est de glisse. Le vin est fumé, sans aucun perlant. Il y a beaucoup de fruits chauds et pas une grande longueur. Le vin est assez sucré. Gérard Sibourd-Baudry, maître de cérémonie préfère ce vin alors que je préfère le Grasberg comme Sylvie, la directrice des caves Legrand.

Alsace Premier Cru Burlenberg domaine Marcel Deiss rouge 2004 a un rouge soutenu et très rubis. Le nez est racé et prometteur. J’aime beaucoup ce vin qui est à la fois très fruité et offre de l’amertume. Le finale est rugueux mais noble. Le vin est très long en bouche, et large en milieu de bouche. Ce vin qui n’est pas naturellement gourmand le devient et je l’adore. C’est pour moi le vin de la soirée, qui me rappelle le vin rouge d’Hugel « vin des neveux » 1990, petit chef-d’œuvre. Jean-Michel trouve ce vin rocailleux, plus canaille que noble. Ce n’est pas ma perception, car il m’enthousiasme.

Alsace Grand Cru Mambourg domaine Marcel Deiss  2012. Jean-Michel nous dit qu’en 775 un prêtre ayant fauté avec une moniale allait être excommunié. Sa défense fut de dire : « ce n’est pas ma faute, c’est celle du Mambourg ». Le vin clair a un nez discret. Le vin est très rond, de belle acidité et perlant. Il a une grande vivacité. Noble et complexe il est un peu court en bouche et le perlant me gêne un peu. Il ne va pas avec les fromages.

Alsace Grand Cru Altenberg de Bergheim domaine Marcel Deiss 2005 est plus ambré. Le nez est doux et fumé. La bouche est lourde et sucrée. Le finale est très long en pâte de fruit. Il y a du zeste, du caramel, du miel. Il est agréable et gagnera beaucoup à vieillir.

On écouterait Jean-Michel Deiss pendant des heures tant il est captivant mais parfois abscons tant il pense loin, en visionnaire. Ses vins ont son intelligence et sa recherche d’excellence. Ce vigneron est d’une grande humilité et d’une passion communicative. Ce fut une bien belle soirée.

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Déjeuner chez un ami canadien à Paris mercredi, 30 mars 2016

Un ami canadien m’avait demandé d’organiser l’un de mes dîners pour ses cinquante ans, il y a neuf ans. Le dîner avait été réfléchi longtemps à l’avance. Pour ses soixante ans qui seront en 2017, il prend aussi les devants. Il m’invite à déjeuner chez lui à Paris pour préparer cet événement. Son épouse américaine est aux fourneaux et a concocté un repas délicieux. Tout d’abord deux places assises ont été préparées dans la cuisine, pour Joe et moi, avec pour chacun une belle tranche de foie gras. La maîtresse de maison, aux fourneaux, n’a pas de place assise car elle cuisine. Joe me fait goûter un Champagne Paul Bara à Bouzy Brut 2005 en demi-bouteille. C’est son champagne habituel, celui qu’il ouvre sans hésiter. Le champagne est clair, facile, mais a un final un peu abrupt que le foie gras délicieux et doux va corriger.

J’adore le moment que je passe en cave pour chercher ce que j’apporte quand je suis invité. Joe est un amateur de vin et connaisseur, aussi me faut-il le surprendre. Quand je sors les deux demi-bouteilles, je le vois surpris et hésitant puisqu’il a fait son programme en fonction du repas de son épouse. Mais mon cadeau n’a de sens que si nous le goûtons ensemble aussi, ayant apporté mes outils, j’ouvre les deux vins.

Après le Paul Bara qui servait de mise en bouche, Joe verse dans nos verres un Champagne Philipponnat Clos des Goisses 1992. La couleur est encore claire et offre très peu d’ambre. Le champagne a une bulle active. Il est très nettement meilleur que le même 1992 que j’ai bu il y a peu de mois. Il a un charme redoutable car il combine à la fois la jeunesse, avec sa vivacité et la maturité, car on sent déjà les complexités que donne l’âge. Très vineux et fier, c’est un grand champagne.

Nous passons à table où Elizabeth a sa place, le quatrième convive étant un perroquet qui mange le même menu que nous et aura la courtoisie d’apprécier mes vins. La soupe avec des morilles, un œuf mollet, un fond de poulet et des petits champignons est délicieuse. Si elle convient au champagne, elle s’accorde merveilleusement à l’Hermitage Chevalier de Sterimberg Paul Jaboulet Aîné en demi-bouteille dont la collerette supérieure a disparu et dont le bouchon n’a aucune marque d’année. Si je me fie à mes souvenirs, ce doit être un 1985 ou 1990 du fait de mes achats. Il est probable que ce soit 1985. Le vin est superbe. De farouche au moment de l’ouverture il est devenu opulent et profite à fond de la soupe à la châtaigne et de la juxtaposition au champagne car très souvent un vin blanc et un champagne se fécondent mutuellement. J’ai un faible pour les Sterimberg de Jaboulet, riches, kaléidoscopiques avec une minéralité qui virevolte. De délicieuses gambas conviennent au vin et à au champagne.

Vignerons qui me lisez, mettez les années sur les étiquettes principales en plus de celles que vous apposez sur les collerettes de millésimes, et imprimez l’année au moins en deux positions sur les bouchons.

Sur du fromage nous goûtons la demi-bouteille du Gevrey-Chambertin domaine Robert Groffier & Fils 1992. Qui dira que le format demi-bouteille fait moins bien vieillir les vins ? Ce Gevrey est glorieux, joyeux et terriblement bourguignon. La Bourgogne, telle un envahisseur armé, prend possession de mon palais, et c’est bonheur. Le message est subtil, tout en finesse, avec un fruit rose délicat. Jamais je n’aurais pensé trouver autant de délicatesse et de longueur en bouche dans ce vin.

Comme si Joe avait lu dans mes pensées, et comme si j’avais lu dans les siennes, mes deux apports sont intervenus exactement au moment où il le fallait dans le déroulement de ce repas. Nous avons fini avec des fruits frais et une crème fleurette à se damner. Un Vin Santo del Chianti Classico Rocca di Montegrossi 1997, vin doux muté et fort aux accents de pruneaux a accompagné une brioche aérienne.

Cela me fera plaisir de faire un dîner pour les soixante ans de Joe car mes hôtes esthètes m’ont reçu de la plus belle des façons.

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Dimanche de Pâques dimanche, 27 mars 2016

Dimanche de Pâques. Pour une fois, aucun des six petits-enfants n’est là, seule notre fille cadette nous rend visite. Pas de chocolats à chercher dans le jardin. C’est je crois la première fois. J’ouvre un Champagne Cristal Roederer 2002 qui est enveloppé dans une feuille transparente orange qui protège le vin de la lumière. La bouteille dorée est belle, et l’on comprend la fascination des rappeurs américains pour ce joli flacon. Le bruit à l’ouverture est particulièrement fort. Le champagne se boit sur une chiffonnade de jambon Pata Negra plutôt sec que gras et cela convient au champagne qui n’a pas un fruit très expansif mais compense par une belle énergie. Le champagne s’étend dans le verre et apporte vinosité, tension ainsi que charme.

Le poulet au citron bergamote cuit à basse température est délicieux et les citrons cuits au four, très adoucis, font vibrer le champagne en mettant en valeur la bergamote. Sur un camembert très doux et crémeux j’aime le champagne et ma fille moins.

Ma femme a préparé au four trois tartelettes aux pommes de trois façons. Les Pierre Hermé et autres pâtissiers talentueux pâliraient devant la perfection de ces tartes exceptionnellement gourmandes qui nous permettent de finir le Cristal Roederer 2002, champagne racé et joyeux. Nous avons trinqué par la pensée avec tous les autres membres de la famille qui nous ont manqué.

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les trois tartes, avant et après le four

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petit rappel de Pâques

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