Archives de catégorie : billets et commentaires

David Rockefeller vient de s’éteindre mardi, 21 mars 2017

David Rockefeller vient de s’éteindre à l’âge de 101 ans. Je suis personnellement touché car je l’ai rencontré en 1962 et ce fut l’une des rencontres qui ont marqué ma vie.

Je faisais un stage d’été à la fin de la première année de l’Ecole Polytechnique à la Chase Manhattan Bank à New York.

J’étais au département de l’international, qui est chargé de la surveillance comptable des filiales à travers le monde. On m’avait donné à convertir les bilans présentés en devises locales en bilans exprimés en dollar. A l’époque il n’y avait pas de calculettes électroniques et on faisait les calculs dont les divisions, soit avec une calculatrice électrique qui mettait une demi-minute pour faire une division soit une table de logarithmes qui prenait aussi beaucoup de temps à la main.

 

Au vu de la pile de bilans qu’on m’avait confiés, j’en avais pour plus de trois semaines pour effectuer ce travail. Je me suis donc dit qu’il fallait que je fabrique des abaques suffisamment précises pour atteindre la précision demandée.

Je fabrique mes abaques, je me lance dans les calculs et en moins d’une semaine j’ai accompli le travail qui devait m’occuper près d’un mois.

Le chef de service se demande comment j’ai fait et vérifie au hasard les calculs pour voir si je ne m’étais pas trompé. Il ne trouve aucune erreur.

 

On me donne un autre travail et quelques jours plus tard dans l’immense bureau du service qui compte bien une centaine d’employés, je sens que l’on chuchote. La rumeur prend de l’ampleur : « François Audouze va être reçu par David Rockefeller ».

Dans l’immeuble de la Chase qui comptait plusieurs milliers d’employés, David Rockefeller occupait à lui tout seul un étage. Pour accéder à son bureau il fallait passer le barrage d’une bonne dizaine de collaborateurs ou secrétaires. Dans les couloirs, des tableaux de maîtres dignes de figurer dans des musées.

Entrant dans son bureau dont la taille me paraissait immense, je vois david Rockefeller qui vient m’accueillir, me serre la main et dans un français impeccable il me dit : « vous ne savez pas la chance que vous avez de faire l’Ecole Polytechnique ». A 19 ans on est encore un peu benêt. Je lui réponds : « pour vous, apparemment, ce n’est pas mal non plus ». Il sourit, m’invite à m’asseoir devant lui et nous bavardons de choses et d’autres, de politique et d’avenir.

 

A un moment il me demande comment se passe mon stage. Je lui réponds que toutes les personnes sont d’une extrême gentillesse à mon égard mais qu’à mon sens, ce stage manque de rythme et de sujets d’intérêt.

David Rockefeller prend son téléphone, parle une minute et me dit : « demain, vous allez travailler à notre succursale dans l’immeuble de l’O.N.U. ».

J’ai effectivement continué mon stage dans cet environnement cosmopolite. Parrainé par le grand patron, cela me valait une certaine considération des cadres de la succursale. On m’a confié une étude sur le swap des euro-dollars dont j’avoue que ma formation mathématique ne me prédisposait pas pour faire un mémoire de portée définitive.

 

La rencontre avec cet homme puissant alors que j’avais passé toute mon existence d’étudiant dans les livres m’a donné l’envie d’avoir de l’ambition.

Merci David Rockefeller pour votre écoute à mon égard.

Par la suite, dans le groupe que j’ai dirigé, je me suis astreint à recevoir des stagiaires d’été, espérant que cela leur donne aussi la motivation que ce grand patron m’avait donnée.

R.I.P. David, que Dieu vous accueille auprès de lui.

Yquem 1994 samedi, 25 février 2017

Depuis des années je conversais sur un forum puis par internet avec une femme professeur de lettres à Libourne et auteur d’un roman documenté sur le vin. Elle vient à Paris voir sa fille et me rend visite au restaurant Taillevent où se tiendra un dîner de vins anciens entre amis. Elle est accompagnée d’une pétulante femme de 86 printemps. J’ouvre pour elles une demi-bouteille de Château d’Yquem 1994. La couleur du vin est d’un or abricot. Le nez est plaisant, discret, très différent de la bouche qui a beaucoup plus de joie de vivre. Ce vin complexe lance des évocations dans des myriades de directions. Je vois des abricots mélangés à des abricots secs, des fruits exotiques frais ou confits, et des saveurs d’automne comme celles d’un mendiant avec des noix et noisettes. Le vin est glorieux et serein. C’est un bel Yquem qui est loin d’avoir atteint son apogée et vieillira bien. Pour la souriante octogénaire c’était son premier Yquem, ce qui ajoute au plaisir d’avoir partagé ce vin.

ne rêvons pas, ce n’est pas 1894

Dictionnaire encyclopédique des cépages mercredi, 22 février 2017

Voici le message que j’ai reçu que je m’empresse de transférer à tous les amateurs de vin.

 

Sujet : Réédition du Dictionnaire encyclopédique des cépages et de leurs synonymes de Pierre Galet

 

 

Nous sommes l’éditeur du Dictionnaire encyclopédique de cépages de Pierre Galet. Peut-être ne l’avez-vous pas encore acquis ?

 

Cet ouvrage vient d’obtenir le Grand Prix de l’Organisation internationale de Ia vigne et du vin, le jury l’ayant reconnu comme une œuvre unique et indispensable à toute personne de la filière viticole.

 

Paru mi-2015, il a été très vite épuisé, et il nous a semblé primordial de le rééditer. Comme vous pouvez vous en douter, l’impression d’un tel ouvrage entraîne des frais très importants.

 

C’est pourquoi nous avons décidé de lancer une souscription vous permettant de l’acquérir à un prix très avantageux, soit 80,00 € au lieu de 98,00 €, et 70,00 € si vous en commandez 5 exemplaires ou plus. Ce qui une très bonne occasion de l’obtenir à des conditions exceptionnelles !

 

Voici notre annonce (https://libre-solidaire.fr/epages/e02491b5-ce3a-4c00-b187-dc9ff39194fc.sf/fr_FR/?ObjectPath=/Shops/e02491b5-ce3a-4c00-b187-dc9ff39194fc/Categories/Dictionnaire_encyclopedique_des_cepages_souscription … …)

 

Bien cordialement,

 

Les éditions Libre & Solidaire

 

dîner de la fondation française pour la recherche sur l’épilepsie (FFRE) lundi, 16 janvier 2017

La fondation française pour la recherche sur l’épilepsie (FFRE) organise le 30 janvier un dîner caritatif suivi d’une vente aux enchères. Je fournis quelques lots et je serai présent. Ceux qui voudraient profiter de cette occasion pour que nous dînions ensemble et faire une œuvre utile peuvent s’inscrire sur le formulaire joint.

FFRE inscription diner 170130

Dernier moments à Londres samedi, 17 décembre 2016

Pendant mon séjour je suis allé parfois me promener. Les boutiques semblent s’être arrêtées en 1930, les barbiers proposant des articles qui paraissent antédiluviens, les magasins de vêtements proposant ce chic anglais d’un autre siècle, du temps de la gloire de l’Empire Britannique. Des gilets aux couleurs extravagantes, des bretelles multicolores, des chemises difficilement discrètes, tout y est. Le représentant d’une chaîne de télévision financière américaine me donne rendez-vous dans un club privé fondé aux alentours de 1850, le Oxford & Cambridge Club. On me tend une cravate de fort bon goût car il est impossible d’entrer sans cravate. Ma sacoche ne peut pas pénétrer au sein du club. Le bar étant totalement occupé nous allons dans une bibliothèque où il est autorisé de murmurer alors qu’une autre est vouée au silence. J’ai le temps de voir la salle à manger où l’on pourrait croiser la reine Victoria tant les dîneurs semblent de la même époque. Dans une autre salle une bonne cinquantaine de tables sont occupées par des bridgeurs, pour un tournoi sans doute. Nous bavardons de vin et j’aurai peut-être droit à un article du célèbre journaliste.

Rentrant à mon hôtel connu pour ses martinis, je prends un martini gin absolument délicieux. Je parle avec le barman italien malin comme un singe et tout à coup est exposée devant mes yeux une bouteille de Whisky Glenlivet 1943. Tétanisé par la beauté de la bouteille, comme face à un cobra, je demande un demi-verre de ce merveilleux whisky sans m’enquérir du prix. Quelle erreur. Une croisière sur le Nil ou le Mississipi m’aurait moins ruiné.

Londres est une ville fascinante, qui bouge, moderne sans renier ses traditions. Quelle différence avec Paris paralysée par sa bien-pensance, son incivilité et sa saleté. Vive Londres.

 

des chanteurs bénévoles viennent chanter dans l’hôtel Dukes pour Noël

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Interview dans ma cave lundi, 7 novembre 2016

Une journaliste et une « camerawoman » viennent m’interviewer dans ma cave. J’ai parlé plusieurs heures, répondant aux questions de la journaliste, qui va trier dans ce que j’ai dit de quoi faire huit minutes de portrait pour une télévision câblée. Pour le déjeuner dans mon local, des sushis sont été livrés. J’ouvre un Champagne Krug Grande Cuvée que je dois avoir depuis sept à huit ans en cave. Le bouchon est particulièrement court. La bulle est très active, la couleur est d’un beau jaune clair. Ce champagne est d’un confort absolu. Il est franc, facile à comprendre mais il est aussi noble, riche, varié, porteur de bonheur. Il laisse une belle trace en bouche franche et marquée. C’est le champagne qu’on boirait chaque jour sans se lasser.

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Un expert en vins dans ma cave lundi, 7 novembre 2016

Pour une raison que je n’ai pas mémorisée, un important marchand de vins danois que je connais m’avait confié il y a sept ans une dizaine de vins très rares en me demandant de les garder pour lui pendant quelques mois. Voici qu’il se manifeste après tant d’années et me demande de lui restituer les vins. Fort heureusement, les vins sont toujours dans ma cave. Il me demande de les faire authentifier par un expert et je suppose que ce n’est pas par défiance à mon égard mais plutôt pour pouvoir les vendre, car ce sont des vins qui tentent les faussaires du fait de la facilité à les copier. Un expert que je connais bien pour avoir acheté par son intermédiaire de grandes quantités de vins vient dans ma cave et en profite pour la visiter. Il s’applique à son expertise qui s’avère positive et en nous promenant ensuite dans ma cave, nous parlons de vin. A un moment, j’évoque Vega Sicilia Unico, dont je suis amoureux. Alors qu’il a une grande expérience des vins, mais surtout français, il n’a jamais bu ce vin. Ma réponse est immédiate : « nous allons arranger ça ».

Je choisis en cave un Vega Sicilia Unico 1995 car il faut un vin jeune si on le boit froid de cave et juste ouvert. Mon ami expert a besoin de temps pour s’acclimater alors que je suis à l’aise avec ce vin que je connais comme ma poche. Il est puissant, vif, conquérant, mais sa grâce vient d’un fraîcheur rare et d’un final frais comme il n’est pas permis. Je me régale et mon ami commence à apprécier ce vin jeune et ensorcelant. Nous continuons à bavarder et après deux verres versés à chacun je referme la bouteille pour l’affecter à mon dîner.

A la maison je suis seul car ma femme est partie dans le sud. Un gruyère puis un fromage très typé feront mon dîner. Le vin s’est épanoui, et je suis fasciné tant il a de grâce. Il est juteux comme on ne le croirait pas, avec des évocations de cassis et de myrtille. Il a une fraîcheur à se damner et son équilibre est enthousiasmant. J’en laisse un peu pour le lendemain, pour prolonger le plaisir. Il est sûr que l’on boit ce vin trop tôt car dans quinze ans il sera impérial, mais le crime d’infanticide est pardonné car il apporte un plaisir rare de vin velouté d’une grâce infinie. Mon amour pour ce vin espagnol s’est encore renforcé.

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