Archives de catégorie : vins et vignerons

Rhône Vignobles présente ses vins à Paris et nous offre une surprise samedi, 23 janvier 2016

Ils sont quatorze vignerons, tous copains, qui ont créé « Rhône Vignobles » pour faire ensemble la promotion de leurs vins en France et à l’étranger. Ils invitent pour une dégustation d’après-midi à la Maison de l’Aubrac. Pour attirer une large audience, ils annoncent une surprise des « Winegroovers » et une dégustation de millésimes d’exception. Les quatorze domaines sont du nord au sud du Rhône : Jean-Michel Gérin, Yves Cuilleron, François Villard, Louis Chèze, Combier, Graillot, Courbis, Alain Voge, Delubac, Montvac, La Janasse, Beaurenard, la Citadelle et Revelette.

J’ai la chance de bénéficier de l’amitié des membres du groupe car nous nous sommes plusieurs fois rencontrés autour de vins anciens dont ils sont friands et de leurs vins. Après avoir salué chacun, je commence à goûter leurs blancs de 2014. Malgré leur jeunesse beaucoup sont agréables à boire. Selon les appellations, ils sont très différents, bien faits et typés. 2014 s’annonce comme une belle année de blancs. Je prends des notes, mais il serait fastidieux de les reproduire car dans cette salle bruyante du fait du monde, les conditions de dégustation ne sont pas les meilleures. Lorsque j’attaque les rouges, je prends de moins en moins de notes. Les vignerons présentent plutôt leurs rouges 2013 voire 2012 et 2011. On peut grignoter des cochonnailles à un bar comptoir au centre de la grande salle. Je suis étonné que ces cochonnailles soient aussi peu avenantes alors que la maison de l’Aubrac est célèbre pour ses viandes.

Le président de Rhône Vignobles Alexis Rousset-Rouard prend la parole mais son discours est recouvert par une vidéo des Winegroovers. Ce sont tous les vignerons qui chantent et jouent du rock. Grâce à un outil de modification d’images, on voit tous les vignerons et vigneronnes avec des chemises ou pulls fluos et les lunettes de soleil opaques des mêmes couleurs. C’est vivant drôle, et montre leur camaraderie. Le président veut reprendre la parole, mais la vidéo repart en boucle, avec la chanson « il faut le boire pour le croire ». Il annonce qu’il sera remplacé par une nouvelle présidente de Rhône Vignobles, Cécile Dusserre du domaine de Montvac à Vacqueyras.

Vient ensuite la partie la plus passionnante : chaque domaine a apporté des magnums de vins de 2010, 2009 et même plus vieux, jusqu’en 2003. Quand on voit le saut qualitatif que représentent ces vins plus mûrs, on est obligé de se demander pourquoi l’on commet l’erreur de mettre en vente des vins trop jeunes. Ces vignerons qui représentent l’excellence de leurs appellations font des vins superbes lorsqu’ils ont une dizaine d’années. C’est à méditer.

La joie de vivre et la compétence des membres de ce groupe vieux de vingt-cinq ans a attiré un nombre impressionnant de visiteurs du monde du vin et de la restauration. Longue vie à Rhône Vignobles, qui compte les plus beaux fleurons des Côtes Rôties, Condrieu, Saint-Joseph, Crozes-Hermitage, Hermitage, Cornas, Saint-Péray, Rasteau, Cairanne, Gigondas, Vacqueyras, Châteauneuf-du-Pape, Lubéron et Coteaux d’Aix. Leur joie de vivre est aussi souriante que leurs vins.

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Verticale de Dom Pérignon et déjeuner au Royal Monceau jeudi, 17 décembre 2015

Richard Geoffroy, le chef de cave et compositeur de Dom Pérignon invite une dizaine de journalistes et/ou amis à découvrir le millésime 2006 par une verticale des cinq millésimes successifs finissant par 2006. Le rendez-vous est à l’hôtel Royal Monceau, dans la suite Raffles. Ce n’est même plus le mot de « suite » qui convient mais plutôt « appartement », avec un luxe rare. Il y a même une salle de sport attachée à cette suite ! Nous sommes assis autour d’une table ovale, avec des verres alignés et Richard fait verser tous les vins en même temps, ce qui permettra, tout au long de la dégustation, de revenir plusieurs fois sur les vins, dans l’ordre de son choix..

Richard fait un long exposé sans être interrompu, ce qui permet à chacun de se concentrer sur ce qu’il boit, plutôt que de se lancer dans des échanges qui distrairaient de l’exercice auquel nous sommes conviés. J’ai pris des notes et comme je suis revenu plusieurs fois sur chaque vin, il y a forcément des redites.

Richard dit qu’avoir millésimé cinq millésimes de suite est très rare. Il nous invite à faire le point sur ces champagnes, en toute simplicité. Nous allons goûter les Dom Pérignon de 2002 à 2006, d’une décennie la plus solaire de l’histoire de la Champagne. La maturité des années solaires fait partie du projet Dom Pérignon,

Richard dit qu’une dimension importante de son rôle est celle d’une prise de risques, pour que la marque Dom Pérignon reste à son niveau. Il aime le titre d’un article d’Antonio Galloni, « No guts, no glory », qu’il trouve le plus adapté pour définir comment se fait Dom Pérignon : il n’y a pas de gloire sans prise de risque. Richard considère qu’à chaque millésime, il y a une réinvention, en mettant tous les compteurs à zéro. Il souhaite que le vin donne l’image de chaque année et du fait du réchauffement climatique qui profite à la Champagne il pense envisageable que tous les années donnent lieu à un Dom Pérignon. Il y a bien sûr parfois des impossibilités comme 2001 et l’année 2007 est encore en question car elle est faible.

Champagne Dom Pérignon 2006 son nez très élégant de jolie vinosité est le plus glorieux des parfums de cinq vins. Le vin est d’une belle acidité, les fruits sont roses et citron, il y a un peu de brioche, le vin est vif et va s’arrondir mais il est déjà très noble. Je ressens un peu de café dans le finale. Ce champagne est très frais. Je suis assez fasciné par le nez du 2006. Ce vin sera grand dans le futur.

Champagne Dom Pérignon 2005 a un nez de citron vert, avec un amer joli. La bouche est ample, joyeuse. C’est un Dom Pérignon joyeux et sûr de lui, très agréable. La bouche est vineuse avec un soupçon de pâtisserie dans le finale qui est un peu moins joyeux que le milieu de bouche.

Champagne Dom Pérignon 2004 a un nez qui évoque un peu plus la pâtisserie. La bouche est plus classique, il a beaucoup d’équilibre et un caractère salin, typique de Dom Pérignon. Un premier 2004 est carré et solide. Michel Bettane détecte un petit problème et fait changer. Une deuxième bouteille donne un vin plus floral et plus romantique. C’est un dandy assez sûr de lui.

Champagne Dom Pérignon 2003 a un nez très élégant mais aussi très intense, une attaque ample et le vin est marqué par l’élégance, aussi bien par ses fleurs blanches que par son finale. Sa fluidité est belle. Il y a un caractère féminin dans ce champagne.

Champagne Dom Pérignon 2002 a un nez un peu fermé. La bouche est ample comme le 2003. C’est un très beau vin de belle matière, au fruit solide et finale de grande beauté. C’est le Dom Pérignon le plus accompli à ce stade de sa vie, comparé à ses plus jeunes frères.

Ma synthèse faite en sens inverse serait que le 2002 est d’une élégance majeure, le 2003 plus étrange et « exotique », le 2004 très beau demandant plus d’âge, le 2005 très gracieux et élégant et le 2006 au parfum le plus intense, un Dom Pérignon plus calme, mais qui reste très Dom Pérignon.

Tous ces Dom Pérignon sont très élégants et vineux. Il ne jouent pas sur la puissance mais sur le grain, la « glisse », la fluidité. Centrés sur le fuit, ils sont, selon Richard, « glorieusement et fièrement réducteurs », conçus pour une maturation très lente.

Les discussions démarrent avec parfois des petites joutes entre les journalistes qui défendent leurs visions. J’aime celle de Michel Bettane qui a le recul et la sérénité.

Richard Geoffroy nous dit que 2007 sera un peu mince ainsi que 2014. 2008 et 2012 seront superbes et 2009 superlatif.

Cette dégustation est très intéressante mais pas discriminante dans la mesure où chacun de ces millésimes a ses propres qualités. Il aurait fallu un millésime qui se démarque un peu de ce schéma pour mettre encore mieux en perspective le travail créatif fait par Richard Geoffroy et salué par tous.

Nous quittons la table de dégustation pour aller trinquer sur le 2006 en grignotant des petits canapés d’une extrême pertinence. Nous bavardons et je fais la connaissance d’un ami de Richard, homme de presse, qui est mon conscrit. Richard nous retient et nous allons tous les trois déjeuner au restaurant du Royal Monceau où Richard est connu comme le loup blanc.

Nous choisissons un « Black Cod » (défense de la langue française oblige) mariné, riz noir étuvé au gingembre et citron. Le plat légèrement miellé est excellent Richard choisit sur la carte des vins un Champagne Veuve Clicquot Ponsardin rosé sans année fort judicieux pour le plat, avec une belle pertinence.

J’en profite encore avec un macaron Ispahan de Pierre Hermé, gourmandise suprême par le génie du litchi et de la rose, qui crée un accord couleur sur couleur avec le champagne.

Richard Geoffroy est un être exquis et un esthète innovant. Ce déjeuner sur le pouce n’est que bonheur.

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la broderie des serviettes méritait une photo

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le « travail » commence

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les petits-fours

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au rez-de-chaussée ce fauteuil d’enfant

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au restaurant

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Le premier Salon des Vins Matures mercredi, 9 décembre 2015

Hervé Bizeul entreprenant vigneron du Roussillon, du Clos des Fées, a convaincu une douzaine de vignerons de créer un « salon des vins matures » où seraient présentés des vins à boire et non pas des promesses de vins. Lorsqu’il m’a exposé ce projet, je ne pouvais qu’adhérer, tant je souffre de voir que les vins sont bus quand ils ne sont que des ébauches, loin des soleils qu’il pourraient nous offrir.

La première réunion a lieu dans un beau salon de l’hôtel Bristol, celui-là même où j’ai lancé il y a 26 ans l’introduction en Bourse de l’entreprise que je dirigeais. L’espace est confortable et les vignerons ont du temps pour présenter leurs merveilles. Je n’ai pas pris de notes car le plaisir de bavarder avec les vignerons tout en goûtant primait sur l’étude stricte.

Le Château la Nerthe Châteauneuf-du-Pape 2004 est dans un moment de grâce et brille par son équilibre, plus que le Château la Nerthe Châteauneuf-du-Pape Cuvée des Cadettes 2004 qui promet mais nécessite encore quelques années avant d’atteindre son épanouissement.

L’Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Aîné 1998 est déjà superbe et justifie pleinement l’initiative d’Hervé Bizeul : nous buvons de vrais vins. Les vins de Marlène Soria sont de petits bijoux de précision, le Clos de Cistes Domaine Peyre Rose Languedoc 1996 est une merveille de fluidité.

Les vins de Marcel Deiss, présentés par Jean-Michel Deiss et son épouse sont ciselés, l’ Altenberg de Bergheim Marcel Deiss 2001 est généreux.

Le Chinon Clos du Chêne Vert Charles Joguet 1998 est d’une fluidité et d’une gourmandise assez exceptionnelles.

Le Clos des Fées domaine du Clos des Fées 2005 profite bien de ses dix ans qui arrondissent les angles et donnent de la joie de vivre à ce vin.

Le Maury Domaine Pla del Fount 1939 est un bonbon fondant dans la bouche, avec une fraîcheur inégalable.

Par un heureux hasard, le domaine de Saint-Géry de Cahors faisait goûter ses cochonnailles et ses foies gras délicieux, ce qui poussait à aller se faire servir du vin qui convenait aux belles saveurs qui nous nourrissaient.

J’ai pu discuter avec Jean-Michel Deiss, Eric de Saint-Victor, Alain Vauthier, Caroline Frey, Jean Guyon, Laurence Brumont, et bien d’autres. Pour beaucoup de domaines, les vins de ces millésimes ont déjà été largement vendus. Garder des vins sur de longues périodes pour qu’on les consomme quand ils sont buvables est un vrai problème. Mais ce salon des vins mature montre l’écart fondamental qui existe entre une promesse de vin et un vrai vin.

Il est impératif qu’un tel salon fasse tache d’huile. Pour l’instant, la démonstration est faite de l’intérêt de cet événement. Longue vie au « salon des vins matures ».

Master Class « le Génie du Vin » au Grand Tasting samedi, 5 décembre 2015

Le deuxième jour, le Grand Tasting offre une dégustation en Master Class qui est le clou de ce grand salon.

La Master Class « le Génie du Vin » permet de goûter des vins sélectionnés par Michel Bettane et Thierry Desseauve qu’ils considèrent comme faisant partie de l’élite du vin français. D’habitude, il y a toujours un ou deux vins étrangers ajoutés, mais aujourd’hui, pour le 10ème anniversaire, la dégustation sera franco-française. Il s’agira de vins de 2005 sauf pour le premier et le dernier vin.

Le Champagne Dom Pérignon P2 rosé magnum 1995 est présenté par Richard Geoffroy. Il nous dit que 1995 est une grande année, moins médiatisée que 1990 et 1996. C’est une année de grands défis. Il ajoute que le grand problème de 1995, c’est 1996 qui est une année exceptionnelle qui lui fait de l’ombre. 1995 est plus cohérent, plus champagne. Il a fallu être très strict pour réussir cette année. La robe du vin est saumon clair. Le nez est minéral, un peu salin. Ce nez est noble et subtil. Le vin est extrêmement fin. Il pianote ses subtilités. Richard dit que le pinot noir est de très belle qualité. Il parle du jeu en tension de l’équilibre du noir et du blanc. Il y a 20% de pinot noir dans ce vin. Epices, poivre, sel, tout est en subtilité. Un peu comme avec les vins de la Romanée Conti, on est face à un vin de recueillement, qui délivre ses messages en autant d’énigmes. C’est un vin un peu ésotérique au profil réducteur. Je trouve le vin trop discret, assez austère.

Une anecdote me fait plaisir. Après cette discussion, les vignerons se sont regroupés dans une salle dite « des blogueurs » pour boire un champagne d’après-match, le Champagne Dom Pérignon P2 magnum 1995 que j’avais déjà bu et qui m’avait enthousiasmé. Celui-ci est du même moule. Je dis alors à Richard Geoffroy : « ton rosé, je dois t’avouer que je ne l’ai pas compris. Sa retenue est anormale ». Richard me répond : « j’ai eu la même impression. Je n’ai pas compris ce vin. Je crois avoir une piste que je vérifierai à mon retour ». Ça me fait plaisir à deux titres, que Richard ne cherche pas à défendre coûte que coûte un vin et aussi que nous ayons eu la même perception alors qu’à la table des orateurs, aucune remarque n’a été faite.

Le Riesling Clos Sainte Hune Domaine Trimbach 2005 est présenté par Jean Trimbach qui est de la 12ème génération de la famille et qui est fier que la 14ème génération se prépare à assurer la continuité historique. Cela a permis à Michel Bettane de faire l’inventaire des lignées familiales, Jean-Louis Chave ayant quelques générations de plus, Jean-Valmy Nicolas et Jean-Louis Trapet se situant plutôt dans les cinquièmes ou sixièmes générations. Le Clos Sainte-Hune a des sols de calcaires coquillés. La décennie 2005-2015 est bénie des dieux puisqu’il n’y a que deux années difficiles, 2006 et 2011 sur les onze, alors que sur la période 1972-1982 il n’y eut qu’un seul grand millésime, 1976.

Le nez est d’une pureté exceptionnelle. L’attaque est soyeuse, fluide et gourmande. Il a une belle acidité qui est la même que celle du 2015. Le finale n’est pas très long mais frais. Ce vin est fait de vieilles vignes, les plus anciennes étant de 1953, mais il y a encore plus vieux, avec des ceps d’âge inconnu. Le vin de 2005 est aérien, équilibré, précis, élégant. Un vin d’école parfait qui joue plus sur la finesse que sur la tension. Il a du poivre gris.

Le Montrachet Bouchard Père & Fils 2005 est présenté par Michel Bettane en l’absence de Frédéric Wéber. Le nez est glorieux et explosif. Il a une énorme minéralité. Les raisins ont été cueillis à la maturité optimale, c’est-à-dire selon Michel, à 85% de la maturité des grains. Le nez est parfait et l’attaque est éblouissante. On est face à la pureté cristalline absolue. Ce vin de finesse et de subtilité est extraordinaire. Il donne l’idée de ce que peut être l’élégance du montrachet. Michel fait remarquer le lien que l’on peut faire entre le champagne, le riesling et ce vin qui ont tous les trois la finesse, l’élégance et la capacité à rester jeune en vieillissant. Le nez du montrachet est plus explosif que la bouche. Ce vin est hors norme.

Le Château La Conseillante Pomerol 2005 est présenté par Jean-Valmy Nicolas. L’année 2005 est iconique pour ce château, pas seulement parce que c’est l’année de naissance du fils de Jean-Valmy, qui est venu écouter son père. Jean-Valmy, comme Jean Trimbach évoque la succession de grands millésimes : 2000, 2001 qui est en fait plus grand que 2000 surmédiatisé, 2005, 2009 et 2010. Le vin a une très belle robe un peu foncée. Le nez est d’une grande pureté. Je n’attendais pas le nez à ce niveau. Il y a classiquement dans le parfum de la violette puis de la truffe qui signent La Conseillante. Le 2005 a 100% de fûts neufs, mais aujourd’hui on ne ferait plus ça. La bouche est très confortable. Il y a de la salinité et un côté vineux. C’est un beau vin avec une belle amertume qui ne demande qu’à vieillir. Le finale a une belle amertume. C’est un vin qui manque peut-être un peu de joie de vivre mais il est très noble et va gagner beaucoup en vieillissant. Son nez de truffe est glorieux.

Le Château Mouton-Rothschild Pauillac 2005 est présenté par Philippe Dhalluin qui est entré au château en 2004 et a fait ce vin d’un grand millésime. Il y a eu cette année-là une différence climatique sensible entre la rive gauche et la rive droite. En Pauillac l’année fut très sèche avec moitié moins de précipitations qu’en moyenne. Le nez est incroyablement puissant et riche et annonce un grain lourd. Quelques hectares sur les 80 du domaine ont des vignes de plus de cent ans qui ont suscité des vendanges précoces, ce qui a donné de la fraîcheur et une richesse des grains. Il y a un peu d’acidité, l’attaque est plus riche que le milieu de bouche, plus en retrait. Mouton est très souvent toasté et dans le passé on accentuait ce caractère ce que Philippe a essayé de modifier. Le nez est magique. L’attaque offre un beau cassis. Il y a une belle complexité mais c’est un vin à attendre car il est encore un peu fermé. Dans vingt ans, il sera magique.

Le Chambertin Domaine Trapet Père & Fils 2005 est présenté par Jean Louis Trapet dont la gentillesse et l’humilité sont légendaires. Il commence son intervention par cette phrase : « la Bourgogne est une terre de silence où l’homme tient parole ». Il dit qu’il n’y a pas de grand vin sans grands raisins. En 2005 il y en a eu. Le nez est d’une rare subtilité. Le charme du parfum est extrême. Tout en bouche respire la grâce. Le vin est délicat, raffiné, suggestif. Comme celui qui l’a fait, le vin ne veut rien affirmer. Le finale se développe après quelques minutes et le fond réglissé, selon Michel, est caractéristique du chambertin. Je sens un peu de salinité. Ce vin a une personnalité qui est celle de Jean-Louis. Michel Bettane dit que l’on sent la peau du raisin et le goût du marc. La couleur rose est à peine brunie et ne changera pas dans le temps. Par curiosité je retourne vers le Mouton et ce passage se fait bien. Mouton s’est arrondi et exsude la truffe. Le vin de Pauillac est fort comme un noble guerrier. En revenant au chambertin on sait que l’on est face à la grâce absolue.

L’Hermitage domaine Jean-Louis Chave rouge 2005 est présenté par Jean Louis Chave. Il dit que l’année 2003 a été exceptionnelle pour les Hermitage de Chave, mais a été traumatisante pour la vigne, ce qui se ressent en 2005. Le nez est de grands fruits généreux et mûrs. En bouche, c’est la générosité absolue. Les raisins sont très mûrs, le vin est presque fumé, torréfié, café, mais sans perdre de cohérence. Jean-Louis dit que le 2005 n’est pas encore épuré. Il faudra du temps pour être dans l’âme du granite. Il deviendra plus épuré et précis avec le temps. C’est un vin qu’il faut attendre mais il est déjà très grand, riche, avec des raisins très mûrs. Dans dix ans le caractère floral ressortira alors que l’on est aujourd’hui sur un vin sauvage et authentique. Michel dit que les tannins des Chave sont très bourguignons.

Je reviens sur le chambertin qui est éblouissant.

Le Château d’Yquem Sauternes 1955 est présenté par Pierre Lurton toujours lyrique et plaisantin. La couleur du vin est de miel foncé. Le nez est sucré, de miel et de zeste confit. En bouche, c’est du miel. Il est magique. Il est beau, jeune, le sucre est superbement intégré. Les fruits jaunes sont gourmands. C’est un grand Yquem. Peut-être pas dans les millésimes mythiques, mais il a tous les attributs d’un vin exceptionnel dont surtout son immense fraîcheur. Le finale est tonitruant et d’une fraîcheur inimaginable. Sa sucrosité est intégrée. C’est un vin léger, voluptueux, fastueux, d’une séduction quasi érotique majeure.

Cela n’a pas de sens de classer ces huit vins mythiques car chacun exprime l’excellence absolue du vin français. On invite les vignerons à se retrouver dans le salon des blogueurs pour partager un Champagne Dom Pérignon P2 1995 brillantissime. Nous bavardons quelques minutes et comme Richard Geoffroy a son train à 15h30, nous décidons d’aller déjeuner tous les deux au bar de l’hôtel Meurice. Le restaurant gastronomique est fermé le samedi, la brasserie Dali a toutes ses tables occupées. Comme Richard préfère être dans cette belle salle plutôt que d’aller au bar, nous restons dans la salle, mais à une table jouxtant le bar, qui sera dressée sans nappe, comme au bar. Richard décide que nous déjeunerons à l’eau ce qui est une sage résolution qui tombe bien car les prix de la carte des vins sont dans la zone du camp numéro quatre de l’ascension de l’Everest.

Nous choisissons une poitrine de veau fondante, chou et panais au gingembre. Le plat est délicieux, bien conçu, aux saveurs coordonnées. Avec le gras du veau j’imagine qu’un champagne serait le plus adapté, à cause de la bulle et je ne sais pas pourquoi, l’idée qui traverse ma tête est un champagne de 1934, comme Pol Roger ou Dom Pérignon. Nous avons le temps de bavarder sur des sujets variés concernant le monde du vin. Richard prend le métro pour la Gare de l’Est et je retourne au Grand Tasting.

Au Grand Tasting il y a environ 350 vignerons qui sont présents. Je suis allé à de nombreux stands saluer des vignerons que je connais et goûter de-ci-delà quelques vins, toujours plaisants et généreusement offerts. Ce salon est incontournable. Il est à remarquer que sur trois Master Class nous aurons eu accès à un Champagne Veuve Clicquot Carte Jaune magnum base 1953, un Corton Charlemagne Bouchard Père & Fils magnum 1955 et un Château d’Yquem Sauternes 1955. Ce n’est pas anodin de constater que ceux qui veulent faire plaisir au public du Grand Tasting apportent des vins de soixante ans. La reconnaissance du pouvoir de l’âge est une bonne chose. J’en suis ravi.

La participation du public a été incroyable, avec des queues interminables à toutes les heures d’ouverture. Vive le Grand Tasting.

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Jean Louis Chave, Philippe Dhalluin, Richard Geoffroy, Michel Bettane, Pierre Lurton, Jean Trimbach, Jean-Valmy Nicolas.  Jean-Louis Trapet ne figure pas sur la photo.

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Grand Tasting Master Class Prestige Bouchard Père & Fils vendredi, 4 décembre 2015

La Master Class suivante est de « prestige », elle concerne Bouchard Père & Fils. Elle est animée par Frédéric Wéber, maître de chais, qui a pris la suite de Philippe Roux depuis peu de temps. J’ai la chance d’être assis à ses côtés avec Michel Bettane qui a partagé comme moi certains des trésors de la cave de cette maison.

Le Corton Grand Cru Bouchard Père & Fils rouge magnum 1976 a une robe déjà ancienne. Le nez est lui aussi un peu ancien. La bouche est belle, d’amertume mesurée. Le finale a un fruit rouge très beau. Il a des notes de raisin sec, des épices et de la muscade. L’attaque est fraîche, c’est un vin terrien. Le finale est de plus en plus enthousiasmant.

Le Volnay Caillerets ancienne cuvée Carnot Bouchard Père & Fils magnum 1969 a une couleur plus claire. Le nez est puissant et l’on sent l’alcool sous-jacent. Le nez devient doucereux. La bouche est à la fois doucereuse et saline. Le finale est très racé. Il y a une belle amertume. C’est un vin gourmand, très racé et gastronomique.

Le Beaune Grèves Vigne de l’Enfant Jésus Bouchard Père & Fils 1961 a une couleur claire, à peine tuilée. Le nez est charmant. La bouche est étonnante car il y a un fruit rouge généreux. Il y a un peu de sel mais moins que dans le Volnay. Vin gourmand de folle jeunesse, il évoque le cuir, la violette et le velours.

Le Corton Charlemagne Bouchard Père & Fils magnum 1955 a un nez éblouissant. En bouche, ce vin est un miracle. Il a un peu de miel, de caramel, il est finement toasté. C’est un vin très puissant, le plus corsé des vins de Bouchard. Il me ravit par son équilibre, car en lui, tout est coordonné.

Tellement impressionné par sa perfection et voyant que dans la salle tout le monde bavarde et bavarde, j’ai pris la parole, pour dire que chaque amateur rêve sans doute de boire un jour un vin blanc parfait. Or il se trouve que ce vin parfait, ce vin idéalisé dans l’imaginaire, nous l’avons devant nous et nous le goûtons. Alors, il faut le mémoriser, se recueillir et graver dans sa mémoire ce que peut-être l’émotion d’un vin parfait.

La maison Bouchard nous a fait un cadeau incroyable en apportant ce 1955 (mais aussi les trois autres vins) pour une centaine de personnes. Une fois de plus on a la démonstration que plus un vin de bonne origine gagne en âge plus ses qualités s’amplifient, se complexifient et se coordonnent pour arriver au vin parfait. J’espère que ce 1955 sublime restera dans les mémoires de ceux qui l’ont bu.

Après les Master Class, je suis allé rendre visite aux stands de vignerons que j’apprécie. J’ai pu constater à quel point les visiteurs du Grand Tasting sont des amateurs éclairés, jeunes et moins jeunes. Michel Bettane et Thierry Desseauve animent un salon de très haute qualité, avec des vignerons qui sont d’une extrême générosité. Le Veuve Clicquot Carte Jaune base 1953 et le Corton Charlemagne Bouchard 1955 justifieraient à eux seuls l’intérêt de ce salon.

Et ça continue demain !

Master Class « 25 ans de Carte Jaune en Magnum, surprise pour les 10 ans du Grand Tasting » vendredi, 4 décembre 2015

Addition payée au restaurant de l’hôtel Meurice, je repars vite au Grand Tasting pour assister à la Master Class « 25 ans de Carte Jaune en Magnum, surprise pour les 10 ans du Grand Tasting ». La présentation est faite par Dominique Demarville, chef de cave de Veuve Clicquot et Pierre Casenave, responsable développement et innovation de cette maison de champagne. J’ai l’honneur d’être à la table des présentateurs en même temps que Michel Bettane.

Le concept de Carte Jaune est apparu en 1874. Les vins très sucrés de la maison se présentaient toujours avec une étiquette blanche et une étiquette jaune a été créée pour différencier les vins secs. Dans l’esprit de ce vin d’assemblage de plusieurs années, la proportion est de 52 à 55% de pinot noir, de 18 à 20% de pinot meunier et le reste est en chardonnay. Ce qui est visé depuis 1874 c’est de proposer aux clients une constance de style, année après année, en jouant sur 5 à 8 années qui sont utilisées. La collection de vins de réserve est importante et le plus vieux vins de réserve est 1988, non totalement utilisé car ses propriétés sont remarquables.

Le Champagne Veuve Clicquot Carte Jaune magnum base 2009 est le vin qui se vend actuellement. Il comprend 56% de pinot noir, 18% de pinot meunier et 29% de chardonnay, ce qui, on en conviendra, est d’une arithmétique généreuse ! Il y a 36% de vins de réserve s’étalant sur les années 2008 jusqu’à 2000 et le reste, la base, est du 2009. Le dosage est fait à 10 g/litre. Le vin a été dégorgé en janvier 2015. Le nez est de noix, toasté. La bouche est fluide, avec un peu de noisettes. On sent le beurre, le toasté et un peu de fumé. L’amertume dans le finale est jolie. Ce champagne est gourmand.

Le Champagne Veuve Clicquot Carte Jaune magnum base 2004 comprend 52,5% de pinot noir, 19% de pinot meunier et 28,5% de chardonnay ce qui nous ramène à une arithmétique plus terrienne. Il y a 22% de vins de réserve, de 2003 à 1999. Le nez est magique. Il est large et joyeux. La bouche est fraîche. Il y a une belle fluidité en milieu de bouche. Le finale est un peu court. Le vin dégorgé en 2010 est d’une jeunesse folle et va gagner énormément avec le temps. Il a des fruits mûrs, des épices et des notes grillées.

Le Champagne Veuve Clicquot Carte Jaune magnum base 1995 comprend 55% de pinot noir, 16% de pinot meunier et 29% de chardonnay. Il y a 39% de vins de réserve s’étalant sur les années 1994 jusqu’à 1988. Il a été dégorgé en 2003. Le nez de ce vin est encore plus intense. Il est vineux, l’attaque est fraîche et le finale est d’une finesse rare. C’est un vin grandiose. Il y a les épices, le goût toasté, ce qui montre la constance du goût maison, et il est très tranchant ce qui fait qu’on ne sent pas le dosage.

Le Champagne Veuve Clicquot Carte Jaune magnum base 1990 comprend 57% de pinot noir, 13% de pinot meunier et 30% de chardonnay. Il y a 28% de vins de réserve s’étalant sur les années 1989 jusqu’à 1987. Il a été dégorgé en 2003. Le nez est follement toasté. L’attaque est fraîche encore une fois. Il y a du beurre, du toast et du fumé. Le finale est frais et noble, encore plus noble que l’attaque. C’est un vin de fraîcheur.

Dominique Demarville a voulu faire un cadeau pour les 10 ans du Grand Tasting et présente un vin mystère. La couleur est à peine plus dorée que les précédents mais le nez est incroyablement plus raffiné. Lui aussi a été dégorgé en 2003. Il y a des notes de citron, et une fraîcheur mentholée pour la première fois. Le style est boisé. On sent un peu de champignons, de belles épices, et c’est une bombe aromatique. Tout le monde se trompe d’année dans les réponses qui émanent de la salle ou de la table. Qui imaginerait que c’est un Champagne Veuve Clicquot Carte Jaune magnum base 1953 qui comprend 50% de pinot noir, 17% de pinot meunier et 33% de chardonnay ? Il y a 33% de vins de réserve. Ce vin est d’une grande jeunesse et d’une persistance aromatique extrême.

Quand on voit dans cette dégustation que chaque année plus ancienne est meilleure que les précédentes et quand on constate que la plus ancienne est de loin la plus spectaculaire, comment se fait-il qu’il n’y ait pas un appel pour que l’on boive les champagnes beaucoup plus tard. On sait que l’on en est dissuadé par des contraintes de stockage et des questions financières, mais quelle grande démonstration de l’apport inégalable de l’âge sur la valeur des grands champagnes.

Grand Tasting au Carrousel du Louvre débuts et déjeuner à l’hôtel Meurice vendredi, 4 décembre 2015

La séance de l’académie des vins anciens de fin d’année est traditionnellement placée la veille de l’ouverture du Grand Tasting, afin de permettre aux amateurs qui voudraient profiter des deux événements de le faire, même s’ils habitent en province.

C’est donc de bon matin, le lendemain de la 25ème séance de l’académie, que je me rends au Grand Tasting au Carrousel du Louvre. La générosité de Michel Bettane et Thierry Desseauve me permet de me rendre aux événements de mon choix. Une Master Class « le Génie du Champagne » offre de goûter des champagnes de plusieurs grandes maisons. Mais un déjeuner prévu de longue date ne me laisse que le temps de goûter deux des quatre présentés.

Le Champagne Louis Roederer Cuvée Cristal 2002 est l’assemblage de vins de 45 parcelles. Il a été dégorgé en 2008. Il a un nez de noix. En bouche on note la brioche, l’amande, et Jean-Baptiste Lecaillon, l’homme qui fait ce vin dit que l’on mâche la poudre de craie de la Champagne. Ce vin opulent est gratifiant.

Avant de m’éclipser, je goûte le Champagne Pol Roger Cuvée Winston Churchill 2004 qui contraste avec le précédent. Il a une vivacité extrême, vin qui fuse comme une balle de fusil alors que le Roederer est plus gentilhomme.

Je marche vite vers le restaurant gastronomique de l’Hôtel Meurice car j’ai rendez-vous avec un vigneron et son épouse à 12h30. Le cadre du restaurant est magique, avec des marbres blancs et gris de toute beauté et des peintures qui suggèrent les repas plaisants du 18ème siècle galant. Je suis reconnu par le maître d’hôtel, et comme mes SMS, Whatsapp et autres mails restent sans réponse, après 13 heures je décide de déjeuner seul, et à l’eau. Les prix à la carte sont dissuasifs aussi mon choix est-il le menu du déjeuner ainsi composé : huître, racine au gros sel / légumes et fruits / bar, fenouil, riquette / camembert / vacherin aux agrumes / fruits et sorbets / mignardises. Une fois la commande passée, un message me confirme que nous nous sommes mal compris sur le jour de notre rendez-vous.

La restauration étant gérée par Alain Ducasse, on retrouve son style, qui a tendance à surjouer. Par exemple, si on demande de l’eau à une charmante serveuse, elle retransmet au maître d’hôtel, qui retransmet au chef sommelier, qui retransmet à son adjoint. Je caricature bien sûr mais pendant ce repas à l’eau j’ai quémandé de l’eau au moins cinq fois avant d’en être servi. Il faut dire que selon une particularité que j’avais trouvée aussi au restaurant Paloma à Mougins, on pose sur table des verres à eau bariolés ou colorés qui font qu’aucun sommelier ne peut voir si le verre est plein ou vide. Ils ne sont pas les seuls restaurants dans ce cas. Alors, on passe son temps à faire des gestes pour que quelqu’un prenne conscience que l’on a envie d’être servi.

L’huître arrive quasiment tiède ce qui laisse l’impression que le plat a été stocké en attente dans un lieu trop chaud. Je le signale à la charmante serveuse qui me dit que c’est voulu. Je lui fais remarquer que si on me l’avait dit, mon appréhension du plat eût été toute autre. On me sert ensuite une autre préparation d’huître fraîche et bien iodée qui est un régal. L’attention est charmante.

Un deuxième amuse-bouche arrive dans une sorte de réchaud. Sur une clayette à mi-hauteur, entre des blocs compacts de sel d’Himalaya d’un joli rose, des légumes variés cuits à la vapeur sont disposés. On les prend avec une minuscule fourchette peu pratique et on peut les tremper dans un bol d’une délicieuse sauce. Ce plat me ravit car il est ingénieux. Quel dommage que les navets soient trop amers.

Vient ensuite une assiette de légumes qui sent fort bon. Je demande si l’on ne s’est pas trompé. Mais non, le premier service était un amuse-bouche et celui-ci est une entrée. Les légumes sont goûteux mais il y a ici ou là et dans la sauce une amertume qui vient parasiter le plat.

Le bar est délicieux, et la peau est croquante à souhait et je me réjouis, mais il y a dans les légumes une acidité et une amertume marquantes. Alors, est-ce un parti pris du chef d’imposer à chaque plat sa dose d’amertume et d’acidité. Si c’est le cas, là aussi, l’expliquer serait apprécié.

J’avais eu la chance de rencontrer il y a quelques mois le chef pâtissier de l’hôtel Meurice qui a un talent remarquable. M’étant signalé, il est venu me saluer et a ajouté un dessert supplémentaire. Les deux desserts subtils et gourmands, aux saveurs claires m’ont ravi.

Il est certain que lorsqu’on est seul à table, sans personne à qui parler, on remarque des détails qui passeraient inaperçus en temps normal. Dans un cadre aussi prestigieux, le service gagnerait à être moins pompeux et plus efficace. Pour la cuisine je ne me prononce pas, car j’aimerais savoir si ces amertumes sont voulues.

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pour la dégustation, la maison Roederer avait apporté ses propres verres ! Chapeau

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à l’hôtel Meurice, ma table, proche d’une fenêtre était inondée de soleil, ce qui fait des ombres sur les photos

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Dîner au restaurant de Grains Nobles mercredi, 2 décembre 2015

A Grains Nobles comme au village d’Astérix, tout finit par un repas à quelques personnes, dont Pascal Marquet le maître des lieux, son prédécesseur qui a créé Grains Nobles en 1993, Bernard Burtschy et bien évidemment Aubert de Villaine. Nous sommes huit privilégiés. La charmante animatrice du restaurant logé en ces lieux nous fait essayer ce qui sera le repas de Noël. Il y a foie gras sur un lit de lentilles surmonté d’une figue éclatée, une superbe pièce de bœuf très tendre avec trois préparations complexes de champignons et un dessert léger aux fruits qui n’est probablement pas celui de Noël. Tout est délicieux.

Le Champagne Pierre Moncuit Vieilles Vignes Blanc de Blancs 2004 a un nez gourmand. Ce qui se retrouve en bouche. On le boit avec plaisir après ces rouges si jeunes. Il est un peu trop dosé mais il est de grand plaisir.

Le Meursault Domaine des Comtes Lafon 2000 est un peu plus qu’un simple « Villages ». Il y a du Premier Cru dans ce vin de belle acidité, très meursault.

Le Puligny Montrachet Les Combettes Domaine Leflaive 2000 joue un peu plus en dedans, un peu trop discret et manquant de vibration.

Le Gewurztraminer Grand Cru Hengst Josmeyer 2002 a beaucoup trop de sucre résiduel pour que le plaisir soit là. Il est un peu excessif.

La Brova Arbin Vin de Savoie Louis Magnin 2000 est un vin rouge très surprenant et qui me plait beaucoup car il a des accents de vins anciens. C’est un vin relativement frêle, avec des accents un peu fumés et de thé, mais qui ne me laisse pas indifférent. J’aime beaucoup cette mondeuse.

Le Château Bel Air Marquis d’Aligre Margaux 1982 a un nez glorieux, une bouche pleine et joyeuse, avec un grand talent. C’est un grand vin dont Bernard Burtschy est amoureux. J’ai trouvé un peu d’amertume et de torréfaction dans le finale qui ne limitent pas vraiment le plaisir.

Ce dîner « d’après match » qui suit une dégustation sérieuse me donne l’occasion de m’émerveiller de la science et de la connaissance de personnes comme Michel Bettane non présent ce soir et de Bernard Burtschy, tout aussi impressionnant. Partager ce repas avec eux et avec Aubert de Villaine est un vrai régal.

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Dégustation des 2012 de la Romanée Conti au siège de Grains Nobles mercredi, 2 décembre 2015

Pour la 23ème année consécutive, Aubert de Villaine présente les vins récents mis en bouteilles du Domaine de la Romanée Conti au siège de la société Grains Nobles. Aubert dit que c’est la seule présentation officielle qu’il accepte de faire et ceci est dû à l’amitié qu’il a pour le fondateur de Grains Nobles, école de dégustation et organisatrice d’évènements sur le vin.

Le millésime 2012 a été très chahuté. Mars fut très chaud et les trois mois suivants furent humides. Il y avait beaucoup trop d’herbe très humide dans les vignes. Le mildiou et l’oïdium sont apparus, avec des orages de grêle moins forts que ceux de la Côte de Beaune. Le montrachet fut à moitié grêlé. La floraison apparut un peu tôt et fut très longue : trois semaines contre trois jours en 2015. Il y eut de la coulure et du millerandage. On savait en juin que la récolte serait faible. Il y eut de la canicule fin juin et juillet très beau a permis de retrouver un travail normal en vignes. Août fut marqué par des orages et en septembre tout redevint normal. La récolte eut lieu fin septembre avec des raisins aux peaux très épaisses. La maturité s’accrut à toute vitesse. La vendange démarra le 21 septembre avec les cortons, puis à Vosne Romanée le 24. Le 26 une grosse pluie, et, divine surprise, cela n’eut aucune conséquence du fait de l’épaisseur des peaux ainsi que grâce au froid qui s’installa. La récolte fut belle au plan sanitaire. On a vu tout de suite que l’année ferait de grands vins, de belles couleurs. C’est un millésime plein de promesses.

Nous avinons nos verres avec un Beaujolais primeur vieilles vignes domaine de Vissoux 2015 dont l’odeur n’est pas noble, la bouche pâteuse. C’est un vin sans intérêt. Au passage je ressens la banane, assez discrète.

Il n’y a pas eu de Vosne Romanée premier cru cette année. Ce qui a été récolté est gardé pour les paulées et pour le personnel.

La dégustation commence par le Corton Grand Cru « Prince Florent de Mérode » Domaine de la Romanée Conti 2012. La couleur est assez foncée. Le nez est très délicat et racé. La bouche est gourmande, le vin est rond. Ce vin est l’assemblage de trois climats et Aubert de Villaine envisagerait bien de faire trois vins séparés quand le travail fait en vignes sera accompli dans ce domaine repris il y a peu en 2009. Il y a dans ce vin du poivre, du thé et une belle amertume. Il a tout pour bien vieillir. Je préfère l’attaque au finale, et de mémoire, je le sens plus noble que les cortons des précédentes années. On sent qu’il s’agit d’un grand vin.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2012 a une couleur un peu plus rose, et un nez plus intense. L’attaque est très fraîche et épicée. Le finale claque. C’est un vin vif. Je l’adore. Le nez est fumé, profond. C’est un vin ciselé. Il y a une gourmandise particulière car elle se combine à la noblesse. C’est une belle surprise de voir ce premier vin à ce niveau. Aubert de Villaine dit que l’Echézeaux monte en puissance avec l’âge des vignes. Il en est très content.

Le Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2012 a un nez moins joyeux et soufré, trop soufré. La robe est plus sombre mais a encore du rose. Le vin ne se livre pas tout de suite. L’impression de soufre se ressent aussi dans le finale. Il est dur, amer, beaucoup moins immédiat. Il se réveille un peu et découvre du fruit rouge, mais le plaisir n’est pas là. Aubert de Villaine dit qu’en revenant sur l’Echézeaux, on voit combien le Grands Echézeaux est plus grand, mais du fait de l’amertume, je n’ai pas de plaisir.

La Romanée Saint Vivant Domaine de la Romanée Conti 2012 a une couleur très proche de celle du Grands Echézeaux, à peine plus sombre. Le nez est très élégant. Il pianote des élégances aromatiques fascinantes, presque doucereuses. En bouche il est un peu perlant et n’a pas beaucoup de charme. Il me semble fermé. Il pinote. Il a un beau fruit, mais je n’ai pas de plaisir car pour moi il est dans une phase ingrate, avec de l’amertume dans le finale. On le sent noble avec du fruit et de la rondeur qui apparaissent, mais je ne suis pas conquis. Il faudrait le revoir dans dix ans, car il est très sur la réserve. Bernard Burtschy dit qu’il est cristallin et c’est à ce moment que je me rends compte qu’Aubert de Villaine et les experts, habitués à goûter des vins de cette jeunesse, les jugent pour ce qu’ils deviendront et sont laudatifs. Alors que personnellement, je note ce que je ressens, et manifestement ces vins sont trop jeunes pour donner un plaisir gourmand. Je me suis donc tu pour ne pas donner un éclairage qui ne correspond pas à l’angle de vue de ces sommités du vin.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 2012 a une robe très belle et plus rouge. Le nez est riche et conquérant. Intense, il montre un peu d’amertume. En bouche le vin est conquérant, même s’il a encore du perlant. Le fruit est beau mais un peu amer. Le final est assez dur et rêche. Là aussi le plaisir n’est pas là. C’est à se demander si la recherche de la perfection ne conduit pas à retrouver les pratiques des anciens, dont les vins étaient ingrats pendant au moins une décennie. Ce vin sera à essayer dans une dizaine d’année. Il est beaucoup plus puissant et conquérant que la Romanée Saint Vivant. Bernard Burtschy et Aubert de Villaine disent que c’est un vrai Richebourg vineux et le trouvent délicieux. Quelqu’un parle même de suavité. Nous n’avons donc pas la même approche, car ces sommités se projettent dans le futur.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 2012 a une robe très proche de celle du Richebourg. Le nez est extrêmement noble. La petite pointe de soufre est infime. L’attaque est très suave, et le vin montre charme et puissance. Le finale est amer. Le vin est très intéressant avec des épices. C’est un très grand vin, on sent qu’il a tout, avec une matière très riche. Le vin envahit la bouche mais limite le plaisir. Aubert de Villaine parle de verticalité du vin en pensant aux pentes de son terroir. Il y a du velours, de l’onctuosité, la longueur est impressionnante. La complexité est extrême et la palette aromatique très ample.

Il est à noter qu’après quelques minutes tous ces vins prennent de la rondeur et du fruit, au point qu’on se demande si l’on ne devrait pas servir les verres dix minutes avant chaque dégustation. Ce serait un gros problème de logistique.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 2012 a une couleur plus rose. Le nez est très délicat, un peu réservé. Il y a de la douceur dans ce parfum. L’attaque est inouïe. Là, on est en face du sublime. C’est fou comme le déroulé du goût est complexe. Avec ce vin on côtoie la grandeur extrême. Le finale est très beau, avec un peu de groseille et de végétal suggéré. C’est une « vraie » Romanée Conti, faite de grâce et de légèreté. Elle est superbe et de grande complexité. On jouit de sa délicatesse la plus pure. Ce vin est magnifique et émouvant. Pour moi, les deux vins les plus gratifiants sont aux extrêmes de la gamme, l’Echézeaux et la Romanée Conti. La Romanée Conti est un vin de recueillement. Tout est vibrant dans ce vin. Si mon analyse différait jusqu’alors de celles de Bernard Burtschy et Aubert de Villaine, je suis totalement en phase sur ce vin formidable et déjà gourmand. Je n’ai trouvé en lui ni rose fanée ni sel. Ça viendra avec l’âge. En revenant sur La Tâche, je constate l’incroyable différence entre les deux.

Aubert de Villaine dit que les Romanée Conti actuelles n’ont rien à envier aux Romanée Conti préphylloxériques. Il signale l’étrangeté qui veut que les Romanée Conti de 1952 et suivantes jusqu’en 1956 issues de vignes très jeunes, se comportent aussi bien. La légende voudrait que des vieux ceps préphylloxériques aient été oubliés sur le sol et qu’ils aient influencé la complexité des jeunes ceps.

Le Montrachet Domaine de la Romanée Conti 2012 n’a donné que 1.172 bouteilles ce qui est moins du tiers d’une année normale. La grêle de juin avec le mildiou, l’oïdium et le botrytis a entraîné la nécessité d’un tri très sélectif. Le nez n’a pas de signe réel de botrytis. Le vin est clair et frais. On sent le miel d’acacia qui est selon Bernard Burtschy le signe distinctif du Montrachet. Le vin est gourmand et noble mais il n’est pas puissant. Il est aérien et cristallin, avec un peu de miel. Il est surprenant car il est à la fois moitié sec et moitié botrytisé. Je reconnais bien le montrachet, mais moins tonitruant. Il a de belles fleurs blanches et la puissance arrive progressivement. Il sera grand. Sa persistance aromatique est extrême. Il n’a pas la puissance habituelle.

Les propos d’Aubert de Villaine respirent la recherche de l’excellence dans chaque élément qui conduira au vin. C’est un régal de l’écouter. Je crois beaucoup en ces 2012 prometteurs, que l’on doit attendre avant de les aborder. La sublime Romanée Conti sera un vin de légende.

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Présentation des vins de Pingus par Peter Sisseck à Lavinia mercredi, 25 novembre 2015

J’avais rencontré Peter Sisseck le propriétaire de Pingus, célèbre vignoble de la Ribeira del Duero en Espagne, lors d’un voyage œnologique organisé pour les propriétaires des mythiques Ferrari GTO. J’avais organisé pour eux un dîner à l’hôtel Bristol. Ils avaient aimé ce dîner et je les ai rejoints un an plus tard à l’occasion de ce voyage. Lors de la visite de Pingus, sans que je sache pourquoi, un courant amical est immédiatement passé entre Peter et moi.

Lorsque Bipin Desai a organisé une dégustation verticale des vins de Pingus à Los Angeles, j’ai rejoint cet événement qui m’a permis de mieux connaître ces vins. Nous nous sommes retrouvés à une dégustation au domaine de la Romanée Conti où nous avons dégusté une Romanée Conti 1956 qui a donné des frissons à Peter, puis à une extravagante dégustation de vins du domaine de la Romanée Conti où une bonne partie des vins présentés étaient probablement des faux.

Pingus fait partie des vins que j’achète chaque année. J’avais envie de revoir Peter et une idée m’est venue de créer un de mes dîners où des vins de Pingus côtoieraient mes vins. Juxtaposer des vins très modernes comme ceux de Pingus et des vins plus anciens sur des plats adaptés est un challenge que j’ai envie de relever.

Ayant appris qu’il y a le jour du dîner un déjeuner de presse animé par Peter Sisseck, cela me semble un joli complément d’expérience et la maison Lavinia me fait le plaisir de m’inviter. Nous sommes une petite vingtaine, au restaurant Lavinia, au premier étage de la célèbre boutique de vins. Peter Sisseck est avec Ann, son épouse. Nous commençons par une dégustation sans plat, avant le repas.

Psi Domaine Pingus 2013 a comme tous les autres vins une couleur presque noire. Le nez est d’une folle jeunesse. L’attaque est belle de cassis et de feuilles vertes. Le vin a un beau grain et une jolie mâche. C’est un vin généreux. Il a un peu d’amertume et de râpe. Il est plaisant et on l’imagine compagnon de gastronomie. C’est dans le finale qu’il manque un peu de rondeur.

Le Château Recheyron Saint-Emilion Grand Cru 2011 est d’un château que Peter a repris il y a peu d’années en association avec un investisseur qui possède un joli portefeuille de vignobles. Le nez du 2011 est extrêmement élégant et c’est un joli fruit rouge qui domine dans son parfum. Le vin a une belle attaque, ronde, plaisante et le finale très mentholé est très espagnol. On dirait que le vin a une attaque bordelaise et un finale espagnol. Le vin est quand même bordelais, très généreux.

Flor de Pingus Domaine de Pingus 2013 a un nez subtil dans la discrétion. L’attaque est curieuse comme si le vin cherche sa voie. Il y a peu de fruits et les tannins sont discrets. Le registre est tout en finesse. C’est un vin élégant avec un peu de végétal dans le finale. C’est un vin distingué, Peter l’aime et dit que c’est ce qu’il cherche à faire. Il ajoute que ce vin s’exprime mieux dans les années dites faibles comme 2013.

Pingus Domaine de Pingus 2013 a un nez profond qui manque un peu d’exubérance. Il est noble, l’attaque est soyeuse de fruits rouges clairs. Le finale n’est pas très généreux. A ce stade, car cela va changer ensuite, je ne trouve pas de saut qualitatif réel entre Flor de Pingus et Pingus qui est le grand vin recherché par les amoureux de jeunes vins de la planète. Le cœur de bouche est ample, très équilibré, racé. Le finale est poivré.

On sent que Flor de Pingus s’exprime mieux maintenant et que Pingus le dépassera dans quelques années. Avant le repas mon classement est : 1- Flor de Pingus, 2 – Château Recheyron, 3 – Pingus, 4 – Psi (lettre grecque illustrée par un vieux cep sur l’étiquette et qui s’explique par le nom de Peter).

Le menu préparé par le restaurant Lavinia est : risotto avec chipirons à l’encre de seiche / daube de chevreuil au vin de la Ribeira del Duero / Manchego et pâtes de fruits / Poire Williams pochée au vin rouge.

Le risotto crée un accord d’une extrême pertinence avec le Psi 2013 et lui donne une ampleur sensible. Ce vin devient charnu, au beau finale, grâce au plat. Le chevreuil est un peu trop sec et la sauce un peu fluette, mais cela n’empêche pas que se crée un accord qui transforme le Pingus. Il gagne en ampleur, il devient joyeux, élégant et résolument gastronomique. Il est à la fois gourmand et aérien. Ce vin s’écarte magistralement des excès parkériens, pour donner pureté finesse et élégance d’une bien belle façon. Peter nous explique qu’il cueille ses raisins quinze jours avant les autres. Ceci explique probablement – en partie, car il y a aussi le talent – cela. Une autre raison est sans doute que les vignes de Peter sont à plus de 800 mètres d’altitude. La fraîcheur et le fluidité des vins sont sans doute liées à la fraîcheur des lieux.

Le fromage et la poire n’apportent aucune valeur ajoutée aux deux vins associés, le Flor de Pingus pour le fromage et le Rocheyron pour la poire. Je suis assez sensible aux accords couleur sur couleur. Le risotto est noir, le chevreuil aussi et se sont accordés avec des vins très noirs. Le fromage et le dessert n’ont pas créé d’accord. Il ne faut évidemment pas généraliser mais j’aime signaler ces occurrences.

Peter va présenter ses vins aux étudiants du Cordon Bleu. Nous nous retrouverons ce soir pour le 194ème de mes dîners.

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