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un dîner de vignerons gargantuesque vendredi, 9 décembre 2011

J’arrive au restaurant Laurent à 16h30 et avec Ghislain, nous rassemblons les bouteilles pour faire la photo de groupe. C’est assez dément, car nous serons douze et il y a dix-sept vins dont quatre magnums, ce qui fait en équivalent bouteilles un total de vingt-et-un. J’ouvre les bouteilles et fort curieusement, il y a de nombreux bouchons ultraserrés. Celui du Corton Charlemagne en magnum me fait souffrir, comme celui du Musigny vieilles vignes 1985. Le bouchon de ce vin a été changé en 2004 et celui de la Romanée 1974 a été changé en 1999. Et curieusement; le Volnay-Caillerets 1959 a son bouchon d’origine, alors que la stratégie de la maison Bouchard est de changer les bouchons beaucoup plus fréquemment. Le bouchon du Clos de Tart 1996 est très serré et se brise à la montée, tant il est sec. Celui du Clos de Tart 1945 à l’inverse, très imbibé et noir, est très peu serré et tourne presque dans le goulot. Deux nez sont particulièrement émouvants : celui de La Romanée Liger Belair 1974 et celui tonitruant de l’Yquem 1967. Il faudrait classer ce parfum au patrimoine mondial de l’Unesco. Le nez incertain est celui du 1945.

Lorsque j’avais rassemblé mes trois apports provenant de la cave de mon domicile, très différente de ma cave principale, j’avais remarqué une demi-bouteille dont le niveau a baissé de moitié. S’il est des gens avec lesquels on peut essayer de la boire, c’est bien avec des vignerons. Il s’agit d’un Corton, Emile Chandessais, négociant à Fontaines, près Mercurey 1929. Je ne l’ai pas encore ouverte. J’attends le dernier moment pour qu’il n’y ait pas d’évanouissement prématuré.

Les amis arrivent, échelonnés dans le temps, et dès que nous sommes en nombre suffisant, j’ouvre le Corton 1929. C’est une demi-bouteille, à moitié pleine. Le bouchon est difficile à extirper, car il s’enfonce à chaque fois que je veux le piquer. Je mets plusieurs minutes avant de trouver un point d’accroche. Le bouchon est noir et le goulot revêtu d’une sale suie. Le verdict olfactif tombe comme un couperet : cet humus, cette puanteur condamnent le vin. Aucun miracle n’est à attendre. Nul de nous ne s’est aventuré à le goûter.

L’apéritif dans la belle salle ronde de l’entrée est le Champagne Salon magnum 1983 qui nous donne l’occasion de trinquer à la santé de Didier Depond qui ne pouvait être avec nous. Ce 1983 conforte mon amour pour Salon. L’année 1983 m’a donné des sentiments divers depuis que j’en bois. Agrément, puis doute, et cette belle bouteille donne un véritable plaisir. Il n’y a aucun signe de vieillissement alors que parfois les Salon « adultes » affichent leur âge. Richard Geoffroy signale les similitudes entre ce Salon très rectiligne et le Dom Pérignon du même millésime. J’aime la belle cohérence de ce champagne avec des traces légères de fruits confits. Les rouelles de pieds de porc forment un accord gourmand.

Nous rejoignons notre table située dans la rotonde, au centre de celle-ci. Notre joyeuse bande est délurée, si, si, je donnerai des noms, les plus gentiment dissipés étant Louis-Michel Liger-Belair qui, avec délicatesse se demande si je pourrais être son père ou son grand-père et Richard Geoffroy, plus taquin que son clone en hologramme d’il y a deux jours.

Le menu préparé par Alain Pégouret et Philippe Bourguignon est : Araignée de mer dans ses sucs en gelée, crème de fenouil / Homard servi dans l’esprit d’une bourride / Œuf à la première truffe noire / Foie gras de canard poêlé et petits haricots « resina » / Pigeon cuit en cocotte, betteraves verjutées, mille-feuille de pommes gaufrettes au chou rouge / Risotto à la truffe blanche d’Alba / Lièvre à la « Royale » cuisiné selon la recette du sénateur Couteaux, « fusilli » pour la sauce / Vieux Comté / Mille-feuille à la mangue et au piment d’Espelette / Mignardises et chocolats.

Autant le dire tout de suite, ce fut excellent, d’une justesse permanente. Cette cuisine traditionnelle est sereine. Ajoutons à cela un service parfait et l’équation n’a qu’une solution : c’est la table la plus accueillante et agréable de Paris.

Le Champagne Dom Pérignon Œnothèque magnum 1966 est l’expression aboutie du charme. Dégorgé en 2004, ce champagne est parfait, d’une maturité absolue. Et ce qui est intéressant c’est qu’on ne sait jamais quelle facette il est en train d’exposer. C’est un Fregoli. Veut-on de l’ampleur, elle est là. Veut-on de la grâce et de la finesse, elle est là. La fluidité aussi et une invraisemblable longueur. Ce champagne est une leçon de choses et l’accord avec l’araignée, plat emblématique du Laurent, est d’une justesse absolue.

Le homard est servi avec deux vins. Le Corton Charlemagne Bonneau du Martray magnum 1990 est charmant, délicat et romantique, ce qui est un paradoxe, car il sait être puissant. A côté de lui, le Musigny Blanc GC Domaine Comte de Vogüé 1991 est d’une empreinte plus forte, d’un goût plus prononcé où les fruits confits se retrouvent. On est presque en face d’un couple féminin – masculin, le féminin étant le Corton. Les deux vins sont splendides, d’une précision extrême dans les deux cas.

Le Château de Beaucastel Chateauneuf-du-Pape blanc 1987 est une belle surprise, car ce vin n’a aucun signe d’âge et se signale par une élégance extrême. Il est très au dessus de l’idée que je m’en faisais, qui était une belle idée. Avec Eric Rousseau et Jean-Luc Pépin, nous nous disons que jamais nous ne dirions Châteauneuf en buvant ce vin à l’aveugle. Sa précision et sa finesse sont exemplaires. C’est surtout son attaque qui est envoûtante, car le final est assez court. L’accord avec un nouveau plat, celui de l’œuf, est pertinent et le plat est réussi.

Aucun vigneron bordelais ne figurant à notre table, il fallait bien que j’ajoute des bordeaux pour que la fête ne les oublie pas. Le Château La Gaffelière Naudes 1953 me fait douter à la première gorgée, mais le vin s’assemble peu de temps après. J’adore ce vin qui est un vrai Saint-Emilion dans la plénitude de son charme. Au premier contact, je préférais de loin le Château Palmer 1964 extrêmement précis. Mais de deux coins de la table, si l’on peut dire ainsi d’une table ovale, Bipin Desai et Richard Geoffroy jugent ce vin plutôt sec. Avec Sylvain Pitiot, nous refusons cette analyse. Ce Palmer assez rectiligne me plait énormément. Il est charnu, droit, de grande séduction par son discours direct. J’ai aimé ces deux bordeaux qui ont plu à mes amis, avec des commentaires divers et des appréciations souvent différentes. L’association osée avec le foie gras était justifiée.

Sur le pigeon nous avons trois vins. Le Clos de Tart 1996 est pétulant de jeunesse et de générosité. C’est un vin direct, sans détour, qui emplit la bouche et s’y impose. Un vin racé mais de plaisir. Le Musigny Vieilles Vignes Domaine Comte de Vogüé 1985 est assez incroyable, car il explose de fruit. C’est du fruit rouge de belle mâche et un plaisir premier, même si la complexité existe. La tâche est plus rude pour Eric Rousseau qui a eu le courage de choisir un millésime moins généreux que les deux autres. Mais le Chambertin domaine Armand Rousseau 1983 a de le ressource. Il fait plus évolué et plus bourguignon, dans l’acception que j’aime, un peu saline. C’est un grand vin subtil, plus discret et moins puissant que les deux autres et très délicat.

Le bœuf est accompagné de deux vins. La Romanée Comte Liger-Belair 1974 avait le nez le plus envoûtant à l’ouverture. Il l’a toujours. J’adore ses impressions salines. On est de plain-pied dans le vin déroutant que j’adore, ultra bourguignon. Ses énigmes folles m’envoûtent. A côte de lui, le Volnay Caillerets Bouchard Père & Fils 1959 est d’un plus grand classicisme. Je parlais tellement – et Bipin Desai m’en fera le gentil reproche en disant que je me « bettanise » – que, dans la brume de ce matin, où j’essaie de reconstituer mes impressions sans avoir pris de notes, j’ai du mal à retrouver mon souvenir de ce vin.

Le risotto accueille deux vins. Le Clos de Tart 1945 est trop fatigué pour que son message nous intéresse réellement. Son bouchon avait permis une évaporation qui a torréfié le vin, lui ôtant la splendeur du 1945 que j’avais bu au domaine, que j’avais qualifié d’immense. A côté de lui, le Richebourg Théophile Gavin 1947 est enjôleur. Il a du charme à en revendre, avec de la générosité. Et même si l’on peut supposer qu’il a été un peu hermitagé, il est agréable et épanoui.

Pour résister à la puissance du lièvre à la royale, il fallait un vin aussi puissant que l’Hermitage Les Bessards Delas Frères 1990 riche, équilibré, épanoui et plus grand que celui que j’avais bu au siège de la maison Deutz. Ce vin est un heureux bonheur.

Le Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs 1959 est « the right man at the right place », car il apporte sa fraîcheur bien nécessaire après les trois blancs et les dix rouges que nous avons bus. J’adore ce champagne clair, lisible, à qui l’année 1959 va comme un gant. C’est un très grand champagne gouleyant, de beaux fruits jaunes.

Nous lançons dans les airs un message d’amitié à Pierre Lurton qui nous a fait cadeau d’un Château d’Yquem 1967. Pour paraphraser Marguerite Duras, ce sauternes est parfait, forcément parfait. Plein, riche en fruit, d’une longueur à se pâmer, il atteint maintenant une sérénité complète, avec une richesse maîtrisée remarquable. Le dessert lui va bien, mais il est en Harley-Davidson, c’est-à-dire, comme le chantait Brigitte Bardot, qu’il n’a besoin de personne pour exprimer son impérial talent.

Je ne pouvais pas regarder les autres tables d’où j’étais, mais il est certain que nos rires, nos éclats ainsi que la forêt invraisemblable de deux cents verres sur table ont dû en impressionner plus d’un. L’ambiance était extrêmement décontractée, volontiers taquine, et nous avons passé une excellente soirée d’amitié. Pour donner une idée des taquineries, lorsque j’ai évoqué le fait que j’avais rencontré des bouchons ultraserrés, je croyais soulever une docte question. La seule réponse qui me fut faite est que j’ai perdu toute force et que je n’arrive plus à extirper les bouchons !

Avec des vignerons présents, il n’est pas question de faire voter pour les vins, mais comme je rangerai le onzième dîner des amis de Bipin Desai dans les dîners de wine-dinners puisque j’en suis l’organisateur, sous le numéro 152, je classe, pour moi, avec la particularité de mon goût, les vins de ce soir : 1 – La Romanée Comte Liger-Belair 1974, 2 – Champagne Dom Pérignon Œnothèque magnum 1966, 3 – Château d’Yquem 1967, 4 – Musigny Blanc GC Domaine Comte de Vogüé 1991.

Tous les vins, sauf le Clos de Tart 1945 ont été d’un intérêt extrême et présentés dans les meilleures conditions possibles. L’accord le plus original est celui de l’œuf avec le Beaucastel blanc et le plus juste est celui de l’araignée avec le Dom Pérignon.

Nous nous sommes tous remerciés de nos générosités réciproques, et particulièrement Bipin Desai qui nous avait invités. Dans mes rêves de la nuit, il y avait un grand bonheur d’avoir côtoyé autant d’amitié.

de gauche à droite : Jacques Grange, Jean Pierre Perrin, Jean-Charles de la Morinière, Valérie Pitiot, Joseph Henriot, Bipin Desai, Richard Geoffroy, Eric Rousseau, Jean-Luc Pépin, François Audouze, Sylvain Pitiot, Louis-Michel Liger-Belair

dîner de vignerons – les vins vendredi, 9 décembre 2011

Champagne Salon magnum 1983 (Didier Depond non présent)

Champagne Dom Pérignon Œnothèque magnum 1966 (Richard Geoffroy)

Corton Charlemagne Bonneau du Martray magnum 1990 (Jean-Charles de la Morinière)

Musigny Blanc GC Domaine Comte de Vogüé 1991 (Jean-Luc Pépin)

Château de Beaucastel Chateauneuf-du-Pape blanc 1987 (Jean-Pierre Perrin)

Château La Gaffelière Naudes 1953 (François Audouze)

Château Palmer 1964 (François Audouze)

Clos de Tart 1996 (Sylvain Pitiot)

Musigny Vieilles Vignes Domaine Comte de Vogüé 1985 (Jean-Luc Pépin)

Chambertin domaine Armand Rousseau 1983 (Eric Rousseau)

Volnay Caillerets Bouchard Père & Fils 1959 (Joseph Henriot)

La Romanée Comte Liger-Belair 1974 (Louis-Michel Liger-Belair)

Richebourg Théophile Gavin 1947 (François Audouze)

Clos de Tart 1945 (Sylvain Pitiot)

Hermitage Les Bessards Delas Frères 1990 (Jacques Grange)

Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs 1959 (Joseph Henriot)

Château d’Yquem 1967 (Pierre Lurton non présent)

pour mémoire, le Corton 1929 complètement mort que j’ai ajouté alors qu’il était plus qu’en vidange

Lancement en fanfare de Dom Pérignon 2003 mercredi, 7 décembre 2011

Quand on s’appelle Dom Pérignon, on doit être dans le hors norme. Ça commence par un mail du genre « save the date », comme cela se passe souvent. Je marque sur mon agenda : « Dom Pérignon« , mais je ne sais ni l’heure ni le lieu. Un peu vague, mon cher Watson. Le temps passant, les choses ont du mal à se préciser. Il faut quémander les informations, mais on arrive à les obtenir. On me propose de venir me chercher en limousine à l’endroit où je suis. Traduction : c’est un événement de happy few. Je décline cette offre et j’arrive dans une petite rue du 13ème arrondissement. Quoi, on deviendrait populaire ? Que nenni. Le « Rosenblum Collection and friends » est tout simplement bluffant. On se sent dans une galerie newyorkaise, avec des hauteurs de plafond invraisemblables. C’est beau, simplement beau. Ces volumes dégagent une envie de vivre dans l’exception. Il y a un « feeling » spécial dans ces murs. Les couleurs sont le noir et le blanc et sur les murs passent en boucle des photos d’Hautvillers, l’église et le cloître. Dans ce décor minimaliste mais envoûtant, une longue table en bois, le long d’une gigantesque photo de l’église d’Hautvillers et de quelques vignes. Il y a déjà des journalistes assis et je m’assieds à leur côté. Il est 15 heures, heure absolument impérative, et la seule boisson proposée est de l’eau. Les gens arrivent lentement puisqu’en France, on n’existe pas si l’on est ponctuel, et on nous sert Champagne Dom Pérignon 2002. C’est qu’il est bon le bougre avec sa vinosité conquérante. Il a un fâcheux goût de revenez-y auquel on succombe. On attend, on parle à ses voisins et l’attente de Richard Geoffroy, le monsieur Dom Pérignon devient pesante. Alors, quand est-ce que ça démarre ? Les esprits s’échauffent, la foule en délire réclame le Johnny du jour. Et, à 15h30, nous sommes appelés au centre d’une pièce. Dans une petite pyramide judicieusement éclairée, un minuscule Richard Geoffroy en hologramme, les mains dans les poches, nous explique le Champagne Dom Pérignon 2003, dont c’est le lancement commercial aujourd’hui. L’image incroyablement vivante de Richard en miniature nous raconte ce vin, d’une année atypique. Et puis, tout s’éteint dans la pyramide. On nous sert le 2003 et tout-à-coup, Richard Geoffroy, le vrai, arrive sous nos applaudissements. On se félicite, on se congratule et sur un mur apparaissent des images de quatre endroits : Hong-Kong, Tokyo, New-York et Londres. Car strictement au même moment, la même cérémonie de lancement du 2003 se déroule dans ces quatre capitales. Comme on est en direct, Richard Geoffroy va dialoguer avec chacune de ces capitales où l’on sent le plaisir ressenti par des amateurs pointus de Dom Pérignon. La question qui revient dans beaucoup de ces échanges est de savoir avec quel millésime le 2003 pourrait se comparer. Souvent, c’est 1976 qui est cité, à cause des comparaisons climatiques. Les liaisons en duplex s’éteignent et nous nous retrouvons « entre nous ». Richard Geoffroy est très fier de son 2003 et aussi de son 2004, et dit que ces deux millésimes ont considérablement soudé les équipes, car ces deux millésimes ont été des aventures. Des canapés judicieux viennent accompagner le nouveau-né, caviar, brouillade d’œufs de perdrix, risotto au safran. Ils soulignent le caractère gastronomique du 2003.

Alors, que dire de ce bébé ? Ce qui frappe, c’est sa solidité. On est sur la puissance, la force intérieure, et s’il n’est pas encore étoffé, on sent que cela va venir. Ce qui vient ensuite, c’est le caractère floral de ce vin, de fleurs blanches si caractéristiques de Dom Pérignon. Ensuite, on est impressionné par l’équilibre, la sérénité et l’aptitude gastronomique que les amuse-bouche révèlent. On sait qu’il sera grand, mais je constate qu’il l’est déjà, avec une force de caractère rare. Il me fait penser à Keira Knightley, cette actrice au charme énigmatique, qui dégage une force de caractère indestructible. Elle n’est pas pulpeuse comme les beautés latinos, mais elle en impose par son charme impérieux. Et ce 2003, c’est cela pour moi. La fleur blanche est ingénue, mais dans un gant en béton armé.

On bavarde, on bavarde, le goût de revenez-y est sans limite. Et je quitte les lieux en me disant que si ce lancement est un peu fou, le bébé célébré fera parler de lui. Et c’est le principal.

Un magnifique voyage dans la gamme de la maison Deutz lundi, 5 décembre 2011

La maison de champagne Deutz m’invite à la visiter. J’arrive à 10h30 au siège, et je découvre la maison bourgeoise de William Deutz, de style Second Empire, avec des décorations chargées mais de grand intérêt. Tout a été gardé dans le respect de cette période fastueuse. Le salon d’apparat, le salon chinois, et plusieurs très jolies pièces nous mettent dans l’atmosphère d’un temps où l’on prenait son temps.

Cette maison de champagne est une des seules où l’on puisse dire : « nous allons monter à la cave ». Car sur la colline, l’entrée des caves est très au dessus de la belle propriété. Dans une grande salle où subsistent d’imposants foudres, primitivement charpentée de bois et restaurée « à la » Eiffel, avec des poutres rivetées et des poteaux en fonte, des présentoirs montrent des documents de plus d’un siècle qui attestent de la vocation exportatrice de ce domaine, sous la houlette d’un William Deutz qui apparait sacrément entreprenant.

Après la visite des installations nous descendons de la cave, ce qui est une expression assez étonnante, et de retour à l’hôtel particulier , dans une salle qui a servi de jardin d’hiver, aux papiers peints sinisants restaurés, je vois sur la table en verre des feuilles imprimées à la date de ce jour, avec des cercles pour poser les verres de dégustation et les noms des champagnes que nous allons boire.

Le Champagne Amour de Deutz 2002 a un nez élégant et un goût joliment fumé et toasté. Très beau et élégant il est agréable à ce moment de sa vie.

Le Champagne Amour de Deutz 2000 a un nez plus marqué. Le vin est plus rond, avec un peu moins d’ampleur. Il est gourmand.

Le Champagne Amour de Deutz 1999 a un nez plus discret. Il est plus strict mais se distingue par un joli floral. Les trois sont marqués par l’élégance. Le 2002 est le plus grand avec de l’ampleur, mais les deux autres, avec des esquisses de noisettes, se tiennent bien dans le verre.

Le Champagne Blanc de Blancs Deutz 1989 a un belle couleur dorée. Le nez est un peu évolué. Il est complexe, surtout dans le final, avec des notes de moka et de pâtisserie. Fabrice Rosset évoque des parfums de fleurs séchées pour ce vin dégorgé en 2004. Le champagne est élégant avec une belle acidité. Il est noble, goûteux et agréable à boire.

Nous passons maintenant à quatre William Deutz qui ont du pinot noir, alors que l’Amour n’est que chardonnay.

Le Champagne Cuvée William Deutz 1996 montre instantanément sa différence avec les Amour. Le vin est riche, solide, complexe, de fruits dorés. La finale acide est très belle. On le sent gastronomique.

Le Champagne Cuvée William Deutz 1990 a un nez très puissant et déjà tertiaire. Il faut accepter son caractère assez inhabituel. Torréfié, avec des fruits compotés, il interpelle, mais on le sent aussi gastronomique.

Le Champagne Cuvée William Deutz 1988 est superbe, magique, et, lui, est totalement intégré. Il a tout pour lui, avec un équilibre parfait. Il est jeune et dans un état de grâce.

Le Champagne Cuvée William Deutz 1985 a un nez très élégant. Il est charmant, féminin, avec une autre forme de perfection, marquée de beurre et de toast. Le 1988 et le 1985 forment un couple masculin – féminin, de grand raffinement. Mon cœur balance en faveur du 1985.

Le Champagne Brut millésimé Deutz 1982 a une couleur presque orangée ce qui est curieux. Le vin est trop évolué et une autre bouteille ouverte semble marquée par le même signe d’évolution.

Le Champagne Brut millésimé Deutz 1975 est fait à 100% de pinot noir. Le nez est magnifique. Le vin est un peu rêche mais plaisant à l’attaque, puis il se montre difficile, manquant de structuration un peu comme ce que j’avais ressenti avec le 1990.

En faisant un nouveau tour de tous les verres maintenant aérés, le 2002 est fringant, le 2000 est brillant, le 1999 plus effacé. Le 1996 est gourmand, le 1990 s’est assemblé et va vers moka et caramel, le 1988 est grand, mais c’est le 1985 qui est exceptionnel. Il a tout pour lui, le charme, la finesse et l’élégance.

Je suis évidemment honoré que trois des dirigeants de ce domaine m’aient consacré autant de temps et aient choisi de si belles bouteilles à déguster. Nous descendons dans une belle salle à manger privée pour le déjeuner à quatre, dont le menu est : langoustines sauce Aurore / lotte sauce champagne et son riz / plateau de fromages / pomme cannelle au four.

En lisant le menu, je me demande à quel moment je pourrais faire intervenir la bouteille que j’ai dans ma musette dont aucun de mes hôtes ne soupçonne l’existence. Il me semble que ce doit être au début, car la sauce Aurore sera plus apte pour l’expérience que j’aimerais faire. J’ouvre ma musette et je montre le Vin de l’Etoile, Coopérative vinicole de l’Etoile 1952 à la magnifique couleur d’un ambre clair. J’ouvre la bouteille avec un tirebouchon normal et le bouchon se brise, mais tout rentre dans l’ordre. Le parfum du vin est magique, d’une rare puissance. Mes hôtes sont évidemment surpris de cette ajoute au programme.

L’idée qui me vient, échafaudée sans avoir bu, est la suivante : goûter la sauce riche des langoustines, boire le Champagne Amour de Deutz 2003 d’une belle délicatesse, goûter la sauce, boire du vin de l’Etoile puis goûter le 2003 et à mon sens, cela doit propulser le champagne Deutz à des hauteurs rares. Nous procédons ainsi et Michel Davesne, l’œnologue de la maison est saisi par la pertinence de cette succession et de l’effet multiplicateur du jurassien sur le champagne.

C’est alors que l’on entend toc-toc. Un visage féminin se montre subrepticement puis s’affirme, puis envahit la place. L’épouse de Fabrice Rosset ainsi que sa fille nous rendent visite. Elles s’assoient, on leur tend des verres des deux vins et elles nous rejoignent pour l’expérience, sans la sauce Aurore. Et madame Rosset, très affirmative, donne son verdict : « je ne trouve pas que le vin du Jura rehausse le 2003 ». Ce que femme veut, Dieu le veut. La messe est dite. Les dames nous laissent continuer notre déjeuner.

Les vins que nous avons bus sont le Champagne Amour de Deutz 2003 délicieux et délicat sur la langoustine, le Champagne Cuvée William Deutz 1999 puissant et serein, très à l’aise sur la lotte, l’Hermitage Les Bessards Delas 1990, le même que celui que nous partagerons dans quelques jours lors d’un dîner de vignerons que j’organise chaque année, riche et convaincant et le Champagne Cuvée William Deutz rosé 2000 qui est un beau rosé gastronomique, à l’aise avec le dessert, mais qui pourrait se confronter à des chairs très viriles. En cours de repas nous avons repris le Champagne Cuvée William Deutz 1985 qui continue d’être exceptionnel.

C’est un honneur extrême que d’être reçu aussi généreusement. J’ai pu explorer cette maison de champagne que je goûte relativement peu, car j’ai d’autres amours, et que je percevais surtout par le champagne Taillevent élaboré par Deutz. L’éblouissant 1985 ne me fera pas oublier que le reste de la gamme est de grand intérêt. Mais tout de même, ce 1985 est un vin immortel de première grandeur.

A l’entrée, le fameux Amour de Deutz

une femme, que l’on suppose légère, veut trinquer au champagne !

le salon de William Deutz

la salle des foudres refaite « à la Eiffel » et une magnifique étiquette de Deutz & Geldermann

le « poste » de dégustation avec les noms des champagnes

mon apport à ce déjeuner

et tout finit par un amour !

Grand Tasting – Master Class « Ornellaia, cru fastueux de la Toscane » et conclusion dimanche, 4 décembre 2011

La dernière Master Class à laquelle j’assiste est « Ornellaia, cru fastueux de la Toscane« . Le Bolgheri Le Serre Nuove dell »Ornellaia rouge 2008 est d’un rouge très foncé. Le nez, très riche, est velouté. La bouche est marquée par l’astringence. C’est un vin strict, généreux en tannins, qui est tout sauf flatteur. Il est d’une belle mâche, mais je le trouve trop strict, sans concession.

Le Bolgheri Superiore rouge Ornellaia 2008 est d’un rouge très noir. C’est un vin qui a été élevé vingt-et-un mois en fûts dont deux tiers de bois neuf. Le nez est discret et très élégant. La bouche est beaucoup plus ronde, le bois est noble. C’est un grand vin, mais il faudrait attendre des années pour qu’il devienne charmant.

Le Bolgheri Superiore rouge Ornellaia 2007 a la même couleur d’un rouge noir. Le nez est très droit, subtil. En bouche il est nettement plus civilisé. La râpe est plus belle, plus acceptable. L’œnologue parle de fraîcheur et de soyeux des tannins. Thierry Desseauve, qu dirige la Master Class m’étonne quand il parle de rondeur et donne des qualificatifs de douceur pour ces vins durs et qui ne deviendront charmants qu’avec l’âge. Car pour moi, ce vin est assez dur, avec seulement des tannins et pas de fruit. Le final est de cassis. Lorsque le 2008 s’ouvre, il est plus exubérant et rond que le 2007.

Le Bolgheri Superiore rouge Ornellaia 1998 est d’un rouge plus tuilé que les autres années. Le nez est beaucoup plus chaleureux et civilisé. La bouche est beaucoup plus arrondie, cohérente, intégrée. Le vin est rond et équilibré. Le bois est très bien dosé.

Il se trouve que je n’avais pas pu rester pour le traditionnel cocktail organisé par idealwine. Entre deux master class, Angélique de Lencquesaing me propose de goûter un verre du Château Haut-Bailly 2000 en jéroboam ouvert hier. Ce vin est élégant, raffiné et dans un état d’accomplissement proche de son sommet historique. Je suis entré dans cette master class avec mon verre et quand je compare les Ornellaia avec le bordelais, il n’y a pas photo, comme on dit, car le soyeux, la douceur, l’équilibre sont du côté de Haut-Bailly. J’ai du mal à imaginer qu’Ornellaia ait pu, sur d’autres millésimes, surclasser les bordelais qui lui étaient opposés à l’aveugle. Ces vins italiens sont bien faits, mais il faut attendre plus de vingt ans si on veut jouir de leurs subtilités.

Entre les master class, je suis allé saluer des vignerons et picorer de-ci-delà quelques beaux vins. Quelques vins qui m’ont plu sont, dans le désordre, les beaujolais de la Villa Ponciago, absolument gourmands et nobles, la Cuvée Winston Churchill 1999 de Pol Roger, le Champagne Pierre Peters Les Chétillons 2004, le vin de paille Château d’Arlay 2006, La Petite Sibérie, Côtes du Roussillon Villages 2009 du domaine Le Clos des Fées d’Hervé Bizeul et beaucoup d’autres encore.

Si je devais retenir trois vins de ce Grand Tasting, ce qui est très réducteur, ce serait : 1 – Château Ausone 2000 en magnum, 2 – Gewurztraminer Grand Cru Mambourg domaine Weinbach Quitessence de Grains Nobles 2008, 3 – Château Haut-Bailly en jéroboam 2000.

Cette édition du Grand Tasting, événement de plus en plus populaire, fut un grand millésime, avec de très grands vins, des rencontres de grands vignerons, et une générosité qui transpire à tous les stands. Une réussite.

Grand Tasting – Master Class « le génie du Vin » dimanche, 4 décembre 2011

La Master Class suivante est « LE » clou du Grand Tasting. Elle a pour nom « le génie du vin« . Le choix des vins correspond au goût de Michel Bettane et Thierry Desseauve.

Le Champagne Joséphine de la maison Joseph Perrier magnum 1998 est d’un jaune d’un or clair. Le nez est discret. La bouche est gourmande, caramel, avec une belle acidité discrète. Il y a une très jolie variation sur les fruits confits. Dégorgé en juin 2008, il a beaucoup de charme. Jean-Claude Fromont dit que 1998 fut une année capricieuse et dit que son vin est très friand, avec du miel et des aspects beurrés. C’est un grand champagne.

L’Hermitage blanc domaine Jean-Louis Chave 1995 est d’un or glorieux. Le nez est racé, intense, presque botrytisé. En bouche, il y a délicatesse et fluidité. Il fait un peu plus évolué que son âge, mais sans que le charme ne s’en trouve affecté. Il a un peu un goût de vin jaune. Il combine des suggestions de sauternes avec d’autres de Château Chalon. Il a des fruits jaunes, un alcool présent mais mesuré. Il est très gastronomique, très épanoui avec une belle patine. Je retrouve peu après le côté « huître » des Hermitage blancs. De grande fraîcheur, c’est un très grand vin.

Le Bourgueil Les Busardières rouge domaine de la Chevalerie 1964 est présenté par un sympathique vigneron qui aura bien du mal à en parler tant Michel Bettane et Thierry Desseauve sont heureux d’avoir inclus ce vin dans leur présentation. Le rouge est un peu clairet. Le nez est très strict, puritain. La bouche est faite de fruits bruns, de prunes. Jamais l’attaque en bouche ne correspondrait au millésime tant le vin semble jeune. Il est très astringent. Il « mange les joues ». Il est d’une grande fraîcheur, délicat et très jeune. Michel Bettane évoque ses nuances d’épices, de réglisse et sa fraîcheur. Même s’il est un peu difficile, c’est un vin très authentique. Une belle expérience.

Le Château Ducru-Beaucaillou 2005 est d’un rouge très noir. Le nez est fort, de cassis, framboise et menthe. Ce nez est assez incroyable et me fait penser à Vega Sicilia Unico. En bouche, c’est de l’anis, de la menthe et de la feuille de cassis que l’on ressent. Il est gourmand comme Vega Sicilia Unico. Il est riche et c’est un vin de gastronomie. Il a un très grand avenir et sera immense dans trente ans, comme le fut son aîné le 1961 légendaire. Dix minutes plus tard, il est gourmand, combinant fruits rouges et fraîcheur mentholée.

Alain Vauthier présente le Château Ausone magnum 2000. Quel cadeau ! Le rouge est très sombre. Le nez est riche et frappe par son élégance. On sent les bois et la truffe, avec de l’élégance de fruits noirs. Le nez est envoûtant. Dès le premier contact, le mot qui s’impose est « wow ». Le deuxième mot est « élégance » et le troisième « équilibre ». C’est un vin de très grande longueur, gourmand mais encore tellement jeune. Le final est immense.

Le Clos de La Roche Grand Cru Vieilles Vignes domaine Ponsot 2007 est présenté par Rose-Marie Ponsot qui gère le domaine avec Laurent Ponsot. Le passage après l’Ausone pourrait sembler difficile, mais en fait cela marche très bien les deux vins ne se neutralisant pas. Le vin est d’un rouge rubis clair. Le nez est incroyablement charmeur. Le vin est élégant et subtil, très bourgogne. Il est tout en nuances. Le fruit apparaît surtout sur le final très marqué. Le vin est très charmant et gourmand. Il y a une belle astringence bourguignonne. Ce vin a été vendangé quinze jours après les autres domaines. C’est un grand vin.

Le Gewurztraminer Grand Cru Mambourg domaine Weinbach Quitessence de Grains Nobles 2008 est d’un or subtil magnifique. Le nez est une bombe. C’est les mille et une nuits. Malgré l’opulence, je vois des notes marines et iodées. En bouche, il est gras, au final très complexe et très riche, avec une grande fraîcheur. S’il est sucré, il est d’une grande pureté. C’est un vin magnifique et noble, gourmand et élégant, à l’extrême fraîcheur.

Le Rivesaltes Cuvée Aimé Cazes vin doux naturel 1963 est présenté par Lionel Lavail qui nous indique que c’est le premier millésime de la cuvée Aimé Cazes. C’est un rivesaltes ambré provenant de vignes centenaires qui a bénéficié d’un élevage de trente ans en foudres sans aucun ouillage. La gestation est si lente que la maison Cazes commercialise le 1978 seulement aujourd’hui. La couleur est de thé, d’ambre roux. Le nez charmeur, typique de rivesaltes, est doucereux mais annonce la rigueur. Le vin est magnifique et gourmand. Pruneau, fruits confits, avec des tonnes d’épices douces. Il est joyeux, charmeur. On en mangerait. Ce vin, mis en bouteilles en 1997, est d’une grande fraîcheur, fait pour la gourmandise et la gastronomie.

De cette éclectique présentation, deux vins émergent pour moi par leur perfection absolue, l’Ausone et le Weinbach. Mais les autres méritent aussi une grande considération. Ce fut une belle dégustation.

Grand Tasting – Master Class « Taittinger Brut Millésimé » et petit casse-croûte samedi, 3 décembre 2011

La Master Class à laquelle j’assiste ensuite est celle du « Taittinger Brut Millésimé« . J’y vais surtout pour écouter Pierre-Emmanuel Taittinger, véritable tribun, qui vit son champagne avec ses tripes et sa joie de mordre dans la vie. Une de ses formules désormais célèbre, c’est de dire qu’un bon champagne, c’est celui qui donne envie de faire l’amour ensuite.

Les quatre champagnes ont été dégorgés en juin et dosé à grammes contre dix habituellement.

Le Champagne Taittinger Brut Millésimé 1996 est d’un beau jaune d’or. La bulle est très fine et le nez très pur. On ressent le beurre et la crème. Le vin est fort, carré. Il y a un final de vanille et de miel. L’acidité apparait maintenant, avec la tension. C’est un champagne strict mais plaisant.

Le Champagne Taittinger Brut Millésimé 1995 est du même or et le nez est très élégant. J’adore l’élégance et le vineux de ce 1995 qui me plait plus, car il est plus gourmand. On voit apparaître un beurre et du toasté léger. Il est chaleureux, équilibré, un peu poivré. C’est un vin de grande pureté et de grand équilibre.

Le Champagne Taittinger Brut Millésimé 1990 est d’un or plus clair. Le nez est fumé, champignonné, peu plaisant. La bouche est d’une attaque merveilleuse, pleine de charme. Puis aapparaît son évolution et des parfums de champignon. Il est gras et crémé. C’est un champagne de gastronomie.

Le Champagne Taittinger Brut Millésimé 1989 est d’un or plus prononcé. Le nez est semblable à celui du 1989 mais plus discret. Le champignon est présent mais très délicat. C’est un vin de plaisir. Il est à noter que le champignon n’est pas un signe d’évolution, car ce champagne très élégant et de grande fraîcheur est d’une folle jeunesse.

Si les champagnes sont très intéressants, la vedette est incontestablement Pierre-Emmanuel, homme incroyablement chaleureux. Nous avons voulu aller grignoter aux stands de restauration debout, mais Pierre-Emmanuel Taittinger est interrompu partout car les gens veulent lui parler et il ne résiste à personne. J’ai pris des fromages, un collaborateur de Taittinger a pris des huîtres, Pierre-Emmanuel a pris des quiches, et de son stand, comme par miracle, arrive un Champagne Taittinger Comtes de Champagne 1999 extrêmement plaisant dans ces circonstances de dinette. Il est tant assailli qu’il distribue son champagne à tous ceux qui se présentent et il faut doubler la mise de cet excellent champagne. C’est cela le Grand Tasting, des rencontres et une grande générosité.

Grand Tasting – Master Class « Clos des Goisses de Philipponnat » vendredi, 2 décembre 2011

La Master Class suivante est celle du « Clos des Goisses du champagne Philipponnat« . Comme chaque fois, c’est Charles Philipponnat qui présente le bijou de sa maison, dont les millésimes 2001 et 2002 viennent d’être mis sur le marché depuis seulement quinze jours. La présentation est toujours faite du plus ancien au plus jeune.

Le Champagne Clos des Goisses Philipponnat 1996 a une belle couleur de blé mûr. Le nez est très fluide. Le goût est toasté. Il y a une grande tension. On ressent noix et noisette. C’est un champagne puissant, très riche, mais qui n’est pas gras.

Le Champagne Clos des Goisses Philipponnat 1997 est d’une couleur plus claire. Le nez est plus affirmé. Le vin est élégant, plus délicat. Charles dit qu’il est angélique. Je sens des herbes fraîches et une belle acidité. J’aime beaucoup la fraîcheur de ce 1997 qui contraste avec la puissance de 1996.

Le Champagne Clos des Goisses Philipponnat 2001 est d’un jaune plus foncé que les deux précédents, ce qui est étrange. Le nez est curieux, beurré. Charles dit que 2001 est un millésime gras. Il n’exclut pas qu’il y ait eu du botrytis. J’ai du mal à cerner ce champagne qui se cherche. Il est vineux, un peu brutal. Il ressemble un peu à un vin oxydatif avec du fruité. Son final hésite entre acidité et lacté.

Le Champagne Clos des Goisses Philipponnat 2002 est aussi très foncé. Le nez est superbe, avec du toasté, ce qui sous-entend que la bouteille de 2001 qui nous a été servie aurait un problème. Ce vin dégorgé en juin 2011 est un très grand champagne, plus accompli que le 1996. C’est un champagne immense.

Le Clos des Goisses est un champagne noble et racé. Le goûter avec Charles Philipponnat est un grand plaisir.

Grand Tasting – Master Class « Voyage au sein de l’univers Krug » vendredi, 2 décembre 2011

La seconde Master Class du Grand Tasting à laquelle j’assiste est « Voyage au sein de l’Univers Krug« , présenté par Olivier Krug selon un modèle que je connais bien. En effet, Olivier considère que la noblesse d’une maison de champagne, c’est l’assemblage. Aussi, dit-il, faire le Clos du Mesnil le joyau de la maison, c’est « facile », car il n’y a aucun assemblage et la seule décision de la direction est : « on fait ce millésime, ou on ne le fait pas ». La dégustation va donc commencer par le plus facile à faire.

Le Champagne Krug Clos du Mesnil 2000 est d’un jaune clair un peu doré. Le nez est difficile à définir. J’y sens un peu de lacté. En bouche il y a du beurre, de la pâtisserie, de la brioche. La longueur est un peu retenue. Lorsqu’il s’ouvre, brioche et caramel apparaissent et un peu de poivre. C’est un champagne noble, mais je n’ai pas encore la vibration qui apparaîtra dans quelque temps. Bien ouvert il est épais, gras, solide, avec un final plus prononcé. Même s’il n’y a pas d’assemblage le Clos est vinifié en 5 parcelles distinctes, sachant que Krug possède au Mesnil 23 parcelles.

Le Champagne Krug Vintage 2000 a une couleur identique. C’est impossible de le sentir, car à côté de notre salle, il y a un atelier gourmet où l’on cuit du poisson ! Le champagne est très toasté, presque fumé. Je le trouve très beau et il me parle plus que le Clos du Mesnil. Le Clos du mesnil est plus délié, plus racé mais le Vintage est plus charmeur et plus directement franc.

Le Champagne Krug Vintage 1998 a une couleur plus dorée. Le nez est discret, élégant. En bouche, il y a du gras sur une belle acidité. Il est très équilibré. Le 2000 cohabite bien avec le 1998. Aucun des deux ne domine l’autre.

Le Krug Grande Cuvée récent, présenté comme vin mystère n° 1, mais dont le mystère est éventé et pas le vin, a un nez superbe. Le vin est gourmand, généreux, immédiatement accessible. Lacté, beurré, brioché, il est gras, bien assis. Olivier explique que les bouteilles seront maintenant dotées d’un code explicatif. Celui de cette bouteille est 1110004 qui veut dire que le vin a été dégorgé au premier trimestre 2011 et le code « 0004 » sur le site de Krug permettra de consulter l’histoire de cette cuvée, qui comprend des vins jusqu’en 1988, avec huit millésimes différents.

Le Krug Grande Cuvée présenté comme vin mystère n° 2 est plus ancien de trois à quatre ans que le précédent. Il est beaucoup plus crémé, plus gras. C’est un grand champagne agréable et opulent.

C’est un honneur que d’avoir goûté ces grands champagnes de forte personnalité.

Grand Tasting – Master Class « le génie du Corton » vendredi, 2 décembre 2011

La première Master Class à laquelle j’assiste est intitulée « le génie du Corton« .

Le Corton La Vigne au Saint Grand Cru rouge Maison Louis Latour 2009 est d’un rubis assez sombre. Le nez est prononcé, avec un alcool présent. La bouche est gourmande, la matière est belle, avec du poivre. La texture est belle et le boisé délicat. La mâche est presque solide. C’est le millésime qui donne beaucoup de richesse.

Le Corton Château Corton Grancey Grand Cru rouge Maison Louis Latour 2008 est d’un rouge encore plus appuyé. Le nez est plus élégant, très équilibré Le vin est encore plus gourmand, plus élégant, aux fruits très doux. M. Champy dit que les tannins sont plus durs et que l’on sent le calcaire du sol. Le final est agréable et le fruit est beau. C’est un vin gourmand.

Le Corton Grand Cru rouge Domaine Bonneau du Martray 2002 est d’un rubis foncé. Le nez est extrêmement riche et raffiné. Il est profond. En bouche, le vin est délicat, élégant et très bien dessiné. Il est précis. C’est l’élégance qui prime. Michel Bettane dit qu’il est racinaire et évoque la truffe. Et quand il le dit, on sent la truffe.

Le Corton Charlemagne Grand Cru Domaine Bonneau du Martray 2007 est d’un jaune très clair. Le nez est délicat et discret. La bouche est délicate et complexe, raffinée. Son fruit est blanc, délicat, subtil. On le sent très gastronomique, car il n’en fait pas trop, ce qui est aussi lié à son millésime. Le final est élégant, avec un joli fruit et une râpe crayeuse.

Le Corton Charlemagne Grand Cru Domaine Rapet Père & Fils 1992 est d’un magnifique jaune d’or. Le nez est riche et puissant. La bouche est puissante mais fluide. Le vin, qui ne titre que 12 à 12,5° est aérien et frais, avec de petites notes salines. Le vin est vraiment gourmand et de belle acidité. Il donne envie de manger !

Cette master class a permis de boire cinq vins d’une des gloires historiques de la Bourgogne, le « Corton ».