Archives de catégorie : vins et vignerons

visite au vignoble Sepp et Maria Muster en Autriche vendredi, 8 juin 2012

Nous rendons visite au vignoble Sepp et Maria Muster qui travaille en biodynamie. L’homme est charmant, didactique, et d’une simplicité d’approche remarquable. Ce n’est pas un de ces ayatollahs de la biodynamie, qui voient des influences telluriques ou stellaires partout. Tous les choix sont raisonnés et l’on sent qu’il est en recherche permanente. Il nous explique sur le terrain sa vision de la croissance de la vigne, en cave, il nous parle d’expériences que Louis-Michel m’aide à comprendre, et le résultat se goûte dans la salle de dégustation.

Muster Sauvignon vom Opok 2008, Muster Morillon Vom Opok 2008, Muster Graf Morillon Vom Opok 2008, Muster Graf Sauvignon 2008, Muster Graf Sgaminegg 2008, Muster Graf Sgaminegg 2007. On est assez impressionné par la précision, la fluidité, la longueur de ces vins délicieux. Alors, la question que je me pose est : est-on favorablement conditionné pour aimer ces vins dans le contexte du lieu où ils sont faits, ou sont-ils aussi bons que ce que nous ressentons ? Et Gerhard a la réponse : un des vins de Sepp Muster ayant une vingtaine d’années, confronté à des Corton Charlemagne, les dominait nettement. Il se trouve que nous aurons l’occasion de vérifier ce soir la pertinence de cette assertion.

Nous goûtons ensuite un essai, une curiosité : Muster Gräfin 2008, vin non filtré qui a passé deux ans en fût. C’est original mais ne m’émeut pas, alors que le Muster Erde 2007, mis en bouteille dans un flacon en grès me plait énormément.

Nous nous livrons ensuite à une expérience très passionnante : le Muster Sgaminegg 2006 a été mis en bouteille au même moment dans une bouteille en verre et dans un flacon en grès. L’écart est intéressant. Le nez, le fruit, et la rondeur du vin sont nettement à l’avantage de la bouteille de verre. Et la rémanence et la longueur sont nettement en faveur du pot de grès. Alors lequel préférer ? Sur la mâche, c’est le verre. Pour la mémoire en bouche, c’est le grès. Sepp Muster, passionnant conteur, fait des vins de très grande précision et surtout de grande persistance en bouche. Il nous rejoindra ce soir au dîner.

l’enseigne au bord de la petite route et l’une des maisons anciennes

ça fermente dans les tonneaux !

Sepp Muster et Louis-Michel Liger-Belair

les contre-étiquettes expliquent les vins

voici le recto des bouteilles dégustées (quelques unes)

le Muster « Erde » (terre) est embouteillé dans un flacon en terre

Sepp Muster a embouteillé le même vin en verre et en terre

Sepp dans la salle de dégustation répondant aux questions

History of La Romanée Liger-Belair lundi, 4 juin 2012

I am going to attend a fantastic vertical tasting of La Romanée Comte Liger-Belair with 41 millesimes. Louis-Michel Liger-Belair will attend this event prepared by a friend of mine, a completely passionate wine lover.

Having received the history of this wine, I find interesting to communicate it as it is very interesting.

But the tasting will be interesting too !

LA ROMANÉE – History:

LA ROMANÉE Grand Cru is with 0.8452 ha the smallest Appellation controlee in France – monopole of Domaine du Comte Liger-Belair.

The vineyard has been renowned at least since the 14th century. If it has ever been actually part of Romanée-Conti remains unsure, but both seemed to origin (at least partially) from a lot of small vineyard plots later called „Aux Echanges“ uphill from (=west of) Romanée-Saint-Vivant.

Between 1815 and 1826 the ancestor of the family, Comte Louis Liger-Belair, acquired all in all 9 parcels of “Aux Echanges”, “En La Romanée” and “Sentier au Prêtre”, first through marriage, then by purchase, and registered it in 1827 eventually under the name LA ROMANÉE. The vineyard then passed to Louis-Charles L-B – and has remained the property of the family ever since.

In 1924 Henri, the great-grandfather of Louis-Michel died, and in 1931 the widow passed away too. Because two of the ten children were still minors (French law forbid minors to take over ownership) all properties had been put up for public auction the 31st of August 1933 (including also the original La Tâche).

Although René Engel was interested in buying La Romanée, Just Liger-Belair, a priest, and his brother Michel (grandfather of Louis-Michel) fortunately were able to buy the vineyard back for the family – together with an important part of Vosne-Romanée Aux Reignots.

Because the brothers were not winemakers the vineyards were rented out „en metayage“: first to the Michaudet family, from 1946 onwards to the Forey family. Responsible for the vineyard work and vinification was Jean Forey from 1961 to 1987, afterwards Regis Forey (1988-2001).

The wines have rarely been bottled by the owners or metayeurs, but sold to different negociants: Maison C.Marey & Comte Liger-Belair, Maison Thomas-Bassot, Maison Leroy (1950-1962), Maison Bichot (1963-1975) and Bouchard Pere & Fils (1976-2005), but often barrels have been sold to other negociants, too – so one can find also bottling by Regnier, Champy, Rigault, Lupé- Cholet, Belin, Giroud among others.

In 2000 Louis-Michel Liger-Belair, grand-son of Michel and son of Henry, started his domaine with Village- and 1er-Cru-Vosne-Romanee – and in 2002 he took over the vineyards and the vinification of La Romanée and VR Aux Reignots from Regis Forey. But he still had to transfer half of the wine to Bouchard Pere & Fils until 2005 – and so there are two different bottling of these four vintages in existence.

In 2006 he was able to rent a further 5,5 ha from Domaine Lamadon with Grand Cru Echezeaux and 1er Cru and Village Vosne-Romanée and Nuits-St-Georges.

Les vins des quatre propriétaires de Chateau Guiraud jeudi, 10 mai 2012

Le Château Guiraud organise un déjeuner de presse au restaurant de l’hôtel Shangri La, le Shang Palace, dirigé par Frank Xu. Les invités avaient le choix entre déjeuner ou dîner. Je serai du déjeuner.

Guiraud, c’est quatre compères, Robert Peugeot, majoritaire grâce à son holding familial, Xavier Planty, qui fait les vins du domaine, Olivier Bernard du Domaine de Chevalier et Stephan von Neipperg de Canon La Gaffelière, La Mondotte et autres vignobles. Le déjeuner est consacré aux vins de Guiraud, mais c’est l’occasion d’élargir aux vins des copropriétaires.

Le menu conçu par le chef est : Ha Kao, Siu Mai, ravioli aux Saint-Jacques, « buns » de porc laqué sucré-salé /saumon Le Hei / canard laqué façon pékinoise, premier service peau croustillante servie avec des crêpes à la farine de riz, concombre, cébette émincée / Assortiments de spécialités rôties façon cantonaise, poêlée de pois gourmands aux champignons, taro et patate douce / canard laqué façon pékinoise, deuxième service chair de canard émincée et sautée au wok, en feuilles de laitue / bœuf sauté aux pleurotes, sauce barbecue, riz sauté à la façon du chef / boules moelleuses à la crème montée et fruits frais.

Nous sommes dans un salon double, répartis en deux tables. La décoration résolument chinoise plait sans doute aux chinois, mais je ne mords pas du tout à cette présentation assez hétéroclite et un peu banale à mon goût. Sur les deux tables rondes, un plateau tournant reçoit les mets. Il faut donc être attentif à ce qui tourne, ce qui fait qu’à la fin, on ne sait pas vraiment ce qu’on a mangé. La qualité des plats est superbe, les chairs sont goûteuses. C’est assez dépaysant, mais j’aime. L’association avec les vins n’est pas toujours évidente. Le service est impeccable.

Le G de Guiraud 2011 est évidemment très vert, mais il se boit bien. Son acidité est maîtrisée, et il est vraiment prometteur. Il est surtout très gastronomique et se marie avec ces cuisines complexes.

Le Château Lespault-Martillac Pessac-Léognan 2009 est géré par Olivier Bernard. Il est un peu pataud, et souffre d’être présenté à côté des trois autres rouges superbes.

La Mondotte 2001 est d’un spectaculaire finesse. C’est la pureté et l’élégance qui s’imposent, avec une évocation de truffe charmante. On est loin d’un vin moderne, chapeau.

Le Château Canon-La-Gaffelière 2000 est fortement boisé et tannique. On est surpris de le voir si jeune et tout fou. Il a un potentiel énorme et je le vois bien devenir dans quinze ans un vin de très grande qualité, quand il aura gommé ses aspérités. Il se boit bien.

Le Domaine de Chevalier 1990 est un très beau vin épanoui. C’est un Domaine de Chevalier généreux et serein. Mais il manque un peu de coffre et de final et ne ressemble pas au superbe 1990 que j’avais bu il y a un an au domaine, servi en magnum.

Le Château Guiraud 1988 est d’une belle couleur d’un or intense. Il est épanoui, plaisant, gourmand. Le Château Guiraud 2001 est d’une étoffe plus noble. Mais il sert de faire-valoir au 1988, dont le côté plus équilibré, plus recentré, apparaît encore mieux quand il est bu après son cadet. Ce sont deux vins superbes dont Xavier est légitimement fier. J’apprends que l’étiquette est devenue noire l’année de la mort de Napoléon 1er, en 1821.

Que retenir de ce déjeuner ? Les vins des quatre mousquetaires sont de beaux fleurons du vignoble bordelais. Mon classement, purement anecdotique, puisque les millésimes sont différents, c’est Mondotte, Canon-La-Gaffelière, Domaine de Chevalier et pour Guiraud, 2001 devant 1988 pour le futur, mais 1988 devant 2001 pour le plaisir immédiat. Ce que je retiens le plus de ce repas, c’est la chaude amitié qui réunit ces quatre grands acteurs des vignobles bordelais, avec un sens de l’humour aiguisé et de francs sourires.

Olivier Bernard, Xavier Planty et Robert Peugeot

Pétrus aide les acheteurs jeudi, 5 avril 2012

Pétrus fait des efforts importants pour traquer les faux et remonter les filières des fabricants de faux.

C’est pour cela que des détails changent chaque année, afin de tromper les fraudeurs.

Ce que j’avais pris pour une absence de cohérence est en fait le fruit de leur volonté. Et Pétrus ne souhaite pas que l’on donne des indices aux fraudeurs.

BON A SAVOIR : Pétrus répond en moins de 24 heures à tout acheteur qui souhaiterait vérifier si la bouteille qu’on lui propose est une vraie. Il suffit d’adresser des photos de la bouteille, de l’étiquette, de la capsule et du cul de la bouteille, ainsi que toute inscription sur le verre.

Les 2011 des vins conseillés par Derenoncourt Consultants mercredi, 28 mars 2012

A la table du Royal Monceau où nous dégustions le Chateau Guadet saint-émilion, on parlait du rendez-vous qui allait suivre au George V, la présentation des 2011 conseillés par Derenoncourt Consultants. La curiosité me poussant je me rends dans les salons de l’hôtel George V et je suis époustouflé de rencontrer tant de vins qui ont Stéphane Derenoncourt comme conseiller. Quel succès pour ce brillant œnologue dont j’ai connu les débuts lorsqu’il est venu présenter avec son franc-parler les vins qu’ils suivait au Salon des Grands Vins au tout début des années 2000. Plus de 80 domaines sont présents.

Comme il est exclu que je les goûte tous, je vais déguster ceux que je connais. J’ai particulièrement aimé deux vins, le Château La Gaffelière 2011 d’une grâce extrême et le Château Smith Haut-Lafitte 2011 remarquablement fait. J’ai bien aimé des valeurs sûres comme le Domaine de Chevalier rouge 2011, le Château Petit-Village 2011, le Château Canon-la-Gaffelière 2011 présenté par Stephan von Neipperg souriant et pince sans rire, et La Mondotte 2011 du même.

J’ai rencontré avec plaisir Louis Gadby l’animateur de l’Ami Louis qui présente le Château Louis, ex Rol de Fombrauge, et Olivier Decelle qui présente ses vins de Bordeaux dont le Château Jean Faure. S’il est conseillé par Stéphane, c’est parce qu’il veut pouvoir discuter des choix à prendre.

Je suis impressionné de voir tant de grands vins dans « l’écurie Derenoncourt » et je suis aussi impressionné de constater que chacun garde sa personnalité, sans que l’on perçoive un style qui s’imposerait. Chaque vin a son âme, et c’est tant mieux.

Quelle réussite pour ce brillant œnologue !

Présentation du Chateau Guadet au Royal Monceau mercredi, 28 mars 2012

Un déjeuner de presse est organisé par le Château Guadet, un Saint-Emilion. Guy-Pétrus Lignac dirige le domaine avec son épouse et son fils Vincent qui a pris la direction de la vinification. Il a engagé la démarche en biodynamie et profite de son expérience acquise dans les vignobles des quatre coins de notre planète.

Nous sommes reçus dans un minuscule jardin niché dans l’hôtel Royal Monceau maintenant Raffles. La presse du vin est représentée par des français bien sûr mais aussi par des chinois, belges, japonais et des coréens. On trinque sur le Château Guadet 2011 très plaisant, très pur et authentique. C’est la pureté qui est la qualité principale de ce vin. Le Château Guadet 2010 est un joli vin, qui a pris un peu de muscle. Même si l’année 2010 est plus étoffée aujourd’hui, je préfère la pureté du 2011.

Deux carafes nous sont annoncées comme recelant de plus vieux vins. Le premier qui est servi trahit une certaine fatigue. L’amertume est trop prégnante et le bois n’est plus maîtrisé. Je le dis aimablement à madame Lignac qui en convient. Voulant imaginer le millésime je pense aux années quarante, mais Nicolas de Rabaudy lance 1964 qui est la bonne réponse. L’idée des années quarante correspond à la fatigue excessive du vin. Heureusement la deuxième carafe du Château Guadet 1964 est nettement meilleure. L’attaque est belle, fruitée. L’amertume est toujours là, ainsi que l’astringence, mais elles sont mesurées. Je demande à Manuel Peyrondet, le sympathique sommelier du lieu, de me garder quelques pincées de ce nectar.

Nous passons à table dans la magnifique salle à manger de l’hôtel, relookée par Philippe Starck avec une réussite certaine. Sous un plafond aux peintures très modernes et tendance, les décorations sont vives et rassurantes. On se sent bien. Nous sommes répartis en trois tables, ce qui est toujours frustrant, mais j’ai la chance d’être assis à côté de Guy-Pétrus qui est de la cinquième génération des propriétaires de Guadet.

Le menu mis au point par le chef Laurent André est : risotto aux morilles, jus de viande, fromage râpé de fromage « Primo sale » / selle d’agneau de Lozère rôtie, sacre de légumes de printemps / tarte feuilletée aux fraises, menthe fraîche (dessert de Pierre Hermé). On ne peut pas rêver de meilleurs plats pour mettre en valeur les vins.

Le Château Guadet 1998 a la même astringence que le 1964. On sent la continuité historique. C’est un vin « ancienne école » un peu serré.

Le Château Guadet 2001 est un peu trop strict. Le Château Guadet 2005 est un vin parfait. Il est charmant, équilibré, naturel, sans chichi, mais précis. J’adore.

Le Château Guadet 2006 est très riche, fruité, plus généreux que le 2005. Je me demande si je préfère le 2005 ou le 2006 plus dynamique. Mon cœur penchera pour le 2005.

Le Château Guadet 2007 a beaucoup de charme même si la matière est plus faible que celle des deux années qui précèdent. C’est à ce moment que Guy-Pétrus me dit que Stéphane Derenoncourt conseille le château depuis novembre 2005.

Le Château Guadet 2008 est bien fait mais un peu râpeux. Je ne le trouve pas totalement équilibré. Je suis assez surpris par la couleur noire du Château Guadet 2009. Pour moi ce vin n’est pas Guadet. Il est un peu trop moderne pour mon palais, alors que j’ai aimé le 2011. Il se peut que le 2009 soit dans une phase ingrate.

Je suis curieux de revenir au 1964. Le nez est somptueux. L’attaque est magistrale et exprime l’âme de Guadet. C’est un grand vin et il faut oublier l’astringence qui raccourcit le final.

De cette dégustation je retiens quatre vins : le 1964, splendide expression de l’âme de Guadet, malgré un final un peu restreint. Le 2005, le plus épanoui et brillant. Le 2006 très joyeux, et le 2011 dont la pureté m’a impressionné.

Le vin a évolué vers plus de précision. J’ai l’impression que sur quelques années on s’est un peu écarté de la trace historique, pour un travail mieux fait mais plus moderne. L’année 2011 avec Vincent marque sans doute une recherche de la trace historique de ce beau château.

Le1964 montre que tout existe pour tenir le ticket gagnant.

Nicolas de Rabaudy, le chef Laurent André, Guy Pétrus Lignac, Vincent Lignac et sur laphoto de droite, madame Lignac.

Domaines Familiaux de Tradition de Bourgogne mardi, 27 mars 2012

Les Domaines Familiaux de Tradition de Bourgogne présentent à chaque printemps le millésime qui a deux ans et demi. C’est certainement dans le monde du vin l’événement le plus prestigieux qui soit. Au Pavillon Ledoyen, les vignerons ont le sourire, car présenter le millésime 2009, c’est offrir des bijoux. Avec cette année, la réussite est au rendez-vous. Qui plus est, les 2009 sont en ce moment à un moment de grâce particulier. Ils ne se refermeront que dans quelques mois, espérant que nous les oubliions pour au moins vingt ans. Mais à notre époque où l’on veut tout tout de suite, qui sera raisonnable ? Comme tous les vins sont bons, le promeneur papillonnant que je suis va surtout obtenir confirmation que ses chouchous sont au rendez-vous. Voici ce que j’ai butiné :

Volnay Champans marquis d’Angerville 2009 charmant et délicat, Corton rouge Bonneau du Martray 2009 dont j’adore l’originalité, Grands Echézeaux Joseph Drouhin 2009 particulièrement réussi, Clos de la Roche Dujac 2009 superbe et racé, Corton Clos des Cortons Faiveley 2009 un solide gaillard imposant, Pommard Grands Epenots Michel Gaunoux 2009 dont j’aime la subtilité, Nuits-Saint-Georges les Vaucrains Henri Gouges 2009 très plaisant et subtil, Clos de Vougeot Méo-Camuzet 2009 de grande facture, Musigny Jacques Frédéric Mugnier 2009 mon chouchou de la journée tant il respire la gourmandise et la perfection, Bonnes Mares Georges Roumier 2009 prometteur de futures délices, Chambertin Armand Rousseau 2009, mon autre chouchou, à la séduction gourmande terriblement tentatrice, Corton Clos du Roi Comte Sénard 2009 d’une grande élégance de style, Latricières Chambertin Trapet 2009 adorable. En bref, que du bon.

Du côté des blancs, mon papillonnage fut plus court : Chablis Valmur Raveneau 2009 une merveille de chablis, Meursault Charmes Comtes Lafon 2009 à la solidité sans faille, Puligny Montrachet les Pucelles domaine Leflaive 2009 d’une puissance inégalable et mon chouchou du jour, le Corton-Charlemagne Bonneau du Martray 2009, superbe de finesse.

Tant de grands vins rassemblés ainsi, c’est un cadeau pour les professionnels invités.

Verticale de PSI et Flor de Pingus à L.A. samedi, 3 mars 2012

Après la verticale de Pingus Amelia et celle de Pingus au restaurant Spago, j’ai retenu Peter Sisseck et Emanuel Berk son importateur, pour un verre de l’après-match. C’est sur un Dom Pérignon 2002 que nous avons trinqué au « The Boulevard » de l’hôtel Berverly Wilshire où j’avais dîné la veille. Nous avons bavardé de sujets de vins et l’heure du marchand de sable a sonné, car demain d’autres dégustations nous attendent.

A midi, notre groupe qui s’est un peu réduit se retrouve au restaurant Valentino de Santa Monica. Piero Selvaggio le propriétaire fort sympathique bavarde avec nous. Sa curiosité pour les vins est extrême. Il est enthousiaste et a fait beaucoup de dégustations avec Bipin Desai que nous attendons, car son taxi s’est trompé de chemin, avec un Champagne Deutz Brut Classic, très plaisant champagne de soif. Piero me montre une photo datant de trente ans où il est en compagnie de Bern Laxer, le fondateur du Bern’s Steak House à Tampa où j’étais allé en janvier.

La dégustation va porter sur deux vins de Peter Sisseck, le PSI et Flor de Pingus. Le projet de PSI est né en 2007. Peter avait constaté que depuis 1995, la superficie plantée en vignes était passée de neuf mille à vingt-deux mille hectares dans la Ribeira del Duero, et que parallèlement, la surface plantée en vieilles vignes s’était réduite de six mille à quatre mille hectares. Persuadé que ce sont les vieilles vignes qui font les meilleurs vins, il a convaincu ses voisins de lui vendre leurs grappes, pour faire un vin selon la méthode ancestrale. Il avait en effet remarqué que des vignerons faisaient des vins pour eux, non destinés à la consommation, et que ces vins ordinaires étaient très bons, et faits sans bois neuf, en cuves en ciment. L’idée est d’acheter des grappes, de montrer à ces vignerons que l’on peut faire de bons vins avec ces grappes et de les entraîner progressivement vers la biodynamie. Sur l’étiquette de PSI il y a un vieux cep qui a la forme de la lettre grecque. J’ai hasardé que PSI voulait dire « Peter Sisseck initiative ». Peter ne m’a pas contredit, mais je ne sais pas si c’est ça.

Flor de Pingus a démarré comme Pingus en 1995, mais si Pingus était en pleine propriété, Flor de Pingus a commencé avec des achats de raisins, comme PSI en 2007.

Le menu préparé par le chef Nico Chessa est : Stuzzichini dello chef / l’Ippoglosso in padella with medley of funghi and peperoncini / La carbonara di pasta oro con fonduta di parmigiano / Venison Chop with Tuscan marinade and fruit mostarda / il fromaggio : castelmagno, Buffalo blue cheese / La pannacotta.

La première série est PSI 2007, 2008, 2009, 2010. Ce sont des vins 100% vieilles vignes. Le 2010 n’est pas encore en bouteille. Nous buvons un prélèvement de fût.

Le 2010 a un nez d’une extrême pureté. Tout est élégant. Le 2009 a un nez un peu moins pur. On sent le fenouil sur un fond d’acidité. Le 2008 a beaucoup de charme et de douceur. Le 2007 a un parfum absolument charmant.

En bouche, le 2007 est fabuleux. Il y a du cassis, du fenouil et des tannins d’un équilibre énorme. Le 2008 est un peu plus strict. Le 2009 a légèreté et élégance, avec un très joli final. Le 2010 est encore plus élégant. Il se boit très facilement et prend conscience de l’effet « vieilles vignes ».

Le 2007 a un fort poivre. On sent que c’est un vin de gastronomie. Le 2008 est très élégant avec une fraîcheur mentholée. Les 2009 et 2010 sont plus légers et élégants que les 2007 et 2008. Le fruit de ces vins est spectaculaire. Mon classement : PSI 2007, 2010, 2009, 2008.

C’est difficile de juger lorsque les vins ne sont pas ensemble, mais j’aurais tendance à préférer les PSI aux Pingus. En goûtant à nouveau, je constate que les vins évoluent et s’améliorent. Mon classement final sera : PSI 2007, 2010, 2008, 2009. Mais cela pourrait changer encore.

Nous passons maintenant à Flor de Pingus. 1995 est la première année. Mais Peter ayant envoyé mille caisses aux USA, celles-ci se sont perdues, aussi le plus vieux que nous boirons est 1996. Peter a commencé à acheter des grappes, et en 1998, deuxième incident, le producteur principal lui annonce qu’il a tout vendu à un autre vigneron. Il n’y a donc pas de 1998. Depuis, il a sécurisé ses approvisionnements. Il achète de 18 parcelles différentes et intervient dans le contrôle de la croissance des vignes. Ses achats sont depuis 2004 à 100% de vieilles vignes. La production est d’environ 50.000 bouteilles et l’alcool est autour de 14°.

La deuxième série est Flor de Pingus 2007, 2008, 2009, 2010.

Le nez du 2010 est élégant et discret. Celui du 2009 est élégant mais plus strict. Le 2008 a un nez incroyablement fruité, presque trop. Il y a de la framboise et du fruit confit. Le 2007 est très élégant. Le 2008 me dérange par son parfum hors norme.

En bouche, le 2010 est un peu trop flatteur. Il est épais. Le 2009 est beaucoup plus élégant. Il a un joli fruit et de la légèreté. C’est un joli vin, pas très complexe. On sent le fenouil. Le 2008 est curieux. Il a beaucoup de menthe, de fenouil et de fruit en compote. C’est une curiosité sympathique mais qui n’est pas dans la ligne des vins de Peter. Le 2007, un peu comme le 2010 est très doux, inhabituel. En revenant sur le 2010, je le trouve trop doux. Le 2009 est élégant, le 2008 est en train de s’assembler. Peter adore le 2008 et pense qu’il vieillira bien. Le 2007 progresse aussi. Ces vins auraient dû être ouverts avant, car tous progressent. Je classe 2009, 2007, 2008, 2010. Mais quand le plat est là, qui fait disparaître tout aspect doucereux, je classe : Flor de Pingus 2009, 2008, 2010, 2007. Ces vins sont un peu lourdauds et trop « modernes » pour moi.

La troisième série est Flor de Pingus 2003, 2004, 2005, 2006.

Le nez du 2006 est élégant. Le 2005 est profond. Le 2004 est entre les deux, et le 2003 est plus doux. Après tout ce qu’on a bu depuis hier, mes commentaires deviennent de plus en plus succincts.

En bouche, le 2006 est bon, doux, mais un peu rêche. Le 2005 manque d’équilibre. Le 2004 a beaucoup plus d’équilibre et de grâce. Le 2003 est un peu râpeux. On a envie de les juger avec un plat. Les vins y gagnent énormément. Le 2006 est superbe, le 2005 est un peu moins intégré et plus lourd. Le 2004 est élégant et le 2003 très élégant. Mon classement : Flor de Pingus 2003, 2004, 2006, 2005.

Ces vins sont flatteurs, mais lourds et manquent de précision. Peter à qui je m’en ouvre dit que la raison pourrait être qu’il s’agit de vins de mélange, puisqu’il achète des grappes de plusieurs parcelles. Mon classement final est : Flor de Pingus 2004, 2003, 2006, 2005.

La quatrième série est Flor de Pingus 1996, 1999, 2000, 2001.

Le nez du 2001 est très fort et l’on sent l’alcool. Le 2000 est plus calme mais imparfait. On sent la structure imprécise. Le 1999 est plus civilisé. Le 1996 est très élégant.

En bouche, le 2001 n’est pas mal, assez calme et assez amer. Le 2000 a un côté vineux et une amertume apparaît. Il est assez dur. Mais il faut dire que je commence à saturer de toutes ces séries. Le 1999 est plus joyeux, plus équilibré. Le 1996 est encore meilleur. Elégant et pur, c’est le plus grand de tous les Flor de Pingus. Mon classement est : Flor de Pingus 1996, 1999, 2001, 2000.

Si l’on combine les trois séries de Flor de Pingus, je retiendrais Flor de Pingus 1996, 2009, 2004, 1999.

Nous finissons le repas avec un Torres Floralis Moscatel 2008 qui, malgré les 15° annoncés fait très fortifié. Il évoque le melon et la menthe traités en ratafia.

Ce qu’on peut retenir de cette dégustation en deux repas, c’est d’abord la grande modestie de Peter Sisseck, son envie permanente d’améliorer ce qu’il fait, et sa volonté d’aider les vignerons de sa région pour la mise en valeur des vins des vieilles vignes et pour l’extension de la biodynamie.

Pour Pingus et Flor de Pingus, les vins les meilleurs sont le plus souvent soit les plus anciens, soit les plus récents. Au début, il devait y avoir la flamme du démarrage auquel s’ajoute maintenant l’effet de l’âge. Pour les plus récents, c’est l’amélioration de la qualité du vin. Ce sont des vins qu’il faut boire soit très jeunes, soit avec une maturité affirmée. 1996 et 1999 sont de beaux millésimes anciens et 2009 et 2010 de beaux millésimes récents.

D’une façon générale c’est l’élégance, la fraîcheur et la précision qui caractérisent les vins de Peter. J’ai eu un faible particulier pour les vins que je ne connaissais pas, le très frais Pingus Amelia et le très original PSI. J’ai beaucoup appris sur ce domaine promis aux plus belles destinées grâce aux qualités d’ouverture d’un vigneron danois passionné de la Ribeira del Duero.

la salle

Peter Sisseck

15 millésimes de Pingus et 7 millésimes de Pingus Amelia samedi, 3 mars 2012

A 19h30, le groupe d’amis de Bipin Desai se rassemble au restaurant Spago de Beverly Hills pour la plus grande verticale jamais faite des vins de Peter Sisseck, vigneron danois installé dans la Ribeira del Duero. C’est Emanuel Berk, agent importateur des vins de Pingus qui a rassemblé tous les millésimes qui ont été faits de Pingus, de Flor de Pingus, le second vin, et de Amelia, cuvée extrêmement confidentielle créée en 2003. Arrivé en avance, j’ai la chance que Christian Navarro, sommelier ami de Bipin, me serve un verre de Champagne Dom Ruinart 1998. Ce champagne a une bulle très discrète, presque absente alors que la bouteille a été ouverte il y a seulement vingt minutes, et une forte personnalité. Wolfgang Puck le chef propriétaire des lieux vient nous saluer. Il est tout sourire. La cuisine ce soir est réalisée par Tetsu Yahagi, l’un des chefs de l’équipe du Spago.

De très nombreux amuse-bouche sont bus sur un Champagne R&L Legras blanc de blancs fort agréable: Spicy tuna tartare in sesame-miso tuille cones /fava bean hummus tarts with Zatar caviar / farmers market vegetable crudite / duck liver pastrami on rye crisp / sturgeon mousse on rye crisp Osetra caviar. Ils sont délicieux et copieux.

Nous sommes une petite vingtaine, répartis en trois tables pour avoir suffisamment de place pour les verres. J’ai gardé mes 22 verres, plus celui du champagne et de l’eau, ce que beaucoup n’ont pas fait, faisant retirer les verres après chaque série.

Le menu est : sautéed mushroom stuffed Maine Skate, red wine reduction and black trumpet mushrooms / Uova de Raviolo, hazelnut brown butter and black truffles / slow roasted carpenter’s ranch squab breast, confit leg « Pithiviers », sauve salmi ans sweet English peas / assorted artisanal cheese / chef sherry’s dessert by inspiration.

La première série est Pingus « Amelia » 2003, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010. Le nom Pingus vient du surnom que donnaient ses parents à Peter lorsqu’il était petit. Il y avait un couple d’acteurs célèbres dont l’un était Ping. Peter était appelé Ping. Lorsque Peter a acheté la propriété de quatre hectares avec des vignes plantées en 1921, il a appelé sa propriété Pingus. Amelia est le nom de la fille de son importateur et le vin créé en 2003 représente une barrique par an. Il se distingue de Pingus par son alcool faible puisqu’il titre chaque année entre 12 et 13 degrés, et par son vieillissement en barriques usagées. Il n’y a pas de fût neuf. Il est fait essentiellement de vins de vieilles vignes. A noter que la récolte entière de la première année a été achetée par Emanuel Berk qui en est donc le seul propriétaire.

Le 2010 que je sens en premier est dans un verre qui sent la poussière. On pressent cependant un fruit très doux, de velours. Le 2009 a un nez beaucoup plus fermé. Le fruit est très sensible mais discret. Le nez du 2008 est moins net, l’alcool prenant le pas sur le fruit. Son parfum évoque un peu un vin vieux. Le 2007 a un nez profond, où l’alcool est aussi présent. Le 2006 a un nez très charmeur.

C’est à ce moment que le plat est servi, ce qui change complètement l’examen des parfums. Le 2005 a un nez charmeur, dense. C’est le plus beau à ce stade. Le 2003 a un nez plus strict mais on le sent très élégant.

Je commence l’examen des saveurs, en faisant bien attention, car la sauce réduite au vin rouge pourrait changer les conditions de l’exercice.

Le 2010, comme tous les 2010 que nous boirons, est un vin sorti de fût, car il n’a pas encore été mis en bouteilles. C’est un très joli vin où l’on sent la menthe et le cassis. Je le trouve superbe. Le 2009 a plus de râpe mais il est très élégant. Le 2010 est diabolique de séduction dans sa jeunesse. C’est le vin qui a tout pour lui. Le 2009, même s’il est plus strict, a une force énorme. Il est équilibre et distinction.

Le 2008 est plus léger. Il est élégant et fait très bordelais. Le 2007 est élégant, évoquant le fenouil, le fruit, avec un final imposant. Il est élégant et se boit avec gourmandise, même s’il est discret.

Le 2006 a du velours, de la menthe, de l’anis, du cassis et une élégance rare. C’est un vin de folie, au final un peu amer, mais c’est un grand vin. Avec le 2005, on sent pour la première fois un accomplissement lié à l’âge du vin. Il a une belle râpe. C’est un grand vin mais un peu plus strict. Le 2003 a une grande élégance. C’est le plus grand de la série. Il a tout pour lui. Il est comme un très grand bordeaux, et Peter dit qu’il a les tannins d’une année chaude.

Je goute une nouvelle fois. Le 2010 est tout en douceur, velouté. Le 2009 est grand, plus amer, avec beaucoup de caractère. Le 2008 est plus léger mais élégant, il fait très bordeaux. Le 2007 est d’une belle élégance mais manque un peu de coffre. Le 2006 est joli, de belle râpe, un vin intéressant. Le 2005 a un grand équilibre. Il est très élégant. Le 2003 est parfait. Il est complet, au sommet.

Mon classement : Pingus « Amelia » 2003, 2010, 2005, 2006.

En poursuivant la dégustation de cette série, on sent le dénominateur commun de ces vins : jolis tannins, beau fruit, belle râpe et de grandes aptitudes au vieillissement.

La deuxième série est Pingus 2006, 2007, 2008, 2009, 2010. Contrairement à Amelia, ces vins titrent entre 14 et 15,5°.

Le nez du 2010 montre un alcool fort. Celui du 2009 est plein de charme, avec un fruit discret. Le 2008 combine charme et élégance, le 2007 est discret et de 2006 encore serré.

En bouche, le 2010 est multiforme. Il combine puissance et douceur. Il est opulent mais discret. C’est un vin très original. Le 2009 a une belle râpe. Le bois est très fort ainsi que le poivre. On pourrait dire que c’est un vin intransigeant. Il a de l’anis et de la menthe dans le final.

Le 2008 est plus léger, plus doux, un peu aqueux. C’est un grand vin, mais pas un vin de plaisir. Le 2007 est léger, de belle élégance, mais manque un peu de charme. Le 2006 est d’une grande élégance, c’est le plus parfait, avec menthe, anis et poivre.

A ce stade, je classe : Pingus 2006, 2010, 2009, 2007, 2008. Peter nous dit que les progrès significatifs faits au domaine concernent surtout les deux années récentes. La plus grande élégance est celle de 2009, mais l’effet de l’âge avantage le 2006. Le 2008 est très élégant sur le plat. L’équilibre de ces vins est immense.

La troisième série est Pingus 2000, 2001, 2003, 2004, 2005. Le 2005 a un nez de bouchon. Le 2004 est discret, le 2003 a un nez très beau et élégant, le 2001 est difficile, moins précis. Le 2000 est difficile à définir, très renfermé.

En bouche, le 2005 a la sécheresse du goût de bouchon, mais on sent ce qu’il pourrait être. Peter nous dit que c’est normalement un très grand vin. Le 2004 est discret mais très élégant. Le 2003 est un vin très « confortable », pullman, accompli avec un final un peu rêche où l’on ressent l’alcool. Le 2001 n’a pas un équilibre suffisant. Le 2000 est assez strict, moins complet, mais pas désagréable du tout. Les deux seuls vins qui ressortent du lot sont le 2003 et le 2004. C’est à ce stade la série la plus faible. Mais c’est sans compter sur le plat qui change complètement les visions. Car le 2000 devient plaisant, le 2001 offre plus de charme. C’est le 2004 qui prend l’avantage sur le 2003 et je classe ainsi : Pingus 2004, 2003, 2000, 2001, 2005. Cette série avait vraiment besoin du plat pour s’exprimer.

Le 2000 qui progresse est le favori de Peter, mais je garde mon classement pour des vins qui n’arrêtent pas de progresser et de prendre du caractère sur la volaille.

La troisième série est Pingus 1995, 1996, 1997, 1998, 1999. Nous avons les cinq premiers millésimes de ce vin. La démarche en biodynamie, démarrée en 2001 est postérieure à cette série. Le nez du 1999 est élégant, de grand équilibre. Celui du 1998 montre moins d’équilibre. Celui du 1997 met en avant son alcool, celui du 1996 est fantastique et celui du 1995 est aussi fantastique et plus fruité.

En bouche, le 1999 est très confortable, il se boit bien. Le 1998 manque d’équilibre, le 1997 a un léger goût de bouchon, le 1996 est difficile a décrire, car il est parfait. Le 1995 est aussi très grand mais je préfère le 1996.

Le 1999 est dans une forme éblouissante, comme un grand bourgogne. Il a une élégance rare et ne montre pas sa force. Au fur et à mesure de la dégustation, le 1995 passe au dessus du 1996, ce qui fait plaisir à Peter quand je le lui dis, car il aime son premier millésime. Je classe cette série ainsi : Pingus 1999, 1995, 1996, 1998, 1997.

Il est assez difficile de classer les séries différentes entre elles, car il est plus facile de classer au sein d’une série que l’on boit en même temps. Mais je risque un classement : Pingus 1999, 2010, 1996, 2006, 1995. Pingus est un vin qui est grand dans sa prime jeunesse du fait des progrès techniques qui sont réalisés, il est grand quand il a de douze à seize ans, par l’effet bénéfique du vieillissement. Il est plus faible sur les âges intermédiaires, quand le vin a perdu sa folle jeunesse et se cherche encore.

Peter Sisseck est un homme d’une grande ouverture d’esprit, toujours à l’affut de nouveaux progrès. Il fait des vins modernes d’une grande précision, d’un grand équilibre et d’une belle fraîcheur. La renommée dont jouit son vin est justifiée.

Peter Sisseck et Bipin Desai

Emanuel Bert et Peter

Verticale du domaine Pingus à L.A. – jour 1 vendredi, 2 mars 2012

Le vol Paris Los Angeles dure près de douze heures. Lorsque l’on dispose de la possibilité de regarder des films dont on déclenche soi-même le début, le temps s’efface. Est-ce certain que le cinéma ne soit que le septième art ? Musset disait « vive le mélodrame où Margot a pleuré ». Comme Margot, j’ai eu ma grosse larme à la fin du film « Les Intouchables », film de bons sentiments qui ne s’est pas abîmé dans la mièvrerie. J’ai apprécié « The Artist » sans toutefois sauter en l’air car j’y étais. « The Happy Feet 2 » m’a montré que dans les films d’animation actuels, c’est la technique de l’ingénieur qui prend souvent le pas sur l’émotion.

C’est donc tout frais que j’arrive à Los Angeles où les formalités douanières et l’attente des bagages sont un long passage obligé. Il me faut à peu près vingt essais pour que mon chauffeur de taxi à l’accent que je suppose hongrois, au vu de son nom affiché obligatoirement à côté de lui, comprenne ma destination. Nous traversons un Los Angeles multiforme, bien loin de l’opulence de Miami, sauf au quartier où je me rends : Beverly Hills. J’arrive à l’hôtel Beverly Wilshire où j’avais déjà séjourné. Tout ici respire le luxe, mais on sent aussi l’hôtel vieillot qui aurait besoin d’un grand coup de pied d’un manager moderne. Le style de service ne correspond plus aux désirs d’une clientèle de plus en plus exigeante : bagages livrés avec retard, pas de réponse aux demandes de service, réponses imprécises. La seule bonne nouvelle est que l’on m’a surclassé. Ma chambre est celle d’un palace.

Dans Beverly Hills, Rodeo Drive pousse le luxe jusqu’à son expression caricaturale. On est dans l’extrême. Pour la première fois, j’ai vu stationnées le long des rues une Mac Laren lie de vin et une Bugatti jaune et noire qui est le superlatif de l’automobile. Elle appartient au propriétaire de l’une des boutiques de luxe dont, apparemment, les affaires semblent prospères et qui la gare tous les jours devant son magasin, m’a dit un vendeur émerveillé. La rue est peu fréquentée et les magasins aussi, sauf par des japonaises au look de gamines poussé à l’extrême, qui portent de lourds paquets griffés presque aussi grands qu’elles.

Je dîne dans un restaurant qui est dans l’emprise de l’hôtel, « The Boulevard » et quelques personnes dînent en extérieur sur le Wilshire Boulevard, réchauffées par des colonnes où brûle du gaz. La sono est assez bruyante, créant une atmosphère qui attire les jeunes. La cuisine internationale est très correcte et le service virevoltant en permanence est comme les mouettes en bord de mer : si on ne tient par fermement son assiette entre ses mains, elle est vite enlevée, même si l’on n’a pas fini. Après une journée dont je peux dire : « j’ai fait mes 35 heures », je me glisse dans l’immense lit avec des paupières qui se ferment pour que s’ouvrent de beaux rêves.