Archives de catégorie : vins et vignerons

Déjeuner au restaurant Le Petit Verdot avec Rodolphe Péters jeudi, 19 décembre 2013

Rodolphe Péters va présenter ce soir ses champagnes aux Caves Legrand et a prévu de déjeuner au restaurant Le Petit Verdot. Il invite deux de ses amis et je rejoins leur table avec mon fils. Le Champagne brut blanc de blancs Pierre Péters 1995 a un nez que je commence à trouver un peu bouchonné, ce que la bouche ne confirme pas. Mais contrairement à ces amis, je ne suis pas très à l’aise avec ce champagne que je trouve déviant, c’est-à-dire avec un manque de cohérence entre le nez et la bouche, et des variations trop grandes des saveurs en bouche. On passe du champignon au lacté, de la pâtisserie aux agrumes. Apparemment, cette chamade me gêne beaucoup plus que mes convives plus acquis à la cause de ce 1995. Je persiste à penser qu’il y avait un manque d’équilibre. Mais, comme dirait Aimé Jacquet, les fondamentaux étaient là.

Le Champagne Les Chétillons Pierre Péters 2004 apporte une confirmation de ce que je pensais, car je m’exclame : « ah, ça c’est du champagne ! », ce qui n’est peut-être pas d’une diplomatie extrême. Bien sûr il est jeune après le 1995 mais il a tellement de grâce et de droiture que je suis aux anges.

Nous prenons tous le même menu : fricassée de champignons et œuf mollet / pintade fermière rôtie, jus de cuisson à la pomme de terre de Noirmoutier / croustillant de pommes, glace à la cannelle. C’est franc, c’est simple, mais c’est gourmand, ce qui manquait à la cuisine du restaurant « Encore ».

Le Château Rausan-Ségla 1990 est une magnifique surprise. Carré, bien assis sur ses jambes, solide, aux tanins d’une grande élégance, ce vin s’exprime d’une façon remarquable. Ce vin est en ce moment dans une phase d’une grâce spéciale et exceptionnelle. Ce qui me plait, c’est que tout est judicieusement ciselé. Nous sommes face à un grand vin. Fort curieusement, le fond de verre senti en fin de repas évoque le café.

Hidé est un hôte chaleureux, dont le français s’améliore nettement. Les rires ont fusé. L’atmosphère était au partage. Le Petit Verdot est un lieu qui est cher à mon cœur.

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Une Romanée Conti 1934 bue avec Aubert de Villaine samedi, 14 décembre 2013

Lors de son arrivée à Paris Bipin Desai m’avait demandé de réserver mon samedi midi pour déjeuner avec Aubert de Villaine. Samedi, c’est le lendemain de ce vendredi 13 où la chance m’a été donnée de dîner avec des vignerons amis. Le vin de Bipin et le mien sont arrivés au restaurant le Cinq du Four Seasons George V il y a deux jours. Je ne connaissais pas le vin de Bipin et je ne savais pas si ce déjeuner à trois aurait un thème ou une justification.

Après une nuit bien courte, je me présente au restaurant à 11 heures, l’heure où les sommeliers prennent leur service, pour ouvrir les vins. Le vin de Bipin est un Richebourg Van der Meulen 1921 sans indication de vigneron. La bouteille est noire, interdisant de voir la couleur du vin, ce qui est une caractéristique de ce négociant belge qui a embouteillé les vins les plus emblématiques. On voit quand même que le niveau dans la bouteille est très convenable. Le bouchon a dû être ciré et il reste encore de la cire sur le haut du bouchon mais pratiquement pas sur le goulot. Le bouchon éclate en mille morceaux lorsque je le soulève, ce qui indique un bouchage très probablement d’origine. La prise est difficile et de petits morceaux tombent dans la bouteille. Le verre est si opaque que je ne peux enlever les miettes qui surnagent. Il est exclu de carafer. Celui de nous qui sera servi en premier devra enlever dans son verre les miettes restantes. Le nez de ce vin est extrêmement sympathique.

Le fait de déjeuner en petit comité avec Aubert de Villaine m’a poussé à choisir une bouteille qu’il faut absolument boire : une Romanée Conti domaine de la Romanée Conti 1934 au niveau très bas. Avec qui d’autre boire une telle rareté, un vin préphylloxérique ? J’ai une grande appréhension au moment d’ouvrir ce vin car le Chambertin Marey & Cte Liger-Belair 1911 d’hier avait un niveau similaire et s’est révélé mort. Ma bouteille va-t-elle connaître le même sort ? La bouteille est recouverte sur la moitié du goulot d’une cire qui a craquelé avec le temps, permettant une évaporation du vin. La qualité du bouchon n’est pas bonne. Le bouchon se déchire en remontant mais j’arrive à tout extirper. Le moment est venu de savoir : morte ou pas morte ? Le nez est gras, un peu dévié, mais il n’y a pas la promesse de mort de la veille. Le vin pourrait revenir à la vie, mais rien n’est sûr. Alors ? Wait and see.

J’attends tranquillement dans le hall où tout respire le luxe. Bipin arrive et dit qu’il aimerait que les vins soient bus à l’aveugle. J’avoue que ça ne me plait pas trop, car des vins fatigués peuvent conduire à des contresens. Aubert de Villaine me prévient par téléphone qu’il aura quelques minutes de retard. La raison : il était en train de lire mon livre et n’a pas vu passer l’heure. De quoi flatter mon orgueil !

Nous passons à table et je commande un Champagne Pierre Péters Les Chétillons 2002 à la couleur très dorée. Il est opulent, plus large que d’autres bouteilles que j’ai déjà bues.

Le menu qui nous est proposé par le maître d’hôtel italien est constitué de plats qui ne sont pas sur la carte. Nous partons à l’aventure : risotto à la truffe blanche d’Alba / homard bleu « pêche au casier » cuit sur sel au goémon, jus pressé au naturel, cœur de fenouil et kumquat/ pigeon façon bécasse avec légumes d’automne.

Jean-François Coche-Dury avait donné hier à chacun de Bipin et moi un Meursault Les Rougeots Jean-François Coche-Dury 1999. Bipin estimant qu’il aurait du mal à remporter ce vin aux USA fait ouvrir le sien. C’est assez invraisemblable de voir la puissance olfactive et gustative de ce vin qui passe en force tout en ayant une précision ciselée remarquable. Il y a du génie dans ce domaine. L’accord avec le risotto est superbe, amplifiant la voix du vin, d’un coffre infini.

Nous buvons les deux rouges à l’aveugle. L’exercice est difficile avec des vins de cet âge aussi est-il inutile de le prolonger. Le Richebourg Van der Meulen 1921 a une couleur d’un rouge sang de pigeon peu compatible avec son âge. On sait que Van der Meulen a été capable du meilleur comme du pire, maquillant des vins comme ce fut le cas d’un Clos de Tart bu avec 55 autres Clos de Tart, qui jurait, tant il n’avait rien à voir avec un vin de ce domaine. Plus récemment, j’avais bu des Romanée Conti des années 20 de Van der Meulen, qui contenaient peut-être un peu de Romanée Conti. Ici, le vin est très agréable, vivant, pur, de belle mâche et l’on peut admettre que le vin est bien un Richebourg car, comme je l’ai indiqué ci-dessus Van der Meulen est aussi capable du meilleur. Aubert de Villaine n’exclut pas que ce Richebourg soit du domaine de la Romanée Conti car il est possible qu’ils l’aient embouteillé sans indiquer le domaine.

La Romanée Conti domaine de la Romanée Conti 1934 a un teint plus terreux. Le nez n’est pas désagréable. Le vin a une concentration extrême, une force incroyable et un final au sucre prononcé. Aubert de Villaine fait appel à ses souvenirs de dégustation et ses souvenirs d’archives. Les vignes à l’époque pouvaient avoir trois cents ans ! La concentration était extrême car les rendements étaient infimes et le sucre résiduel provient du fait que les techniques de l’époque n’étaient pas très précises. Merci pigeon, car le plat fait revivre la Romanée Conti, lui donne de la vigueur, et nous commençons à boire une vraie Romanée Conti. J’avais eu peur, et le Dieu des amateurs de vins a exaucé mes prières. J’ai la chance de boire la lie, presque noire, et je perçois enfin le sel qui signe l’âme de la Romanée Conti. Ce n’est certainement pas la plus ingambe des Romanée Conti, mais elle nous a donné le meilleur de ce qu’elle pouvait. Aubert de Villaine est ravi, ce qui est le principal, et je suis heureux de l’avoir partagée avec lui.

La cuisine d’Eric Briffard est précise, généreuse et rassurante, le service est parfait, supervisé par Eric Beaumard présent un samedi et ravi de voir Aubert et Bipin. Ce déjeuner à trois avec cette Romanée Conti 1934 est un bonheur de plus.

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bouchons en miettes du 1921 et du 1934

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Présentation des 2010 du domaine de la Romanée Conti mercredi, 4 décembre 2013

Comme chaque année Aubert de Villaine vient présenter les vins du domaine de la Romanée Conti vieux de trois ans au siège de la société Grains Nobles et comme il aime à le rappeler, c’est la seule invitation qu’il honore en France, de présenter les vins de son domaine. Dans la cave médiévale au cœur de Paris, il est entouré de Bernard Burtschy et de Michel Bettane.

Il commence à rappeler trois faits marquants de l’année 2010. Après un printemps au début favorable, la floraison s’est faite par un temps difficile. Il y a eu de la coulure et une inégalité de floraison. Il y a eu des raisins dits « millerands » qui ont des grains très petits, en grand nombre, et dépourvus de pépins, ce qui pour Aubert de Villaine va apporter de la qualité. Août a été très mauvais, humide et froid. Mais le raisin a développé des armes pour se défendre : les peaux sont devenues épaisses. Septembre a connu une belle période de chaleur donnant un mûrissement très rapide. Le botrytis n’a pas progressé sauf à partir du 15 septembre sur les chardonnays. Le 22 on a vendangé le Corton et le Montrachet et à partir du 24 dans l’ordre Richebourg, Romanée Conti, La Tâche, Romanée Saint-Vivant, Grands Echézeaux et Echézeaux. Le Vosne Romanée n’a pas été fait en 2010 car jugé peu satisfaisant. Il y a eu environ 20% d’éraflage, ce qui n’avait pas été le cas en 2009.

Nous commençons la dégustation par le Corton Grand Cru Prince Florent de Mérode 2010 dont le domaine de la Romanée Conti est le fermier. La robe est profonde, presque noire. Le nez est riche et l’alcool se sent. La bouche est gourmande, épaisse presque sucrée. Il y a un beau final tannique. C’est un vin costaud, profond. Lorsqu’Aubert de Villaine dit que le vin est aérien, je suis étonné. Aubert de Villaine explique qu’il ne travaille que les vieilles vignes qui sont implantées sur trois climats. Pour l’instant, on regroupe les vins des trois climats et dans dix à quinze ans on vinifiera séparément le Clos du Roi, les Bressandes et les Renardes. Le Corton a moins de fûts neufs que les vins du domaine. Un tiers est éraflé. Dès le reprise en 2008 la démarche bio a démarré.

Avec l’Echézeaux domaine de la Romanée Conti 2010 on change de monde, car on entre vraiment dans le domaine. Le nez est élégant, le vin est beaucoup plus clair que le Corton. La subtilité du parfum est extrême. L’attaque est élégante, joyeuse, fruitée, séduisante. Le final est élégant, raffiné, poivré. Le vin est gourmand et plein de charme.

Le Grands Echézeaux domaine de la Romanée Conti 2010 a un nez plus vineux, plus cerise. Mais il annonce du velours. Le vin est plus strict, très poivré. Il a beaucoup de fluidité, de fruité et de richesse. Il a plus de matière mais il est encore strict quand l’Echezeaux est déjà ouvert. Sa persistance en bouche est forte. Michel Bettane dit que la qualité du raisin est exceptionnelle.

La Romanée Saint-Vivant domaine de la Romanée Conti 2010 a un nez beaucoup plus profond et plus riche. La couleur est très intense et belle, d’un rose sombre. La bouche est très belle, très caractéristique, avec une belle râpe. Il y a beaucoup de délicatesse. Il est plus romantique que le Grands Echézeaux qui est plus puissant. Sa délicatesse est remarquable. Michel Bettane insiste sur le fait que le vin n’est pas réduit et cela vient de la qualité de la mise en bouteille, faite au bon moment, en lune descendante mais surtout avec de hautes pressions atmosphériques. Le vin est élégant, d’agréable densité. C’est un aristocrate. Il est à un moment de sa vie qui est charmant. Aubert de Villaine utilise deux mots : féminin et monastique. Les vignes de Marey-Monge ont été reprises en fermage en 1966 puis achetées plus tard.

Le Richebourg domaine de la Romanée Conti 2010 a un nez moins facile à comprendre. Le vin est très complexe et fort. Le rose d’un rubis clair est très beau. Le vin est fort, puissant, ouvert, épicé, plus fonceur et en même temps très fluide. Il se cherche un peu, il est moins équilibré que la Saint-Vivant. Il est plus nerveux et l’on sent un potentiel qui ne demande qu’à s’exprimer. Il y a deux climats dans le Richebourg, un qui fait les deux tiers et qui s’appelle simplement Richebourg et les Veroilles qui fait le troisième tiers.

La Tâche domaine de la Romanée Conti 2010 a une robe plus profonde. Le nez est relativement peu précis. En bouche, on est loin de l’idéal, avec de l’acidité, de l’amertume. Le vin est assez ingrat, d’un plaisir limité. Le vin est « crunché », réduit. En remuant fortement le verre, on voit apparaître la profondeur d’un fruit noir bien riche. Même s’il est rigide, on voit la promesse et la persistance extrême. Nous apprenons que notre bouteille est nettement moins bonne que l’autre servie.

La Romanée Conti domaine de la Romanée Conti 2010 n’en apparaît que plus grande, tant le contraste est sensible. Le nez est vraiment Romanée Conti. Tout ici est dosé à la perfection. Tout est suggéré. Michel Bettane dit que cette Romanée Conti est parfaite. Il signale le poivron dans le final qui pour lui est une signature. Le final est salin et c’est le seul des rouges dégustés qui a cette trace saline. Il est parfait car tout ici est assemblé et cohérent. C’est l’équilibre. Il est soyeux, velours, porteur d’extase. Il est subtil et de belle râpe.

J’en profite de faire un nouveau round de verres mieux aérés. La Romanée Saint-Vivant est superbe de rondeur et de charme, le Richebourg est très en force et poivré, La Tâche s’est ouverte mais a une signature de réduction. La Romanée Conti enfin est formidable, offrant l’équilibre mais aussi le mystère. Elle est grandiose et de grande pureté. Michel Bettane suggère l’églantine et c’est vrai. C’est l’églantine plus que la rose et un sel tout frais.

Le Montrachet domaine de la Romanée Conti 2010 a été très touché par le botrytis. Il a donc été vendangé très tôt. Le nez est difficile à apprécier. Le vin est étonnamment léger et s’affirme assez peu, mais on sent qu’il est sur le frein à main, car il est servi froid. Michel Bettane signale l’élégance de son boisé. Il y a du miel, de la poire et des fruits blancs, un peu de lactique. C’est un grand vin dont l’élevage est fait en deux temps égaux, en fûts neufs et en fûts d’un vin, c’est-à-dire ayant servi déjà, mais une seule fois. En comparaison selon Aubert de Villaine, le 2008 est plus dans le miel et plus sensuel et le 2010 a plus de vivacité. La persistance du 2010 est belle. Je sens un peu de miel et de fruit confit. Il y a un grand équilibre de fraîcheur et de vivacité.

Les trois vins qui ressortent nettement de cette dégustation sont la Romanée Conti, très grande, la Romanée Saint-Vivant particulièrement réussie et le Montrachet pour ses qualités intrinsèques mais non encore totalement exprimées. Goûter les vins du domaine avec les explications d’Aubert de Villaine et les commentaires avisés de Michel Bettane, c’est un plaisir et un privilège.

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Dîner qui suit la présentation des 2010 de la Romanée Conti mercredi, 4 décembre 2013

Selon la tradition, après la présentation des vins de la Romanée Conti, Pascal Marquet, dirigeant de Grains Nobles retient à dîner Aubert de Villaine, Bernard Burtschy et Michel Bettane, plus deux ou trois amis, dans les locaux de son restaurant tenu par un couple chaleureux et authentique.

Nous commençons par un Champagne Brut Grand Cru Egly-Ouriet millésime 1999 qui a passé 109 mois en cave et a été dégorgé en août 2009, issu de vieilles vignes d’Ambonnay. Je suis stupéfait par la complexité de ce champagne riche, prenant possession du palais. On a un irrésistible besoin d’y revenir tant il est gourmand. C’est une petite merveille.

Le vin suivant est un vin de garage, ce qui est inhabituel en Californie. C’est un La Côte, santa Rita Hills Pinot Noir Domaine de La Côte Lompoc Californie 2011. Il n’a été fait que 99 caisses de ce vin confidentiel. Il est des moments où je me félicite de ne pas être dégustateur professionnel, car ça me permet d’éviter de tels vins qui, pour moi, n’ont absolument aucun intérêt. Il n’y a aucun bord d’attaque qui permettrait d’y trouver du plaisir.

(l’épisode qui suit est aussi raconté dans un autre message. Il est ici en italique)

Le vin suivant est découvert à l’aveugle. Il faut en être témoin pour le croire. Le vin est trouble, sans doute remué, d’un rouge sang coupé de rose. Il est beaucoup trop froid. Bernard et Michel annoncent tout de suite pinot noir et à la question de la région, c’est Bernard qui lance le premier la région Bourgogne. Michel est le premier à lancer Côtes de Beaune et Bernard acquiesce. Michel a en tête Volnay. Le premier à lancer une année – et il n’y en aura pas deux – c’est Bernard qui dit 1985 et c’est 1985. On lui demande pourquoi et il répond : « parce que 1985 est la seule année équilibrée des années 80″. Bien. On s’égare un peu vers Pommard, sans y croire, et le tir se rapproche de Corton et l’ami approuve. Michel dit : je verrais bien Chandon de Briailles et ça doit être un Bresssandes.

Bernard dit Clos du Roi et l’ami confirme à Bernard : « c’est effectivement Clos du Roi Chandon de Briailles « . Michel dit : « c’est curieux, parce que pour moi, c’est le style d’un Bressandes ». Et l’ami pour détromper Michel soulève le cylindre qui cachait l’étiquette, regarde et pousse un cri de stupeur : « oh, ça alors, je croyais avoir pris un Corton Clos du Roi, car je voulais faire un clin d’œil à Aubert de Villaine qui fait un Corton sur les terres de Mérode dont une partie est en Clos du Roi et je me suis trompé en la prenant ».

Si on me racontait cette histoire, j’aurais du mal à la croire. Assis entre ces deux géants de la dégustation, je hochais la tête de droite à gauche comme le spectateur d’un match de tennis et j’allais d’émerveillement en émerveillement quand ces deux sommités expliquaient les raisons de leurs choix. Le vin est un Corton Grand Cru Les Bressandes domaine Chandon de Briailles 1985 à la couleur trouble et servi trop froid, découvert à l’aveugle en additionnant ces deux talents. Très doucereux, parfois presque sucré, il était bien vivant et velouté. Un vin au fruit rose ou rouge bien dessiné, frappé d’une infime trace de TCA.

On mesure le fossé himalayesque qui sépare un amateur de vin de ces deux génies, dotés d’une culture qui m’époustoufle en chaque occasion où j’ai la chance de déguster à leurs côtés.

Nous avions commencé le repas sur une délicieuse soupe aux champignons et maintenant, c’est un morceau très tendre de bœuf avec une purée qui accueille un Château Bel Air Marquis d’Aligre magnum 1985 château dont je sais que Bernard et Michel sont deux fanas inconditionnels. Le vin est magnifique de précision, goulu et de bonne mâche.

J’ai envie de quitter la table car j’ai demain un programme très lourd, mais on me retient en disant que je ne peux pas ne pas goûter un Mâcon-Pierreclos « Le Chavigne » domaine Guffens-Heynen 2004. Force est de dire qu’on a bien fait de me retenir, car ce vin est particulièrement généreux et joyeux.

L’ambiance après la dégustation des vins de la Romanée Conti est amicale et décontractée. C’est un plaisir de dîner avec des personnes de si bonne compagnie.

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Invraisemblable journée au siège du champagne Péters avec 20 vins différents dont des raretés absolues samedi, 23 novembre 2013

Cela faisait longtemps que nous voulions nous retrouver ! J’arrive à Mesnil-sur-Oger au siège du champagne Pierre Péters. Rodolphe Péters me propose de déguster les vins clairs de 2013. Je me suis déjà livré à cet exercice dont l’idée me plait. Nous faisons cette dégustation dans les chais.

Le vin clair Les Monts Martin au Mesnil 2013 se présente à l’œil comme un jus de citron un peu trouble, marqué de deux gouttes de lait. Il en sera de même des autres. Le vin évoque le citron, les fruits blancs, la craie. Il est surtout citron.

Le vin clair La Fosse à Avize 2013 est plus austère. Sa structure est différente. Il est plus gras, plus riche mais moins tendu. Il est plus pamplemousse que citron. S’il est plus gras et ample, cela vient du profil du vignoble me dit Rodolphe Péters qui évoquera au fil de la dégustation les caractéristiques des parcelles, telles que l’orientation, l’ensoleillement et la composition du sol.

Le vin clair Les Bellevues à Oger, côté Mesnil 2013 a une attaque superbe, plus généreuse de pomelos. Il y a aussi un côté floral, fleur d’oranger. Il est très élégant avec un beau final. Très généreux.

Le vin clair Les Chemins de Chalons à Cramant 2013 a une attaque très fraîche suggérant la menthe. Il y a des fruits blancs. C’est celui qui a la plus belle palette de fruits et fleurs blanches avec un bel agrume, le pamplemousse. Il a plus d’acidité car ce vin n’a pas fait sa fermentation malolactique. Il a des épices douces.

Le vin clair Les Chétillons de Mesnil-sur-Oger 2013 est pétillant. Il a des fruits blancs. L’agrume est peu marqué. Le fruit est plus confit. Je dis : « c’est le plus difficile à comprendre » et cette formule plait à Rodolphe Péters car il est à juste titre fier de ce vin.

Rodolphe Péters m’apporte deux vins sans me dire de quoi il s’agit.

Le premier vin a un nez très précis, une attaque très douce, calme. Seul le final est citronné.

Le second vin a un nez plus large que précis. L’attaque est plus rêche mais il a plus de matière. Le final est moins long et sans agrume.

Rodolphe Péters m’explique que le premier vin a été élevé avec une levure saccharomyces et que le second a été élevé avec une levure torulaspora puis saccharomyces. Le premier n’a eu qu’une levure alors que le second en a eu deux.

Le premier est plus droit et le second plus large. J’avoue bien volontiers que cette expérience me passe un peu au dessus de la tête.

Le vin que je goûte maintenant est le Brut Sans Année de réserve. Il est fait avec 50% de brut sans année de l’année précédente plus 50% de vin de l’année. Le Brut Sans Année de réserve a commencé en 1988. Ce vin est beaucoup plus rond, car il est plus ancien. Il a un bel équilibre mais il manque un peu de final.

Nous allons maintenant à la salle de dégustation pour continuer notre voyage. Rodolphe Péters me fait goûter le Champagne du centenaire de la maison Pierre Péters. Il y a des vins de l’arrière-grand-père, le 1921 et le 1937. Des vins du grand-père 1947, 1959, 1966. Des vins du père de Rodolphe, 1969, 1973, 1976, 1979, 1982, 1985, 1988, 1990, 1995, 1996. Cet assemblage représente un tiers du vin. Le deuxième tiers comprend les 2000, 2002, 2004 et 2008. Le troisième tiers est fait de 2010. Ce qui me surprend, c’est que Rodolphe Péters ne l’a pas encore bu. Il le découvre donc avec moi. Quel honneur !

Le nez est très intéressant car multiple. Il y a une évocation de fenouil. En bouche c’est très jeune, marqué par du caramel au beurre salé. C’est la patine des vieux vins. Rodolphe Péters dit que l’impact de la levure est trop présent. C’est un vin très curieux, très intéressant mais pas concluant. Il y a probablement trop de 2010 qui brouille le message des plus vieux témoignages des vins de cette maison.
Nous passons ensuite à des vins plus conventionnels. Le Champagne Les Chétillons Pierre Péters 2006 a un nez un peu lacté. L’attaque est brillante et riche, avec du lait et du beurre. Le vin est très long, avec deux caractéristiques : caramel et mandarine.

Le Champagne Les Chétillons Pierre Péters 2005 a un nez plus racé, plus champagne. Il y a plus de tension mais moins d’opulence. Il est plus champagne que le 2006 mais le 2006 va évoluer. Le 2005 a de l’amande et de la mandarine, ce qui est caractéristique des Chétillons.

Le Champagne Les Chétillons Pierre Péters 2004 est dans une phase qui ne plait pas à Rodolphe Péters. Le nez est très minéral, la bouche est lactée, beurre et noisette. Rodolphe pense qu’il y a trop de coing et pas assez d’agrumes et que le fruit est un peu éteint. Je trouve que c’est un grand vin mais pas très pétulant.

Le Champagne Les Chétillons Pierre Péters 2002 a beaucoup plus de tension. Le nez est vineux. Le vin est carré, solennel, très grand. L’équilibre est minéral avec du pamplemousse. Le vin est de grande longueur. Il est grand.

Entretemps, le vin du centenaire s’est assemblé. Il est beaucoup plus serein, large avec un final de lait et de caramel. Et le 2002 s’ouvre aussi, offrant la mandarine caractéristique du Chétillons.

Rodolphe présente maintenant un vin qui s’appelle Champagne Pierre Péters « Réserves Oubliées » un vin créé pour Michael Edwards, poète et membre de l’académie française, qui voulait un « goût anglais ». Seules 60 bouteilles ont été faites. La base est la réserve perpétuelle vieillie un an en cuve. La base est de 2007 et les vins plus anciens, mis en cuve en 2009 et gardés quatre ans en cave. Le vin est très bon, plein et effectivement, on a une impression de boisé. Il est beau, chaleureux, minéral, très pur, joyeux et gourmand. Du grand champagne.

Le Champagne Les Chétillons Pierre Péters 1997 a un parfum fort prégnant. Il a un côté très agréable et complexe, dans beaucoup de directions. Lacté, foin, grillé.

Le centenaire continue de s’épanouir, et du floral apparaît.

Après cette dégustation d’un rare éclectisme et avec des vins originaux, nous nous rendons au restaurant Les Avisés où nous sommes accueillis par Anselme Selosse qui ne restera pas avec nous. Je vais saluer Nathalie qui va servir notre repas et Stéphane Rossillon, le chef avec qui j’avais partagé des moments mémorables il y a quelques mois. Le menu affiché sur l’ardoise est : l’œuf mollet et son velouté de champignons, châtaignes au curcuma / suprême de volaille fermière au citron, endive rôtie au piment d’Espelette, cocos de chevriers aux aromates / mousse au chocolat tiède à l’orange.

Le Champagne Les Chétillons Pierre Péters 1996 a un nez très minéral et très champagne. Le vin, de grande tension et harmonieux a un goût de truffe.

Le Château Chalon Fruitière Viticole de Voiteur 1966 que j’ai apporté a un merveilleux goût de noix. C’est un Château Chalon au sommet de sa plénitude. Il est « énorme ».

Rodolphe Péters, qui n’en est pas à une surprise près à m’offrir a apporté le vin qui est maintenant le plus vieux de sa maison puisque les plus vieux champagnes ont tous été assemblés dans le vin du centenaire. C’est un Vin rouge de Vertus Pierre Péters 1937. Son nez est salin et on ne peut pas ne pas penser aux vins de la Romanée Conti. L’attaque en bouche est très fruitée, de fruits rouges. Le vin est presque sucré, mais son final est salin. La jeunesse du fruit est remarquable. Il a une énergie immense. S’il a des fruits rouges, il a aussi de l’écorce d’orange. Le côté sucré évoque le ratafia.

Le Champagne Les Chétillons Pierre Péters 1986 a un côté évolué extrêmement plaisant. Le 1966 est charnu, il a du gras et la noix est bien dosée. Il réagit très bien sur l’endive.

Le 1986 paraît jeune à côté du 1937 et du 1966. Il est très agrume frais, peut-être pas très long mais très large.

Le Champagne Les Chétillons Pierre Péters 1976 est marqué par la noix. Il a une belle évolution, une belle énergie. Il est mordant en bouche, vineux et coquille d’huître. Le pont que je voulais créer entre vin jaune et champagne se trouve idéalement avec ce 1976 mais aussi avec le 1986.

La générosité de Rodolphe Péters est incommensurable. Ce qui est amusant c’est qu’il avait prévu que nous buvions 1996, 1986 et 1976 et que je suis venu avec un 1966. Hasard ?

Je repars sur un petit nuage à Paris. Le dîner de L’Ordre des Dames du Vin et de la Table m’attend au restaurant Laurent. Comment vais-je survivre, je ne sais pas.

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la couleur des vins clairs et la salle de dégustation

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le vin rouge de Vertus de 1937

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le Chateau Chalon 1966

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les Chétillons 1996 et 1986

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nous avons demandé une poêlée de champignons pour accompagner le rouge de 1937

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Déjeuner au restaurant Le Millésime avec des vins du domaine de Vogüé samedi, 23 novembre 2013

Nous nous rendons à pied au restaurant Le Millésime avec nos musettes respectives. Nous avons un salon pour nous tout seuls aussi puis-je immédiatement procéder à l’ouverture de mon vin, qui est venu en voiture avec moi et a donc été agité. Imaginant que je bénéficierais d’une verticale extensive du Musigny, j’avais pris avec moi un vin pour qu’il permette une comparaison avec les plus vieux, mais dès mon arrivée au domaine, Jean-Luc m’avait dit que les réserves du domaine sont maigrelettes et que l’âge des vins du repas ne serait pas canonique. Tant pis, il faut prendre les choses telles qu’elles viennent, sachant que la générosité est là, puisque Jean-Luc Pépin est l’un des plus généreux lors des dîners de vignerons que j’organise chaque année. Mon vin a un bouchon qui vient bien, d’une grandes souplesse qui laisse penser qu’il est plutôt de 1948 / 1950 que de l’année du vin, résultant probablement d’un rebouchage. Le parfum est splendide. De peur qu’il ne s’évanouisse du fait du chahut du voyage, il sera goûté en premier.

Le menu que je choisis est : queue de cochon en robe des champs, pulpe de haricots tarbais / fusette de filet d’oie, jus aux épices du Maghreb et pulpe de pois chiches.

La bouteille que j’ai prise en cave car je l’avais repérée et j’en attendais une belle surprise est une bouteille dont on ne voit que l’année, 1918. Comme on vient de passer une semaine à ne parler que de la future commémoration de la grande guerre, j’ai eu envie de l’apporter au domaine de Vogüé, domaine pour lequel j’ai les yeux de Chimène, ces yeux pleurant parfois sur l’inaccessibilité financière des vieux millésimes. L’étiquette de mon vin est en lambeaux mais en faisant un travail de Champollion, je risquerais ce nom : Chambertin Thomas Bassot 1918 car il y a des lettres qui rendent cette hypothèse probable.

Le nez est très joli, très doux. En bouche, le vin est très doux, il a un peu de pruneau, il est velouté. J’ai peur qu’il ne décline, mais en fait c’est le contraire qui se produit. Il se renforce, prend de la consistance tout en gardant un charme velouté et doucereux.

Le Bourgogne Blanc domaine Georges de Vogüé 1995 a un caractère lacté. Il est capiteux, opulent et généreux et s’associe très bien à la queue de cochon.

Le Chambolle Musigny Les Amoureuses domaine Georges de Vogüé 2007 est frais, d’un beau fruit généreux mais gracile. C’est un vin très plaisant. Il n’a pas beaucoup de puissance mais il a la spontanéité du fruit rouge. Il ressemble au 2012 que nous avons goûté en cave.

Le blanc fait lourd et pesant après le rouge. Il a un beau fruit jaune clair mais on sent les vignes jeunes. Il y a un peu de litchi. Le vin est capiteux.

Le 2007 auquel on revient est un vin de très grand plaisir. Il a un final en coup de fouet minéral.

Le Musigny Vieilles Vignes domaine Georges de Vogüé 1996 a un nez superbe et profond. C’est un vin intense, riche mais de très grande subtilité. Sur l’oie, il ne cherche pas à s’imposer. François évoque, et c’est vrai, la peau blanche de pamplemousse. Le vin est riche, très gastronomique, rafraîchissant.

Le 1918 progresse et progresse, prenant de l’ampleur. Le 2007 confirme sa fraîcheur extrême.

Le Bonnes-Mares domaine Georges de Vogüé 1980 a une couleur plus tuilée. C’est Alain Roumier qui a fait ce vin de 1956 à 1985. François Millet a pris sa suite en 1986. Ce vin a des caractéristiques de vin ancien, sans doute un peu plus que ne devrait son millésime. Il a des aspects de griotte et de kirsch mais aussi de bois marin car le sel affleure.

Sur l’oie, la fraîcheur du 1918 est incroyable. En résumé, le 2007 est très frais et aérien, le 1996 a une belle puissance et un grand équilibre, le 1980 s’améliore et perd un peu de son caractère évolué et le 1918 est magnifique avec une tenue exemplaire. Sa tension est inimaginable et son fruit très vivant.

Je quitte mes hôtes à toute vitesse, car je dois participer à une émission sur France Culture qui parle de bonne chère et de bons vins, ce qui ne m’empêche pas de les remercier pour le temps qu’il m’ont consacré et pour leur générosité. Le restaurant est agréable et le service attentif. Croisant au retour Frédéric Mugnier je lui dis que c’est assez curieux qu’au cœur de l’aristocratie viticole de la Bourgogne le restaurant ne fasse pas une cuisine plus simple qui se met au service des vins si prodigieux qui l’entourent. La cuisine est bonne. Mais elle doit comprendre qu’elle est au service des vins miraculeux de sa région et de sa commune !

Cette immersion dans le monde de Vogüé, par ses vins jeunes et par ses vins plus mûrs à table fut une grande réussite.

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Le 1918 à déchiffrer. Merci pour vos éventuelles suggestions.

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Dégustation des 2012, 2011 et 2010 au domaine Georges de Vogüé samedi, 23 novembre 2013

A l’invitation de Jean-Luc Pépin je me rends au domaine Comte Georges de Vogüé dans la charmante ville de Chambolle-Musigny. Avec François Millet maître de chai et Eric Bourgogne responsable des vignes, nous allons goûter les vins en fût de 2012 en cave.

Il doit être dit que je ne suis pas un expert en vins jeunes aussi mes notes ne sont que des impressions de voyage, de vagabondage, qui ne prétendent pas exprimer une vérité intangible. De plus les vins que l’on boit sont parfois à des stades différents de leurs évolutions. On ne retiendra donc de ces notes que les impressions d’un amateur au palais formé ou déformé par les vins anciens.

Le Musigny blanc domaine Georges de Vogüé 2012 évoque la noix. Il est très minéral avec des agrumes, de l’acacia et du tilleul. Il a été soutiré il y a dix jours et se montre très ouvert. Il est à noter que le Musigny blanc s’appelle encore Bourgogne Blanc, car le domaine ne veut donner le nom de Musigny qu’à un vin de vieilles vignes. Du fait d’arrachages, le dernier Musigny blanc date de 1993. Les années suivantes sont des « Bourgogne Blanc » et reprendront leur nom de Musigny dans trois ou quatre ans.

Le Chambolle Musigny domaine Georges de Vogüé 2012 est d’une année difficile. Le nez est fermé car en cave la température est très basse. Il fait froid dehors. L’attaque est très belle et le final est assez coincé. Il y a du bonbon sucré que l’on croque et un peu d’astringence. Le vin fermé est peu charmeur.

Le Chambolle Musigny 1er Cru domaine Georges de Vogüé 2012 est en fait le Musigny de jeunes vignes, de moins de 25 ans, qui n’aura pas l’appellation Musigny. L’âge moyen des vignes est de 16 ans. Le gap est énorme avec le précédent. Le vin est riche, il a du fruit, opulent même s’il y a une astringence finale. Les fruits rouges et noirs sont très spontanés.

Le Chambolle Musigny Les Amoureuses domaine Georges de Vogüé 2012 a un nez raffiné. Les vignes ont été plantées en 1964 et 1974. Le vin est raffiné, élégant et cohérent. Il y a de la confiserie de framboise et du poivre blanc.

Le Bonnes-Mares domaine Georges de Vogüé 2012 est très différent. Il est plus subtil et plus intellectuel. Le fruit est moins apparent. Il a une astringence finale. On sent la myrtille, la prunelle, la feuille verte. Il a beaucoup de fraîcheur. La couleur du vin tend vers le bleu et le violet.

Le Musigny Vieilles Vignes domaine Georges de Vogüé 2012 est d’un parfum riche et très cohérent. Très fermé, on sent sa grande énergie. Comme c’est le plus grand, c’est celui qui aura besoin de plus de temps pour s’exprimer. Il a une consistance de fruits rouges et noirs, de cassis. Son poivre est fort et le final est le plus riche, avec beaucoup plus de réserve. C’est le vin au final le plus long, malgré une mise plus tardive de trois mois.

Les 2011 sont bus de bouteilles et non plus de fûts.

Le Chambolle Musigny domaine Georges de Vogüé 2011 montre une très grosse différence, car le vin est déjà buvable. C’est un très beau vin accueillant, d’un millésime précoce, évoquant la gelée de fruit.

Le Chambolle Musigny 1er Cru domaine Georges de Vogüé 2011 (jeunes vignes du Musigny) a plus de végétal. Il est moins souriant que le Villages. Il va s’épanouir. On a une sensation de calcaire en final. Au réchauffement dans les mains, le vin devient plus sympathique.

Le Bonnes-Mares domaine Georges de Vogüé 2011 a beaucoup de richesse, beaucoup de cohérence. C’est un grand vin. Le fruit est très bien mesuré. Le vin est superbe. François dit qu’il évoque le goûter de quatre heures.

Le Musigny Vieilles Vignes domaine Georges de Vogüé 2011 a une magnifique matière. Il y a des fruits noirs. Il y a presque du gras tant le vin est soyeux et charmant. Minéralité, densité et réserve sont ses caractéristiques de grand vin. Je sens la peau de raison. Le vin titre 12,3°.

Le Chambolle Musigny domaine Georges de Vogüé 2010 a une belle attaque mais un final rêche. Son parcours en bouche est assez court. Je préfère le 2011 à leurs stades respectifs de développement aujourd’hui. Au deuxième essai le vin est meilleur, avec un final plus sympathique.

Le Chambolle Musigny 1er Cru domaine Georges de Vogüé 2010 a plus de consistance. Le final est plus riche. Il est assez strict, très droit, plus épuré. Il est minéral et de grande clarté.

Le Bonnes-Mares domaine Georges de Vogüé 2010 est riche et plus joyeux. Il a un beau fruit épanoui, entre rouge et noir. Le final est un peu léger mais c’est un grand vin très fluide et très beau.

Le Musigny Vieilles Vignes domaine Georges de Vogüé 2010 a une grande élégance et une belle richesse. Il est assez contenu. François dit : « c’est un lac d’eau très pure », car il est fluide et de grande minéralité. Je sens des fruits très purs à petits grains. Il a beaucoup de précision. Le vin est ensoleillé.

Cette dégustation est très intéressante car j’apprends beaucoup de choses. Jean-Luc, François et Eric ont en tête les données climatiques qui leur permettent de mettre ces vins en perspective. Je n’ai que mon palais pour juger de leurs qualités immédiates, celles du jour de la dégustation de vins dont les âges sont de 1, 2 et 3 ans, ce qui crée des différences considérables.

Vite, allons déjeuner, pour boire « en vrai » ce que deviennent les si belles promesses de ce domaine prestigieux.

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le domaine qui n’avait pratiquement plus aucun vin ancien constitue une « bibliothèque » pour le futur.

Les 30 ans de l’Ordre des Dames du Vin et de la Table vendredi, 22 novembre 2013

L’Ordre des Dames du Vin et de la Table fête ses trente ans au restaurant Laurent. La Présidente est Françoise Cornu-Rigord de la Commanderie de Peyrassol. Avant le dîner il était possible de goûter des vins des Dames mais je ne suis arrivé que pour le dîner .

L’apéritif est servi à table. C’est un Champagne AR Lenoble grand cru blanc de blancs non millésimé. Ayant passé ma journée à goûter des champagnes de Pierre Péters, il m’est difficile de recalibrer mon palais sur ce champagne plus opulent et d’un autre terroir.

Je suis à la table d’une ancienne présidente, Gisèle Gonet, de la célèbre maison de champagne de Mesnil-sur-Oger où j’étais ce matin même, d’une ancienne propriétaire de Cheval Blanc que je connais depuis quelques années, qui possède maintenant le château qui a appartenu à Joséphine Baker. Il y a aussi un couple de vignerons suisses dont la femme est présidente de l’association des vins de Suisse (Artisanes du Vin), une vigneronne de Pommard et d’autres personnes de l’autre côté de la table avec qui il fut impossible de parler dans l’ambiance bruyante et joyeuse de ce dîner.

Le menu mis au point par l’Ordre et Alain Pégouret est : araignée de mer dans ses sucs en gelée, crème de fenouil / homard en civet / volaille de Bresse farcie au foie gras, champignons des bois / pamplemousse rose en marmelade dans un pain d’épice maison, sorbet / café, mignardises et chocolats.

Le Sancerre Cuvée des 500 ans, Joseph Mellot 2012 est brutal. C’est une bombe olfactive et j’ai bien du mal avec ce vin auquel je prédis un bel avenir. Le Montagny 1er cru « Les Coères » Feuillat Juillot 2011 est d’une densité extrême. Lui aussi est très fort mais plus civilisé du fait de son âge. C’est lui qui accompagne le mieux l’araignée d’une qualité particulièrement appréciable.

Le Chinon « Clos du Chêne vert » Charles Joguet 2009 est probablement le vin de la soirée pour moi. Il est riche mais absolument charmant, glissant en bouche avec une joie certaine. Madame de Labarre, ex-Cheval Blanc, l’adore pour la pureté de son cabernet franc.

Le Château d’Afrique Côtes de Provence Elie Sumeire 2009 est moins précis que le chinon qui est servi en même temps que lui. Le Chinon est plus adapté à la chair du homard, et le Côtes de Provence plus adapté à la sauce très (trop ?) poivrée.

Le Pommard 1er Cru Les Epenots domaine Parent 2007 de ma voisine de table est plus puissant et tannique que ce que j’aurais imaginé. Il est plus puissant qu’il n’est Pommard, mais il est très bon.

Le Château La Tour de l’Evêque Côtes de Provence Régine Sumeire 2009 est très agréable, plus fondu que celui d’Elie. Les deux vins se régalent avec la volaille de Bresse exceptionnellement aérienne et goûteuse.

Le Château Rayne Vigneau 2007 est un bonheur. C’est le mieux dessiné de tous les vins du repas. Il est précis, sa puissance est contenue. Il dégage un bonheur serein. Avec les agrumes du dessert, il vibre bien, mais les biscuits et le sorbet ne lui conviennent pas. Le dessert est trop disparate pour le vin.

Les Dames du Vin et de la Table ne sont pas toutes des oratrices et il est difficile d’entendre leurs discours dans le brouhaha de groupes qui bavardent lors des discours. L’ambiance est chaleureuse et souriante. Tous et toutes sont heureux d’être ensemble. Le service du Laurent pour 150 couverts et neuf vins à servir a été parfait comme d’habitude. L’araignée et la volaille sont deux temps forts, ainsi que le Chinon et le Rayne-Vigneau.

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dîner de gala de l’Académie du Vin de France vendredi, 22 novembre 2013

Comme chaque année, le dîner de gala de l’Académie du Vin de France se tient au restaurant Laurent. Avant cela, les membres de l’académie donnent à goûter lors d’une paulée le dernier millésime mis en bouteilles. Cette année, c’est le 2011. Les plus sérieux boivent tous les vins présentés qui sont une cinquantaine. La tentation est grande de bavarder avec les vignerons que l’on a plaisir à retrouver, ce qui limite les dégustations. J’ai bu et apprécié un Muscat Zind Humbrecht, le Clos Sainte-Hune Trimbach aérien, un Puligny-Montrachet les Pucelles domaine Leflaive puissant, un Crozes-Hermitage Graillot excellent, la Romanée Saint-Vivant du domaine de la Romanée Conti merveilleusement romantique, un Hermitage rouge Chave d’une fraîcheur extrême, un Château Gazin aux tannins de belle affirmation, le Mas Jullien très pur, le Château Simone solide et pour finir, les deux liquoreux de Cauhapé et de Fargues séduisants mais tellement jeunes !

L’apéritif permet de se rafraîchir le palais avec un Champagne Pol Roger 2004 de belle tension riche et déjà bien épanoui. Il se boit avec bonheur.

Nous rejoignons nos tables. Je suis venu avec ma fille que beaucoup de vignerons sont heureux de rencontrer car elle est souvent citée dans les aventures que ces vignerons amis me font le plaisir et l’honneur de lire. Autour de la table il y a des fidèles du restaurant Laurent du monde de la finance ou de l’administration, monsieur et madame Graillot avec lesquels j’ai en vue des agapes proches au cours desquelles l’on ouvrira de grands vins et Olivier Jullien qui est le premier vigneron languedocien à avoir rejoint l’académie. Le menu mis au point par des membres de l’académie et Alain Pégouret est : Corail d’oursins au naturel / homard servi à la façon d’une bourride, truffe blanche d’Alba / pigeon à peine fumé et rôti, champignon des bois et pommes soufflées, sauce piquante / saint-marcellin et vieux gouda / glace vanille minute, huile d’olive toscane « Castello Colle-Massari » récolte 2013 / palmiers et mignardises.

Le Riesling Clos Windsbuhl Zind-Humbrecht 2007 est une merveille de précision. Que ce vin est bon ! Il m’apporte une joie que je peux difficilement contenir. Car ce vin est parfait, joliment fouetté par le corail puissant au point d’avoir une persistance aromatique en bouche quasi infinie. J’ai eu un peu de mal à trouver l’accord avec les trois saveurs, gelée, crème et langues d’oursins. Jacques Puisais avec qui j’en ai parlé en fin de repas m’a dit : » il fallait prendre de grandes lampées du vin pour créer l’accord ».

L’Hermitage blanc J. L. Chave 2000 est riche et profond, en grand contraste avec l’alsacien précis et aérien. On est ici sur un vin terrien de belle mâche qui trouve dans la truffe blanche une résonance d’une force rare. Ce vin plein au beau fruité un peu confit est du bonheur.

Il m’est difficile de ne pas frémir quand je suis servi de La Tâche domaine de la Romanée Conti 2000. L’accord avec le pigeon et les champignons est d’un naturel absolu. Jacques Puisais l’a préféré sur les pattes du pigeon. Je l’ai préféré sur les suprêmes. C’est évidemment à la marge, car l’accord d’ensemble est divin. Le vin est d’une distinction, d’une politesse qui n’existent qu’avec les vins bien nés. Mais il sait aussi être judicieusement gourmand. Boire cette Tâche qui n’est pas la plus opulente mais laisse une belle trace en bouche est un plaisir d’un raffinement consommé.

Le Chateauneuf-du-Pape Château de Beaucastel rouge 2003 est un vin très différent, plus carré, plus facile à vivre, mais de belle joie. Il a la dure tâche d’accompagner des fromages très bons mais qui ne le font pas vibrer comme ils le pourraient.

Le Château de Fargues Sauternes 2005 a tous les attributs d’un grand sauternes, mais qu’est-ce qu’il est jeune ! Il lui faudrait trente ans de plus pour exprimer tout son talent. Il a toutefois créé un accord qui est probablement le plus original que j’aie rencontré cette année. Et le miracle de cet accord, c’est l’huile d’olive ! Car elle fluidifie la glace fondante qui claque sur le sauternes. Chapeau bas à ceux qui ont imaginé cet accord diabolique.

Comme chaque année Jacques Puisais a analysé les vins et les accords avec un brio parfois très gaulois. La cuisine du Laurent a été une fois de plus de très haute qualité, la truffe d’Alba et le pigeon rosé mettant en valeur les vins associés et l’accord du dessert tutoyant le génie.

Les dîners de l’académie du vin de France sont l’occasion de retrouver des vignerons qui comptent parmi les plus prestigieux de France. Leurs 2011 et les vins servis à table en ont fait une éclatante démonstration.

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dîner à l’Orangerie du château de Beaune avec des vins de Bouchard samedi, 16 novembre 2013

A l’occasion de la 153ème vente des vins des Hospices de Beaune, Joseph Henriot, Christophe Bouchard et Thomas Henriot invitent des gens de presse et des amis à un dîner à l’Orangerie du château de Beaune. A chacun de ces dîners, Christophe Bouchard choisit un thème. Ce peut être un thème numérique, en ouvrant des vins dont le dernier chiffre du millésime est celui de l’année en cours ou des thèmes liés à la climatologie. L’année 2013 ayant été marquée par de gros problèmes climatiques, le thème de ce soir est : les plus beaux millésimes tardifs.

Dans l’élégant salon du château, nous trinquons avec un Champagne Henriot blanc de blancs brut magnum sans année fondé sur une base de 2007 avec ajoute de vins de réserve. Le champagne est franc, très plaisant. C’est un champagne au goût de « revenez-y » au beau fruit généreux.

Nous sommes une cinquantaine dans la salle à manger de l’Orangerie. Je suis placé à la table de Thomas Henriot, juste à côté de Michel Bettane. Goûter avec lui et l’écouter est un émerveillement tant sa science dépasse tout ce qui est imaginable.

Le menu est : carpaccio de Saint-Jacques, topinambour et truffe de Bourgogne / vichyssoise de homard et crème aigrelette / filet de bœuf charolais servi saignant, champignon, jus truffé et gnocchis de potimarron / fromages régionaux / dôme chocolat et cœur aux fruits de la passion.

Le Meursault Perrières domaine Bouchard Père & Fils 2008 offre un fruit très plein, avec beaucoup de tension et de présence. La truffe de Bourgogne a des goûts de truffe blanche, sans doute amplifiés par une huile de truffe. Cela dope le meursault très profond, lui donnant une belle vibration.

Le Corton-Charlemagne domaine Bouchard Père & Fils 1955 a un léger marquage de bouchon que décèle Michel Bettane. La bouteille est changée et la suivante est d’un bel or cuivré clair. Le vin est d’une subtilité extrême. Il est tout en suggestion, moelleux avec des intonations de noisettes et d’amandes. Le homard froid et entravé par la sauce aigrelette n’a pas pu offrir de répondant au vin d’une grande franchise et d’une maturité toute en élégance. C’est sous cette forme que l’on rêve de boire un vin blanc.

Le Corton domaine Bouchard Père & Fils 1991 a un fruit strict. Immédiatement, on pense qu’il faudrait l’attendre encore trente ans et qu’il sera gigantesque dans un demi siècle. Michel Bettane dit que pour lui, Le Corton est l’image de Bouchard, même si l’enfant Jésus est un emblème fort. Le 1991 a beaucoup de puissance et s’anime sur la délicieuse viande. C’est la sauce truffée qui crée un accord magique avec ce vin qui devient truffe. La couleur noire du vin est quasi irréelle.

Le Volnay-Caillerets ancienne cuvée Carnot domaine Bouchard Père & Fils 1962 est magnifique. C’est le bourgogne idéal, sublimé par un grand millésime. Miche Bettane dit que son fumé est typique de Bouchard. Il y a un peu de framboises, et sa fraîcheur est remarquable.

Christophe Bouchard est très ému parce que ce 1962 parfait a été fait par son père. Il rappelle quelques moments de l’histoire de cette vénérable maison. Joseph Henriot, handicapé par une extinction de voix demande à Philippe Prost, maître de chai et actif depuis 21 ans dans la création des vins de Bouchard de dire quelques mots sur les vins.

Il dit du 2008 que l’acidité lui va bien. C’est un millésime d’élevage. Le 1955 est un vin impressionnant à servir à la température d’un rouge. Il a une énergie formidable. Du 1991, il dit que c’est un millésime charnu très porté sur le fruit. Le vin sera excellent dans trente ans. Du 1962, il signale le côté très ouvert et dit qu’il a été travaillé avec beaucoup d’élégance.

Il poursuit par un discours sur la mission de vinification. Son enthousiasme, son émotion, sont les propos d’un homme de cœur. Les millésimes tardifs de ce soir que la maison Bouchard nous donne l’occasion de boire sont la preuve vivante que le vin sait vieillir et qu’il faut savoir lui donner cette chance.

A l’arrivée, photographie avec Thomas Henriot et Christophe Bouchard

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