256ème dîner au restaurant Pages dimanche, 5 décembre 2021

Lors du déjeuner que j’ai pu organiser au restaurant Plénitude de Cheval Blanc Paris, trois jours avant l’ouverture officielle du restaurant, qui fut le 253ème de mes repas, deux participants belges, ravis de ce repas, m’ont demandé d’organiser pour eux-mêmes et certains de leurs amis un dîner. Nous serons donc sept pour le 256ème dîner au restaurant Pages.

Je me présente peu après 16 heures au restaurant pour ouvrir mes vins. Matthieu, l’excellent sommelier est resté à mes côtés pendant cette opération et c’est agréable pour moi de pouvoir discuter et sentir les vins en échangeant nos impressions. Il n’y a pas eu trop de difficultés, mais comme souvent les bouteilles anciennes ont un goulot qui n’est pas cylindrique. S’il est pincé, il est impossible de tirer le bouchon sans qu’il ne se déchire en de nombreux morceaux. Ce fut le cas pour le Haut-Bages Libéral 1928 dont le parfum m’a séduit par son extrême complexité, presque aussi beau que le parfum du Latour 1928. Le parfum de la Romanée Conti 1967 est strictement ce que l’on peut attendre, avec des évocations de sel et de rose. Le nez le plus puissant est celui du Meursault 1990. L’Yquem 1906 a un bouchon qui a été changé dans les années 60. Le parfum de ce vin est assez discret mais d’une grande suavité.

Ouvrant les bouteilles sur le comptoir qui sépare la salle de la cuisine, je vois les cuisiniers travailler et je vois Alice qui fait mariner des filets de maquereau dans deux sortes d’huiles. Et l’envie me prend d’essayer d’associer un peu de maquereau avec l’Yquem 1906. On ne prélèvera que quelques gouttes. Je fais l’expérience en même temps que Ken le chef de cuisine et Alice et l’accord est pertinent avec le maquereau cru dont on a séché les traces d’huile.

Selon la tradition lorsque la cérémonie d’ouverture est terminée, je vais au Bistrot 116 pour boire une bière japonaise en grignotant des édamamés, pendant que le personnel du restaurant prend son dîner.

A 18h30 j’ouvre le Krug Private Cuvée et j’ouvre aussi le champagne Heidsieck 1907. La couche de cire qui recouvre le bouchon, mise après la sortie de l’eau de la bouteille en 1998, est tellement épaisse que l’opération me prend au moins dix minutes et je constate que le muselet est récent. On m’avait dit que le bouchon originel avait été conservé. Ça me paraît plausible, le bouchon étant d’un très beau liège.

Le groupe de convives belge est ponctuel. Nous serons sept hommes, sans aucune parité et ce qui est amusant c’est qu’une table proche sera de quatre femmes, comme si la séparation des sexes était la règle pour ce soir.

Le menu conçu par le restaurant Pages et son chef Ken est : gougères au parmesan / Saint-Jacques poêlées / turbot, chou pointu, sauce umami, ventrèche de porc / pigeon sauce salmis, Taglioni / Joshu-Wagyu grillé / foie gras poché / stilton / tarte exotique mangue et fruit de la passion.

Le Champagne Krug Private Cuvée années 60-70 a une bulle active ce qui est une belle surprise. Sa couleur est claire. Il est d’une grande vivacité, noble et précis et les gougères apaisent agréablement son énergie. J’aime son amplitude et sa fraîcheur.

Matthieu va servir deux des trois blancs sur les Saint-Jacques et les trois sur le turbot. Le Clos de la Coulée de Serrant Mme A. Joly Savennières 1962 a un nez légèrement bouchonné sans vraie influence sur le goût et ce nez de bouchon disparaîtra au moment où l’on goûtera le poisson. C’est un vin riche de la plus belle décennie pour ce vin classé par Curnonsky parmi les cinq plus grands vins blancs de France. Il aurait été apprécié s’il était seul mais il y a de la concurrence.

L’Hermitage Chante Alouette Chapoutier blanc 1955 est très ambré. Le nez est de grande subtilité et en bouche le vin est riche et opulent avec une grande personnalité. Il est gourmand et charmeur, très typé. Les Saint-Jacques sont copieuses et magnifiquement cuites. Un régal.

Le Meursault J.F. Coche Dury 1990 a de loin le plus beau parfum de tous les vins du repas ou du moins le plus envahissant. Le vin est grand, peut-être un peu monolithique mais droit et riche. La chair du turbot est divine et la sauce est peut-être un peu trop marquée même si elle est raffinée.

Le pigeon, pure merveille, accueille deux vins exceptionnels. Mes convives s’étonnent de la jeunesse des couleurs des deux vins de 1928. Le Château Haut Bages Libéral Pauillac 1928 est une immense surprise car son parfum est noble et raffiné et en bouche il est d’une maîtrise rare. S’il n’y avait pas l’autre Pauillac, on en ferait une vedette.

Mais il y a le Château Latour Pauillac 1928 qui est un vin parfait. On ne peut pas concevoir qu’il puisse être meilleur. Il a tout pour lui, noblesse, séduction, velouté, énergie. Ce vin est une merveille. Une chose m’a fait un extrême plaisir c’est que l’un des convives qui était venu au déjeuner à la Samaritaine a eu la larme à l’œil, tant il a été ému par la perfection du Latour. Si l’on utilisait la notation sur cent points de Robert Parker et si l’on donnait 100 points à un Latour 2009, il faudrait donner 500 points à un Latour 1928 de cette impossible qualité. L’accord avec le pigeon, sur le sang, est un bonheur incomparable.

Mon voisin qui est allé à Kobé au Japon me dit que le Wagyu que nous mangeons est très nettement supérieur à tout ce qu’il a mangé sur place. C’est vrai que cette chair est un pur bonbon. Et le Chambertin Louis Latour 1961 très représentatif de son appellation, riche, rond, équilibré, joyeux est le partenaire idéal de la viande. Ce vin solide et stable est un roc, un étalon du chambertin.

Lorsque j’avais bâti mon programme de vin, le Champagne Heidsieck Monopole (American Taste) 1907 trouvé en Mer Baltique devait être servi juste après le Krug et lorsque l’on a décidé de mettre la Romanée Conti avec le foie gras poché, j’ai imaginé que le champagne très doux irait bien avec le foie gras. Et donc ce plat accueille les deux vins. Mais en goûtant le champagne qui a beaucoup moins de dosage que des précédents 1907 que j’ai bus, il m’apparaît que le champagne risque de porter préjudice à la Romanée Conti aussi ai-je décidé que le champagne serait bu après le foie gras, sur un Saint-Nectaire de secours.

Sur le foie gras poché, la Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1967 crée un bel accord. Son nez est archétypal, rose et sel et en bouche on a le beau classicisme de la Romanée Conti sur une version subtile et discrète. Je suis aux anges. C’est une belle Romanée Conti qui n’est pas tonitruante. Sa longueur est raffinée.

Le Champagne Heidsieck Monopole (American Taste) 1907 trouvé en Mer Baltique est d’une couleur qui pourrait rebuter car elle est un peu grise et les derniers verres ont un peu de dépôt. Il y a encore de la bulle ce qui est étonnant et le champagne est d’une grande énergie et d’un dosage qui ne fait pas vraiment « goût américain ». Ce qui frappe immédiatement c’est sa complexité. On voyage dans l’inconnu subtil. Comme la moyenne de la table je lui donne la deuxième place au classement des vins, car son caractère énigmatique est passionnant. Il ne ressemble à rien de connu mais il a du charme et de la conviction.

Le Château d’Yquem 1906 est d’une belle couleur ambrée. Son parfum n’est pas tonitruant mais a toute la complexité d’un grand Yquem. L’accord avec le stilton est naturel. Yuki, la jeune pâtissière, a fait une délicieuse tarte où la mangue est rafraîchie par un jus de fruit de la passion, qui excite bien l’Yquem. J’ai dit à Ken que si l’on refait ce plat il faudrait enlever les grains de fruit de la passion pour ne conserver que le jus.

Mes nouveaux amis sont conquis par la cuisine de Pages qui fait que chaque plat va directement à l’essentiel, sans chichi, avec des produits de qualité et des cuissons exemplaires. Nous allons voter pour nos cinq vins préférés et ce qui assez étonnant, c’est que cinq vins seront nommés premiers alors que nous ne sommes que sept à voter. J’ai mis personnellement la Romanée Conti en premier de mon vote parce que je suis un amoureux de ce vin, mais si je veux être objectif c’est bien Latour 1928 qui est le plus grand vin de ce repas, car ce vin est parfait.

Tous les vins ont eu de l’intérêt, même la Coulée de Serrant, seul vin qui n’a pas eu de vote, à cause de son nez de bouchon qui a disparu par la suite.

Le vote global est : 1 – Château Latour Pauillac 1928, 2 – Champagne Heidsieck Monopole (American Taste) 1907 trouvé en Mer Baltique, 3 – Chambertin Louis Latour 1961, 4 – Hermitage Chante Alouette Chapoutier blanc 1955, 5 – Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1967, 6 – Meursault J.F. Coche Dury 1990.

Mon vote est : 1 – Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1967, 2 – Champagne Heidsieck Monopole (American Taste) 1907 trouvé en Mer Baltique, 3 – Château Latour Pauillac 1928, 4 – Champagne Krug Private Cuvée années 60-70, 5 – Château Haut Bages Libéral Pauillac 1928.

L’ambiance avec de vrais amateurs de vins a été extrêmement sympathique. Il est hautement probable que nous nous reverrons. Et sans doute au restaurant Pages qui a fait une cuisine de haute qualité parfaitement adaptée aux vins.

       

35th session of the Academy of Ancient Wines dimanche, 5 décembre 2021

The 35th session of the Academy of Ancient Wines is being held, as usual at the Macéo restaurant. We have a beautiful private room that will accommodate the 34 participants who will be divided into three tables.

Each table will have its own wine program :

Table 1: Mathusalem de Champagne Pommery 1966, Champagne Trouillard Cramant Blanc de Blancs 1961, Meursault 1895, Algerian White Targui 1955 (Eschenaueur house in Algiers), Rosé Frédéric Lung 1945, Château Mouton-Rothschild 1941, Château Margaux 1914, Moulin à Vent Louis Chevallier 1926, Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1974, Italian wine Gancia 1919, Vega Sicilia Unico 1967, Vin Jaune Château de l’Etoile 1969, Le Portail Rouge Loupiac R. Bernède 1949, Château Climens 1925.

Table 2: Mathusalem de Champagne Pommery 1966, Château Chantegrive blanc 1984, Chablis Grand Cru Les Clos 1973 from Domaine Paul Droin-Baudoin, Riesling Grand Cru Maison Bott Frères 1970, René Dauvissat, Chablis 1er cru Forest 1982, Château Canon 1943, Château Margaux 1934, Vieux Château Certan 1967, Château Latour 1941, Mercurey Levert Frères 1959, Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1974, Rioja Vina Tondonia 1954, Vin Jaune Château de l’Etoile 1969, Haut-Sauternes Bouchard 1953, Porto Dows 1970.

Table 3: Mathusalem de Champagne Pommery 1966, Champagne Jean Pierre Thomas 1960s, Meursault Patriarche 1942, Bourgogne Aligoté La Chablisienne 1979, Royal Kebir Frédéric Lung 1945, Château le Bourdieu Haut Médoc 1976, Château Ausone 1962, Château Léoville Poyferré 1960, Château Mouton Rothschild 1967, Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1974, Châteauneuf du Pape Réserve des Chartes 1947, Vin Jaune Château de l’Etoile 1969, Château Lafaurie Peyraguey 1971, Château Sigalas Rabaud 1959.

Pommery’s Methuselah has been assigned to each table, it is a single bottle shared by all. While Romanée Conti wines and Jura wines are represented by a bottle at each table. So there are 40 bottles and a Methuselah which is the equivalent of 48 bottles and an average of 16 bottles per table. We won’t be short for anything.

In this session, there are two students from the Ecole Normale Supérieure and around ten students from HEC, with very cosmopolitan origins, Japan, China, Taiwan, Austria, etc. As a result, I will make my speeches in English, in Frenglish that even those who do not speak English will understand without difficulty.

I arrive at the Macéo restaurant at 3 p.m. to open the bottles. There are a lot of corks that have become lint and three corks that have fallen into the wine when trying to prick the wick of the corkscrew in the cork. Beatrice, who helps me through all phases of the academy, managed to root out the fallen corks.

At 4 pm one of the most faithful of the academicians joined me to help me with the openings and he brought, according to tradition, the « wine of the openers ». This is a 1969 Dom Pérignon Champagne with a curled cork that looks more like a cork from the 1940s. The champagne is older than its age, but it is delicious. Other friends well in advance, but late for the openings, will have the chance to taste the wine of the openers.

The Mathusalem de Champagne Pommery 1966 is opened by me half an hour before the arrival time of the guests. The cork is sharply narrowed to the point that it rises together with the muselet without any effort. I taste the champagne which I find flat and watery. With Beatrice we had asked ourselves whether we should not have a backup champagne, and we had made the bet not to take it. Ouch!

When the champagne is served at all the tables, because the aperitif will be taken seated and not standing as a precaution against the Covid, I warn our assembly of the risk represented by this champagne but in fact it will behave much better than what announced after the first sip. Over time it becomes more and more lovable and loses the flat, watery side. Gougères help to make it sociable.

Adrian Williamson, who has managed the wine and food service, serves the first course a bit quickly so that the Methuselah is only half-drunk.

Being at table one, I am commenting on these wines. Champagne Trouillard Cramant Blanc de Blancs 1961 has tiny dust in suspension that frightens my Japanese neighbor. Champagne is drinkable and paradoxically it highlights the 1966 Pommery.

The Meursault 1895 is from an opaque bottle that does not allow the color of the wine to be seen. The cork with its texture confirmed the year well. The wine served is black, of a black earth. On the palate it is solid, massive, earthy. It is obviously atypical and I love it for the density of its material. He’s an alien.

At the academy, we love Algerian wines so we are happy to taste a wine that is unknown to us. The Algerian White Targui 1955 (Eschenaueur house in Algiers) is very light yellow in color and very young. On the palate, the wine is solid, structured, intense. It is a magnificent wine that evokes the splendor of Algerian wines of this period of time.

The Rosé Frédéric Lung 1945 is doubly represented in this session at two tables brought by two different contributors who share with me the envy of the wines of Frédéric Lung. This rosé is massive, heavy, powerful and rich in emotion. I love it. It surprises a lot of people at our table who did not expect this wine at this level.

For the delicious red mullet, the two Algerian wines were planned, but I asked that we also serve the Château Mouton-Rothschild 1941. The wine is not perfect, but it has good qualities including a strong truffle, which goes well with fish, to the astonishment of my guests.

It is worth making a remark. To each academy I bring around 160 Riedel glasses that I bought when the academy was founded, to reinforce the glass stocks in the restaurants. At the last academy reunion we had forgotten two racks of glasses here, which are being used tonight and probably haven’t been washed (I guess) which should explain the number of dusty glasses I have had, which handicap the wines I drink. This applies to this 1941 Mouton and many others to follow.

I had announced a probable 1934 Château Margaux from my cellar but in fact it is a 1914 Château Margaux because the cork clearly indicates it. The wine is tall, noble, upright.

The Moulin à Vent Louis Chevallier 1926 is a superb, joyful wine, in total contrast to the stricter Bordeaux. The old Beaujolais are always nice surprises.

I brought three Grand Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1974 for the three tables, all of which have low levels but whose scents at the opening showed no particular flaws. When I love, I love, so the suggestions of salt and extremely clear rose delight me. And I’m delighted that this wine is the best I’ve had since the start of this session. The color of the wine is a bit muted but that doesn’t bother me. For many, and especially for young people, this is their first approach to Romanée Conti wines. They are moved and I am delighted.

The Italian wine Gancia 1919 surprised me when I opened it because its tiny cork has a rounded bottom and slanted like a beret. Such corks are seen for wines from before 1850 and not for a 1919. It is an enigma. The wine is not perfect but its originality is exciting, with its solar and rich tones.

The friend who generously brought in the 1967 Vega Sicilia Unico is tasting this wine for the first time. He is not convinced and I tell him he is wrong, because this Spanish wine has all the beautiful characteristics of the Unico of this decade, the most beautiful of all. I liked his style even though it lacked a bit of power.

The 1969 Château de l’Etoile Yellow Wine, of which I provided three bottles for the three tables, is the ideal companion for the magnificent cheeses brought by generous academicians, including, in particular a Mont d’Or which magnifies the beautiful dense yellow wine and blooming, with an infinite afterglow in the mouth.

The Portail Rouge Loupiac R. Bernède 1949 has a magnificent label. The wine is lovely. It is obviously less complex than Château Climens 1925, but the latter is marked by a slight nose and corky taste which make Loupiac more pleasant to drink than Barsac.

During the meal, academics came to give me to taste wines from other tables. So, I had announced that I bring a Château Canon 1955, but in fact I made a mistake in the cellar and I brought a sublime Château Canon 1943, which, from what I understood was named winner by the table 2.

The Chablis 1er cru Forest René Dauvissat 1982 that I supplied was given to me to taste. Without being flamboyant, it is extremely precise.

They also brought me Châteauneuf du Pape Réserve des Chartes 1947 that I had supplied. And this wine struck me as splendid.

By bringing 23 wines from my cellar, I wanted each participant to have sufficient profusion so that the flaws of a particular wine appear unimportant. From what I heard, the attendees were all over the moon. And for young students, this openness to the world of old wines is a unique experience. Personally, I haven’t drunk wines that make me say « Wow ». Was it the climatic conditions that put the wines on mute, was it my palate, which was not receptive as it should have been, was it the annoyance of having too many glasses that smelled of dust, I don’t know. It will suffice for me to remember the smiles, the compliments, the satisfactions of all the guests to convince myself that this session was a success.

If we consider the objectives of the Academy of Ancient Wines to provide everyone with access to rare and original ancient wines, it is safe to say that it was a success. Providing access to an Italian wine from 1919, a Meursault from 1895, a Beaujolais from 1926, a Châteauneuf from 1947, a wine from Romanée Conti from 1974, is a privilege.

I loved the Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1974, the Algerian White Targui Wine 1955 and the Rosé Frédéric Lung 1945, the Château Canon 1943 and the Châteauneuf du Pape Réserve des Chartes 1947 and Le Portail Rouge Loupiac R.Bernède 1949. So yes, I can say that even without « wow », I drank great wines.

The meal was delicious. The service led by Adrian Williamson was efficient. Béatrice helped with the wine ordering and logistics. So, there is only one desire, and that is to start a new session of the academy.

35ème séance de l’académie des vins anciens dimanche, 5 décembre 2021

La 35ème séance de l’académie des vins anciens se tient, comme à l’accoutumée au restaurant Macéo. Nous disposons d’une belle salle privative qui permettra d’accueillir les 34 participants qui seront répartis en trois tables.

Chaque table aura son programme de vins /

Table 1 : Mathusalem de Champagne Pommery 1966, Champagne Trouillard Cramant Blanc de Blancs 1961, Meursault 1895, Vin Algérien Blanc Targui 1955 (maison Eschenauer à Alger) , Rosé Frédéric Lung 1945, Château Mouton-Rothschild 1941, Château Margaux 1914, Moulin à Vent Louis Chevallier 1926, Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1974, Vin italien Gancia 1919, Vega Sicilia Unico 1967, Vin Jaune Château de l’Etoile 1969, Le Portail Rouge Loupiac R. Bernède 1949, Château Climens 1925.

Table 2 : Mathusalem de Champagne Pommery 1966, Château Chantegrive blanc 1984, Chablis Grand Cru Les Clos 1973 du Domaine Paul Droin-Baudoin, Riesling Grand Cru Maison Bott Frères 1970, René Dauvissat, Chablis 1er cru Forest 1982, Château Canon 1943, Château Margaux 1934, Vieux Château Certan 1967, Château Latour 1941, Mercurey Levert Frères 1959, Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1974, Rioja Vina Tondonia 1954, Vin Jaune Château de l’Etoile 1969, Haut-Sauternes Bouchard 1953, Porto Dows 1970.

Table 3 : Mathusalem de Champagne Pommery 1966, Champagne Jean Pierre Thomas années 60, Meursault Patriarche 1942, Bourgogne Aligoté La Chablisienne 1979, Royal Kebir Frédéric Lung 1945, Château le Bourdieu Haut Médoc 1976 , Château Ausone 1962, Château Léoville Poyferré 1960 , Château Mouton Rothschild 1967, Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1974, Châteauneuf du Pape Réserve des Chartes 1947, Vin Jaune Château de l’Etoile 1969, Château Lafaurie Peyraguey 1971, Château Sigalas Rabaud 1959.

Le mathusalem de Pommery a été affecté à chaque table, il s’agit d’un seul flacon partagé entre tous. Alors que vins de la Romanée Conti et les vins du Jura sont représentés par une bouteille à chaque table. Il y a donc 40 bouteilles et un mathusalem ce qui fait l’équivalent de 48 bouteilles et une moyenne de 16 bouteilles par table. Nous ne manquerons de rien.

Il y a dans cette séance deux élèves de l’Ecole Normale Supérieure et une dizaine d’étudiants à HEC, d’origines très cosmopolites, Japon, Chine, Taïwan, Autriche, etc. De ce fait je ferai mes speechs en anglais, dans un franglais que même ceux qui ne parlent pas anglais comprendront sans difficulté.

J’arrive à 15 heures au restaurant Macéo pour ouvrir les bouteilles. Il y a beaucoup de bouchons qui sont venus en charpie et trois bouchons qui sont tombés dans le vin lorsque l’on cherche à piquer la mèche du tirebouchon dans le liège. Béatrice, qui m’aide dans toutes les phases de l’académie a réussi à extirper les bouchons tombés.

A 16 heures l’un des plus fidèles des académiciens me rejoint pour m’aider aux ouvertures et il a apporté, selon la tradition, le « vin des ouvreurs ». C’est un Champagne Dom Pérignon 1969 dont le bouchon recroquevillé ressemble plutôt à un bouchon des années 40. Le champagne fait plus vieux que son âge, mais il est délicieux. D’autres amis très en avance, mais en retard pour les ouvertures, auront la chance de goûter le vin des ouvreurs.

Le Mathusalem de Champagne Pommery 1966 est ouvert par mes soins une demi-heure avant l’heure d’arrivée des convives. Le bouchon est fortement rétréci au point qu’il s’élève en même temps que le muselet sans aucun effort. Je goûte le champagne que je trouve plat et aqueux. Avec Béatrice nous nous étions demandé s’il ne fallait pas de champagne de secours, et nous avions fait le pari de ne pas en prendre. Aïe !

Quand le champagne est servi à toutes les tables, car l’apéritif se prendra assis et non debout par précaution vis-à-vis du Covid, je préviens notre assemblée du risque que représente ce champagne mais en fait il va se comporter beaucoup mieux que ce qu’annonçait la première gorgée. Avec le temps il devient de plus en plus aimable et perd le côté plat et aqueux. Des gougères aident à le rendre sociable.

Adrian Williamson, qui a géré le service des vins et des plats sert un peu rapidement le premier plat ce qui fait que le mathusalem n’aura été bu qu’à moitié. Etant à la table une, je commente ces vins.

Le Champagne Trouillard Cramant Blanc de Blancs 1961 a des minuscules poussières en suspension qui effraient ma voisine japonaise. Le champagne est buvable et paradoxalement il met en valeur le Pommery 1966.

Le Meursault 1895 est d’une bouteille opaque ne permettant pas de voir la couleur du vin. Le bouchon par sa texture a bien confirmé l’année. Le vin servi est noir, d’une terre noire. En bouche il est solide, massif, terrien. Il est manifestement atypique et je l’aime pour la densité de sa matière. C’est un extraterrestre.

A l’académie, nous aimons les vins d’Algérie aussi sommes-nous heureux de goûter un vin qui nous est inconnu. Le Vin Algérien Blanc Targui 1955 (maison Eschenauer à Alger) est d’une couleur jaune très claire et très jeune. En bouche le vin est solide, structuré, intense. C’est un vin magnifique qui évoque la splendeur des vins algériens de l’époque.

Le Rosé Frédéric Lung 1945 est doublement représenté dans cette séance à deux tables et de deux apporteurs distincts qui partagent avec moi l’envie des vins de Frédéric Lung. Ce rosé est massif, lourd, puissant et riche d’émotion. Je l’adore. Il surprend beaucoup de personnes à notre table qui n’attendaient pas ce vin à ce niveau.

Pour le délicieux rouget, les deux vins algériens étaient prévus, mais j’ai demandé qu’on serve aussi le Château Mouton-Rothschild 1941. Le vin n’est pas parfait, mais il a de belles qualités dont une forte truffe, qui se marie bien au poisson, au grand étonnement de mes convives.

Il convient de faire une remarque. A chaque académie j’apporte environ 160 verres Riedel que j’avais achetés à la création de l’académie, pour renforcer le stock de verres des restaurants. A la dernière réunion de l’académie, nous avions oubliés deux racks de verres ici-même, qui sont utilisés ce soir et n’ont sans doute pas été lavés (je suppose) ce qui devrait expliquer le nombre de verres poussiéreux que j’ai eus, qui handicapent les vins que je bois. Cela s’applique à ce Mouton 1941 et à bien d’autres qui suivront.

J’avais annoncé un Château Margaux probable 1934 de ma cave mais en fait c’est un Château Margaux 1914 car le bouchon l’indique clairement. Le vin est grand, noble, droit.

Le Moulin à Vent Louis Chevallier 1926 est un vin superbe, joyeux, en contraste total avec le Bordeaux plus strict. Les beaujolais anciens sont toujours de belles surprises.

J’ai apporté pour les trois tables trois Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1974 qui ont toutes des niveaux bas mais dont les parfums à l’ouverture ne montraient aucun défaut particulier. Quand on aime on ne compte pas aussi les suggestions de sel et de rose extrêmement nettes me ravissent. Et je suis ravi que ce vin soit le meilleur de ce que j’ai bu depuis le début de cette séance. La couleur du vin est un peu tuilée mais cela ne me gêne pas. Pour beaucoup et notamment pour les jeunes, c’est leur première approche des vins de la Romanée Conti. Ils sont émus et je suis ravi.

Le Vin italien Gancia 1919 m’avait étonné à l’ouverture car son bouchon tout petit a le bas arrondi et incliné comme un béret. De tels bouchons se voient pour des vins d’avant 1850 et pas pour un 1919. C’est une énigme. Le vin n’est pas parfait mais son originalité est excitante, avec ses tonalités solaires et riches.

L’ami qui a apporté généreusement le Vega Sicilia Unico 1967 goûte ce vin pour la première fois. Il n’est pas convaincu et je lui dis qu’il a tort, car ce vin espagnol a toutes les belles caractéristiques des Unico de cette décennie, la plus belle de toutes. J’ai bien aimé son style même s’il a manqué d’un peu de puissance.

Le Vin Jaune Château de l’Etoile 1969 dont j’ai fourni trois bouteilles pour les trois tables est le compagnon idéal des magnifiques fromages apportés par des académiciens généreux, dont, en particulier un Mont d’Or qui magnifie le beau vin jaune dense et épanoui, à la rémanence en bouche infinie.

Le Portail Rouge Loupiac R. Bernède 1949 a une étiquette magnifique. Le vin est adorable. Il est moins complexe évidemment que le Château Climens 1925, mais ce dernier est marqué par un léger nez et goût de bouchon qui font que le Loupiac se montre plus agréable à boire que le Barsac.

En cours de repas, des académiciens sont venus me faire goûter des vins des autres tables. Ainsi, j’avais annoncé apporter un Château Canon 1955, mais en fait je me suis trompé en cave et j’ai apporté un Château Canon 1943 sublime, qui, d’après ce que j’ai compris a été nommé gagnant par la table 2.

Le Chablis 1er cru Forest René Dauvissat 1982 que j’avais fourni m’a été donné à goûter. Sans être flamboyant il est d’une précision extrême.

On m’a aussi apporté du Châteauneuf du Pape Réserve des Chartes 1947 que j’avais fourni. Et ce vin m’est apparu splendide.

En apportant 23 vins de ma cave, j’ai voulu que chaque participant ait une profusion suffisante pour que les défauts de tel ou tel vin apparaissent sans importance. De ce que j’ai entendu, les participants ont tous été comblés. Et pour les jeunes étudiants, cette ouverture sur le monde des vins anciens est une expérience unique. En ce qui me concerne, je n’ai pas bu de vins qui me fassent dire « Wow ». Etaient-ce les conditions climatiques qui ont mis des vins en sourdine, était-ce mon palais, qui n’était pas réceptif comme il aurait dû l’être, était-ce la contrariété d’avoir trop de verres qui sentaient la poussière, je ne sais pas. Il me suffira de me rappeler des sourires, des compliments, des satisfactions de tous les convives pour me convaincre que cette séance fut une réussite.

Si l’on considère les objectifs de l’académie des vins anciens de permettre l’accès de tous à des vins anciens rares et originaux, on peut dire sans risque que ce fut une réussite. Donner accès à un vin italien de 1919, un meursault de 1895, un beaujolais de 1926, un Châteauneuf de 1947, un vin de la Romanée Conti de 1974, c’est un privilège.

J’ai adoré le Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1974, le Vin Algérien Blanc Targui 1955 et le Rosé Frédéric Lung 1945, le Château Canon 1943 et le Châteauneuf du Pape Réserve des Chartes 1947 et Le Portail Rouge Loupiac R.Bernède 1949. Alors oui, je peux dire que même sans « wow », j’ai bu de grands vins.

Le repas a été succulent. Le service piloté par Adrian Williamson a été efficace. Béatrice a aidé à l’ordonnancement des vins et à la logistique. Alors, il ne reste qu’une envie, c’est qu’on lance une nouvelle séance de l’académie.


Dans ma cave la préparation des groupes. On voit l’intérêt qu’il y a à ce que j’aie en avance toutes les bouteilles, sans devoir subir des livraisons tardives

chez Macéo

les bouteilles préparées pour l’ouverture

pour encourager les ouvreurs

le travail des ouvreurs

Académie des vins anciens 2 décembre 2021 – vins de la table 3 jeudi, 2 décembre 2021

Mathusalem de Champagne Pommery 1966 (commun aux trois groupes)

Champagne Jean Pierre Thomas années 60

Meursault Patriarche 1942

Bourgogne Aligoté La Chablisienne 1979

Royal Kebir Frédéric Lung 1945

il y a eu deux bouteilles de ce vin, l’une de ma cave et l’autre d’un autre académicien. On constate que les deux bouteilles ne sont pas identiques en taille

Château le Bourdieu Haut Médoc 1976

Château Ausone 1962

Château Léoville Poyferré 1960

Château Mouton Rothschild 1967

Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1974

Chateauneuf du Pape Réserve des Chartes 1947

Vin Jaune Château de l’Etoile 1969

Château Lafaurie Peyraguey 1971

Château Sigalas Rabaud 1959

le rosé de Kebir 1945 n’est pas sur la photo car livrée au dernier moment

Académie des vins anciens 2 décembre 2021 – vins de la table 2 jeudi, 2 décembre 2021

Mathusalem de Champagne Pommery 1966 (commun aux trois groupes)

Château Chantegrive blanc 1984

Chablis GC Les Clos 1973 Domaine Paul Droin-Baudoin

Riesling Grand Cru Maison Bott Frères 1970

René Dauvissat, Chablis 1er cru Forest 1982

Château Canon 1955

Château Margaux 1934

Vieux Château Certan 1967

Château Latour 1941 (avec capsule neutre)

Mercurey Levert Frères 1959

Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1974

Rioja Vina Tondonia 1954

Vin Jaune Château de l’Etoile 1969

Haut-Sauternes Bouchard 1953

Porto Dows 1970

Académie des vins anciens 2 décembre 2021 – vins de la table 1 jeudi, 2 décembre 2021

Mathusalem de Champagne Pommery 1966 (commun aux trois groupes)

Champagne Trouillard Cramant Blanc de Blancs 1961

Meursault 1895

Vin Algérien Blanc Targui 1955 (Eschenaueur Alger)

Rosé Frédéric Lung 1945

Château Mouton-Rothschild 1941

Château Margaux probable 1934 qui est en fait un Château Margaux 1914 de ma cave !

Moulin à Vent Louis Chevallier 1926

Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1974

Vin italien Gracia 1919

le bouchon paraît beaucoup plus vieux que 1919 comme pour certains vins d’avant 1850

Vega Sicilia Unico 1967

Vin Jaune Château de l’Etoile 1969

Le Portail Rouge Loupiac R.Bernède 1949

Château Climens 1925

Rousseau et Rayas mardi, 30 novembre 2021

Un ami avait repéré il y a longtemps le restaurant secret où je trouvais de belles bouteilles à des prix incitatifs. Il a profité de cette opportunité et l’idée lui vint que nous allions ensemble en ce lieu pour partager de belles bouteilles. Nous serons trois au restaurant l’Ecu de France.

Nous commençons par un Champagne Jacques Selosse Substance dégorgé en novembre 2017. Ouvert depuis peu il montre une certaine amertume qui va s’estomper assez rapidement. C’est un champagne imposant et sans concession.

Le menu que nous prendrons est : brunoise de saumon et crémeux de poissons / volaille fermière de Culoiseau, petits légumes, jus légèrement corsé / Cantal affiné, brie de Meaux aux brisures de truffes / crème brulée, pomme paysanne, amandes au lait de coco, glace caramel au beurre salé.

Le Chambertin Armand Rousseau 2013 est frais, subtil, charmant et délicat. C’est la perfection d’un jeune chambertin.

Le Château Rayas Châteauneuf-du-Pape 2007 a une puissance énorme, virile. C’est un conquistador.

Je préfère nettement le chambertin pour sa subtilité. Je pensais que Rayas était le plus bourguignon des Châteauneuf-du-Pape, mais mis face à face, ils sont complètement dissemblables.

Une bonne leçon à noter : ne jamais mettre ces vins ensemble, car ils brilleraient mieux si on les boit séparément. En une autre occasion j’aurais adoré le Rayas, mais ici, le Rousseau est inapprochable.

Le déjeuner fut fort agréable dans cette maison où je me sens en famille.

Un beau champagne de 1976 dimanche, 28 novembre 2021

Ma fille viendra demain dîner à la maison avec ses deux enfants. Je cherche des vins en me promenant dans ma cave. Mon œil est attiré par la belle étiquette d’un Château La Cabanne Pomerol 1955. Je prends la bouteille en main et je constate hélas que le niveau est plus bas que le bas de l’épaule. Il est exclu que je la repose sur place aussi nous essaierons de la boire. Par précaution je prends un Clos René Pomerol 1950 au niveau superbe. Je continue à arpenter les allées de la cave et je choisis un Champagne Heidsieck Monopole Cuvée Diamant 1976 dont la bouteille biseautée est magnifique.

Le lendemain vers 16 heures je vais procéder à l’ouverture du pomerol. Je découpe la capsule et je constate que le bouchon est tombé dans le vin. Décidément, je n’ai pas de chance avec ce vin. Le parfum est particulièrement pur. Aucun signe d’acidité, de déviation ou de moisissure. A priori le vin n’est pas affecté par la chute du bouchon qui n’est peut-être apparue que lorsque j’ai soulevé la bouteille. Nous allons donc l’essayer.

Au moment de l’apéritif, j’ouvre le Champagne Heidsieck Monopole Cuvée Diamant 1976. Un tout petit pschitt salue l’ouverture du bouchon de belle qualité. Le vin est d’une belle couleur dorée et la bulle est active. Dès le premier contact on ressent la noblesse de ce champagne. Il est vif, long et intense. C’est un champagne noble mais aussi plaisant. Sa rémanence en bouche est impressionnante. Il a une belle personnalité.

Sur un plat de légumes le Château La Cabanne Pomerol 1955 se montre sans défaut. Il est riche, profond avec des notes truffées. Ma fille, à qui je n’ai pas raconté les malheurs de ce vin, l’aime beaucoup, comme moi. Il est superbe sur un fromage de chèvre de grande qualité. C’est un beau pomerol.

Pour la tarte au pomme je prélève dans l’armoire à alcools un Madère Misa probablement de 1929 puisque j’ai des madères Misa de 1929. Il est un peu moins vif que ce qu’il devrait puisqu’il a été ouvert il y a longtemps mais il a suffisamment de charme pour que nous l’appréciions.

C’est le champagne qui s’est imposé comme le meilleur de cet agréable repas.

Dîner de champagnes à l’Assiette Champenoise dimanche, 28 novembre 2021

Un ami vigneron en Champagne, Jérôme, et un négociant en vin, Pierre, organisent de temps à autre un dîner de champagnes. On m’annonce ce dîner qui se tiendra à l’Assiette Champenoise d’Arnaud Lallement, le chef trois étoiles de Reims, pour lequel j’ai une forte amitié. A cause du Covid, cela fait de l’ordre de deux ans que je n’ai pas vu Arnaud aussi, sans demander le moindre renseignement, je m’inscris.

Chacun doit apporter un champagne et rien ne m’est indiqué. J’avais livré mon vin il y a presque une semaine avant le dîner chez Veuve Clicquot. Lorsque j’arrive je suis accueilli par la maman d’Arnaud et je me sens comme en famille, ce que j’apprécie beaucoup.

Je n’avais aucune idée ni des vins ni des participants. Nous serons neuf, dont Jérôme accompagné de son maître de chai, Pierre, un couple de suédois, un couple de belges, un ami de l’académie des vins anciens toujours généreux et moi. Ils ont tous une passion pour les champagnes.

Nous commençons par le Champagne Legras & Haas cuvée Π (pi) magnum, qui est un assemblage de tous les millésimes de 1995 à 2014. Je le trouve absolument élégant et racé. Très belle découverte et très belle réussite. Les amuse-bouches sont raffinés, mais je trouve qu’il y a trop d’acidité dans certains pour coopérer avec le champagne.

Le menu composé par Arnaud Lallement est : ruche de notre parc / Saint-Jacques de Bretagne, chou vert d’A. Deloffre / betterave, épices cari noir, sauce Tio Pepe / homard bleu, hommage à mon papa / barbue des côtes bretonnes, murex, Shiso saké / pigeonneau fermier en tourte, épinard d’A. Deloffre / fromages de Philippe Olivier / noisette du Piémont, beurre salé du vieux bourg.

Le Champagne Dom Pérignon 1980 me plait beaucoup car il est très agréable. Il a la sérénité des champagnes tranquilles et bien faits.

Le contraste est grand avec le Champagne Dom Pérignon 1978 qui est plus large et plus complexe. On a bien fait de les mettre dans cet ordre, car le 1980 n’aurait pas brillé en étant placé derrière ce vif et long 1978.

Le Champagne Bollinger 1970 est d’une belle construction mais je trouve qu’il est dans une phase un peu incertaine de sa vie, n’ayant pas encore trouvé sa maturité. Ayant eu hier une betterave faite par Alain Passard et aujourd’hui par Arnaud Lallement, je serais embarrassé de désigner la meilleure version car les deux, si différentes, sont parfaites. La betterave est un légume de grande personnalité. Arnaud comme Alain l’ont bien traitée.

Le homard est un plat sublime et tellement abouti qu’on ne le concevrait pas autrement. Il est accompagné d’un Champagne Dom Pérignon rosé 1982 qui est dans un état de maturité absolument abouti et d’un Champagne Taittinger Comtes de Champagne rosé 1969 moins orthodoxe mais qui me plait énormément car l’âge n’a pas adouci son côté canaille. C’est un grand rosé. Les deux champagnes se marient bien avec le homard goûteux.

Sur la barbue est servi mon apport, le Champagne Moët & Chandon Brut Impérial magnum 1964. Le champagne généreux est d’une année que j’adore. Il est rond, large, gourmand et son âge le rend brillant. J’aurais sans doute choisi un plat plus généreux et opulent pour le mettre en valeur, même si le poisson est magnifiquement traité. Il n’y a pas eu la complicité qu’on aurait trouvée avec un plat solaire.

Le pigeon est comme le homard un plat emblématique de la cuisine d’Arnaud. C’est un bon choix d’avoir prévu un Chambertin Clos de Bèze Pierre Gelin 2012 car même s’il est jeune, il a une belle personnalité et un grain de vin riche. Je suis évidemment jaloux, car je pense que le Moët 1964 aurait été idéal avec ce plat, mais je suis heureux de cette association avec le bourgogne.

Sur les fromages, nous avons deux vins de 1959, le Champagne Louis Roederer 1959 et le Champagne Bollinger 1959. C’est un millésime parfait de belle maturité. A ce stade du repas et sans notes, ma mémoire n’a conservé que la satisfaction de boire ces deux 1959, sans franchement les différencier.

Mais je retrouve ma mémoire sur le vin qui a accompagné le dessert, le Champagne Dom Pérignon 1947. Un seul mot le définit, superbe. Ce champagne est l’expression aboutie de Dom Pérignon. Nous l’avions déjà bu lors d’un des dîners organisés par les deux mêmes personnes qu’aujourd’hui en 2017. Je l’avais classé premier lors de ce dîner des « Antiquaires du Champagne », et je ferai de même de ce sublime champagne d’un bel accomplissement.

Mon classement serait : 1 – Dom Pérignon 1947, 2 – Comtes de Champagne rosé 1969, 3 – Dom Pérignon 1978, 4 – Champagne Legras & Haas cuvée Π (pi) magnum, 5 – Moët & Chandon magnum 1964.

Nous avons poursuivi nos discussions en dégustant une Chartreuse jaune délicieuse. C’est un plaisir de partager avec des amoureux passionnés. L’ambiance familiale de l’Assiette Champenoise, et le talent d’Arnaud Lallement font de ce dîner un souvenir précieux. Merci les « Antiquaires ».

Dîner d’Alain Passard à la manufacture Kaviari dimanche, 28 novembre 2021

La société Kaviari, grand spécialiste de caviar, a créé des dîners avec des chefs étoilés qui viennent cuisiner dans leur manufacture à Paris. Ce soir ce sera le tour d’Alain Passard le chef triplement étoilé du restaurant Arpège et « grand jardinier » puisque tous les produits de la terre qu’il cuisine viennent de ses fermes.

Lorsque j’arrive avec mon épouse à l’heure du rendez-vous je demande si Alain Passard est arrivé pour le saluer. On me dit qu’il n’est pas là et je me demande comment un chef peut préparer un repas gastronomique s’il n’est pas déjà au fourneau. Je constaterai à quel point les cuissons de plats sophistiqués sont idéales, ce qui implique une préparation absolument parfaite pour arriver à un tel résultat.

Nous serons une douzaine à table, d’horizons divers et nous commençons par une dégustation de trois caviars aux couleurs très différentes, présentés par Karin Nebot, la directrice de la manufacture et organisatrice de ces dîners passionnants.

Le menu composé par Alain Passard est : chaud-froid d’œuf Arpège au caviar / carpaccio de betterave rouge et oignon rouge à la burrata et au caviar / célerisotto Monarch au chou Romanesco et caviar / velouté de topinambour fuseau et caviar / carpaccio de navet à la truffe tuber magnatum pico d’Alba et crème de caviar / poireau Saint-Victor au raifort et caviar / caviar Kristal du lac Qiando aux mille îles et parfum d’argan / tartare de betterave blanche de pleine terre au caviar / pommes de terre Allians fumées au Mont d’Or du Haut-Doubs, truffe d’Alba et caviar / tarte aux pommes Bouquet de roses et caramiel.

Il y a dans la cuisine d’Alain une grande sensibilité et une volonté de montrer les infinies possibilités des végétaux. L’image qui me vient est celle du dompteur d’un cirque qui veut que ses animaux réalisent des prouesses. Alain est le dompteur des végétaux, voulant qu’ils atteignent des saveurs que nul ne soupçonnerait. On est donc emporté dans un tourbillon, comme les enfants dont les yeux brillent lors des numéros du cirque.

Alain a aussi joué le jeu de Kaviari dans cette expérience puisque tous les plats sauf le dessert ont été accompagnés de caviars. Les champagnes et vins très jeunes ont joué le jeu sans attirer particulièrement mon attention mais ce n’était pas l’essentiel.

Le plat que je trouve le meilleur est celui qu’Alain appelle « célerisotto » suivi du velouté de topinambour. Le poireau cru est tellement fort qu’il est dur à manger. Au contraire, la pomme de terre au Mont d’Or est le berceau idéal pour la truffe d’Alba et le caviar.

Le point culminant du dîner est quand Alain est venu bavarder avec nous, expliquant que la cuisine des légumes est passionnante car elle change tous les trois mois, chaque saison offrant une palette différente de produits. C’est un cuisinier passionné, humain, sensible, au talent exceptionnel.