Archives de catégorie : billets et commentaires

qu’est-ce que le luxe ? jeudi, 25 septembre 2008

Recette :

Vous prenez un bateau d’une belle taille :

 Vous le lancez sur l’eau :

 On peut même aller un peu plus vite :

 Vous trouvez une crique où la mer est calme. Et là, vous ouvrez Dom Pérignon 1998 :

 

Et vous croyez que c’est ça le luxe ?

Pas du tout !

Pour mon ami, propriétaire de cet invraisemblable joujou, c’est de ne jamais rater un épisode du feuilleton "amour, gloire et beauté", même en mer !!!!

 

Champagnicide mercredi, 24 septembre 2008

Nicolas de Rabaudy me signale que James de Coquet, évoquant Lafite que l’on boit trop jeune, parlait de Lafiticide.

Il me propose un néologisme pour les champagnes Selosse que je bois trop jeunes : "champagnicide", au lieu de l’infanticide que j’ai évoqué.

Je suis donc un champagnicide !

une originalité du Carré des Feuillants mardi, 23 septembre 2008

Lorsque l’on descend aux toilettes (mesdames, ne lisez pas plus loin), il n’existe qu’un urinoir.

Et lorsque l’on est devant la vasque pour satisfaire un besoin traditionnellement qualifié de naturel, une Vénus de Milo nous regarde. Elle semble impressionnée par la vision qu’offre l’entrebaillement de notre pantalon, et son sourire en dit long.

Elle est tellement impressionnée que les bras lui tombent.

On se rebraguette avec une regain de masculinité.

 

Grâce à Jean Hugel je rencontre un grand amour de mon père il y a 74 ans vendredi, 6 juin 2008

Grâce à Jean Hugel je rencontre un grand amour de mon père il y a 74 ans

Il y a deux ans, Jean Hugel m’appelle sur mon portable. Il participe à un dîner de famille et me demande : « ma cousine Odile, née en 1912, me dit que son premier amour a été Lucien Audouze. Est-ce de votre famille ? ». Je réponds que c’est mon père. Un an plus tard, Jean Hugel vient, comme il en a l’habitude, à une séance de l’académie des vins anciens. Sa femme est avec lui mais ne restera pas car elle dîne avec une femme venue elle aussi qui me dit : « nous sommes presque frère et sœur » et m’embrasse avec chaleur. Il faut bien quelques mois pour que mon cerveau assemble ces informations, et l’envie me vient de rencontrer celle qui a aimé mon père. Mes parents sont décédés. On peut réveiller de beaux souvenirs.

Le rendez-vous est pris et au pied de l’immeuble où habite Odile, Nicole me guide. Elle est professeur à Louis-le-Grand, lycée où j’ai suivi des études de rêve. Nous montons et je suis accueilli par une pétulante adolescente de 96 ans. Je lui offre des roses rouges, en nombre impair bien sûr, et elle évoque avec pudeur cet amour qui dura quatre ans, ce qui met quelques larmes à ses yeux le plus souvent rieurs. Cet amour est encore vivace et sa fille me dit que depuis qu’elle attendait cette rencontre, Odile était toute excitée. Les mille qualités que l’on prête à mon père sont du miel pour moi. Nicole me demande si je désire un thé ou éventuellement un vin de Hugel. La réponse s’impose, ce sera un Gewurztraminer Jubilé Hugel 1997, aussi doux et subtil que les propos distingués d’Odile. N’en déplaise à Jean, adorable ami, les anecdotes de l’amour de mon père me captivent plus que le doux breuvage que nous buvons sur des petits fours et des macarons. Aussi bien Nicole que moi, nous savourons les évocations de cet amour qui nous a permis d’exister parce qu’il ne dura pas. J’ai apporté des photos et Odile s’enthousiasme de retrouver son amour. Nous avons tant de milliers de choses à nous dire que nous nous reverrons. Je quitte mère et fille sur de beaux sourires. Faire revivre un amour né il y a 74 ans a réchauffé nos cœurs.  Jean Hugel l’a déclenché. C’est un magicien.

A voir sur CAP 24 LE 28 avril à 19h30 lundi, 28 avril 2008

Une journaliste m’a laissé un message pendant que j’étais au château de Saran, me proposant une interview télévisée. Tout à mon dîner, je ne pose aucune question. Je me présente le jour dit au musée du vin qui a cette étrange caractéristique d’être situé rue des Eaux dans le 16ème arrondissement de Paris. Le lien avec le sujet, je n’en ai aucune idée. La télévision, pas la moindre idée non plus. La charmante productrice m’explique qu’il s’agit de CAP 24, chaîne de la TNT qui est ciblée sur les activités franciliennes. Le journaliste qui va conduire l’entretien a un fort accent germanique ou plutôt italien si on se fie à son nom, ce qui paraît étrange pour une chaîne locale. Je commence à me faire une idée du sujet. Ce que l’on veut montrer, c’est le musée du vin, et en profiter pour parler des vins de l’Ile-de-France. Le chambellan de l’association des vignobles d’Ile-de-France revêt son habit de chambellan, le gérant du musée revêt son riche habit d’une congrégation dont j’oublie le patronyme. Le représentant d’une association de promotion des vins franciliens est venu sans habit et la femme du gérant du lieu, qui donne des cours de dégustation, va nous apprendre à goûter un vin de Suresnes 1999. Alors que le journaliste se moque avec humour des vins franciliens, le vin que nous buvons est particulièrement bon. C’est même une belle surprise, car il est bien fait, équilibré, et même les représentants des associations sont surpris de le voir sous un si beau jour. Et moi dans tout cela ? A part donner mon nom et citer mes adresses internet, je n’aurai fait que glisser deux à trois mots. Je savais par expérience qu’avec les médias, il ne faut jamais imaginer à l’avance ce qui se passera. Un après-midi pour dire trois mots, pour un reportage que je ne pourrai pas capter car je n’ai pas le câble, c’est assez inattendu. Ah, oui, j’oubliais, j’ai quand même chanté « ah le petit vin blanc » en chœur avec ces honorables gradés de fratries vineuses. Ne chipotons pas quand même : on voulait parler de mes activités. On l’a fait. Merci.

 

La salle voûtée où nous avons été interviewés. Une des scènes reproduites dans le musée du vin.

 

Une vue où l’on devine les sept hectares des vignes de l’abbaye de Passy. La médaille du chambellan de l’ordre de la vigne de Montmartre.

 

Vin de Suresnes 1999. Nettement meilleur que ce qu’on peut imaginer.

Un nouvel enjeu ! mercredi, 23 avril 2008

A partir d’aujourd’hui, je suis officiellement inutile.

Pierre Tchernia et Michel Drücker peuvent présenter des émissions à la télévision.

Christian Poncelet peut briguer une nouvelle présidence du Sénat.

Danielle Darrieux, Line Renaud, Charles Aznavour peuvent jouer ou chanter.

Philippe Bouvard peut faire son cent millième papier où il ne parle que de lui.

Mais dans l’entreprise, fini, tout est fini à 65 ans.

L’Etat, qui veut se mêler de tout, barre la route à l’emploi des séniors au nom de deux principes stupides :

          il veut libérer le travailleur du joug aliénant du travail, alors qu’avocat, médecin, chanteur ne sont pas aliénés, donc pas à libérer

          il pense qu’en enlevant un sénior du marché du travail, il libère un emploi, car, c’est bien connu dans la doctrine marxiste, le travail ne se crée pas, il se partage.

La dictature cryptocommuniste a conduit à ce gâchis qui fait partir des gens pleinement compétents du marché du travail vers l’ascension du Machu Picchu, les parties de tennis endiablées, ou l’enfoncement dans une sénilité précoce selon les cas.

Le passage de ce cap est difficile pour moi, car me sentant en pleine possession de mes moyens intellectuels, je suis triste pour mon pays qui subit la dictature de la pensée correcte imposée par les syndicats et s’enfonce dans une médiocrité qu’il serait tellement facile d’éviter.

Mais j’y pense tout à coup, si le monde de l’entreprise m’est maintenant fermé, il me reste une carrière possible : je peux être Président de la République.

C’est en 2012.

Si pour les Jeux Olympiques, mes espoirs sont assez faibles, pour la conduite du Char de l’Etat, mon permis est encore valable. Un petit peu d’échauffement, et hop, c’est bon.

On y va !

visite à ma petite fille et un beau vin samedi, 5 avril 2008

Devant me rendre avec mon épouse chez des amis, nous avons le temps de faire un petit crochet chez ma fille cadette pour aller admirer les progrès de la petite dernière. Mon gendre ouvre un champagne Jacquesson 1990 dégorgé en 2007 non dosé. Nous sommes surpris tous les deux de la discrétion du message. Le champagne n’est pas très expressif et la bulle est épaisse. En fait quand le vin s’élargit dans le verre, on voit progresser l’expression de sa personnalité. Mais nous restons un peu sur notre faim. Un risotto aux morilles étant prévu, on me fait goûter le vin qu’ils boiront ce soir : Château Trotanoy 1999. Voilà du vin ! Ce qui frappe instantanément, c’est la pureté du message. Ce vin et grand et vieillira bien.

 

 

Gérald Passédat – le Petit Nice mardi, 26 février 2008

Comme on parle beaucoup de Gérald Passédat pour une troisième étoile, j’ai regroupé les cinq comptes-rendus de repas dans cette belle maison. Ce qui est intéressant, c’est de voir l’évolution de mon sentiment sur cette cuisine intéressante et innovatrice :

Au Petit Nice, star de la Corniche marseillaise, on cherche dans l’opulente carte des vins. L’opulence est dans le choix, mais aussi dans les prix, ce qui réduit l’horizon. On fait main basse sur les deux dernières bouteilles de Champagne Salon 1985. Sur un oursin traité de multiples façons, le Salon crée un choc de rêve. Son animalité, sa force, sa densité brutalisent l’oursin pour son plus grand bien. On n’atteint pas avec un goûteux pigeon une multiplication aussi naturelle qu’avec l’oursin, même si un accord se trouve. Un jus fort concentré fait avec les entrailles du pigeon créait au contraire une harmonie rêvée. De plusieurs fromages essayés, c’est le Langres qui réveillait le mieux la bulle si charnelle. Une composition à base de fruits de la passion fut aussi l’occasion de vérifier que Salon 85 est un grand champagne, qui peut servir de support à la totalité d’un repas. Une cuisine influencée par de belles japonaiseries, qui compliquent un peu le repas, mais offrent des saveurs invitant au voyage. La famille Passedat s’est entourée d’un personnel compétent. Face à la mer, un repas fort excitant que mit en valeur mon chouchou Salon 85.

Le lendemain au même endroit, essai d’un Corton Charlemagne Bonneau du Martray 1985. Dès le premier nez, un certain manque de puissance. Sur une entrée compliquée au crabe et homard, où six goûts différents montrent le talent du chef mais ne forment pas une harmonie gustative apaisante, le Corton Charlemagne reste comme le boxeur dans son coin, n’ayant pas entendu l’appel de la reprise. Puis, sur un remarquable et délicieux veau de lait, le Corton grimpe de dix étages en un instant. Le boxeur jaillit et vous assène toute sa panoplie de coups. Quelle merveilleuse sensation avec la chair seule d’une viande qui a du caractère et du goût. C’est à ce moment là le plaisir rare d’une viande de qualité présentée de façon juste et d’un vin qui semble avoir été fait pour elle. Le plaisir du vin se prolonge sur un Saint-Marcellin et un Saint-Félicien. Puis le vin estime qu’il en a assez donné et se rendort, confirmant l’impression première d’un manque de puissance. C’est peut-être ce qui aura permis paradoxalement un accord parfait avec le veau. Un délicieux dessert, l’une des forces de cette belle maison, se déguste avec une once de Bénédictine, pâturage divin. Belle étape. Indispensable même.

D’abord, une halte au Petit Nice, cette belle table marseillaise. Des natifs plongent des rochers de la Corniche, bravant la pesanteur et l’onde lourde. De riches estivantes, au string minimaliste, rafraîchissent des chiens de compagnie en les jetant dans la mer agitée. Contraste avec la sérénité de la salle de ce beau restaurant où un directeur d’une grande civilité nous conduit dans un parcours gastronomique rare. Une cuisine d’une générosité sans pareil, avec une complexité dans laquelle je suis entré de plain pied, ce qui m’a procuré un plaisir extrême. Il y a des saveurs surprenantes à tous les détours, mais là, plus qu’au printemps, j’ai goûté avec bonheur toutes les subtilités. Un vrai régal. J’ai même oublié de garder le souvenir du vin que j’ai bu, alors qu’il s’agissait d’un Bâtard Montrachet Sauzet 1999 ! J’ai vraiment adhéré à l’audace de Gérald Passédat.

En fin d’été le Petit Nice me manquait et c’est un pèlerinage fort agréable. Surplombant une mer sillonnée de lourds navires  évoquant la conquête de terres lointaines, cette belle demeure est un havre de calme au cœur de la trépidante agitation marseillaise. J’avais déjà évoqué mes expériences en ce lieu. Une certaine difficulté à entrer dans le monde créatif de Gérald Passédat aux variations japonisantes, puis mon grand plaisir quand j’ai compris sa logique, acceptant les choix et les partis pris. Cette nouvelle expérience me fit reculer de trois cases. Je ne sais pas pourquoi, mais ces combinaisons disparates ne m’inspiraient pas ce soir là. Je ne suis sans doute pas bon juge comme on le verra dans le bulletin qui décrira un dîner chez Pierre Gagnaire, car je pense trop aux accords avec les vins quand je déguste un plat. Aussi, toutes ces petites errances sur des chemins de traverse avec des saveurs éloignées des bases du plat me gênent sans doute plus que d’autres. Là, les pistes explorées ne m’allaient pas. Une nouvelle tentative me rapprochera sans doute de ce chef au talent certain. Connaissant les tendances culinaires du chef j’avais demandé un Krug 1985 champagne qui porte déjà des traces d’âge. Mais cela lui convient. La trame vineuse est forte, ce qui lui permet de bien se tenir face aux banderilles gustatives des plats. Un coucher de soleil sur la mer déployé comme pour nous seuls dans cette salle de restaurant ouverte sur un beau panorama, un Krug 1985 à l’élégance, la puissance et la personnalité rassurantes, le charme du site, cela suffisait largement pour faire une belle soirée. Un nouvel essai s’impose car j’aime ce lieu.

J’ai raconté une expérience au Petit Nice qui sentait la fin de saison. Nous avons bien fait d’y retourner, car la cuisine de Gérald Passédat fut éblouissante. Son menu Passédat fort éclectique et équilibré montre deux directions qu’il maîtrise remarquablement. D’un coté cette envie permanente de présenter une palette de saveurs débridées, où il faut goûter de tout. Et de l’autre une cuisine régionale sobre où le respect de la tradition est le plus pur. J’ai naturellement un penchant pour cette cuisine orthodoxe car je pense aux vins anciens que j’associerais. Mais si le chef lance des bouffées de création folle et intelligente, il faut encourager cette tendance. Nous avons eu du Watteau et du Van Gogh. Tant mieux pour nos papilles. Le pagre et la galinette furent remarquablement traités. Là où le chef ne peut s’empêcher de se laisser aller, c’est quand il associe une soupe de poissons avec un granité au fenouil. Là, Van Gogh se coupe l’oreille que le reste de son repas, faisant agiter les mouchoirs blancs, lui aurait donnée. Le homard fut beau et le pigeon goûteux. Un repas de grand plaisir. Avec une constance dans mes choix dont je ne me suis souvenu qu’en relisant mes notes, nous commençâmes par un Krug 1985 toujours aussi excitant de personnalité affirmée. Voilà un champagne qui cause à mes papilles. Le Morey Saint-Denis blanc Dujac 1998 me combla d’aise. C’est un vin que l’on boit peu souvent, à l’élégance rare, qui a le mérite de dire son texte d’une voix juste. Délicatement citronné, équilibré, c’est un plaisir raffiné. J’ai vibré à sa présentation mesurée.

Le Chateauneuf du Pape Domaine de la Nerthe « Cuvée Cadettes » 1996 est un puissant bambin qui casse les barreaux de son parc. Il lui faut de l’espace en bouche. Le vin a de la mâche, du bois pénétrant et précis. Son attaque est plus éblouissante que son final. Mais c’est un beau vin jeune de plaisir. Vint ensuite une recommandation de sommelier. Le Château Revelette, « Or série » de Peter Fischer, vin de pays des Bouches du Rhône 2001 est un chardonnay surmaturé au goût d’eau sucrée, de banane, voire de thé, de litchi, et autres plaisanteries pastorales. C’est du pur exercice de style auquel je ne mords pas. Mais je ne regrette pas de l’avoir essayé. Notre palais se repositionna sur un cognac Richard de Hennessy absolument magistral. Beau dîner en cette maison au bord de l’eau où Marseille se montre sous son plus beau jour. Un service impeccable et un chef en pleine possession de son pur talent. C’est comme ça qu’il sent bon, le Sud. Vé…

Au spontanéisme d’une table d’hôte succéde l’une des institutions de la côte méditerranéenne : le Petit Nice à Marseille. La mer, à Marseille, a des couleurs inimitables. Les rochers dénudés, polis par le vent, remués par des cataclysmes sismiques qui ont formé les calanques, caressent l’œil de leurs couleurs arides de chaleur. Sur les rochers du Petit Nice, telles des otaries profitant du soleil souverain, des agrégées ès crème solaire dénudent des chairs noires comme des toasts brûlés. De minuscules bouts de ficelle, sensés représenter un code de décence dont la convention apparait fort symbolique, sont le seul moyen de différencier ces beautés héliotropes. Une coupe de Dom Pérignon 1998 bue sur la terrasse près de la piscine accompagne avec intérêt – là aussi, atmosphère, atmosphère, je le trouve plus goûteux qu’à la maison –  des entrées fort intelligentes et habiles qui sont une carte de visite de l’univers de Gérald Passédat dont j’approuve de plus en plus l’orientation créatrice.

Les amuse-bouche sont légers et goûteux comme l’ensemble de la cuisine de Passédat. La composition à base de langoustine est intelligente, même si le délicieux bouillon impose une cuisson plus soutenue de la langoustine, ce qui masque un peu son goût précieux. Le pigeon au miel est savoureux. Je vois qu’on se régale en face de moi d’un loup, traditionnelle icône de la maison. Le ris de veau et veau est mémorable.

N’étant pas celui qui invite je n’ai pas la charge du vin. Ma fille aînée au goût plus parkérien que Parker lui-même a choisi un Crozes-Hermitage, Clos des Grives Domaine Combier 2003. En d’autres lieux je l’éreinterais sans doute, mais ici, dans ce lieu si agréable, je lui trouve quelques vertus. Ma fille l’apprécie, c’est le principal.

Gérald Passédat explore dans sa cuisine des chemins de traverse qui détournent parfois du sentier principal. C’est dans sa personnalité. Je suis de plus en plus sensible à sa cuisine, légère et de bon goût.

buveur d’étiquettes ou non ? lundi, 21 janvier 2008

Un correspondant d’un forum me suggérant de répondre à une question posée sur un autre forum, j’y suis allé. Et, comme cela arrive souvent, je fais l’objet de critiques sur ce que je bois.

Une critique souvent exprimée est que je serais un buveur d’étiquettes. Alors, j’ai voulu explorer cette notion.

Il faut d’abord définir ce qui est « vin d’étiquette ». J’ai retenu les vins suivants, sachant que la liste est très imparfaite, mais comporte du « lourd » :

Pétrus, Yquem, Cheval Blanc, Latour, Haut-Brion, Mission Haut-brion, Laville Haut-Brion, Château Margaux, Lafite-Rothschild, Mouton-Rothschild, Domaine de la Romanée Conti, Domaine Armand Rousseau, Coche-Dury (Grands Crus), Henri Jayer, Comtes Lafon (GC), Domaine de Vogüé (GC), quelques vins de Bouchard d’avant 1870, Trimbach (uniquement Clos Sainte Hune) Harlan Estate, Penfold Grange, Vega Sicilia Unico, Constantia d’Afrique du sud d’avant 1900, champagnes Krug (millésimé) et Salon, trois Côtes Rôties de Guigal, Rayas rouge, Hermitage La Chapelle (seulement 1929, 1961 et 1978), Chave rouge, Beaucastel (seulement Hommage).

Avec cette définition j’ai exploré mon fichier des vins dégustés sur les sept dernières années, qui comprend 5.357 vins. J’ai bu 1.056 « vins d’étiquette » (VE) et 4.301 vins « normaux » (VN). J’ai bu chaque semaine presque 3 vins d’étiquette. A ce titre, je pourrais être buveur d’étiquettes. Mais comme j’ai bu près de 12 vins « normaux » par semaine, cela fait de moi un non-buveur d’étiquettes.

Dans les dîners officiels que j’ai faits, il y a eu 973 vins, dont 236 VE et 737 VN. Il y a eu 24% de VE dans mes dîners contre 19% de VE dans tout ce que j’ai bu. L’écart n’est pas flagrant. Je ne fais donc pas de dîners où on ne tape que dans le clinquant si tant est que des grands vins soient clinquants.

Si l’on regarde les VE pour quelques groupes d’années :

1928 + 1929 : 16 VE sur 172 vins bus

1945 + 1947 : 24 VE sur 180. La somme des deux fait 40 VE sur 352 vins bus.

1989 + 1990 : 83 VE sur 353 vins bus.

A ce propos, quand on pense que je bois surtout des vins anciens, on peut remarquer que j’ai bu autant de vins de 1989 + 1990 que je n’ai bu de 1928 + 1929 + 1945 + 1947.

Regardons un instant les vins « normaux » que j’ai bus de 1928 et 1929 :

Anjou  "Rablay" Caves Prunier  1928 – Anjou « Maison Prunier » – 1928 – Anjou Caves Prunier – 1928 – Anjou Caves Prunier 1928 – Anjou Rablay Maison Prunier 1928 – Banyuls Brut de l’Etoile – 1928 – Beaune Avaux Bouchard Père et Fils – 1928 – Beaune Camille Giraud – 1928 – Beaune Camille Giroud 1928 – Champagne Veuve Clicquot rosé R.D. – 1928 – Château Beychevelle – 1928 – Château Carbonnieux 1928 – Château Carbonnieux 1928 – Château Carbonnieux rouge 1928 – Château Carbonnieux, Graves – 1928 – Château Carbonnieux, Graves – 1928 – Château Carbonnieux, Graves – 1928 – Château Carbonnieux, Graves rouge en magnum – 1928 – Château Chalon Jean Bourdy 1928 – Château Chalon Jean Bourdy 1928 – Château Chalon, Bourdy  – 1928 – Château Climens – 1928 – Château Cos d’Estournel 1928 – Château Desmirail Margaux – 1928 – Château Filhot – 1928 – Château Filhot – 1928 – Château Filhot – 1928 – Château Gruaud Larose – 1928 – Château Gruaud Larose Saint Julien – 1928 – Château Gruaud Larose Sarget 1928 – Château Gruaud-Larose 1928 – Château Junayme – 1928 – Château Junayme – 1928 – Château La Gaffelière – 1928 – Château La Gaffelière Saint-Emilion – 1928 – Château La Lagune – 1928 – Château La Tour Blanche, sauternes 1928 – Château Lafaurie Peyraguey – 1928 – Château Lagrange – 1928 – Château Léoville Las Cazes Saint Julien – 1928 – Château Loubens Sainte Croix du Mont 1928 – Château Millet Graves blanc – 1928 – Château Palmer – 1928 – Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande – 1928 – Château Sigalas Rabaud Sauternes 1928 – château Suduiraut – 1928 – château Suduiraut – 1928 – château Suduiraut – 1928 – Château Suduiraut 1928 – Coteaux du Layon – 1928 – Côtes d’Agly – Roussillon – hôtel Claridge – 1928 – Gevrey Chambertin « Clos Saint-Jacques » – 1928 – Gruaud Larose Faure-Bethmann 1928 – Hermitage blanc Paul Etienne – 1928 – Maury Domaine et Terroirs du Sud 1928 – Meursault Fortier-Picard maison Bichot 1928 – Montrachet Chauvenet – 1928 – Montrose – 1928 – Morey Saint Denis Chauvenet et Fils – 1928 – Moulin à Vent Coron Père et Fils – 1928 – Musigny Chevillot 1928 – Musigny Chevillot 1928 – Musigny Coron Père & Fils – 1928 – Richebourg Noëllat – 1928 – Tokay Hugel 1928 – Volnay Coron Père et Fils – 1928 – Volnay Faiveley – 1928 – Banyuls Grand Sivir – 1929 – Beaune Clos du Roi Bouchard Père & Fils – 1929 – Beaune Marconnets Nicolas – 1929 – Beaune Masson – 1929 – Cahors Clos de Gamot (Jouffreau) 1929 – Chablis Maison Bichot 1929 – Chambertin Clos de Bèze Corcol – 1929 – Chambertin Clos de Bèze Joseph Drouhin – 1929 – Champagne Pommery Brut – 1929 – Champagne Roederer – 1929 – Château Bouscaut blanc  – 1929 – Château Bouscaut en magnum – 1929 – Château Caillou, Barsac, crème de tête 1929 – Château Calon, Montagne Saint Emilion – 1929 – Château Carbonnieux rouge – 1929 – Château Chalon Bourdy et Fils – 1929 – Château Chalon, Bourdy  – 1929 – Château Chauvin – 1929 – Château Chauvin Saint Emilion – 1929 – Château Chauvin Saint Emilion – 1929 – Château Climens – 1929 – Château Climens – 1929 – Château Climens 1929 – Château d’Issan – 1929 – château de Tastes Ste Croix du Mont – 1929 – Château du Peyrat Capian – 1929 – Château Fanning La Fontaine – 1929 – Château Filhot – 1929 – Château Filhot – 1929 – Château Filhot – 1929 – Château Filhot 1929 – Château Gadet Médoc – 1929 – Château Gadet Médoc 1929 – Château Galan «Land limited by Saint-Julien » Vve Bordessoulles 1929 – Château Haut-Bages Averous – 1929 – Château La Gaffelière – 1929 – Château La Gaffelière Naudes 1929 – Château Léoville Poyferré – 1929 – Château Lynch-Bages  – 1929 – Château Pape Clément – 1929 – Château Petit Gravet 1929 – Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande – 1929 – Château Raymond Lafon Sauternes – 1929 – Château Suduiraut 1929 – Clos Capitoro blanc – Ajaccio – 1929 – Clos de Vougeot Château de la Tour Morin Père & Fils – 1929 – Clos Saint-Robert Barsac – 1929 – Clos Saint-Robert Barsac – 1929 – Cognac Adet – 1929 # – Corton "cuvée B" Brossaud – 1929 – Corton L. Soualle et E. De Bailliencourt – 1929 – Corton L. Soualle et E. De Bailliencourt – 1929 – Côte Rôtie Paul Etienne – 1929 – Côtes du Jura blanc, Bourdy  – 1929 – Crémant de Cramant Pierre Gimonod  – 1929 – Fleurie Domaine Poncié – 1929 – Grand Anjou – 1929 – Grand Chambertin domaine Régnier de Sosthène de Gravigny – 1929 – Grand Chambertin domaine Régnier de Sosthène de Gravigny – 1929 – Jurançon Le Trouilh Paul Roustille – 1929 – Jurançon Nicolas 1929 – Jurançon sec Nicolas – 1929 – Jurançon sec Nicolas – 1929 – Langoiran – 1929 # – Langoiran – 1929 # – Langoiran – 1929 # – Mercurey « Clos du Roy » Coron – 1929 – Monbazillac 1er Grand Cru Domaine Theulet et Marsallet – 1929 – Montrachet Maxim’s – 1929 – Montrose – 1929 – Musigny "Grand Vin de Bourgogne" 1929 – Musigny « grand vin de Bourgogne » négoce AMG (fondé en 1862) 1929 – Pommard " Grand vin d’origine " 1929 – Pommard Epenots Joseph Drouhin 1929 – Pommard Epenots Joseph Drouhin 1929 – Pommard Rugiens Bouchard Père & Fils – 1929 – Pouilly Fuissé Colcombet – 1929 – Pouilly Fuissé de Joncq – 1929 – Quarts de Chaume Beaulieu Vins Fins à La Membrolle Sur Choisille 1929 – Rauzan-Ségla 1929 – Richebourg Charles Noëllat – 1929 – Richebourg provenance inconnue – 1929 – Saint-Nicolas de Bourgueil Nicolas – 1929 – Santenay Louis Grivot – 1929 – Sauternes générique 1929 – Sauternes générique appellation contrôlée – 1929 – Volnay Caillerets ancienne cuvée Carnot Bouchard Père & Fils 1929 – Vouvray d’origine 1929 – Vouvray d’origine – 1929.

Si l’on lit cette liste, peut-on réellement considérer que je suis un buveur d’étiquettes ? J’ai la faiblesse de penser que non.

Pour 1989 + 1990, la liste des vins normaux (271) serait trop longue. Elle est extrêmement diversifiée avec un nombre de vins différents considérable et toujours supérieur au nombre de vins d’étiquette. Pour Bordeaux, 64 VN contre 28 VE, pour Bourgogne, 42 VN contre 12 VE, pour le Rhône, 27 VN pour 10 VE et pour les liquoreux, 20 VN pour 11 VE.

Voici seulement la liste des vins dits normaux de Bourgogne de 1989 et 1990 :

Bâtard Montrachet Antonin Rodet – 1989 – Bâtard Montrachet Antonin Rodet – 1989 – Bâtard Montrachet Sauzet – 1989 – Chambertin Grand Cru Camus Père & Fils – 1989 – Chambertin Grand Cru Camus Père & Fils – 1989 – Chevalier Montrachet Bouchard Père & Fils – 1989 – Chevalier Montrachet Bouchard Père & Fils – 1989 – Mazoyères Chambertin Grand Cru Camus Père et Fils 1989 – Mazoyères-Chambertin Camus – 1989 – Meursault Perrières Domaine Jacques Prieur – 1989 – Nuits-Saint-Georges Clos des Forêts Saint Georges Domaine de l’Arlot 1989 – Pommard " Les Rugiens " Hubert de Montille 1989 – Saint Véran maison Bichot 1989 – Saint-Véran Bichot – 1989 – Saint-Véran, Bichot – 1989 – Volnay Cailerets Ancienne cuvée Carnot Bouchard Père & Fils – 1989 – Vosne Romanée Cros Parantoux Emmanuel Rouget – 1989 – Vosne Romanée Cros Parantoux Méo Camuzet – 1989 – Vosne Romanée Mugneret Gibourg – 1989 – Bâtard Montrachet Blain Gagnard 1990 – Beaune du Château Bouchard Père & Fils 1990 – Beaune Grèves Vigne de l’Enfant Jésus Bouchard Père & fils – 1990 – Chambertin Clos de Bèze Faiveley 1990 – Chassagne Montrachet Fontaine Gagnard – 1990 – Chevalier Montrachet Bouchard Père & Fils 1990 – Clos de Tart – 1990 – Corton Bouchard Père & Fils 1990 – Corton Charlemagne Bouchard Père & Fils – 1990 – Corton Charlemagne Bouchard Père & Fils – 1990 – Corton Charlemagne Domaine Bonneau du Martray – 1990 – Corton Renardes Michel Gaunoux – 1990 – Côtes de Beaune Maranges Gilles Gaudet – 1990 – Griottes Chambertin Domaine Ponsot en magnum – 1990 – Meursault Perrières Coche-Dury – 1990 – Meursault Santenots Marquis d’Angerville – 1990 – Montrachet Bouchard Père & Fils 1990 – Musigny G. Roumier – 1990 – Pommard premier cru Michel Gaunoux – 1990 – Pommard-Rugiens 1er cru JM Boillot en magnum 1990 – Ruchottes-Chambertin Grand Cru Domaine Mugneret – 1990 – Volnay Caillerets Ancienne cuvée Carnot Bouchard Père & Fils – 1990 – Vosne Romanée Cros Parantoux Emmanuel Rouget – 1990.

Tout porte à croire que la variété des vins bus interdit de me classer comme un adorateur des seuls vins d’étiquettes. Je parle quatre fois plus souvent de vins normaux que de vins d’étiquette. Mais la mémoire ne conserve sans doute que les plus prestigieux d’entre eux. Or mon univers est peuplé de quatre fois plus de vins en dehors des vins phare.

L’intérêt de ces questions est de me pousser à analyser un peu plus précisément ce que je bois. A ce titre, cette étude était intéressante.