dîner au restaurant Taillevent samedi, 10 juin 2017

Je vais dîner au restaurant Taillevent avec un ami qui pendant des années a œuvré dans le monde du vin et de l’automobile. Grâce à lui j’ai pu réaliser de magnifiques dîners dont ceux au château de Saran, demeure de réception du groupe Moët. Je l’invite et il m’annonce qu’il viendra avec un Vega Sicilia Unico. Mes choix s’orientent de la façon suivante : il faudrait commencer par un Champagne Dom Pérignon 1962 car c’est avec cet ami que j’ai bu pour la première fois ce millésime exceptionnel dans les caves de Dom Pérignon. Ayant envie de poursuivre dans le millésime 62, je prends en main un Chablis Premier Cru Montée de Tonnerre François Raveneau 1962 mais la bouteille m’inquiète par sa couleur qui n’est pas avenante. Aussi je choisis une bouteille qui est dans la même case, un Chante-Alouette Grand Hermitage Blanc Chapoutier et Cie 1945. Pour faire bonne figure au cas où il y aurait d’autres problèmes que celui probable du chablis, j’ajoute à mon apport un Monbazillac Louis Bert & Cie 1962. Mes vins ont été apportés il y a deux jours.

C’est à 17 heures que je me présente pour ouvrir mes vins et il y a une incompatibilité évidente entre le nombre de vins et le fait que la table soit réservée pour deux. J’ouvre le chablis et l’odeur est très désagréable, marquée de sueur et d’amertume. La chance d’un retour à la vie est faible. Alain Solivérès, le chef cuisinier passe me saluer et sent le vin. Une telle bouteille aurait 99% de chances d’être mise à l’évier.

Le parfum de l’Hermitage est beaucoup plus engageant même si l’épanouissement n’est pas encore sûr. Je n’ouvre pas le liquoreux car nous aurons tout loisir de décider de l’ouvrir plus tard.

C’est vraiment un sacerdoce de venir ouvrir les vins trois heures avant car lorsqu’il n’y a que deux bouteilles, le temps passe lentement ensuite. Je vais à la terrasse d’un café boire une bière et lire un magazine. A 19h15 je fais ouvrir le champagne. A 20 h mon ami arrive et j’ai déjà une idée du menu. Nous prendrons des langoustines aux petits légumes, un turbot dans une soupe de coques et un pigeon dont j’ai appris plus tard qu’il est préparé selon une recette de Jean-André Charial, le propriétaire de l’Oustau de Baumanière, car Taillevent organise pendant un certain temps une cohabitation des recettes d’Alain Solivérès et de Jean-André Charial, sorte de quatre mains mais à distance sauf le premier jour où Jean-André était présent.

Le Champagne Dom Pérignon 1962 est plus foncé que ce dont j’ai le souvenir. La bulle est faible et en bouche une petite amertume limite le plaisir. Ce 1962 est objectivement plus vieux que d’autres Dom Pérignon 1962. Mais les gougères jouent les docteurs miracle et l’amertume disparaît. Le champagne devient plus agréable et la résurrection est complète avec l’amuse-bouche à base de langoustine croustillante. Et nous sommes impressionnés par le volume de ce champagne. Il y a des brassées de fruits généreux. Le champagne continuera de tenir son rang tout au long du repas. Ce n’est qu’au moment des mignardises que sa fatigue réapparaîtra.

Pour accueillir le Chablis Premier Cru Montée de Tonnerre François Raveneau 1962, il faut une belle dose d’ouverture d’esprit, car la couleur est presque grise. Mais en bouche même si la fatigue est là, on sent qu’il y aura un message qui suscite l’intérêt. Bien sûr on est loin de ce que ce vin de Raveneau pourrait donner mais par exemple sur la soupe de coques le vin s’est mis à chanter. Nous avons apprécié ce courageux soldat blessé.

Le Chante Alouette Grand Hermitage Blanc Chapoutier et Cie 1945 est d’une toute autre stature. Je ne le trouvais pas parfait à l’ouverture, mais maintenant il est brillant, solaire, plein de beaux fruits jaunes. L’âge et tout particulièrement cette année 45 lui donne une grande complexité. Il est parfait sur les langoustines mais c’est sur la chair du turbot qu’il brille particulièrement. Ce vin est un véritable bonheur, épanoui et grand. A l’aveugle on le rangerait sans problème dans un millésime comme 1978.

Le Vega Sicilia Unico 2008 de mon ami est brillant comme les Vega Sicilia jeunes et pétulant. Ouvert sur l’instant, non carafé, j’adore le cheval fou qui s’ébroue. Ce vin est merveilleux mais c’est surtout l’accord qui est exceptionnel. C’est de la mécanique de précision. Il serait impossible de changer d’un milligramme l’équilibre du plat et la magie diabolique de l’accord ne serait plus là. Nous sommes face à un accord parfait. Les épices sont dosées exactement pour ce vin jeune. Inutile de dire que je prends un plaisir de première grandeur. Jean-Marie Ancher me dira au moment du départ que le plat du pigeon est conçu par Jean-André Charial. Alors bravo au travail à quatre mains de deux chefs talentueux même si le chef du sud n’est pas présent.

Nous sommes tellement enthousiasmés que nous commandons du fromage pour les vins. Les fromages sont délicieux mais aucun accord, même pertinent avec l’un ou l’autre des vins, ne nous transportera autant que cette inimaginable perfection du pigeon et du vin espagnol.

Nous avons devisé fort tard tant il y avait des vins à notre goût. Nous n’avons pas voté. Mon vote serait : 1 – Chante Alouette Grand Hermitage Blanc Chapoutier et Cie 1945, 2 – Vega Sicilia Unico 2008, 3 – Champagne Dom Pérignon 1962, 4 – Chablis Premier Cru Montée de Tonnerre François Raveneau 1962. J’aurais pu hésiter entre l’Hermitage et l’espagnol pour la première place, mais le plus ancien mérite d’être couronné. L’accord miracle est celui du pigeon et du 2008.

Le restaurant Taillevent est toujours aussi agréable, avec un service parfait. La cuisine des deux chefs a été une réussite totale. On se sent bien au Taillevent.

Déjeuner de conscrits au restaurant du Polo de Bagatelle mercredi, 7 juin 2017

Le traditionnel déjeuner de conscrits se tient, pour une fois, au restaurant du Polo de Bagatelle car l’ami qui nous invite est membre du Polo. Il fait un temps incertain et il y a du vent aussi mangeons-nous à l’intérieur. Dans le cadre magique de cet ensemble, la restauration est un parent pauvre. J’ai pris à la carte un tartare de saumon au citron vert et coriandre et un faux-filet de Salers grillé et un écrasé de pommes de terre aux herbes qui ne resteront pas très longtemps dans ma mémoire.

Le Champagne Ruinart Blanc de Blancs sans année est vraiment très agréable et vif. Il a une belle tension et se boit avec plaisir. J’aime son rythme en bouche et je ne suis pas le seul car nous consommerons trois bouteilles à six.

Le Vosne Romanée Louis Latour 2011 est un aimable vin de bon équilibre, sans grande longueur mais suffisamment expressif au point que nous commanderons du fromage pour en boire une seconde bouteille.

Nous avons pris le café sur la terrasse face aux vastes terrains de sport, occupés par de nombreux jeunes enfants qui jouant au football, qui montant au manège, pendant que d’autres vont sur les courts de tennis ou les tatamis. Ce lieu privilégié et bien tenu est très agréable au printemps lorsque le soleil est de la partie.

“World’s Best Wine List 2017” mardi, 6 juin 2017

I have received this message by an email. As many wine lovers read my blog, I imagine that they will be happy to read where are the best wine lists in the world and that the organizers of this raking will be pleased that I mention their work. So, here it is :

The World of Fine Wine, in association with Octavian Wine Vaults, announces

« World’s Best Wine List 2017 »

Winner of the « Best Wine List in the World » Named as Palais Coburg from Austria

372 restaurants receive the top tier three-star award in 2017 World’s Best Wine List Awards

New York tops the list with 42 restaurants receiving a three-star honor

​London is second with 29 restaurants receiving the top honor

London (June 6th, 2017) – In association with Octavian Wine Vaults, the fourth annual « World’s Best Wine Lists » have been announced today with Palais Coburg in Austria receiving the honor of the « World’s Best Wine List 2017 ».  Three hundred and seventy two establishments around the world were also awarded the top three star award.

The « World’s Best Wine Lists » are judged by some of the world’s leading critics including Alder Yarrow, Francis Percival and Ch’ng Poh Tiong, and assess over 4,500 of the best wine lists before determining the very best from around the world. The lists are based on a range of criteria that include: breadth, depth, interest, quality, value, clarity and accuracy.

New York maintained its position as the world’s wine list capital, with 42 restaurants in the city claiming three-star awards followed by London who had 31 awards make the top honor. Melbourne, Australia, followed with 17 restaurants claiming three stars, while San Francisco, USA, and Sydney, Australia, both had 15 restaurants with three stars. Chicago, USA, trailed closely with 12 restaurants receiving the top honor.

New three-star entries included Arlberg 1800 Resort in Austria, Hawksworth Restaurant in Vancouver, Canada; Rouge Tomate in New York; 67 Pall Mall, London; RPM Italian, Washington D.C.; Meat Fish Wine in Auckland, NZ; and Tipo 00 in Melbourne, Australia.

The awards are renowned as the « Michelin Stars » of the wine list industry and included a number of best-in-class category winners including The Barn at Blackberry Farm in the US for Best Spirits List; Charlie Bird in the US for Best Short Wine List; No.5 Wine Bar in France for Best By-the-Glass Wine List; Restaurant André in Asia for Best Designed Wine List and Emirates claimed Best Airline List in the World.

On the awards, World of Fine Wine Editor Neil Beckett commented « This year we saw the strongest level of entries yet, in terms of both quality and quantity, and the introduction of the Champions’ League and exciting new categories such as Best Regional List and Best Spirits List are a reflection of the rise in standards in wine programs all over the world. »

The World of Fine Wine World’s Best Wine Lists 2017 Winners
Full results can be found at
http://www.worldoffinewine.com/subject/about-winelistawards

Best Long Wine List in the World
Rouge Tomate

Best Medium-Size Wine List in the World
Formento’s

Best Short Wine List in the World
Charlie Bird

Best Regional Wine List in the World
The Yeatman

Best Champagne & Sparkling Wine List in the World
Pix Patisserie

Best Dessert & Fortified Wine List in the World
Bern’s Steakhouse

Best Spirits List in the World
The Barn at Blackberry Farm

Best By-the-Glass Wine List in the World
no. 5 Wine Bar

Best Wine Bar List in the World
No. 5 Wine Bar

Best hotel Wine List in the World       
The Barn at Blackberry Farm

Most Original Wine List in the World
Momofuku-Ko 

Best Designed Wine List in the World
Restaurant André

Best Airline List in the World
Emirates

Best Cruise Line/Ship List in the World
The World

The World’s Best Wine Lists Champions’ League
Best Overall
Palais Coburg

Best Champagne & Sparkling Wine List
Eleven Madison Park

Best Dessert and Fortified Wine List
Robuchon au Dôme

Best Sprits List
Eleven Madison Park

Best By-the-Glass Wine List
Eleven Madison Park

Notes to editors

The World’s Best Wine Lists is the most prestigious and rigorous wine list awards, judging over 4,500 restaurants lists worldwide. World of Fine Wine assembled a panel of some of the world’s greatest experts, including Masters of Wine and a World Champion Sommelier, to guarantee the credibility and integrity of the competition and to put each submitted list through an intensive judging process.

All award-winning wine lists must reach certain standards in relation to a range of criteria, among which the most important are: the breadth, depth, interest, quality, and value of the wine selection (relative to the nature and size of the list and any specialism); the clarity of the organization and presentation; the accuracy and completeness of the information for each entry on the list, including origin, producer, wine, vintage, price, and format or serving size; the suitability of the selection in terms of the cuisine and the establishment.

Find out more about the World’s Best Wine Lists here.

About Octavian Wine Vaults

Octavian Wine Vaults is the finest wine cellarage service you will find, and is brought to you by Octavian. Octavian has been delivering fine wine storage excellence for more than 20 years. Our expertise is trusted by the leading wine merchants, wine funds, and restaurants, as well as by 10,000 collectors worldwide. We take the time to understand the needs of our customers, and offer them tailor-made services. We have built an impeccable reputation by caring for our customers’ assets as if they were our own – it is a reputation we are proud to have achieved. It is this commitment that drove us to develop the world’s leading fine wine storage facility. Winemakers to wine lovers, investors to auctioneers – they all know that a wine cared for at Octavian’s Corsham Cellars is without equal. The Octavian Vaults service is delivered by our expert team at Corsham Cellars – a very special place, lying 100 feet below the hills of Wiltshire. Encased in solid Bath stone, it is an ideal facility for the cellaring of fine wine. Our attention to detail has rewarded us with an unrivalled reputation and considerable success. The next 20 years will be built on ongoing investment in our storage facilities and continued commitment to our customers.

Media Contact

Katherine Houston

Katherine.houston@worldoffinewine.com

T: +44 (0)20 3096 5703

Personal note : I imagine that the readers of my blog know that the best wine list in the world is mine. 😆

Déjeuner au restaurant H. Kitchen mardi, 6 juin 2017

Le déjeuner périodique entre frères et sœurs se tient à l’invitation de ma sœur au restaurant H. Kitchen. Le lieu est tout petit, moins de dix tables sans doute, avec le chef en cuisine et une personne en salle. Le chef Hidenori Kitaguchi est japonais, qui grossit l’armée de chefs japonais qui ont envahi Paris, pour notre plus grand plaisir. La salle est un peu triste. La carte des vins est particulièrement chiche, mais je dis à ma sœur qu’il ne faudrait surtout pas rater la présence d’un Champagne Philipponnat Clos des Goisses 2000 dégorgé en octobre 2011 qui est une merveille. Nous sommes quatre à prendre le même menu : soupe de coques et homard breton.

Le champagne est enthousiasmant. Il commence déjà à être un peu ambré. Sa bulle est discrète mais en bouche il est glorieux, expressif, plein, rond et de grand charme. C’est un champagne noble. On se sent tellement bien avec ce champagne distingué qu’il illumine ce début de repas. Les coques sont un peu tristes mais goûteuses malgré tout. Le plat manque de panache mais va bien avec le champagne.

Nous poursuivons le repas avec un Chassagne- Montrachet Domaine Larue 2015 qui est une belle surprise. Il est jeune bien sûr mais il est gouleyant, avec un beau fruit très spontané et quelques évocations de fleurs blanches qui rafraîchissent le palais. Il est bien fluide et accompagne gentiment le homard à la chair délicieuse, de grande qualité.

Sur le dessert, le mien au citron, de belle facture, c’est un Champagne Philipponnat Royale Réserve Brut sans année qui est servi, champagne de soif, bien loin de la qualité du Clos des Goisses mais jouant sur un registre différent, dont la fluidité est appréciée. Ce restaurant fait une cuisine de belle qualité, mais il lui manque un peu de chaleur humaine pour qu’on ait envie d’y retourner.

Superbe Gewurztraminer Hugel 1981 vendredi, 2 juin 2017

C’est le dernier jour du court séjour de mon fils. Contrairement à ce que beaucoup de lecteurs pourraient penser, ce n’est pas ma femme qui adapte sa cuisine à mes vins. Les plus grands dictateurs sont des agneaux à la maison. Je dois jongler avec ses choix pour essayer de créer des accords pertinents. Elle m’annonce un risotto de coquilles Saint-Jacques comme seul et unique plat. Il se trouve que j’avais envie d’ouvrir un Gewurztraminer Vendanges Tardives Sélection de Grains Nobles maison Hugel 1981. C’était, je crois, un cadeau du regretté Jean Hugel et je voulais le boire avec mon fils. J’ai demandé à ma femme de ne saler ni les coquilles ni le riz.

Nous commençons d’emblée avec ce plat, sans le préalable d’un apéritif. Ma femme a mis juste un soupçon de parmesan sur le riz que l’on ne remarque presque pas. C’est d’une banalité évidente de dire que le Gewurztraminer sent le litchi mais il est impossible de ne pas le sentir. En bouche, ce vin est d’un équilibre qu’aucun sauternes ne pourrait avoir. On a une harmonie entre la sucrosité évidente, l’acidité et la fraîcheur. Ce vin est frais en permanence, donnant une impression de légèreté. Au début, le vin d’Alsace paraît plus fort que le plat, mais plus le temps passe et plus l’accord devient pertinent, le vin se mettant à la hauteur de la force du plat. Les coquilles sont divines, juste poêlées et divinement croquantes, le riz se montre civil et délicat. Et l’accord s’améliore à chaque gorgée comme si le vin voulait s’adapter à la neutralité active du plat. Il y a une précision et une fluidité dans ce vin qui sont remarquables.

Nous avons court-circuité l’apéritif alors que je voulais ouvrir un champagne. Cherchant dans le réfrigérateur avant le repas, j’avais vu une bouteille quasiment vide et rebouchée qui date d’il y a un mois, lors du dernier voyage de mon fils. Avant qu’il n’arrive j’avais goûté et le champagne ne s’est pas altéré. Quand mon fils est arrivé, il l’a essayé et lui aussi l’a trouvé sans défaut. Il y a de quoi faire un demi verre pour chacun que nous avons goûté avant l’arrivée des coquilles pour préparer notre palais. Il lui fallait une suite aussi ai-je ouvert, après le vin d’Alsace un Champagne Krug Grande Cuvée sans année du début des années 90, qui a donc un peu plus de 22 ans. Je l’essaie avec les coquilles et il est assez évident que c’est avec le Gewurztraminer que l’accord se trouve le mieux car les goûts neutres conviennent mieux à l’alsacien.

C’est avec des camemberts que nous goûterons le Krug. Il est extrêmement expressif et cet âge de plus de vingt ans magnifie ses complexités. Mais par rapport à tous ceux que j’ai bus de cet âge, je ressens une acidité particulièrement forte qui limite un peu le plaisir. Mon fils est plus tolérant à cette acidité. Mais le Krug a une telle persistance aromatique qu’elle imprime le palais d’une trace indélébile. C’est un grand champagne complexe, imprégnant et raffiné.

Des dés de mangue rafraîchissent le palais avec le sublime vin d’Alsace.

Sur le court séjour de mon fils nous avons eu l’occasion de boire des merveilles. Si l’on doit retenir deux vins, ce sera le Musigny de Vogüé 1972 et le Gewurztraminer 1981 qui marqueront nos mémoires.

la bouteille de gauche a été ouverte il y a un mois et nous avons bu le reste, encore buvable

Déjeuner au restaurant Le Petit Sommelier jeudi, 1 juin 2017

Déjeuner au restaurant Le Petit Sommelier. Cette adresse m’a été conseillée par un vigneron ami. L’ambiance est du genre bistrot, avec ce que cela comporte de compétence de service. La carte des vins est impressionnante. On a envie de tout prendre, tant les prix sont doux. Il y a de très prestigieuses étiquettes et quasiment toutes avec des prix tentants. Alors dans ce cas-là, j’aime encourager les efforts de constituer une cave attractive en prenant un grand vin. Je jette mon dévolu sur une Côte Rôtie La Turque Guigal 2006.

Il me semble que je connais le jeune sommelier qui vient prendre commande et effectivement Pierre Vila Palleja, le patron du bistrot, me dit qu’il a servi les vins lors de certains de mes dîners au Crillon. Pour le vin, je choisis un pâté en croûte et un turbot dont Pierre fera aménager la sauce.

Le vin de Guigal ouvert sur l’instant et non carafé impose sa joie de vivre et sa générosité. Qu’y a-t-il de plus franc que ce vin ? Il est chaud, joyeux, au fruit noir expressif. On se régale avec un tel vin et on ne se pose pas de question car tout lui sourit. Au début de mes explorations des vins de Guigal, c’est la Mouline qui était ma préférée. Aujourd’hui c’est plutôt la Turque. Celle-ci est un peu entre deux âges. Elle n’a plus la folie du fruit qui envahit le palais et n’a pas encore la sérénité des vins assis. Elle est très plaisante mais je ne trouve pas la fraîcheur mentholée qui me plaît tant dans les Côtes Rôties plus jeunes. L’accord s’est bien trouvé sur les deux plats. Voilà une table où l’on peut aller sans hésiter pour boire de bons vins.

Dîner d’anniversaire avec un Musigny exceptionnel jeudi, 1 juin 2017

Par une rare et belle conjonction de planètes nous recevons nos trois enfants en même temps à la maison, avec quatre de nos petits-enfants. Il y a deux anniversaires à fêter. Ma femme a prévu un seul plat, un veau cuit à basse température et un gratin dauphinois. Pour le dessert ce sera l’incontournable reine de Saba, parce qu’on peut facilement planter des bougies sur ce gâteau.

L’apéritif est fait de petites viennoiseries salées composées par les petits enfants et de jambon ibérique. Le Champagne Dom Ruinart 1990 est un de mes favoris et j’imaginais volontiers que 1990 était l’un des Dom Ruinart les plus réussis. Quelle n’est pas ma surprise de constater que cet excellent champagne, opulent, large en bouche et au beau fruit jaune doré est très loin de valoir le Dom Ruinart 1973 que j’avais bu la veille. Il y a dans le 1973 une vivacité et un côté cinglant que l’on ne retrouve pas aussi marqués dans ce 1990. Il est grand, jeune encore alors que le 1973 est à pleine maturité, il comble mes enfants, mais je dois dire que le 1973 le surpasse de vingt coudées. Voilà qui déboulonne l’une de mes icônes. Ça n’empêche pas ce 1990 d’être grand.

Le Château Margaux 1967 a un nez imprégnant, fort et pénétrant. La bouche est lourde comme celle d’un Lafite Rothschild d’une année puissante. Il y a de la truffe, des grains de poivre doux dans ce vin lourd et charmeur. Il y a une infime trace de bouchon dans le parfum mais on s’aperçoit que cela ne gêne en rien le goût profond et raffiné de ce vin. Oserais-je « au contraire » ? Car ce Margaux n’est pas du tout dans la gamme des vins féminins que Margaux peut être. Il est dans la famille des vins guerriers de la soldatesque conquérante. Et nous l’aimons tout particulièrement.

La deuxième bouteille que j’ai choisie pour ce dîner est un Musigny Comte de Vogüé d’un lot de trois bouteilles dont deux n’ont pas d’étiquette et la troisième en a une, abîmée, sur laquelle on pourrait lire soit 1979 soit 1972 mais plus probablement 1972 du fait de la position de petits trous, puisque les années sur les étiquettes de ce vin sont marquées par des points qui sont des petits trous qui percent l’étiquette. N’ayant pas la possibilité de trouver un lien avec un achat dans mes archives, le 1972 n’est pas sûr mais hautement probable. Lorsque j’ai ouvert la bouteille il y a quatre heures, j’espérais trouver le millésime sur le bouchon. Raté ! le bouchon très lisible confirme le nom du vin mais pas son âge. Lorsque nous sentons le vin, mes enfants et moi, c’est comme si nous étions envahis par une bourrasque ayant caressé la Côte de Nuits. Le parfum est envoûtant. Et dès que nous portons nos lèvres à ce vin, c’est une extase. Je vois l’émerveillement sur les visages de mes enfants. Ce vin a quelque chose d’extraordinaire. Ayant encore vivace la mémoire de la Romanée Conti 1980 bue hier, je ressens une émotion de même niveau et très différente car là où la Romanée Conti est sérieuse, le Musigny Comte de Vogüé 1972 explose de joie de vivre et d’un beau fruit rouge. Ce vin est du velours tant il y a de douceur combinée à une puissance contenue. On est en haut de l’Olympe quand on boit ce vin où toute la délicatesse est fondue dans une subtilité unique. Et le fait d’avoir pu goûter en un temps si proche deux merveilles, l’une plus cistercienne, l’autre plus gourmande, me ravit. La douceur et le velours sensuel de ce vin au fruit joyeux sont d’un bonheur rare. Décidément, j’aime les vins dans les soi-disant petites années car on lit mieux la précision de leurs complexités.

Aucun vin ne pouvait succéder à ces merveilles aussi le dîner s’est-il poursuivi en douceurs en bougies soufflées et en discussions.

l’étiquette est celle d’une autre bouteille du même lot. Le bouchon est évidemment de celle qui a été bue.

216ème dîner de wine-dinners au restaurant Laurent mardi, 30 mai 2017

Le 216ème dîner de wine-dinners se tient au restaurant Laurent. Le nombre de participants a oscillé plusieurs fois entre dix et onze dans les deux heures précédant le repas. Bravo à la flexibilité du restaurant qui s’est adapté en permanence aux différentes phases de ce suspense. En définitive nous sommes onze, avec une écrasante majorité masculine. Tous se connaissent. Seuls trois participants sont nouveaux.

Les vins ont été livrés au restaurant il y a une semaine. Quand j’arrive à 17 heures pour ouvrir les bouteilles, le jeune Benjamin, nouveau dans l’équipe de sommellerie que j’ai déjà croisé pour mes repas au Taillevent, m’assiste et me regarde officier. Je lui fais sentir les vins. Aucun bouchon ne me pose de problème irréversible. Comme cela arrive souvent, le haut du bouchon de la Romanée Conti sent la terre, alors que le bouchon du Rayas sent plutôt le bois du tonneau, sur sa seule partie supérieure. Les parfums les plus beaux sont ceux de la Romanée Conti 1980, du Palmer 1961, de l’Yquem 1983 et de Laville Haut-Brion 1948. Celui de La Tour Blanche 1948 est le plus réservé.

Nous prenons l’apéritif dans le petit salon rond de l’entrée. Je donne les consignes de vol aux nouveaux et nous buvons un Champagne Salon magnum 1995. Il a une belle présence et une longueur remarquable. Il est facile à comprendre et ses complexités sont bien coordonnées. Il n’est peut-être pas assez canaille. C’est le bon élève qui obtient des bonnes notes, loin des cancres délurés. Les petits amuse-bouche sont délicieux et parfaits pour le champagne.

Le menu créé par Alain Pégouret est : Petits pois en velouté glacé, perlines de lulo, panna cotta à la citronnelle / Bouillabaisse froide, pomme de terre et fenouil au basilic / Filet de rouget juste saisi, moelle à la lie de vin rouge / Noix de ris de veau rôtie, poêlée de morilles / Pièce de bœuf servie en aiguillettes, pommes soufflées « Laurent », jus aux herbes / Stilton / Mangue en croûte sucrée, noisettes et fèves de Tonka.

Le Champagne Dom Ruinart brut Blanc de Blancs 1973 est absolument exceptionnel. Il est exactement deux fois plus vieux que le Salon 1995 et s’inscrit résolument parmi les champagnes anciens à maturité. Ses complexités sont incroyables. Il est d’une longueur très supérieure à celle du Salon et mes convives prennent conscience de l’intérêt des champagnes anciens qui racontent dix fois plus de choses. La citronnelle est trop forte pour le champagne alors que l’entrée aux petit pois est un joli plat.

Sur la bouillabaisse froide qui est un plat magnifique il y a deux vins. Le Château Laville Haut-Brion 1948 avait un parfum superbe à l’ouverture. Il l’a encore mais l’attaque en bouche me déplait car je sens le vin glycériné, comme si l’on avait ajouté de la cire. Un des convives ressent la même gêne. Mais un miracle se produit. La gelée du plat est une merveille de goût et elle efface totalement la glycérine que je ressentais et le vin devient parfait, expressif, profond, absolument magnifié par le plat. Si c’est manifestement la gelée qui a transformé le vin, ce qui me surprend, c’est que cette transformation persiste, même lorsque l’on n’a plus en bouche la gelée ou le plat.

Le Montrachet Jacques Prieur 1986 est un vin de belle puissance mais contenue. C’est un vin riche mais calme. Il est très équilibré, à maturité, avec un beau fruit fécond, mais il joue un jeu un peu trop calme. Aussi, alors qu’au début du plat, il devançait largement le vin de Bordeaux, il s’est fait dépasser dans nos cœurs par le Laville miraculé. Les deux vins se comportent bien sur le plat que je considère comme le plus réussi et abouti du repas.

C’est une coquetterie de ma part d’associer un rouget au vin légendaire qu’est le Château Palmer Margaux 1961. Ce vin recherché par tous les amateurs de vins rares, ne faillit pas à sa légende. Le nez annonçait son triomphe à l’ouverture et nous avons effectivement devant nous un vin d’un accomplissement absolu. Son grain est riche et lourd, avec des intonations de truffe et des tannins affirmés. Il est profond, lourd, et d’une longueur infinie. Il conquiert le palais et ne le quitte plus avec une persistance rare. C’est très émouvant de boire un vin aussi conforme à sa légende. L’accord avec le rouget est d’une pertinence absolue.

A l’ouverture, j’avais fait sentir à Benjamin la Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1980 et je lui avais dit que ce nez comporte les deux marqueurs de ce vin, la rose et le sel. Nous avons le même parfum au moment du service. Oserais-je dire que nous sommes face à une Romanée Conti parfaite ou quasi parfaite ? 1980 est une année qui n’est pas tonitruante mais subtile. Et une telle année convient à la Romanée Conti dont l’expression devient romantique. C’est un vin qu’il faut écouter, car il suggère plus qu’il n’impose. Il y a la rose et le sel et un rythme en bouche qui est délicat. Le vin est profond, long aux accents changeants, et le plaisir que l’on ressent est comme de lire un poème rythmé et galant. La noix de veau est goûteuse mais je n’aime pas trop quand un ris de veau est croustillant. Je le préfère de mâche plus douce comme si le ris était poché. Les morilles sont superbes et comme elle sont discrètes elles se marient bien avec le vin qui reste en bouche indéfiniment. C’est une des très belles Romanée Conti que j’ai eu l’occasion de boire. Les votes le couronneront comme les élections « démocratiques » en Corée du Nord.

Le Château Rayas Châteauneuf du Pape 1988 a la malchance de passer juste après le bourgogne merveilleux. Il fait un peu rustaud et simple alors qu’en une autre circonstance il brillerait. Sur la délicieuse viande rouge il est très adapté mais nous avons encore en tête la musique aromatique de la Romanée Conti.

A quelque chose malheur est bon car le Rayas va mettre en valeur la Côte Rôtie La Landonne Guigal 1990 qui est un vin merveilleux associé lui aussi à la viande rouge. Ce qui caractérise ce vin c’est une invraisemblable fraîcheur. Alors qu’il est puissant, il sait être aérien. Il est fascinant car il paraît très simple mais il est complexe, riche, et tout passe en bouche avec une facilité totale. Ce vin est parfait, gourmand, un bonheur.

Le stilton est superbe, à la fois ferme et crémeux en équilibre total sans une fausse note. Le Château d’Yquem 1983 s’associe à lui avec une évidence indiscutable. Le vin est rond, totalement rond. C’est une sphère magique de goûts ensoleillés. Rien ne paraît plus beau, plus gourmand, plus joyeux que ce sauternes franc et loyal. C’est le sauternes parfait dans une acception jeune. On se régale. C’est un de mes chouchous.

Le Dom Ruinart 1973 avait succédé au Salon 1995 avec un supplément d’âme et de complexité. Nous avons le même phénomène avec le Château La Tour Blanche 1948 qui transcende Yquem. Et alors on comprend mieux l’effet de l’âge sur les sauternes. J’avais déjà goûté ce 1948 qui est certainement l’une des plus belles réussites de ce château attachant fruit d’une donation à l’Etat de la part d’un riche bourgeois surnommé Osiris. Le soleil de l’Yquem est celui des tropiques, le soleil de la Tour Blanche est celui d’Austerlitz. C’est la victoire totale d’un vin plein et riche qui surprend par la diversité des complexités de fruits bruns tout au long de son parcours en bouche. Il y aurait même un soupçon de thé. La mangue est idéale pour ce vin et les accompagnements d’automne ne lui conviennent pas.

Il est temps de voter. Nous sommes onze mais dix seulement voteront car la seule femme de notre table n’a bu qu’occasionnellement certains vins. Huit vins sur dix ont eu des votes. Seuls le Salon 1995 n’en a pas eu mais c’est logique car c’est le plus jeune et donc le moins inconnu, et le Rayas 1988 du fait de son passage difficile après la Romanée Conti. Deux vins seulement ont trusté les votes de premiers. La Romanée Conti en a capturé sept et le Palmer 1961 en a reçu trois.

Le vote du consensus serait : 1 – Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1980, 2 – Château Palmer Margaux 1961, 3 – Château La Tour Blanche 1948, 4 – Champagne Dom Ruinart brut Blanc de Blancs 1973, 5 – Château Laville Haut-Brion 1948, 6 – Château d’Yquem 1983.

Mon vote est : 1 – Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1980, 2 – Château Palmer Margaux 1961, 3 – Château La Tour Blanche 1948, 4 – Côte Rôtie La Landonne Guigal 1990.

Le service des vins par Ghislain a été parfait, le service de table irréprochable. Nous avions une magnifique table dans le jardin du restaurant Laurent qui est certainement la plus belle terrasse parisienne.

Alain Pégouret a fait une cuisine de très haut niveau que les guides devraient couronner plus qu’ils ne le font. Le plat le plus extraordinaire est la bouillabaisse d’une sensibilité extrême. Le rouget était le compagnon idéal pour le Palmer 1961. Les autres plats ont été simplifiés comme il convient pour les dîners de vins anciens sauf pour les accompagnements de la mangue qui n’apporteraient rien. Mais c’est à la marge tant tout fut bon, élégant, goûteux et convaincant.

Les vins ont fait un « sans faute » et je crois bien que les deux les plus longs sont les deux 1948, les deux plus grands étant ceux couronnés par les votes, tant celui du consensus que le mien.

L’atmosphère créée par un groupe sympathique et joyeux était telle que nous nous sommes quittés bien tard après avoir ponctué notre repas par une Chartreuse liqueur du centenaire, une verte délicieuse, offerte par l’initiateur de ce repas. Voilà un 216ème dîner qui restera un grand souvenir.

il est curieux que le 8 de 1948 ne soit pas visible

Laville Haut-Brion 1948

photo des vins dans ma cave

photo des vins au restaurant

hélas je n’ai pas la photo du rouget

les verres en fin de repas

Dîner à l’Assiette Champenoise après la fabuleuse dégustation Pol Roger lundi, 29 mai 2017

Après la fabuleuse dégustation de 38 champagnes de Pol Roger, nous sommes descendus dans le parc de l’Assiette Champenoise, pour laisser le personnel de service et de sommellerie préparer la table où nous avions été studieux, pour qu’elle accueille notre dîner. Hubert de Billy, propriétaire de Pol Roger, a été rejoint par son épouse Marie et Laurent d’Harcourt président de Pol Roger nous a quittés car il est retenu par un événement familial.

Des sommeliers ont descendu sur le parc quelques vins déjà dégustés pour qu’ils servent d’apéritif.

Le menu mis au point entre le chef Arnaud Lallement et Peter est le suivant : tradition, potée champenoise / asperge verte de Roques-Hautes S. Erhardt / langoustine royale, nage crémée, citron caviar / caviar Kaviari, haddock, pomme de terre / saint-pierre de petit bateau, carotte B. Deloffre / homard bleu, hommage à mon papa / pigeonneau fermier Cléopatra / fromages Philippe Olivier / miel et fraises.

Nous boirons à notre convenance les vins qui restent de la dégustation impressionnante et Peter, l’écossais organisateur de l’événement a ajouté d’autres vins. Le Coteaux Champenois Pol Roger années 60 est un vin tranquille blanc, qui n’est pas très porteur d’émotions pour moi mais il faut dire qu’après la dégustation on relâche un peu sa concentration.

Le Champagne Pol Roger Extra Brut sans année est d’une belle vivacité qui fait un fort contraste avec les vins que nous avons bus.

Le Champagne Pol Roger Blanc de Blancs 2009 est très jeune et sa bulle est trop envahissante. Il est servi trop froid ce qui contraste avec les températures impeccables lors de la dégustation.

Le caviar est superbe avec le Champagne Pol Roger 1962 et avec le Champagne Pol Roger Brut sans année sur base de 2008. Le 1962 est dans un état de grâce absolu.

Le Champagne Pol Roger rosé 2008 est très beau et gastronomique.

Le Champagne Pol Roger magnum 1971 est superbe.

Pour le dîner je n’avais plus l’esprit à prendre des notes, et la distribution des vins a été un peu brouillonne si l’on pense que Peter et Arnaud Lallement ont travaillé ensemble à un menu alors que les vins ont virevolté sans ordre structuré.

Avec Tomo nous avions déjà goûté plusieurs plats de ce repas mais ce n’est pas grave. La potée champenoise est divine, la langoustine est exceptionnelle, le caviar est très goûteux. Le saint-pierre est un plat très abouti, le homard est idéal. Le seul plat que je ne comprends pas bien est le pigeonneau recouvert de graines, ce qui empêche de profiter de la mâche de cette chair si tendre.

Arnaud Lallement a fait sur les deux jours une cuisine qui justifie ses trois étoiles et sa réputation. Il y ajoute une simplicité et une ouverture d’esprit qui sont remarquables. Peter a créé un événement historique. Le service a été en tout point exceptionnel. Les deux jours que j’ai partagés avec Tomo sont des moments riches et inoubliables.

Historique dégustation de 38 Pol Roger jusqu’à 1892 dimanche, 28 mai 2017

Peter est un écossais fou de champagne, dont la cave ne comprend que des champagnes. Il pousse sa passion au point de visiter tous les vignerons de la Champagne. Il organise des dégustations légendaires. C’est avec lui qu’à Londres j’avais goûté tous les millésimes de Pol Roger dans la cuvée Winston Churchill, tous présentés en magnums sauf un, le 1988, en jéroboam, qui fut le gagnant.

Ce soir nous sommes conviés à l’hôtel l’Assiette Champenoise d’Arnaud Lallement pour une dégustation de 38 champagnes différents de Pol Roger, allant du brut sans année fait sur une base de 2001 jusqu’au 1892.

Nous sommes douze, réunis à 17 heures dans un salon pour trinquer sur le Champagne Pol Roger Brut magnum sans année. Il y a un finlandais, une lettone, deux allemands dont un vit à Londres, un anglais, deux néerlandais, un japonais (mon ami Tomo), Peter l’organisateur écossais, Hubert de Billy propriétaire avec sa famille de Pol Roger, Laurent d’Harcourt le président de Pol Roger et moi.

Nous bavardons en goûtant ce champagne récent un peu dosé à mon goût mais très agréable à boire et nous rejoignons rapidement la salle de dégustation qui nous a été réservée. Peter a organisé huit séries de champagnes sans suivre un ordre chronologique. Nous allons voyager dans le temps dans les deux sens. Matthieu, l’excellent sommelier assisté de plusieurs personnes va gérer les verres en en récupérant au fur et à mesure car le restaurant n’a pas 38 fois 12 verres à nous proposer. Seul français à part les dirigeants de Pol Roger, je me suis comporté en irréductible gaulois en décidant de garder tous mes verres car je pressentais que la photo que l’on pourrait faire de tous les verres des vins dégustés serait du plus haut intérêt.

Première série : Champagne Pol Roger Brut sans année sur une base de 2011 est le champagne qui se vend en ce moment. Dans très peu de temps le même champagne, sur base de 2012, arrivera sur le marché. Le nez est très lacté, très doux et je le ressens moins dosé que le champagne servi en magnum. Ce champagne de très belle tension est très agréable.

Le Champagne Pol Roger Brut sans année sur une base de 2008 a un nez de plus belle tension. En bouche le champagne est plus tranchant. Il a un beau volume et une belle longueur. C’est un champagne raffiné que je trouve très bon.

Le Champagne Pol Roger Brut sans année sur une base du début des années 90, probablement 1992 et 1993 a une couleur d’un or encore clair et un nez plus âgé frappé d’un léger bouchon, qui n’est presque pas sensible en bouche. Comme souvent, personne n’ose le dire. Je l’évoque en catimini avec mon voisin Laurent d’Harcourt qui confirme mon impression. Si on met de côté l’infime trace, le vin est élégant et frais.

Le Champagne Pol Roger Brut sans année sur une base des années 50 a peut-être plus de pinot noir que les plus jeunes bruts sans année. La couleur est ambrée. Le nez est très mature avec un peu d’amertume apparente. En bouche il est très frais, léger et aérien. Il est plutôt court, avec un finale imprécis. Globalement, il n’est pas très agréable.

Le Champagne Pol Roger Brut sans année Pint est d’un volume britannique de 58 cl intermédiaire entre la demi-bouteille et la bouteille. Ce volume a été utilisé jusqu’en 1973. Le champagne est donc probablement entre le champagne des années 50 et 1973, ce qui est cohérent avec la gradation des couleurs de cette série. Le nez est très doux. Le vin très agréable en bouche, lacté. Il est précis et de belle longueur.

Mon classement de cette première série est : 1 – Pint, 2 – base 2008, 3 – base 90s, 4 – base 2011, 5 – base 50s.

Deuxième série : Champagne Pol Roger 2002. Le nez est fabuleux. Le vin est très vif et très racé.

Le Champagne Pol Roger 1971 a une couleur déjà ambrée. Le nez montre des signes d’âge. Le vin est très pur, solaire, avec quelques signes d’âge. C’est typiquement le vin qui brillerait s’il était associé à un plat. Il est très joli.

Le Champagne Pol Roger 1947 est présenté sous deux formes. Le Champagne Pol Roger 1947 de dégorgement d’origine a un nez très doux. La bouche est suave. Il est fantastique. Il est un peu court mais il a tellement de charme.

Le Champagne Pol Roger 1947 dégorgé en 1981 a été étiqueté pour le mariage de Charles et Diana mais n’a pas été utilisé pour cet événement. Il est plus sec car il n’a pas été dosé au moment du dégorgement. Sa vivacité est extrême. Il est assez ensoleillé et agréable mais je préfère de loin le premier qui m’enchante.

Le Champagne Pol Roger 1928 a un nez qui n’est pas net. La bouche est de nettement meilleure présentation. C’est un témoignage très attachant. Ce vin m’étonne du fait de l’écart entre nez et bouche. Le vin a une grande longueur. Il est extrêmement passionnant.

Mon classement de cette deuxième série est : 1 – 1947 dégorgement initial, 2 – 1928, 3 – 2002, 4 – 1947 dégorgé en 1981, 5 – 1971.

Troisième série : Champagne Pol Roger magnum 1990. Le vin du verre de Laurent d’Harcourt est bouchonné alors que celui de mon verre ne l’est pas ce que Laurent, étonné, attribue à son verre. Ce champagne a beaucoup de corps. De belle prestance il est opulent. C’est un champagne glorieux, de couleur claire. Peter nous informe qu’un deuxième magnum a été ouvert, de moins bonne qualité que celui-ci.

Le Champagne Pol Roger 1964 a une couleur légèrement ambrée. Le nez est un peu fatigué. La bouche est superbe, en contraste avec le nez. C’est un vin glorieux et tellement raffiné. C’est mon goût.

Le Champagne Pol Roger 1953 est à peine plus ambré que le 1964. Le nez est très pur. C’est un vin magnifique, très grand, doux et je le préfère au 1964 déjà très grand.

Le Champagne Pol Roger 1934 a une couleur très claire pour son âge. Le nez est superbe. C’est un très grand vin.

Mon classement de cette troisième série est : 1 – 1953, 2 – 1934, 3 – 1964, 4 – 1990. Je suis subjugué par la performance extrême des trois premiers. Il y a des épices et du poivre et un goût très sec malgré le dosage ce qui est superbe.

Quatrième série : Champagne Pol Roger 1982 a une couleur très claire. Le nez est superbe et plein d’énergie. C’est un vin fantastique qui allie jeunesse et pleine maturité.

Le Champagne Pol Roger 1962 a une couleur plus claire que le 1982. Le nez est profond et romantique. En bouche il y a un peu de perlant et du bonbon anglais qui font que le vin n’est pas très équilibré. Mais c’est un vin intéressant. Il y a un peu trop d’acidité dans le finale et quand il s’élargit dans le verre, on sent le coing.

Le Champagne Pol Roger 1952 a un nez élégant mais avec une pointe d’amertume. La bouche est agréable mais ce n’est pas un champagne parfait. Quand il s’améliore, il devient très beau.

Le Champagne Pol Roger 1904 dégorgé en 1921 et rebouché en 1992 est bouchonné, rebutant, mais en bouche cela va beaucoup mieux. Il est très excitant et la douceur de son dosage est la meilleure de tout ce que nous avons bu. Nous nous sommes demandé quand est apparu le nez de bouchon et c’est de toute évidence au rebouchage.

Mon classement de la quatrième série est : 1 – 1952, 2 – 1962, 3 – 1982, 4 – 1904.

Cinquième série : Champagne Pol Roger 1995 est de couleur claire. Le nez est très expressif. En bouche c’est un très grand champagne sans âge, extrêmement accompli.

Le Champagne Pol Roger 1985 a un nez très puissant et très clair. Il est extrêmement vif. Je l’adore car c’est un très grand vin d’une grande année.

Le Champagne Pol Roger 1961 est un peu ambré mais pas trop. Le nez est désagréable. Le vin est amer et manque d’équilibre.

Le Champagne Pol Roger 1949 a un nez d’une douceur incroyable. Son élégance est rare. Alors qu’Hubert de Billy signale un petit manque de matière, je le trouve fabuleux, élégant et romantique.

Mon classement de la cinquième série est : 1 – 1949, 2 – 1985, 3 – 1995, 4 – 1961.

Sixième série : le Champagne Pol Roger Blanc de Blancs 1988 est clair avec un nez très limpide. Le champagne est parfait. C’est le champagne idéal qui mêle jeunesse et maturité.

Le Champagne Pol Roger Vintage 1988 est excellent aussi. Il est moins aérien et je préfère le blanc de blancs.

Le Champagne Pol Roger rosé 1988 a un nez superbe. Il est bien charpenté et de bel équilibre. Hubert de Billy est très surpris de le voir aussi brillant. C’est un grand rosé.

Le Champagne Pol Roger P.R. 1988 est à 50 – 50% entre pinot noir et chardonnay. Il est très clair, au nez profond. C’est un vin très lourd mais dans le bon sens du terme tant il est imprégnant.

Le Champagne Pol Roger Cuvée Winston Churchill 1988 c’est la classe à l’état pur. Le vin est au sommet, parfait.

Mon classement de la sixième série de cinq 1988 est : 1 – Winston Churchill, 2 – Blanc de Blancs, 3 – rosé, 4 – Vintage, 5 – P.R.

Septième série : le Champagne Pol Roger magnum 1996 a un nez magnifique, fabuleux et tellement pénétrant. Le vin est très puissant avec des fruits comme la groseille à maquereau. Vraiment très puissant.

Le Champagne Pol Roger 1959 dégorgement d’origine a une couleur assez foncée. Le nez est assez fatigué mais il est plus réaliste que le « jeune » 1959 qui suit.

Le Champagne Pol Roger 1959 dégorgement vers 2000 a une couleur beaucoup plus claire. Le vin est très fluide et fait très jeune. Je préfère le dégorgement d’origine qui est plus conforme à ce que doit être un 1959.

Le Champagne Pol Roger 1937 a un nez fatigué. Le vin est très ambré. La bouche n’a rien à voir, elle est belle. C’est un joli vin qui me plait énormément même si le finale n’est pas totalement net. Je l’aime malgré ses défauts.

Le Champagne Pol Roger 1914 dégorgement d’origine rebouché en 99 ou 2000 est un vin étonnamment clair et ça me gêne. Le nez fait un peu étable mais discrètement. Le vin est agréable mais pas au niveau de ce que 1914 devrait être, année mythique. Il est à la fois doux et vif.

Mon classement de la septième série est : 1 – 1959 original, 2 – 1996, 3 – 1937, 4 – 1959 dégorgement tardif, 5 – 1914.

Huitième Série : Le Champagne Pol Roger 2008 est clair. Il est magnifique avec une largeur incroyable. Ce sera une vedette pendant un siècle.

Le Champagne Pol Roger 1979 est très agréable et élégant. Je signale du caramel et Hubert de Billy précise : crème brûlée.

Le Champagne Pol Roger 1966 est superbe, pas très large mais joli.

Le Champagne Pol Roger 1921 dégorgement d’origine est magique. Il n’est pas parfait mais il a l’âme de 1921. C’est un vin fantastique.

Le Champagne Pol Roger 1921 dégorgement janvier 1992 est très clair, au nez superbe, il est incroyable de vivacité.

Le Champagne Pol Roger 1892 a un nez qui n’est pas net mais la bouche est doucereuse. C’est un vin très charmant, doux, dont on sent le sucre.

Mon classement de la huitième série est : 1 – 1921 original, 2 – 1921 dégorgement tardif, 3 – 2008, 4 – 1966, 5 – 1892, 6 – 1979.

Autant on peut classer dans une série, autant il m’est impossible de classer tous les vins car la mémoire ne peut assimiler tous ces vins en les hiérarchisant. Il est probable que si nous avions suivi l’ordre chronologique dans un sens ou dans l’autre, j’aurais pu faire des hiérarchies globales mais j’apprécie aussi le choix de Peter de varier les périodes dans chaque série ce qui a maintenu nos sens en éveil.

Je suis impressionné par la qualité générale de tous ces champagnes. Le taux de rejet est extrêmement ténu et je suis étonné aussi de voir que des nez rebutants ne signifient pas du tout que la bouche le sera. Je suis personnellement plus favorable aux dégorgements d’origine mais j’admets volontiers que c’est mon goût qui me pousse à rechercher l’âme du vin dans son année, plutôt que rajeunie.

Les températures de service ont été excellentes, exactes, le service de l’équipe de sommellerie a fait un travail très professionnel. Hubert de Billy et Laurent d’Harcourt pensent que cette dégustation qui n’avait jamais été faite aussi extensive sera peut-être impossible à refaire. Nous avons participé à un événement historique.

Nous quittons la salle de dégustation pour que le personnel puisse préparer notre table pour le dîner au cours duquel nous boirons les « restes » et quelques bouteilles nouvelles sur un menu spécialement conçu par Arnaud Lallement pour nous. La fête continue !

après l’apéritif, travail sérieux. Peter debout au fond présente la dégustation

ensuite, nous sommes prêts à travailler