Archives de catégorie : vins et vignerons

visite à la Romanée Conti lundi, 16 mai 2011

le nouveau siège de la Romanée Conti

Aubert de Villaine à sa fenêtre dont la vue est la plus belle du monde, en contrejour

la vue avec La Tâche et la Romanée Conti

la cave (une des caves)

manifestement je m’y plais

un tonneau mythique

dégustation au caveau

Bernard Noblet explique (par l’ouverture dans le mur on voit du stock)

un bouchon qui montre la générosité de nos hôtes

Jean Charles Cuvelier (DRC), André Robert (La Cagouille), Aubert de Villaine, Bernard Noblet et moi

belle verticale de 16 millésimes du Clos Saint Denis domaine Dujac lundi, 16 mai 2011

Jeremy Seysses du domaine Dujac m’avait parlé depuis plusieurs mois de la volonté de sa famille de faire une verticale du Clos Saint Denis. Les Seysses sont propriétaires du domaine depuis 1968 et leur premier millésime est le 1969. La parcelle du Clos Saint Denis est de 1,45 hectare, avec des vignes plantées à diverses périodes, d’un âge moyen de 45 ans. Les invités à cette dégustation sont Clive Coates, dégustateur réputé des vins de Bourgogne et écrivain, Jean-Emmanuel Simond journaliste et organisateur d’événements autour du vin, et moi, en plus de Jacques, Jeremy et Alec Seysses. Nous serons rejoints en cours de route par Michel Magnien et Guillaume d’Angerville, deux vignerons amis des Seysses. Nous sommes installés dans le salon de la maison de Jacques et de temps à autre, Rose et Diana, épouses du père et de l’aîné des deux fils viendront nous encourager.

Mes notes sont prises à la volée et comme je le fais chaque fois, je n’en changerai rien, même s’il est apparu par la suite, du fait du réchauffement dans le verre, que le commentaire mériterait d’être nettement plus laudatif.

La première série comporte les Clos Saint Denis Dujac 2009, 2008, 2007, 2006.

Le vin le plus foncé est le 2009, le plus clair étant le 2007. Au nez, le 2009 est très riche, le 2008 est plus marqué par le soufre, le 2007 est plus bourguignon et le 2006 est plus calme et élégant.

En bouche, le 2009 est gourmand, précis, chaleureux. Un vin que l’on a envie de boire. Il est marqué par la cerise rose, le final est de feuille verte. C’est un très joli vin. Le 2008 est plus incertain, plus rêche, moins joyeux. J’y vois du tabac et des fruits secs. Le 2007 est un joli vin dans sa fraîcheur. J’aime. Il est quetsche, cerise marinée, et son final est profond. Le 2006 est plus neutre, plus fermé, à attendre, car il va bien évoluer.

A ce stade, je classe : 2009, 2007, 2006 et 2008, mais cela va changer avec le temps, car je trouve que le 2006 a un final diablement prometteur.

Au deuxième examen, le 2009 est un très grand vin qui promet. J’écris « impérial ». Le 2007 est un vin de fraîcheur, très différent mais très plaisant, à boire comme un vin de plaisir. Le 2006 est carré, on le sent prêt à bondir dès qu’il aura sa maturité. Le 2006 a un final superbe. Le 2008 s’améliore, mais son final soufré qui disparaîtra est aujourd’hui ingrat. Je classe : 2009, 2006, 2007 et 2008. Jacques et Clive aiment beaucoup le 2008. Le 2009 est un vin de gourmandise à ce stade de sa vie.

La série suivante est Clos Saint Denis Dujac 2005, 2002, 1999 et 1998

La couleur la plus profonde est celle du 2005, les 1998 et 2002 sont les plus clairs. Le nez du 2005 est superbe et riche en alcool. Le 2002 a un nez qui n’est pas très structuré. L’alcool ressort. Le 1999 a un nez superbe de vin élégant. Il y a dans le 1998 un peu de gibier.

En bouche, le 2005 est assez gourmand, velouté. Il n’est pas encore totalement assemblé, mais le final est joli. C’est un grand vin. Le 2002 a une bouche légère, fluide, très agréable. Il se boit bien. C’est un vin plus simple mais charmant. Il ne faut pas en attendre une grande longévité et profiter de son final très bourguignon. Le 1999 est un vin de belle structure épanoui et serein. Il ne s’impose, pas, il est là. C’est l’archétype du grand vin serein au final très précis. A ce stade, il partage la vedette avec le 2009. Le 1998 est très fruité, joyeux, gourmand. J’aime beaucoup. La différence avec le 1999 se fait sur le final plus précis pour le plus jeune. A ce stade et sur ce que je bois, je classe 1999, 1998, 2005, 2002.

Au deuxième passage, le 2005 montre qu’il sera dans le futur un grand vin car le final est très prometteur mais il n’a pas en ce moment l’ampleur qu’il promet. Le 1999 n’atteindra peut-être pas le niveau du 2005 dans vingt ans, mais il a pour moi aujourd’hui le charme des vins anciens. Le 1998 est gourmand. Il faut en jouir maintenant. C’est une belle surprise. Le 2002 est un vin plaisant, moins complexe, mais très agréable aujourd’hui. Mon classement final est 2005, 1999, 1998 et 2002.

Nous faisons un point rapide à ce stade et le 2006 que j’ai aimé est moins aimé par d’autres et Jacques Seysses le défend. Le 1999 est jugé un peu sec par certains, alors que c’est un grand vin, confirmé par tous.

La troisième série est : Clos Saint Denis Dujac 1996, 1995, 1993, 1991.

Les couleurs sont très proches, les nuances dépendant – comme souvent – du niveau de remplissage du verre. Le nez du 1996 est absolument superbe. Celui du 1995 est joli, les nez des 1993 et 1991 sont plus discrets mais délicats.

En bouche, le 1996 est très doux, charmeur, délicat. C’est un vin de jouissance au final un peu rêche. Il est très bourguignon. C’est un vrai velours. Le 1995 est dans la même ligne, un peu plus strict et moins gourmand mais joli aussi et très bourguignon. Il a un très joli final boisé. Contrairement à mes compères, je décroche assez nettement avec les 1993 et 1991, plus faibles et plus évolués. Mon classement est : 1996, 1995, 1991 et 1993.

Au deuxième tour, les 1995 et 1996 sont très proches en termes de plaisir aussi fais-je passer le 1995 devant, le classement final étant : 1995, 1996, 1991 et 1993. Jacques Seysses défend son 1991 qui a demandé de sa part des trésors d’ingéniosité, dont une cueillette grain par grain pour certaines parcelles, pour sauver cette année climatiquement difficile.

La quatrième série est composée de grands millésimes : Clos Saint Denis Dujac 1990, 1985, 1980 et 1978.

Les vins sont plus clairs et légèrement tuilés. Ils sont d’un beau rouge clair. Le nez du 1990 sent le soufre. Celui du 1985 est un peu trop évolué. Celui du 1980 combine le nez des deux précédents et c’est le 1978 qui a le nez le plus charmant et le plus bourguignon.

En bouche le 1990 est assez strict et peu expansif. Je suis plutôt déçu par rapport à mon attente. Il est trop strict par rapport à de belles promesses que l’on sent dans le final qui est velouté. Le 1985 est meilleur en bouche. J’adore son côté déjà évolué. Il n’est peut-être pas le plus Dujac des Clos Saint-Denis que nous buvons, mais il est grand. Le final est moins tonitruant, avec des accents d’alcool que le milieu de bouche et cela altère un peu le compliment que je lui ferais. Le 1980 est un joli vin classique, montrant plus d’âge que son millésime. Le final est agréable. Le 1978 en première approche ne me paraît pas assez précis. C’est un beau vin mais certains aspects de gibier me dérangent. Un deuxième 1985 est ouvert, plus pur, plus précis, de belle matière, qui expose du fruit dans le final.

Je m’amuse à faire un saut historique en goûtant le 2005 qui donne après le 1985 le plaisir d’un vin joyeux. Et avec le 2009, on atteint le grandiose. Et, pour faire bonne mesure, je refais le chemin inverse en goûtant le 1978 qui devient encore plus grand qu’au premier contact, avec des fruits bruns bien exprimés et une rare longueur. Mon classement est : 1978, 1985, 1990 et 1980.

Le 1990 est grand, et deviendra grand mais à ce jour il est coincé. Sans doute à boire dans vingt ans, ce dont tous mes compères, notamment les vignerons, ne sont pas convaincus. Le 1985 est gourmand mais au final strict maintenant. Le 1978 est un vin noble, raffiné, au final beaucoup plus racé.

Que conclure de cette dégustation ? D’abord le Clos Saint Denis Dujac est un grand vin. Ensuite, il vit à plein l’effet millésime, la variation entre les années étant sensible, ce qui ne me déplait pas. On note que les vins les plus récents sont gourmands, précis, de belle facture. Des années comme 2005 et 2009 dans les vins récents sont de véritables pépites. Mais les 1996, 1995, 1985, 1978 sont des vins remarquables.

En ayant ainsi une vision instantanée de seize millésimes, on sent l’âme du Clos saint Denis qui est une âme très pure et très sincère. C’est assurément un grand vin, à suivre aussi bien dans les années récentes que dans les beaux millésimes du passé. Alors que mon palais est habitué aux vins anciens, je donnerais quand même la palme aux vins les plus récents.

Pour nous refaire le palais, un champagne Pol Roger 1996 est le bienvenu. Le juger n’aurait pas de sens tant notre palais a été sollicité, mais il se boit avec grande envie et grande soif. Nous passons à table où un déjeuner superbe conçu par un chef dijonnais talentueux (quelle viande !) nous permet de boire à table les vins que nous avons dégustés en salle. Et on s’aperçoit que le saut gustatif est colossal quand ces vins sont bus avec de beaux mets. Et le clou, c’est le Clos de la Roche Dujac 1969, un vin sublime, tout-à-fait bourguignon, tellement beau et tellement séduisant dans son approche surprenante et envoûtante que j’y succombe par pure gourmandise.

Dans une ambiance familiale, avec une organisation en douceur où rien ne nous a été imposé ou suggéré, nous avons pu faire le point sur un grand vin, attachant dans les petites années, et superbe dans les grandes années. Merci à la famille Seysses de réussir de beaux vins.

film didactique sur Moët & Chandon jeudi, 21 avril 2011

Le groupe Moët & Chandon veut réaliser un film pour motiver ses vendeurs de tous les pays et demande à une dizaine de personnalités de tous horizons de s’exprimer sur ce champagne. Le fait d’être sollicité pour participer est déjà un honneur. Le rendez-vous est pris dans ma cave et le matin même, j’ai succinctement nettoyé ce que je suppose être le lieu du tournage et j’ai rassemblé quelques bouteilles vides pour qu’une photo montre que j’ai quelques heures de vol lorsqu’il s’agit de Moët & Chandon.

Le cameraman règle ses éclairages et je réponds aux questions du responsable de la communication du groupe Moët. Les premières questions sont théoriques et assez rapidement nous en venons aux travaux pratiques. Dans des verres tulipes, je bois Champagne Moët & Chandon Brut sans année qui est très agréable et facile à vivre. Le Champagne Moët & Chandon rosé sans année est plus fait pour la gastronomie que pour une dégustation pure. Il me paraît plus agréable que la mémoire que j’en avais. Le Champagne Moët & Chandon 2002 possède un parfum envoûtant. Il est d’un millésime de grande réussite et s’épanouit avec bonheur. Il y a un peu de fruits confits et du fumé, joliment distillés.

Pour que ma participation soit plus personnelle, j’ai ouvert devant les caméras Champagne Moët & Chandon Brut Impérial 1964, d’une année considérée à Moët & Chandon comme la plus grande de ces soixante dernières années. Et, pour que la mesure soit complète, j’ai apporté un verre à champagne, une « champenoise » du 18ème siècle, daté entre 1785 et 1790, ce qui correspond à une période cruciale dans l’évolution de la famille Moët, le saut à la deuxième génération, celle de l’amitié avec Napoléon Bonaparte. Mon intervieweur partagera avec moi le champagne, et comme il est plus jeune, dans un verre du 19ème siècle. Le bouchon se brise au dernier quart que je soulève avec un tirebouchon qui a appartenu à mon grand-père. La lunule de bas de bouchon est d’une qualité parfaite et l’ouverture libère un « pschitt » engageant.

Je suis extrêmement étonné que la couleur soit aussi jeune, le champagne étant d’un jaune presque vert. La bulle est présente et active, le nez est extrêmement chaleureux, et en bouche, ce qui frappe, c’est l’absence totale de signe de vieillesse ou de fatigue. Commentant ce champagne qui évoque les fruits jaunes d’été avec le responsable de la communication de Moët, nous constatons que dater ce champagne en 1985 ne serait pas choquant. C’est un champagne éblouissant, dont hélas la pellicule du caméraman ne pourra pas rendre le génie..

Il reste suffisamment de champagne de ces quatre bouteilles pour que s’organise de façon impromptue un apéritif avec les employés de l’entreprise de distribution industrielle que dirige mon fils. Des films didactiques comme celui-là, j’en redemande volontiers ! Et je ne suis pas le seul.

visite dans ma cave avec Moët jeudi, 21 avril 2011

pour accueillir le responsable de la communication de Moët & Chandon, j’ai disposé sur la table quelques vins du groupe que j’ai bus.

pour déguster le Moët 1964 que j’ai préparé, j’ai choisi un verre ancien :

les vins que nous avons bus

Visite des vignobles Alion, Vega Sicilia Unico et Pingus mardi, 19 avril 2011

Visite des vignobles Alion, Vega Sicilia Unico et Pingus

1 – déjeuner au restaurant Rekondo à San Sébastian

Un ami fidèle, Jean, assidu de l’académie des vins anciens, a deux qualités qui intéressent ce récit : il travaille dans le monde du vin et il collectionne les voitures qui vont vite sur circuits. Il est l’un des organisateurs du tour de France des voitures anciennes qui donnent lieu à des compétitions acharnées entre les possesseurs des voitures les plus mythiques. J’avais fait pour certains d’entre eux, propriétaires de Ferrari GTO, le 52ème dîner de wine-dinners.

Jean m’accueille à l’aéroport de Biarritz, et au lieu de me conduire dans un de ses bolides, c’est dans une voiture de location que nous rejoignons à San Sébastian ses amis au restaurant Rekondo. Il y a dans ce groupe un couple d’américains qui sont aussi vignerons à Bordeaux, un californien, deux couples de chinois vivant à Londres et quatre chinois de Hong-Kong. Nous commençons par une visite de la cave du restaurant, de plus de cent mille bouteilles, qui possède plus de millésimes de Vega Sicilia Unico que le domaine lui-même. Les bouteilles sont rangées impeccablement et il y a beaucoup de bouteilles antiques qui me font saliver. Nous aurions pu déjeuner dans une salle à manger aménagée dans la cave mais il fait si beau que nous table est dressée dans la salle à manger inondée de soleil. L’apéritif se prend en cave, et un Txomi, Etxaniz, Txakoli 2010 est un tout jeune vin pétillant qui est si agréable à boire qu’on en reprend comme de l’eau. Je le trouve délicieux sur des anchois et des pibales ainsi que sur un agréable jambon pas trop gras.

Nous passons à table et c’est difficile de choisir lorsque des vins introuvables sont proposés à petits prix. Il y a plus de deux pages pour les millésimes de Marquès de Riscal. Nous jetons notre dévolu sur un Meursault Domaine des Comtes Lafon 2000 qui est extrêmement fruité et généreux pour un "Villages". Il se marie très bien au jambon, puis au risotto aux palourdes. Le vin suivant est Valbuena Ribera del Duero magnum 1998 qui est magnifique et gourmand dans sa folle jeunesse. Son équilibre est appréciable et il a l’apparente facilité des grands vins.

Ayant sympathisé avec le californien grand amateur de vins nous prenons pour nous deux une bouteille de Vega Sicilia Unico 1960. Nous avons bien fait car cela nous donnera l’occasion de voir la plus étrange des méthodes pour ouvrir une bouteille de vin. Le sommelier arrive avec un petit réchaud à gaz avec un support qui garde verticale une immense tenaille terminée pas des mâchoires en demi-cercle. La tenaille reste sur le feu pendant cinq bonnes minutes. Puis le sommelier prend la tenaille toujours verticale et enserre le goulot de la bouteille pendant trois minutes. Il enlève la tenaille et il suffit d’asperger d’eau fraîche pour que le goulot se sectionne sur une coupure très nette. Il badigeonne avec un pinceau pour enlever un éventuel copeau de verre et la bouteille sectionnée en bas du goulot peut être servie. C’est très étrange, mais ça marche. Le vin de 1960 est d’un beau rouge sang à peine moins dense que le 1998 plus noir d’encre. Le nez est puissant et l’alcool est sensible. En bouche, le vin est glorieux, complexe et puissant, ce qui va bien avec une magnifique pièce de bœuf particulièrement goûteuse. J’avais proposé aux amis chinois de Jean qu’ils se partagent un grand verre de notre 1960, mais à ma grande surprise ils ont décliné cette offre.

Je me suis fait la réflexion suivante en goûtant ces deux vins si dissemblables. Selon que l’on aime un vin dans sa jeunesse, on préférera le 1998. Si on aime les vins qui ont perdu du fruit mais offrent une complexité valorisante par son épanouissement, on ira vers le 1960. Tout me pousse naturellement vers le 1960. Mais je dois dire que ce 1998 est très tentant.

J’ai beaucoup discuté avec Lourdès, la fille du propriétaire des lieux et de la cave, qui rêverait que nous fassions des échanges entre nos trésors. Nous avons très bien mangé dans ce restaurant qui mérite le voyage, rien que pour boire des merveilles de leur cave. A suivre !

2 – dîner au restaurant Arzuaga

Nous roulons sur 400 kilomètres pour arriver à l’hôtel Fuente de la Acena à Quintinilla de Onésimo, l’un des hôtels les plus proches de Vega Sicilia que nous allons visiter demain. Les chambres sont assez modernes et froides. Avant de partir dîner puisque l’hôtel ne sert pas le dimanche soir, nous commençons par boire un champagne Bollinger sans année puis un champagne Moët & Chandon sans année, agréables à boire à ce moment de la journée. Ce sont des champagnes de soif. Nous nous rendons au restaurant Arzuaga, du même nom qu’une propriété viticole de la Ribera del Duero qui entoure le restaurant et un hôtel attenant. Pour être sûr que leur vin ne soit pas en compétition, la carte des vins n’a que celui-là : le Arzuaga. Les choix sont faciles ! Les amis de Jean ont apprécié plus que moi la cuisine très campagnarde de ce restaurant qui effectivement a proposé de belles cuissons. Un des amis m’a dit : "pour qu’un asiatique félicite des gambas, il faut vraiment qu’elles soient bonnes". Ils ont aussi apprécié les vins que je n’ai pas du tout trouvés à mon goût.

Le Arzuaga Fan D. Oro blanc 2008 donne la quasi certitude d’une mauvaise digestion, tant il semble monter à la tête, et le Reserva Especial Arzuaga Ribera del Duero rouge 2004 est résolument moderne, puissant, avec un fruit noir excessif et une amertume qui signe un vin de qualité approximative. Les gambas sont superbes, la viande, de l’échine, est délicieusement sauvage. Tout le monde semblait heureux, ce qui est le principal.

3 – Visite du vignoble Alion

Le lendemain matin, il fait très beau sur cette région située à 750 mètres d’altitude qui connaît de très nombreuses nuits glacées. L’américain qui possède un vignoble à Fronsac, venu avec une magnifique Alfa Roméo de compétition surpuissante constate qu’un de ses pneus est crevé. Le responsable : une fine vis de près de sept centimètres. Tout le monde pense à du vandalisme mais il est plus probable qu’il s’agit d’un malheureux hasard. Pendant que l’on cherche des solutions pour que la voiture et ses occupants puissent rejoindre Bordeaux, nous flânons le long du Duero. Ce qui m’a époustouflé, c’est que l’un des chinois vivant à Londres est toujours accompagné lors de ses périples automobiles par une camionnette marquée d’un joli sigle : "rocket racing" et deux mécaniciens. Ils ont porté main forte à l’ami américain qui, au lieu de mettre sa voiture sur une remorque du fait qu’aucun pneu de cette taille n’est disponible nulle part, a pu partir le soir avec son épouse vers Bordeaux. Souhaitons qu’ils aient rejoint leur point d’arrivée.

Xavier Ausàs Lopez de Castro, le directeur technique et œnologue du groupe de Pablo Alvarez nous guide. Sa passion a enthousiasmé notre groupe. Nous nous étions déjà rencontrés lors de dégustations de ses vins.

Nous commençons par la visite d’Alion, l’un des vins de la Ribera del Duero appartenant à Vega Sicilia. Nous prenons un café dans des salons de réception en attendant que les problèmes de l’Alfa Roméo se résolvent. La décoration est luxueuse et raffinée. Lorsque nous allons dans les chais, le luxe dans les investissements est impressionnant et semble excessif pour un vin qui est vendu autour de 25 €, mais la stratégie du groupe est de viser l’excellence quoi qu’il en coûte.

4 – Visite du vignoble Vega Sicilia et déjeuner au domicile de Pablo Alvarez

Le siège de Vega Sicilia est plus gardé qu’une banque. Là aussi, sur le parking, nous sommes à la merci du pneu grevé, attendant qu’une fumée blanche nous parvienne. Nous allons visiter un jardin japonais aux 700 espèces d’arbres différentes, où la particularité est que les arbres les plus rares sont protégés par des entrelacs végétaux organisés comme des parasols et distillant à rythme lent un arrosage nécessaire. Nous visitons ensuite les installations et il n’y a pas de mot pour décrire l’invraisemblable débauche de sophistication pour atteindre le vin le plus parfait. C’est au-delà de tout film de science fiction. Au lieu d’une séparation des récoltes en 29 parcelles, Xavier dispose de 80 cuves suivies par des moyens électroniques qui permettent à Xavier de suivre en temps réel ses cuves sur son PC, où qu’il soit dans le monde.

Xavier nous décrit les expérimentations qui sont faites en permanence pour ajuster les méthodes avec une réactivité totale. C’est un peu comme si l’on donnait à un grand chef d’orchestre l’occasion de diriger sous sa baguette l’ensemble des orchestres philharmoniques du monde.

Nous visitons ensuite parce que c’est spectaculaire pour des touristes la fabrication à la main des tonneaux de chêne américain, puisque Vega Sicilia favorise ces chênes. Nous visitons les chais de vieillissement. Valbuena n’est commercialisé qu’après quatre à sept ans en tonneaux puis en bouteilles et Vega Sicilia Unico après sept à neuf ans. On comprend donc pourquoi les surfaces de stockage sont immenses.

Nous visitons la petite chapelle consacrée du domaine et nous nous rendons à la maison privée de Pablo Alvarez, propriétaire du groupe, située au sein de l’immense étendue du siège, mais suffisamment à l’écart. Dans la salle à manger une table ronde de grande taille accueille une quinzaine de personnes. J’ai été frappé de constater que malgré la largeur inhabituelle de la table, nous avons pu nous parler sans que des groupes distincts ne se forment.

Le premier vin qui nous est servi est un Oremus Tokaji dry Mandolas 2007 fait à partir du cépage furmint, qui titre 13,5°. Ce vin serait introuvable en dégustation à l’aveugle. Il est fruité, précis, légèrement fumé et son élégance est remarquable. C’est un vin de grande qualité que j’adore. Il doit avoir un rapport qualité-prix redoutable. Il accompagne des asperges blanches recouvertes d’un fin filet d’huile d’olive. Nous goûtons ensuite les rouges de Vega Sicilia : le Pintia Toro 2008 est trop moderne à mon goût. Il pourrait bien évoluer, mais il est trop difficile pour moi à ce stade.

Le contraste n’en est que plus fort avec Alion Ribera del Duero 2007 qui est d’une élégance certaine et n’est pas dominé par le fruit. Plus délicat, je l’apprécie beaucoup. Le Valbuena – 5 Ribera del Duero 2006 a les mêmes caractéristiques que le 1998 en magnum que nous avions bu à San Sébastian. Il a beaucoup de fruit, mais bien ciselé et sa jeunesse s’accompagne d’une grande fraîcheur. C’est un vin magnifique. J’ai demandé à Xavier la signification du "5", mais je n’ai pas compris l’explication. Les trois vins que nous venons de boire sont du tempranillo à 100%, alors que le Vega Sicilia Unico n’a que 85% de tempranillo, ce pourcentage pouvant varier selon des années.

Arrive enfin ce vin que nous attendions depuis le matin – il est près de 16 heures – c’est le Vega Sicilia Unico 2000, le millésime qui se commercialise cette année. J’accueille ce vin d’un "wow" retentissant, car le saut qualitatif est majeur. Ce vin a tout le charme du Valbuena mais avec tout en plus. Il est d’une élégance et d’une complexité diaboliques. Tous les qualificatifs laudatifs s’appliquent à ce vin extrêmement puissant, au fruit noble, à la longueur extrême et à l’élégance rare. Ce vin vaut le voyage. Tous ces vins rouges ont accompagné un jeune agneau cuit à l’espagnole ce qui lui donne un goût sauvage très particulier comme celui d’hier soir. L’association est délicieuse, cela va sans dire. Nous finissons avec un Oremus Tokaji Aszu 5 puttonyos 2002 d’une précision extrême et d’une belle légèreté. Le domaine Oremus en Hongrie appartient à Pablo Alvarez qui nous rejoint pour le café. Félicité par tous de l’audace de ses investissements et de la qualité de ses vins, il nous a fait l’honneur rare de rester avec nous, car c’est un personnage normalement difficilement atteignable. Cette rencontre n’a été possible que grâce à Jean. Les membres de notre groupe qui visitent tous les plus grands vignobles de la planète ont dit à Pablo que jamais ils n’avaient été autant impressionnés par une visite de cette richesse et par la passion de Xavier.

5 – Visite du vignoble Pingus

Pablo et notre groupe regardent partir l’Alfa Roméo et nous retournons à notre hôtel pour nous rendre à pied au domaine Pingus. Peter Sisseck a créé ce domaine en 1995, date de sa première récolte qui fut immédiatement couronnée par des notes très élevées de la part de tous les critiques. Peter est d’origine danoise et a créé peu de temps après Flor de Pingus, qui n’est pas un second vin de Pingus mais un vin élaboré sur des parcelles distinctes de plus grandes surfaces, puisque Pingus ne dépasse pas quatre hectares et sept mille bouteilles. Peter nous dit que son domaine est à taille humaine et c’est vrai, car ce que nous visitons paraît étrange et lilliputien après Vega Sicilia. On dirait une maison de poupée. La philosophie est très différente, car ici le vin ne reste pas plus de deux ans en cave ou en bouteilles au domaine, ce qui est quatre fois moins que Vega Sicilia. Les deux vins sont en pur tempranillo.

Nous goûtons Flor de Pingus 2010 qui est équilibré et gourmand malgré son jeune âge puis Pingus Ribera del Duero 2010 qui, comme on peut s’y attendre est plus fermé que le Flor plus accessible. Mais il promet beaucoup et me plaît. Sa longueur est un don de la nature. Le Flor de Pingus 2009 est plus ensoleillé et joyeux que le 2010, et le Pingus Ribera del Duero 2009 frappe par sa "balance" dont Peter nous avait parlé lorsque nous étions dans la cour. Ce vin est d’un équilibre rare, déjà extrêmement accessible et si j’avais un seul reproche – mineur – à lui faire, c’est d’être presque trop parfait. Arrive enfin le Pingus Ribera del Duero 2000, qui est un vin magnifique, la démonstration du talent de vinification de Peter. Il est riche, encore outrageusement jeune, avec une belle amertume qui promet un vieillissement long. C’est un grand vin et Peter est content que je l’aime, car il me connaissait au travers de mes écrits et nous nous étions croisés il y a quelques années lors de primeurs à Bordeaux. Il m’a fait le plaisir de laisser croire que mon avis compte.

Peter est chaudement félicité par tous, et chacun demande comment accéder à l’une des sept mille bouteilles seulement de ce grand cru confidentiel. Ravi de cette journée nous rejoignons notre hôtel à pied.

6 – dîner à l’hôtel Fuente de la Acena à Quintinilla de Onésimo

Avant le dîner, le champagne Bollinger sans année est probablement affecté par un problème de stockage. Nous dînons à notre hôtel le long du Duero.

Jean commande un vin blanc Mar de Frades, Albarino 2009 qui aura, au mieux un succès d’estime. Peter Sisseck nous avait donné un magnum de Pingus 2006 et je suis interloqué. Comment un vin de 15,5° (excusez du peu) peut-il avoir cette douceur et cette précision ? C’est assez phénoménal et on se demande comment un vin aussi équilibré peut exister. Mais un des amis a l’idée de nous offrir un Vega Sicilia Unico 1999. Et la leçon est percutante. Alors que j’allais céder au charme redoutable du Pingus, le Vega Sicilia Unico vient nous montrer que l’on peut combiner charme et puissance avec une complexité déroutante au velouté incroyable. Ce vin est une énigme gustative permanente tant il brouille les pistes pour nos papilles attentives. C’est un vin immense. Un ami double la mise avec un autre Vega Sicilia Unico 1999 de la même caisse, avec le même accomplissement.

C’est à mon tour d’offrir et dans une carte assez pauvre, je choisis un Champagne Ruinart Brut beaucoup plus charmant que je n’aurais imaginé.

L’amitié entre membres du groupe s’est renforcée sur ces deux jours inoubliables. Il est hautement probable que nous allons ajouter plusieurs chapitres à cette success story en envisageant d’autres voyages vroum-vroum mémorables. Les instants qui resteront plus particulièrement sont l’ouverture d’un vin au fer rouge, la stratosphérique folie investisseuse raisonnée de Pablo Alvarez, le charme et l’équilibre du Pingus et l’époustouflante complexité des Vega Sicilia Unico 2000 et 1999.

Visite à Pingus, Ribera del Duero photos lundi, 18 avril 2011

voici les installations, qui paraissent lilliputiennes après Vega Sicilia !

Peter Sisseck nous explique l’histoire de son domaine créé en 1995

chai de vieillissement

la dégustation dans le hall des cuves; de dos la fille de Peter, cavalière émérite

la cave avec quelques fûts en ciment

un domaine très attachant, à taille humaine, dirigé par un passionné

à Alion et Vega Sicilia Unico photos lundi, 18 avril 2011

Visite à Alion

Xavier, l’oenologue du groupe Vega Sicilia

Visite à Vega Sicilia Unico

Le jardin japonais

Xavier devant le tableau de bord de ses 80 fûts

la fabrication des tonneaux de chêne américain

le stockage en fûts (on voit par le personnage à peine visible la taille du fût de vieillissement) puis en bouteilles

la chapelle

le repas dans la maison de Pablo Alvarez

la maison

la table qui malgré sa taille a permis à tous de discuter ensemble

les vins

les plats

les magnums de VSU ont des tableaux d’art moderne espagnol reproduits sur l’étiquette. Les originaux sont aussi au domicile de Pablo Alvarez.

Pablo Alvarez nous rejoint

visite à Pommery photos lundi, 11 avril 2011

un lieu à l’architecture très originale

la Villa Louise qui sera le siège de grands repas de vins rares

lors de la visite, vue sur la cathédrale de Reims

deux gigantesques tonneaux. Celui de droite a été fait par Gallé pour une exposition aux USA

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ça surprend de voir un éléphant dans cette position !

de même que des hippopotames dans les galeries rémoises, c’est inhabituel !

un manège

mais dans les 2 kms de galerie, il n’y a pas que de l’art : on y travaille aussi

je n’ai pas descendu le grand escalier

les caves de vins antiques, dont le 1874 qui est un symbole de la maison Pommery car ce fut le premier vin non dosé de toute l’histoire de la champagne. J’ai vainement essayé de convaincre Nathalie Vranken de la boire avant qu’il ne soit trop tard.

les vins du déjeuner

les couleurs sont intéressantes; de gauche à droite Pommery 1959, Diamant 1985 et Louise 1989

bouchon du Pommery 1959 et à côté celui du Chateau Chalon 1934

les vins du repas

quelques plats

notre table

photo avec le chef