Archives de catégorie : vins et vignerons

dégustation de quinze vins de 2011 de Bouchard Père & Fils samedi, 17 novembre 2012

Chaque année, au moment de la vente aux enchères des Hospices de Beaune, la maison Bouchard Père & Fils reçoit des journalistes pour une dégustation de vins récents, suivie d’un dîner à l’orangerie du château de Beaune. Dans une atmosphère studieuse, nous allons goûter quinze vins de 2011, sept rouges et huit blancs. Quelqu’un fait remarquer que l’on goûte par temps froid et humide, avec du brouillard, ce qui fait que les vins sont fermés.

Savigny-lès-Beaune Village Bouchard Père & Fils rouge 2011 : la couleur est d’un rouge sombre, le nez est profond, très engageant. L’attaque est un peu sévère. Il y a de la matière. Le vin est assez riche. Le final est pur. Au deuxième passage, le vin est fluide et paraît plus léger.

Beaune Clos de la Mousse 1er Cru Monopole Bouchard Père & Fils rouge 2011 : la couleur est plus rouge et moins violacée que le Savigny. Le nez est riche, capiteux. L’alcool est présent, mais pas au premier plan. J’ai une petite impression de manque. Au deuxième tour, le vin est meilleur, plus généreux.

Beaune Grèves Vigne de l’Enfant Jésus 1er Cru Monopole Bouchard Père & Fils 2011 : sa couleur est belle. Le nez est profond, pur et noble. L’attaque est très fraîche. C’est un vin désaltérant doté d’un très bel équilibre. Le final est en coup de fouet. C’est un vin gourmand, de pâtes de fruits, qui promet. Il devient encore plus charmeur par la suite.

Volnay Clos des Chênes 1er Cru Domaine Bouchard Père & Fils 2011 : le rouge est un peu violacé. Le nez est assez discret. L’attaque est un peu imprécise, pas encore assemblée. Le final est un peu rêche, mais plus prometteur que le milieu de bouche. Ce sera un grand vin malgré le caractère austère actuel. Au deuxième tour, il est très prometteur, avec beaucoup de caractère.

Le Corton Grand Cru Domaine Bouchard Père & Fils rouge 2011 : la couleur est plus rouge. Le nez est distingué, équilibré. En bouche, il est encore sur la réserve. On sent la matière, mais il ne se livre pas encore. Il a un beau final charnu. Au deuxième essai, il est plus ouvert et montre que c’est un vin très pur, au beau final.

Nuits Saint Georges Les Cailles 1er Cru Domaine Bouchard Père & Fils 2011 : la couleur est d’un beau rouge de grande clarté. Le nez est fermé. L’attaque est généreuse, chantante. Il y a du fruit. C’est un beau vin. Le final est un peu rêche. Au second tour, il est plus fermé que le Corton. C’est un vin à attendre longtemps.

Chambertin Clos de Bèze Grand Cru Bouchard Père & Fils 2011 : la couleur rouge est très rouge. Le nez est intense mais maîtrisé. On pressent une belle matière. La bouche est de fraîcheur, de race et de noblesse. Il y a déjà l’équilibre et le charme. C’est le plus grand de tous les rouges. Le final est un peu rêche mais gourmand. Je note au deuxième passage des notes salines. Ce sera un grand vin.

Nous passons maintenant aux vins blancs.

Bourgogne Réserve Coteaux des Moines blanc Bouchard Père & Fils 2011 : le jaune clair est plaisant. Le nez est assez simple. La bouche est plaisante dans son côté franc et simple. C’est plutôt une bonne surprise, sauf au final très vert.

Beaune Clos Saint-Landry 1er Cru Monopole Domaine Bouchard Père & Fils 2011 : le nez est trop discret. La bouche est assez claire, mentholée. C’est frais, c’est plaisant voire gourmand. Le vin est agréable à boire, au final très frais.

Meursault Les Clous Village Domaine Bouchard Père & Fils 2011 : le nez est plus expressif, mais pas totalement précis. L’attaque est franche, généreuse. Le vin est fluide et l’on note un certain manque de matière. Le final est très expressif et claque en bouche. Quelqu’un parle de guimauve et de tarte aux citrons.

Meursault Perrières 1er Cru Domaine Bouchard Père & Fils 2011 : le nez est très charmeur, intense, de fruits confits. L’attaque est superbe. Ce vin est vivant ! Le milieu de bouche est plus calme, mais le final est tonitruant. Il a tout du bonbon anglais. Astringent, avec quelques notes de litchi, il fait forte impression.

On passe maintenant aux quatre poids lourds !

Corton Charlemagne Grand Cru Domaine Bouchard Père & Fils 2011 : le nez est très citron. L’attaque est celle d’un vin très jeune, très vert et le final est aussi très vert. Le vin se présente trop fermé ce qui empêche de vraiment l’apprécier.

Chevalier Montrachet Grand Cru Domaine Bouchard Père & Fils 2011 : le nez est très fin, fluide. L’attaque est généreuse, plus opulente, tout en ayant la fraîcheur du litchi. C’est un vin de grande classe, extrêmement plaisant, au final très frais.

Chevalier Montrachet La Cabotte Grand Cru Domaine Bouchard Père & Fils 2011 : le nez est très fin, discret. Ce vin a mis le turbo par rapport à tous les autres jusqu’alors. C’est Rambo ! Il est expressif, vivant. Je l’adore. Le final est frais, de bonbon acidulé, mais avec une matière de fruits. C’est un très grand vin de grande fraîcheur.

Montrachet Grand Cru Domaine Bouchard Père & Fils 2011 : le nez est d’une puissance extrême. Il est opulent. L’attaque est sereine, grande. La bouche est assise, riche. Le final est très beau. C’est un vin très réussi.

Alors que j’ai souvent tendance à préférer la Cabotte au Montrachet, je mettrais volontiers sur 2011 le Montrachet avant la Cabotte et j’accorderais une mention spéciale au Chevalier.

Cette dégustation conduite avec intelligence par Philippe Prost, maître de chais, montre des vins bien faits, du haut en bas de la hiérarchie des classifications, mais quatre vins sortent du lot, montrant déjà une classe extrême : le Chambertin Clos de Bèze, le Chevalier Montrachet, La Cabotte et le Montrachet. Les choix ont été expliqués avec clarté, et l’on n’a pas pu ne pas aborder 2012, année totalement atypique et de très petites quantités, dont la maison Bouchard semble particulièrement fière, compte tenu des difficultés rencontrées.

Dîner de Gala de l’Académie du Vin de France mardi, 13 novembre 2012

L’Académie du Vin de France a son siège au restaurant Laurent. A 17 heures, l’assemblée des membres de l’académie tient ses travaux. A 19 heures, au premier étage du restaurant, les vignerons membres offrent à déguster leurs 2010 ou 2011 et parfois quelques autres années en une sympathique Paulée à la bourguignonne. Le groupe s’étoffe d’amis et invités par les membres de l’académie. La foule étant nombreuse, il faut savoir se faufiler aussi la première étape de mon chemin de choix sera La Tâche Domaine de la Romanée Conti 2009, au parfum tétanisant. Je suis revenu plusieurs fois goûter ce vin au charme diabolique. Il est parfait à ce stade de sa vie. Il va certainement se refermer dans quelque temps, pour s’épanouir à nouveau et devenir un vin immense. A côté de lui un vin de Dujac de 2010 dont je n’ai pas noté l’appellation (on en prend pas de notes dans ce cénacle) est extrêmement gourmand et généreux alors qu’un Volnay de Montille est d’une grâce d’une distinction remarquables. Il y a un quarantaine de vins présentés. Le Meursault Charmes Comtes Lafon est goûteux, que j’ai préféré au Meursault Genévrières. J’aime l’Hermitage blanc de Chave et le Château Simone blanc. Les bordeaux sont servis beaucoup trop froids au moment où je viens les goûter. Le Jurançon Cauhapé Quintessence du Petit Manseng est une merveille ainsi que le Château de Fargues, subtil tout en étant d’une belle puissance. Pris dans le mouvement, je ne suis pas sûr des millésimes.

Bien sûr on bavarde avec les vignerons présents, et l’on redescend pour un apéritif debout dans la salle ronde qui est l’antichambre du restaurant. Le Champagne Pol Roger 2002 se boit bien, mais il n’a pas la vibration qu’il pourrait avoir.

Le dîner est placé et je suis à une table où Gérard Chave et Jean-Louis Chave sont présents comme Hubert de Montille et sa fille Isabelle. A côté de moi Elizabeth Graillot et Olivier Jullien. Un ou deux amis des vignerons complètent le tour de table.

Le président Jean-Robert Pitte salue l’assemblée et confirme la nomination d’Olivier Bernard, impétrant l’an dernier et membre cette année. Celui qui le suit d’un an, impétrant aujourd’hui, est Olivier Jullien. Il est venu en tenue de vigneron et ça ne gêne personne tant son sourire lui ouvre toutes les portes. J’aurai au cours du repas de longues conversations passionnantes avec lui sur l’histoire et la longévité des vins.

Le menu mis au point par Philippe Bourguignon avec Alain Pégouret est un chef-d’œuvre de pertinence des accords mets et vins. Il faut dire qu’il a donné lieu avec quelques académiciens à des essais en vraie grandeur. Que ne ferait-on pas pour satisfaire cette docte assemblée. Voici le menu : homard en bouillabaisse froide / trompettes de la mort juste rissolées, crémeux d’œuf et jaune coulant sur un fin sablé au parmesan / tronçon de turbot poché, champignons de couche, sauce hollandaise / joues de veau fondantes, moelle, risotto à la truffe blanche d’Alba / Saint-nectaire, l’un d la ferme du Puy de la Bade et l’autre de la ferme Guillaume / gaufrette aux litchis, crème de châtaignes.

Mes trois plats préférés sont les joues de bœuf, le homard et les trompettes de la mort.

Le Palette, Château Simone blanc 2005 a une belle structure, d’une construction solide. Mais le vin est dans une phase où il n’est pas encore parfaitement épanoui et assemblé. Il est agréable, mais on sent qu’il faudrait l’attendre encore. Le homard délicieux lui va bien.

Le Corton Charlemagne Bonneau du Martray 2005 a un nez qui explose de soufre ou qui donne cette impression de soufre. Extrêmement minéral, il paraît d’une jeunesse folle. Il me met un peu mal à l’aise, car lui aussi paraît ne pas être arrivé à un point d’équilibre. Il se confirme que 2005 est une année qu’il faut attendre. Les trompettes de la mort donnent de l’ampleur au vin et le rééquilibrent.

Le Puligny-Montrachet "les Pucelles" Domaine Leflaive 2005 se présente dans des bouteilles dont les évolutions sont différentes. Certaines bouteilles, selon ce que j’entends, ont une oxydation sensible. Daniel, le fidèle sommelier complice de mes dîners m’a servi du vin d’une bouteille parfaite. C’est un vin joyeux, fonceur, charmant et épanoui que j’ai la chance de déguster. C’est avec la chair du turbot qu’il faut en profiter, sans la sauce hollandaise bien sûr.

Si les blancs avaient tous, de façon plus ou moins prononcée, un problème de puberté, le Domaine de Chevalier rouge 2005 arrive comme d’Artagnan avec une assurance insolente. A ce stade de sa vie, ce vin ne pourrait pas être plus parfait. Et comme il est accompagné d’un plat d’une gourmandise invraisemblable, il en profite au mieux. C’est surtout avec la moelle que le vin s’exprime le mieux. Il est goûteux, charnu. C’est un vin de plaisir.

Le Château Branaire-Ducru 2005 a un parfum qui dénote lui aussi que le vin n’a pas trouvé son équilibre. S’il est plus profond que le Domaine de Chevalier, il n’a pas d’épanouissement. On boit un vin en devenir, qu’il faut avoir la patience d’attendre.

Le Château Corbin-Michotte 2005 a un nez d’une forte personnalité. Ce vin n’est pas charmeur, il interpelle. L’image qui me vient est la chanteuse Barbara. On ne peut pas dire qu’elle était belle, mais sa présence était d’une force extrême. Ce vin est ainsi, il a des choses à dire, il raconte, sans orthodoxie, mais avec intérêt.

Le Gewurztraminer Vendange Tardive Clos Windsbuhl domaine Zind-Humbrecht 2005 a un nez de litchi et de douceurs, si bien que le dessert lui est indissociable, d’une pertinence absolue. C’est un grand vin, d’un grand charme, mais je ne lui ai pas trouvé l’extrême justesse qui caractérise les vins de Zind-Humbrecht. C’est un grand vin.

Jacques Puisais, selon une solide tradition, a fait une analyse des vins et des accords. Poétique, déroutant souvent, attentif à des détails auxquels on ne songe, Jacques a été brillant comme il sait l’être, malicieux, nous entraînant dans l’irréel , dans l’inattendu, voire dans le surprenant. Lors de précédents dîners, il ajoutait parfois des suggestions érotiques voire grivoises. Ici, son discours a été marqué par l’amour. Souvent il a fini l’analyse d’un plat et d’un vin par un "ils s’aiment" déterminé. Il s’aiment. Circulez, il n’y a rien à voir !

Bavardant après le repas avec des amis d’autres tables, j’ai pu constater que nos analyses des performances des vins sont toutes différentes. Le Corton Charlemagne fut le seul à déclencher l’applaudimètre, et Philippe Bourguignon m’a dit que pour lui c’est un signe fort. Michel Bettane n’a pas vibré autant que moi sur le Corbin-Michotte.

Mon classement personnel est : 1 – Corbin Michotte 2005, 2 – Domaine de Chevalier 2005, 3 – Gewurztraminer Vendange Tardive Clos Windsbuhl domaine Zind-Humbrecht 2005, 4 – Puligny-Montrachet "les Pucelles" Domaine Leflaive 2005.

Ce qui est marquant, à mon point de vue, dans un tel dîner, c’est la gentillesse des vignerons, leur générosité aussi, de faire connaissance avec le brillant vigneron du Mas Jullien, la pertinence des accords mets et vins et pour finir, La Tâche 2009 qui sera un monument dans quelques années.

Bastor Lamontagne et de beaux accords au Jaja lundi, 17 septembre 2012

Le château Bastor Lamontagne, sauternes délicieux, a eu l’heureuse idée de lancer une invitation à goûter un nouveau sauternes sur des accords audacieux. C’est l’éternelle question de sortir les liquoreux des accords convenus dont celui de "sauternes et foie gras", qui est une anomalie gastronomique, puisque l’on joue gras sur gras. Le programme annoncé est osé, ce qui éveille mon intérêt. Le lieu est le restaurant Le Jaja, situé au fond d’une petite cour d’un immeuble du 4ème arrondissement. Le lieu est sympathique, le personnel est accueillant. Le restaurant a été privatisé pour la circonstance. Le sauternes qui est l’objet de la dégustation est le SO de Bastor Lamontagne 2010, différent du sauternes Bastor Lamontagne classique, et vinifié sur les premières manifestations du botrytis.

Le vin est un très joli sauternes, expressif, avec de délicates notes de fruits confits et une mâche agréable. Il se boit bien à cet âge de bambin. Sur un saumon presque cru, le SO domine et finit sur une mauvaise amertume, mais à la deuxième gorgée, l’amertume disparait. Je remarquerai, au long de ces dégustations, qu’un accord improbable au premier essai se domestique au second, le palais s’accoutumant à l’audace. J’essaie le même saumon avec des algues salées et l’accord est pertinent, car le sel fait apparaître le sucré du sauternes sans l’alourdir.

Dans l’essai avec le céviche à l’orange en zestes, c’est de loin l’orange qui domine. A la première gorgée, le sauternes est effacé. A la deuxième, l’accord devient assez joli. Bien sûr, le vin est transpercé par le zeste mais ça lui va bien. Avec la Ricotta et œufs de saumon, l’accord n’est pas naturel. Il ne se trouve pas.

Arrive alors le Château Bastor Lamontagne 2009, superbe de générosité, promis à un vieillissement magnifique. Même avec cette bête de concours, l’accord ne se trouve pas avec la ricotta. Avec l’aubergine au contraire, le sauternes domine, mais il est mis en valeur. Quelle idée d’avoir flanqué le stilton de légumes fortement vinaigrés ! Il faut goûter le stilton seul, qui produit un accord classique, moins multiplicateur que l’aubergine et surtout que des œufs brouillés à l’oursin, absolument en phase avec le vin. Couleur sur couleur, une fois de plus !

Un canard servi façon gravlax irait bien avec le SO si l’on enlevait la sauce et les herbes vertes qui gâchent le tout. Dans une coque de fruit de la passion, une crème de kiwi et fruit de la passion crée un accord fabuleux avec le 2009. C’est l’accord le plus gourmand. Au contraire, le sorbet à l’orange sanguine ne va pas. Michel Garat, directeur de ce beau château envisage de formaliser un repas au sauternes sur la base de ces accords à affiner encore, mais dans ce bel esprit. Si ceci se met en place, on peut supposer qu’il connaîtra un beau succès et rajeunira l’image du sauternes à table. C’est tant mieux !

Roederer à l’hôtel Champs Elysées Plaza vendredi, 7 septembre 2012

A l’hôtel Champs Elysées Plaza, à la décoration exquisément raffinée, le champagne Roederer est proposé à des amateurs avec quelques toasts d’accompagnement.

Le Champagne Louis Roederer rosé 2007 est un très joli rosé, serein et goûteux, qui trouve un bel écho avec un thon cru en dés.

Le Champagne Louis Roederer sans année de dégorgement récent est une heureuse surprise, car il est plus accompli que ce que j’attendais.

Avec le Champagne Cristal Roederer 2004, je suis en terrain de connaissance. Il est encore jeune mais il promet. Il est racé et gastronomique.

Dans l’agréable bar de l’hôtel j’ai discuté avec le propriétaire des lieux. Sa démarche d’excellence mérite d’être signalée.

(très jolie photo © Silencio)

dégustation de champagnes Delamotte au Purgatoire vendredi, 7 septembre 2012

De retour à Paris, la première manifestation est la présentation des nouveaux habits des bouteilles des champagnes Delamotte. Didier Depond, président des champagnes Salon et Delamotte nous reçoit dans un espace très accueillant qui s’appelle le Purgatoire. On y accède par la rue de Paradis, ce qui est un cheminement qui n’est pas très catholique.

Le Champagne Delamotte brut sans année se boit bien, mais il n’est pas dans mes recherches actuelles.

Le Champagne Delamotte blanc de blancs sans année est beaucoup plus dans mes goûts. Il a une vivacité rare.

Bien sûr, le Champagne Delamotte 2002 est d’une classe supérieure, mais je trouve que la tension du blanc de blancs le rend plus gastronomique. Didier Depond préfère le champagne sur des huîtres plates alors que je le préfère sur des huîtres creuses. Sur un Pata Negra Belota très peu salé, l’accord du 2002 est merveilleux.

Delamotte lance la commercialisation de bouteilles anciennes de ses caves, « collection ». En voici deux exemples :

tasting of 41 vintages of the Romanée Liger-Belair dimanche, 10 juin 2012

The tasting of 41 vintages of the Romanée Liger-Belair is held at the restaurant « Im Fünften » which as the name suggests is on the fifth floor of a shopping center, overlooking the Jakominiplatz in Graz. We are about 24, but each bottle will be divided into sixteen glasses, since several people will share a glass for two. The service of the wines is done according to a rather clever process. Gerhard, the organizer of the tasting, brought small schnapps glasses, and each participant receiving the carafe of a new wine uses a small glass to dose the amount, having a mark on the glass. It is very hot and during the first part of the tasting, before the night falls, the wines show a little too much alcohol first.

We taste « blind » almost total since, if we know the wine we drink, we do not know his year. The series are of five wines, whose order was established by Gerhard, and we do not know anything about it. The notes I have taken are more to differentiate the wines in each series, since we vote, than to describe them intrinsically. In addition, as there are many series, for prudence I do not come back many times on each wine. The desire to differentiate means that I put forward such or such defect, even if the wine is overall pleasant. Note that I do not know what the wine is when I wrote these notes where, for questions of readability, I indicate the year after the year instead of the order number of the wine. I kept my notes as they were, with their mistakes, their repetitions, and their imperfections. It should be noted that most often, my vote for the first three wines is very close to the vote of the group.

Series No. 1. The 1988 has the most tired color, its deep nose shows signs of age. The 1995 is much younger in color, cooler, and a bit strict. It has a nice pleasant structure. The 2004 has a powerful nose, a blackcurrant nose and a generous attack. This is the favorite of Louis-Michel Liger-Belair, because he is in the style he wants to give to his wine. He is opulent. The 1993 is more watery, a little less structured. But he improves in the glass. The 2006 is elegant, measured, and very pretty.

Wines, in the service order, series 1: 1988 – 1995 – 2004 – 1993 – 2006.

The vote of the group is: 1: 2006, 2: 2004, 3: 1993, 4: 1995, 5: 1988.

My vote is: 1: 2006, 2: 2004, 3: 1993, 4: 1988, 5: 1995.

Series n ° 2. The 1979 has a warm nose, the 1970 a less precise nose, the 1982 has a rather animal nose, the 1972 has an elegant nose, the 1976 exhales a lot of alcohol, but it is related to the heat .The mouth of 1979 is elegant, refined. I like this wine. The 1970 is slightly tired, with a hint of cork that is not confirmed. It is quite mineral. He becomes warmer. The 1982 is older, a little watery, but it has a beautiful elegance. It is a little rough, rough and a little imprecise. The 1972 has freshness and elegance, in the end very fluid. I note: « that is happiness ». The 1976 is elegant but with a little less personality. He is racy too.

Wines, in Service Order Series 2: 1979 – 1970 – 1982 – 1972 – 1976

The vote of the group is: 1: 1972, 2: 1976, 3: 1970, 4: 1982, 5: 1979.

My vote is: 1: 1972, 2: 1976, 3: 1979, 4: 1970, 5: 1982.

Series No. 3. The 2000 has a very young color. He is very fluid. He is elegant and silky. The 1997 has a nice nose. It is a beautiful wine, less fine than the first. The 2007 has a less clear nose. I like his raspy side. He is more seductive, more Burgundian, but with the heat, shows too much his alcohol. The 2003 has a less pleasant nose. The taste is also less pleasant. The final is not precise enough. It is rather closed. The 2001 has a perfume of beautiful personality. It is atypical but exciting enough. It’s confusing, but I like it.

Wines, in Service Order Series 3: 2000 – 1997 – 2007 – 2003 – 2001

The vote of the group is: 1: 2003, 2: 2007, 3: 2001, 4: 2000, 5: 1997.

My vote is: 1: 2000, 2: 2007, 3: 2001, 4: 1997, 5: 2003.

Series No. 4. The 1968 has a nose of camphor, wine that has no vintage but that can be dated between 1920 and 1935 since it is a wine distributed by Marey & Comte Liger Belair has a nose of game, the 1973 has a superb nose, the 1923 has a nose of port, the 1975 has a « possible » nose. The 1968 is not so bad in the mouth, at least on the attack, but it is deviated, sick. The probable 1925 has a nice attack, but he is a little tired. The 1973 is more elegant. He still has fruit. The final is a little uncertain. But after a few minutes he shows that he is very handsome. The 1923 is pleasant. We smell his alcohol. The 1957 is the youngest of the five. As the first two were a little tired, Gerhard added a sixth wine, the 1975 that I find very pretty. Tasted then knowing the year, I find it above what it should be for 1975. And I have the same reaction knowing that the 4th wine is 1923. It is a superb 1923.

The wines, in the service order of series 4: 1968 – around 1925 – 1973 – 1923 – 1957 – 1975

The vote of the group is: 1: 1973, 2: 1957, 3: 1975, 4: 1923, 5: towards 1925, 6 – 1968.

My vote is: 1: 1973, 2: 1975, 3: 1957, 4: 1923, 5: 1968, 6: around 1925.

Series No. 5. The 1998 has a pretty fruity nose. He is pretty, rich, peppered, very powerful. The 2010 has an older nose, not easy to identify (I do not know the vintage). It is truffle, vegetal, not yet structured. The 2008 has a young nose like the 2010 (that’s what I wrote, which does not seem very coherent). He is happier, well structured. It’s a great wine in the making. The 1996 has a very pretty, rich, opulent nose. In the mouth, it is a little tight, strict, but of great potential. The 2002 has a nice and discreet nose. On the palate it is elegant and refined. This is for me the most beautiful series, very young and very well made wines.

Wines, in Service Order Series 5: 1998 – 2010 – 2008 – 1996 – 2002

The vote of the group is: 1: 2008, 2: 2002, 3: 2010, 4: 1996, 5: 1998.

My vote is: 1: 2002, 2: 2008, 3: 1998, 4: 2010, 5: 1996.

Series No. 6. The 1986 has a very pretty nose. He is pretty, charming, but is not Grand Cru. The 1983 has a seductive, winey nose. I like it. It is quite simple but very authentic. The 1985 is corked, alas. The 1992 has a very charming nose. It is very pleasant in mouth, charming, but does not have the tension that had the 5th series. The 1978 is corked, which is annoying when you learn what vintage it is. Louis-Michel votes for this wine at the first place by explaining why: he recognized the vintage and feels the immense potential of this wine. It therefore ignores the taste of cork that we suffer.

Wines, in Service Order Series 6: 1986 – 1983 – 1985 – 1992 – 1978

The vote of the group is: 1: 1992, 2: 1983, 3: 1986, 4: 1978, 5: 1985.

My vote is: 1: 1983, 2: 1992, 3: 1986, 4: 1978, 5: 1985.

Series No. 7. The 1990 has a high class nose. On the palate it is sweet, almost sweet, and not very orthodox. The 1989 has a pretty nose, but not very structured. In the mouth, it is fresher, charming, with a lot of fruit. I love him enough. The 2009 has a beautiful nose. It is a little sweet too but much more successful than the 1990. I blame myself, because I did not recognize this 2009 that I had tasted at the domaine. The 1999 has a slightly closed nose. It is a bit raspy on the palate but very interesting. The 2005 has a pretty nose, discreet. In the mouth it is not bad, but I do not find it very sexy.

Wines, in Service Order Series 7: 1990 – 1989 – 2009 – 1999 – 2005

The vote of the group is: 1: 2009, 2: 1999, 3: 2005, 4: 1989, 5: 1990.

My vote is: 1: 1989, 2: 2009, 3: 1999, 4: 1990, 5: 2005.

Series No. 8. The 1961 has a rather old nose. It’s old. In the mouth, it is sweet, and has almost no final. The 1966 has a pretty animal nose. On the palate it is sweet but bitter too. The 1964 has a tired nose, but it is pleasant on the palate. It has a pleasant end where alcohol shows itself. The 1969 has a much prettier nose. Despite bitterness in the end, I like this wine. The 1953 has an interesting nose. It is a little watery in the mouth but does not displease me. This series is perhaps the one that convinced me the least, because we are in a period where we can think that those who made the wine did not have a sufficient desire for excellence, contrary to what we see today.

Wines, in Service Order Series 8: 1961 – 1966 – 1964 – 1969 – 1953

The vote of the group is: 1: 1969, 2: 1953, 3: 1961, 4: 1964, 5: 1966.

My vote is: 1: 1969, 2: 1953, 3: 1964, 4: 1966, 5: 1961.

Gerhard now makes us taste blind a series of liquoreux.

Series n ° 9. The Bonnezeaux field of the Cross of Loges 1974 is very sweet. It looks like an English candy to which one would add cinnamon and marshmallow. It has a nice freshness, but the pineapple aspect does not do as well. The Zeltinger Schlossberg Riesling Auslese Mosel Maximilian Keilereien 1964 has a weird nose. It is fairly light, barely sweet, in the end a little imprecise.

The Château Rieussec 1985 is much more pleasant, because it is a cozy Sauternes (I have no doubt about its origin by drinking it). The next wine and last wine has a whimsical label because it cannot be marketed because it only earns 4 °. While drinking it I immediately thought of a Hungarian Essenzcia because it has the nose, the enormous sugar and the beautiful freshness. And it is an Austrian Welschriesling Essenz 2001. We are therefore in the same spirit. We drank these four liquoreux on Austrian cheeses chosen with love by the restaurant, damn fine, so that we realize that Austria also makes cheeses. They are raised by Alt Grottenhof with permanent Gregorian songs. My ranking of these four wines is Rieussec, Essenz, Bonnezeaux and Mosel Riesling.

What about this evening? First of all, Gerhard’s determination has made it possible to gather all these wines, which is not an easy task when a wine has such a small production. Then, it’s a privilege to drink as many vintages of this great wine. Gerhard is a big wine enthusiast and it takes such characters to make beautiful events. The 1923, which I put fourth in his series, when I drank it knowing what it is, enthusiasmed me. This shows me that I prefer vertical tastings when we know what we drink, because I can then take advantage of my references on these years.

But the advantage of blind tasting is that it can be shown without risk of being influenced that there are so-called « average » years among the best classified as 1992, 1973, 1972 and 1957, for example, and so-called « big » years less well ranked like 2005, 1990, 1989, 1978, 1961, 1923.

Thus the wines ranked 1 or 2 by the group are: 2009, 2008, 2007, 2006, 2004, 2003, 2002, 1999, 1992, 1983, 1976, 1973, 1972, 1969, 1957 (Leroy), 1953 (Leroy-tastevinage).

And the wines ranked beyond 2nd by the group are: 2010, 2005, 2001, 2000, 1998, 1997, 1996, 1995, 1993, 1990, 1989, 1988, 1986, 1985, 1982, 1979, 1978, 1975, 1970 (Bichot), 1968, 1966 (Bichot), 1964 (Bichon to Margaux), 1961 (Leroy), around 1925 (Marey and Liger-Belair), 1923 (Leon Rigault).

During certain periods, the wine may not have had the treatment it deserved. Is it because those who were in charge did not give all the care they should have, I do not know. But a great wine from a great terroir always takes over. And Louis-Michel is demonstrating that the Romanée Liger-Belair is one of the most beautiful wines, the most racy of the beautiful Burgundy. The fact that this wine is big in so-called small years is a sign that it is an exceptional wine.

Long life to this Romanée whose recent vintages have conquered us.

(pictures are in the articles in French)

Dégustation de 41 millésimes de La Romanée Comte Liger-Belair dimanche, 10 juin 2012

Dégustation de 41 millésimes de La Romanée Comte Liger-Belair

Nous sommes 24 personnes, mais seuls 16 verres sont servis, quelques personnes partageant le même verre. Dégustation en sachant que c’est la Romanée, mais sans aucune indication de millésime. Donc un aveugle total sur les années.

Série 1 : 1988 – 1995 – 2004 – 1993 – 2006

Série 2 : 1979 – 1970 – 1982 – 1972 – 1976

Série 3 : 2000 – 1997 – 2007 – 2003 – 2001

Série 4 : 1968 – vers 1925 – 1973 – 1923 – 1957 – 1975

Série 5 : 1998 – 2010 – 2008 – 1996 – 2002

Série 6 : 1986 – 1983 – 1985 – 1992 – 1978

Série 7 : 1990 – 1989 – 2009 – 1999 – 2005

Série 8 : 1961 – 1966 – 1964 – 1969 – 1953

Chacun vote pour son n° 1 et son n° 2 seulement. J’ai classé tous les vins de chaque série.

Voici les classements dans chaque série :

Série 1 – Le vote du groupe est : 1 : 2006, 2 : 2004, 3 : 1993, 4 : 1995, 5 : 1988.

Mon vote est : 1 : 2006, 2 : 2004, 3 : 1993, 4 : 1988, 5 : 1995.

Série 2 – Le vote du groupe est : 1 : 1972, 2 : 1976, 3 : 1970, 4 : 1982, 5 : 1979.

Mon vote est : 1 : 1972, 2 : 1976, 3 : 1979, 4 : 1970, 5 : 1982.

Série 3 – Le vote du groupe est : 1 : 2003, 2 : 2007, 3 : 2001, 4 : 2000, 5 : 1997.

Mon vote est : 1 : 2000, 2 : 2007, 3 : 2001, 4 : 1997, 5 : 2003.

Série 4 – Le vote du groupe est : 1 : 1973, 2 : 1957, 3 : 1975, 4 : 1923, 5 : vers 1925, 6 – 1968.

Mon vote est : 1 : 1973, 2 : 1975, 3 : 1957, 4 : 1923, 5 : 1968, 6 : vers 1925.

Série 5 – Le vote du groupe est : 1 : 2008, 2 : 2002, 3 : 2010, 4 : 1996, 5 : 1998.

Mon vote est : 1 : 2002, 2 : 2008, 3 : 1998, 4 : 2010, 5 : 1996.

Série 6 – Le vote du groupe est : 1 : 1992, 2 : 1983, 3 : 1986, 4 : 1978, 5 : 1985.

Mon vote est : 1 : 1983, 2 : 1992, 3 : 1986, 4 : 1978, 5 : 1985.

Série 7 – Le vote du groupe est : 1 : 2009, 2 : 1999, 3 : 2005, 4 : 1989, 5 : 1990.

Mon vote est : 1 : 1989, 2 : 2009, 3 : 1999, 4 : 1990, 5 : 2005.

Série 8 – Le vote du groupe est : 1 : 1969, 2 : 1953, 3 : 1961, 4 : 1964, 5 : 1966.

Mon vote est : 1 : 1969, 2 : 1953, 3 : 1964, 4 : 1966, 5 : 1961.

Voici les vins qui sont classés par le groupe soit n° 1 soit n° 2, classés dans l’ordre des millésimes (avec entre parenthèse le classement du groupe puis mon classement) :

2009 (1 – 2), 2008 (1 – 2), 2007 (2 – 2), 2006 (1 – 1), 2004 (2 – 2), 2003 (1 – 5), 2002 (2 – 1), 1999 (2 – 3), 1992 (1 – 2), 1983 (2 – 1), 1976 (2 – 2), 1973 (1 – 1), 1972 (1 – 1), 1969 (1 – 1), 1957 (2 – 3), 1953 (2 – 2).

Vins n°s 3, 4, 5 ou 6 pour le groupe :

2010 (3 – 4), 2005 (3 – 5), 2001 (3 – 3), 2000 (4 – 1), 1998 (5 – 3), 1997 (5 – 4), 1996 (4 – 5), 1995 (4 – 5), 1993 (3 – 3), 1990 (5 – 4), 1989 (4 – 1), 1988 (5 – 4), 1986 (3 – 3), 1985 (5 – 5), 1982 (4 – 5), 1979 (5 – 3), 1978 (4 – 4), 1975 (3 – 2), 1970 (3 – 4), 1968 (6 – 5), 1966 (5 – 4), 1964 (4 – 3), 1961 (3 – 5), vers 1925 (5 – 6), 1923 (4 – 4).

A part pour le 2003 jugé premier par le groupe et 5ème par moi et les 2000 et 1989 jugés 4ème par le groupe et premiers par moi, il y a une grande homogénéité entre les votes du groupe et les miens, ce qui semble indiquer que dans chaque groupe l’écart qualitatif était assez clair.

Pour plus de lisibilité, vins classés 1 ou 2 par le groupe :

2009, 2008, 2007, 2006, 2004, 2003, 2002, 1999, 1992, 1983, 1976, 1973, 1972, 1969, 1957, 1953.

Vins classés au-delà de 2è par le groupe :

2010, 2005, 2001, 2000, 1998, 1997, 1996, 1995, 1993, 1990, 1989, 1988, 1986, 1985, 1982, 1979, 1978, 1975, 1970, 1968, 1966, 1964, 1961, vers 1925, 1923.

On note qu’il y a des années dites « moyennes » dans les mieux classées comme 1992, 1973, 1972 et 1957, par exemple, et des années dites « grandes » moins bien classées comme 2005, 1990, 1989, 1978, 1961, 1923.

Dans le compte-rendu ci-dessous, je donne des indications succinctes sur chaque vin.

Une remarque sur l’aveugle. J’ai participé à beaucoup de verticales extensives comme celle-ci. L’intérêt de ces événements, c’est de mieux connaître l’histoire et l’âme d’un vin. Je sens que j’apprends beaucoup mieux quand je bois le vin d’une année en faisant appel à ma mémoire des vins de cette année.

Il faisait très chaud, et l’alcool revenait plus qu’il ne devrait, aussi mes appréciations de l’âge des vins était toujours plus vieille que la réalité. Et je n’étais pas dans mes repères.

Il est certain que l’avantage, c’est de ne pas être influencé par l’année, ce qui a permis à des années dites moyennes de surclasser de plus grands millésimes, mais j’ai pu vérifier par exemple sur le 1923 que j’ai bu à l’aveugle, puis en sachant que c’est 1923, que je comprenais dix fois plus de choses lorsque je savais ce que je buvais. Et le 1923 que j’ai classé 4ème de la série, comme le groupe, je l’ai retrouvé avec une richesse de message beaucoup plus grande, car j’avais le référentiel de 1923.

Avantage pour la spontanéité de l’exercice avec cet aveugle, mais moins de pertinence des jugements, qui sont moins complets et moins précis quand on ne sait pas ce qu’on boit.

La verticale de 56 milésimes de Clos de Tart convenait plus à mon approche et j’ai beaucoup plus appris sur chaque décennie que je ne l’ai fait dans celle-ci.

Mais, bien évidemment, c’est un plaisir et un honneur de participer à de telles verticales.

Gerhard, l’organisateur, et Louis-Michel Liger-Belair

dégustation de 41 millésimes de la Romanée dimanche, 10 juin 2012

La dégustation de 41 millésimes de la Romanée Liger-Belair se tient au restaurant « Im Fünften » qui comme son nom l’indique est au cinquième étage d’un centre commercial, surplombant la Jakominiplatz de Graz. Nous sommes environ 24, mais chaque bouteille sera partagée en seize verres, puisque plusieurs personnes partageront un verre à deux. Le service des vins se fait selon un processus assez astucieux. Gerhard, l’organisateur de la dégustation, a apporté des petits verres à schnaps, et chaque participant recevant la carafe d’un nouveau vin utilise un petit verre pour doser la quantité, en ayant le repère d’une marque sur le verre.

Il fait très chaud et pendant la première partie de la dégustation, avant que le soir ne tombe, les vins montrent un peu trop leur alcool en premier. Nous dégustons « à l’aveugle » presque total puisque, si nous connaissons le vin que nous buvons, nous ne connaissons pas son année.

Les séries sont de cinq vins, dont l’ordre a été établi par Gerhard, et nous n’en savons rien. Les notes que j’ai prises sont plutôt pour différencier les vins dans chaque série, puisque nous votons, que pour les décrire de façon intrinsèque. De plus, comme il y a beaucoup de séries, par prudence je ne reviens pas de nombreuses fois sur chaque vin. Le souci de différencier fait que je mets en avant tel ou tel défaut, même si le vin est globalement plaisant. A noter que je ne sais pas quel est le vin quand j’ai écrit ces notes où, pour des questions de lisibilité, j’indique après coup l’année au lieu du numéro d’ordre du vin. J’ai gardé mes notes telles quelles, avec ses erreurs, ses redites, et ses imperfections. On notera que le plus souvent, mon vote pour les trois premiers vins est très proche du vote du groupe.

Série n° 1. Le 1988 a la couleur la plus fatiguée, son nez profond montre des signes d’âge. Le 1995 est beaucoup plus jeune de couleur, plus frais, un peu strict. Il a une belle structure plaisante. Le 2004 a un nez puissant, un nez de cassis et une attaque généreuse. C’est le préféré de Louis-Michel Liger-Belair, car il est dans le style qu’il veut donner à son vin. Il est opulent. Le 1993 est plus aqueux, un peu moins structuré. Mais il s’améliore dans le verre. Le 2006 est élégant, mesuré, très joli.

Les vins, dans l’ordre de service, de la série 1 : 1988 – 1995 – 2004 – 1993 – 2006.

Le vote du groupe est : 1 : 2006, 2 : 2004, 3 : 1993, 4 : 1995, 5 : 1988.

Mon vote est : 1 : 2006, 2 : 2004, 3 : 1993, 4 : 1988, 5 : 1995.

Série n° 2. Le 1979 a un nez chaleureux, le 1970 un nez moins précis, le 1982 a un nez plutôt animal, le 1972 a un nez élégant, le 1976 exhale beaucoup d’alcool, mais c’est lié à la chaleur.

La bouche du 1979 est élégante, raffinée. J’aime ce vin. Le 1970 est légèrement fatigué, avec un soupçon de bouchon qui ne se confirme pas. Il est assez minéral. Il devient plus chaleureux. Le 1982 est plus vieux, un peu aqueux, mais il a une belle élégance. Il est un peu râpeux, rêche et un peu imprécis. Le 1972 a fraîcheur et élégance, au final très fluide. Je note : « que du bonheur ». Le 1976 est élégant mais avec un peu moins de personnalité. Il est racé aussi.

Les vins, dans l’ordre de service de la série 2 : 1979 – 1970 – 1982 – 1972 – 1976

Le vote du groupe est : 1 : 1972, 2 : 1976, 3 : 1970, 4 : 1982, 5 : 1979.

Mon vote est : 1 : 1972, 2 : 1976, 3 : 1979, 4 : 1970, 5 : 1982.

Série n° 3. Le 2000 a une couleur très jeune. Il est très fluide. Il est élégant et soyeux. Le 1997 a un joli nez. C’est un beau vin, moins fin que le premier. Le 2007 a un nez moins clair. J’aime son côté râpeux. Il est plus séducteur, plus bourguignon, mais avec la chaleur, montre trop son alcool. Le 2003 a un nez moins plaisant. Le gout est aussi moins plaisant. Le final n’est pas assez précis. Il est plutôt fermé. Le 2001 a un parfum de belle personnalité. Il est atypique mais assez excitant. Il est déroutant, mais j’aime.

Les vins, dans l’ordre de service de la série 3 : 2000 – 1997 – 2007 – 2003 – 2001

Le vote du groupe est : 1 : 2003, 2 : 2007, 3 : 2001, 4 : 2000, 5 : 1997.

Mon vote est : 1 : 2000, 2 : 2007, 3 : 2001, 4 : 1997, 5 : 2003.

Série n° 4. Le 1968 a un nez de camphre, le vin qui n’a pas de millésime mais que l’on peut dater entre 1920 et 1935 puisque c’est un vin distribué par Marey & Comte Liger Belair a un nez de gibier, le 1973 a un nez superbe, le 1923 a un nez de porto, le 1975 a un nez « possible ».

Le 1968 n’est pas si mal en bouche, du moins à l’attaque, mais il est dévié, malade. Le probable 1925 a une belle attaque, mais il est un peu fatigué. Le 1973 est plus élégant. Il a encore du fruit. Le final est un peu incertain. Mais après quelques minutes il montre qu’il est très beau. Le 1923 est plaisant. On sent son alcool. Le 1957 est le plus jeune des cinq. Comme les deux premiers étaient un peu fatigués, Gerhard ajoute un sixième vin, le 1975 que je trouve très joli. Goûté ensuite en sachant l’année, je le trouve au dessus de ce qu’il devrait être pour 1975. Et j’ai la même réaction en sachant que le 4ème vin est de 1923. C’est un superbe 1923.

Les vins, dans l’ordre de service de la série 4 : 1968 – vers 1925 – 1973 – 1923 – 1957 – 1975

Le vote du groupe est : 1 : 1973, 2 : 1957, 3 : 1975, 4 : 1923, 5 : vers 1925, 6 – 1968.

Mon vote est : 1 : 1973, 2 : 1975, 3 : 1957, 4 : 1923, 5 : 1968, 6 : vers 1925.

Série n° 5. Le 1998 a un nez joliment fruité. Il est joli, riche, poivré, très puissant. Le 2010 a un nez plus ancien, pas facile à cerner (je ne connais pas le millésime). Il est truffe, végétal, pas encore structuré. Le 2008 a un nez jeune comme le 2010 (c’est ce que j’ai écrit, qui ne semble pas très cohérent). Il est plus joyeux, bien structuré. C’est un grand vin en devenir. Le 1996 a un nez très joli, riche, opulent. En bouche, il est un peu serré, strict, mais de beau potentiel. Le 2002 a un nez joli et discret. En bouche il est élégant et raffiné. C’est pour moi la plus belle série, de vins très jeunes et très bien faits.

Les vins, dans l’ordre de service de la série 5 : 1998 – 2010 – 2008 – 1996 – 2002

Le vote du groupe est : 1 : 2008, 2 : 2002, 3 : 2010, 4 : 1996, 5 : 1998.

Mon vote est : 1 : 2002, 2 : 2008, 3 : 1998, 4 : 2010, 5 : 1996.

Série n° 6. Le 1986 a un très joli nez. Il est joli, charmeur, mais ne fait pas Grand Cru. Le 1983 a un nez séduisant, vineux. Je l’aime bien. Il est assez simple mais très authentique. Le 1985 est bouchonné, hélas. Le 1992 a un nez très charmant. Il est très plaisant en bouche, charmeur, mais n’a pas la tension qu’avait la 5ème série. Le 1978 est bouchonné, ce qui est rageant quand on apprend de quel millésime il s’agit. Louis-Michel vote pour ce vin et le place premier en expliquant pourquoi : il a reconnu le millésime et ressent tout le potentiel immense de ce vin. Il fait donc abstraction du goût de bouchon que nous subissons.

Les vins, dans l’ordre de service de la série 6 : 1986 – 1983 – 1985 – 1992 – 1978

Le vote du groupe est : 1 : 1992, 2 : 1983, 3 : 1986, 4 : 1978, 5 : 1985.

Mon vote est : 1 : 1983, 2 : 1992, 3 : 1986, 4 : 1978, 5 : 1985.

Série n° 7. Le 1990 a un nez de grande classe. En bouche il est doucereux, presque sucré, pas très orthodoxe. Le 1989 a un nez assez joli, mais peu structuré. En bouche, il est plus frais, charmant, avec pas mal de fruit. Je l’aime assez. Le 2009 un beau nez. Il est un peu doucereux aussi mais beaucoup plus réussi que le 1990. Je m’en veux, car je n’ai pas reconnu ce 2009 que j’avais goûté au domaine. Le 1999 a un nez un peu fermé. Il est un peu râpeux en bouche mais très intéressant. Le 2005 a un assez joli nez, discret. En bouche il n’est pas mal, mais je ne le trouve pas très sexy.

Les vins, dans l’ordre de service de la série 7 : 1990 – 1989 – 2009 – 1999 – 2005

Le vote du groupe est : 1 : 2009, 2 : 1999, 3 : 2005, 4 : 1989, 5 : 1990.

Mon vote est : 1 : 1989, 2 : 2009, 3 : 1999, 4 : 1990, 5 : 2005.

Série n° 8. Le 1961 a un nez assez ancien. Il fait âgé. En bouche, il est doucereux, et n’a pratiquement pas de final. Le 1966 a un nez assez animal. En bouche il est doucereux mais amer aussi. Le 1964 a un nez fatigué, mais il est plaisant en bouche. Il a un final plaisant où l’alcool se montre. Le 1969 a un nez beaucoup plus joli. Malgré une amertume dans le final, j’aime ce vin. Le 1953 a un nez intéressant. Il est un peu aqueux en bouche mais ne me déplait pas. Cette série est peut-être celle qui m’a le moins convaincu, car on est dans une période où l’on peut penser que ceux qui ont fait le vin n’avait pas une suffisante envie d’excellence, contrairement à ce qu’on voit aujourd’hui.

Les vins, dans l’ordre de service de la série 8 : 1961 – 1966 – 1964 – 1969 – 1953

Le vote du groupe est : 1 : 1969, 2 : 1953, 3 : 1961, 4 : 1964, 5 : 1966.

Mon vote est : 1 : 1969, 2 : 1953, 3 : 1964, 4 : 1966, 5 : 1961.

Gerhard nous fait maintenant goûter à l’aveugle une série de liquoreux.

Série n° 9. Le Bonnezeaux domaine de la Croix des Loges 1974 est très sucré. On dirait un bonbon anglais auquel on ajouterait cannelle et guimauve. Il a une belle fraîcheur, mais l’aspect ananas lui va moins bien. Le Zeltinger Schlossberg Riesling Auslese Mosel Maximilien Keilereien 1964 a un nez bizarre. Il est assez léger, à peine sucré, au final un peu imprécis.

Le Château Rieussec 1985 est nettement plus agréable, car c’est un sauternes confortable (je n’ai pas de doute en le buvant). Le vin suivant et dernier vin a une étiquette fantaisiste, car il ne peut pas être commercialisé du fait qu’il titre seulement 4°. En le buvant j’ai immédiatement pensé à un Essenzcia hongrois car il en a le nez, le sucre énorme et la belle fraîcheur. Et c’est un Welschriesling Essenz autrichien 2001. On est donc dans le même esprit.

Nous avons bu ces quatre liquoreux sur des fromages autrichiens choisi avec amour par le restaurant, sacrément affinés, pour que nous constations que l’Autriche aussi fait des fromages couillus. Mon classement de ces quatre vins est Rieussec, Essenz, Bonnezeaux et Mosel Riesling.

Que dire de cette soirée ? D’abord, c’est l’opiniâtreté de Gerhard qui a permis de rassembler tous ces vins, ce qui n’est pas une mince affaire quand un vin a une aussi petite production. Ensuite, c’est un privilège de boire autant de millésimes de ce grand vin. Gerhard est un grand passionné de vin et il faut de tels personnages pour faire de beaux événements.

Le 1923, que j’ai mis quatrième de sa série, quand je l’ai bu en sachant ce qu’il est, m’a enthousiasmé. Ceci me montre que je préfère les dégustations verticales quand on sait ce que l’on boit, car je peux alors profiter de mes références sur ces années.

Mais l’avantage de la dégustation à l’aveugle, c’est que l’on peut faire apparaître sans risque d’être influencé qu’il y a des années dites « moyennes » parmi les mieux classées comme 1992, 1973, 1972 et 1957, par exemple, et des années dites « grandes » moins bien classées comme 2005, 1990, 1989, 1978, 1961, 1923.

C’est ainsi que les vins classés 1 ou 2 par le groupe sont : 2009, 2008, 2007, 2006, 2004, 2003, 2002, 1999, 1992, 1983, 1976, 1973, 1972, 1969, 1957 (Leroy), 1953 (Leroy- tastevinage).

Et les vins classés au-delà de 2è par le groupe sont : 2010, 2005, 2001, 2000, 1998, 1997, 1996, 1995, 1993, 1990, 1989, 1988, 1986, 1985, 1982, 1979, 1978, 1975, 1970 (Bichot), 1968, 1966 (Bichot), 1964 (Bichon à Margaux), 1961 (Leroy), vers 1925 (Marey et Liger-Belair), 1923 (Léon Rigault).

Pendant certaines périodes, le vin n’a peut-être pas eu le traitement qu’il méritait. Est-ce parce que ceux qui en avaient la charge n’ont pas donné tout le soin qu’ils auraient dû, je ne sais pas. Mais un grand vin venant d’un grand terroir prend toujours le dessus. Et Louis-Michel est en train de démontrer que la Romanée Liger-Belair est un des plus beaux vins, des plus racés de la belle Bourgogne. Le fait que ce vin soit grand dans des années dites petites est bien le signe qu’il s’agit d’un grand vin.

Souhaitons longue vie à ce beau vin dont les millésimes récents m’ont conquis.

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pour voir les fromages dégustés, dont un est affiné en entendant chaque jour et chaque nuit des chants grégoriens, c’est ici : LesfromagesGraz.pdf

photos de quelques bouteilles, dans l’ordre de dégustation

2001 – 1968

entre 1920 et 1932 – 1973

1923 Tête de Cuvée !!!

1957

1975 – 2010

2008 – 1996

2002 – 1990

1989 – 2009

1961

1964 – 1966

1969

1953

Les liquoreux

Champagnes de la Baltique autour de 1839 / 1840 vendredi, 8 juin 2012

La vente a été faite de 11 bouteilles sur les 79 buvables (2 vendues en 2011 – il en restera 66) :

1 bt de Heidsieck à 11.500 € avant frais

4 bt de Veuve Clicquot entre 10.000 et 14.000 € chacune avant frais

6 bt de Juglar entre 9.500 et 14.000 € avant frais.

Les estimations d’Artcurial ont donc été confirmées par les faits. Il n’y a pas eu l’explosion de prix que certains attendaient.

Comparativement, les bouteilles vendues l’an dernier ont atteint 30.000 € chacune.

Reste maintenant à savoir si elles sont bonnes !

visite au domaine Stefan Potzinger en Autriche vendredi, 8 juin 2012

Le lendemain matin Gerhard, femme et enfants ainsi qu’un ami allemand nous dirigent vers les vignobles autrichiens qui jouxtent la Slovénie. Les paysages sont vallonnés, voire torturés, d’une grande beauté et les vignes sont installées sur des pentes vertigineuses. J’ai du mal à imaginer que des tracteurs puissent remonter de telles pentes. Nous rendons visite à un vigneron, Stefan Potzinger, propriétaire du domaine éponyme.

Lorsque Stefan nous accueille au seuil de sa maison, et nous parle de son domaine, une épouvantable odeur d’une porcherie voisine envahit nos narines. Nous visitons ses installations et nous allons en salle de dégustation, heureusement non touchée par les odeurs, pour goûter ses vins.

Stefan Potzinger Sauvignon blanc Aus den Rieden 2011, Stefan Potzinger Joseph Sauvignon blanc Ried Sulz 2009, Stefan Potzinger Joseph Sauvignon blanc Ried Sulz 2008, Stefan Potzinger Joseph Sauvignon blanc Ried Sulz 2003, Stefan Potzinger Joseph Sauvignon blanc Ried Sulz 2004, Stefan Potzinger Traminer Zoppelberg 2003. Il me faut beaucoup de temps pour m’acclimater à des vins qui, même avec quelques années, ont encore des candeurs de vins trop jeunes. Leur caractéristique est d’être précis, frais, bien faits. On sent l’enthousiasme de ce jeune vigneron ambitieux.

Nous allons ensuite visiter les vignes pentues du domaine Stefan Potzinger. Les vendanges sont faites à la main, car il serait impossible d’engager des machines sur ces pentes. Les allées étant herbeuses, je me demande comment l’on peut rester debout lorsqu’il pleut. Si l’on tombe, on ira rapidement plus vite qu’une luge. Nous nous arrêtons pour l’apéritif chez les parents de Stefan dans une maison rustique au panorama de toute beauté.

Même avec beaucoup d’imagination, je n’arrive pas à comprendre que l’on puisse prendre un apéritif avec ces bébés : Stefan Potzinger Gelber Muskateller Steirische Tradition 2011 et Stefan Potzinger Weissburgunder (pinot blanc) Aus den Rieden 2011. On sent que c’est bien fait, que le pinot blanc a de belles promesses, mais pourquoi se faire mal ? On passe à côté de l’ampleur que peuvent prendre ces vins bien faits. On en verra la preuve ce soir.

Stefan Potzinger et Louis-Michel Liger-belair

les photos ne rendent pas l’ampleur vertigineuse des pentes. Quels beaux paysages !