Archives de catégorie : vins et vignerons

Duel entre 1928 et 1929 du Château Carbonnieux mercredi, 12 mars 2014

L’histoire commence par la revue Vigneron. Oriane Nouailhac me fait le plaisir et l’honneur de me demander d’écrire un article dans cette prestigieuse revue. Le thème de mes billets est de raconter en une page un vin ancien porteur de souvenirs. J’ai déjà écrit dans plus d’une dizaine de numéros. Pour le prochain sujet, je choisis Château Carbonnieux rouge 1928, vin que j’ai bu plus d’une douzaine de fois avec grand plaisir. En compulsant mes notes, je constate que j’ai bu le 1929 une seule fois et j’ai eu ce commentaire : « ce 1929 est meilleur que les 1928 que j’ai bus ». Cette remarque m’étonne et il faut que j’en aie le cœur net. J’appelle Philibert Perrin qui, avec son frère Eric et sa sœur Christine ont pris les rênes de ce domaine à la suite du décès de leur père Anthony Perrin que j’avais bien connu. Je lui raconte le contexte et je lui propose que nous nous retrouvions pour vérifier si oui ou non le 1929 est supérieur au 1928 que j’ai adoré. L’idée lui plait et rendez-vous est pris pour une confrontation de ces deux années de légende.

J’arrive au Château Carbonnieux et suis accueilli par Christine Perrin. Philibert m’avait prévenu qu’il ne serait pas présent à mon arrivée et il était convenu que j’ouvrirais les vins en son absence. Philibert a sorti de son « caveau » les rouges de 1927, 1928 et 1929 et les blancs de 1937 et 1940. Je me vois mal ouvrir tous ces vins sans son aval, car nous serons peu nombreux à table, aussi j’ouvre seulement les 1928 et 1929. Alors que Philibert avait prévu que la comparaison se ferait avec ses vins, j’ai apporté un 1928 que j’ai acheté aux enchères il y a bien longtemps, en provenance des caves Nicolas. Ma bouteille est venue avec moi par avion hier, a fait le voyage vers Saint-Estèphe et ce matin vers Léognan. Elle a donc été chahutée. Son niveau est entre mi-épaule et basse épaule. Les 1928 et 1929 du château ont été rebouchés en 2007 et ont des niveaux parfaits, puisque les bouteilles ont été complétées avec des bouteilles de leur millésime.

Le nez du 1928 Nicolas est éblouissant de richesse fruitée. C’est une explosion de charme. A l’inverse les parfums des vins de la cave du château sont fermés, stricts et trop discrets. L’ouverture leur fera du bien. Philibert arrive et décide que nous ouvrirons tout. Le 1927 a un nez plus engageant que les 1928 et 1929. Pour les blancs, le 1940 a un nez désagréable et le 1937 a un nez d’une pureté extrême.

Nous prenons l’apéritif dans l’un des nombreux salons de cet immense château de grand charme. Le chef qui a préparé le repas et les amuse-bouche est familier du lieu et officie aussi régulièrement pour Jean-François Moueix. Il sait ce que vin ancien veut dire. Nous sommes quatre, Christine, Philibert, un ami de la maison, grand négociant en vins et moi. La mère de mes hôtes nous accompagnera de temps en temps, à l’apéritif et au dessert.

Le Château Carbonnieux blanc 1940 est trop ambré pour nous plaire. Le nez est désagréable, poussiéreux et dévié. En bouche, on pourrait imaginer ce qu’il voudrait dire, mais, trop oxydé, avec des senteurs de champignons et de poussière, il ne peut pas entraîner notre adhésion.

Il est vite remplacé par le Château Carbonnieux blanc 1937 pour lequel je dirai au moins dix fois : « ce vin est un miracle ». La couleur est encore claire, l’ambre étant plus que discret. Ce vin a été reconditionné en 2013. Le nez est beau, mais la bouche est encore plus belle. Il y a du pomelos, du citron confit, et l’acidité du vin est merveilleuse. Ce vin est frais, équilibré, savamment dosé. C’est un régal qui se confirmera sur les coquilles Saint-Jacques.

Le 1940 au fil du temps va perdre un peu de ses tendances poussiéreuses. Il pourrait devenir agréable, mais le côté oxydatif est trop marqué.

Devant nous, nous avons quatre vins rouges : le 1928 du château, le 1928 de ma cave; le 1929 et le 1927. La première chose qui frappe, c’est l’incroyable jeunesse des couleurs de ces quatre vins. Ils sont d’un sang noir prononcé. La plus belle couleur est celle du 1928 de ma cave, mais c’est une différence infime.

Les nez des trois vins du château sont stricts, presque fermés, alors que celui du 1928 de ma cave est d’un charme rare. Ce qui va étonner Philibert et son amis au plus haut point, c’est que le 1928 Nicolas ne va pas bouger d’un poil pendant tout le déjeuner et conserver une séduction particulièrement marquée.

La plus belle évolution, spectaculaire, est celle du 1928 du château, qui, strict au premier contact a pris de l’ampleur et de la consistance. Le Château Carbonnieux 1928 du château a un nez discret, une matière énorme et une pesanteur de bon aloi. Le Château Carbonnieux Caves Nicolas 1928 a plus de charme, plus de séduction instantanée mais un peu moins de matière.
Il est plus primesautier, fait plus l’école buissonnière, alors que son conscrit joue sur sa profondeur.

Le Château Carbonnieux 1929 a un nez assez fermé. On sent qu’il pourrait avoir une matière plus complexe que celle des deux 1928. Mais il joue en dedans. Il ne veut pas s’ouvrir et l’on dirait qu’il a le pied sur le frein à main. C’est un grand vin qui nous ravirait s’il était seul, mais qui n’a pas voulu jouer la compétition.

Le Château Carbonnieux 1927 est une immense surprise. Cette année est introuvable et je n’ai bu aucun bordeaux rouge de 1927. Il fait presque jeu égal avec le 1929 mais bien sûr il n’a pas une étoffe aussi belle. Mais il tiendrait sa place à haut niveau s’il était seul sur un repas.

Nos commentaires ont évolué pendant le repas surtout à cause de la spectaculaire progression du 1928 du château. Le classement de Philibert et aussi de Romain, maître de chai venu nous rejoindre en fin de repas est : 1928 du château, 1928 de Nicolas, 1929 et 1927. Ce classement est normal car ils retrouvent dans le 1928 du château ce qu’ils ont l’habitude de boire.

Mon classement diffère du leur pour la même raison. Je retrouve dans le 1928 Nicolas ce goût prononcé de truffe que j’ai adoré de multiples fois. J’ai classé : 1928 Nicolas, 1928 château, 1929 et 1927. Nous avons tous été frappé par la jeunesse et la présence de tous ces vins. Le fait que le 1928 chahuté dans les transports et de niveau bas se comporte avec une telle constance sur plus de deux heures est une preuve de la solidité des vins anciens de Graves.

Là où nous nous retrouvons tous, c’est pour dire que dans le classement final, c’est le Château Carbonnieux blanc 1937 qui est le premier, car il représente une forme ultime du grand vin blanc de Graves.

Les vins rouges ont été accompagnés par une pièce de bœuf aux petits légumes dont la sauce au vin était trop appuyée pour l’exercice auquel nous nous sommes livrés.

J’avais apporté avec moi un Château d’Yquem 1987 qui a accompagné à merveille un carpaccio d’ananas aux fines lamelles d’orange confite. Le nez du vin est un peu lourd, mais en bouche, le vin est tout simplement parfait. J’adore cette année d’Yquem qui donne des vins distingués, racés et élégants, avec une merveilleuse fraîcheur de fin de bouche.

A l’issue de ce repas, nous avions l’impression d’avoir vécu un grand moment. Et j’ai la réponse qui conforte mes amours passées, les deux 1928 ont tenu la dragée haute au 1929 qui m’a donné l’impression de refuser le combat.

Merci Philibert Perrin d’avoir permis cette belle exploration d’un vin rouge cher à mon cœur, le Château Carbonnieux.

Le château vu de la cour

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La collection de vieilles voitures

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Le « caveau »

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J’ouvre mes bouteilles et les 28 et 29

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Les vins

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La couleur du blanc 1940 et aussi par comparaison la couleur du 1937

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La couleur des rouges : 28 chateau, 28 Nicolas, 29, 27

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Le repas

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J’ouvre l’Yquem 1987 à table. Surprise, elle a voyagé au Japon !

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tableaux finaux

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De très jeunes et de très vieux Phélan-Ségur bus au château, dont un extraordinaire 1955 et un 2013 qui promet mercredi, 12 mars 2014

Thierry Gardinier reçoit à dîner quelques courtiers ou distributeurs de la place de Bordeaux au château Phélan-Ségur, belle demeure à l’architecture stricte voire militaire. Nous serons huit.

Je suis arrivé suffisamment tôt pour ouvrir les vins que j’ai apportés qui sont un petit clin d’œil amical à Thierry Gardinier. Le Taillevent a créé un « dîner Curnonsky » avec les cinq vins consacrés par le « Prince des Gastronomes ». J’ai donc apporté deux vins sacrés par Curnonsky, d’un âge plus canonique que ceux du repas de Taillevent, pour titiller amicalement mon hôte. J’ouvre mes deux vins dont les parfums sont diaboliques. Le menu ayant été composé sans qu’on connaisse mon apport, le Château Chalon ira naturellement avec les fromages et ce serait dommage d’y associer aussi le Clos de la Coulée de Serrant. La seule place possible pour lui sera avec le champagne d’apéritif.

Lorsque les invités arrivent, dans la salle de dégustation, Véronique Dausse nous invite à une petite verticale de son vin, de 2006 à 2012 avec trois verres supplémentaires pour 2013 qui sera goûté dans moins d’un mois à l’occasion de la fameuse semaine des primeurs.

N’étant pas un spécialiste des vins jeunes, mes commentaires sont instinctifs et à juger comme tels.

Le Château Phélan-Ségur composante merlot 2013 est raide, serré, mais de belle matière.

Le Château Phélan-Ségur composante cabernet 2013 a moins de matière. Il est plus léger.

Le Château Phélan-Ségur 2013 avec un assemblage qui n’est pas définitif est élégant et de belle structure. Pour mon goût, le merlot est le plus vibrant. Ces trois versions du 2013 me font m’interroger sur les réserves qui ont été émises sur ce millésime. Les rendements sont faibles, mais le vin est bien présent dans le verre.

Le Château Phélan-Ségur 2012 a un beau cassis gourmand. Il a de la finesse. C’est un très joli vin élégant.

Le Château Phélan-Ségur 2011 est plus strict. Il faut l’attendre.

Le Château Phélan-Ségur 2010 est joli, très pur, tout en retenue. Il est équilibré au final toasté.

Le Château Phélan-Ségur 2009 est élégant, avec un beau corps et un beau final, mais je m’attendais à mieux.

Le Château Phélan-Ségur 2008 est plus fermé et plus strict

Le Château Phélan-Ségur 2007 est élégant, léger et très agréable

Le Château Phélan-Ségur 2006 est un beau vin épanoui, avec une opulence de vin accompli.

Mes deux préférés sont le 2012 et le 2007, vins de grâce pure, et pour le 2013, le merlot.

Ce qui ressort de ce court voyage, c’est que les vins sont tous élégants, avec un final un peu toasté. Il y a beaucoup d’équilibre et aucun excès ne vient forcer le talent au-delà du raisonnable. C’est tout à l’honneur de ce château de faire un vin tout en mesure, un peu à l’instar de Haut-Bailly, lui aussi fait par une femme. Encore un stéréotype du genre !

Nous nous rendons ensuite dans l’un des salons du château pour l’apéritif et le dîner.

* * * * *

Nous sommes huit au château Phélan-Ségur et nous venons de faire une petite verticale de 2006 à 2013 de ce vin. Dans le très joli salon du château, Thierry Gardinier nous invite à prendre l’apéritif. L’un des convives, Pierre, a apporté un Champagne Lanson 1975 dont la bouteille a la caractéristique forme de quille du passé de cette maison. Lorsque le bouchon est enlevé, aucune trace de pschitt. Le vin est très ambré. Il n’a plus de pétillant. Il pourrait être agréable s’il n’était amer. Il est oublié au profit d’un Champagne Lanson Noble Cuvée 1985 pétillant, vivant et de belle expression. C’est un vin stylé.

Le Champagne Philipponnat Clos des Goisses magnum 1986 fait partie des grands Clos des Goisses. Il a tout, la vivacité, l’épanouissement, la joie de vivre. Il est très beau. Je le trouve généreux et superbe.

A côté de lui on a mis le Clos de la Coulée de Serrant Savennières Mme A. Joly 1970 que j’avais apporté. Voilà un vin extraordinaire dont on peut dire qu’on n’arrive jamais complètement à le connaître. Car il est changeant, énigmatique, kaléidoscopique. C’est un très grand vin d’une complexité folle, mais la cohabitation avec le champagne ne lui profite pas vraiment. Il lui aurait fallu un plat pour qu’il montre tout son talent. Nous avons toutefois apprécié ces deux grands vins, le Philipponnat et le Savennières particulièrement brillants.

Nous passons à table et le menu prévu par le chef du château est : rognons de veau dorés au sautoir, pommes rattes et piquillos / Pithiviers de tradition au canard, foie gras et truffes noires / fromages affinés de Maître Xavier / tarte au chocolat, glace vanille Bourbon et crème au café.

Les vins sont servis à l’aveugle mais nous savons que ce sont des Phélan-Ségur.

Pour la première série, je me suis joyeusement trompé sur les années, mettant le curseur à des années de plus. Le Château Phélan-Ségur 1981 est un vin immense et étonnant de grandeur. Par rapport aux jeunets que nous avons bus dans la salle de dégustation, il y a un monde. Nous sommes frappés par les couleurs profondes de tous les vins.

Alors que sur le papier, j’aurais dit que le Château Phélan-Ségur 1971 gagnerait face au 81, c’est le contraire. Le 1971 est grand, très charpenté. Mais le 1981 est plus éblouissant.

Dans la série qui suit, que de surprises ! Le Château Phélan-Ségur 1991 est d’une année que personne n’aurait soupçonné à ce niveau. Il est associé à deux vins qui vont nous surprendre.

Ce Château Phélan-Ségur 1961 a été ouvert deux heures et demie avant le repas et carafé tout de suite alors que l’autre Château Phélan-Ségur 1961 a été ouvert au même moment et carafé quelques minutes avant le service. Que constate-t-on ?

Contre toute attente, le 1991 est meilleur que les deux 1961. Bien sûr, le 1991 n’a pas la matière ni la vigueur des 1961, mais on sent très nettement que les deux 1961 n’expriment pas la grandeur de l’année. Le 1961 carafé depuis plusieurs heures est meilleur que le 1961 carafé récemment. Peut-on en conclure quelque chose ? Ce n’est pas évident, car l’écart entre deux bouteilles peut jouer plus que l’écart de temps au carafage. Mais c’est intéressant.

Le Pithiviers est probablement un plat un peu lourd pour mettre en valeur ces vins subtils. Mais le plat n’a gêné en rien notre approche de ces vins.

Il ne sera pas difficile de choisir le vainqueur des vins rouges de ce soir. Car le Château Phélan-Ségur 1955 est éblouissant. Il a tout pour lui, le charme, l’élégance, la puissance et la joie de vivre. C’est un vin au sommet de sa forme, comme cela arrive souvent avec les 1955. Le fruit est beau et généreux.

De ces Phélan-Ségur d’années en 1, celui qui gagne est celui qui n’est pas en 1, le 1955. Mon deuxième chouchou est le 1981. Le 1991 aura le prix de la plus belle surprise.

Le Château Chalon Fruitère Vinicole de Voiteur 1959, deuxième vin « Curnonskien » que j’ai apporté est immense. Il est au sommet de son épanouissement, riche, claquant sur la langue et donnant un accord divin avec le Comté. C’est un très grand Château Chalon avec une plénitude unique. Quand il emplit la bouche, c’est de l’or fondu.

Le Quinta do Noval Porto Tawny Colheita 1964 est gourmand mais je trouve qu’il manque un peu de fruit, emporté par sa puissance alcoolique.

En revenant au Clos des Goisses, je suis conquis par ce champagne superbe.

C’était un dîner d’amis. Mais ce fut l’occasion d’ouvrir des années rares de Phélan-Ségur dont certaines venant des caves des convives puisque le château n’en a que très peu. Et la démonstration est concluante : Phélan Ségur est un vin élégant, traditionnel, qui jamais ne force son talent. On s’aperçoit que les vins récents s’inscrivent dans la ligne d’excellence des millésimes anciens de ce beau Saint-Estèphe.

Un château qui est capable de produire un 1955 de cette trempe ne peut pas ne pas être un grand vin. Longue vie à ce château.

L’ouverture de mes vins

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la dégustation des vins jeunes

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les vins du repas

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Rhône Vignobles – acte 4 – déjeuner chez Jean-Michel Gerin préparé par le chef de La Pyramide mardi, 4 février 2014

« Rhône Vignobles » a fait goûter des vins anciens de ses quinze membres dans les chais du domaine Jean-Michel Gerin. Il est temps de passer à table.

Patrick Henriroux, le chef de La Pyramide à Vienne est venu avec son équipe pour faire le repas pour cent cinquante personnes. Sur une longue table des vins sont alignés, ouverts, de tous les formats jusqu’au mathusalem. Les vignerons vont passer auprès de tous les convives avec leurs vins et la phrase que l’on entend le plus, à un rythme endiablé, c’est « vide ton verre et goûte moi ça ! ». C’est le même principe qu’à la Paulée de Meursault, celui d’une invraisemblable générosité.

Le repas est riche et sophistiqué. Le menu est si complexe que je n’ai pas tout noté mais j’ai goûté une soupe aux châtaignes, un pâté en croûte délicieux, un millefeuille de volaille au curry superbe, un civet de biche goûteux.

Je n’ai pas été très attentif à prendre des notes qui ne couvrent pas tous les vins que j’ai bus. Le Chateauneuf-du-Pape blanc Cuvée Prestige La Janasse 2004 a un joli gras. Il est brut de forge et demandera quelques années pour s’assembler et devenir grand comme il le promet.

Le Crozes Hermitage blanc Clos des Grives Combier magnum 2005 a beaucoup plus de tension. C’est un vin superbe de vieilles roussanes.

Le Coteaux d’Aix Revelette blanc 2004 est frais et agréable.

Le Lubéron Gouverneur rouge domaine de la Citadelle 2000 a une très belle mâche et profite de la nourriture solide.

Le Saint-Joseph Graillot 1996 est un peu acide ce qui tient à la vendange entière, me souffle mon voisin Vincent Delubac.

Le Crozes Hermitage rouge Clos des Grives Combier mathusalem 2004 est absolument superbe, gourmand. C’est un très beau vin aux belles épices.

Je surprends sur l’instant deux vignerons qui portent l’un un jéroboam et l’autre un mathusalem et le premier dit à l’autre : « tu en as une plus grosse que moi ». L’atmosphère est à la gaieté.

La Côte Rôtie La Landonne domaine Gerin jéroboam 2007 a une très belle structure et beaucoup de cohérence. Il est solide et grand, de belle séduction.

Le dernier vin que je boirai est celui que j’ai sauvé ! Le Chateauneuf-du-Pape rouge domaine Beaurenard mathusalem 1998 a une très belle profondeur. Il est un peu strict et de belle trame. C’est un grand vin.

Annonçant mon proche départ au chef Patrick Henriroux, il a eu l’amabilité de me faire servir le dessert au chocolat avant tout le monde. Nous avons prévu de nous revoir pour faire un dîner de grands vins, et ouvrir quelques liqueurs dont il a une belle collection.

Etant assis à côté de notre hôte, Jean-Michel Gerin, je lui avais dit que j’ai dans ma voiture cinq vins qui devaient être ouvert pour ce déjeuner, dont un de ma cave et aussi le reste de Beaune Grèves Vigne de l’Enfant Jésus 1999 que plusieurs amis et moi-même n’avions pas bus. Jean-Michel m’ayant dit que ce n’était pas le moment de mêler des vins qui ne sont pas des vignerons, j’avais l’intention de laisser les vins pour la « soupe » du soir que Jean-Michel a prévue. Mais au moment des adieux, j’ai salué plusieurs amis et je suis parti sans laisser les vins. Ils sont maintenant dans ma cave pour être ouverts lors de la prochaine manifestation de Rhône Vignobles.

Et le Beaune Grèves dans tout cela ? Ce vin qui avait voyagé de ma cave à Ampuis, avait été transvasé dans une carafe puis versé à nouveau dans la bouteille, chahuté pendant le voyage de retour avait toutes raisons d’être un peu groggy. Le Beaune Grèves Vigne de l’Enfant Jésus Bouchard Père & Fils 1999* a voulu me faire plaisir. Il m’a offert un velouté et un soyeux qui sont la marque de ce vin que je chéris et que je voulais partager avec mes amis vignerons et que j’ai bu, seul, un peu triste d’être seul à en profiter.

En deux jours, avec des vignerons chaleureux et généreux, nous avons partagé de grands vins et de grands moments, dans le confort d’une chaude amitié. Vive le Rhône et vive Rhône Vignobles. Des rendez-vous sont pris pour de folles aventures.

les tables du repas

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la préparation du buffet

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les vins en quantité et en grands formats

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photos des plats, sans le civet délicieux

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Rhône Vignobles acte 1 – dégustation de vins anciens chez Yves Cuilleron mardi, 4 février 2014

L’association « Rhône Vignobles » compte quinze vignerons de nombreuses appellations : Côte-Rôtie, Condrieu, Cornas, Cairanne, Crozes-Hermitage, Chateauneuf-du-Pape, Côteaux d’Aix, voilà pour celles qui commencent par « C », et Saint-Joseph, Lubéron, Gigondas et Vinsobres. Ils se sont regroupés pour faire la promotion de leurs vins par des opérations communes.

Le programme officiel est une réception au domaine Gerin à Ampuis où des professionnels du vin, marchands, cavistes, agents, restaurateurs et sommeliers sont conviés à boire des vins anciens de ces quinze maisons, puis à un déjeuner qui ressemble à une paulée, où chaque vigneron fait partager ses flacons récents ou un peu plus anciens avec une folle générosité.

La veille, le programme est privé, avec une réception au domaine Cuilleron en deux étapes, dégustation de vins anciens apportés par Georges, un sympathique et enthousiaste marchand de vins, apportés par moi et aussi par quelques membres de l’association. Cette dégustation sera suivie par un dîner au domaine Cuilleron, la cuisine étant faite par un des membres, François Villard, qui a pratiqué la cuisine pendant de longues années.

Lorsque nous arrivons au domaine Cuilleron, Georges est déjà là et une forêt de vins est en place. En rajoutant mes vins, je vois mal comment nous pourrions goûter un si grand nombre de vins. Il va falloir trier.

Comme il y a deux ans, où j’avais eu l’honneur d’être invité, je suis en charge de superviser et de réaliser l’ouverture des vins anciens. Georges m’aide à ouvrir avec une rapidité d’exécution qui ne s’embarrasse pas de contingences mais se révèle efficace. Avec Jean-Michel Gerin et Georges, je répartis les vins entre la séance des vins anciens et le dîner ainsi que l’ordre des vins. Pendant que j’ouvre les vins se tient la séance du conseil de l’association.

Nous sommes une vingtaines de personnes autour de la table et 17 verres seront servis pour chaque vin. Mes notes sont succinctes du fait de la profusion des vins. Mes vins seront marqués d’une astérisque sur leur année.

Le Vouvray Sec Clovis Lefèvre 1961 a une robe très jeune, de jaune citron. Le nez est citronné ainsi que le goût très agréable, avec une impression de grande jeunesse. Certains vignerons trouvent le vin soufré. Je n’ai pas cette impression.

C’est avec le Meursault Gouttes d’Or 1er Cru Moret-Nominé 2004 que j’ai l’impression de soufre. A noter que sur l’étiquette, Gouttes d’Or est écrit avec un « s », ce qui se retrouve dans d’autres domaines. Ce vin très typique de meursault avec une belle impression minérale a un beau fruit élégant.

Le Meursault Villages Thorin 1947 a un nez beaucoup plus beau, fait d’agrumes, d’orange amère et de pâtisserie. Un peu effacé au moment du service, il devient gourmand, très beau, avec un magnifique final citronné. C’est un grand vin.

L’Hermitage La Tour Blanche Jaboulet Vercherre 1976 a une couleur d’une jeunesse folle. Le nez est de truffe blanche. Son élégance est extrême. La bouche est remarquable, fluide, et l’équilibre est grand. C’est un très grand vin.

Un Côtes du Jura Louis Cartier rouge ancien est écarté par Georges qui fait le service avec efficacité et vient maintenant un Arbois Pupillin rouge Louis Cartier des années 40. La couleur est tuilée et très brune. Le nez et la bouche sont viandeux. Il a encore de belles vibrations. Il n’est en fin de compte pas si mal.

Le Château Bel-Air Bordeaux Supérieur 1961 a un nez de truffe. Sa couleur est très belle. Il a un petit peu de torréfaction. Il n’est pas mal mais ne dégage pas assez d’émotion.

Le Domaine de l’Eglise Pomerol 1955 est de la maison Calvet. Le nez est très subtil. C’est un vin plein, profond, avec des intonations de bois et de truffe. Il a une belle mâche et un matière superbe. C’est un grand vin de plaisir.

Le Château Le Crock Saint-Estèphe 1961 a un nez gourmand, charmeur. La bouche est d’une fraîcheur incroyable. Il est délicieux, il a un côté floral. C’est un vin de pur bonheur.

Le Château des Jacobins Pomerol 1961 a un nez moins ouvert. Il n’est pas mauvais mais un peu coincé. Il lui est difficile de passer après Le Crock, alors qu’il a des qualités.

Le Domaine de Chevalier Graves 1952* de niveau bas a un nez agréable. Il a de l’énergie en milieu de bouche. Il se comporte nettement mieux que ce que j’aurais imaginé.

Le Château Petit-Village Pomerol 1955 Ginestet a une couleur plus fatiguée alors que son niveau était beau. Il est un peu viandeux. La bouche est un peu déviée et médicinale.

Le Château Carbonnieux rouge 1928* provenant de la cave Nicolas est d’une folle richesse. Le nez est puissant. La jeunesse de ce vin impressionne. Il est truffé, gourmand, et tellement jeune. Tous les participants sont impressionnés.

Le Moulin à Vent Bouchard Père & Fils 1953* a un nez doucereux et génial. En bouche il est acidulé, fraise tagada. Il est charmeur, doux, un vrai vin de plaisir.

Le Moulin à Vent Louis Chevallier 1926* a un niveau superbe. Le nez n’est pas très agréable. Il y a un léger bouchon mais qui ne gêne pas la bouche. Il est aussi doucereux, avec un joli fruit.

Le Pommard Paul Bouchard 1971 a une extrême pureté de nez. Il est follement bourguignon et j’écris : »ça, c’est la Bourgogne ». Le fruit en bouche est rouge, magique. Le vin est brillantissime.

Le Volnay Santenots Comtes Lafon 1972 a une couleur claire. Le nez est assez désagréable. La bouche manque de cohérence.

Le Gevrey-Chambertin Louis Trapet 1961 manque de cohésion. Il n’est pas parfait et manque de message.

Le Charmes-Chambertin L. Gauthier 1928 est déclaré mort. Servi quand même, on sent un vin de noix, du café. Il n’est pas désagréable mais mort.

L’Hermitage-Rochefine Jaboulet Vercherre 1947 a une couleur tuilée. Le vin au nez un peu fade a un final dévié et médicinal qui gâche une attaque assez agréable.

Le Chateauneuf-du-Pape Paul Etienne 1943* a un nez fabuleux. La couleur est belle. C’est un vin séducteur, parfois un peu âpre ou doucereux, mais c’est un très beau vin, au top de ce qu’il pourrait donner.

Georges nous fait la surprise d’ajouter un vin à l’aveugle dont on sait juste qu’il est de 1814. Il y a de la citronnelle, du litchi, de la myrte. On sent l’alcool de ce vin muté, et le sel apparaît avant le sucre. Le final est de pâte de fruit, coing café. L’idée qui vient est celle du madère, mais je ne retrouve pas le côté tendu et sec du madère. Je pencherais volontiers vers une Malvoisie de 1814.

Il y a eu du déchet dans les apports mais les vraiment grands vins ont été si nombreux que tout le monde est conquis par cette expérience très riche vécue ensemble.

Maintenant, il me faut ouvrir les vins du dîner…

vue de ma chambre

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les vins à mon arrivée chez Yves CuilleronDSC07725 DSC07726 DSC07727 DSC07728 DSC07729

Les vins de l’acte 1

Vouvray Sec Clovis Lefèvre 1961

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Meursault Gouttes d’Or 1er Cru Moret-Nominé 2004

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Meursault Villages Thorin 1947

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Hermitage La Tour Blanche Jaboulet Vercherre 1976

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Côtes du Jura Louis Cartier  rouge 1940 #

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Arbois Pupillin rouge Louis Cartier 1940 #

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Château Bel-Air Bordeaux Supérieur 1961

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Domaine de l’Eglise Pomerol 1955

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Château Le Crock Saint-Estèphe 1961

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Château des Jacobins Pomerol 1961

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Domaine de Chevalier Graves 1952*

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Château Petit-Village Pomerol Ginestet 1955

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Château Carbonnieux rouge 1928*

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le bouchon du Carbonnieux m’a demandé un temps très long car l’effort pour tirer était énorme. Je ne comprenais pas. On voit que ce bouchon est plutôt celui d’un magnum que celui d’une bouteille, très comprimé et qui s’est épanoui après ouverture (à gauche, c’est la dimension du goulot)

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Moulin à Vent Bouchard Père & Fils 1953*

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Moulin à Vent Louis Chevallier 1926*

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Pommard Paul Bouchard 1971

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Volnay Santenots Comtes Lafon 1972

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Gevrey-Chambertin Louis Trapet 1961

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Charmes-Chambertin L. Gauthier 1928

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Hermitage-Rochefine Jaboulet Vercherre 1947

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Chateauneuf-du-Pape Paul Etienne 1943*

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Malvoisie de 1814

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les bouchons et capsules

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la table pendant la dégustation de vins anciens puis, après le repas de l’acte 2

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Rhône Vignobles – acte 2 – dîner chez Yves Cuilleron mardi, 4 février 2014

« Rhône Vignobles » réunit ses quinze membres chez Yves Cuilleron. Nous venons de terminer la dégustation des vins anciens et toute le monde est encore sous le charme de bouteilles superbes, dont les beaujolais qui, comme il y a deux ans, ont brillé.

Georges découpe de fines tranches d’un magnifique jambon espagnol avec une dextérité invraisemblable. Pour nous « rincer la bouche » Yves Cuilleron nous sert un Condrieu domaine Cuilleron 2012 très rafraîchissant. Et pendant ce temps, j’ouvre les bouteilles du dîner.

Lorsque j’ai fini, nous passons aux champagnes. Le premier est un Champagne Pommery Cuvée Louise 1981 agréable et qui est mis en valeur par le jambon d’un beau gras.

Vient maintenant la bouteille la plus prestigieuse de mes apports, le Champagne Heidsieck Monopole magnum 1961*. Le bouchon se casse et je suis obligé de le sortir au tirebouchon. La bulle est faible mais le pétillant est présent. Ce champagne me ravit. Sa couleur est très jeune, d’un jaune presque vert. En bouche il est opulent, riche, d’une acidité citronnée parfaite. Quel bonheur ! Sur le jambon, c’est un régal.

Georges sert deux bouteilles de Château Simone blanc 1990 et des amis se moquent gentiment de lui en disant que l’on peut comparer deux versions de ce vin, avec ou sans shaker, tant il a remué le vin dans une carafe. Ce blanc de grande sérénité est au sommet de son art. Il en impose.

Le Pavillon Blanc de Château Margaux 1979* n’a pas le succès que j’espérais, alors qu’il est ce qu’il devrait être, sans doute parce que ce vin est trop loin des vins riches et fruités des belles régions des vignerons.

Nous passons à table. Les truffes ont été généreusement fournies par Hubert Valayer du domaine de Deurre, qui fait commerce de ce précieux fruit de la terre et la cuisine est faite par François Villard, du domaine éponyme, qui a un passé de restaurateur. Le menu est composé d’un bouillon de pot au feu au foie gras et à la truffe, d’une omelette aux truffes, d’un gigantesque pot au feu aux différents morceaux de bœuf et d’une tarte aux pommes.

Le Saint-Joseph domaine Cuilleron 1996 arrive à point nommé car il a un goût de truffe assez spectaculaire.

La Côte Rôtie François Villard magnum 1995 est de son premier millésime. C’est un vin très gourmand, chaleureux, qui s’associe très bien avec le bouillon.

Pour l’omelette, je reviens vers l’Hermitage La Tour Blanche Jaboulet Vercherre 1976. Il est toujours remarquable. Le Saint-Joseph domaine Cuilleron 1983 a été fait par l’oncle d’Yves. Il est un peu fatigué mais chaleureux. Il n’est pas d’une précision suffisante.

Le Chateauneuf-du-Pape du Haut des Terres Blanches 1962 est bouchonné.

Le Chateauneuf-du-Pape du Haut des Terres Blanches 1957 même imparfait se boit correctement. Il manque d’énergie.

Le Crozes-Hermitage Clos des Grives domaine Combier 1990 est le premier millésime de Laurent Combier. Il est superbe. Il est très agréable à boire.

Le Chambolle-Musigny Denis Mortet 1992 a un joli nez. En bouche il n’est pas mal mais il manque de dynamisme et son final est un peu rêche.

Mes notes deviennent de plus en plus succinctes, car le temps fait son travail de sape.

La Côte Rôtie Delas 1982 est un très bon vin.

L’Hermitage rouge Chave 1996 est droit, direct, bon. Il y a une petite acidité qui ne remet pas en cause l’équilibre. Le vin est de grand charme.

Le Château Gruaud Larose 1978 a une belle puissance et beaucoup de structure. C’est un bon vin.

La Côte Rôtie Les Grandes Places Jean-Michel Gerin 1988 a une petite présence viandeuse, mais qui disparaît. C’est le premier millésime de Jean-Michel. Il a un joli fruit mais je trouve que le vin est encore fermé et s’exprimera mieux dans dix ans.

Le Santenay Hautes Cornières de M. Chapelle
1966 est agréable mais mon palais sature. Il a encore un joli fruit.

Le Château Rayas Chateauneuf-du-Pape rouge 1998 a un nez agréable et précis. Il est magnifique et a beaucoup plus de rythme que les vins précédents. Son fruit rouge est beau. C’est un grand vin. Son final est très affirmé.

Le Château Chalon Jean Bourdy 1934* est gigantesque. Tout le monde apprécie ce magnifique Château Chalon d’une grande pureté et d’une force indestructible.

Le Château Gilette crème de tête 1961* est absolument parfait et gourmand. Mais il a un rival.

Le Château Gilette crème de tête 1953 est plus clair, plus safrané. Il est plus léger mais plus subtil. Il sera généralement préféré au 1961. J’aime les deux, le 1961 pour sa force et son gras et le 1953 pour sa subtilité.

Le Château Rieussec 1970 est bouchonné.

Le Condrieu Les Eguets Récoltes Tardives Cuilleron 1993 n’a pas un nez très précis. Il est frais à boire, mais la fin de bouche est un peu amère. C’est difficile pour lui de passer après les deux Gilette.

Le Klein Constantia 1987 est une bonne surprise pour moi car je ne l’attendais pas à ce niveau. Georges qui l’a apporté considère qu’il n’est pas ce qu’il devrait être et ne l’accepte pas comme je l’ai accepté.

Le Marsala 1840, toujours de Georges d’une générosité extrême, a un nez marqué par l’amertume. Il a une très belle acidité. En bouche je ressens l’artichaut et l’œuf, la quinine. Il y a beaucoup de plantes dans ce vin assez amer, bien loin du Marsala 1856 splendide que j’avais ouvert à El Celler de Can Rocca.

Alain Graillot nous ouvre un Rhum 1945 qui affiche 40° mais en fait plus. Il est très pur mais trop strict, manquant de rondeur et de gras.

C’est à ce moment-là que je me rends compte que l’on n’a pas bu le Beaune Grèves Vignes de l’Enfant Jésus Bouchard Père & Fils 1999* que je voulais offrir à notre groupe. J’avais ouvert ce vin et Georges l’avait carafé. La carafe est là sur la table et il n’est pas question de la boire après un rhum. Georges n’est pas capable de m’expliquer pourquoi il n’est pas bu. Je montre mon agacement et Georges remet le vin carafé dans sa bouteille pour qu’on puisse l’apporter au déjeuner du lendemain. Il verse et nous constatons qu’il manque la moitié de la bouteille. Ce qui veut dire que la moitié de la table en a eu et l’autre non. Pour vérifier si le vin avait un défaut, je me verse un verre. Même après les vins sucrés que je viens de boire, je comprends que le vin est grand. Quel dommage. Je l’emporte avec d’autres vins que nous boirons demain.

Les conversations continuent et nous sommes tous d’accord sur le fait que la qualité des vins anciens s’est beaucoup mieux révélée que celle des vins jeunes du dîner. S’il y avait eu un match, mais nous n’en voulions pas, les vins anciens auraient été déclarés vainqueurs.

Nous félicitons François Villard pour la qualité de sa cuisine, nous remercions Yves Cuilleron pour la chaleur de son accueil. Nous nous rendons en taxi à l’hôtel le Domaine des Vignes à Ampuis tenu par Pascal Clusel qui est à la fois hôtelier et vigneron. Il arbore un large sourire, et son hôtel est d’un agréable et suffisant confort.

Nous venons de passer une journée mémorable avec de grands vins et d’autres que nous oublierons. Le point le plus important de cette journée est la générosité et l’amitié de tous les membres de l’association, dont la nouvelle génération se souviendra car nombreux étaient ceux qui seront les vignerons du milieu de 21ème siècle. Longue vie à « Rhône Vignobles ».

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pour l’apéritif, Georges dos Santos découpe le jambon avec une dextérité impressionnante

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Condrieu La Petite Côte domaine Yves Cuilleron 2012

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Champagne Pommery Cuvée Louise 1981

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Champagne Heidsieck Monopole magnum 1961*

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Château Simone blanc 1990

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un autre Vouvray sec Clovis Lefèvre 1961

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le riesling allemand que j’avais apporté ne m’a pas été servi. Je n’ai pu le commenter

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Condrieu François Villard Le Grand Vallon 2012

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Pavillon Blanc de Château Margaux 1979*

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Condrieu La Loye Jean-Michel Gerin 2012

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Puligny Montrachet Etienne Sauzet 1992 (non bu par FA)

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Saint-Joseph domaine Cuilleron 1996

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Cahors Le Cèdre 1998 (non bu par FA)

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Côte Rôtie François Villard magnum 1995

Hermitage Chave blanc 1995

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Deux Cairanne domaine Delubac 1976 (non bus par FA)

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Chateau La Tour du Pin Figeac 1995 (non bu par FA)

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Saint-Joseph domaine Cuilleron 1983

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Chateauneuf-du-Pape du Haut des Terres Blanches 1962

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Chateauneuf-du-Pape du Haut des Terres Blanches 1957

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Crozes-Hermitage Clos des Grives domaine Combier 1990

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Crozes-Hermitage Clos des Grives domaine Combier 2005

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Chambolle-Musigny Denis Mortet 1992

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Côte Rôtie Seigneur de Maugiron Delas 1982

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Hermitage rouge Chave 1996

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Château Gruaud Larose 1978

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Chateau Branaire 1998

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Côte Rôtie Les Grandes Places Jean-Michel Gerin 1988

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Santenay Hautes Cornières de M. Chapelle 1966

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Château Rayas Chateauneuf-du-Pape rouge 1998

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vin illisible et inconnu (non bu FA)

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Chateauneuf-du-Pape Prestige domaine de la Janasse 2004 (non bu FA)

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Château Chalon Jean Bourdy 1934*

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vin non bu : Chateau Tahbilk Marsanne 1993 (probablement liquoreux ?)

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Château Gilette crème de tête 1961*

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Château Gilette crème de tête 1953

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Château Rieussec 1970

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Condrieu Les Eguets Crème de Tête Vendange Tardive Cuilleron 1993

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Klein Constantia 1987

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Marsala 1840

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Rhum 1945

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Beaune Grèves Vignes de l’Enfant Jésus Bouchard Père & Fils 1999*

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quelques photos des plats

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Rhône Vignobles – acte 3 – dégustation de vieux millésimes chez Jean-Michel Gerin mardi, 4 février 2014

Le lendemain matin s’ouvre officiellement la réception des clients et relations de « Rhône Vignobles« . Le programme est de goûter des vins anciens des quinze domaines. Les stands sont en fait des barriques sur lesquels sont posés les bouteilles ainsi que les crachoirs. Les vins sont présentés par les membres ou leurs enfants. Mes commentaires sont succincts, car porter un verre, un crayon à bille et un carnet que l’on ne peut poser nulle part, c’est une gymnastique particulière.

Le Cairanne L’Authentique domaine Delubac 1998 a un peu d’amertume mais c’est un vin de belle mâche.

Le Saint-Joseph Les Royes domaine Courbis 2006 est bien fruité et gourmand.

Le Côtes du Lubéron Cuvée du Gouverneur domaine de La Citadelle 2000 a un joli nez. Le vin est léger mais subtil.

Le Crozes-Hermitage Alain Graillot 1996 a un joli nez et une belle matière. Je le trouve dans une période intermédiaire, car il promet de devenir encore plus brillant.

Le Crozes-Hermitage Clos des Grives Combier 1995 a une jolie matière et un final vif. Il est plus fluide que le Crozes-Hermitage Clos des Grives Combier 1990 qui a un peu moins de matière.

Le Saint-Joseph domaine Cuilleron jéroboam 1990 est un peu animal, trahissant une évolution supérieure à ce qu’il devrait. A l’inverse le Saint-Joseph Les Serines domaine Cuilleron 1995 a un nez superbe. Il est goûteux et gourmand, avec une belle longueur et un bel équilibre.

Le Cornas Cuvée Vieilles Fontaines domaine Voge 1991 est généreux, clair, gourmand et épanoui.

Le Coteaux d’Aix Château Revelette 1994 a un nez flatteur. Il est d’une belle fraîcheur. Son beau final est un peu rêche.

Le Vinsobres domaine de Deurre 1989 a un nez superbe et une belle fraîcheur. C’est un vin gourmand de belle fraîcheur. Je l’aime bien.

Le Gigondas domaine de Montvac 1989 est assez rêche. Il n’est pas mal mais il manque un peu de largeur.

Le Chateauneuf-du-Pape blanc domaine Beaurenard 1974 a un nez soufré, mais ça ne dérange pas la bouche qui est d’une belle mâche et d’une belle matière. C’est un grand vin, le seul blanc que je boirai lors de cette présentation.

Le Chateauneuf-du-Pape La Janasse 1978 a un nez superbe et doucereux. Il est d’un bel équilibre et d’une belle mâche. Sur la bouteille que j’ai goûtée le final n’est pas très précis.

Le Chateauneuf-du-Pape rouge domaine Beaurenard mathusalem 1974 a un très joli nez traduisant une belle évolution. La matière n’est pas très épaisse comme le millésime le laisse supposer mais le vin s’anime et se montre charmeur. Il s’améliore dans le verre.

La Côte Rôtie Jean-Michel Gerin 1971 a une petite imprécision. Je le dis à Mikael qui n’est pas d’accord. Alors, je me fais servir d’une autre bouteille et l’écart est spectaculaire, car le vin de cette bouteille est d’une grande clarté, très précis, au top de sa forme.

Je reviens goûter un autre Chateauneuf-du-Pape La Janasse 1978 plus rond, au fruit plus marqué, un très grand vin. A côté de lui, le Chateauneuf-du-Pape La Janasse 1977 s’il est plus tendu, manque de matière ce qui est normal pour son année.

C’est alors que Victor Coulon m’appelle au secours car le bouchon d’un mathusalem de Beaurenard 1998 est tombé dans la bouteille. Comme Superman, je mets ma cape de sauveur de la planète et avec l’aide de Victor, d’un film alimentaire tortillé et noué passant sous le bouchon et mes outils, le bouchon sort entier.

Dans les chais, trois immenses tables sont alignées pour accueillir cent cinquante personnes à déjeuner. Patrick Henriroux, le chef de La Pyramide à Vienne est venu avec son équipe pour faire le repas. Il est temps de passer à table.

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Les vins que j’ai prévus pour Rhône Vignobles mardi, 4 février 2014

Nous allons être nombreux chez des vignerons de Côte Rôtie, Châteauneuf-du-Pape et autres régions. Voici ce que j’ai préparé :

Champagne Heidsieck Monopole magnum 1961

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Zeller Moselriesling U. Pies Söhne 1962

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Domaine De Chevalier Léognan 1952

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Château Carbonnieux rouge 1928

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Moulin à Vent Chevallier 1926

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Moulin-A-Vent Bouchard Père & Fils 1953

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Chateauneuf du Pape Paul Etienne 1943

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Château Chalon Jean Bourdy 1934

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Château Gilette Sauternes 1961

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Pavillon Blanc de Château Margaux 1979

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Beaune Grèves Vigne de l’Enfant Jésus Bouchard P&F 1999

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Visite et dégustation au siège de Laurent-Perrier mardi, 14 janvier 2014

Au siège de Laurent-Perrier à Tours-sur-Marne, je suis reçu par Alexandra Pereyre de Nonancourt qui m’a invité. Nicole Snozzi qui connait la maison depuis 22 ans me fait faire la visite des lieux. Je mesure pourquoi les architectes sont sollicités par les grandes propriétés viticoles lorsque je visite une salle de maturation. C’est une véritable œuvre d’art, créée par Jean-Michel Wilmotte. Les proportions sont d’un immense raffinement ainsi que le choix des couleurs. Dans les interminables galeries de la cave, je rencontre José, qui tourne de l’ordre de 60.000 bouteilles par jour et m’explique les cycles de rotation du remuage. C’est impressionnant. Nous remontons en salle de dégustation pour goûter quelques rosés.

Le Champagne Laurent-Perrier rosé 2008 est fait de pinot noir. La couleur de pêche est très élégante. La bulle est forte. Les fruits sont très présents et multiples. Il y a une petite amertume dans le final. Quand le vin s’élargit dans le verre, le fruit est plus compoté. C’est un vin gastronomique, qui serait plus plaisant à table qu’en apéritif.

Le Champagne Laurent-Perrier rosé 2006 a la même jolie couleur de pêche. Le nez est plus vineux. L’attaque est plus belle mais la matière est un peu moins consistante. Le final est plus enjoué. Il y a un peu de bonbon anglais. Je préfère le 2008 dans sa rigueur.

Nous sommes rejoints par Jordi Vinyals, Directeur Général Commercial. Le Champagne Laurent-Perrier Cuvée Alexandra rosé 2004 a beaucoup plus de fruit que les précédents, et beaucoup plus de richesse et d’opulence. Il marque un saut gustatif majeur. Il est plus doux et plus voluptueux, fait de chardonnay.

Le Champagne Laurent-Perrier Cuvée Alexandra rosé 1998 a beaucoup de charme. Il est plus assis, avec des fruits plus compotés et confits. Il est plus noble, mais je préfère le 2004, à la vivacité plus nette.

Nous nous rendons au château de Louvois pour déjeuner. La décoration est raffinée. Dans le joli salon, face à la cheminée, j’ouvre le vin que j’ai apporté dont j’espère qu’il créera des fécondations réciproques avec les champagnes que nous allons partager.

Le Champagne Laurent-Perrier Cuvée Grand Siècle magnum fait de 1999, 1997 et 1996 a été dégorgé au 1er trimestre 2012. Il est d’une grande vivacité et d’une grande tension. Je l’aime beaucoup et il correspond à l’image que j’ai de ce grand champagne. Frais, il se boit avec envie.

Le menu est ainsi conçu : fines lamelles de Saint-Jacques aux noisettes torréfiées / joue, jarret et ris de veau braisés, pomme duchesse / parmesan 24 mois, gouda 48 mois et Moliterno aux truffes / chartreuse aux poires.

Le Champagne Laurent-Perrier Cuvée Grand Siècle magnum fait de 1999, 1997 et 1996 a été dégorgé au 2ème trimestre 2010. Alors qu’il s’agit du même champagne, il y a une très grande différence. Le second est plus complexe, plus raffiné, et je serais bien en peine de les départager, même si j’ai un petit faible pour le plus vif servi en premier.

Le Champagne Laurent-Perrier Les Réserves Cuvée Grand Siècle magnum fait de 1995, 1993 et 1990 est strict, précis, noble. Il est à mon goût moins « Grand Siècle » que les deux premiers et Alexandra Pereyre n’est pas de mon avis, car son cœur penche pour celui-ci. Il est servi en même temps que le Côte du Jura Chardonnay 1959 d’Emile Bourguignon à la couleur d’un jaune profond. Le nez de ce vin est une bombe de fruits. En bouche il est d’une invraisemblable longueur. Je suis aux anges et il propulse le champagne, lui donnant plus d’ampleur. Alexandra est plus favorable à boire ses champagnes sans cet accouplement, mais elle convient que la cohabitation est intéressante. Je suis heureux que ce vin du Jura soit aussi grand et s’accorde bien au beau champagne.

Le Champagne Laurent-Perrier Cuvée Grand Siècle Lumière du Millénaire magnum 1990 est un champagne de grande qualité, opulent, riche et complexe et je suis honoré que l’on m’ait fait goûter ces deux champagnes rares. Mais ma préférence ira vers le premier Grand Siècle fait de 99, 97 et 96 dégorgé en 2012, car il est le plus conforme au goût que j’ai acquis du Grand Siècle.

Tous ces champagnes sont grands, frais floraux, nobles et rafraîchissants. Ce sont de « vrais » champagnes.

David a fait un service de grande classe. La charmante cuisinière a réalisé un repas de grande qualité et nous avons bavardé avec elle de cuisine et d’accords mets et vins. Dans une ambiance amicale et généreuse, j’ai pu mesurer toute la grandeur du Grand Siècle, que je connais bien sûr, mais qui se boit encore mieux « en famille », avec ceux qui en ont la responsabilité.

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des bouteilles anciennes

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stock de bouteilles et le responsable du remuage

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dégorgement des rosés

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au château de Louvois

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Déjeuner au restaurant Le Petit Verdot avec Rodolphe Péters jeudi, 19 décembre 2013

Rodolphe Péters va présenter ce soir ses champagnes aux Caves Legrand et a prévu de déjeuner au restaurant Le Petit Verdot. Il invite deux de ses amis et je rejoins leur table avec mon fils. Le Champagne brut blanc de blancs Pierre Péters 1995 a un nez que je commence à trouver un peu bouchonné, ce que la bouche ne confirme pas. Mais contrairement à ces amis, je ne suis pas très à l’aise avec ce champagne que je trouve déviant, c’est-à-dire avec un manque de cohérence entre le nez et la bouche, et des variations trop grandes des saveurs en bouche. On passe du champignon au lacté, de la pâtisserie aux agrumes. Apparemment, cette chamade me gêne beaucoup plus que mes convives plus acquis à la cause de ce 1995. Je persiste à penser qu’il y avait un manque d’équilibre. Mais, comme dirait Aimé Jacquet, les fondamentaux étaient là.

Le Champagne Les Chétillons Pierre Péters 2004 apporte une confirmation de ce que je pensais, car je m’exclame : « ah, ça c’est du champagne ! », ce qui n’est peut-être pas d’une diplomatie extrême. Bien sûr il est jeune après le 1995 mais il a tellement de grâce et de droiture que je suis aux anges.

Nous prenons tous le même menu : fricassée de champignons et œuf mollet / pintade fermière rôtie, jus de cuisson à la pomme de terre de Noirmoutier / croustillant de pommes, glace à la cannelle. C’est franc, c’est simple, mais c’est gourmand, ce qui manquait à la cuisine du restaurant « Encore ».

Le Château Rausan-Ségla 1990 est une magnifique surprise. Carré, bien assis sur ses jambes, solide, aux tanins d’une grande élégance, ce vin s’exprime d’une façon remarquable. Ce vin est en ce moment dans une phase d’une grâce spéciale et exceptionnelle. Ce qui me plait, c’est que tout est judicieusement ciselé. Nous sommes face à un grand vin. Fort curieusement, le fond de verre senti en fin de repas évoque le café.

Hidé est un hôte chaleureux, dont le français s’améliore nettement. Les rires ont fusé. L’atmosphère était au partage. Le Petit Verdot est un lieu qui est cher à mon cœur.

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Une Romanée Conti 1934 bue avec Aubert de Villaine samedi, 14 décembre 2013

Lors de son arrivée à Paris Bipin Desai m’avait demandé de réserver mon samedi midi pour déjeuner avec Aubert de Villaine. Samedi, c’est le lendemain de ce vendredi 13 où la chance m’a été donnée de dîner avec des vignerons amis. Le vin de Bipin et le mien sont arrivés au restaurant le Cinq du Four Seasons George V il y a deux jours. Je ne connaissais pas le vin de Bipin et je ne savais pas si ce déjeuner à trois aurait un thème ou une justification.

Après une nuit bien courte, je me présente au restaurant à 11 heures, l’heure où les sommeliers prennent leur service, pour ouvrir les vins. Le vin de Bipin est un Richebourg Van der Meulen 1921 sans indication de vigneron. La bouteille est noire, interdisant de voir la couleur du vin, ce qui est une caractéristique de ce négociant belge qui a embouteillé les vins les plus emblématiques. On voit quand même que le niveau dans la bouteille est très convenable. Le bouchon a dû être ciré et il reste encore de la cire sur le haut du bouchon mais pratiquement pas sur le goulot. Le bouchon éclate en mille morceaux lorsque je le soulève, ce qui indique un bouchage très probablement d’origine. La prise est difficile et de petits morceaux tombent dans la bouteille. Le verre est si opaque que je ne peux enlever les miettes qui surnagent. Il est exclu de carafer. Celui de nous qui sera servi en premier devra enlever dans son verre les miettes restantes. Le nez de ce vin est extrêmement sympathique.

Le fait de déjeuner en petit comité avec Aubert de Villaine m’a poussé à choisir une bouteille qu’il faut absolument boire : une Romanée Conti domaine de la Romanée Conti 1934 au niveau très bas. Avec qui d’autre boire une telle rareté, un vin préphylloxérique ? J’ai une grande appréhension au moment d’ouvrir ce vin car le Chambertin Marey & Cte Liger-Belair 1911 d’hier avait un niveau similaire et s’est révélé mort. Ma bouteille va-t-elle connaître le même sort ? La bouteille est recouverte sur la moitié du goulot d’une cire qui a craquelé avec le temps, permettant une évaporation du vin. La qualité du bouchon n’est pas bonne. Le bouchon se déchire en remontant mais j’arrive à tout extirper. Le moment est venu de savoir : morte ou pas morte ? Le nez est gras, un peu dévié, mais il n’y a pas la promesse de mort de la veille. Le vin pourrait revenir à la vie, mais rien n’est sûr. Alors ? Wait and see.

J’attends tranquillement dans le hall où tout respire le luxe. Bipin arrive et dit qu’il aimerait que les vins soient bus à l’aveugle. J’avoue que ça ne me plait pas trop, car des vins fatigués peuvent conduire à des contresens. Aubert de Villaine me prévient par téléphone qu’il aura quelques minutes de retard. La raison : il était en train de lire mon livre et n’a pas vu passer l’heure. De quoi flatter mon orgueil !

Nous passons à table et je commande un Champagne Pierre Péters Les Chétillons 2002 à la couleur très dorée. Il est opulent, plus large que d’autres bouteilles que j’ai déjà bues.

Le menu qui nous est proposé par le maître d’hôtel italien est constitué de plats qui ne sont pas sur la carte. Nous partons à l’aventure : risotto à la truffe blanche d’Alba / homard bleu « pêche au casier » cuit sur sel au goémon, jus pressé au naturel, cœur de fenouil et kumquat/ pigeon façon bécasse avec légumes d’automne.

Jean-François Coche-Dury avait donné hier à chacun de Bipin et moi un Meursault Les Rougeots Jean-François Coche-Dury 1999. Bipin estimant qu’il aurait du mal à remporter ce vin aux USA fait ouvrir le sien. C’est assez invraisemblable de voir la puissance olfactive et gustative de ce vin qui passe en force tout en ayant une précision ciselée remarquable. Il y a du génie dans ce domaine. L’accord avec le risotto est superbe, amplifiant la voix du vin, d’un coffre infini.

Nous buvons les deux rouges à l’aveugle. L’exercice est difficile avec des vins de cet âge aussi est-il inutile de le prolonger. Le Richebourg Van der Meulen 1921 a une couleur d’un rouge sang de pigeon peu compatible avec son âge. On sait que Van der Meulen a été capable du meilleur comme du pire, maquillant des vins comme ce fut le cas d’un Clos de Tart bu avec 55 autres Clos de Tart, qui jurait, tant il n’avait rien à voir avec un vin de ce domaine. Plus récemment, j’avais bu des Romanée Conti des années 20 de Van der Meulen, qui contenaient peut-être un peu de Romanée Conti. Ici, le vin est très agréable, vivant, pur, de belle mâche et l’on peut admettre que le vin est bien un Richebourg car, comme je l’ai indiqué ci-dessus Van der Meulen est aussi capable du meilleur. Aubert de Villaine n’exclut pas que ce Richebourg soit du domaine de la Romanée Conti car il est possible qu’ils l’aient embouteillé sans indiquer le domaine.

La Romanée Conti domaine de la Romanée Conti 1934 a un teint plus terreux. Le nez n’est pas désagréable. Le vin a une concentration extrême, une force incroyable et un final au sucre prononcé. Aubert de Villaine fait appel à ses souvenirs de dégustation et ses souvenirs d’archives. Les vignes à l’époque pouvaient avoir trois cents ans ! La concentration était extrême car les rendements étaient infimes et le sucre résiduel provient du fait que les techniques de l’époque n’étaient pas très précises. Merci pigeon, car le plat fait revivre la Romanée Conti, lui donne de la vigueur, et nous commençons à boire une vraie Romanée Conti. J’avais eu peur, et le Dieu des amateurs de vins a exaucé mes prières. J’ai la chance de boire la lie, presque noire, et je perçois enfin le sel qui signe l’âme de la Romanée Conti. Ce n’est certainement pas la plus ingambe des Romanée Conti, mais elle nous a donné le meilleur de ce qu’elle pouvait. Aubert de Villaine est ravi, ce qui est le principal, et je suis heureux de l’avoir partagée avec lui.

La cuisine d’Eric Briffard est précise, généreuse et rassurante, le service est parfait, supervisé par Eric Beaumard présent un samedi et ravi de voir Aubert et Bipin. Ce déjeuner à trois avec cette Romanée Conti 1934 est un bonheur de plus.

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bouchons en miettes du 1921 et du 1934

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