Archives de catégorie : billets et commentaires

Yquem 2002 et un Chambertin 1961 dans ma cave mardi, 19 décembre 2006

Une revue suisse adressée aux titulaires d’une carte de crédit qui fait de vous un théorique roi de la Terre, veut faire un reportage sur mon activité. Un rendez-vous est pris avec une journaliste et une photographe, pour visiter ma cave. Elles souhaiteraient aussi me photographier dans un des restaurants de mes dîners. Au même moment un américain de passage à Paris, qui m’a vu écrire sur un forum, souhaite me rencontrer. J’imagine que nous pourrions partager un repas dans un des restaurants où j’organise mes dîners. Mais le TGV des journalistes a deux heures de retard. Nous ne pourrons pas aller au restaurant. Je demande à cet américain totalement inconnu (il a lu mes aventures sur le site de Robert Parker) s’il veut me rejoindre dans ma cave et partager une belle bouteille, s’il apporte des sandwiches pour cinq. Il dit oui.

Nous nous retrouvons donc dans ma cave où je réponds aux questions de la journaliste, où je prends la pose pour la photographe, et voici qu’un américain de l’Alabama qui ressemble à un gamin, se présente avec sa ravissante petite amie et les sandwiches. Il erre avec des yeux émerveillés dans ma cave. Photographié, j’ouvre un Chambertin Pierre Damoy 1961, le même que celui que j’avais offert à un autre journaliste à un déjeuner chez Jacques Le Divellec. Il me fallait ouvrir un vin déjà ancien, qui supporte une ouverture rapide, puisque l’on ne peut pas attendre, et qui s’épanouisse dans une atmosphère froide puisqu’il est bu en cave. Ce Chambertin correspond à cette attente, car sa solidité lui permet d’être expressif, même dans ces circonstances. Pendant la conversation, j’entends que le jeune américain et la journaliste n’ont jamais bu d’Yquem. Est-ce un appel inconscient, je ne le sais. Un de mes collaborateurs est allé acheter des desserts. J’ai l’envie d’ouvrir une Yquem. Je vois, en errant dans les allées, une demie bouteille d’Yquem 2002. Il faut être fou pour ouvrir un vin si jeune et si pâle. Je l’ouvre. Mes compagnons de cave sont émus. Le vin est délicieux, avec des évocations de jeunes fruits verts. C’est énigmatique, troublant, tout en douceur végétale et je le trouve diablement intéressant. On est loin de la puissance traditionnelle d’Yquem 2001. On est dans un registre plus romantique, plus floral, plus délicat. Il est évidemment moins bien noté par les critiques, mais j’aime bien qu’Yquem explore aussi cette facette là.

Quand j’ai fermé les multiples serrures de ma cave, je savais que j’avais fait plaisir à de jeunes personnes qui découvraient leur premier Yquem.

mes meilleurs vins de l’année samedi, 16 décembre 2006

La question étant posée à tous les participants au forum de Robert Parker, j’ai regardé les vins que j’ai préférés parmi ceux que j’ai bus cette année 2006.

Voici le message que j’ai envoyé. Cliquez ici

A question was asked on the Parker forum about the best wines drunk in 2006 (not finished). To get my answer, please click above on the word "ici"

Les prix s’envolent !!! samedi, 16 décembre 2006

Je reçois le catalogue d’une vente à Epernay. Je connais l’expert.

Dans la liste, des vins qui font battre mon coeur : champagne Salon 1917, champagne Salon 1928 et une supposée bouteille de Salon 1929.

J’appelle l’expert et je donne des ordres qui sont entre trois et quatre fois au dessus de l’estimation de l’expert.

Les vins sont partis au double de mes ordres, soit plus de six fois l’estimation.

Pour donner une idée, un américain avait donné un ordre pouvant aller jusqu’à 10.000 euros pour le Salon 1928.

Un magnum de Salon 1964 a atteint 5.400 € avant frais, ce qui fait 6.363 € avec les frais, et comme dirait l’expert en chiffres de la CGT, Henri Krazucki : 4.174.000 de centimes de nouveaux francs.

Il y a aujourd’hui des collectionneurs aux moyens quasi illimités qui achètent tout ce qui a un parfum de rareté.

Mon chouchou Salon va devenir une denrée encore plus rare !!!

On s’est moqué de la vente de la Mairie de Paris. Les prix absurdes qui ont été pratiqués vont devenir la norme sous peu.

Vogue Espana parle de ma passion dimanche, 10 décembre 2006

J’ai reçu un exemplaire de cette grosse revue avec une mention d’un quart de page sur ma passion.

En voici une preuve :

L’article se poursuit, sous une jolie photo de Carole Bouquet. Je voulais surtout montrer le nom de Vogue.

Je n’ai eu qu’une fois un mannequin étheré à l’un de mes dîners, venue avec un américain. Elle a fait un sans faute dans la dégustation : elle n’a strictement rien bu.

un très beau jugement sur les vins phares de 1961 jeudi, 7 décembre 2006

Dominique Fornage dirige l’école Nobilis, qui apprend la dégustation. Il vit en Suisse, et j’ai eu le plaisir de le rencontrer à de prestigieuses dégustations. Son jugement est très sûr. Voici ce qu’il a écrit sur les grands vins de 1961. je trouve cela pertinent et passionnant.

A noter que je n’étais pas présent. J’indique cette analyse à cause de la richesse de l’information :

CHATEAU MARGAUX 1961

Couleur rouge rubis légèrement tuilé. Au nez, on ressent une récolte très mûre. Notes de pruneau, de cuir, de fougère et de fruits rouges. Beau classique avec une certaine élégance. Vin riche en alcool, mais un peu "décharné". La finale est assez strict au niveau des tannins. L’ensemble paraît très délicat et avoir dépassé le maximum de ses possibilités. Le vin est agréable mais n’a pas la tenue des meilleurs crus de ce millésime.

 CHÂTEAU L’EVANGILE 1961

Couleur rouge assez foncé avec le disque un peu tuilé. Arômes généreux et volumineux. Les fruits mûrs se présentent en toute élégance accompagnés d’une belle touche vanillée. Le vin est riche et velouté. Le gras est proche de la douceur durant l’attaque de bouche. Les tannins sont encore musclés, mais le fruit semble bien mûr. La finale, assez longue, révèle des notes végétales assez étonnantes pour ce millésime.

 CHÂTEAU TROTANOY 1961

Couleur rouge dense tirant sur le noir, presque sans vieillissement. Les arômes sont resplendissants sur les fruits jeunes parfaits de récolte. Touche d’humus et de bois noble qui lui confère de la complexité et de l’élégance. Le vin est suave, riche et concentré. Le fruit très charnu donne une certaine "sensualité". L’équilibre des composantes est vraiment remarquable. C’est un vin superbe avec une persistance très longue. Ses qualités se révèlent pleinement à l’heure actuelle, mais elles sont construites pour durer encore longtemps.      

CHÂTEAU LAFLEUR 1961

Couleur rouge rubis dense, très jeune. Les arômes sont tout dans les fruits rouges "comme à la récolte". Il s’en dégage une sorte de perfection et d’intemporalité. La parfaite élégance s’allie à une force peu commune. Le vin est concentré et puissant, sans être lourd. Des notes fumées et minérales y rajoutent complexité et personnalité. L’équilibre est impressionnant. La persistance est d’une formidable densité et ne faiblit pas avant longtemps. Ce fantastique vin est encore beaucoup trop jeune.    

CHÂTEAU PETRUS 1961

Magnifique couleur rouge rubis. Le nez envoûtant et sensuel du Pétrus parfait. Aucun arôme tertiaire n’apparaît encore: on reste sur des fruits rouges denses et frais. Le Merlot se donne dans toute sa splendeur. Le vin est étonnant de jeunesse et de perfection avec un fruit charnu et des tannins superbes. La concentration du millésime en fait de l’essence de Pétrus. Les composantes remarquablement équilibrées donnent un vin agréable actuellement, mais le temps doit encore accomplir son oeuvre pour les magnifier.      

CHÂTEAU LATOUR A POMEROL 1961

Couleur rouge très foncé tirant sur le noir. Nez de récolte extrêmement mûre, d’une énorme amplitude. On y ressent des fruits noirs comme le cassis ou la myrtille. Un aspect minéral fumé semble retenir le plein développement des arômes. Le vin est baroque et expansif, avec une chair veloutée et concentrée au possible. La finale est étonnamment stricte après ce déferlement de vagues fruitées et onctueuses. Certains ont pensé à un bouchon qui aurait très légèrement entaché ce formidable vin. 

CHÂTEAU CHEVAL BLANC 1961

Couleur rouge rubis dense et profond. Nez expansif et typé des Cheval Blanc de millésimes exceptionnels, tout dans l’exubérance et la sensualité. Le fruit est si mûr qu’il tire sur le pruneau d’Hagen, mais il en ressort en même temps un aspect d’une jeunesse étonnante. Le vin est onctueux et suave au possible. La finale est déroutante puisqu’elle présente une forte acidité quasi citronnée qui vivifie le palais. La persistance est très concentrée et interminable. Elle est un peu marquée par la richesse de l’alcool mais la structure compense tout. Un grand vin baroque qui peut faire penser à du Porto. C’est un petit frère du mythique 1947.

CHÂTEAU HAUT-BRION 1961

Couleur rouge rubis profond un peu tuilé. Arômes de récolte mûre et concentrée. On y retrouve du cacao, du moka, du bois noble et du tabac. Tout est dans la subtilité et la finesse sans manquer de caractère. Le vin a une trame très serrée avec un fruit dense et des tannins extraordinairement fins et veloutés. Le glycérol est si dense qu’il donne une impression quasi sucrée durant toute l’évolution de bouche. La finale est d’une grande fraîcheur et la persistance énorme. L’ouverture amplifie toutes les composantes. Un très grand Haut-brion avec encore un grand potentiel.

CHÂTEAU LA MISSION HAUT BRION 1961

Couleur rouge sombre. Arômes très généreux de tabac, de cuir et de sous-bois. On y ressent aussi le pruneau d’Hagen et le nougat, preuve d’une récolte surmûre. Le caractère est marqué mais l’élégance est bien là. Le vin est riche et concentré avec des tannins si musclés qu’on pourrait les mâcher. L’onctuosité accompagne toute l’évolution de bouche et la très longue persistance. La richesse alcoolique est présente mais elle ne nuit pas à l’équilibre. Un Mission d’anthologie marqué au maximum par son terroir.

CHÂTEAU LATOUR 1961

Couleur rouge très foncé et dense. La récolte miraculeuse s’exprime tout naturellement au nez. C’est de l’essence de Pauillac avec ce caractère fort et cette race des plus grands Latour. On y trouve des fruits noirs, un boisé vanillé très fin et la splendide note minérale du terroir. Le vin est extraordinaire de dynamisme et d’équilibre. Le fruit est parfait dans son développement et sa densité. Les tannins sont forts et nobles. L’ensemble est si jeune que l’on se croirait sur un vin en fin de cuvaison! Un Latour mythique qui peut attendre encore des décennies.    

HERMITAGE LA CHAPELLE, JABOULET, 1961

Une cinquantaine de magnums du millésime 1961 ont été produits. Aucun ne fut jamais mis sur le commerce. Il s’agit donc d’une première mondiale puisque c’est le premier magnum ouvert depuis cette date. Couleur rouge dense légèrement tuilé. Le développement des arômes est monumental. Le type du cépage, bien que perceptible, est relégué au second plan par la qualité exceptionnelle de la récolte et par le terroir. On y ressent des fruits noirs comme la myrtille ou le cassis. Les notes "terreuses-minérales" sont celles que l’on ne retrouve que sur les meilleurs crus. Le vin est élégant et généreux. La richesse et la structure développent un volume de bouche impressionnant. Mais cette puissance ne rend pas le vin lourd. Le fruit est dense et charnu comme à mâcher. Fruits, glycérol, tannins, …toutes les composantes se marient parfaitement à l’heure actuelle pour donner un vrai vin de plaisir qui tiendra encore longtemps. Toutes les notes élogieuses qui lui ont été attribuées depuis de nombreuses années par les rares chanceux qui en on bu sont largement méritées.        

CONCLUSIONS

– Le millésime 1961 prouve à chaque fois que la chance nous est donnée d’en déguster qu’il est vraiment exceptionnel parmi les millésimes exceptionnels. Pratiquement chaque cru bordelais a produit un vin d’anthologie pour le domaine cette année-là. Aucun autre millésime ne peut se targuer d’avoir connu une réussite aussi régulière durant tout le 20ème siècle.

– Cette dégustation met à mal l’idée que le Merlot produit des vins à maturité plus rapide que le Cabernet-Sauvignon: les meilleurs Pomerol n’ont pratiquement pas encore développé d’arômes tertiaires ou très peu. Cependant, la plupart des vins présentés ont encore un énorme avenir.

– La différence entre les crus de la rive droite et de la rive gauche est bien perceptible. Les vins de la rive droite ont beaucoup de fruit et d’opulence. Ils sont plus faciles d’approche et plaisent donc dès le premier abord. Les vins de la rive gauche sont plus marqués par la subtilité de leur terroir. Les fruits sont accompagnés par des notes tertiaires d’humus, de cuir ou de champignons.

 – Pour la rive droite, il ressort que l’Evangile semble (cette fois-ci) supporter difficilement la comparaison avec ses pairs de Pomerol. Trotanoy est vraiment superbe à tous les niveaux. Cependant la palme est à accorder à trois géants bien différents: Lafleur, Pétrus et Latour à Pomerol. Lafleur est parfaitement équilibré: fruits mûrs mais encore très fringants, terroir élégant, tannins intégrés, puissance sans lourdeur… Pétrus est une concentration de Merlot d’une jeunesse si grande qu’il n’a pas encore la complexité apportée par les notes tertiaires. C’est en fait un parangon de Pétrus. La récolte surmaturée du Latour à Pomerol a produit un vin d’une amplitude et d’une générosité inégalables (dans ce millésime en tous les cas et pour les flacons parfaits). Cheval Blanc, quatrième géant, est presque autant volumineux que Latour à Pomerol, mais sa haute acidité procure plus de fraîcheur en finale. Il est peut-être encore plus exubérant et sensuel.

 – Pour la rive gauche, Margaux ne peut malheureusement pas se mesurer avec ses frères. Haut-Brion est un aristocrate qui exhibe sa noblesse à ceux qui savent attendre et qui se sont longuement familiarisés avec son terroir si subtil. Il n’a pas besoin de puissance pour développer ses qualités. Mission est plus musclé et plus onctueux. Son terroir, proche de celui de Haut-Brion, s’exprime avec plus de force. Ces deux Graves sont extraordinaires. Boire un Latour 1961 est un événement marquant. Dès le premier instant, il prend littéralement possession de votre nez, puis de votre palais pour en devenir le roi absolu. Il y maintient son règne interminablement. Les meilleures qualités dont on rêve dans un vin jeune commencent très lentement à s’épanouir, mais on est loin du point culminant.

– L’invité rhodanien, La Chapelle de Jaboulet, a subjugué beaucoup de dégustateurs. Sa structure n’a rien à envier aux meilleurs Bordeaux. Mais il est évident que l’origine et le cépage (Syrah) ont produit un vin différent. La maturité de récolte sur ce cépage a permis un développement ultime des composantes aromatiques et gustatives.

– Devoir élire "Le Vin" de la soirée parmi ces merveilles est bien difficile puisqu’elles ont toutes des particularités différentes qui les rendent uniques. Les avis étaient évidemment partagés et c’est bienheureux!

 

En faisant ecole nobilis sur un moteur de recherche, vous trouverez aussi les belles analyses de Dominique Fornage. 

An idea on my cellar mercredi, 6 décembre 2006

This gives an indication on the type of cellaring that I have used.

It allows to put in each box the length of two bottles, and in width, to store two cases of 12 bottles.

The upper part of the storage is higher, in order to store vertically the alcohols.

On the top, there are all the empty bottles that were drunk during lunches and dinners.

Many bottles are still wrapped, to protect the wines from light.

un collectionneur de grande envergure mardi, 5 décembre 2006

Rudy Kurniawan est un collectioneur aux moyens quasi illimités. Or il est tout jeune ! Jusqu’où va-t-il aller

L’article que lui consacre le "Los Angeles Times" est très éclairant. Lire ici

Il est très intéressant qu’il existe des gens capables de pousser leur passion à ce niveau là.

Vivement qu’on ouvre ensemble une belle bouteille, c’est tout ce que je souhaite.

the pre-phylloxera wines mardi, 5 décembre 2006

Here is a comment made by Robert Parker on his forum : here

I have some difficulties to understand some reactions of Robert Parker in recent periods.

This man is the most respected wine critic in the World. His fame is based on his unparalleled talent to judge wines.

So, he should stay out of any quarrel. Why did he say that the DRC 2002 wines are at best mediocre (see my message dated October 31st 2006 on this blog) ?

If we remember that Robert Parker has organised a dinner named "dinner of the century",  a few years ago, with Joël Robuchon, where very old wines were drunk, why does he say that very old wines are either fakes or vinegar ?

He should never say so, and stay in a neutral position.

TOUCHER DE BOUCHE samedi, 2 décembre 2006

J’ai entendu cette expression de la bouche (justement) de Michel Bettane, et aussi d’un ami proche, ce cuisinier amateur de génie, Jean-Philippe Durand.

J’avoue que j’ai énormément de mal avec cette expression. Je pense immédiatement à "toucher de balle", pour indiquer qu’un joueur de tennis est capable de faire des balles amorties bien ajustées.

Pour le vin, je comprends : "présence en bouche", "placement en bouche", "passage en bouche". Mais "toucher de bouche", je ne peux pas ni conceptualiser, ni accepter le vocable.

Ce n’est pas un problème planétaire, mais dès que j’entends "toucher de bouche", j’ai une immédiate réaction de recul.