Dîner d’anniversaire avec un Musigny exceptionnel jeudi, 1 juin 2017

Par une rare et belle conjonction de planètes nous recevons nos trois enfants en même temps à la maison, avec quatre de nos petits-enfants. Il y a deux anniversaires à fêter. Ma femme a prévu un seul plat, un veau cuit à basse température et un gratin dauphinois. Pour le dessert ce sera l’incontournable reine de Saba, parce qu’on peut facilement planter des bougies sur ce gâteau.

L’apéritif est fait de petites viennoiseries salées composées par les petits enfants et de jambon ibérique. Le Champagne Dom Ruinart 1990 est un de mes favoris et j’imaginais volontiers que 1990 était l’un des Dom Ruinart les plus réussis. Quelle n’est pas ma surprise de constater que cet excellent champagne, opulent, large en bouche et au beau fruit jaune doré est très loin de valoir le Dom Ruinart 1973 que j’avais bu la veille. Il y a dans le 1973 une vivacité et un côté cinglant que l’on ne retrouve pas aussi marqués dans ce 1990. Il est grand, jeune encore alors que le 1973 est à pleine maturité, il comble mes enfants, mais je dois dire que le 1973 le surpasse de vingt coudées. Voilà qui déboulonne l’une de mes icônes. Ça n’empêche pas ce 1990 d’être grand.

Le Château Margaux 1967 a un nez imprégnant, fort et pénétrant. La bouche est lourde comme celle d’un Lafite Rothschild d’une année puissante. Il y a de la truffe, des grains de poivre doux dans ce vin lourd et charmeur. Il y a une infime trace de bouchon dans le parfum mais on s’aperçoit que cela ne gêne en rien le goût profond et raffiné de ce vin. Oserais-je « au contraire » ? Car ce Margaux n’est pas du tout dans la gamme des vins féminins que Margaux peut être. Il est dans la famille des vins guerriers de la soldatesque conquérante. Et nous l’aimons tout particulièrement.

La deuxième bouteille que j’ai choisie pour ce dîner est un Musigny Comte de Vogüé d’un lot de trois bouteilles dont deux n’ont pas d’étiquette et la troisième en a une, abîmée, sur laquelle on pourrait lire soit 1979 soit 1972 mais plus probablement 1972 du fait de la position de petits trous, puisque les années sur les étiquettes de ce vin sont marquées par des points qui sont des petits trous qui percent l’étiquette. N’ayant pas la possibilité de trouver un lien avec un achat dans mes archives, le 1972 n’est pas sûr mais hautement probable. Lorsque j’ai ouvert la bouteille il y a quatre heures, j’espérais trouver le millésime sur le bouchon. Raté ! le bouchon très lisible confirme le nom du vin mais pas son âge. Lorsque nous sentons le vin, mes enfants et moi, c’est comme si nous étions envahis par une bourrasque ayant caressé la Côte de Nuits. Le parfum est envoûtant. Et dès que nous portons nos lèvres à ce vin, c’est une extase. Je vois l’émerveillement sur les visages de mes enfants. Ce vin a quelque chose d’extraordinaire. Ayant encore vivace la mémoire de la Romanée Conti 1980 bue hier, je ressens une émotion de même niveau et très différente car là où la Romanée Conti est sérieuse, le Musigny Comte de Vogüé 1972 explose de joie de vivre et d’un beau fruit rouge. Ce vin est du velours tant il y a de douceur combinée à une puissance contenue. On est en haut de l’Olympe quand on boit ce vin où toute la délicatesse est fondue dans une subtilité unique. Et le fait d’avoir pu goûter en un temps si proche deux merveilles, l’une plus cistercienne, l’autre plus gourmande, me ravit. La douceur et le velours sensuel de ce vin au fruit joyeux sont d’un bonheur rare. Décidément, j’aime les vins dans les soi-disant petites années car on lit mieux la précision de leurs complexités.

Aucun vin ne pouvait succéder à ces merveilles aussi le dîner s’est-il poursuivi en douceurs en bougies soufflées et en discussions.

l’étiquette est celle d’une autre bouteille du même lot. Le bouchon est évidemment de celle qui a été bue.

216ème dîner de wine-dinners au restaurant Laurent mardi, 30 mai 2017

Le 216ème dîner de wine-dinners se tient au restaurant Laurent. Le nombre de participants a oscillé plusieurs fois entre dix et onze dans les deux heures précédant le repas. Bravo à la flexibilité du restaurant qui s’est adapté en permanence aux différentes phases de ce suspense. En définitive nous sommes onze, avec une écrasante majorité masculine. Tous se connaissent. Seuls trois participants sont nouveaux.

Les vins ont été livrés au restaurant il y a une semaine. Quand j’arrive à 17 heures pour ouvrir les bouteilles, le jeune Benjamin, nouveau dans l’équipe de sommellerie que j’ai déjà croisé pour mes repas au Taillevent, m’assiste et me regarde officier. Je lui fais sentir les vins. Aucun bouchon ne me pose de problème irréversible. Comme cela arrive souvent, le haut du bouchon de la Romanée Conti sent la terre, alors que le bouchon du Rayas sent plutôt le bois du tonneau, sur sa seule partie supérieure. Les parfums les plus beaux sont ceux de la Romanée Conti 1980, du Palmer 1961, de l’Yquem 1983 et de Laville Haut-Brion 1948. Celui de La Tour Blanche 1948 est le plus réservé.

Nous prenons l’apéritif dans le petit salon rond de l’entrée. Je donne les consignes de vol aux nouveaux et nous buvons un Champagne Salon magnum 1995. Il a une belle présence et une longueur remarquable. Il est facile à comprendre et ses complexités sont bien coordonnées. Il n’est peut-être pas assez canaille. C’est le bon élève qui obtient des bonnes notes, loin des cancres délurés. Les petits amuse-bouche sont délicieux et parfaits pour le champagne.

Le menu créé par Alain Pégouret est : Petits pois en velouté glacé, perlines de lulo, panna cotta à la citronnelle / Bouillabaisse froide, pomme de terre et fenouil au basilic / Filet de rouget juste saisi, moelle à la lie de vin rouge / Noix de ris de veau rôtie, poêlée de morilles / Pièce de bœuf servie en aiguillettes, pommes soufflées « Laurent », jus aux herbes / Stilton / Mangue en croûte sucrée, noisettes et fèves de Tonka.

Le Champagne Dom Ruinart brut Blanc de Blancs 1973 est absolument exceptionnel. Il est exactement deux fois plus vieux que le Salon 1995 et s’inscrit résolument parmi les champagnes anciens à maturité. Ses complexités sont incroyables. Il est d’une longueur très supérieure à celle du Salon et mes convives prennent conscience de l’intérêt des champagnes anciens qui racontent dix fois plus de choses. La citronnelle est trop forte pour le champagne alors que l’entrée aux petit pois est un joli plat.

Sur la bouillabaisse froide qui est un plat magnifique il y a deux vins. Le Château Laville Haut-Brion 1948 avait un parfum superbe à l’ouverture. Il l’a encore mais l’attaque en bouche me déplait car je sens le vin glycériné, comme si l’on avait ajouté de la cire. Un des convives ressent la même gêne. Mais un miracle se produit. La gelée du plat est une merveille de goût et elle efface totalement la glycérine que je ressentais et le vin devient parfait, expressif, profond, absolument magnifié par le plat. Si c’est manifestement la gelée qui a transformé le vin, ce qui me surprend, c’est que cette transformation persiste, même lorsque l’on n’a plus en bouche la gelée ou le plat.

Le Montrachet Jacques Prieur 1986 est un vin de belle puissance mais contenue. C’est un vin riche mais calme. Il est très équilibré, à maturité, avec un beau fruit fécond, mais il joue un jeu un peu trop calme. Aussi, alors qu’au début du plat, il devançait largement le vin de Bordeaux, il s’est fait dépasser dans nos cœurs par le Laville miraculé. Les deux vins se comportent bien sur le plat que je considère comme le plus réussi et abouti du repas.

C’est une coquetterie de ma part d’associer un rouget au vin légendaire qu’est le Château Palmer Margaux 1961. Ce vin recherché par tous les amateurs de vins rares, ne faillit pas à sa légende. Le nez annonçait son triomphe à l’ouverture et nous avons effectivement devant nous un vin d’un accomplissement absolu. Son grain est riche et lourd, avec des intonations de truffe et des tannins affirmés. Il est profond, lourd, et d’une longueur infinie. Il conquiert le palais et ne le quitte plus avec une persistance rare. C’est très émouvant de boire un vin aussi conforme à sa légende. L’accord avec le rouget est d’une pertinence absolue.

A l’ouverture, j’avais fait sentir à Benjamin la Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1980 et je lui avais dit que ce nez comporte les deux marqueurs de ce vin, la rose et le sel. Nous avons le même parfum au moment du service. Oserais-je dire que nous sommes face à une Romanée Conti parfaite ou quasi parfaite ? 1980 est une année qui n’est pas tonitruante mais subtile. Et une telle année convient à la Romanée Conti dont l’expression devient romantique. C’est un vin qu’il faut écouter, car il suggère plus qu’il n’impose. Il y a la rose et le sel et un rythme en bouche qui est délicat. Le vin est profond, long aux accents changeants, et le plaisir que l’on ressent est comme de lire un poème rythmé et galant. La noix de veau est goûteuse mais je n’aime pas trop quand un ris de veau est croustillant. Je le préfère de mâche plus douce comme si le ris était poché. Les morilles sont superbes et comme elle sont discrètes elles se marient bien avec le vin qui reste en bouche indéfiniment. C’est une des très belles Romanée Conti que j’ai eu l’occasion de boire. Les votes le couronneront comme les élections « démocratiques » en Corée du Nord.

Le Château Rayas Châteauneuf du Pape 1988 a la malchance de passer juste après le bourgogne merveilleux. Il fait un peu rustaud et simple alors qu’en une autre circonstance il brillerait. Sur la délicieuse viande rouge il est très adapté mais nous avons encore en tête la musique aromatique de la Romanée Conti.

A quelque chose malheur est bon car le Rayas va mettre en valeur la Côte Rôtie La Landonne Guigal 1990 qui est un vin merveilleux associé lui aussi à la viande rouge. Ce qui caractérise ce vin c’est une invraisemblable fraîcheur. Alors qu’il est puissant, il sait être aérien. Il est fascinant car il paraît très simple mais il est complexe, riche, et tout passe en bouche avec une facilité totale. Ce vin est parfait, gourmand, un bonheur.

Le stilton est superbe, à la fois ferme et crémeux en équilibre total sans une fausse note. Le Château d’Yquem 1983 s’associe à lui avec une évidence indiscutable. Le vin est rond, totalement rond. C’est une sphère magique de goûts ensoleillés. Rien ne paraît plus beau, plus gourmand, plus joyeux que ce sauternes franc et loyal. C’est le sauternes parfait dans une acception jeune. On se régale. C’est un de mes chouchous.

Le Dom Ruinart 1973 avait succédé au Salon 1995 avec un supplément d’âme et de complexité. Nous avons le même phénomène avec le Château La Tour Blanche 1948 qui transcende Yquem. Et alors on comprend mieux l’effet de l’âge sur les sauternes. J’avais déjà goûté ce 1948 qui est certainement l’une des plus belles réussites de ce château attachant fruit d’une donation à l’Etat de la part d’un riche bourgeois surnommé Osiris. Le soleil de l’Yquem est celui des tropiques, le soleil de la Tour Blanche est celui d’Austerlitz. C’est la victoire totale d’un vin plein et riche qui surprend par la diversité des complexités de fruits bruns tout au long de son parcours en bouche. Il y aurait même un soupçon de thé. La mangue est idéale pour ce vin et les accompagnements d’automne ne lui conviennent pas.

Il est temps de voter. Nous sommes onze mais dix seulement voteront car la seule femme de notre table n’a bu qu’occasionnellement certains vins. Huit vins sur dix ont eu des votes. Seuls le Salon 1995 n’en a pas eu mais c’est logique car c’est le plus jeune et donc le moins inconnu, et le Rayas 1988 du fait de son passage difficile après la Romanée Conti. Deux vins seulement ont trusté les votes de premiers. La Romanée Conti en a capturé sept et le Palmer 1961 en a reçu trois.

Le vote du consensus serait : 1 – Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1980, 2 – Château Palmer Margaux 1961, 3 – Château La Tour Blanche 1948, 4 – Champagne Dom Ruinart brut Blanc de Blancs 1973, 5 – Château Laville Haut-Brion 1948, 6 – Château d’Yquem 1983.

Mon vote est : 1 – Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1980, 2 – Château Palmer Margaux 1961, 3 – Château La Tour Blanche 1948, 4 – Côte Rôtie La Landonne Guigal 1990.

Le service des vins par Ghislain a été parfait, le service de table irréprochable. Nous avions une magnifique table dans le jardin du restaurant Laurent qui est certainement la plus belle terrasse parisienne.

Alain Pégouret a fait une cuisine de très haut niveau que les guides devraient couronner plus qu’ils ne le font. Le plat le plus extraordinaire est la bouillabaisse d’une sensibilité extrême. Le rouget était le compagnon idéal pour le Palmer 1961. Les autres plats ont été simplifiés comme il convient pour les dîners de vins anciens sauf pour les accompagnements de la mangue qui n’apporteraient rien. Mais c’est à la marge tant tout fut bon, élégant, goûteux et convaincant.

Les vins ont fait un « sans faute » et je crois bien que les deux les plus longs sont les deux 1948, les deux plus grands étant ceux couronnés par les votes, tant celui du consensus que le mien.

L’atmosphère créée par un groupe sympathique et joyeux était telle que nous nous sommes quittés bien tard après avoir ponctué notre repas par une Chartreuse liqueur du centenaire, une verte délicieuse, offerte par l’initiateur de ce repas. Voilà un 216ème dîner qui restera un grand souvenir.

il est curieux que le 8 de 1948 ne soit pas visible

Laville Haut-Brion 1948

photo des vins dans ma cave

photo des vins au restaurant

hélas je n’ai pas la photo du rouget

les verres en fin de repas

Dîner à l’Assiette Champenoise après la fabuleuse dégustation Pol Roger lundi, 29 mai 2017

Après la fabuleuse dégustation de 38 champagnes de Pol Roger, nous sommes descendus dans le parc de l’Assiette Champenoise, pour laisser le personnel de service et de sommellerie préparer la table où nous avions été studieux, pour qu’elle accueille notre dîner. Hubert de Billy, propriétaire de Pol Roger, a été rejoint par son épouse Marie et Laurent d’Harcourt président de Pol Roger nous a quittés car il est retenu par un événement familial.

Des sommeliers ont descendu sur le parc quelques vins déjà dégustés pour qu’ils servent d’apéritif.

Le menu mis au point entre le chef Arnaud Lallement et Peter est le suivant : tradition, potée champenoise / asperge verte de Roques-Hautes S. Erhardt / langoustine royale, nage crémée, citron caviar / caviar Kaviari, haddock, pomme de terre / saint-pierre de petit bateau, carotte B. Deloffre / homard bleu, hommage à mon papa / pigeonneau fermier Cléopatra / fromages Philippe Olivier / miel et fraises.

Nous boirons à notre convenance les vins qui restent de la dégustation impressionnante et Peter, l’écossais organisateur de l’événement a ajouté d’autres vins. Le Coteaux Champenois Pol Roger années 60 est un vin tranquille blanc, qui n’est pas très porteur d’émotions pour moi mais il faut dire qu’après la dégustation on relâche un peu sa concentration.

Le Champagne Pol Roger Extra Brut sans année est d’une belle vivacité qui fait un fort contraste avec les vins que nous avons bus.

Le Champagne Pol Roger Blanc de Blancs 2009 est très jeune et sa bulle est trop envahissante. Il est servi trop froid ce qui contraste avec les températures impeccables lors de la dégustation.

Le caviar est superbe avec le Champagne Pol Roger 1962 et avec le Champagne Pol Roger Brut sans année sur base de 2008. Le 1962 est dans un état de grâce absolu.

Le Champagne Pol Roger rosé 2008 est très beau et gastronomique.

Le Champagne Pol Roger magnum 1971 est superbe.

Pour le dîner je n’avais plus l’esprit à prendre des notes, et la distribution des vins a été un peu brouillonne si l’on pense que Peter et Arnaud Lallement ont travaillé ensemble à un menu alors que les vins ont virevolté sans ordre structuré.

Avec Tomo nous avions déjà goûté plusieurs plats de ce repas mais ce n’est pas grave. La potée champenoise est divine, la langoustine est exceptionnelle, le caviar est très goûteux. Le saint-pierre est un plat très abouti, le homard est idéal. Le seul plat que je ne comprends pas bien est le pigeonneau recouvert de graines, ce qui empêche de profiter de la mâche de cette chair si tendre.

Arnaud Lallement a fait sur les deux jours une cuisine qui justifie ses trois étoiles et sa réputation. Il y ajoute une simplicité et une ouverture d’esprit qui sont remarquables. Peter a créé un événement historique. Le service a été en tout point exceptionnel. Les deux jours que j’ai partagés avec Tomo sont des moments riches et inoubliables.

Historique dégustation de 38 Pol Roger jusqu’à 1892 dimanche, 28 mai 2017

Peter est un écossais fou de champagne, dont la cave ne comprend que des champagnes. Il pousse sa passion au point de visiter tous les vignerons de la Champagne. Il organise des dégustations légendaires. C’est avec lui qu’à Londres j’avais goûté tous les millésimes de Pol Roger dans la cuvée Winston Churchill, tous présentés en magnums sauf un, le 1988, en jéroboam, qui fut le gagnant.

Ce soir nous sommes conviés à l’hôtel l’Assiette Champenoise d’Arnaud Lallement pour une dégustation de 38 champagnes différents de Pol Roger, allant du brut sans année fait sur une base de 2001 jusqu’au 1892.

Nous sommes douze, réunis à 17 heures dans un salon pour trinquer sur le Champagne Pol Roger Brut magnum sans année. Il y a un finlandais, une lettone, deux allemands dont un vit à Londres, un anglais, deux néerlandais, un japonais (mon ami Tomo), Peter l’organisateur écossais, Hubert de Billy propriétaire avec sa famille de Pol Roger, Laurent d’Harcourt le président de Pol Roger et moi.

Nous bavardons en goûtant ce champagne récent un peu dosé à mon goût mais très agréable à boire et nous rejoignons rapidement la salle de dégustation qui nous a été réservée. Peter a organisé huit séries de champagnes sans suivre un ordre chronologique. Nous allons voyager dans le temps dans les deux sens. Matthieu, l’excellent sommelier assisté de plusieurs personnes va gérer les verres en en récupérant au fur et à mesure car le restaurant n’a pas 38 fois 12 verres à nous proposer. Seul français à part les dirigeants de Pol Roger, je me suis comporté en irréductible gaulois en décidant de garder tous mes verres car je pressentais que la photo que l’on pourrait faire de tous les verres des vins dégustés serait du plus haut intérêt.

Première série : Champagne Pol Roger Brut sans année sur une base de 2011 est le champagne qui se vend en ce moment. Dans très peu de temps le même champagne, sur base de 2012, arrivera sur le marché. Le nez est très lacté, très doux et je le ressens moins dosé que le champagne servi en magnum. Ce champagne de très belle tension est très agréable.

Le Champagne Pol Roger Brut sans année sur une base de 2008 a un nez de plus belle tension. En bouche le champagne est plus tranchant. Il a un beau volume et une belle longueur. C’est un champagne raffiné que je trouve très bon.

Le Champagne Pol Roger Brut sans année sur une base du début des années 90, probablement 1992 et 1993 a une couleur d’un or encore clair et un nez plus âgé frappé d’un léger bouchon, qui n’est presque pas sensible en bouche. Comme souvent, personne n’ose le dire. Je l’évoque en catimini avec mon voisin Laurent d’Harcourt qui confirme mon impression. Si on met de côté l’infime trace, le vin est élégant et frais.

Le Champagne Pol Roger Brut sans année sur une base des années 50 a peut-être plus de pinot noir que les plus jeunes bruts sans année. La couleur est ambrée. Le nez est très mature avec un peu d’amertume apparente. En bouche il est très frais, léger et aérien. Il est plutôt court, avec un finale imprécis. Globalement, il n’est pas très agréable.

Le Champagne Pol Roger Brut sans année Pint est d’un volume britannique de 58 cl intermédiaire entre la demi-bouteille et la bouteille. Ce volume a été utilisé jusqu’en 1973. Le champagne est donc probablement entre le champagne des années 50 et 1973, ce qui est cohérent avec la gradation des couleurs de cette série. Le nez est très doux. Le vin très agréable en bouche, lacté. Il est précis et de belle longueur.

Mon classement de cette première série est : 1 – Pint, 2 – base 2008, 3 – base 90s, 4 – base 2011, 5 – base 50s.

Deuxième série : Champagne Pol Roger 2002. Le nez est fabuleux. Le vin est très vif et très racé.

Le Champagne Pol Roger 1971 a une couleur déjà ambrée. Le nez montre des signes d’âge. Le vin est très pur, solaire, avec quelques signes d’âge. C’est typiquement le vin qui brillerait s’il était associé à un plat. Il est très joli.

Le Champagne Pol Roger 1947 est présenté sous deux formes. Le Champagne Pol Roger 1947 de dégorgement d’origine a un nez très doux. La bouche est suave. Il est fantastique. Il est un peu court mais il a tellement de charme.

Le Champagne Pol Roger 1947 dégorgé en 1981 a été étiqueté pour le mariage de Charles et Diana mais n’a pas été utilisé pour cet événement. Il est plus sec car il n’a pas été dosé au moment du dégorgement. Sa vivacité est extrême. Il est assez ensoleillé et agréable mais je préfère de loin le premier qui m’enchante.

Le Champagne Pol Roger 1928 a un nez qui n’est pas net. La bouche est de nettement meilleure présentation. C’est un témoignage très attachant. Ce vin m’étonne du fait de l’écart entre nez et bouche. Le vin a une grande longueur. Il est extrêmement passionnant.

Mon classement de cette deuxième série est : 1 – 1947 dégorgement initial, 2 – 1928, 3 – 2002, 4 – 1947 dégorgé en 1981, 5 – 1971.

Troisième série : Champagne Pol Roger magnum 1990. Le vin du verre de Laurent d’Harcourt est bouchonné alors que celui de mon verre ne l’est pas ce que Laurent, étonné, attribue à son verre. Ce champagne a beaucoup de corps. De belle prestance il est opulent. C’est un champagne glorieux, de couleur claire. Peter nous informe qu’un deuxième magnum a été ouvert, de moins bonne qualité que celui-ci.

Le Champagne Pol Roger 1964 a une couleur légèrement ambrée. Le nez est un peu fatigué. La bouche est superbe, en contraste avec le nez. C’est un vin glorieux et tellement raffiné. C’est mon goût.

Le Champagne Pol Roger 1953 est à peine plus ambré que le 1964. Le nez est très pur. C’est un vin magnifique, très grand, doux et je le préfère au 1964 déjà très grand.

Le Champagne Pol Roger 1934 a une couleur très claire pour son âge. Le nez est superbe. C’est un très grand vin.

Mon classement de cette troisième série est : 1 – 1953, 2 – 1934, 3 – 1964, 4 – 1990. Je suis subjugué par la performance extrême des trois premiers. Il y a des épices et du poivre et un goût très sec malgré le dosage ce qui est superbe.

Quatrième série : Champagne Pol Roger 1982 a une couleur très claire. Le nez est superbe et plein d’énergie. C’est un vin fantastique qui allie jeunesse et pleine maturité.

Le Champagne Pol Roger 1962 a une couleur plus claire que le 1982. Le nez est profond et romantique. En bouche il y a un peu de perlant et du bonbon anglais qui font que le vin n’est pas très équilibré. Mais c’est un vin intéressant. Il y a un peu trop d’acidité dans le finale et quand il s’élargit dans le verre, on sent le coing.

Le Champagne Pol Roger 1952 a un nez élégant mais avec une pointe d’amertume. La bouche est agréable mais ce n’est pas un champagne parfait. Quand il s’améliore, il devient très beau.

Le Champagne Pol Roger 1904 dégorgé en 1921 et rebouché en 1992 est bouchonné, rebutant, mais en bouche cela va beaucoup mieux. Il est très excitant et la douceur de son dosage est la meilleure de tout ce que nous avons bu. Nous nous sommes demandé quand est apparu le nez de bouchon et c’est de toute évidence au rebouchage.

Mon classement de la quatrième série est : 1 – 1952, 2 – 1962, 3 – 1982, 4 – 1904.

Cinquième série : Champagne Pol Roger 1995 est de couleur claire. Le nez est très expressif. En bouche c’est un très grand champagne sans âge, extrêmement accompli.

Le Champagne Pol Roger 1985 a un nez très puissant et très clair. Il est extrêmement vif. Je l’adore car c’est un très grand vin d’une grande année.

Le Champagne Pol Roger 1961 est un peu ambré mais pas trop. Le nez est désagréable. Le vin est amer et manque d’équilibre.

Le Champagne Pol Roger 1949 a un nez d’une douceur incroyable. Son élégance est rare. Alors qu’Hubert de Billy signale un petit manque de matière, je le trouve fabuleux, élégant et romantique.

Mon classement de la cinquième série est : 1 – 1949, 2 – 1985, 3 – 1995, 4 – 1961.

Sixième série : le Champagne Pol Roger Blanc de Blancs 1988 est clair avec un nez très limpide. Le champagne est parfait. C’est le champagne idéal qui mêle jeunesse et maturité.

Le Champagne Pol Roger Vintage 1988 est excellent aussi. Il est moins aérien et je préfère le blanc de blancs.

Le Champagne Pol Roger rosé 1988 a un nez superbe. Il est bien charpenté et de bel équilibre. Hubert de Billy est très surpris de le voir aussi brillant. C’est un grand rosé.

Le Champagne Pol Roger P.R. 1988 est à 50 – 50% entre pinot noir et chardonnay. Il est très clair, au nez profond. C’est un vin très lourd mais dans le bon sens du terme tant il est imprégnant.

Le Champagne Pol Roger Cuvée Winston Churchill 1988 c’est la classe à l’état pur. Le vin est au sommet, parfait.

Mon classement de la sixième série de cinq 1988 est : 1 – Winston Churchill, 2 – Blanc de Blancs, 3 – rosé, 4 – Vintage, 5 – P.R.

Septième série : le Champagne Pol Roger magnum 1996 a un nez magnifique, fabuleux et tellement pénétrant. Le vin est très puissant avec des fruits comme la groseille à maquereau. Vraiment très puissant.

Le Champagne Pol Roger 1959 dégorgement d’origine a une couleur assez foncée. Le nez est assez fatigué mais il est plus réaliste que le « jeune » 1959 qui suit.

Le Champagne Pol Roger 1959 dégorgement vers 2000 a une couleur beaucoup plus claire. Le vin est très fluide et fait très jeune. Je préfère le dégorgement d’origine qui est plus conforme à ce que doit être un 1959.

Le Champagne Pol Roger 1937 a un nez fatigué. Le vin est très ambré. La bouche n’a rien à voir, elle est belle. C’est un joli vin qui me plait énormément même si le finale n’est pas totalement net. Je l’aime malgré ses défauts.

Le Champagne Pol Roger 1914 dégorgement d’origine rebouché en 99 ou 2000 est un vin étonnamment clair et ça me gêne. Le nez fait un peu étable mais discrètement. Le vin est agréable mais pas au niveau de ce que 1914 devrait être, année mythique. Il est à la fois doux et vif.

Mon classement de la septième série est : 1 – 1959 original, 2 – 1996, 3 – 1937, 4 – 1959 dégorgement tardif, 5 – 1914.

Huitième Série : Le Champagne Pol Roger 2008 est clair. Il est magnifique avec une largeur incroyable. Ce sera une vedette pendant un siècle.

Le Champagne Pol Roger 1979 est très agréable et élégant. Je signale du caramel et Hubert de Billy précise : crème brûlée.

Le Champagne Pol Roger 1966 est superbe, pas très large mais joli.

Le Champagne Pol Roger 1921 dégorgement d’origine est magique. Il n’est pas parfait mais il a l’âme de 1921. C’est un vin fantastique.

Le Champagne Pol Roger 1921 dégorgement janvier 1992 est très clair, au nez superbe, il est incroyable de vivacité.

Le Champagne Pol Roger 1892 a un nez qui n’est pas net mais la bouche est doucereuse. C’est un vin très charmant, doux, dont on sent le sucre.

Mon classement de la huitième série est : 1 – 1921 original, 2 – 1921 dégorgement tardif, 3 – 2008, 4 – 1966, 5 – 1892, 6 – 1979.

Autant on peut classer dans une série, autant il m’est impossible de classer tous les vins car la mémoire ne peut assimiler tous ces vins en les hiérarchisant. Il est probable que si nous avions suivi l’ordre chronologique dans un sens ou dans l’autre, j’aurais pu faire des hiérarchies globales mais j’apprécie aussi le choix de Peter de varier les périodes dans chaque série ce qui a maintenu nos sens en éveil.

Je suis impressionné par la qualité générale de tous ces champagnes. Le taux de rejet est extrêmement ténu et je suis étonné aussi de voir que des nez rebutants ne signifient pas du tout que la bouche le sera. Je suis personnellement plus favorable aux dégorgements d’origine mais j’admets volontiers que c’est mon goût qui me pousse à rechercher l’âme du vin dans son année, plutôt que rajeunie.

Les températures de service ont été excellentes, exactes, le service de l’équipe de sommellerie a fait un travail très professionnel. Hubert de Billy et Laurent d’Harcourt pensent que cette dégustation qui n’avait jamais été faite aussi extensive sera peut-être impossible à refaire. Nous avons participé à un événement historique.

Nous quittons la salle de dégustation pour que le personnel puisse préparer notre table pour le dîner au cours duquel nous boirons les « restes » et quelques bouteilles nouvelles sur un menu spécialement conçu par Arnaud Lallement pour nous. La fête continue !

après l’apéritif, travail sérieux. Peter debout au fond présente la dégustation

ensuite, nous sommes prêts à travailler

 

 

 

Photo des verres de 38 Pol Roger dimanche, 28 mai 2017

La numérotation des vins bus lors de la fabuleuse dégustation de Pol Roger permet de retrouver chaque verre sur la photo.

Champagne Pol Roger Brut magnum sans année

  1. Champagne Pol Roger Brut sans année sur une base de 2011
  2. Champagne Pol Roger Brut sans année sur une base de 2008
  3. Champagne Pol Roger Brut sans année sur une base du début des années 90
  4. Champagne Pol Roger Brut sans année sur une base des années 50
  5. Champagne Pol Roger Brut sans année format Pint des années 60

Classement : 1 – Pint, 2 – base 2008, 3 – base 90s, 4 – base 2011, 5 – base 50s

  1. Champagne Pol Roger 2002
  2. Champagne Pol Roger 1971
  3. Champagne Pol Roger 1947 de dégorgement d’origine
  4. Champagne Pol Roger 1947 dégorgé en 1981
  5. Champagne Pol Roger 1928

Classement : 1 – 1947 dégorgement initial, 2 – 1928, 3 – 2002, 4 – 1947 dégorgé en 1981, 5 – 1971.

  1. Champagne Pol Roger magnum 1990
  2. Champagne Pol Roger 1964
  3. Champagne Pol Roger 1953
  4. Champagne Pol Roger 1934

Classement : 1 – 1953, 2 – 1934, 3 – 1964, 4 – 1990.

  1. Champagne Pol Roger 1982
  2. Champagne Pol Roger 1962
  3. Champagne Pol Roger 1952
  4. Champagne Pol Roger 1904 dégorgé en 1921 et rebouché en 1992

Classement : 1 – 1952, 2 – 1962, 3 – 1982, 4 – 1904

  1. Champagne Pol Roger 1995
  2. Champagne Pol Roger 1985
  3. Champagne Pol Roger 1961
  4. Champagne Pol Roger 1949

Classement : 1 – 1949, 2 – 1985, 3 – 1995, 4 – 1961.

  1. Champagne Pol Roger Blanc de Blancs 1988
  2. Champagne Pol Roger Vintage 1988
  3. Champagne Pol Roger rosé 1988
  4. Champagne Pol Roger P.R. 1988
  5. Champagne Pol Roger Cuvée Winston Churchill 1988

Classement : 1 – Winston Churchill, 2 – Blanc de Blancs, 3 – rosé, 4 – Vintage, 5 – P.R.

  1. Champagne Pol Roger magnum 1996
  2. Champagne Pol Roger 1959 dégorgement d’origine
  3. Champagne Pol Roger 1959 dégorgement vers 2000
  4. Champagne Pol Roger 1937
  5. Champagne Pol Roger 1914 dégorgement d’origine rebouché en 99 ou 2000

Classement : 1 – 1959 original, 2 – 1996, 3 – 1937, 4 – 1959 dégorgement tardif, 5 – 1914.

  1. Champagne Pol Roger 2008
  2. Champagne Pol Roger 1979
  3. Champagne Pol Roger 1966
  4. Champagne Pol Roger 1921 dégorgement d’origine
  5. Champagne Pol Roger 1921 dégorgement janvier 1992
  6. Champagne Pol Roger 1892

Classement : 1 – 1921 original, 2 – 1921 dégorgement tardif, 3 – 2008, 4 – 1966, 5 – 1892, 6 – 1979.

Les vins dans les groupes ont été servis de droite à gauche. Sur la ligne 3 il y a à gauche le groupe 3 et à droite le groupe 4. Sur la ligne 4 il y a à gauche le le groupe 5 et à droite le groupe 6, voir les numéros sur le tableau ci-dessous.

Position des verres sur la photo

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Dîners de curiosités extrêmes à l’Assiette Champenoise samedi, 27 mai 2017

Peter est un écossais dont le hobby est le vin de Champagne. Il en connaît presque tout. C’est lui qui avait organisé la spectaculaire verticale de la Cuvée Winston Churchill de Pol Roger à Londres. Il récidive en organisant une verticale très exhaustive du champagne Pol Roger à l’hôtel l’Assiette Champenoise à Tinqueux près de Reims. Mon ami Tomo et moi nous inscrivons à cette dégustation et l’idée nous vient de séjourner aussi la veille pour un dîner où nous apporterions de belles bouteilles. Nos apports sont facilement déterminés et Tomo me dit que si nous trouvions des convives supplémentaires, nous pourrions apporter plus de vins. C’est seulement avant de partir vers Reims que j’appelle un ami qui décide sur l’instant de nous rejoindre avec sa femme.

Lorsque j’arrive à l’hôtel, j’annonce que nous serons quatre et non deux. La maman d’Arnaud Lallement me fait des frayeurs en me disant que le restaurant est complet, sans possibilité d’ajouter des convives mais, dit-elle, Arnaud sait faire des miracles. Quand Tomo arrive nous allons bavarder dans le joli parc ensoleillé et nous partageons une demi-bouteille de Champagne Amour de Deutz 2008 qui était un cadeau de bienvenue dans ma chambre. Le champagne est précis, grand, mais il lui manque une petite pointe d’émotion pour qu’on puisse l’adorer.

Nous nous trouvons tous les quatre à 19h30 à ajuster nos apports car Pierre, l’ami     prévenu très tard, a apporté quatre vins, Tomo en a quatre aussi et j’en ai cinq. Treize vins pour trois buveurs, puisque la femme de Pierre est enceinte, ce n’est pas possible. Nous procédons par élimination et nous mettons au point le menu avec Matthieu, l’excellent sommelier. Quand Magali, la femme d’Arnaud arrive pour composer le menu, elle est toute étonnée que le travail ait déjà été fait.

Nous prenons l’apéritif dehors avec le Champagne La Grande Dame Veuve Clicquot Ponsardin 1962 que j’ai apporté et qui est rare car c’est la première année où a été faite La Grande Dame. La bouteille est très belle, dans une forme de type bouteille de Coca-Cola, forme qui a été utilisée jusqu’en 1985. Le bouchon vient sans pschitt et la bulle est inexistante, même si le pétillant est là. La couleur est ambrée. Le champagne a le goût d’un champagne ancien, très expressif, profond et d’une grande complexité. Il y a cependant une amertume prononcée qui me gêne un peu. Arnaud vient nous saluer, tout souriant, et c’est un plaisir de le retrouver.

Nous passons à table et Arnaud Lallement nous a gâtés car notre table est très vaste pouvant accueillir des verres en nombre illimité. Le menu sera : tradition, potée champenoise / tourteau et jus de têtes / saint-pierre de     petit bateau, carotte B. Deloffre / pigeonneau fermier Cléopatra / ris de veau, crème de persil / fromages / miel et fraises. La cuisine d’Arnaud Lallement est d’une rare finesse et ce qui nous subjugue, ce sont les sauces généreusement distribuées, qui exposent leurs saveurs en strates, chaque strate ajoutant une complexité. J’aime ces saveurs en trois dimensions. C’est une cuisine d’une grande subtilité, tout en paraissant en bouche d’une grande simplicité. C’est idéal pour les vins.

Le Champagne Sélection Royale Réserve P. Philipponnat & Cie 1926 est apporté par Pierre qui nous indique que le niveau est bas. Le bouchon se brise et même avec le tirebouchon il vient en plusieurs morceaux alors qu’habituellement la lunule vient entière. Là aussi pas de pschitt. La couleur est moins foncée que celle du 1962 et le goût en bouche est extrêmement sucré. Aussi, ce champagne ne conviendra pas à la potée champenoise qui appelle un rouge.

Pierre croyait avoir apporté un Gaudichots mais en fait c’est un Vosne-Romanée Domaine Forey Père & Fils 1986 qui est ouvert sur l’instant. Ce vin a un nez sympathique. C’est vraiment le bourgogne « Villages » dans sa plus belle expression. Et le vin colle très bien au délicat bouillon de la potée, plat emblématique.

Le champagne Philipponnat accompagne le tourteau de très agréable façon. Très doux, il est un peu comme un sauternes discret et pétillant. Nous l’aimons beaucoup pour sa franchise et sa douceur.

La bouteille suivante apportée par Pierre est un Champagne Pierre Péters 1976 habillé avec une étiquette du Club de Viticulteurs Champenois. Le nom de Pierre Péters ne figure pas sur la bouteille et seulement sur une carte de visite pliée ficelée au goulot qui explique que 46 vignerons ont habillé spécialement certaines cuvées sous le label du club. Le champagne accompagne le saint-pierre. Sa bulle est très active, il est très pétillant, un peu salin, mais il manque d’un soupçon de coffre et de longueur.

J’ai apporté une bouteille de vin rouge de forme bourguignonne, sans étiquette mais un lambeau minuscule porte en bas de la bouteille les lettres « AR » écrites en petits caractères. La capsule de négoce est neutre, d’un très joli mauve dont la patine évoque la fin des années 30. Le niveau est très haut dans la bouteille, à deux centimètres sous le bouchon. J’avais ouvert la bouteille au moment de l’apéritif. Le bouchon neutre ne donnait aucune indication et l’odeur agréable était prometteuse.

Sur le pigeon le Bourgogne inconnu années 40 rebute Pierre et un peu aussi Tomo. Je n’ai pas les mêmes critiques car j’attends de voir. Et ce qui me frappe c’est que ce vin est totalement algérien. Il a des notes de charbon, de café, de vin torréfié et pour moi, ce vin est très buvable, car il n’a pas de défaut. J’aurais bien aimé le confronter à un Royal Kebir 1945. Lorsqu’on le boit sur le ris de veau, c’est la crème de persil qui le fait redevenir bourguignon et à ce moment précis je l’aime beaucoup. Il fallait savoir l’attendre.

Pour ris de veau c’est le Champagne Krug Collection 1973 qui est prévu. C’est l’apport de Tomo qui devait être la star de ce dîner. Or en fait, si le champagne est bon, il manque d’ampleur et de vivacité. On le boit bien sûr avec plaisir mais la splendeur du vin n’est pas au rendez-vous. Le bouchon extrêmement court et chevillé avait laissé échapper les bulles et une partie de l’âme du champagne. Aussi Tomo fait ouvrir le Puligny-Montrachet 1er Cru Les Folatières Domaine d’Auvenay 2006 qu’il a apporté. Ce vin est exceptionnel de jeunesse puissante et large. C’est un vin de première grandeur, long en bouche qui nous pousse à prendre du fromage. Le vin est large, gourmand, de très belle facture, à la rémanence infinie.

A ce stade j’annonce mon vote qui est 1- Puligny-Montrachet 2006, 2 – Philipponnat 1926, 3 – Vosne Romanée 1986, 4 – Krug Collection 1973. Mais arrive sur le dessert miel et fraise le vin que j’ai apporté qui va bousculer le classement en prenant la première place, d’une bouteille que ni Arnaud qui connaît la Champagne comme sa poche, ni le sommelier, n’ont déjà vue.

Le Champagne Jacques Selosse Collection Moon rosé Cuvée Première Grand Cru dégorgé le 21 septembre 1995 a l’étiquette faciale transparente laissant voir le rose foncé magnifique et l’étiquette dorsale est opaque, indiquant Champagne Collection Moon sans que le nom de Selosse ne soit mentionné. Il est très significatif que le champagne ait été dégorgé un jour d’équinoxe car ce n’est pas la première fois que je le remarque. Il faudra que je demande à Anselme Selosse quelle est la signification du choix de cette date. Le champagne est glorieux. Il est intense, profond, riche et joyeux. C’est un rosé exceptionnel, long en bouche, qui a tout pour lui. Il aurait fallu le confronter au pigeon ou à une viande rose pour qu’il y ait un combat alors que le délicieux dessert ne fait pas le poids face à lui.

Globalement, à part le Selosse rosé de plus de vingt ans et le Puligny 2006, tous les autres vins et champagnes n’étaient pas parfaits. Agréables certes mais de portée limitée. Mais ce qui comptait le plus c’est l’envie de découvrir des curiosités car certaines bouteilles comme le Philipponnat, le Péters et le Selosse sont quasiment introuvables.

Le service de Matthieu a été parfait, complice de nos folies, Arnaud est venu plusieurs fois s’asseoir auprès de nous, toujours aussi amical, joyeux et ouvert lui aussi à nos bizarreries. Il y a dans cet hôtel une ambiance très chaleureuse qui correspond à l’esprit ouvert du chef. S’il devait y avoir un vainqueur à côté du superbe rosé de Selosse, ce serait les diaboliques sauces d’Arnaud, gourmandes et complexes à souhait.

Pierre et Diane sont allés dormir dans une petite chambre trouvée à une dizaine de kilomètres de Reims car tous les hôtels sont complets en ce week-end de pont de l’Ascension. Tomo et moi avons devisé dans le calme de la nuit dans le jardin jusqu’à deux heures du matin. Demain ou plutôt ce soir, une grande aventure Pol Roger nous attend.

Le dôme d’accueil de l’hôtel Assiette Champenoise Arnaud Lallement

Champagne Amour de Deutz 2008

Champagne La Grande Dame Veuve Clicquot Ponsardin 1962

Champagne Sélection Royale Réserve P. Philipponnat & Cie Demi-Sec 1926

Vosne-Romanée Domaine Forey Père & Fils 1986

Champagne Pierre Péters 1976 Club de Viticulteurs Champenois

Bourgogne inconnu années 40

Champagne Krug Collection 1973

Puligny-Montrachet 1er Cru Les Folatières Domaine d’Auvenay 2006

Champagne Jacques Selosse Collection Moon rosé Cuvée Première Grand Cru dégorgé le 21/09/1995

amuse bouche dans le parc

dans le restaurant, notre table est juste sous le magnifique lustre de Baccarat

Some recent buys jeudi, 25 mai 2017

More and more I love to explore the unknown.

Three examples : one Champagne Moët & Chandon Grand Crémant Impérial Doux. The archivist of Moët says that this bottle was commercialised between 1941 and 1948. Crémant means that the pressure is weaker than for other champagne, giving a less active bubble, and « doux » means a very sweet champagne.

Champagne Théophile Roederer Extra Dry which means a sweet champagne, very probably from the twenties

Champagne Kruger & Cie 1966 Epernay totally unknown to me.

215th dinner of wine-dinners in restaurant Michel Rostang mercredi, 24 mai 2017

The 215th dinner of wine-dinners is held in the restaurant Michel Rostang. I came here a week ago to bring the dinner wines in order that they rest in the cellar of the restaurant and I met Nicolas Beaumann, the chef of the restaurant, to develop the menu.

At 4:45 pm I arrive in the restaurant to open the wines. Baptiste, sommelier who will soon replace Alain, the faithful and competent sommelier who is going to retire, will attend the opening of wines and do wine service tonight.

Classically there are problems with old corks that resolve in calm and serenity, but I had a great scare. By removing the capsule of Petrus 1967, I notice that the cork had dropped three centimeters, so that the bottom of the stopper reaches the shoulder, under the base of the neck. It is highly probable that by wanting to put the tip of the corkscrew into the cork, I will cause the stopper to fall into the wine, which will force me to decant the bottle, clean it to transfer the wine into the bottle when the cork would have been released.

It is a lesson of zenitude. I spin the tip of my long corkscrew slowly without wanting to break through and after a minute I feel a possible grip. I did not point down but towards the side and I can then push the tip into the cork without this one slipping down. The cork is reassembled whole, avoiding me of the transfers which would have racked the wine.

The most beautiful odors at the opening are those of the Pavie-Decesse 1945 which is the absolute definition of the perfume of a Saint-Emilion, Clos Sainte-Hune 1968 and La Tâche 1958 so Burgundy. All other fragrances are encouraging. I do not detect any problems or faults. So I can go for a walk in a Paris which is smiling as soon as there are beautiful rays of sun.

After the short walk I return to the restaurant to drink a craft beer made in Paris, called « la Parisienne liberée« , made of barley malt Vienna and hops Aramis and which heading 5 °. I ask the director if there is something to eat, and Chef Nicolas who hears my request makes me carry a slice of pie that is to damn and is so good and greedy.

The participants of the dinner, all punctual, are ten of which nine men and a woman who announces that she does not drink but in fact will taste all the wines. Only two or three of them had ever attended one of my dinners at the Guy Savoy restaurant.

We have for ourselves the small room which is close to the kitchen that we see through the wall of glass. We take the aperitif standing, with a Champagne Dom Pérignon 1998 which is solid, serious, classic and mat. It is more and more pleasant with the time that round it.

The menu created by Nicolas Beaumann is: Canapés and amuse-bouche / crab cake and caviar osciètre, consommé / Roasted Saint-pierre and small stewed chanterelles, juice of the edges in the wine of merlot / Heart of veal, veal juice, morels Stuffed and smoked potatoes / Cane «Mieral» with blood, red wine sauce bound with blood and foie gras / Stilton / Pineapple Victoria roasted and light mango foam, shortbread of Bretagne.

The Champagne Taittinger Collection Viera da Silva 1983 in a flashy blue opaque bottle marks a major qualitative leap over the previous champagne. The Dom Pérignon was young, this champagne more amber is mature. It is of extreme length and unimaginable complexity. It is gourmand and of a persistence aromatic particularly asserted. This expressive champagne conquers my guests who are astonished that a champagne of 34 years can have as many qualities. I did not retain the title of the amuse-bouche but it played its part, highlighting the delicious champagne.

The Clos Sainte-Hune Riesling Domaine Trimbach 1968 is a rarity. I thought I never drank it but actually I drank it once four years ago in Austria and the previous one was relatively tired. The latter had a very expressive perfume at the opening. He always has it and what is crazy is that this riesling gives me evocations of red fruits. It’s really crazy. We are no longer in the definition of riesling but the lively and sharp wine is very pleasant to drink, with a very strong personality difficult to define.

On the caviar cake I found that the caviar is not expressive enough, we have at the same time the Corton Charlemagne Domaine Bouchard Père et Fils 1956. This wine is superb. The table will be split in two between those who prefer the Sainte-Hune and those who prefer the Corton-Charlemagne. The initiator of the dinner is in the Alsatian camp and I am in the Burgundy camp. It seems to me that the combination is more on the rich burgundy whose route in the mouth spreads complexities by successive strata. It is very long, a little peppery and the agreement is mainly with the delicious consommé in gelée. That a Corton Charlemagne 1956 is of this lively presence is very surprising. The two racy and different white are both of great pleasure.

The Saint-pierre with small chanterelles is a dish of high quality which creates a chord of first size with the two bordeaux. The Château Pavie-Decesse Saint-Emilion 1945 has a color that surprises everyone, from blood of pigeon. The nose is incredibly deep, rich, and we feel the influence of the exceptional vintage. The wine is perfect, complete, rich in the mouth and the faces of all the guests express their astonishment. How can a 72 year old wine not have an age and a fullness so asserted?

The Pétrus 1967 is an aesthetic refinement. It carries within it the romanticism of his year. It is a great Petrus, in suggestion but also in depth. It is long and precise but my heart capsizes more for the Saint-Emilion than for the Pomerol. The agreement with the fish is relevant for both wines.

The veal at low temperature is ideal for both burgundies. The red Musigny Domaine Comte Georges de Vogüé 1979 is a delicate wine. It is young, of a fruit suggested and noble like all the Musigny of this great house. But our loves will concentrate on the wine that is associated with the same dish.

The La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1958 had a superb level in the bottle, two centimeters under the cork which is superb, tinted with black on only three millimeters which is insignificant. The nose of this wine is intoxicating and so Burgundy. In the mouth it is the ecstasy because this wine magnifies the aspects so characteristic of the wines of the Domaine, the rose and the salt. The wine is in a state of grace such that it will appear in the votes of all the participants, and seven times in the first place. The agreement with the calf is refined because the dish has the intelligence to behave as a home-made to let the wine shine.

The room manager will prepare for us and serve the duck to the blood (canard au sang), institution of the house. We all get up to see how he presses the carcass to make the sauce and how he slashes the aiguillettes with rare dexterity. The dish is heavy as lead but tasty and the Châteauneuf du Pape Cuvée des Célestins Henri Bonneau 1988 is doing very well because it is not crushed by the dish, even if the dish is the dominant male. It is a very beautiful Châteauneuf made by an exceptional winegrower whose memory I revere. But the wine is young in spite of its almost thirty years and retains less our attention.

The Château Caillou Barsac 1934 is of a pretty light color. I love this spontaneous, frank, chewy and cheerful wine. It accompanies the stilton gracefully. Strangely enough I will be the only one to put it among my four favorites.

The Château d’Yquem Sauternes 1916 comes from a bottle that was reconditioned in 1989 in the castle. At the opening, when I smelt the wine, I figured there should not be 100% of 1916 in this bottle. At the time of the tasting on the pineapple dessert, I find that this Yquem has every chance of being of 1916, but with probably a small addition of a young Yquem to make the level. It is nice, little botrytised, which is consistent with a 1916 who would have eaten some of its sugar. It is a pleasant sauternes but it does not have the magic of Yquem as had Yquem 1919 that three guests had tasted during a previous meal.

It is time to vote. We are eleven to vote for the four wines that we preferred among the eleven wines served. As is often the case, the youngest wines have no votes. Nine wines received votes and the Dom Pérignon and the Châteauneuf-du-Pape did not because of their youth. There are only three wines that have been named first, as La Tâche captured the win, with seven first-place votes. La Tâche is included in the eleven votes. The Pavie Decesse and the Petrus each had two first votes.

The vote of the consensus would be: 1 – La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1958, 2 – Chateau Pavie-Decesse Saint-Emilion 1945, 3 – Corton Charlemagne Domaine Bouchard Père et Fils 1956, 4 – Pétrus 1967, 5 – Château d’Yquem Sauternes 1916, 6 – Champagne Taittinger Collection Viera da Silva 1983.

My vote is: 1 – La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1958, 2 – Chateau Pavie-Decesse Saint-Emilion 1945, 3 – Corton Charlemagne Domaine Bouchard Père et Fils 1956, 4 – Chateau Caillou Barsac 1934.

I had in my musette a Bas Armagnac Domaine Boingnères 1970 bottled in 1989, very expressive and deep alcohol which allowed us to continue to converse together. The food was of a very high standard. The most brilliant dishes to highlight the wines are the saint-pierre for Bordeaux and the calf for the burgundies. I found the caviar too discreet on the cake while the consommé is magic for the whites. And the dessert with the pineapple lacked a little pineapple and especially of chew, because it is a dessert that is nibbled more than is eaten. The service of wine by Baptiste was impeccable. Perfect table service and successful dishes. The atmosphere of the restaurant is friendly and attentive. Everything contributed to make this 215th dinner a warm dinner of great wines.

(the pictures can be seen on the article in French)

215ème dîner de wine-dinners au restaurant Michel Rostang mardi, 23 mai 2017

Le 215ème dîner de wine-dinners se tient au restaurant Michel Rostang. J’étais venu il y a une semaine porter les vins du dîner qui ont reposé dans la cave du resturant et j’ai rencontré Nicolas Beaumann, le chef du restaurant, pour mettre au point le menu.

A 16h45 je me présente au restaurant pour l’ouverture des vins. Baptiste, sommelier qui va prochainement remplacer Alain, le fidèle et compétent sommelier qui va partir à la retraite, va assister à l’ouverture des vins et faire le service des vins ce soir.

Classiquement il y a des problèmes avec les bouchons anciens qui se résolvent dans le calme et la sérénité, mais j’ai eu une belle frayeur. En enlevant la capsule du Pétrus 1967, je constate que le bouchon avait baissé de trois bons centimètres, ce qui fait que le bas du bouchon se situe dans l’épaule, sous la base du goulot. Il est hautement probable qu’en voulant piquer la pointe du tirebouchon dans le liège, je vais faire tomber le bouchon dans le vin ce qui m’imposera de décanter la bouteille, la nettoyer pour transvaser le vin dans la bouteille lorsque le bouchon en aurait été sorti.

C’est une leçon de zénitude. Je fais tourner la pointe de mon long tirebouchon lentement sans vouloir percer et au bout d’une minute je sens une accroche possible. Je n’ai pas pointé vers le bas mais vers le côté et je peux alors enfoncer la pointe dans le bouchon sans celui-ci ne glisse vers le bas. Le bouchon est remonté entier, m’évitant des transvasements qui auraient chahuté le vin.

Les plus belles odeurs à l’ouverture sont celles du Pavie-Decesse 1945 qui est la définition absolue du parfum d’un saint-émilion, du Clos Sainte-Hune 1968 et de La Tâche 1958 si bourguignonne. Tous les autres fragrances sont encourageantes. Je ne détecte aucun problème ni aucun défaut. Je peux donc aller me promener dans un Paris souriant dès qu’il y a de beaux rayons de soleil.

Après la petite promenade je reviens au restaurant pour boire une bière artisanale faite à Paris, qui s’appelle « la Parisienne libérée », faite de malt d’orge Vienna et de houblon Aramis et qui titre 5°. Je demande au directeur de salle s’il y a quelque chose à grignoter, et le chef Nicolas qui entend ma demande me fait porter une tranche de pâté en croûte qui est à se damner tant elle est bonne et gourmande.

Les participants du dîner, tous ponctuels, sont dix dont neuf hommes et une femme qui annonce qu’elle ne boit pas mais en fait goûtera tous les vins. Seuls deux ou trois d’entre eux avaient déjà participé à l’un de mes dîners, au restaurant Guy Savoy.

Nous avons pour nous seuls la petite salle qui est proche de la cuisine que l’on voit à travers les vitres. Nous prenons l’apéritif debout, avec un Champagne Dom Pérignon 1998 qui est solide, sérieux, classique et passe-partout. Il est de plus en plus agréable avec le temps qui l’arrondit.

Le menu créé par Nicolas Beaumann est : Canapés et amuse-bouche / Tourteau décortiqué et caviar osciètre, consommé / Saint-pierre rôti et petites girolles étuvées, jus des arêtes au vin de merlot / Cœur de carré de veau, jus de veau, morilles farcies et pommes de terre fumées / Canette « Mieral » au sang, sauce vin rouge liée de son sang et au foie gras / Stilton / Ananas Victoria rôti et mousse légère de mangue, sablé breton.

Le Champagne Taittinger Collection Viera da Silva 1983 dans une bouteille opaque au bleu flashy marque un saut qualitatif majeur par rapport au champagne précédent. Le Dom Pérignon était jeune, ce champagne plus ambré est à maturité. Il est d’une longueur extrême et d’une complexité inimaginable. Il est gourmand et d’une persistance aromatique particulièrement affirmée. Ce champagne expressif conquiert mes convives qui sont étonnés qu’un champagne de 34 ans puisse avoir autant de qualités. Je n’ai pas retenu l’intitulé de l’amuse-bouche mais il a joué son rôle, mettant en valeur le délicieux champagne.

Le Clos Sainte-Hune Riesling Domaine Trimbach 1968 est une rareté. Je pense ne l’avoir jamais bu mais en fait je l’ai bu une fois il y a quatre ans en Autriche et le précédent était relativement fatigué. Celui-ci avait à l’ouverture un parfum très expressif. Il l’a toujours et ce qui est assez fou c’est que ce riesling me donne des évocations de  fruits rouges. C’est vraiment fou. On n’est plus dans la définition du riesling mais le vin vif et tranchant est très agréable à boire, avec une très forte personnalité difficile à définir.

Sur le tourteau au caviar dont j’ai trouvé que le caviar n’est pas assez mis en valeur, nous avons en même temps le Corton Charlemagne Domaine Bouchard Père et Fils 1956. Ce vin est superbe. La table va se diviser en deux entre ceux qui préféreront le Sainte-Hune et ceux qui préféreront le Corton-Charlemagne. L’ordonnateur du repas est dans le camp alsacien et je suis dans le camp bourguignon. Il me semble que l’accord se trouve plus sur le bourgogne très riche dont le parcours en bouche étale des complexités par strates successives. Il est très long, un peu poivré et l’accord se trouve surtout avec le délicieux consommé pris en gelée. Qu’un Corton Charlemagne 1956 soit de cette vive prestance est très étonnant. Les deux blancs racés et différents sont tous les deux de grand plaisir.

Le saint-pierre aux petites girolles est un plat de haute qualité qui crée un accord de première grandeur avec les deux bordeaux. Le Château Pavie-Decesse Saint-Emilion 1945 a une couleur qui surprend tout le monde, de sang de pigeon. Le nez est incroyablement profond, riche, et on sent l’influence du millésime exceptionnel. Le vin est parfait, complet, riche en bouche et les visages de tous les convives expriment leur étonnement. Comment un vin de 72 ans peut-il ne pas avoir d’âge et une plénitude si affirmée ?

Le Pétrus 1967 est un raffinement d’esthète. Il porte en lui le romantisme de son année. C’est un grand Pétrus, en suggestion mais aussi en profondeur. Il est long et précis mais mon cœur chavire plus pour le saint-émilion que pour le pomerol. L’accord avec le poisson est pertinent pour les deux vins.

Le veau à basse température est idéal pour les deux bourgognes. Le Musigny rouge Domaine Comte Georges de Vogüé 1979 est un vin lui aussi délicat. Il est jeune, d’un fruit suggéré et noble comme les Musigny de cette grande maison. Mais nos amours vont se concentrer sur le vin qui est associé au même plat.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1958 avait un superbe niveau dans la bouteille, à deux centimètres sous le bouchon qui est superbe, teinté de noir sur seulement trois millimètres ce qui est insignifiant. Le nez de ce vin est enivrant et tellement bourguignon. En bouche c’est l’extase car ce vin magnifie les aspects si caractéristiques des vins du domaine, la rose et le sel. Le vin est dans un état de grâce tel qu’il figurera dans les votes de tous les participants, et sept fois à la première place. L’accord avec le veau est raffiné car le plat a l’intelligence de se comporter en faire-valoir.

Le directeur de salle va nous préparer et servir le canard au sang, institution de la maison. Nous nous levons tous pour voir comment il presse la carcasse pour faire la sauce et comment il tranche les aiguillettes avec une dextérité rare. Le plat est lourd comme le plomb mais goûteux et le Châteauneuf du Pape Cuvée des Célestins Henri Bonneau 1988 s’en sort très bien car il n’est pas écrasé par le plat, même si le plat est le mâle dominant. C’est un très beau Châteauneuf fait par un vigneron d’exception dont je vénère la mémoire. Mais le vin est jeune malgré ses presque trente ans et retient moins notre attention.

Le Château Caillou Barsac 1934 est d’une jolie couleur claire. J’adore ce vin spontané, franc, de belle mâche et joyeux. Il accompagne le stilton avec grâce. Fort curieusement je serai le seul à le mettre parmi mes quatre préférés.

Le Château d’Yquem Sauternes 1916 provient d’une bouteille qui a été reconditionnés en 1989 au château. A l’ouverture, lorsque j’ai senti le vin, je me suis dit qu’il ne doit pas y avoir 100% de 1916 dans cette bouteille. Au moment de la dégustation sur le dessert à l’ananas, je constate que cet Yquem a toutes les chances d’être de 1916, mais avec probablement une petite ajoute d’un Yquem jeune pour faire le niveau. Il est agréable, peu botrytisé, ce qui est cohérent avec un 1916 qui aurait mangé une partie de son sucre. C’est un agréable sauternes mais il n’a pas la magie d’Yquem comme l’avait l’Yquem 1919 que trois convives avaient goûté lors d’un précédent repas.

Il est temps de voter. Nous sommes onze à voter pour les quatre vins que nous avons préférés parmi les onze vins servis. Comme cela se produit souvent, ce sont les vins les plus jeunes qui n’ont pas de votes. Neuf vins ont reçu des votes et le Dom Pérignon et le Châteauneuf-du-Pape n’en ont pas eu du fait de leur jeunesse. Il y a seulement trois vins qui ont été nommés premiers, car La Tâche a raflé la mise, avec sept votes de premier. La Tâche figure dans les onze votes. Le Pavie Decesse et le Pétrus ont eu chacun deux votes de premier.

Le vote du consensus serait : 1 – La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1958, 2 – Château Pavie-Decesse Saint-Emilion 1945, 3 – Corton Charlemagne Domaine Bouchard Père et Fils 1956, 4 – Pétrus 1967, 5 – Château d’Yquem Sauternes 1916, 6 – Champagne Taittinger Collection Viera da Silva 1983.

Mon vote est : 1 – La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1958, 2 – Château Pavie-Decesse Saint-Emilion 1945, 3 – Corton Charlemagne Domaine Bouchard Père et Fils 1956, 4 – Château Caillou Barsac 1934.

J’avais dans ma musette un Bas Armagnac Domaine Boingnères 1970 mis en bouteilles en 1989, alcool très expressif et profond qui a permis que nous continuions de deviser ensemble. La cuisine a été de très haut niveau. Les plats les plus brillants pour mettre en valeur les vins sont le saint-pierre pour les bordeaux et le veau pour les bourgognes. J’ai trouvé le caviar trop discret sur le tourteau alors que le consommé est magique pour les blancs. Et le dessert à l’ananas manquait un peu d’ananas et surtout de mâche,       car c’est un dessert que l’on grignote plus qu’on ne le déguste. Le service du vin de Baptiste a été impeccable. Le service de table parfait et les plats réussis. L’ambiance du restaurant est amicale et attentive. Tout a concouru pour faire de ce 215ème dîner un chaleureux dîner de grands vins.

la minute bière après l’ouverture des vins

le délicieux pâté en croute :

tous les vins en cave

tous les vins au restaurant

en haut bouchon du Chateauneuf, en bas à gauche le Caillou et à droite l’Yquem

de gauche à droite et de haut en bas dans chaque assiette : Corton Charlemagne, Clos Sainte-Hune, Pavie-Decesse, Pétrus, de Vogüé, La Tâche, Bonneau, Caillou, Yquem

les verres en fin de repas

les votes

pour poursuivre les discussions

Quelques vidéos à regarder quand il pleut mardi, 23 mai 2017

En regardant une vidéo sur Youtube, j’ai vu toute une série de vidéos qui ont été faites avec moi.

En voici quelques-unes, à regarder sans modération :

Interview François Audouze collectionneur de vins rares (1ère partie)

https://www.youtube.com/watch?v=oMMbcngPYME

Interview François Audouze collectionneur de vins rares (2ème partie)

https://www.youtube.com/watch?v=F0p4lYi4ZiA

La méthode François Audouze pour ouvrir de vieux vins (Ophélie Neiman)

https://www.youtube.com/watch?v=TpAi8TN7-5o

Uncorking wines with Francois Audouze (Asian Palate)

https://www.youtube.com/watch?v=H2H7SC7r2s0

Jim How interviews Francois Audouze (part 1) James Howaniec

https://www.youtube.com/watch?v=C-zmrqiR8ME

Jim How interviews Francois Audouze (part 2)

https://www.youtube.com/watch?v=2Wrh23Wu3vA

François Audouze : l’émotion des vins anciens (Ophélie Neiman)

https://www.youtube.com/watch?v=o6C9CbrKUg4

François Audouze et la modernité (Ophélie Neiman)

https://www.youtube.com/watch?v=688lsP_cPbo

Une bouteille de vin jaune de 1774 vendue 57000 euros

https://www.youtube.com/watch?v=cNqqDJDf-Js

ITV françois audouze – percée du vin jaune 2010 (Christophe Menozzi)

https://www.youtube.com/watch?v=0zGkMiEuxrc

s’il pleut, si le film à la télé ne vous branche pas, lancez une de ces vidéos !