Archives de catégorie : vins et vignerons

dîner Vinexpo – Domaine de Chevalier mardi, 23 juin 2009

Changement de décor au Domaine de Chevalier. Un groupe de maisons familiales s’est appelé le « Tour de France des appellations » et compte : les vins d’Alphonse Mellot, le domaine Zind-Humbrecht, les domaines Paul-Jaboulet Aîné, le domaine Faiveley, le Château de Fuissé, le domaine Olivier Leflaive, le champagne Pol Roger et bien sûr le Domaine de Chevalier. Créé il y a 25 ans, c’est ce soir son 11ème tour de France. Chaque maison invitant, il est légitime que nous soyons plus nombreux qu’au Château Palmer : cinq cents contre deux cent quarante. Dans le sous-bois derrière les chais, des stands circulaires proposent des vins des huit maisons. On tourne autour, comme les particules qui empruntent un cyclotron, mais au lieu d’être accéléré, le chemin est ralenti par des stands gourmands et tentateurs : de délicieuses huîtres du Cap Ferret, petites comme je les aime, des blinis tartinés de crème et de diverses préparations de saumon, du foie gras juste poêlé posé sur du pain perdu, des gambas et coquilles Saint-Jacques à la plancha, le délicieux jambon ibérique que j’avais eu la chance de déguster ici même lors de la présentation des 2008, et enfin, le clou de ce tour périphérique, une dégustation à la cuiller de caviar d’Aquitaine. Le public est extrêmement cosmopolite car les agents et importateurs de ces huit maisons sont présents. Comme me le dit Anne Bernard, maîtresse de cérémonie, il n’y a quasiment pas de bordelais. Ne voyant aucun crachoir, je me résous à ne boire que le champagne Pol Roger non millésimé fort aimable, même s’il est largement moins brillant que le magnifique Pol Roger 1999 servi la veille en magnum. Anne me dira plus tard : « mais tu peux cracher sur la pelouse », ce qui me permet d’élargir l’échantillon de mes boissons apéritives.

Olivier Bernard et ses compères du tour de France font des discours de bienvenue spontanéistes et probablement incompréhensibles dans leur humour gaulois et chahuteur par la majorité des présents. Nous passons à table et selon la tradition voulue par Olivier Bernard, le dîner n’est pas placé. Voici le tour de la table où je m’installe : un danois vivant à Las Vegas qui organise des dîners spectaculaires à Las Vegas ou a Hong-Kong avec son épouse américaine qui est peintre, une jeune suédoise mâtinée de philippin qui vit à Vancouver mais fait un stage en bordelais pour rejoindre un jour la maison de négoce américaine de son papa, trois américains, de New York, Miami et San Francisco, tous trois importateurs de vins, François Mauss, président du Grand Jury Européen qui organise des dégustations comparatives de grand sérieux, une journaliste d’un grand support français du vin et son mari.

Le principe du dîner est d’avoir un seul plat, une pintade, puisque l’on suppose que nous avons succombé à la ronde des saveurs exquises du sous-bois. Ensuite, fromages de Bernard Antony et mignardises. Pour les boissons, des stands dispersent des merveilles de chaque vigneron du groupe des huit auquel s’ajoute l’invité d’honneur, le Porto Taylor’s.

Cette forme de repas est assez curieuse car on passe beaucoup de temps debout, pour aller remplir les verres de nouveaux nectars, et comme on croise des gens que l’on connaît, on taille une bavette avant de revenir s’asseoir pour constater que ses voisins de table sont partis se réapprovisionner. La pintade délicieuse est absorbée très vite. Je bois côte à côte Le Bâtard Montrachet Olivier Leflaive 2005 et le Corton Charlemagne Olivier Leflaive 2005. Lequel vais-je préférer des deux vins si contraires ? Quand les verres sont frais, c’est la grâce élégante du Corton Charlemagne qui l’emporte. Quand le vin a pris sa place dans le verre et s’est installé confortablement, ayant ordonné ses arômes comme on arrange ses crayons dans un plumier, c’est le Bâtard qui l’emporte par sa générosité flamboyante. Ce sont deux vins de grand plaisir. Une belle découverte est le Mazis-Chambertin domaine Faiveley en jéroboam 2007. Ce vin a tout ce que l’on aime de généreux en Bourgogne et à mon grand étonnement, un expert en vins que je vénère ne partage pas mon enthousiasme alors que ma table a aussi adoré. Comment ne pas aimer ce vin simple et porteur d’un plaisir immédiat ? Il est temps de passer au fromage et je souris de la gentille naïveté de Bernard Antony. Il aime composer lui-même les assiettes et suggérer l’ordre de dégustation de ses fromages. Si l’on est vingt à dîner, voire cinquante, c’est tout à fait possible. Mais pour cinq cents, c’est inenvisageable. Vouloir assumer seul le service de tant de convives est herculéen. La queue qui se forme promet plus d’une heure d’attente. Quand je serai sur le départ, de patients convives attendront encore qu’on les serve. C’est tout le charme de Bernard Antony. Il est certain qu’après tant d’attente, le fromage n’en est que meilleur. C’est l’occasion d’essayer le délicieux Domaine de Chevalier rouge 1989 d’une pureté bordelaise remarquable, de goûter l’Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Aîné 1988 bien carafé à la chaleur de cœur réjouissante et à la simplicité rassurante des grands Rhône.

Le Riesling Clos Winsbuhl Domaine Zind-Humbrecht 2007 est trop perlant pour moi sur le fromage, et par contraste le Gewurztraminer Heimbourg sélection de Grains Nobles Domaine Zind-Humbrecht 1989 est une petite merveille. Ce vin est adorable. Car on a la sensation du sucré, du doucereux, qui se combine à une fraîcheur citronnée et à un final limpide et glissant de fraîcheur. On peut évoquer beaucoup de saveurs dont l’abricot est la plus reconnaissable. Ce vin délicieux est le vin de ma soirée. L’impression de fluidité se retrouve aussi dans le Porto Taylor Vintage 2000, que l’on sent puissant et frais en même temps. Il s’accorde à merveille avec quelques fromages très typés et très forts. J’ai raté des merveilles généreusement offertes car il n’était pas possible de répondre à toute cette profusion. Au hasard des tours de stands des conversations se nouent. Beaucoup d’étrangers veulent que mes dîners se délocalisent chez eux. Y aura-t-il des suites ? L’avenir le dira. 

Dans un espace retiré soudainement noir de monde on peut venir téter d’impressionnants cigares et suçoter de délicieux cognacs. On sait vivre chez Anne et Olivier Bernard.

Vinexpo – soir de fête au Chateau Palmer lundi, 22 juin 2009

Les années impaires Vinexpo se tient à Bordeaux et les années paires dans le reste du monde. Le jour, tous les acteurs du monde du vin se pressent dans les allées de l’immense hall où des milliers d’exposants font connaître leurs vins. Le soir est festif, les châteaux bordelais tenant à honorer leurs agents et distributeurs de tous les recoins du vaste monde, des vignerons et journalistes et tous leurs amis. Cette grande fête du vin est démarrée depuis deux jours. Je me limiterai à la partie festive de l’événement, pour rencontrer des personnes que j’apprécie. Pour mon premier soir, c’est la fête au Château Palmer. Un kilomètre avant d’arriver on voit battre aux vents des oriflammes sur le toit du château qui m’évoquent le dessin gravé sur les capsules de Pétrus où un château imaginaire est surmonté de deux énormes drapeaux. Le château restera en dehors de la fête puisque la joyeuse assemblée s’égaye autour des innombrables bâtiments qui forment presque un village. A l’accueil, des hôtesses pointent des listes d’invités interminables et donnent à chacun un canotier dont le bandeau est noir pour les hommes et blanc pour les femmes. L’espace est livré aux saltimbanques. Un couple compose des acrobaties et des équilibres, un jongleur fait voyager une boule de verre sur son corps comme s’il la téléguidait, on peut caillasser des bouteilles avec des boules de pétanque ou des boîtes de conserve avec des boules de feutre.

A l’un de ces petits stands, un homme a disposé des clous sur une grosse poutre et suggère qu’en trois coups d’un lourd marteau on en enfonce un complètement. Le marteau est lourd et difficile à diriger aussi, sur les trois coups que j’assène, aucun n’atteint la tête du clou. L’homme eut une remarque d’un humour merveilleux. Feignant de s’excuser il me dit : « en fait, j’aurais dû mettre mon clou ici », montrant le point où mon marteau s’est écrasé avec une remarquable constance lors des trois tentatives ratées. J’adore cette forme d’humour.

Jésus (prononcez Rézous) planté sur des échasses, me propose d’entrer dans la roulotte d’Emmanuela, qui lit les tarots et prédit l’avenir. J’entre. La gitane ou supposée telle me fait asseoir sur des peaux de bêtes dans un espace aussi chargé que les boutiques pour touristes du Mont-Saint-Michel. Ici, ce sont des serpents en plastique, des évocations indiennes ou fétichistes. La diseuse de bonne aventure m’asperge d’ondes bénéfiques, fait une incantation et me lit les tarots. Pendant qu’elle officie, un décolleté calculé au millimètre près révèle deux demi-mappemondes dont on aimerait lire le cristal pour prédire le présent. Rassuré sur mon avenir qui devrait faire de moi le maître du monde dans une sérénité contrôlée je rejoins le groupe des invités pour bavarder avec le propriétaire de l’Ami Louis. Nos évocations de bonne chère et de bons vins nous donnent l’eau à la bouche. Aux stands, on se régale de pain perdu aux cèpes, de croquettes de pieds de porc, de crépinettes de foie gras à l’échalote confite, de foie gras de canard en toasts et de mille autres petits canapés délicieux. Le Champagne Pol Roger en magnum 1999 se boit avec la facilité des grands champagnes de soif. On y revient ! En revanche, le vin du Château Palmer 2007 qui nous est servi a la brutalité de la jeunesse. Il est dans une phase ingrate où tout est caricatural.

Nous passons à table sous un haut chapiteau de cirque. Je suis assis à côté d’Olivier Decelle et de son épouse, propriétaires de Mas Amiel qui étendent lentement mais sûrement leurs emprises dans le vignoble bordelais. A notre table Eddy Faller du domaine Weinbach, deux français vivant à New York, importateurs et agents de vins, et un concepteur de sites internet pour le vin.

Le menu est ainsi composé : œufs meurettes aux truffes, carbonade de veau, morilles, fonds d’artichaut de Clamart, chèvre frais, pêche blanche au vin, gourmandises foraines et mignardises.

Thomas Duroux s’adresse en un anglais parfait à l’assemblée cosmopolite, suivi de Bernard de Laage de Meux. Les discours sont courts, précis et amicaux. On nous prévient qu’après chaque plat un tirage au sort désignera le gagnant d’un lot. J’indique à ma voisine que je ne gagne jamais à ces tirages de dîners.

L’Alter Ego de Château Palmer 2005 est servi en même temps que le Château Palmer 2005. Les deux vins sont dans leur folle jeunesse. On sent que le Palmer connaîtra un avenir brillant lorsqu’il calmera un peu sa fougue de mustang. L’écart avec le second vin n’est pas aussi grand que ce que je croyais, l’Alter Ego s’en tirant remarquablement bien. Ces deux vins puissants sont délicieux sur le veau très tendre.

Avec une générosité qui mérite d’être signalée, on nous sert en double magnum le Château Palmer 1982. Et ce vin démontre tout l’intérêt du mûrissement du vin. A côté du chien fou, le 1982 montre un message tout en finesse et en délicatesse. C’est Mozart qui succède à Iggy Pop. J’adore ce Palmer à la belle longueur qui combine une subtilité raffinée à une force de persuasion efficace.

Je suis beaucoup moins convaincu par le Condrieu Les Chaillées de l’Enfer domaine Georges Vernay 2007 présenté élégamment par Christine Vernay, car ce vin qui eût été beau sur le veau est inadapté au fromage de chèvre léché de miel. Il se forme un désagréable perlant créé par le fromage, donnant l’impression qu’un comprimé effervescent est posé sur la langue. On revient donc au Palmer 1982 qui charme la fin du repas. Sur les tickets remis à l’entrée pour la tombola, Olivier Decelle a le numéro 68 et j’ai le numéro 69. Le truculent chef italien qui procède au tirage inscrit sur le tableau à la craie : 68. Olivier est attentif. Puis le chef écrit « +1 ». J’ai gagné ! Et pas n’importe quoi : un magnum de Château Palmer 2005. Dans la foule j’entends un brouhaha de certains amis qui disent : « c’est injuste, pourquoi lui, il a déjà tant de vins ». Je m’agrippe à mon lot. Ça fait tellement de bien de gagner pour une fois.

Parmi les convives je salue notamment Didier Depond, président de Salon, grâce auquel je suis ici et Etienne Hugel avec lequel nous évoquons en grande émotion la mémoire du précieux Jean Frédéric Hugel.

Remerciant Thomas Duroux, je lui dis que mon intention est de parader aux autres dîners de la semaine avec « mon » magnum en disant aux vignerons qui nous reçoivent : « vous voyez, chez Palmer, on reçoit comme il faut. Car chaque invité a reçu un magnum de 2005 ». Je ne pense pas que pousserai plus loin ce projet taquin.

La fête à Palmer, dans une ambiance chaleureuse et amicale, fut particulièrement réussie.

les deux plats

Le Condrieu

Hommage à Jean Hugel mercredi, 10 juin 2009

Jean Hugel vient de mourir à l’âge de 85 ans.

Grand vigneron, mémoire du vin et de son histoire, il a fait beaucoup pour la cause du vin, du vin d’Alsace et pour la maison Hugel, membre prestigieux du club des Hénokiens.

Jean a dès ses débuts appuyé l’académie des vins anciens dont il fut l’un des membres les plus fidèles. Il a apporté à l’une des réunions un Riesling 1915 qui est à ce jour le vin le plus extraordinaire que nous ayons partagé.

La Maison Hugel m’a envoyé ce lien :

Retrouvez le sur http://blog.hugel.com/2009/06/jean_hugel_millesime_1924_vien.html

N’hésitez pas à laisser vos témoignages sur cette page du Blog.

Je crois pouvoir dire que Jean m’honorait de son amitié. Simone, son épouse, à laquelle je transmets mon affectueuse sympathie, peut être fière d’avoir eu pour mari l’homme le plus bavard de la terre, mais aussi l’homme au cœur et à la générosité infinis.

Moët & Chandon à Roland-Garros jeudi, 4 juin 2009

Chaque année, comme beaucoup de grandes entreprises françaises, Moët & Chandon dispose d’un espace privatif au sein du « village » de Roland-Garros. Comme pour la Formule 1, le sport est un bon prétexte pour des relations publiques efficaces. Je suppose que chaque jour doit avoir un thème. Aujourd’hui, je suis reçu avec quelques vignerons qui vendent leurs raisins à Moët, avec des membres de la direction des relations humaines, et avec plusieurs représentants de la presse écrite du vin et de la gastronomie. Dans cette oasis de communication, on ne lésine ni sur le nombre d’hôtesses, ni sur leur beauté. Nous bavardons entre invités autour d’un champagne Moët & Chandon brut sans année ou bien du même mais rosé. L’un et l’autre se boivent bien mais j’ai un penchant naturel vers le champagne plus que vers le rosé.

Nous passons ensuite au Champagne Moët & Chandon millésimé 2003 ainsi que son cousin rosé. J’insisterai sur le champagne, très original et qui se boit avec plaisir. Frédéric Cuménal, président de Moët & Chandon est tout sourire, rugbyman toujours pratiquant, avec les risques que cela comporte, tel que celui de ne plus pouvoir lever le coude, a invité deux rugbymen, joueurs internationaux. Nous passons à table et le menu a été préparé par Potel & Chabot. Je ne toucherai pas au Chablis 2007 et au Crozes-Hermitage 2007 pour éviter des mélanges avec des vins très jeunes. De ce que j’ai compris par les remarques alentour, les deux vins avaient probablement pour mission de ne pas faire de l’ombre au champagne. Je suis donc resté à son soleil, d’autant qu’il se boit facilement.

La présentation de la volaille sur le menu mérite d’être signalée. Car dans un monde de cocooning et de principe de précaution, on materne vraiment le consommateur. Voici ce qu’on en dit : « Poulet de Bresse, « appellation d’origine contrôlée », gaulois à crête rouge, plumage blanc et pattes bleues, entre Louhans et Pont-de-Vaux, Montrevel et Bourg-en-Bresse, gourmand et bagarreur, je cours libre dans les prés, glorieux, fier de ma chair et de mes lettres de noblesse ». J’attends avec impatience un couplet de même nature sur les escargots de Bourgogne.

Les conversations allaient bon train quand à la fin du repas arrive à notre table Alain Prost qui était invité à un autre endroit mais a tenu à saluer Jean Berchon, grand amateur s’il en est d’automobiles rares. Deux sujets ont pris le pas sur tous les autres : la voiture et l’écologie dans le monde actuel et le retour de la France au sein des pays organisateurs de Formule 1. Souriant, serein, Alain Prost est passionnant. Il m’a ouvert des thèmes de réflexion en faisant remarquer que la voiture électrique, tout bien pesé, n’est peut-être pas aussi écologique qu’on le dit.

Comme beaucoup, j’ai prétexté un après-midi studieux pour ne pas me rendre sur les gradins. Roland-Garros resta donc un prétexte à bénéficier de la générosité et de l’amitié de Moët & Chandon.

A moi de renvoyer la balle…

Les Yquem des années 30 mardi, 2 juin 2009

Lors d’une discussion sur un forum, j’ai recherché mes notes sur les Yquem des années trente.

Voici ce que j’ai écrit. Il est intéressant de les avoir réunis.

(Yquem 1931 bu après Filhot 1975)

Magnifique château d’Yquem 1931 que j’ai trouvé moins sec que ce que j’imaginais. On avait en bouche une belle définition du Yquem historique où la mangue, le thé, le fruit délicatement caramélisé forment un éventail de saveurs à la persistance sans limite.

(Yquem 1932 bu avec Alexandre de Lur Saluces)

Nous avons eu ensuite le cadeau de la soirée. Alexandre de Lur Saluces à qui j’avais raconté mon excitation de boire Yquem 1932 avait accepté de nous rejoindre, car la curiosité le tenait lui aussi. J’ai ouvert cette belle bouteille jamais rebouchée, et la remarque immédiate d’Alexandre de Lur Saluces fut intéressante : "il est probable qu’aujourd’hui, on aurait vinifié le millésime d’une toute autre façon". C’est très caractéristique, car Alexandre de Lur Saluces, soucieux de sa récolte en cours ou à commencer, pense au travail qui est fait. Ma démarche est de me concentrer sur le témoignage. Il fallait que les convives profitent de cette année si rarement ouverte. C’est le témoignage, quoi qu’il délivre, qui est souhaité avant tout. On sait en buvant 1932 que ce ne sera pas 1929, année grandiose. Mais c’est le 1932 qu’il faut découvrir. Un nez très Yquem, doucereux, fruité et affirmé, et en bouche, l’étonnement : c’est presque un vin sec. On n’a pas le charnu, le fruité d’un Yquem généreux, mais quel plaisir de découverte.

(un ami avait annoncé qu’il apportait Yquem 1921 et il a apporté Yquem 1933)

Merveilleux accord avec la mangue, mais le miel avait été calibré sur Yquem 1921 et non pas sur Yquem 1933, particulièrement sec. L’auteur de ce cadeau regrettait la sécheresse et je lui ai fait la même remarque que celle que j’avais faite à Alexandre de Lur Saluces à propos de Yquem 1932 si sec : c’est l’expression de Yquem sur cette année là, alors je la prends comme telle. Et j’ai adoré ce Yquem 1933 bien sec, mais couvrant une subtilité de message rare. J’adore ces Yquem suggérés.

(bu au Château d’Yquem, avec un accord que je ne recommanderais pas !)

Le Yquem 1934 a une robe de miel. Tout de suite ce qui frappe c’est qu’il a peu d’alcool. Il est assez sec comme beaucoup de vins de la décennie 30 à l’exception du 1937. Il a une longueur limitée mais un charme inimitable. Aimant les Sauternes devenus assez secs, je suis tout à mon aise. Il y eut deux écoles : ceux qui trouvèrent que le feuilleté de rhubarbe au Sauternes accompagnait admirablement le Yquem 1934 et ceux qui comme Francis et moi trouvaient que ce dessert délicieux, qui avait bien capté les composantes de ce délicieux breuvage, raccourcissait le Yquem. A chacun son goût. On vérifie chaque jour que les réactions ne sont jamais identiques.

(bu lors d’une verticale d’Yquem)

Le Yquem 1934 est très surprenant. Mon opinion est qu’il a changé par rapport à son goût originel, évoluant vers une combinaison d’alcool et d’oranges très mûres. Si ce vin était bu tout seul, nous le trouverions absolument superbe. Mais mis ensemble avec le 1947 et le 1948 c’est un challenge trop lourd.

(bu juste après un Coutet 1949)

Nous remontons dans la suite japonisante de mon ami pour goûter mon deuxième apport : Château d’Yquem 1935. Ce changement de lieu convient bien à l’Yquem qui n’aurait pas trop aimé d’être comparé. Sa couleur est plus claire que celle du Coutet. C’est un vin peu botrytisé, moins dense que le Coutet, mais la signature d’Yquem est tellement éblouissante que je suis conquis par cet Yquem moins exubérant, mais infiniment séduisant.

(bu après un Haut Sauternes Guillaume 1943)

Trompettes, sonnez maintenant, car le Château d’Yquem 1936 au bouchon d’origine, d’un niveau irréprochable est d’une perfection irréelle. J’avais de la décennie 30 l’image d’Yquem peu botrytisés. Or ce 1936, que j’ai déjà bu, est ici pimpant, joyeux, magnifique. Il est dans la lignée des Yquem que j’adore, aux tons d’orange, de mangue, d’abricot. C’est magnifique, d’un équilibre absolument parfait. Joyeux, il me plait plus que le 1937 que l’on a bu à l’académie des vins anciens. La poire d’Eric Fréchon est très belle. Mais un si beau sauternes ne gagne rien avec le dessert. Il fallait le déguster seul, dans son impériale beauté.

(bu lors d’un dîner à la mémoire de Jean-Claude Vrinat de Taillevent)

Un des grands moments du dîner, c’est l’apparition de Château d’Yquem 1936. Le nez est d’une poésie extrême. Intense, subtil, il est ravissant. La couleur est d’un or clair. En bouche c’est l’image fidèle de l’Yquem de cette année et l’un d’entre nous fit un parallèle avec Jean-Claude Vrinat né cette année. Intelligence, finesse, discrétion, subtilité et équilibre, tout cela s’applique à l’homme et au vin. C’est un très grand Yquem si l’on accepte qu’à cette décennie le sucre est discret, les notes de pamplemousse et de thé étant plus suggestives qu’explosives. Pour mon palais c’est un Yquem parfait dans cette acception. Le dessert, gourmandise au pamplemousse et au thé vert est très agréable, mais seul le pamplemousse répond vraiment à la subtilité du vin.

(où Yquem 1937 se fait surpasser)

Le Château Rabaud 1945 crée en moi une émotion invraisemblable. D’une douceur, d’une délicatesse rare. Le Château Suduiraut 1945, plus flamboyant, semblait fait du même moule, mais, comme il est plus sûr de lui, j’ai l’œil plus attiré par le Rabaud. Le Château d’Yquem 1937 a une couleur de thé presque irréelle de jeunesse. En bouche, on sent immédiatement que c’est Yquem. Mais ayant bu déjà un Yquem 1937 plus extraordinaire encore, je choisirai dans ces trois exemples de la perfection du sauternes accompli le Rabaud, puis Suduiraut et enfin Yquem, classement purement sentimental, sans référence à des sens objectifs et seulement à des émotions.

(Yquem 1937 bu avec Alexandre de Lur Saluces)

L’arrivée d’un Yquem 1937 est toujours emprunte d’une grande émotion surtout quand on peut bénéficier des commentaires si pertinents et formateurs d’Alexandre de Lur Saluces. Une couleur aussi merveilleusement dorée mais une transparence rare pour un vin de cette époque. C’est l’affirmation de la perfection d’Yquem avec cette présence, cette densité et cette concentration unique d’arômes inimitables. On a entre les mains et sur la langue l’expression la plus absolue du vin parfait. Le dessert ne pouvait pas convenir, comme on m’en fit la remarque, alors que si on acceptait d’essayer, l’opposition des saveurs ne manquait pas d’intérêt. Nous bûmes donc ce nectar seul, ce qui lui va sans doute encore mieux. J’ai trouvé intéressant que ce vin qui a encore la chaleur du sucre commence à prendre des aspects secs que j’adore, caractéristiques des cette décennie d’Yquem. Ce 1937 est d’une stature de très haut niveau.

(Yquem 1937 bu dans une verticale)

Le Yquem 1937 est plus fluide, acide, très dans le style des années 30. Il est très différent du style des années 40. Il y a du pamplemousse, du citron vert. C’est un vin de gastronomie, un grand Yquem. Le 1921 est complètement atypique. Il y a du thé et du café, mais aussi du citron. La longueur est unique. C’est grand, opulent, et confortable. Si j’avais à faire une critique, je dirais qu’il manque un peu d’excentricité.

(Yquem 1938 bu après un 1ères côtes de Bordeaux 1937)

Il a la courtoisie de servir de faire-valoir, et c’est ce que j’avais voulu, à un splendide Château d’Yquem 1938, serein, plein, épanoui, sûr de lui, à la profondeur de goût inimitable. Je ne m’attendais pas qu’il ait cette plénitude, car la décennie 30, à l’exception de 1937 est un peu légère. Cela fait une exception de plus.

(Yquem 1939 bu après un vin jaune de 1967)

Le Château d’Yquem 1939 a un nez qui se suffit à lui-même. Il fait partie de ces vins dont le parfum tétanise. Le plaisir du nez est si grand que le bras est paralysé et l’on n’éprouve pas le besoin de boire le vin. Je me souviens de ce Suduiraut 1928 que nous avions gardé en main, sans boire, plus de dix minutes lorsqu’il nous fut servi en compagnie de Guy Savoy assis à notre table, tant l’odeur était paralysante. Nous sommes ici dans le même cas avec des évocations de pamplemousse, de mangue et d’ananas. Tous les fruits de la même gamme de couleur que l’or serein de ce vin sont appelés à s’exprimer dans nos narines. Je fus bien inspiré de faire orienter le dessert vers la mangue, car ce fruit merveilleusement traité fit chanter cet Yquem immense. Je n’aurais jamais soupçonné que le 1939 d’Yquem ait ce charme là. Il n’a pas la solide présence du 1955 récent, mais il a un équilibre de ses composantes qui est assez spectaculaire car ici aucun trait n’est forcé. Yquem sait jouer de son charme dans ces années moins tonitruantes.

Trente millésimes du Bon Pasteur avec Michel Rolland au Bristol mardi, 28 avril 2009

Michel Rolland, son épouse Dany, sa fille Marie et son gendre organisent une dégustation verticale du Château Le Bon Pasteur, Pomerol dont ils sont propriétaires, dans des salons de l’hôtel Bristol. Trente carafes à magnums sont alignées avec leurs cols de cygnes tournés vers le ciel. Dans une deuxième rangée à leurs côtés trente magnums du Château Le Bon Pasteur, puisque cette verticale se fait à partir de magnums. La température de service et l’épanouissement en carafes sont parfaits, ce qui valorise la dégustation. On nous demande de remonter le temps, de 1978 à 2008, ce que j’ai fait en respectant la consigne. Dans la salle il y a tous les plus grands experts du vin de toutes les revues qui comptent. Les plus jeunes prennent leurs notes directement sur leur PC. D’autres dont je suis utilisent un carnet. D’autres enfin ne prennent aucune note, repérant les millésimes essentiels. Comme je l’ai souvent fait lorsque je raconte des verticales, je vais retranscrire mes notes sans en rien changer afin de garder les impressions comme elles sont apparues au moment de la dégustation. Car les notes ne seraient pas les mêmes si les conditions de dégustation étaient différentes. Voici ce que j’ai noté.

Château Le Bon Pasteur 1978 : la robe est déjà tuilée et le nez déjà ancien. En bouche, le vin est délicieux. C’est un vin qui a de la maturité, oserais-je dire, un peu plus que son âge, surtout si l’on sait qu’il vient d’un magnum, mais il est vraiment joyeux et fruité.

Château Le Bon Pasteur 1979 : la robe est plus noire mais on trouve aussi des signes d’âge. Le nez est plus serré et fort. Il est moins expansif, plus amer, mais c’est un grand vin au beau final, même s’il manque de fruit.

Château Le Bon Pasteur 1980 : la robe est pus jeune et le nez est incroyablement puissant. Comment est-ce possible ? Son nez évoque les Riojas. Le vin est un peu fade, salin, de pruneau cuit. Il manque de final. Le contraste entre le nez et la bouche est saisissant.

Château Le Bon Pasteur 1981 : la robe est assez sombre. Le nez est très élégant. La bouche est un peu amère. Il y a un manque d’ampleur, mais je remarque la belle structure. Le final n’est pas très joyeux.

Château Le Bon Pasteur 1982 : la robe est classique, assez sombre. Le nez est très profond et très racé. Il n’y a pas en bouche l’explosion qu’on attendrait d’un 1982. Le vin est relativement discret mais on sent un potentiel qui ne demande qu’à s’exprimer. Il a encore du potentiel de vieillissement. Le final est somptueux, ce qui est la signature d’un grand vin.

Château Le Bon Pasteur 1983 : la robe est un peu plus orange. Le nez est ouvert et joyeux. En bouche, c’est assez chantant. Bien ouvert, le vin est agréable et à boire maintenant, ce qui le différencie du 1982 à l’avenir immense. La belle finale est poivrée. Le vin manque un peu d’étoffe mais donne beaucoup de plaisir.

Château Le Bon Pasteur 1984 : la couleur est légèrement orangée. Le nez est calme et serein. En bouche on remarque instantanément le manque d’ampleur ; le vin est sec. Il est assez agréable mais limité.

Château Le Bon Pasteur 1985 : sa robe est la première qui devient réellement plus rouge et moins foncée. Le vin est frais, léger, manquant de force mais jouant sur l’élégance. Son final est poivré.

Château Le Bon Pasteur 1986 : la robe est plus noire, moins rouge. Le nez est opulent. En bouche, c’est un vin qui se cherche encore, du moins à mon palais. Car tout y est mais il lui manque quelques années. Très agréable, ce vin puissant et charnu doit encore être attendu dix ans. Il sera grand.

Château Le Bon Pasteur 1987 : la couleur est assez noire et le rouge n’est pas très net. Le nez est très ouvert mais manque un peu de profondeur. La bouche est joyeuse. Le vin n’est pas hyperpuissant mais il est joyeux à boire. Il n’ira plus vraiment très loin et se boit maintenant avec plaisir, malgré un final un peu rêche.

Château Le Bon Pasteur 1988 : la robe foncée est assez belle, le nez est strict et puritain. La bouche est un peu déséquilibrée. Il est trop strict à la finale sèche. Benoît, l’œnologue du domaine confirmera au déjeuner l’impression d’imperfection que j’ai ressentie.

Château Le Bon Pasteur 1989 : la jolie robe est équilibrée. Le nez est un peu fermé mais de grande race. La bouche est ravissante. C’est janséniste, car il y a un coté gaillard qui se cache derrière une parure stricte. C’est un vin étonnant qui sera très grand avec le temps. Il faut qu’il s’encanaille. La finale est sèche mais la longueur immense.

Château Le Bon Pasteur 1990 : la robe est foncée, mais c’est le premier rouge que je vois rubis. Le nez est très fort mais paradoxalement retenu. Le vin est beaucoup plus complet que les autres. Très jeune, très élégant, il a beaucoup de charme. Il  a relativement peu de fruit, il est assez strict, et son épanouissement se trouve dans son final.

Château Le Bon Pasteur 1992 : la robe est légèrement trouble. Le nez est complètement inattendu. Il est tellement généreux ! En bouche, le vin est beaucoup plus puissant que ce qu’on attendrait. Il manque un peu de trame, mais il est élégant et agréable à boire. Il laisse dans le verre un peu de dépôt.

Château Le Bon Pasteur 1993 : la robe est d’un rouge sombre. Le nez est aussi très épanoui. La bouche est assez limitée. On sent le bois, la râpe. Il est trop strict pour moi, très différent du 1992.

Château Le Bon Pasteur 1994 : la robe est noire, le nez un peu acide mais prometteur. Le vin est très confortable, très classique. Ce n’est pas un vin que j’aime, car il manque un peu trop d’imagination. Il est trop correct, au final charnu et poivré.

Château Le Bon Pasteur 1995 : la robe est sombre mais d’un beau rouge. Le nez est à la fois sobre et intense. L’attaque est belle et joyeuse. Le vin est bien ouvert et joyeux. Il est très agréable à boire car totalement équilibré. Il n’a pas une once d’amertume et de bois. Très élégant, son final est un peu moins génial, mais j’aime beaucoup ce vin.

Château Le Bon Pasteur 1996 : la robe est sombre. Le nez est très puissant et généreux. La bouche est très belle. C’est un vin de race qui envahit la bouche et s’impose. On sent que l’on franchit un seuil qualitatif. Ce très grand vin est agréable maintenant mais sera royal dans trente ans. Je suis conquis, car ce vin est à la fois très « Michel Rolland » et très prometteur.

Château Le Bon Pasteur 1997 : la robe est très belle. Le nez est étonnamment puissant, ce qui semble devenir une constante pour tous les millésimes dits faibles. Le vin est légèrement amer mais très agréable à boire. On constate l’évidence de la différence de structure et de matière avec le 1996. Il manque un peu d’étoffe mais se boit plaisamment.

Château Le Bon Pasteur 1998 : la robe est plus noire et le rouge est moins beau. Le nez est d’une élégance extrême. C’est le premier vin où apparaît la sensation de jus de mûre, ce qui est sans doute lié à l’âge. Il est très charmeur, mais je trouve qu’il perd un peu de la complexité du Château Le Bon Pasteur. Il est séducteur, riche, fort et poivré, mais il n’a pas l’élégance du 1996. Son goût est « moderne » ou peut-être tout simplement « jeune ». Je le trouve un peu râpeux et astringent.

Château Le Bon Pasteur 1999 : la robe est très noire, de couleur de mûre. Le nez est celui de fruits noirs. La bouche est claire, fluide, nettement plus intégrée que celle du 1998. Il est plaisant, facile à boire, très poivré, feuille de cassis et cassis. On perd un peu la lignée Bon Pasteur, mais c’est très agréable. Je ne parierais pas sur une grande longévité.

Château Le Bon Pasteur 2000 : le vin est très noir, d’une couleur racée. Le nez est très élégant, à la puissance contenue. Le vin est tout en rondeur, d’une puissance mesurée. Il est presque léger ce qui est étonnant. Car voir un 2000 si délicat joli et romantique, qui dirait cela parmi les détracteurs de Michel Rolland ? La continuité est évidente avec les vins de 1998 et 1999, mais ici on a l’affirmation d’un vin de style, élégant, racé et délicat. Et l’on voit que s’il y a un style Michel Rolland, alors, ce style varie ses effets selon les millésimes.

Château Le Bon Pasteur 2001 : le vin est noir avec une trace de violet. Le nez redevient puissant après la pause 2000. Le vin est plus fort, très fruit noir. Le vin est tout en affirmation, clair, net et précis. C’est un grand vin qui ne se pose aucune question. Il va se bonifier avec le temps mais se boit déjà avec un infini plaisir.

Château Le Bon Pasteur 2002 : sa couleur noire est d’un rouge assez joli. Le nez est lui aussi puissant et l’alcool s’y montre. La bouche est puissante, très boisée. C’est un vin qui n’a pas beaucoup d’imagination mais compense par sa force. Le final est fort, mais après 2000 et 2001, j’aime moins.

Château Le Bon Pasteur 2003 : la robe est celle d’un jus de mûre. C’est une belle robe profonde. Le nez est extrêmement jeune, aussi ai-je plus de mal à l’appréhender. La bouche est assez incroyable car il y a de l’élégance, de la légèreté et de la précision. Cette forme de vin est assez incroyable. Il y a beaucoup de mûre et de poivre, surtout dans le final. Le vin est plaisant. Il est assez primaire, comme la masse de muscle d’un nageur français, mais il y ajoute du charme. Même si l’on devait classer ce vin dans les vins « modernes » avec ce petit grain de péjoratif qu’on associe souvent, j’avoue que j’aime.

Château Le Bon Pasteur 2004 : la robe noire est belle. Le nez est discret mais élégant. Le vin est charmant. Il n’y a pas beaucoup de matière mais il est élégant. Le final manque quand même de quelque chose. C’est un vin à boire comme il est, à l’ombre des grands.

Château Le Bon Pasteur 2005 : la robe de noir et violet a quand même un liséré d’un rouge très beau. Le nez est très racé. La bouche est marquée par la perfection. Il est encore très simplifié, assez brutal, mais il va s’organiser, et s’assembler. La longueur est belle, mais il faudra bien dix ans, pour mon palais, avant qu’il ne s’assemble.

Château Le Bon Pasteur 2006 : sa belle robe est moins foncée. Le nez est très élégant. La bouche est agréable, très pure, poivrée mais j’ai le léger sentiment d’un petit manque. Je crois qu’il va évoluer vers beaucoup d’élégance, mais j’attendrai pour juger.

Château Le Bon Pasteur 2007 : c’est le rouge et le noir. Le nez est résolument celui d’un vin bambin. La bouche est très différente, car je suis frappé par l’élégance et la pureté absolue de ce vin. J’adore ce vin parce qu’il ne va pas trop loin. C’est le premier des Bon Pasteur dans lequel je trouve du café et de la truffe. Il ne vieillira pas aussi bien que d’autres, mais j’aime assez sa franchise.

Château Le Bon Pasteur 2008 : il est d’une belle couleur et si son nez n’est pas encore formé, il est beau. Il est très agréable et très buvable à ce stade de sa vie. Je suis assez incapable de le caractériser.

Une verticale aussi serrée, puisque toutes les années se suivent sauf 1991, est d’un intérêt très grand. Ceux qui voudraient faire croire que Michel Rolland lisse tous les millésimes sur un modèle de vin unique en seront pour leurs frais. Les millésimes se suivent et ne se ressemblent pas. L’effet millésime est considérable et il y a de belles surprises dans les années faibles, comme 1992 et 1987. Pour les grandes années, je ne vois aucune exagération que l’on pourrait imputer à un style Michel Rolland, comme je l’avais déjà remarqué pour Le Bon Pasteur lorsque j’avais visité le laboratoire de Michel Rolland et goûté les vins de son « écurie ». Mes voisins ont beaucoup aimé le 2001, en grande forme. Je l’ai aimé aussi, avec un petit coup de cœur pour 1990, 1996 et 2000. Cette dégustation d’un bon Pomerol est d’un grand intérêt.

Après une photo de groupe dans le beau jardin intérieur de l’hôtel Bristol, nous passons au restaurant pour le déjeuner. L’apéritif, un Champagne Billecart-Salmon rosé en magnum sans année est bien utile pour corriger l’astringence des trente vins que nous venons de boire. Ce champagne n’a pas une grande complexité mais il arrive à point nommé et sur de délicieux amuse-bouche, il joue bien son rôle.

Le menu préparé par Eric Fréchon est le suivant : œuf de caille au plat, lentilles du Puy en gelée de pain brûlé, écume de lard / oignon rosé de Roscoff cuit à la cabonara, royale de truffe noire et girolles / filet de bœuf et paleron bordelais, millefeuille de pommes de terre / brie fermier des Trente Arpents Baron Edmond de Rothschild / crémeux noir, sablé craquant, noisette torréfiée croustillante, glace à l’infusion de café, émulsion de caramel.

Nous commençons par un Château La Grande Clotte Bordeaux blanc 2001, qui est le seul vin blanc fait à Pomerol mais sur des vignes de Lussac Saint-Emilion. Le nez est très fort. Benoît, l’œnologue du Bon Pasteur qui est à ma table explique que les méthodes de vinifications sont bourguignonnes et que le résultat, très oxydatif, tend vers un vin de Jura. A 14°, il ne me plait pas tant que cela, car il est fort. La délicieuse gelée forme un accord remarquable avec le vin blanc.

Le Château Le Bon Pasteur 1998 est servi en double magnum et Benoît en est très fier. Je le trouve assez anguleux et manquant de complexité. On est en plein dans le vin moderne, brut de forge. Le contraste est extrême avec le Château Le Bon Pasteur 1982 servi en impériale. Ce vin est toute douceur et plein de finesse. Alors que Benoît parle de la tendance actuelle à boire les vins très jeunes, on a ici la démonstration de l’évidence de l’effet du temps sur le plaisir de boire. Le filet de bœuf est assez sec alors que le paleron est divin avec le 1982. La petite tranche de moelle qui accompagne le paleron forme un mariage succulent avec le 1998.

Le Brie est spectaculairement bon. J’ai souvent mangé ce fromage de la baronne. Jamais il n’a été aussi délicieux. Par un phénomène d’une évidence extrême, tout d’un coup, le 1998 s’arrondit dans le verre et devient civilisé comme jamais on n’aurait cru qu’il le devînt.

Michel Rolland a fait un aimable discours sur la joie qu’il a de faire le Bon Pasteur. Sa générosité fut exemplaire. S’il fallait briser la réputation de monolithisme de la « façon » du « flying winemaker », la démonstration est faite. S’il fallait nous faire mieux connaître un très bon pomerol, la démonstration est réussie. Cette verticale fut largement convaincante de l’intérêt du Château Le Bon Pasteur.

Bon Pasteur au Bristol – photos mardi, 28 avril 2009

L’impressionnant alignement des carafes et des flacons. On reconnait Michel Bettane sur la droite.

Château La Grande Clotte 2001 et Château Le Bon Pasteur 1998 en double magnum

Château Le Bon Pasteur 1982 en impériale. Il n’en reste plus qu’une au château !

A droite les oignons roses d’Eric Fréchon d’une grande subtilité

Domaines Maisons et Châteaux lundi, 27 avril 2009

Il existe un groupement de vignerons de toutes régions qui s’appelle « Domaines Maisons et Châteaux ». Plusieurs domaines prestigieux en font partie, ce qui me conduit assez naturellement à répondre favorablement à leur invitation, même si ce que l’on boira est du monde des vins très jeunes. La réception se fait au premier étage du restaurant « Les Noces de Jeannette », lieu où l’on sent que tradition et bien manger se conjuguent dans la joie.

Le domaine Ostertag fait goûter ses 2007 et j’ai beaucoup aimé le A360P (qui n’est pas le nom d’un nouveau virus), Muenchberg Grand Cru Pinot Gris Domaine Ostertag 2007 présenté par André Ostertag dont la passion me plait. Dominique Lafon que j’avais vu récemment à l’académie du vin de France est venu lui-même présenter ses Mâcon Les six vins à prix doux par rapport aux vins du Domaine Comte Lafon sont remarquablement faits. J’ai bien aimé le Mâcon Milly Clos du Four Domaine des Héritiers des Comtes Lafon 2007. Cette manifestation relativement confidentielle permet de parler plus calmement avec de grands vignerons. J’aime cette atmosphère sympathique de dégustation.

Domaines Maisons et Chateaux lundi, 27 avril 2009

Il existe un groupement de vignerons de toutes régions qui s’appelle « Domaines Maisons et Chateaux ». Plusieurs domaines prestigieux en font partie, ce qui me conduit assez naturellement à répondre favorablement à leur invitation, même si ce que l’on boira est du monde des vins très jeunes. La réception se fait au premier étage du restaurant « Les Noces de Jeannette », lieu où l’on sent que tradition et bien manger se conjuguent dans la joie.

Le domaine Ostertag fait goûter ses 2007 et j’ai beaucoup aimé le A360P (qui n’est pas le nom d’un nouveau virus), Muenchberg Grand Cru Pinot Gris Domaine Ostertag 2007 présenté par le sympathique vigneron dont la passion me plait. Dominique Lafon que j’avais vu récemment à l’académie du vin de France est venu lui-même présenter ses Mâcon Les six vins à prix doux par rapport aux vins du Domaine Comte Lafon sont remarquablement faits. J’ai bien aimé le Mâcon Milly Clos du Four Domaine des Héritiers des Comtes Lafon 2007. Cette manifestation relativement confidentielle permet de parler plus calmement avec de grands vignerons. J’aime cette atmosphère sympathique de dégustation.