Archives de catégorie : vins et vignerons

réunion de l’Union des Grands Crus de Bordeaux lundi, 20 janvier 2003

Grande réunion de l’Union des Grands Crus de Bordeaux qui présentait les vins du millésime 2000, sauf Carbonnieux, qui, ayant sans doute mal lu son plan de vol, faisait goûter son rouge 1995, largement plus ouvert, donc non comparable. Quand on goûte des 2000, qui ont tellement de puissance et de tannins, très rapidement on atteint le seuil de saturation, et il n’est plus possible de juger, sauf au nez. C’est donc au feeling qu’on se plait à faire des différences qui ne résisteraient sans doute pas à un examen plus approfondi. On place évidemment en tête des chouchous : La Conseillante, Haut-Bailly. On découvre de très bons vins : Phélan Ségur qui comme en 1999 est très bien réussi, Maucaillou qui est largement plus agréable maintenant que des vins plus charnus. Des convives alentour cèdent au charme des vins tout en puissance : Clinet, Pichon Longueville, Léoville Barton, Smith Haut Lafitte. Et, au fil des présentations, on se plait avec La Lagune, Pape Clément, Beychevelle, Talbot et tant d’autres merveilles qui vont éclore.
A table, nous sommes placés à la table de Pape Clément et La Tour Carnet. Le Pape Clément blanc 1999, dès qu’il a pris un peu de chaleur, a un gras fort agréable. Peut-être un peu trop généreux. Quelques années vont le domestiquer. Sans doute un peu monolithique pour un Bordeaux blanc. Le Pape Clément 1996 rouge a une belle attaque, puis s’éteint tout de suite. Etait-ce la bouteille ? Le représentant du groupe de M. Magrez le trouvait normal. Une bouteille de La Conseillante 1996, fruit d’une rapine obscure n’a pas montré tout le génie de ce vin, et c’est en fait, des trois rouges de la table, le La Tour Carnet 1998 qui est apparu comme le plus adapté à ce moment là. En fin de repas, un aimable Nairac 1999 a rappelé le charme du Sauternes. Belle soirée à l’Automobile Club où la fine fleur des producteurs de Bordeaux nous faisait le plaisir d’être personnellement présente. Profusion de 2000 année exceptionnelle qui promet des merveilles mais qui, à cet âge, donne des différenciations qui vont forcément évoluer jusqu’au moment où les vins seront épanouis.

Voyage à Rivesaltes et Maury dimanche, 12 janvier 2003

Voyage à Rivesaltes et Maury où je retrouve des amis : Olivier Decelle de Mas Amiel, qui invente de si beaux vins tout en conservant les valeurs historiques et Bernard Cazes ainsi que son frère André, du Domaine Cazes qui donnent à Rivesaltes des lettres de noblesse. Je commence à goûter les nouvelles créations de ces deux magnifiques domaines, et je suis impressionné par le sérieux de leur approche, mais surtout par cette obsession de la perfection. Les écouter parler de l’évolution de leurs techniques est un vrai plaisir. Hasard de l’histoire, nous atterrissons pour dîner au sein d’un groupe de dégustateurs qui ont pris pour thème les vins de M. Chapoutier. Nous décidons de leur emboîter le pas. Aller à Perpignan pour boire des Chapoutier avec les propriétaires de Mas Amiel et de Domaine Cazes. Quelle idée ! Le lendemain, déjeuner plus orthodoxe, avec la Cuvée Aimé Cazes 1976 qui est un pur chef d’œuvre. Les Cotes de Roussillon Cazes 1982 et 1979 sont des vins accomplis comme le pourraient être de grands Hermitage, pour faire un petit clin d’œil à M. Chapoutier qui produit aussi des vins de la région de Perpignan (c’est d’ailleurs le Cotes de Roussillon Villages de Chapoutier 2000 que j’avais préféré de toute la série des Chapoutier, comme si un vin n’était jamais aussi bon que lorsqu’il est bu sur ses terres : voir par exemple ce qui se passe pour les vins de Provence). Le Libre Expression Domaine Cazes 1996 est un petit bijou de complexité, avec ce charme qui évoque les fulgurances des meilleurs Jura.
L’amitié aidant, Bernard et André ont ouvert les Maury Doré de Paule de Volontat 1948 et 1932. Ces Maury sont de vraies merveilles que je connaissais déjà et que j’ai en cave, et qui se goûtent si bien, vins de chaleur et de plaisir. Imaginerait-on des viticulteurs qui offrent des vins d’un de leurs voisins ? Dans cette région bénie, l’amitié authentique est à l’aune de la chaleur des vins.
Le plus étonnant du voyage fut d’aller visiter l’Ermitage de Consolation construit autour d’une chapelle du XVème siècle. Aucun des occupants de ce lieu magique n’avait entendu parler du Banyuls qui porte ce nom (j’ai de magnifiques 1925), alors que l’un d’entre eux y vit depuis plus de 60 ans. Comment peut-on ignorer un vin au nom si particulier ? J’ai bien du mal à le croire. Les hôtes du lieu ont regardé les photos de ces bouteilles comme l’apparition de la Vierge de Consolation.

Dîner au château d’Yquem vendredi, 20 décembre 2002

Dîner au château d’Yquem est toujours pour moi un événement. C’est la concrétisation d’un rêve d’enfant. Avant le dîner, je rencontre la nouvelle direction, et à l’apéritif, je retrouve Bipin Desai et quelques amis américains. Le magnum de Krug 1989 ne m’a pas donné la sensation que m’avait donnée le magnum de Krug 1988. C’est évidemment bien, mais sans émotion.
Le thème du dîner était : « on peut très bien faire tout un repas avec Yquem ». Alexandre de Lur Saluces jouait gagnant, car il n’avait que des hôtes conquis depuis longtemps à cette idée. Je me suis amusé à juger les plats et les vins, en disséquant comme le fait Alain Senderens, mais évidemment à mon modeste niveau. Le Yquem 1996, beaucoup plus accompli et chaleureux que celui du dîner de l’Académie du Vin de France allait mieux sur la chair du homard que sur la sauce lourde et farcie.
Au contraire la chair du pigeon vibrait moins sur le Yquem 1942 que la sauce, mariage divin. Ce Yquem 1942 est puissant, complètement équilibré, et représente le rêve de tout vigneron. Qui ne rêverait, dans tout le monde viticole, qu’un vin soixante ans après la récolte soit dans cet état de perfection ?
Lorsque le Yquem 1928 est apparu, j’ai failli me pâmer tant sa couleur est d’une beauté invraisemblable. Même si le Président des producteurs de Sauternes, présent à la table, me disait que le jugement sur les couleurs est subjectif, j’étais en extase : cette couleur de pèche (différente de l’impression visuelle laissée par le Dom Ruinart rosé) est une apparition. Cela tient du miracle. Le vin était si léger à la première gorgée que plusieurs convives préféraient le 1942. Mais je savais que ce 1928 allait se révéler. Et ce fut le cas. Après quelques minutes, une merveille de subtilité, de finesse représentative d’un goût à la complexité qui immerge l’amateur dans le bonheur absolu. J’ai gardé mon verre lorsque nous sommes passés au salon, et le 28 ne cessait de s’améliorer, prenant de plus en plus de puissance et de subtilité. Alexandre de Lur Saluces a osé une chose que je n’aurais jamais imaginée : une tarte aux myrtilles. Même les murs du château en frissonnent encore.
Il aurait fallu que l’on me voie lors du retour à l’hôtel : j’avais le sourire béat de « lou ravi », l’idiot du village, porté par une félicité inattaquable et indémontrable : un fait, au sens « révélation », comme les tables de la Loi.

Salon des Vignerons indépendants dimanche, 15 décembre 2002

Le Salon des Vignerons indépendants. Belle occasion de rencontrer des vignerons amis que m’ont fait connaître Philippe Parès et d’autres amis. Une impressionnante concentration de grands viticulteurs. Je n’achète qu’une chose : Rêve d’Automne, une cuvée spéciale 1997 du Domaine de la Pinte en Arbois. C’est cher comme ce n’est pas possible, mais c’est délicieusement bon.

Dîner de l’Académie du Vin de France mercredi, 27 novembre 2002

Philippe Bourguignon invitait chez Laurent l’Académie du Vin de France. Il a eu l’heureuse idée de rajouter à ce groupe structuré quelques clients habitués du restaurant. Quelle joie que de retrouver des gens que j’admire : Jacques Puisais, Jean Pierre Perrin et Alain Senderens, trois complices d’un récent déjeuner (bulletin 47), Alexandre de Lur Saluces, et d’être présenté à des propriétaires de vins mythiques comme la Romanée Conti, Hugel, Pol Roger, Chave, Château d’Arlay, Huet, Château Simone, domaine de Cauhapé dont on a bu récemment les Jurançon et le président Jean Noël Boidron dont le fils m’avait adressé ce Calon 55 si bien fait (bulletin 21).
Que de discussions agréables avec des grands vignerons comme M. Hugel, comme Aubert de Villaine, M. Chave et d’autres. Je retrouve aussi de grands critiques renommés et des journalistes qui écrivent de si belles choses sur ces vins de rêve.
En première partie, chaque membre de l’Académie avait apporté ses productions les plus récentes. On raconte qu’un client a bu à lui tout seul près d’une bouteille de Romanée Saint-Vivant DRC 2001, quand il a vu quel trésor était présenté. Intéressante comparaison de ce DRC avec un Hermitage 2000 de Chave. Deux philosophies différentes. Très belles bouteilles offertes à nos palais avant le dîner : Gosset, Comte Lafon, Zind Humbrecht, les vins des propriétaires déjà cités ci-dessus et tant d’autres.
Lorsque nous passons à table, je remarque l’honneur qui m’est fait : Madame Gilberte Beaux, propriétaire du restaurant est entourée à sa droite de M. Hugel, le si dynamique propriétaire alsacien, et à sa gauche de votre serviteur qui a le second privilège d’être à la droite de Madame de Villaine, dont le mari est propriétaire du Domaine de la Romanée Conti (DRC). Ce n’était pas un hasard, mais le choix de Philippe Bourguignon. Il ne pouvait me faire plus grand plaisir.
Sur une araignée de mer dans ses sucs en gelée, un Riesling Jubilée en magnum 1996 de Hugel. Un nez merveilleux, une belle maturité et un meilleur accord sur le plat que le Vouvray « Le Haut Lieu » 1996 de Huet. La bouteille que nous avions était à mon goût trop fermée sur ce plat. Et, à âge égal, le Riesling est sans aucun doute le plus fort, alors que dans cinquante ans, le round pourrait changer de meneur.
Une Noix de Saint-Jacques en nage forestière délicieuse a permis un accord merveilleux avec le Meursault 1996 Comte Lafon absolument adapté et généreux. Sans doute le plus bel accord de la soirée. Plus concerné que le Château Simone 1996 de très belle structure mais qui ne trouvait pas là son meilleur emploi.
Une volaille de Bresse farcie au foie gras et macaronis dorés au four accueillait trois vins : le Grands Echézeaux DRC 1990, avec le Corbin Michotte 1990, vin du Président, et le Beaucastel 1990 de Jean Pierre Perrin. J’ai été d’une incroyable impolitesse avec Madame de Villaine en lui disant que son vin était trop fort, et trop généreux. Et c’est le vin lui-même qui a corrigé ma maladresse, car une heure plus tard, le nez de ce vin s’était complètement civilisé et avait retrouvé ces arômes que j’adore. Quel bonheur de retrouver ce DRC qu’une apparition brutale m’avait poussé à critiquer. J’espère que le brillant changement du vin m’aura fait pardonner. Sur le plat, c’est le Corbin Michotte qui était le plus adapté. Le DRC était trop puissant (au moment où il était servi), et le Beaucastel n’était pas parfaitement en situation (je l’ai bu le lendemain : il était alors dans sa vraie nature, avec sa pleine générosité).
Jacques Puisais faisait de la poésie sur chaque vin, trouvant des aspects qu’aucun d’entre nous ne découvrirait, et Philippe Bourguignon m’a signalé que d’une table à l’autre, les jugements variaient totalement. Comme il s’agit d’experts et de vignerons, on mesure à quel point le vin est une matière insaisissable !
Sur deux Comtés, l’un de 18 mois et l’autre de 36 mois, Château d’Arlay, Château Chalon 1990 Marquis de Laguiche. Toujours aussi précise association, plus flatteuse sur le 18 mois.
Deux mille feuilles, l’un à la vanille et l’autre à la mangue confite au piment d’Espelette, un Pinot Gris « Clos Jebsal » SGN (sélection de grains nobles) Zind Humbrecht 1996 et Yquem 1996. Aucun vin ne se marie vraiment à la vanille, comme j’en avais fait l’expérience au Bristol, mais avec la mangue, l’accord se faisait, contrarié toutefois par un piment incendiaire à mon palais. Est-ce la présence du SGN ou est-ce la bouteille ? Je n’ai pas senti le Yquem comme je l’aime habituellement. Peut-être était-ce le piment qui m’anesthésiait. J’ai bu de nouveau ce Yquem 96 au château. Celui-là m’allait.
Comme manifestement les soifs n’étaient pas éteintes – il y a dans cette Académie de solides constitutions – on a abondamment devisé avec du champagne Gosset rosé. Bavardages badins mais marqués d’une grande compétence. Apparemment, la fête s’est poursuivie largement au delà de mon départ. Comme j’organisais le jour même (nous avions franchi les heures tardives) et ici même un dîner de wine-dinners, Philippe Bourguignon a fait garder tous les fonds de bouteilles du Grands Echézeaux pour faire les sauces d’un des plats prévus. Quelle délicate attention !
Au cours du cocktail ou lors de conversations diverses, j’ai pu mesurer les mots aimables de ceux qui connaissent mon amour des vins anciens. Un honneur pour moi que de me trouver au milieu de ceux qui font les vins les plus beaux de la planète, et décident de l’évolution de leur fabrication, leurs choix déterminant ce que sera le vin français de demain.
On imagine volontiers que j’étais comme l’enfant à qui l’on ferait visiter une usine de sucettes. Les yeux brillent de fascination.
Une petite anecdote pour finir : un expert ami m’appelle et me dit : avez-vous lu l’article sur Alain Senderens dans la Revue du Vin de France ? (RVF, référence obligatoire). Il me dit : Alain Senderens interviewé dit que son coup de cœur récent est un Nuits Cailles Morin et Fils 1915. « Ça ne peut être que vous » me dit-il ! « c’était moi » répondis-je comme on répond à Bonaparte « j’y étais ». Et je lui raconte ce déjeuner de rêve (bulletin 45). Je suis content qu’Alain Senderens ait signalé cette merveilleuse bouteille que nous avions bue ensemble.
Après avoir côtoyé tant de vignerons que j’admire, j’ai bien dormi, la tête pleine de rêves. Le lendemain, un dîner de wine-dinners m’attendait chez Laurent.

Rhône en Seine vendredi, 15 novembre 2002

Des vignerons venus en capitale s’appellent « Rhône en Seine ». C’est bien joli comme titre. Je retrouve dans les somptueux salons du George V André Roméro et ses si bons Rasteau. Je mange du chêne à pleine bouche avec un Côte Rôtie 1996 du domaine Gangloff, et, comme les vins récents ne sont pas mon domaine de prédilection ou de spécialisation, je me limite à comparer Château Rayas 2000 avec Beaucastel 2000. Contrairement à un expert, au jugement unanimement reconnu, je ne suis pas d’accord de juger en « blanc / noir ». Ce Rayas 2000 semble avoir laissé faire la nature, et à l’aveugle, je suis à peu près sûr que j’aurais dit un ancien Aloxe Corton. Quand au Beaucastel 2000, c’est la générosité du fruit d’un terroir gâté par la nature.
Faut-il préférer un Chateauneuf du Pape à l’autre, quand on goûte les deux plus beaux et les deux plus célèbres en même temps ? Non pour moi. Ce sont deux philosophies distinctes et je les respecte autant, même si l’un perd un peu de sa puissance et l’autre gagne peut-être un peu trop en goût moderne, malgré le résultat si réussi.
Bien évidemment, mon avis sur ces vins n’a pas de valeur, quand je vois le sérieux de vrais professionnels. Quelle sûreté d’analyse quand David Biraud, meilleur sommelier de France raconte ce qu’il entrevoit. Que de cavistes et de sommeliers sérieux viennent juger ces trésors !

salon des professionnels du vin mercredi, 23 octobre 2002

A un salon des professionnels du vin, j’ai retrouvé quelques vignerons avec plaisir. J’ai montré à Chantal Comte du Château de la Tuilerie ce que j’ai écrit sur son Costières de Nîmes cuvée Eole. J’en avais fait des compliments, mais le mot « facile » ne lui avait pas plu. Je ne parlais pas du travail qui doit être immense, mais de l’impression d’aisance. Faire bien un vin simple que permet sa région est une réussite. Il faut savoir ajuster ses ambitions à son terroir. Elle peut s’enorgueillir d’un travail remarquablement fait. Elle vend un Rhum exceptionnel à réveiller tous les hibernatus : 58° sous le capot ! Quel parfum.
Peu après, Dom Ruinart 95 vraiment bien construit. Une belle profondeur. Et un Larrivet Haut-Brion blanc 1996 : nez splendide de fruits exotiques. En bouche de la banane, de l’ananas, et même un infime touche de zan (voir Chypre 1845). Ces jeunes Bordeaux blancs sont très excitants.

Salon des Vignerons Indépendants lundi, 20 mai 2002

Salon des Vignerons Indépendants. Il est réservé aux professionnels. Il y a par conséquent moins de foule dans les allées. On rencontre quelques vignerons de beau talent. Le domaine Cazes en Rivesaltes sort tout juste un tuilé 1988 à l’équilibre remarquable. Cauhapé, l’incontournable Jurançon, produit une quintessence de petit manseng 1999 de redoutable séduction. C’est un éventail de saveurs aux mille facettes. Le Sauternes Haut-Peyraguey ne s’en laisse pas compter. Il est bien joli, même si mon palais préfère les cuvées vénérables. Mention spéciale pour les vins d’Anne Françoise Gros, cousine d’Anne Gros. J’ouvrirai le vin de son grand-père et de son année de naissance lors du prochain dîner raconté dans ce bulletin. Elle présente un Pommards Epenots splendide et un Richebourg fort solide. J’ai goûté les 2001 et 2002. Même si les 2001 sont plus fermés, ce jour, je les préfère. Autour de moi, des sommeliers, restaurateurs, cavistes et importateurs s’affairent, procédant à des analyses structurées alors que je butine, guidé par l’instinct mais surtout par les conseils de quelques professionnels amis. J’ai pu vérifier sur certains domaines que je prends plus de plaisir à la cuvée traditionnelle qu’à la cuvée de la micro parcelle où le chêne est neuf et la barrique à gestation lente. Mais l’amateur de vins jeunes recherche peut-être ces goûts là.

dinner with collectors in Chateau d’Yquem samedi, 20 avril 2002

Alexandre de Lur Saluces invited some friends or Yquem collectors for a private dinner in Chateau d’Yquem.

I went there with my wife who does not drink. I wish I had been sitting next to her, to drink what she refused to drink !!! But I was sitting next to women who appreciated what they drank !

Taking the train from Paris to Bordeaux, I had the surprise to see two friends at the arrival in Bordeaux. I would have loved to meet them in the train, and we would have opened an Yquem in the train (this is just a dream).

As I had rented a car, and a friend did not, I played the taxi, and for the price of my drive, my friend offered me to drink with him in the hotel a Clos Fourtet 1962. This is because he had read my report on Clos Fourtet 1947 that I had loved. He wanted to please me with that wine.

Extremely sophisticated and genuine smell : the expression of Saint-Emilion. This smell was very "warm" and friendly. A nice smell. As it came directly from the cellar (we were in the afternoon), the first taste of a rather cold wine was very pleasant. And progressively the wine improved, enlarged its taste, and became a very nice Saint-Emilion. It proves that Clos Fourtet deserves more attention. We offered a glass to an American professor living in Saint-Louis, Paul Paris, who was going to attend the dinner.

When driving to Yquem, I thought of PappaDoc, and his daughter, but I must say that after that, when being in the party, I forgot everything. Because I was captivated.

We tried Yquem 1997 which will be proposed soon through the commercial organisations. An Yquem is always an Yquem, even if young. My wife did not like so much the smell. I liked it. Genuine, even if not brilliant. The taste is the taste of a closed wine. Nothing to compare with the 95 which was an explosion of joy when I tasted it in the same conditions in the castle two years ago. There is an excessive taste of caramel for my taste. The interesting "sport" was to imagine how the wine will develop. And it is pure speculation. But my opinion is so : it will rapidly grow as a 88, even if closed for many years. Less exploding and generous as a 88, but in the same direction. And probably in ten / fifteen years, when it will develop, it could be a very great Yquem, as had been the 28 for example. It should not be too expensive, if Yquem is reasonable, and it could be worth buying it.

Then we went in the lounge and we had a magnum of Krug 1988. Difficult to begin to appreciate it just after an Yquem, but progressively, the quality of this wonderful champagne (wonderful nose) appeared, and made us happy. Some years give an extra taste to such champagnes.

At the table – we were around 20 – we began with "Y" d’Yquem 2000. It is rather pitiful that the meal was very spicy (langoustines with a heavy sauce). So it shortened the wine which was much better when we had finished the meal. So I had some difficulties to judge, even if this wine is good, and even if I like the "Y". I was in the castle when happened the first day of the crop of "Y" 2000, so this wine was like a child to me. Rather complex and interesting, but not really judged by me. I tasted the gravy with the next wine, a red (see just after, and be prepared to a shock !), and it worked marvellously, much better than with the "Y".

The next wine is something you dream to drink once in your life : a double magnum Pétrus 1975. This is great. Alexandre gave me the bottle for my future museum. I will make pictures, and put the pictures on my web site.

This wine deserves respect. Decanted in four carafes the wine was perfectly oxygenated. What struck me is the easiness or simplicity of this wine. It is pure power, but a very understandable power. I said to Alexandre : this wine is monolithic. The nose is perfumed, invading, and satisfying. The taste fills the mouth, with a gentle power. Not too much, but the power is there. And what appears is a pure pleasure of something warm, friendly, solid, generous. And the fact to drink such a wine in the castle of Yquem makes you feel you are in Heaven. The wine matched perfectly the seven hours lamb.

Then, it was the time for Yquem 1948. How would be a 48, which appeared between 47 and 49 in the history of Yquem. We were, all of us, absolutely positive on that spectacular Yquem. A nice colour, red, orange, and absolutely not brown. After that, smell or taste, everything is a perfect Yquem. It is classical. It has not any side effect that some other Yquem have. So, the 47 has a typicity, a character that the 48 has not. But the reassuring balance of that wine makes it perfectly satisfying. A wine to drink with an ultimate pleasure. We had it on a Roquefort, and then on a dessert with green apples.

We finished with a magnum Cognac 1906 which I sipped while visiting some parts of the castle which were shown in the wonderful movie on the four seasons in Yquem.

I talked with people coming from USA, Japan, Belgium, Sweden, Switzerland. Some of them have a knowledge on old Yquem that makes of me a very young kid !

To have such a dinner in Yquem’s castle is piece of art.

Dîner au Château d’Yquem samedi, 20 avril 2002

Dîner au Château d’Yquem où le Comte Alexandre de Lur Saluces rassemble des amis amoureux d’Yquem. Japonais, Américains, Suédois, Belges Suisses et Français formaient un petit groupe cosmopolite de fanatiques.
Juste avant, chez Darroze à Langon, un ami m’offre à boire Clos Fourtet 1962 car il avait apprécié ma description du Clos Fourtet 1947. Confirmation sur cette si rare année 1962 que Clos Fourtet est un élégant et grand Saint-Emilion.
Au château où mon cœur palpite chaque fois, Yquem 1997, jeune enfant au nez déjà affirmé. Très fermé contrairement au 1995 au même âge, il a une belle composition qui va lui permettre de devenir, dans plus de dix ans un grand Yquem, dans la ligne des plus caramélisés et sucrés des Yquem. Magnum de Krug 1988. Difficile de le prendre en bouche après Yquem, mais assez rapidement, la noblesse de ce grand champagne qui commence à avoir le délicat fumé des champagnes adultes a montré combien Krug est grand. Krug et Salon sont de grands et nobles champagnes.
J’ai eu un peu plus de mal à goûter le « Y » d’Yquem 2000 qui m’est pourtant cher, car j’avais croqué les premiers grains du raisin d’Y 2000 le premier jour de la récolte. Grand vin blanc sec prometteur, mais le plat excellent en sauce était trop marqué pour le mettre en valeur : Saint-Jacques et grosses langoustines au parfum de romarin. Il y aura d’autres occasions pour le boire dans sa splendeur. Mes yeux étaient en fait rivés sur le vin suivant. J’étais fasciné comme l’insecte pris dans le faisceau d’une lampe : double magnum de Pétrus 1975. Avec l’accord du Comte j’ai rapporté cette bouteille vide qui rejoindra mon musée, et sera reproduite en photo sur le site. J’avais gardé quelques gouttes de sauce du premier plat pour le Pétrus, et l’association était parfaite. Elle allait se continuer sur l’agneau de sept heures si délicieux. Pétrus 1975 est un grand souvenir car j’avais débouché une bouteille avec mon fils, assis face à la mer, pour célébrer des retrouvailles après son absence de plusieurs mois au Brésil. Un Pétrus 1975 au soleil couchant sur la Méditerranée, c’est grand. Mais en double magnum à Yquem, c’est particulièrement merveilleux. Un nez très accompli, serein, velouté, puissant, généreux. Puis en bouche, ce qui frappe, c’est cette puissance tranquille. Les plus grands tableaux de Picasso ont l’habileté d’être simples. Ce Pétrus a l’élégance d’être simple, monolithique, donnant une preuve de bienveillance dans sa merveilleuse sérénité. Je redoutais que l’oxygénation, comme pour le Lafite n’eût été trop forte, mais ce ne fut pas le cas. Cette puissance tranquille a comblé nos palais tout au long de sa dégustation. Puissance, simplicité, monolithisme furent les mots qui me revenaient en permanence à l’esprit. Un vin extraordinaire ouvert grâce à la générosité du Comte Alexandre de Lur saluces.
Le Yquem 1948 fut une première pour moi (pas pour certains convives qui ont une culture invraisemblable d’Yquem, citant les 1811, 1847 et 1861 comme s’il s’agissait de breuvages fréquents) et une belle surprise. Placé historiquement entre 1947 et 1949 qui sont d’immenses Sauternes, ce 1948 révèle de vraiment belles qualités. Pas d’excentricité ni de typicité excessive, mais un Yquem de compromis, généreux et finalement extrêmement complet. Plaisir fort.
Un magnum de cognac 1906 venait conclure un moment de rêve dans un château que je vénère comme une Mecque de la perfection. Le film sur les Quatre Saisons d’Yquem met en valeur ce temple où l’on vient adorer l’éternel Yquem. Alexandre de Lur Saluces y ajoute la perfection de l’hospitalité. Les repas comme ces deux repas avec des grands vins sont des souvenirs pour toute une vie. Je me plais à le répéter. Et à vouloir vous convaincre d’y succomber.