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voyage à San Francisco – premier jour mercredi, 7 octobre 2009

Steve, mon ami collectionneur californien organise à San Francisco l’un de nos deux dîners annuels de vins anciens, l’autre étant à Paris. Nous avons mis au point nos apports respectifs, et quand il s’est agi d’envoyer mes vins, les formalités successives m’ont empêché d’y arriver. Me demander si un sauternes de 1898 a bien sa capsule à congé avec la Marianne qui indique que les droits de circulation ont bien été payés me paraît au dessus de mes forces. Me demander si l’exportation d’une bouteille de champagne de près d’un demi-siècle est autorisée par le Comité Interprofessionnel des Vins de Champagne m’a fait renoncer. Le transporteur qui avait pris mes vins m’avait assuré que tout était au point. Mes vins ont fait le trajet de la cave jusqu’à Roissy et retour. J’en suis attristé.

Une récente étude à révélé que Roissy aurait le privilège d’avoir été nommé le pire aéroport du monde. Je ne suis pas bon juge, mais c’est vrai que cet aéroport n’est pas très « customer friendly », comme on dit en Auvergne. Après avoir fait un début de déshabillage au contrôle, je m’assieds à une cafétéria qui a ciblé son offre pour les gens qui font un voyage de Provins à Melun en rickshaw, mais en facturant au tarif du Ritz de la Place Vendôme. La France, terre de gastronomie, paradis des croissants et petits pains, joue profil bas. Mais la France flaire l’argent. Si un riche voyageur veut emporter en duty free un Pétrus 1990, il paiera 6.000 € de plus que ce qu’il paierait à un commerce en ville. Et si l’envie lui vient d’acheter une bouteille de Mouton-Rothschild 1945, qui, à vue de nez, ressemble à un faux, il laissera une marge de plus de 10.000 € au magasin. « Vive la France » ou : « ça c’est Paris ».

Le vol de Paris à San Francisco est agrémenté de deux repas. Avant le premier, on propose une coupe de champagne. Je pense n’avoir jamais bu un champagne aussi mauvais. On dirait du vin blanc auquel on aurait ajouté une grossière eau de Seltz. La maison aurait été créée en 1730. Les progrès sur 269 ans ne semblent pas évidents. Je ne nommerai pas cette maison. Les repas sont assez quelconques, mais cela paraît difficile de proposer des cuissons correctes dans ces emballages. Grâce à une gestion efficace des films dont on gère soi-même le déclenchement, le voyage de onze heures paraît très court.

L’atterrissage fut un choc énorme faisant sonner des sirènes qui font plus peur que le choc lui-même. Comment se sera comporté le vin de 111 ans qui est dans ma valise ? L’avenir le dira. Après les traditionnelles attentes au passage de la douane où le moindre humour est déconseillé, un chauffeur m’attend pour me conduire à l’hôtel en centre ville. J’ai la même chambre que l’an dernier avec une vue sur le Golden Gate que le brouillard montant du soir est en train d’envelopper.

Il est temps de me reposer, car dans les prochains jours, nous boirons de grands vins.

Le 2000ème message sur ce blog dimanche, 13 septembre 2009

Au moment où j’écris ce message, lorsque je cliquerai sur "enregistrer", le compteur indiquera qu’il y a 2.000 messages que j’ai émis sur ce blog.

Je suis assez sensible à ces jalons qui marquent un parcours.

A ce jour, 339 bulletins ont été écrits, près de 7.000 vins ont été racontés.

Mon enthousiasme reste le même de vouloir raconter des vins parfois rares, en situation de gastronomie.

Avant hier, c’est un Constantia 1791 qui était le clou du 121ème dîner de wine-dinners.

Comme le disait la mère de Napoléon : "pourvu que ça dure"….

Merci aux lecteurs de leur fidélité.

Some considerations about wines drunk this summer samedi, 29 août 2009

I was with my wife in the South of France, and we received our three children and our six grand children by successive or coordinated waves. We received some distant cousins too, who needed a place to live, as they wanted to visit a cousin heavily burnt and recovering near my house.

To analyse what has been drunk is interesting for me, as I can check my tastes and the tendencies of my taste at this moment of my life. I hope it can be of interest for other wine lovers.

We have opened 61 bottles representing 74 times 75 cl, as I opened 13 magnums uniquely Champagne.

Champagne has been the favourite drink with 27 bottles representing 40 times 75 cl. It means that more than half of what was drunk was champagne.

I see for that three reasons :

  1. in summer time, champagne is highly refreshing, and is opened for any reason (and the recent birth of a new grandson has been used many times as an excuse)
  2. for my own person, champagne is largely more digestible. When the weather is very warm, I bear largely more champagne
  3. but the main reason is that I am more and more interested in champagne, for its taste and for its ability to create imaginative gastronomic combinations

Two regions have got my preference after champagne :

Rhone with 14 wines

Provence with 12 wines.

By comparison, other regions are very poorly represented : Bordeaux 3, Burgundy 2, Roussillon 1, Italy 1, USA 1.

The reasons for giving such an importance to Rhone and Provence are :

  1. when I am in Provence during summer, the regional wines shine at their best. What I smell in nature is found in the glass. The performance or these local wines is spectacular
  2. the Rhone wines represent for me today what I adore when it concerns young wines. As it is a heresy to drink old wines (old for my scale) during a hot summer, I am fond of young Rhone wines.

Of course, I would be able to say my preferences without analysing, but it becomes more obvious when analysing.

Among the 61 wines I selected 22 which were wines of special pleasure that I tried to rank according to my pleasure :

  1. Champagne Krug 1982 : Krug is in 1982, exactly as Salon, at the best possible form of its wealth, before becoming what is named a mature champagne
  2. Chevalier-Montrachet Bouchard Père & Fils 1998 : this is a fantastic wine whose complexity is very rare. Highly adorable
  3. Chateauneuf-du-Pape Rayas 1995 : this wine is a gift. Because it has the smoothness of a Burgundy in the skeleton of a Chateauneuf. A unique subtlety
  4. Chateauneuf-du-Pape Château de Beaucastel 1989 : this is the academic perfection of what a Chateauneuf would dream to become
  5. Côte Rôtie La Turque Guigal 2005 : it is nearly impossible to find more sensuality than in this wine, highly promising, but terribly sexy today
  6. Champagne Dom Ruinart rosé magnum 1990 : elegance, perfection, this champagne is a dandy
  7. Côte-Rôtie La Mouline Guigal 1996 : a perfect form of the Guigal’s wines, perfect in its youth
  8. Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs en magnum 1995 : I would say that this wine, which is not the greatest possible, has a magic touch. One feels that it has been touched by the hand of God
  9. Champagne Pol Roger Cuvée Winston Churchill en magnum 1998 : unique, great, full of charm, but, for my personal taste, not the natural charm of a gigolo. There is something intellectual in the approach towards this wine
  10. Champagne Bollinger Grande Année 1989 : a world in itself, the world of Bollinger. This is the student who gets every time the best notes, and puts on the nerves of the rest of the class
  11. Château Laville Haut-Brion 1979 : the excellent race of a noble wine, convincing by its complexity, probably not well at ease on warm days of summer
  12. Rimauresq Côtes-de-Provence 1989 : to drink Côtes de Provence in Provence adds definitely to its charm. And age goes so well, putting these wines at levels that no one would be able to predict if he has never tasted Côtes de Provence of more than 15 years
  13. Rimauresq Côtes-de-Provence 1990 : same comment. I preferred the 1989
  14. Château Pibarnon Bandol 1990 : same comment. A glorious wine
  15. Champagne Salon magnum 1995 : Salon is Salon, magnum is magnum, and 1995 is 1995. It was good, but not so impressive
  16. Domaine de Terrebrune Bandol rouge 1995 : among « young » Bandols, this one, with a refreshing menthol taste is wonderful
  17. Côte Rôtie La Landonne Guigal 2005 : very great wine, but La Turque is largely greater
  18. Ermitage « le Pavillon », Chapoutier 1989 : the first time I tried this wine. This encourages me to try again. Extremely interesting, but lacking some opulence
  19. Champagne Laurent Perrier Grand Siècle magnum : during our stay, I opened 7 magnums, and there are reasons. The first is that in the south, my cellar has not a complete diversity, the second is that it is a champagne which is not difficult to approach, a real champagne for thirst, whose bottle is empty as soon as it is opened, which justifies to have magnums ready to be opened. I am aware that it is certainly not the best QPR, but I am used to its friendly taste
  20. Champagne Dom Pérignon 1995 : high class. This champagne is a real success, driving to Heaven
  21. Champagne Henriot 1996 : this champagne gives me a total pleasure. It is not the greatest, not the most complex, but I am happy when I drink it, due to its very special taste, full of genuineness.
  22. Champagne Clos des Goisses Philipponnat magnum 1990 : I wanted to try this year that I had not tasted and to do it with a magnum. The rarity created the pleasure, but I expected a little more. A bottle of 1999 drunk two days after gave me more pleasure.

Many other wines were highly interesting, but these 22 represent a real sun shine, lightening our holidays.

Réflexions sur les vins de l’été samedi, 29 août 2009

Avec ma femme, nous avons passé deux mois dans le sud, pour recevoir essentiellement la famille directement proche, enfants et petits-enfants, et la famille lointaine que nous avons hébergée car elle a subi un grave accident, et parfois des amis.

Analyser ce qui a été ouvert m’intéresse, car cela renseigne sur mes goûts et leurs tendances à ce moment de ma vie.

Nous avons ouvert 61 flacons sur les deux mois correspondant à 74 bouteilles, du fait de 13 magnums, uniquement en champagne.

Le champagne a été de loin le privilégié de cet été, avec 27 flacons correspondant à 40 bouteilles. Plus de la moitié de ce qui a été bu est du champagne. Ce n’est pas un hasard, pour trois raisons :

en été, le champagne désaltère

le champagne est, du moins pour moi, beaucoup plus digeste

c’est une région du vin que j’explore de plus en plus pour ses qualités gastronomiques.

Hors champagne, deux régions monopolisent les vins de l’été :

le Rhône avec 14 vins

la Provence avec 12 vins

Les autres régions sont les parents pauvres, avec 3 bordeaux, 2 bourgognes, et 3 vins divers.

Le choix peut s’expliquer ainsi :

la Provence, car c’est dans leur région que ces vins sont nettement meilleurs à boire, avec des arômes naturellement en beauté dans leur habitat

le Rhône, car aujourd’hui, c’est, pour les vins actuels, ma région préférée.

Je pressens évidemment ces tendances, mais l’analyse permet de mieux situer les hiérarchies qui se créent de façon inconsciente.

Une sélection de 22 vins parmi les plus intéressants bus cet été. Le classement est approximativement celui du plaisir. Mais tous ont été passionnants :

Champagne Krug 1982

Chevalier-Montrachet Bouchard Père & Fils 1998

Chateauneuf-du-Pape Rayas 1995

Chateauneuf-du-Pape Château de Beaucastel 1989

Côte Rôtie La Turque Guigal 2005

Champagne Dom Ruinart rosé magnum 1990

Côte-Rôtie La Mouline Guigal 1996

Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs en magnum 1995

Champagne Pol Roger Cuvée Winston Churchill en magnum 1998

Champagne Bollinger Grande Année 1989

Château Laville Haut-Brion 1979

Rimauresq Côtes-de-Provence 1989

Rimauresq Côtes-de-Provence 1990

Château Pibarnon Bandol 1990

Champagne Salon magnum 1995

Domaine de Terrebrune Bandol rouge 1995

Côte Rôtie La Landonne Guigal 2005

Ermitage « le Pavillon », Chapoutier 1989

Champagne Laurent Perrier Grand Siècle magnum

Champagne Dom Pérignon 1995

Champagne Henriot 1996

Champagne Clos des Goisses Philipponnat en magnum 1990

Il y a eu beaucoup d’autres vins intéressants, mais ceux-ci représentent des plaisirs qui ont ensoleillé notre été.

Champagne Charles Heidsieck mis en cave en 1997 dimanche, 16 août 2009

Champagne Charles Heidsieck mis en cave en 1997 et dégorgé en 2000. Magnifique champagne de grande stature, qui constitue une très heureuse surprise. Riche, plein ensoleillé, il apporte précision et longueur. C’est un moment fort agréable.

J’ai ouvert ce champagne pour fêter la femme de mon cousin qui fut très gravement brulée et poursuit sa convalescence dans un hôpital à deux pas de ma maison du sud.

C’est sa première sortie. Elle a trempé ses lèvres, car le cocktail de médicaments n’autorise pas plus.

Salon 1997 – suite samedi, 15 août 2009

Le lendemain, le reste du Salon 1997 marque un considérable progrès. Je révise mon jugement, car j’ai trouvé ce que j’aime en Salon. Ce vin mérite une ouverture quelques heures avant de le servir, car il y trouvera une plénitude plus grande.

Un vin de terrassier samedi, 25 juillet 2009

Les pluies diluviennes de l’hiver, d’un volume inconnu de mémoire d’homme, ont raviné notre jardin. Il a fallu consolider le mur sur la mer. J’ai pris un architecte qui a recouru à la compétence d’un ingénieur béton. Les premiers sondages ne lui plaisant pas, il a demandé l’avis d’un géologue. La conjonction de ces trois conseillers, avec une sauce épaisse de principe de précaution, transforme notre jardin en bunker de la seconde guerre mondiale.

Voyant une population nombreuse envahir notre nid douillet pendant les vacances, avec force engins aux sons inharmonieux, crée forcément des liens.

Le terrassier en chef possède une vigne en Côtes de Provence qui est exploité par son père en biodynamie. Gentiment il m’apporte un Côtes de Provence rosé et un Côtes de Provence rouge en disant : « j’aimerais votre avis. Je pense qu’il sera sur votre blog ».

Après l’avoir remercié, il me fallait goûter. Le rosé d’un joli rose pâle est affreusement bouchonné. Il ne sera pas possible de donner un avis, puisque le goût de bouchon ne disparaîtra pas. Le vin rouge est d’une couleur noire de jus de cassis. Le nez évoque le fruit mais aussi la feuille de cassis, que l’on retrouve aussi dans le goût. Ce vin est chaleureux, dense, extrêmement fruité, avec toutefois une petite note végétale. Ce qui me paraît curieux, c’est que le vin ne semble pas fini. Il est encore au stade du jus de fruit, plus qu’au stade du vin. Mais l’impression générale est très agréable. Il faudrait voir ce que ce vin riche donne en vieillissant.

De toute façon, c’est très généreux de m’avoir apporté ces flacons, après avoir traité ma pelouse façon crevasse martienne.

« mon » toaster vendredi, 24 juillet 2009

Pendant l’été, le journal « Le Figaro » interviewe des gens du monde du luxe et de la mode et leur demande l’objet qui ne les quitte jamais.

Vous ne devinerez jamais la réponse de Karl Lagerfeld.

Il répond : « mon toaster » car il tient absolument à la cuisson parfaite de ses toasts.

Je le dis tout net, je trouve cela génial.

Pierre Hermé, quand il est venu dîner chez moi, a ouvert son petit canif pour couper sa viande. Il y a une symbolique très forte dans le canif ou le Laguiole, qui sert d’outil universel, mais qui prend, pour la nourriture, des parcelles de sacré.

Ainsi, mon grand-père paternel avait pour coutume de faire un signe de croix avec son couteau de poche sur le pain avant d’en trancher quelques morceaux pour l’ensemble de la table.

Ce fétichisme du couteau est très compréhensible. Dans le cas du toaster, ce n’est pas du fétichisme mais – à mon sens – le luxe total.

Voici un homme qui a tout, qui peut demander tout, qui peut obtenir tout, mais qui dit, là où il arrive : « qu’on me fasse mes toasts sur ce toaster là ».

Génial. Cette expression de liberté pure me plait beaucoup.