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Déjeuner de 29 vins dont 22 du domaine de la Romanée Conti samedi, 2 mars 2013

Décidément, les vins de la Romanée Conti ne me quittent plus. Sébastien, un fou de vin dijonnais, lance une invitation dont le thème est la Romanée Conti. Il coordonne les apports de chacun et l’ordre du jour est à la générosité. Le repas devant se tenir à Dijon, j’ai apporté il y a plus de deux semaines mes deux bouteilles au domaine de la Romanée Conti où Sébastien en a pris possession.

La veille de l’événement, Sébastien m’envoie un mail où il déclare que pendant la séance des photos des bouteilles apportées, il a pu constater que le Richebourg 1942 que j’ai fourni est considéré par lui-même et un ami comme un faux. Instantanément j’envoie un mail de réponse avec des extraits des bulletins 89 et 216 dans lesquels j’ai raconté les bouteilles sœurs de celle-ci. L’une était fatiguée, l’autre splendide, mais aucune ne m’avait donné le moindre doute sur son authenticité. Il est vrai que sur l’étiquette il n’y a pas la mention des propriétaires, ce qui paraît étrange et sur lequel je reviendrai après la dégustation du vin.

Après ce mail qui me froisse un peu, je choisis une bouteille de complément, « pour le cas où ». Le lendemain matin, jour de la dégustation, j’arrive au restaurant La Dame d’Aquitaine à Dijon, et je descends des marches pour me trouver dans une magnifique salle d’architecture gothique aux nombreux piliers qui soutiennent d’élégantes voûtes. La hauteur de plafond est très grande et l’atmosphère du lieu est engageante. Sébastien est en train d’aligner les bouteilles présentes pour des photos. Ma bouteille de La Tâche 1974 est alignée avec les autres mais la bouteille de 1942 est dans un casier de réserve. Je dis à Sébastien qu’il me paraît opportun de boire la 1942, ne serait-ce que pour un intérêt pédagogique : si elle est vraie, que conclure et si elle est fausse, que peut-on en dire ? Je sens Sébastien réticent et je lui réitère mon opinion sur les deux précédentes que j’ai bues, d’un lot que j’ai dû acheter il y a une vingtaine d’années.

Un de ses amis arrive, qui avait questionné le domaine sur la 1942. Il dit que dans une dégustation qui se veut sérieuse, on ne devrait pas l’ouvrir. Un peu agacé par cette réaction, je décide d’offrir à la dégustation un Richebourg 1953 de beau niveau, d’une année de grande réussite ce qui fait que mon apport sera : La Tâche 1974, Richebourg 1953 et Richebourg 1942 que je tiens à goûter au sein des autres vins.

Avec Sébastien, j’ouvre les bouteilles et lorsque je sors le bouchon du Richebourg 1942, il apparaît que le bouchon est bien de cette époque, qu’il a 1942 imprimé clairement visible et le mot « Richebourg » écrit comme on l’écrit au domaine. Voilà un élément qui conforte ma bouteille et Sébastien en convient.

A onze heures débute dans la belle salle voûtée une dégustation verticale d’Echézeaux du domaine. Un ami signale que si cette dégustation démarre à onze heures, c’est qu’à ce moment précis nous entrons dans un jour fleur. Nous rions de cet à-propos. Sabine, propriétaire avec son mari du restaurant fait le service du vin en annonçant à haute voix celui qu’elle répartit. Elle aura accompagné notre parcours et nos facéties avec une bonne humeur digne d’éloges.

Christian, l’ami qui voulait refuser ma 1942 remet à tout le monde un document où nous devons marquer trois notes pour chaque vin : d’abord celle que nous donnerions, sur 20, sans avoir bu, en fonction de ce que nous attendons. La seconde note est celle du vin dégusté et la troisième est le classement du vin dans l’ensemble des vins de la journée. Nous sommes douze et il y a 29 vins à boire. Aurons nous la force de noter au final ? L’avenir le dira mais l’idée est intéressante.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1989 a une couleur trouble assez évoluée. Le nez est un peu dévié, amer. La bouche est opulente. Le vin est plus riche que ce que je pensais. Il est nettement meilleur que ce que le nez annonce. Il a une belle acidité, mais il commence à décliner. On note une torréfaction. Il est beaucoup plus évolué qu’il ne devrait et lorsqu’on y revient plus tard, le vin décline.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2003 a un nez très fenouil, très végétal. Le vin est jeune, gourmand. Il est généreux, au final poivré. Ce vin tue le pauvre 1989 qui est trop évolué. Tout au long de cette dégustation des Echézeaux, des amis vont signaler le côté gibier des vins, pour presque tous. Je ne partage pas cette analyse pour le 2003 que je trouve végétal, au final de cassis.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2005 a une couleur assez claire. Le nez est de menthe et d’anis. Avec lui je perçois le côté gibier suggéré par les amis. La bouche est assez dure et marquée par une certaine sécheresse, mais ce vin a un gros potentiel. Il faut qu’il devienne moins rugueux et il sera grand.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2006 a une couleur grenat. Le nez de ce vin est absolument magique. Il est élégant, velouté, capiteux. Une merveille de nez. En bouche, le vin est élégant avec un léger manque de puissance. C’est un vin de plaisir que j’adore. Il est vraiment DRC.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2007 a une couleur très claire et le nez laisse apparaître le gibier. La bouche est agréable, un peu modeste. On sent ses limites. C’est un vin qui ne me parle pas et je suis gêné par son côté gibier.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2008 a un nez jeune qui sent le soufre. La bouche est goûteuse, gourmande. C’est bon. Le vin est jeune et minéral, pas encore positionné, mais c’est un vin de plaisir. Il est agréable à boire maintenant et c’est assez difficile de prédire son futur. Il me semble gourmand et gastronomique.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2009 a une couleur plus sombre. Le vin est plus dense. On sent le cassis et le poivre. La bouche est puissante, envahissante. Le final est plus discret. Il a la sécheresse du 2005 mais il est plus élégant. Il est beau mais son final est un peu court.

Plutôt que de noter ces sept vins au sein des 29 vins, j’ai jugé plus prudent de les classer entre eux et ce sera dans l’ordre de préférence : 2006, 2008, 2009, 2005, 2003, 2007, 1989. J’ai pu constater que mes amis ont des votes différents entre eux.

Nous faisons une pause pendant que notre table se prépare pour le déjeuner. Mon ami Florent a apporté deux champagnes et le sauternes. Il me sert le Champagne Dom Pérignon rosé 1985 et ma réaction est instantanée : ce vin sent le Paris-brest. Et tout le monde en convient. C’est incroyable que ce champagne soit aussi nettement Paris-brest. Mais il l’est aussi en bouche ce qui est encore plus incroyable. Alors mon cerveau est totalement possédé par cette image. Plus tard, je sentirai de la truffe blanche. Nous allons différer Florent et moi, car je pense que ce goût atypique est une déviation de ce que devrait être ce rosé. Florent n’est pas d’accord. Mes amis ont aimé ce champagne plus que je ne l’ai aimé. Le champagne réagit bien à un amuse-bouche au ris de veau.

Le Champagne Krug 1989 de Clément a beaucoup plus de tension et de précision. Il est très agréable, à la bulle forte. Le Champagne Henriot Brut Souverain magnum 1949 est absolument délicieux. Il a la perfection de l’année 1949, une des plus belles en Champagne, et il a le charme fou des champagnes anciens. Sa bulle est discrète mais le perlant est là. Sa force vient de sa conservation en magnum. La douceur est d’une élégance rare. C’est un pur régal.

Le menu conçu par Laurent Perriguey est : tartare de Saint-Jacques à l’huile de truffe, copeaux de parmesan et mesclun / foie gras de canard poêlé aux légumes oubliés / barrette de thon mi-cuit, crumble de chorizo et grué de cacao / déclinaison de porcelet, la côte en juste température, le carré confit et le pied en cromesquis / crépinette de queue de bœuf et joue de bœuf, purée de rattes / plateau de fromages / assortiment de sorbets poire Williams, pêche de vigne, yuzu et mirabelle.

Le Bourgogne Hautes Côtes de Nuits blanc mis en bouteille par DRC 2009 a un nez de vin très jeune. On sent le beurre et le toast, voire un peu de noisette. C’est un vin un peu limité.

Le Montrachet Domaine de la Romanée Conti 2001 a un nez diabolique de richesse et d’évocation. Ce nez est à se damner. Ce montrachet n’est pas très puissant par rapport à d’autres du domaine et ça lui va bien, car il joue sur l’élégance et la discrétion. Dans le brouhaha, car notre joyeuse équipe est assez dissipée, j’essaie de me recueillir sur un accord de première grandeur, voire de folie. Car l’huile des coquilles est parfumée à la truffe blanche et trouve un écho incroyable dans ce vin splendide. C’est un moment merveilleux de ce repas. C’est totalement sublime.

Le Corton Prince Florent de Mérode Domaine de la Romanée Conti 2009 a un nez de vin jeune, un peu imprécis. Mais en bouche, c’est une belle surprise, car il est beaucoup plus riche que ce qu’on attendrait. J’ai une bonne relation avec ce vin. Le Vosne-Romanée 1er cru Cuvée Duvault-Blochet Domaine de la Romanée Conti 2002 servi en même temps que le Corton fait beaucoup plus faible. Toutefois, et c’est cela la magie de la gastronomie, il trouve une alchimie avec le goûteux foie gras qui crée un accord fabuleux.

Sébastien, par prudence, fait servir maintenant les deux 1961 pour que nous ayons toute notre lucidité pour les apprécier. Les deux vins sont noirs et donneront des sensations un peu torréfiées. La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1961 est très vivante et la Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1961 est magique de complexité. Le côté torréfié est commun aux deux. Nous sommes face à deux très grands vins, car toutes les complexités sont là, mais en revenant sur eux après la série des Richebourg, j’ai noté dans mes verres une fatigue qui ne devrait pas exister.

La Romanée Saint-Vivant Marey-Monge Domaine de la Romanée Conti 2004 est superbe et très étonnante après les deux 1961, car elle les snobe de sa jeunesse. J’aime beaucoup sa subtilité. Le Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1997 est beaucoup plus vieux que ce que son année devrait donner. Il n’est pas très intéressant.

C’est maintenant qu’apparaissent les trois Richebourg dont un est affirmé faux par Sébastien et Christian. La surprise n’en est que plus agréable, car le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1942 a le nez d’un vin du domaine et d’un vin de cette époque. Il est très conforme à ce qu’on attend d’un Richebourg du domaine. Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1953 est lui aussi très DRC, et j’en jouis avec plaisir, heureux de l’avoir rajouté pour qu’il serve de témoin au 1942. Et le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1975 ajouté par Sébastien est nettement meilleur que ce qu’on peut imaginer de cette année faible. Je l’aime beaucoup. Ces trois Richebourg sont superbes, très DRC et je classe pour moi : 1942, 1953 et 1975.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1997 est un très beau vin que je trouve un peu conventionnel, surtout après les émouvants Richebourg, qui surclassent à mon sens les deux 1961.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1974 est aussi un très beau vin du domaine. Il n’a pas de signe de fatigue. Il est quand même en dessous des deux Richebourg que j’ai aussi apportées. La Tâche Domaine de la Romanée Conti 2007 est un vin agréable mais qui donne relativement peu d’émotion après les vins plus canoniques.

Nous buvons un vin mystère de Sébastien et j’avoue que « Le Vin le plus simplement » domaine Van Berg à Meursault 2006 n’a pas laissé de trace dans ma mémoire tant une myriade d’étoiles des vins du domaines valsaient dans mon cerveau.

Le Champagne Heidsieck Monopole « Red Top », goût américain vers 1930 est superbe, plus sec que ce que suppose le goût américain. Il est très beau mais nettement moins vibrant que le Heidsieck 1907 gardé cent ans dans des eaux de la mer du Nord. Mais c’est un grand vin.

Le Château Suduiraut Sauternes 1928 est comme toujours une merveille de précision. C’est un de mes chouchous du sauternais et c’est pour cela que Florent l’a apporté. D’une couleur acajou, bien gras, c’est un vin de bonheur.

Le Marc de Bourgogne Domaine de la Romanée Conti 1991 est à la Fine de Bourgogne Domaine de la Romanée Conti 1991 ce que le vin jaune du Jura est au vin blanc de Bourgogne. Le côté interlope, canaille du marc est un bonheur coupable, car il fauche comme des blés nos restes de lucidité.

L’ambiance du repas a été joyeuse, parfois estudiantine. Sabine a été une hôtesse parfaite et son mari Laurent a fait une cuisine remarquable. Si je classe ce qui n’est pas vin rouge, ce sera : 1 – Montrachet DRC 2001, 2 – Champagne Henriot 1949, 3 – Suduiraut 1928, 4 – Marc 1991.

Si je classe les vins rouges, ce sera 1 – Richebourg 1942, 2 – Richebourg 1953, 3 – La Tâche 1961, 4 – Romanée Conti 1961. Le fait de classer premiers deux de mes vins peut paraître puéril ou provocateur, car souvent, je regarde mes vins avec les yeux de Chimène. C’est indéniablement pour le goût que je fais ce classement et cela donne l’occasion de réfléchir au problème des faux. Si l’on est capable de faire un faux 1942 (grands dieux, pourquoi cette année) avec la typographie exacte du domaine, pourquoi oublierait-on d’indiquer les noms des propriétaires. Comme le bouchon est d’origine, comme le goût est celui d’un Richebourg du domaine (personne n’a crié au faux en le goûtant et je n’ai eu que des compliments), je m’entretiendrai avec le domaine sur une hypothèse que je risque : c’est en 1942 qu’Henri Leroy achète les parts des Chambon dans la société civile du domaine, selon ce que j’ai lu. Quelqu’un au domaine aurait pu demander à l’imprimeur d’étiqueter des bouteilles sans que les noms des propriétaires n’apparaissent, puisqu’ils changeaient. C’est peut-être une hypothèse fausse. Mais elle a plus de consistance pour moi qu’un faux, qui pourrait se mesurer à égalité avec deux Richebourg du domaine, dont on ne voit pas l’objet quand il a été fait.

Plutôt que d’envisager un faux dont la logique n’est pas évidente je préfère, pour cette époque, croire à une initiative dont on n’aura pas gardé la trace, puisque les archives n’ont pas été conservées. C’est peut-être de l’optimisme, mais fondé sur les résultats de la dégustation.

Ceci étant mis à part, ce fut un moment extraordinaire, grâce à Sébastien et à la générosité de tous. Nous avons bu des grands vins, émouvants, avec une cuisine exacte en un lieu prestigieux. Mon compteur a maintenant une marque de 350 vins du DRC bus depuis 12 ans, en 74 millésimes. Même si je ne peux pas me prétendre expert des vins du domaine, j’en ai maintenant une certaine accoutumance.

A 29-WINE LUNCH INCLUDING 22 BOTTLES FROM THE DOMAINE DE LA ROMANÉE CONTI samedi, 2 mars 2013

It really begins to look like I cannot escape the wines from the Romanée Conti. Sébastien, a wine enthusiast from Dijon, is inviting people for a lunch based on the theme of the Romanée Conti. He coordinates everyone’s contributions and generosity is the word of the day. Since the meal is to take place in Dijon, I delivered my two bottles two weeks ago to the Domaine de la Romanée Conti where Sebastien collected them.

The day before the event, Sébastien sends me an email in which he states that during the photo session of the bottles brought by the participants, he was able to observe that the 1942 Richebourg I provided was apparently a counterfeit bottle, according to him and a friend of his. I immediately send an answer by email with extracts from some of my reports (numbers 89 and 216) in which I narrated the adventures of the sister bottles of this one: one was exhausted, and the other beautiful, but neither gave me the slightest doubt about their authenticity. It is true that on the label there is no mention of the owners, which seems odd, but I will come back to this point after the tasting.

After this mail that offends me a bit, I choose an alternative bottle—just in case. The next morning, on the day of the tasting, I arrive at La Dame d’Aquitaine in Dijon, and walk down a flight of stairs to find myself in a magnificent room in the style of Gothic architecture, with many pillars that support elegant arches. The ceiling height is impressive and the atmosphere of the place is engaging. Sébastien is in the process of aligning the bottles to take photos. My bottle of 1974 La Tâche is aligned with the others, but the 1942 bottle is kept on the side in a plastic crate. I tell Sébastien that it seems appropriate to drink the 1942, if only from an educational point of view: if it is authentic, what should we make of it? And if it is counterfeit, what can we say about the wine? I sense that Sébastien is a bit reluctant and I reiterate my opinion on the other two bottles that I drank, all from the same lot that I probably bought some twenty years.

One of his friends arrives, who has apparently asked the domaine about the 1942 bottle. He says that in a tasting that aspires to be serious, it should not be served. I am a little upset by this reaction, and I decide to contribute another bottle to the tasting, a 1953 Richebourg with a beautiful level from a highly successful vintage. As a result, my contribution will be: 1974 La Tâche, 1953 Richebourg and 1942 Richebourg which I insist I want to taste along with the other wines.

With Sébastien, I open the bottles and as I uncork the 1942 Richebourg, it appears that the cork is indeed from that time period, with « 1942″ and the word « Richebourg » clearly printed on it as is traditional at the domaine. This element seems to confirm the authenticity of my bottle, and Sébastien agrees.

At eleven, in the beautiful vaulted room, we begin a vertical tasting of the Echézeaux of the domaine. A friend points out that if the tasting starts at eleven, it is because at that very moment, we enter a « flower day » in the biodynamic calendar. The coincidence makes us smile. Sabine, co-owner of the restaurant with her husband, proceeds to serve the wines, announcing each of them out loud. She will accompany our journey and our antics with very commendable good humor.

Christian, the friend who wanted to reject my 1942, hands everyone a document on which we need to give three grades to each wine: first the grade that we would give to the wine out of 20, without having tasted it, according to our expectations; the second grade is for the tasting of the wine properly speaking; and the third is the ranking of the wine among the bottles of the day. There are twelve participants, and 29 wines to drink. Will we have enough strength to give grades in the end? Time will tell, but the idea is interesting.

The 1989 Echézeaux Domaine de la Romanée Conti is of a hazy, relatively evolved colour. The aromas are deviated somewhat, with a certain bitterness. In the mouth, it is opulent. The wine is richer than I thought. It is much better than what the nose promises. It has nice acidity, but it begins to decline. There are also roasted aromas. It is much more evolved than it should be, and when we come back to it a bit later, the wine is indeed declining.

The 2003 Echézeaux Domaine de la Romanée Conti has a very fennelly, vegetal aroma. It is a young and tasty wine, generous and with a peppery finish. It delivers the final blow to the poor 1989 that is far too evolved. Throughout this tasting of Echézeaux, our friends will point out the gamey flavour of almost all of the wines. I do not share this point of view for the 2003 which I find more vegetal, with a blackcurrant finish.

The 2005 Echézeaux Domaine de la Romanée Conti has a fairly light colour. The aromas evoke mint and aniseed. Here I can perceive the gamey flavour that our friends mentioned. The mouth is rather severe and has a certain dryness to it, but this wine has great potential. If it loses some of its roughness, it will become great.

The 2006 Echézeaux Domaine de la Romanée Conti is of a garnet colour. The aromas of this wine are absolutely magical. It is elegant, velvety, intoxicating—a wonder of a scent. On the palate the wine is elegant with a slight lack of power. This is a pleasure wine and I love it. It is DRC for sure.

The 2007 Echézeaux Domaine de la Romanée Conti has a very light colour and the smell evokes game. In the mouth it is pleasant, somewhat unassuming. It clearly has limits. This wine does not speak to me and its gamey flavour hinders my tasting pleasure.

The 2008 Echézeaux Domaine de la Romanée Conti has a young, sulfurous smell. In the mouth it is tasty and flavourful. This is good. The wine is young and mineral, and has not settled yet, but it is a pleasure wine. It is pleasant to drink now and it is pretty hard to predict its future. It strikes me as a tasty and gourmet wine.

The 2009 Echézeaux Domaine de la Romanée Conti is of a darker colour. The wine is denser, and evokes blackcurrant and pepper. On the palate it is powerful and mouth-filling, and with a more discreet finish. It has the typical dryness of 2005 wines, but it is more stylish. It is beautiful but its finish is a bit short.

Rather than ranking these seven wines among the group of 29, I think it would be wiser to classify them separately, in order of preference: 2006, 2008, 2009, 2005, 2003, 2007, and 1989. I notice that my friends’ rankings differ from each other.

We pause while our table gets ready for lunch. My friend Florent has brought two champagnes and the Sauternes. He pours me the 1985 Champagne Dom Perignon Rosé and I instantly react—this wine smells like a Paris-Brest cake. And everyone agrees. It is amazing that this champagne can be so evocative of Paris-Brest. But it does too in the mouth, which is even more incredible. My brain becomes totally obsessed with this association. Later, I will find white truffle aromas in this champagne. Florent and I will not see eye to eye on this, because I believe this unusual flavour is a deviation from what this rosé should be. Florent does not agree. My friends appreciate this champagne more than I do. It pairs well with an appetizer based on sweetbreads.

The 1989 Champagne Krug brought by Clément has much more power and accuracy. It is very pleasant, with a strong bubble. The 1949 Champagne Henriot Brut Souverain Magnum is absolutely delicious. It has the perfection of the 1949 vintage—one of the finest for Champagne—and it has the enticing charm of old champagnes. Its bubble is subdued but still present. It gets its strength from the magnum format. It is sweet and of rare elegance—a pure delight.

The menu designed by Laurent Perriguey includes: tartare of scallops in truffle oil, parmesan shavings and mixed salad / pan-fried medallion of duck foie gras with ancient root vegetables / strip of seared tuna, chorizo crumble and ​​ cocoa nibs / variations on the suckling pig: slow-cooked chop, confit rack, and trotter in a croquette / flat sausage of oxtail and beef cheek, mashed ratte potatoes / cheese platter / a selection of sorbets: Williams pear, wild peach, yuzu and plum.

The 2009 Bourgogne Hautes Côtes de Nuits Blanc, bottled by the DRC, has the aromas of a very young wine. It smells of butter and toast, and a little bit of hazelnut. This is a somewhat limited wine.

The 2001 Montrachet Domaine de la Romanée Conti has fiendishly rich and evocative aromas. It is to die for. This Montrachet is not very powerful compared to others from the domaine and that suits it quite well because it is all about elegance and discretion. Amidst the hubbub caused by our unruly and joyful team, I try to collect myself and appreciate a first-rate, almost insane pairing: the oil that comes with the scallops is flavoured with white truffle and finds an incredible echo in this splendid wine. It is a wonderful, absolutely sublime moment of the meal.

The 2009 Corton Prince Florent de Mérode Domaine de la Romanée Conti has the slightly imprecise smell of a young wine. But on the palate, it is a nice surprise, because it is much richer than could be expected. I have a good relationship with this wine. The 2002 Vosne-Romanée 1er Cru Cuvée Duvault Blochet Domaine de la Romanée Conti served alongside the Corton appears a much weaker wine. However, thanks to a little bit of haute cuisine magic, it develops a chemistry with the tasty foie gras and creates a fabulous pairing.

Sébastien, as a precautionary measure, now asks both 1961 to be served when we are still level-headed enough to appreciate them. Both wines are black and produce light roasted aromas. The 1961 La Tâche Domaine de la Romanée Conti is very much alive and the 1961 Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti is of magical complexity. They share this roasted flavour. We have two great wines here, in all their complexities, but as I come back to them after the Richebourg flight, I notice in these wines a certain exhaustion that should not be there.

The 2004 Romanée Saint-Vivant Marey-Monge Domaine de la Romanée Conti is superb and very surprising after the two 1961 bottles, giving them the cold shoulder in all its youthful glory. I love its subtlety. The 1997 Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti is much older than its vintage should produce. It is not very interesting.

It is then that we come face to face with the three Richebourgs, once of which Sébastien claims is counterfeit. That makes it even more delightfully surprising, for the 1942 Richebourg Domaine de la Romanée Conti has the aromas of a wine from the domaine and from this period. It is quite consistent with what you would expect from a DRC Richebourg. The 1953 Richebourg Domaine de la Romanée Conti is also very DRC, and I greatly enjoy it. I am happy to have added it to today’s list so that it could serve as a supporting witness to the 1942. And the 1975 Richebourg Domaine de la Romanée Conti that Sébastien also adds to the list is much better than you can imagine from this weak vintage. I love it. These three Richebourgs are great wines, typical of the DRC, and I would rank them as follows: 1942, 1953 and 1975.

The 1997 La Tâche Domaine de la Romanée Conti is a beautiful wine that I find a bit safe, especially after the very moving Richebourgs, which I believe outperformed both 1961 wines.

The 1974 La Tâche Domaine de la Romanée Conti is also a beautiful wine from the domaine, showing no sign of tiredness. It is however below the two Richebourgs that are also my contribution. The 2007 La Tâche Domaine de la Romanée Conti is a pleasant wine but it creates relatively little emotion after more canonical wines.

We drink a mystery wine that Sébastien serves us and I have to admit that the 2006 « Le Vin le Plus Simplement » Domaine Van Berg from Meursault barely leaves a trace in my memory as a myriad of shining wine stars dance inside my brain.

The 1930 or thereabout Champagne Heidsieck Monopole « Red Top » Goût Américain is superb and drier than what the « American taste » suggests. It is very beautiful but much less vibrant than the 1907 Heidsieck that was left dormant in the waters of the North Sea for a century. But this is a great wine.

The 1928 Château Suduiraut Sauternes is a precision marvel, as always. This is one of my darlings from the Sauternes region and this is why Florent brought it today. It is of a mahogany colour and very fat—a wine of happiness.

The 1991 Marc de Bourgogne Domaine de la Romanée Conti is to the 1991 Fine de Bourgogne Domaine de la Romanée Conti what vins jaunes from the Jura are to white wines from Burgundy. The rakish, cloak-and-dagger side of the marc is a guilty pleasure, reaping whatever clear-sightedness we still have left.

The atmosphere of the meal is joyful, sometimes reminiscent of a group of students. Sabine is a perfect hostess and her husband Laurent produces remarkable dishes. If I rank everything that is not red, it would be: 1 – 2001 Montrachet DRC; 2 – 1949 Champagne Henriot; 3 – 1928 Suduiraut; 4 – 1991 Marc.

If I rank the red wines, it would be: 1 – 1942 Richebourg; 2 – 1953 Richebourg; 3 – 1961 La Tâche; 4 – 1961 Romanée Conti. It could seem a bit childish or provocative to place two of my wines in the top two, for I frequently look upon my wines with great fondness. But undoubtedly I rank them as such based on the taste, and this gives us the opportunity to ponder on the problem of counterfeiting. If one is able to produce a counterfeit 1942 (but good gods, why this particular year?) with the exact typography of the domaine, why would one forget to indicate the names of the owners? Since the bottle has an original cork, and it tastes like a Richebourg from the domaine (there was no cries of outrage when tasting it and I had nothing but compliments about it), I will have a talk with the domaine about a hypothesis that I dare suggest: according to what I have read, it is in 1942 that Henri Leroy buys the Chambon shares in the Civil Society of the domaine. Someone from the domaine could have asked the printer to label some bottles without indicating the names of the owners, since they were changing. This may be a false assumption. But it has more substance to me than the possibility of a counterfeit that could compete on equal footing with two Richebourgs from the domaine and whose purpose seems quite a bit obscure.

Rather than considering a fake bottle whose logic does not seem obvious, I would rather believe in a spur-of-the-moment initiative which would not have been recorded since no records have been kept. This may be optimistic, but based on the results of the tasting.

That put aside, it was an extraordinary moment, thanks to Sébastien and everyone’s generosity. We drank great, moving wines, paired with precise cooking and in a prestigious location. There are now 350 wines on my DRCometer, drunk over the last 12 years, encompassing 74 vintages. Even if I cannot call myself an expert on the wines of the domaine, I now have at least a certain addiction to them.

Des 2009 de Valandraud dimanche, 10 février 2013

Philippe Faure-Brac organise dans son Bistrot du Sommelier des vendredis dédiés au vin. Un vigneron présente ses vins au déjeuner et aussi au dîner. Ayant repéré que Jean-Luc Thunevin serait la vedette d’une de ces dégustations, je m’inscris au plus vite. Nous sommes une douzaine d’amateurs et de gens de presse autour d’une table en sous-sol et Philippe se joint à nous, tant qu’il n’est pas appelé à résoudre les inévitables questions que pose la gestion de son établissement.

Le menu est composé pour les vins : chair de crabe au raifort, tartelettes croustillantes / pressé d’aile de raie aux petits légumes, sauve vin rouge / gigot d’agneau rôti, brisures de truffe, poêlée de chanterelles et pied de mouton : bleu des Causses et Abbaye Bel’loc, figues séchées en coulis / millefeuille craquant au chocolat de Saint-Domingue et griottes.

Le Blanc N°1 de Valandraud 2009 est d’une belle couleur. Le nez est très frais et vert de jeunesse. En bouche le vin est charnu, de belle mâche avec des fruits jaunes généreux. Le vin est bien fait mais gagnerait à vieillir. C’est un vin de plaisir, de luxure, généreux qui sera bon dans cinq à dix ans. J’aime beaucoup le final de ce vin puissant qui titre 14°.

Le 3 de Valandraud Saint-Emilion Grand Cru 2009 est le troisième vin de Valandraud, après le grand vin et après Virginie de Valandraud. Le nez est très joli. L’attaque n’est pas assez précise à mon goût. Ce vin de 13,5° fait de 70% de merlot n’est pas assez structuré. Il est plutôt gourmand, riche, et s’arrondit dans le verre. Un peu brutal, un peu amer dans le final, il ne me convainc pas.

Le Virginie de Valandraud Saint-Emilion Grand Cru 2009 a un incroyable nez de truffe. L’attaque est belle et le milieu de bouche donne une impression lactée. Le final est un peu amer mais cela se corrigera. Ce vin de 14° aux tannins assez forts est un vin de gastronomie.

Le nez du Château Valandraud 2009 est plus discret. La couleur est d’un noir extrême. Le vin est lourd, généreux, opulent. Il peut ! Il titre en effet 15°.C’est un vin moderne, où la richesse bride un peu la personnalité. Le vin est riche mais a aussi de la grâce et de la légèreté. Je commence à l’aimer pour sa fraîcheur en bouche.

Le Virginie devient gracieux et le grand vin le met en valeur, alors qu’en revenant au Valandraud, on ressent à quel point il est extrême. Le Virginie est très agréable. Le Valandraud, d’une matière énorme, doit être attendu quelque années si l’on veut en profiter.

Le Maury Thunevin-Calvet 2007 titre 16° ce qui fait seulement un degré de plus que le vin de Bordeaux. Il est joli, bien « dry ». Il est très élégant, frais et léger. J’aime beaucoup ce vin légèrement muté, de 100% grenache venant de vignes de plus de 80 ans. Il est beaucoup plus à l’aise avec les fromages qu’avec le dessert au chocolat qui fait trop « ton sur ton ».

Cette dégustation de 2009 de l’écurie Thunevin est intéressante. J’aurais aimé pouvoir comparer le 2009 de Valandraud avec un vin plus âgé, pour voir comment cette folle richesse s’assagit. Mon plus grand plaisir fut d’entendre Jean-Luc Thunevin, vigneron passionnant, dont la hauteur de vues est un véritable bonheur. Philippe Faure-Brac est un hôte attentif et délicat et la cuisine adaptée aux vins est un atout. Pour un premier essai pour moi, ce vendredi du Bistrot estune réussite.

déjeuner Tradition au restaurant Taillevent mercredi, 6 février 2013

Thierry et Laurent Gardinier invitent des fidèles du restaurant Taillevent pour un « déjeuner Tradition » dont le sous-titre est « l’accord mets et vins ». Des industriels, des avocats, des amateurs de bonne chère, des fidèles et des personnages du monde du vin ont répondu à cette aimable invitation.

L’apéritif debout se prend avec les légendaires et gourmandes gougères du restaurant Taillevent. Il s’agit du Champagne Comtes de Champagne Taittinger 2004 qui dégage déjà, alors qu’il sort à peine des caves, une belle personnalité. Il est promis à une bel avenir. Il se boit avec un grand plaisir et la gougère gomme le dosage que je trouve un peu fort à mon goût.

J’ai la chance d’être assis à côté de Véronique Dausse, directeur général de Phélan Ségur et presque en face de Florence, la femme de Laurent Gardinier, lequel prend la parole pour expliquer comment sa famille entend perpétuer les valeurs qui ont fait la renommée de Taillevent. Il cite Jean-Marie Ancher, qui doit faire face à une salve d’applaudissements, comme Alain Solivérès venu peu après nous saluer.

Le menu conçu par Alain Solivérès est : épeautre du pays de Sault en risotto, râpée de truffe noire / homard bleu rôti, truffe noire et céleri / fraîcheur d’agrumes, parfait d’agrumes au citron vert.

Nous commençons par un Sancerre « les Romains » domaine Vacheron magnum 2008. Le nez virevolte dans des arômes complexes et changeants. Le vin est d’une pureté extrême. C’est la précision de son expression qui est remarquable. Mon Dieu qu’il est jeune ! Car on aimerait qu’il ait quinze ans de plus et gomme les aspérités de sa folle jeunesse. On l’aime malgré cela pour sa grande pureté et l’évidente adéquation à la truffe et à la sauce réduite du risotto.

Le Château Phélan-Ségur double magnum 2003 a un nez assez discret. C’est en bouche que tout se passe. Ses tannins sont généreux, le vin est direct, au message très clair et ce qui me plait, c’est l’ampleur de sa mâche. Il est très truffe. C’est un vin droit, profond, qui laisse une trace en longueur mais pas en largeur. Il est extrêmement plaisant à boire et solide. Véronique Dausse nous explique qu’elle a choisi ce millésime plutôt difficile à faire, parce qu’il est épanoui aujourd’hui, ce qui est manifeste. L’accord avec le homard merveilleusement cuit est très naturel. Le céleri apporte de la fraîcheur et la truffe la fusion avec le vin. Le format en double magnum donne un belle souplesse au vin.

Le Gewurztraminer Altenbourg Vendanges Tardives domaine Mann 2009 est techniquement parfait. C’est un bon élève, qui ne dévie pas de la définition de l’appellation. Aussi, s’il se boit bien, on l’aimerait un peu plus canaille. Cela viendra sans doute avec le temps. L’accord avec le dessert est difficile, même si sur le papier il est judicieux, car le sorbet refroidit les papilles, le dessert devenant trop dominant. Le cognac que Jean-Marie Ancher sort de sa cachette est d’une qualité telle qu’on succombe à son impérieuse tentation.

C’est un grand bonheur que les Gardinier aient choisi la « Tradition », dans les pas tracés par Jean-Claude Vrinat. La truffe a râpé et même dérapé tant elle fut copieuse. L’ambiance amicale a fait nouer des liens avec des fidèles du restaurant comme si nous nous connaissions de longue date. Je retiens deux choses, parmi tous ces plaisirs : la chair du homard d’une qualité de cuisson exemplaire, et le grain charnu d’un Phélan Ségur de belle maturité. Et bien sûr, le service exemplaire du restaurant Taillevent.

Thierry et Laurent Gardinier et près d’eux, lechef Alain Solivérès

les vins, deux jours après … dimanche, 6 janvier 2013

C’est toujours intéressant de revisiter de grands vins après un grand repas. Nous avions ouvert tellement de vins lors du dîner au restaurant Laurent avec Richard Geoffroy que le terrain d’expérience me paraît particulièrement fertile pour une « campagne » d’investigation. J’invite mon gendre et ses deux enfants deux jours plus tard. C’est lui qui fait le menu : huîtres, coquilles Saint-Jacques crues auxquelles ma femme adjoint un risotto à l’oignon rouge, bar cru, corail des coquilles Saint-Jacques, brie fourré à la truffe rescapé de notre réveillon, galette des rois.

Le Champagne Dom Pérignon Œnothèque 1990 est un très beau champagne, très fleur blanche, très adapté aux petites huîtres que j’adore, car au-delà de leur goût de noix, on peut prendre leur pied délicat, phrase à laquelle il ne faut pas donner plus de sens que ce qu’elle veut avoir. Mais comme au dîner avec Richard Geoffroy, je trouve que c’est un champagne qui se cherche un peu, n’ayant pas encore trouvé sa voie entre jeunesse et maturité.

Il est tout simplement « fusillé » par le Champagne Dom Pérignon Œnothèque 1962 qui explose de complexité. Ce champagne est une merveille insaisissable, car il se place chaque fois sur une palette d’arômes qui n’est pas celle que l’on attendait. Avec le risotto, il est diabolique. Et la fusion coquille et risotto est étonnante de pertinence. Ce vin est riche, percutant, avec une bulle encore très vivace. Il y a des fruits roses légers, et surtout une complexité troublante.

Il reste un fond du Champagne Dom Pérignon 1929 et à ma grande surprise, le liquide est brun foncé. Lorsque le vin avait été servi, il était d’une magnifique couleur claire. Comment a-t-il pu se foncer ainsi, je ne sais pas. J’attends le pire, mais en fait, le vin est superbe. On est capable de sentir toute la noblesse qu’il avait, avec une note nouvelle de café. Contrairement à ce que la couleur laisse entendre le vin est très expressif et proche de ce que nous avions goûté, et il ne laisse aucun dépôt dans le verre lorsqu’on a fini de le boire. C’est très émouvant de constater qu’il a gardé son message originel.

Comme dans les dessins animés où un piranha mange un piranha qui se fait lui-même dévorer par un autre piranha, lequel, etc., le 1962 se fait littéralement « exploser » par le Champagne Pommery & Gréno 1949 qui est une merveille incommensurable. Et ce qui est didactique, c’est que ce champagne confirme mon amour pour les champagnes à dégorgement d’origine. Car il y a une richesse généreuse dans ce champagne, une mâche ample, qui forcent l’admiration. C’est un grand champagne de joie, de bonheur, avec un structure charpentée, des fruits comme la clémentine qui sont solides, et la trace en bouche est impérissable. On pourrait opposer à ce champagne le vin que l’on veut, on sent qu’il serait vainqueur. Lorsque l’on passe du 1949 au 1962, cela montre que le 1962 a des signes de jeunesse mais n’a pas la générosité du 1949. C’est un bon plaidoyer pour les vins d’origine.

Le Champagne Moët & Chandon Brut Impérial 1959 n’a pas profité des deux jours écoulés. Il s’est évanoui. Et à l’inverse, le Château d’Arche Lafaurie 1901 a retrouvé du pep, et se montre sous un jour nettement meilleur que lors du dîner, plus fruits confits, mais expressif.

Au-delà du plaisir évident d’avoir partagé ces vins avec mon gendre, il y a une leçon sur le comportement des vins, qui échappent le plus souvent aux prédictions. Tant mieux, tant que les vins nous surprendront, le plaisir sera au rendez-vous.

La couleur incroyable du Dom Pérignon 1929

Dom Pérignon 1929 and Romanée Conti 1956 vendredi, 4 janvier 2013

Richard Geoffroy, the man who makes Dom Pérignon, had to cancel at the last moment his presence at the dinner of vine growers in early December that I organize every year. He missed this dinner, as I missed him, to spend beautiful moments of friendship. I have a pretext to see him: in storing my cellar, a friend found a rare bottle that I did not imagine to have: Dom Pérignon 1929. The level is not beautiful. With whom could I better enjoy this wine, if not with the one who is in charge of it today? All happy that a date was found, just after the end of New Year festivities, I am like a schoolboy who goes to his first gallant date. So, I load my bag of six bottles, although I know it is not reasonable. I want so much that this moment is beautiful.

The day said, weakened by a cold or flu, I do not know, I hide my red albino eyes behind sunglasses that make me look like Kim Jong Il. I booked Laurent’s restaurant a small intimate lounge overlooking the Champs-Elysées gardens, so that my physical transformation remains in the shade. I open the bottle of Arche Lafaurie 1901 and a dazzling perfume floods my nostrils, even through the misfortunes I endure. It is not the same with the Romanée Conti 1956 whose level is low, which reveals odors of dust and especially fatigue. My prognosis is very pessimistic for this wine. Since I do not know what Richard will bring, I leave my other contributions in the state, we will decide on his arrival.

There are three of us in this delicious little room, Richard, my wife (who does not drink) and myself. Richard brought in his musette three Dom Pérignon Enoteca, 1996, 1990 and 1962. As we are two to drink, the equation is complicated to solve. Richard sees my contributions of champagnes: Dom Pérignon 1929, Moët 1959 and Pommery Gréno 1949. I chose three great years in « 9 ». Richard is as much a kid as I am also wants to drink the three that I brought. Of the six champagnes, the only one that will remain aside, in « reserve », is the 1996. With the help of Philippe Bourguignon, we will compose the order of the wines that will order the order of the dishes.

The menu resulting from our cogitations and the suggestions of Philippe Bourguignon is: amuse-bouche / toast « Melba » with the truffle black / royal sea urchins and coral au naturel / « Fregola Sarda » in a sauce poulet / quail gilded casserole, Roasted with offal, celeriac wedge with black olives / 36 months Comté / cheese-cake and fresh mango on a lime shortbread.

The Champagne Moët & Chandon 1959 expresses at first a certain fatigue and a final slightly game. But it assembles very quickly, grows, especially on the delicious toast with smoked fish. The gently spicy acra had swollen his chest. The fish, perhaps trout, gives it length and straightness. I see Richard very attentive. He explains that spending his time studying wines of recent disgorgement, he must calibrate his palate for wines of initial disgorgement. I evoke the pink fruits. My wife who does not drink but smells the wines evokes exotic fruits and Richard says: guava. And that’s it. As for the other champagnes of original disgorgements that I brought, Richard is struck by the importance of the fruit, which is much more present than on champagnes of recent disgorgement. The blossoming of the champagne is spectacular, and the finale that was imprecise and game becomes very clear and charming. The bottom of the bottle gives a wine of more gray color. Richard is struck to find components that are those of champagne Moët, especially in the course of wine in the mouth, which expounds his message very quickly, at first contact. If this champagne is beautiful, it is far from the Moet Brut Imperial 1928 drank on New Year’s Eve, which was outstanding.

The great moment arrives. The sommelier gives me the first drops of Champagne Dom Pérignon 1929. I am afraid, because of the low level. But this is ecstasy. I feel that we are going to live an exceptional moment. When he drinks the first sip of this wine, Richard has the face of the goldsmith who has just found an enormous gold nugget. Everything leads us to meditation, for the wine is of an extreme dimension. I ask to be called Philippe Bourguignon to make him taste this beverage. I know that Philippe does not like sharing wines drunk at a table, because there would be bidding on the part of his loyal customers. The exception is possible since we are in a private room. What about this wonder? The color is of a beauty that shades to that of the 1959 which appears clearly more gray. The nose is of delicate refinement. It is a rose with a rare scent. In the mouth the fruit is clear, rather towards the tangerine and the jammed fruit. Finally the final is of a rare nobility. Unlike the 1959 which took time to flourish, the 1929 is perfect from the first to the last drop. And importantly, the wine will remain perfect until the end of the meal, very late. This can be understood by the fact that the wine has lost some of its volume in the bottle. Contact with air made it invulnerable. It is rather incredible that such a bottle gives a wine of such purity and nobility.

The question that teases me is this: « Richard, you who have the opportunity to taste all Dom Pérignon, at what level would you put this 1929? ». And the answer is: « at the highest level ». The royal sea urchin gives a fine tension to the champagne, but one can imagine that he would not need it even if the chord is pretty.

The Champagne Dom Pérignon 1990 has no label. This is the reserve of the chief of cellars. Looking at the codes of the tiny label, it can be deduced that it is an Enoteca. After the two previous champagnes, the return to earth is rough, because the bubble is so active that I feel it like so many daggers thrown on my tongue. The champagne is rich, of great complexity where the white fruits abound, but it is especially a rocket wine, which has such a tension that it tears the palate of its inextinguishable trace. When I return to 1929, I am delighted to love the old champagnes, because the 1929 appears of extreme comfort. The 1990 highlights the aromatic richness and fullness of 1929.

The Fregola Sarda makes me want to try the red. It will be necessary for me to put my pifometer on the shelf of obsolete accessories, because to my surprise, what is poured into my glass is a living wine, which no longer has the signs of old age and dust ‘opening. The Romanée Conti domain of the Romanée Conti 1956 exposes a little too its alcohol, but the wine is there, complex, subtle and very Romanée Conti. Very quickly he shows thunderingly the rose and salt that sign for me Romanée Conti. Having recently drunk in the cellars of the domain a Romanée Conti 1956 who had remained all his life in the domaine, I see the differences. That of the domain has incomparable freshness and grace, whereas this one is more square, more powerful, more alcoholic and perhaps a little less discreet. All that makes the miracle, the mystery of the Romanée Conti is exposed here with the sound set a little strong. But she is there, alive, vibrant, and Richard is moved. He becomes aware of what makes the magic of this wine without concession, which does not try to seduce, but exposes all its complexity.

Never, having brought these two bottles, the 1929 and the 1956 in the middle of the six bottles, I would have imagined that one reaches such summits. The red wine improves at every moment, it is a happiness.

On the quail, Champagne Dom Pérignon Oenotheque 1962 is served. I had already drunk it with Richard in the cellars of Dom Pérignon. It is of extreme charm. But it is clear that the late disgorging, by delivering a wine of a rare complexity and a virginal freshness, also gives a bubble much too lively, almost anachronistic compared to what one would expect. Because we do not necessarily want to drink a champagne with a crazy youth. Needless to say that this champagne is nevertheless of extreme seduction, but when we return to 1929, we are all acquired to the disgorgement of origin. For Richard, it is extremely interesting and to my question on the interest of keeping in the cellar also wines of initial disgorgement, Richard answers me that he does so since 1996. I envy in advance the Amateurs of the 2060s and beyond who will be able to compare the initial wines and the late disgorgement on wines that have been kept under the same cellar conditions. La Romanée Conti continues to be splendid on the quail.

The Champagne Pommery Gréno 1949 is a golden yellow. The nose is discreet but noble. On the palate, its course is very different from that of Dom Pérignon and Moët. We love this champagne that evokes more corn, but also beautiful yellow fruits. The champagne is long. It probably does not have the complexity of the Dom Pérignon but it shows to what extent the year 1949 is raced and gives wines of high distinction. The Comté marries amiably with each of the wines that are in our glasses.

The wine we are going to drink now has a high emotional value for me. The bottle is extremely pretty. It is a year of which, from memory, I have only one bottle. To open it for Richard but also for my wife who tolerates and drinks the sauternes is a rare pleasure. The Château d’Arche Lafaurie 1/2 bottle 1901 had at the opening a perfume that had conquered me. But now I think it’s wrong. It smells good, but in the mouth, it tastes a short wine, a little extinct even if it is pleasant. My anticipation skills are again being questioned. But it is also the mystery of wine. La Romanée Conti seemed condemned and resurrected, and the Sauternes, who were to be brilliant, fell asleep again.

Tasting the last remnants of my glasses, it is the structure of Romanée Conti that seems to me the most glorious. The temptation would be great to put it first wine tonight, but I will not, because I already drank a Romanée Conti 1956 more moving even if this one rocked me in his arms with nursery rhymes that sing all the mysteries of this adored wine. I will put first a Dom Pérignon which is most probably the biggest of those I have drunk. I felt with him an emotion, a desire for meditation that justifies this choice. My ranking will be: 1 – Champagne Dom Pérignon 1929, 2 – Romanée Conti domain of the Romanée Conti 1956, 3 – Champagne Dom Pérignon Œnothèque 1962, 4 – Champagne Moët & Chandon 1959.

Throughout the evening, we felt the magic of this event of sharing and friendship. Richard is a charming, sensitive friend who listens with respect to the messages of the wines. We were happy to be together, to communicate on rare wines. The capacity of reception, listening and service of the restaurant Laurent is an absolute example. Philippe Bourguignon is the most talented of hosts and his teams have done a job of high precision, with a commitment that is sensible. We must say bravo. The cuisine is serene, tasty and knows how to serve the wines.

To conclude, I will say selfishly that I am glad that Richard Geoffroy could not come to the dinner of winegrowers. For if he had come, would we have known this intense moment?

It was a moving evening of great communion.

dîner avec Richard Geoffroy et des vins quasiment miraculeux vendredi, 4 janvier 2013

Richard Geoffroy, l’homme qui fait Dom Pérignon, avait dû annuler au dernier moment sa présence au dîner de vignerons de début décembre. Il lui manquait, comme il me manquait, de passer ensemble de beaux moments d’amitié. J’ai un prétexte : en rangeant ma cave, un ami a trouvé une bouteille rarissime que je n’imaginais pas avoir : Dom Pérignon 1929. Le niveau n’est pas beau. Avec qui pourrais-je mieux profiter de ce vin, sinon avec celui qui en a la charge aujourd’hui ? Tout heureux qu’une date ait été trouvée, juste après les fêtes de fin d’année, je suis comme un collégien qui va à son premier rendez-vous galant. Ainsi, je charge ma musette de six bouteilles, même si je sais que ce n’est pas raisonnable. J’ai tellement envie que cet instant soit beau.

Le jour dit, affaibli par un rhume ou une grippe, je ne sais pas, je cache mes yeux rouges albinos derrière des lunettes de soleil qui me font ressembler à Kim Jong il. J’ai réservé au restaurant Laurent un petit salon intimiste qui surplombe les jardins des Champs-Elysées, pour que ma transformation physique reste dans l’ombre. J’ouvre la bouteille d’Arche Lafaurie 1901 et un parfum éblouissant inonde mes narines, même à travers les malheurs que je subis. Il n’en est pas de même de la Romanée Conti 1956 dont le niveau est bas, qui révèle des odeurs de poussière et surtout de fatigue. Mon pronostic est très pessimiste pour ce vin. Comme je ne sais pas ce que Richard apportera, je laisse mes autres apports en l’état, nous déciderons à son arrivée.

Nous sommes trois dans ce délicieux petit salon, Richard, mon épouse et moi. Richard a apporté dans sa musette trois Dom Pérignon Œnothèque, 1996, 1990 et 1962. Comme nous sommes deux à boire, l’équation est compliquée à résoudre. Richard voit mes apports de champagnes : Dom Pérignon 1929, Moët 1959 et Pommery Gréno 1949. J’avais choisi trois grandes années en « 9″. Richard est aussi gamin que moi aussi a-t-il envie de boire les trois que j’ai apportés. Sur les six champagnes, le seul qui restera de côté, en « réserve » est le 1996. Avec l’aide de Philippe Bourguignon, nous allons composer l’ordre des vins qui va commander l’ordre des mets.

Le menu résultant de nos cogitations et des suggestions de Philippe Bourguignon est : amuse-bouche / toast « Melba » à la truffe noire / royale d’oursins et corail au naturel / « Fregola Sarda » dans une sauce poulette / caille dorée en cocotte, rôtie aux abats, côte de céleri mitonnée aux olives noires / comté de 36 mois / cheese-cake et mangue fraîche sur un sablé au citron vert.

Le Champagne Moët & Chandon 1959 exprime d’abord une certaine fatigue et un final légèrement gibier. Mais il s’assemble très vite, prend de l’ampleur, surtout sur le délicieux toast au poisson fumé. L’acra gentiment épicé avait gonflé son torse. Le poisson, de la truite peut-être, lui donne longueur et rectitude. Je vois Richard très attentif. Il nous explique que passant son temps à étudier des vins de dégorgement récent, il faut qu’il calibre son palais à des vins de dégorgements initiaux. J’évoque les fruits roses. Ma femme qui ne boit pas mais sent les vins évoque les fruits exotiques et Richard dit : goyave. Et c’est cela. Comme pour les autres champagnes que j’ai apportés de dégorgements d’origine, Richard est frappé par l’importance du fruit, qui est beaucoup plus présent que sur des champagnes de dégorgement récent. L’épanouissement du champagne est spectaculaire, et le final qui était imprécis et gibier devient très net et charmant. Le fonds de la bouteille donne un vin de couleur plus grise. Richard est frappé de retrouver des composantes qui sont celles du champagne Moët, notamment dans le parcours du vin en bouche, qui expose son message très vite, à la prise de contact. Si ce champagne est beau, il est loin du Moët Brut Impérial 1928 bu au réveillon, qui était exceptionnel.

Le grand moment arrive. On me verse les premières gouttes du Champagne Dom Pérignon 1929. Et là, c’est l’extase. Je sens que nous allons vivre un moment d’exception. Lorsqu’il boit les premières gorgées de ce vin, Richard a la mine de l’orpailleur qui vient de trouver une énorme pépite. Tout nous porte au recueillement, car le vin est d’une dimension extrême. Je demande qu’on appelle Philippe Bourguignon pour lui faire goûter ce breuvage. Je sais que Philippe n’aime pas partager les vins bus à une table, car il y aurait de la surenchère. L’exception est possible puisque nous sommes en salon privé. Que dire de cette merveille ? Déjà la couleur est d’une beauté qui fait de l’ombre à celle du 1959 qui apparaît nettement plus grisé. Ensuite le nez est d’un raffinement délicat. C’est une rose au parfum rare. Ensuite en bouche le fruit est clair, plutôt vers la mandarine, les fruits confiturés. Et enfin un final d’une noblesse rare. Contrairement au 1959 qui a mis du temps à s’épanouir, le 1929 est parfait de la première à la dernière goutte. Et chose importante, le vin va rester parfait jusqu’à la fin du repas, très tard. Cela peut se comprendre par le fait que le vin a perdu près de la moitié de son volume dans la bouteille. Il ne s’est pas oxydé et est devenu invulnérable. C’est assez troublant qu’une bouteille aussi basse donne un vin d’une telle pureté et d’une telle noblesse.

La question qui me démange est celle-ci : « Richard, toi qui as l’occasion de goûter tous les Dom Pérignon, à quel niveau mettrais-tu ce 1929 ? ». Et la réponse est : « au plus haut niveau ». La royale d’oursin donne une belle tension au champagne, mais on imagine volontiers qu’il n’en aurait pas besoin même si l’accord est joli.

Le Champagne Dom Pérignon 1990 n’a pas d’étiquette. C’est la réserve du chef de caves. Je ne sais pas si on peut de ce fait l’appeler Œnothèque. Après les deux champagnes précédents, le retour sur terre est rude, car la bulle est si active que je la ressens comme autant de poignards lancés sur ma langue. Le champagne est riche, d’une grande complexité où les fruits blancs abondent, mais c’est surtout un vin fusée, qui a une telle tension qu’il déchire le palais de sa trace inextinguible. Quand je reviens au 1929, je me félicite d’aimer les champagnes anciens, car le 1929 apparaît d’un confort extrême. Le 1990 met en valeur la richesse aromatique et la plénitude du 1929.

La Fregola Sarda me donne envie d’essayer le rouge. Il faudra que je range mon pifomètre au rayon des accessoires obsolètes, car à ma grande surprise, ce qu’on verse dans mon verre est un vin vivant, qui n’a plus de signes de vieillesse et de poussière. La Romanée Conti domaine de la Romanée Conti 1956 expose un peu trop son alcool, mais le vin est là, complexe, subtil et très Romanée Conti. Très vite il montre de façon tonitruante la rose et le sel qui signent pour moi la Romanée Conti. Ayant bu récemment dans les caves du domaine une Romanée Conti 1956 qui était restée toute sa vie au domaine, je vois bien les différences. Celle du domaine a une fraîcheur et une gracilité incomparables, alors que celle-ci est plus carrée, plus puissante, plus alcoolique et peut-être un peu moins discrète. Tout ce qui fait le miracle, le mystère de la Romanée Conti est ici exposé avec le son réglé un peu plus fort. Mais elle est là, vivante, vibrante, et Richard est ému. Il prend conscience de ce qui fait la magie de ce vin sans concession, qui ne cherche pas à séduire, mais expose toute sa complexité.

Jamais, en ayant apporté ces deux bouteilles la 1929 et la 1956 au milieu de six, je n’aurais imaginé qu’on atteigne de tels sommets. Le vin rouge s’améliore à chaque instant, c’est un bonheur.

Sur la caille, le Champagne Dom Pérignon Œnothèque 1962 est servi. Je l’avais déjà bu avec Richard dans les caves de Dom Pérignon. Il est d’un charme extrême. Mais on voit bien que le dégorgement tardif, en délivrant un vin d’une rare complexité et d’une fraîcheur virginale, donne aussi une bulle beaucoup trop vive, presque anachronique par rapport à ce qu’on attendrait. Car on ne souhaite pas forcément boire un champagne tout fou de jeunesse. Inutile de dire que ce champagne est quand même d’une séduction extrême, mais lorsqu’on revient au 1929, on est tout acquis au dégorgement d’origine. Pour Richard, c’est extrêmement intéressant et à ma question sur l’intérêt qu’il y aurait à conserver en cave aussi des vins de mise initiale, Richard me répond que c’est le cas depuis 1996. J’envie par avance les amateurs des années 2060 et au-delà, qui pourront comparer les mises initiales et les dégorgements tardifs sur des vins qui auront été conservés dans les mêmes conditions de cave. La Romanée Conti continue d’être splendide sur la caille.

Le Champagne Pommery Gréno 1949 est d’un jaune d’or. Le nez est discret mais noble. En bouche, son parcours est très différent de celui du Dom Pérignon et du Moët. Nous aimons ce champagne qui évoque plus les blés, mais aussi de beaux fruits jaunes. Le champagne est long. Il n’a sans doute pas la complexité du Dom Pérignon mais il montre à quel point l’année 1949 est racée et donne des vins de haute distinction. Le comté se marie aimablement avec chacun des vins qui sont dans nos verres.

Le vin que nous allons boire maintenant a une haute valeur émotionnelle pour moi. La bouteille est extrêmement jolie. Elle est d’une année dont, de mémoire, je n’ai qu’une seule bouteille. L’ouvrir pour Richard mais aussi pour mon épouse qui boit les sauternes, c’est un plaisir rare. Le Château d’Arche Lafaurie 1/2 bouteille 1901 avait à l’ouverture un parfum qui m’avait conquis. Mais maintenant, je trouve que ça ne va pas. Il sent bon, mais en bouche, on goûte un vin court, un peu éteint même s’il est agréable. Mes capacités d’anticipation sont à nouveau mises en cause. Mais c’est aussi le mystère du vin. La Romanée Conti semblait condamnée et elle a ressuscité et le sauternes qui devait être brillant s’est rendormi.

Goûtant les derniers restes de mes verres, c’est la structure de la Romanée Conti qui m’apparaît la plus glorieuse. La tentation serait grande de la mettre première des vins de ce soir, mais je ne le ferai pas, car j’ai déjà bu une Romanée Conti 1956 plus émouvante même si celle-ci m’a bercé dans ses bras avec des comptines qui chantent tous les mystères de ce vin adoré. Je mettrai en premier un Dom Pérignon qui est très probablement le plus grand de ceux que j’ai bus. J’ai ressenti avec lui une émotion, une envie de recueillement qui justifient ce choix. Mon classement sera : 1 – Champagne Dom Pérignon 1929, 2 – Romanée Conti domaine de la Romanée Conti 1956, 3 – Champagne Dom Pérignon Œnothèque 1962, 4 – Champagne Moët & Chandon 1959.

Tout le long de la soirée, nous avons ressenti la magie de cet événement de partage et d’amitié. Richard est un ami charmant, sensible, qui écoute avec respect les messages du vin. Nous avons été heureux d’être ensemble, à communier sur des vins rares. La capacité de réception, d’écoute et de service du restaurant Laurent est un exemple absolu. Philippe Bourguignon est le plus talentueux des hôtes et ses équipes ont fait un travail de haute précision, avec un engagement qui se sent. On ne peut que dire bravo. La cuisine est sereine, goûteuse et sait se mettre au service des vins.

Pour conclure, je dirai égoïstement que je suis heureux que Richard Geoffroy n’ait pas pu venir au dîner de vignerons. Car s’il était venu, aurions connu ce moment aussi intense ? Ce fut une soirée émouvante, de grande communion.

le joli salon au 1er étage

les baraques de Noël sur les Champs-Elysées et la Tour Eiffel qui scintille au loin

Une incroyable plongée dans le monde de la Romanée Conti avec 46 vins du domaine dont 15 Romanée Conti, dont 6 préphylloxériques dimanche, 16 décembre 2012

Avertissement : il est apparu en 2014 que le « White Club » a eu l’habitude de pratiques frauduleuses. Certaines bouteilles ont été utilisées à plusieurs dégustations, ce qui conduit à penser qu’il y a eu des faux lors de cette dégustation. Les commentaires ne sont pas modifiés, mais cela montre que lorsque l’on est influencé par l’ambiance d’un événement que l’on croit authentique, on peut se laisser abuser. J’ai aidé les enquêteurs de cette affaire en fournissant mes témoignages et mes photos. Nul n’est à l’abri de ces faussaires.

1 – l’inscription
Au moment où j’écris ces lignes, je n’ai aucune connaissance de ce qui adviendra demain. Je connais un négociant en vins installé en Italie, dont le nom est français. De temps à autre, mais  de façon régulière, je lui achète des vins. Il a décidé depuis quelque temps de faire des dîners de vins rares, un peu dans l’esprit des miens. Un jour, je lui écris que je trouve ses prix décalés par rapport à ce qu’ils devraient être. Il me répond : « pourquoi  ? Vous les trouvez trop chers ? ». Ceci prouve qu’il n’a pas compris ma remarque, alors qu’il vend du vin et en connait les prix. Ma critique portait sur le fait qu’il est malsain d’offrir des vins introuvables et non reproductibles à des prix qui s’apparentent à ceux des manifestations les plus banales sur le vin.

Peu de mois se passent et je reçois une offre pour un dîner avec une liste invraisemblable de vins rarissimes. C’est un choc, de voir que l’on propose autant de millésimes de Romanée Conti dont 1929 et 1945. Et je tourne la page pour regarder le prix. Je vois que mes remarques ont porté, car le prix proposé est à de larges coudées au dessus de tout ce que j’ai pu proposer de plus cher. La proposition ne manque pas d’air, mais le programme aussi. Je rangerais volontiers cette offre dans la fosse des idées sans suite mais il m’appelle et me dit : « compte tenu de votre expérience de la Romanée Conti, je vous propose de remplacer votre contribution financière par une contribution en Romanée Conti ».

Là, mon oreille écoute. Et comme on a mis au programme Romanée Conti 1945, il faut que je sorte mes plus belles bouteilles. Je lui propose d’apporter Romanée Conti 1922 et 1944, deux vins des vignes préphylloxériques, qui correspondent à la rareté de la 1945. Ma proposition est acceptée. Quelques jours plus tard, j’apprends que mon ami Tomo est inscrit à ce dîner. J’en suis heureux, car partager des raretés avec des inconnus n’a pas le même sel que quand c’est avec des amis.

Je prends la route pour me rendre à l’Hostellerie de Levernois où se tiendra l’un des trois repas de ce week-end vineux, et au moment de faire le plein d’essence de ma voiture, je lis un SMS du négociant annonçant qu’un des convives ne viendra pas et me demandant si je pouvais trouver un convive de remplacement. Avec cette si courte échéance, il est exclu de trouver quelqu’un. Mais si celui qui ne vient pas est l’auteur de la Romanée Conti 1945, cela change la donne. Car mes deux raretés se conçoivent – dans mon esprit – si elles se marient à la 1945, puisque j’ai choisi l’année qui est la plus proche de 1945, juxtaposition dont on imagine l’intérêt.

Arrivé à l’hôtel, je retrouve Tomo et nous décidons de dîner ensemble. L’organisateur, que je ne connais que par échanges de mails, est dans sa chambre et a commandé une collation en chambre. Peut-être veut-il ne pas être dérangé. Le suspense reste donc entier. Que se passera-t-il dans cette gigantesque dégustation de Romanée Conti légendaires ? Nous le saurons demain.

2 – dîner avec Tomo
Tomo et moi sommes inscrits à un gargantuesque week-end de Romanée Conti. Il y a une incertitude sur le programme puisque celui qui ne vient pas, dont l’absence est annoncée il y a quelques heures, est-il l’apporteur de la Romanée Conti 1945 ? Dilemme. Nous dînons au restaurant de l’Hostellerie de Levernois. La carte des vins est copieuse et intelligente, puisqu’on y trouve des prix qui donnent envie de boire. L’apéritif se fait avec un Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs 1995 d’un accomplissement réjouissant. Le vin est fumé, avec de belles évocations de fruits confits. Il est profond, intense. C’est un régal. Nous commandons un Chambolle-Musigny Les Amoureuses domaine Roumier 2007 dont nous savons que l’année est frêle, mais nous voulons profiter de sa délicatesse. Sur le risotto à la truffe noire, à la sauce d’une belle réduction, il apparaît que c’est le champagne qui est de loin le meilleur accompagnateur, alors que l’on aurait pu imaginer que le vin rouge eût convenu. Le terrain d’excellence du rouge, c’est le délicieux pigeon d’une qualité de chair remarquable. Mais une fois que l’on a vanté la délicatesse de ce vin tout en subtilité, force est de constater que ce n’est pas le manque de puissance qui gêne, puisque nous voulions cette année légère, mais c’est le manque de complexité. Et je dois dire que ce Roumier m’a un peu déçu. Et c’est sans doute la raison pour laquelle, alors que nous avons demain un programme surhumain, nous avons succombé au point d’aller dans le déraisonnable. Le chariot magnifique arrive et mon œil tombe sur le bleu de Termignon. Je fais une « fixation » chronique sur ce fromage qui me rend fou. Et j’ai l’intuition que ce qu’il nous faut, c’est un Château Grillet. La carte des vins a fort justement un 1987. Le bleu de Termignon avec le Château Grillet 1987, c’est une des preuves de l’existence de l’Himalaya gastronomique. Le vin est un chef d’œuvre et je dois bien avouer que jamais je n’aurais attendu un 1987 de Grillet a ce niveau stratosphérique. Le sommet de ce dîner, c’est le Château Grillet d’un équilibre que l’on croirait celui d’un riesling, d’une fraîcheur invraisemblable, et d’un équilibre hors norme. Ce vin fluide, droit, coulant comme une douceur coupable est une bénédiction. Je suis sûr que c’est lié à l’instant et que le même vin, un autre jour, n’apporterait pas la même émotion gustative. Mais il fut là, au bon moment, sur un bleu de Termignon exceptionnel. Alors, demain c’est l’inconnu du programme sur la Romanée Conti. Autant dormir et faire de beaux rêves.

3 – dégustation au domaine de la Romanée Conti
Le programme du week-end des inscrits au dîner de ce soir, commence par une visite au domaine de la Romanée Conti. Arrivé en avance, je bavarde avec Aubert de Villaine qui me demande combien nous serons. Lorsque je lui dis : « une quinzaine », il sursaute et me dit qu’il est exclu de boire les vins en fût si nous sommes quinze, car la distribution du vin à la pipette prendrait un temps trop long et serait difficile du fait de l’étroitesse des allées en cave. Dans la salle de réunion du siège du domaine, les visiteurs se présentent. Il y a des danois au sein desquels je reconnais avec plaisir Peter Siesseck, le vigneron propriétaire du célèbre vin espagnol Pingus, des italiens, des suisses, et peu de français.  Aubert de Villaine tient un aimable propos de bienvenue et nous conduit dans la cave où se tiennent traditionnellement les dégustations. A part Peter et Tomo, je ne connais personne et je fais la connaissance de René, danois vivant à Bâle, qui est en fait l’organisateur de la manifestation qui n’est pas un dîner comme je le croyais il y a quelques jours, mais un vrai week-end complet où le groupe, réuni sous la bannière du « White Club« , va boire les vins du programme et d’autres hors programme en trois repas officiels et trois repas informels.

Le seul vin qu’annoncera Aubert de Villaine, c’est le Vosne Romanée Domaine de la Romanée Conti 2004, car les autres seront bus à l’aveugle. Ce vin a un joli nez, un peu piquant et poivré. Il est de belle structure. C’est un vin généreux mais de petite longueur.

La Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 2006 a un nez plus intense et une bouche plus voluptueuse. C’est un vin raffiné, riche de bel équilibre. Je ressens sa finesse. Aubert de Villaine  dit qu’il est dans un moment d’adolescence. Il parle avec poésie de la colère du vin qui se sent enfermé dans sa bouteille et a envie de s’exprimer. J’aime beaucoup ce vin.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1999 est d’un style très différent. Il est plus court que le précédent mais plus riche. Je ressens de la verdeur dans le final. Le vin est un peu rêche mais l’on sent la finesse de la trame et du velouté.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1992 a un nez très joli. Aubert de Villaine  nous dit que l’année a été condamnée par les critiques. On sent un vin plus vieux, très délicat. Il a de la rondeur, mais il est servi froid, ce qui limite un peu le plaisir. On sent quand même son beau fruit et sa belle complexité. C’est un vin que j’ai toujours apprécié.

En sentant à l’aveugle la Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1956, j’ai une illumination. Alors que je ne pratique pas la dégustation à l’aveugle et que je n’y excelle pas, cette illumination est incroyable : je suis sûr d’avoir reconnu le vin que nous buvons. Et ce qui est curieux, c’est que je n’ai pas le moindre doute. J’ose dire : « je sais ce que c’est » et c’est bien la Romanée Conti 1956 que j’ai déjà bue. Le nez est pour moi totalement Romanée Conti, avec cette suggestion de pétales de roses fanées. Le final est extraordinaire. Ce vin rebouché en 1995 est absolument immense. Son élégance est extrême. Aubert de Villaine  nous dit que c’est un vin dont la chair a disparu, qui vit dans une autre dimension, celle de l’esprit du vin. Pour moi, c’est l’âme de la Romanée Conti.

Le Montrachet Domaine de la Romanée Conti 1977 a une couleur déjà marquée par l’âge. Le nez me gêne un peu. L’attaque en bouche est citronnée, très jolie, avec un petit manque de vivacité. Il faut attendre qu’il se réchauffe, car le miel apparaît. Le vin s’améliore et devient même grand. J’ai senti qu’Aubert de Villaine  était heureux de retrouver ces vins dont certains n’avaient été ouverts par lui qu’il y a longtemps. Tout le monde a apprécié la justesse et la pertinence de ses propos sur ses vins et son domaine. Chacun a été sensible a sa grande  générosité.

4 – déjeuner dans un petit château à Mercurey
En groupes dispersés nous nous rendons dans une grande demeure bourgeoise à Mercurey, qui loge tout le groupe à l’exception de mon mentor le négociant en vin, Tomo et moi.

Dans le grand salon aux papiers peints exotiques évoquant des richesses tropicales à la Douanier Rousseau, je vois sur une table un Chateau Palmer double magnum 2003 qui est ouvert. Alors que ce vin n’était pas inscrit au programme, j’imagine volontiers que nous irons de surprise en surprise. Je ne fus pas trompé ! Boire ce Palmer après la visite à la Romanée Conti, ce n’est pas un service à lui rendre ! Car le vin a des tannins très durs et fait un peu rustaud après les vins du domaine. On voit ainsi l’influence des conditions de dégustation.

L’apéritif, c’est en fait le Champagne Comtes de Champagne Taittinger Magnum 1985. Ce qui vient en premier avec ce champagne, c’est l’acidité. Quelques minutes plus tard, c’est le dosage qui apparaît. Ce champagne est normalement meilleur que celui que nous buvons ici.

Nous passons à la salle à manger où une grande table a été apprêtée, avec des verres de la maison Lalique dont le propriétaire fait partie du groupe. Il est l’un des sponsors de « White Club« , comme un fabricant de montres suisses et un producteur d’eau minérale, ce qui est pour le moins original.

Le repas est joliment réalisé, mais on ne cherche aucun rapport avec les vins. C’est un support de nourriture. Les vins sont servis en séries de cinq.

Le Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1989 a un nez assez fermé. Il faut dire que les verres Lalique, à mon avis, enferment les parfums au lieu de les épanouir. La bouche est d’une extrême délicatesse. C’est grand.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1996 est très joli, plus précis, plus tendu, plus vif.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 2003, c’est le charme, l’élégance. Il est enjôleur, envoûtant. Il est plus strict dans le final. C’est à l’attaque qu’il gagne les cœurs. Quand il s’étend dans le verre, il est d’un velours extrême. Ce vin est fantastique.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 2003 me frappe par sa profondeur. Il y a une belle complexité et la rose fanée que l’on n’est pas obligé de chercher. Elle est là. C’est incroyable comme elle est déjà expressive et longue. C’est une très belle réussite. Ce vin, c’est la longueur et la profondeur. Sa rémanence en bouche est infinie. La Tâche 2003 est plus généreuse et a un final plus glorieux, mais le vin est moins profond que la Romanée Conti 2003.

La Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 2005, c’est la joie de vivre, la tension extrême. Ce vin claque. Il n’est pas féminin, il fonce. Son final est magnifique.

Nous passons à la deuxième série.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1959 a un nez un peu évolué. Le vin est un peu coincé et je sens qu’il faut attendre, car la complexité est encore un peu timide. Elle est un peu décevante, car on en attend trop, un peu comme le Richebourg 1959 que j’ai ouvert récemment et qui m’a déçu. Mais quand il s’étend, il montre qu’il est grand.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1957 a un nez plus vivant. Le vin est plus vivant que le 1959. Sa trame est très belle. Le vin est très beau, vivant et expressif. Le vin est toutefois nettement moins émouvant que le 1956 ouvert à la dernière minute et froid dans les caves du domaine.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1947a un nez très beau. Sa bouche est d’une extrême présence. Il est un peu abîmé dans le final mais c’est un très beau vin. Quand il s’épanouit, il devient fantastique et je note : « ce vin vaut plus de 100 points ». Je note encore : « ce vin est fou ». C’est probablement l’un des plus grand vins de ce voyage dans la Romanée Conti. Son velours est légendaire. Je note toutefois que ce vin est moins complexe que la Romanée Conti 2003 qui me plait énormément.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1944même si elle est fatiguée est intéressante. Sa couleur est très brune. C’est un très beau vin avec un peu de café dans le goût.

La Tâche Romanée Chevillot négociant 1928 est un vin qui m’est totalement inconnu. C’est un vin mis en bouteille par un négociant, qui avait le droit d’embouteiller La Tâche et l’appelle Tâche Romanée. La couleur est très brune. Le nez est de charbon et de terre. La bouche est superbe, qui contraste avec l’œil et le nez. Le final est un peu vieux, mais le milieu de bouche est très émouvant. Le vin est très joli, même s’il a un peu de fatigue, car le message est intact et la trame est riche. Toutefois, ce vin est plus historique que réel.

Nous passons à la troisième série.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1997 est très généreuse et très Romanée Conti. C’est une Romanée Conti « naturelle », facile à vivre. Ce vin est « top ». Il est si facile !

Le vin joker est très joli. Je trouve des similitudes avec le vin précédent de 1997. C’est un  vin très beau et lui aussi très naturel. Je ne l’ai pas reconnu. C’est un Vosne Romanée  Cros Parantoux Henri Jayer 1988 un peu serré.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1978 a un bel équilibre et une belle opulence. Le vin est un peu torréfié et je commence a éprouver mes limites de dégustateur. Je le trouve lui aussi un peu serré.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti magnum 1982 magnifique est un vin généreux et opulent. Elle est très domaine de la Romanée Conti. C’est un vin magique. Quand il s’épanouit il devient fantastique. Il a l’âme du domaine de la Romanée Conti. Il est émouvant au possible.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1963 a un nez intense de truffe. C’est un joli vin. Au fil du temps il montre un peu sa fatigue. Au troisième passage, son final est fatigué.

L’intérêt des vins surprise, c’est qu’ils donnent une grande humilité au dégustateur. On reconnait assez facilement que c’est un bordeaux. A un moment, j’ai pensé Cheval Blanc, mais je n’ai pas gardé l’idée, car je ne le trouvais pas assez grand. Or il s’agit d’un vin mythique, Chateau Cheval Blanc 1982. Il faut dire qu’après des bourgognes, les choses ne sont pas faciles. Je ne peux pas dire que j’ai capté en le buvant ce qu’il représente en fait.

Et un nouveau point d’interrogation nous est servi. Le nez un peu camphré me fait penser à celui de l’Yquem 1941 que j’avais écarté, tant il me déplaisait, mais ici, le vin n’a pas souffert. Je pense à Lafaurie Peyraguey 1964, car il y a une richesse de botrytis qui me fait penser à ce vin. Et j’ai tout faux, car il s’agit de Chateau d’Yquem 1929. Honte sur moi. Mais il faut dire que je n’ai pas l’émotion que porte normalement ce vin immense.

5 – dîner à l’hostellerie de Levernois
Il est tard dans l’après midi après cette éblouissante présentation de vins rares. J’aurais aimé faire une sieste à l’hôtel, mais le devoir m’appelle, car je vais devoir ouvrir un très grand nombre de vins pour le dîner de ce soir. Nous rentrons Tomo et moi à Levernois. J’ai à peine le temps de me retirer dix minutes, et le plus invraisemblable amoncèlement de vins du Domaine de la Romanée Conti va passer entre mes mains, pour l’ouverture des bouchons. Si la qualité des bouchons des années récentes est irréprochable, il n’en est pas de même des bouchons anciens avec lesquels j’ai bataillé au point d’avoir très mal aux doigts de la main droite qui est celle qui tire doucement les bouchons. Pour la Romanée Conti 1983, le bouchon est aussi serré que tous ceux que j’ai ouverts et il me faut lutter comme un fou pour arriver à le sortir. Je suis bien évidemment intéressé par les deux vins que j’ai apportés. La Romanée Conti 1922 sent affreusement mauvais. Je suis triste car elle me semble perdue. La Romanée Conti 1944 au contraire a un parfum qui me plait. Souvenez-vous de ce que vous venez de lire, car le monde des vins anciens est un monde à surprises.


Et la Romanée Conti 1945, où est-elle ? Car c’est pour elle que je me suis inscrit. Lorsque nous étions à la Romanée Conti, Aubert de Villaine avait posé des questions sur son origine et René, l’animateur de White Club l’avait rassuré. Mais je ne la vois pas. Romain, le négociant qui m’avait fait m’inscrire à ces repas me demande de rejoindre René, qui m’explique que la bouteille qui lui a été vendue n’étant pas conforme à la photo de la bouteille qu’il voulait acheter, il l’a laissée sur place pour se faire rembourser. Conscient que je m’étais inscrit pour la 1945, il me promet qu’il fera un autre repas où figurera une 1945. Tout m’incite à faire confiance, et je continue à ouvrir les vins. Alors que je n’ai pas fini, les membres du groupe qui logent à Mercurey arrivent. Ma sieste passe aux oubliettes.

J’ai à peine le temps de me changer et je redescends dans un caveau où tout le monde prend l’apéritif avec un Champagne Perrier-Jouët jéroboam 1961. Puisqu’on est dans l’excès, pourquoi pas un jéroboam ! La couleur est trouble. Le champagne n’est pas désagréable, mais il n’est pas du tout ce qu’il devrait être. Je n’y touche qu’à peine, car il ne me plait pas. Avec Peter Sisseck, nous disons en plaisantant que c’est un vin qui a dû être stocké en évidence dans une boîte de nuit où il a souffert de la chaleur.

Quand on voit les choses en grand, ça vaut aussi pour la nourriture. Voici le menu dont ma balance se souvient encore, deux jours plus tard : huitre Gillardeau et Panna cotta d’oursin au caviar osciètre / marinière de coquillages et croustillant mimosa / l’œuf parfait aux cèpes, jambon Belotta et crème de poule faisane / coquilles Saint-Jacques aux truffes, poireau et céleri / homard cuit en carapace, Paccheri de King crabe au citron confit et artichauts / risotto Acquarello à la moelle et truffes noires / boudin blanc de perdreau aux châtaignes, foie gras de canard des Landes en infusion de cèpes / lièvre à la royale, chartreuse de chou et champignons des bois / fromages frais et affinés / variation de poire comice et caramel confiseur / tarte au chocolat Manjari, crème brûlée vanille Bourbon et glace ivoire.

Ce repas n’a pas du tout été pensé pour les vins, mais les plats ont été délicieux et bien exécutés. Ce fut largement trop copieux, mais nécessaire pour soutenir le rythme des vins.

Le programme n’avait prévu que des vins rouges et c’eût été difficile avec le début du menu, aussi René a ouvert un Montrachet Domaine de la Romanée Conti 2007. Il est magnifique et l’on sent le lait et la pâtisserie. Il est riche, généreux, au final gourmand. Ce vin a une longueur extrême. Il est l’élégance incarnée.

Le Montrachet Domaine de la Romanée Conti 2008 a un nez très élégant. Il est plus pétrole. Il est plus minéral et a plus de botrytis que le 2007. Ce vin est profond. On sent le miel. Autant le 2007 est prêt à boire maintenant avec plaisir autant il faut garder encore les 2008.

Les bouteilles que j’avais ouvertes étant manipulées dans tous les sens, je demande à René de les ranger dans l’ordre qu’il a prévu. Il y a sur une table 27 vins du domaine de la Romanée Conti. Nous nageons dans l’irréel.

Et, comme pour en ajouter une couche, René nous sert un vin mystère. Il est bu à l’aveugle par une table de quinze amateurs. Pratiquement tous ceux qui se sont exprimé ont proposé Pétrus. Et pour Pétrus, la plupart ont proposé 1961. Mon ami Tomo a proposé Pétrus 1998 et j’ai proposé Pétrus 1990. Quand on a la réponse, quelle surprise !!!  C’est Château Margaux 1900, à l’étiquette de Barton & Guestier, rebouché en 1999 sans que le nom Margaux ne figure sur le bouchon ce qui est curieux. Peter Siesseck me dit : ce vin est tellement jeune que si ce n’est pas Margaux 1900, il faudrait donner une médaille au vigneron qui a pu fabriquer un vin jeune aussi phénoménal.

Force est de dire que ce vin est hors du commun. C’est du 100/100 Parker, de façon évidente, mais c’est plus que cela. Equilibre, émotion, longueur, profondeur, tout y est. Et effectivement, je me suis trompé sur l’âge, mais ce n’est pas la première fois que des vins sublimes du passé bluffent tout le monde. Ce qui a conduit à Pétrus, c’est cette sensation de truffe, d’une rare précision. C’est une belle leçon et un vin splendide. Il a une perfection inimitable et une élégance absolue. Il pourrait bien être le gagnant de cette journée.

La Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 2007 a un nez très domaine de la Romanée Conti. La bouche est élégante mais aussi stricte et mesurée. C’est un vin élégant qui reste mesuré et courtois. C’est un grand vin.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 2002 a un nez puissant de folle jeunesse. En bouche il est joyeux, tout en charme, mais aussi puissant. Il a tout à fait le style du domaine. Ce vin est glorieux.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1993 a un nez discret. La bouche se marie magnifiquement avec les cèpes. Ce vin est élégant, sans avoir la personnalité de La Tâche. Avec le temps il gagne du corps.

La Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 1997 reste stricte mais très domaine de la Romanée Conti.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1990 a un nez d’une pureté remarquable. Il est d’une élégance extrême. Il marie accomplissement et cohérence. Ce vin est dans un état de grâce. Il a une longueur infinie.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1983 a un nez subtil. Sur la Saint-Jacques à la truffe, le vin est glorieux. Il a une longueur infinie. J’aime cette Romanée Conti que j’ai bue de nombreuses fois. On voit que ce n’est pas une année de puissance mais le vin a une élégance à la Coco Chanel. La rose et le sel sont là.

La Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 1981 a un très joli nez. C’est beau en bouche même si l’on est très loin de la Romanée Conti 83.

La Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 1975 a un nez très domaine de la Romanée Conti. Il y a beaucoup de sel. En bouche le vin est beaucoup plus gourmand que ce que le nez suggère. Ce vin se comporte nettement au dessus de ce qu’on en attendrait.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1973 a un nez très joli et une bouche gourmande. Quelle belle surprise pour un vin de cette année ! Les quatre derniers vins sont surprenants, car de petites années et brillants. La Romanée Conti 1983 a quelque chose de plus que les autres par la complexité de son final. Mais le plus incroyable et le gagnant de ces quatre est pour moi le 1975, contre toute attente et je suis ravi de voir qu’autour de la table, on pense comme moi.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1956 a un nez très domaine de la Romanée Conti avec une puissance rare. Il a des points communs avec la Romanée Conti 1956 de ce matin, mais servi à table, il est plus opulent. Il a un peu d’amertume en fin de bouche, mais le vin est très joli.

Le nez de la Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1954 n’est pas parfait. En bouche, il est un peu fatigué, un peu « amantillado ». Il fait brûlé, mais il a quand même quelque chose à dire, ce qui rend la 1956 plus vivante encore.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1944 qui est mon apport a une couleur bien moche. Le nez est un peu vinaigre. En bouche le vin n’est pas stupide mais il est notoirement insuffisant. On sent un peu de chocolat. Il n’est pas mort en bouche, mais je suis furieux.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1945 a un nez un peu camphré. La bouche est belle même si un peu chimique. René est beaucoup plus tendre avec ce vin que je ne le suis. Cette série de quatre vins est faible, le 1956 étant le plus vivant, très beau.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1943 ajouté pour me faire plaisir puisque c’est mon année a une belle couleur. Le nez a du champignon, dont l’intensité ne va jamais baisser. Il faut attendre pour le goûter, mais il ne deviendra jamais ce que j’ai connu de ce vin, un des plus grands du Domaine de la Romanée Conti que j’aie bu. L’odeur de champignon empêche de l’aimer.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti magnum 1940 a une couleur très brune. Le nez est correct mais limite. Le vin n’est pas mal, mais montre un peu trop de fatigue. Le final est trop fatigué.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti magnum 1940a une couleur aussi très fatiguée. Le nez est meilleur. En bouche, c’est très buvable même si c’est un peu fatigué. Le final est très limité.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1937 a une couleur beaucoup plus belle, même si elle est un peu trouble. Il y a un peu de tabac dans le nez de ce vin. Le vin a une belle attaque et un final un peu imprécis à ce stade.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti Van der Meulen 1929 a une couleur foncée. Le nez est très joli. On sent un vin un peu fortifié, un peu torréfié. C’est un beau vin, mais ce n’est pas la légende.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti Van der Meulen 1923 a une couleur aussi foncée. Le nez est très velouté et c’est le premier vin dont je sens la fraîcheur mentholée. C’est le 1929 en nettement mieux. C’est un très grand vin et l’expression d’un vin préphylloxérique.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1922 qui est mon deuxième apport a une couleur claire. Il est magnifique. C’est le meilleur des vins de cette série à quatre Romanée Conti. Il a la fraîcheur et une tension extrême. Je suis tellement content que ce vin rattrape le 1944.

La Romanée Conti 1937 s’améliore et on peut constater que les 22 et 37 ont des couleurs claires et sont définitivement ce que la Romanée Conti doit être, alors que les 23 et 29 ont des couleurs plus foncées et donnent l’impression que les vins ont été fortifiés par Van der Meulen. Le 1937 s’est amélioré et ressemble beaucoup au 1922 qui est maintenant royal. Si on se souvient bien, le 1922 sentait la mort et le 1944 avait un beau parfum. Les voies du vin sont impénétrables.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1935 a un très joli nez de Romanée Conti. En bouche, c’est une très grande Romanée Conti. Le match est ouvert entre 1922, 1935 et 1937. C’est peut-être le 1935 qui est le plus riche, mais il est peut-être aussi légèrement fortifié. C’est donc le 1922 qui gagne devant 1937 et 1935 cependant que le 1923 devient de plus en plus charmant.

Peut-on imaginer que nous venons de boire six vins de Romanée Conti de vignes préphylloxériques : 1922, 1923, 1929, 1935, 1937, 1944 ! Le 1935 a une grande puissance, de l’alcool, mais c’est un beau vin, le 1923 devient plus élégant, poivré, c’est un grand vin même s’il a été un peu aidé. Le 1922 est l’élégance absolue, avec le raffinement et la pureté de la Romanée Conti. Le 1937 est la délicatesse, le petit frère du 1922 même s’il est un peu moins beau. La fraîcheur mentholée du 1935 est étonnante car inhabituelle.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1962 a une couleur entre brun et rouge. Le nez est grandiose. Le vin est doux mais profond. C’est un très grand vin mais ce n’est pas la légende que j’attendais.

La dernière goutte du 1922 est de la rose pure. Je suis ému.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1959 a la même couleur que le 1962. Le nez est imparfait. La bouche est beaucoup plus gourmande. Il est généreux mais il n’est pas parfait. Décidément, je n’ai pas de chance avec les 1959.

Ce qu’on peut constater, c’est que tous les vins jeunes et les plus vieux sont spectaculairement bons. Ce sont les vins des âges intermédiaires des années 40 et 50 qui ont posé des problèmes. Quand on constate que la Romanée Conti 1956 bue en cave est sans doute l’une des plus belles de ce jour, cela montre qu’il y a un vrai problème de conservation des vins des années des décennies 40 et 50. Mais le positif gagne tellement devant le négatif que je vis un moment unique.

René, en mal de générosité, demande si nous avons encore de l’énergie. Je dis oui. Et arrive le vin que j’appelle « le vin John Wayne ». Dans tous les westerns de cet acteur américain, la victoire arrive toujours au dernier moment du film.  Eh bien, la Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1969, c’est un peu ça. Elle a une couleur claire, un nez authentique de Romanée Conti. Elle est parfaite, élégante, belle, même s’il y a un petit manque de tension. Au point où nous en sommes, elle cohabite avec le dessert au chocolat, mais à ce stade, nous sommes capables de nous consacrer au vin uniquement, l’un des plus beaux de ce soir.

6 – commentaires et conclusions
Un tel rythme est tellement déraisonnable que j’avais annoncé que je ne viendrai pas au déjeuner du lendemain prévu au programme pour lequel je m’étais engagé. L’idée d’abandonner un repas où 17 vins du Domaine de la Romanée Conti vont être ouverts incluant La Tâche 1990 pourrait paraître de la folie. Mais la folie eût été de m’y rendre.

Que retenir de cette extravagance absolue ? Voici un groupe cosmopolite de fondus de vins qui ont les moyens financiers pour affronter les plus rares vins de la planète. Quand on a les budgets, on peut chasser l’étrange et le rare. C’est la profusion qui commande, plus que la mesure. On peut critiquer, mais René l’a fait avec une telle générosité que son sens du partage ne peut qu’être respecté.

Il y a bien sûr l’absence de la Romanée Conti 1945, qui était le motif de mon inscription. Si une autre Romanée Conti 1945 est ouverte, ce sera un plaisir de plus.

Ce qui reste pour moi, c’est surtout cette plongée unique dans l’histoire du goût de la Romanée Conti. J’ai maintenant des notes sur plus de 300 vins du domaine, en près de 70 millésimes différents. J’ai donc conforté une vision assez pénétrante des vins de ce domaine. J’en suis profondément reconnaissant aux auteurs de cet événement unique. Je ne l’aurais jamais fait comme cela. Mais vive la différence. Et vive la Romanée Conti.