dîner avec Richard Geoffroy et des vins quasiment miraculeux vendredi, 4 janvier 2013

Richard Geoffroy, l’homme qui fait Dom Pérignon, avait dû annuler au dernier moment sa présence au dîner de vignerons de début décembre. Il lui manquait, comme il me manquait, de passer ensemble de beaux moments d’amitié. J’ai un prétexte : en rangeant ma cave, un ami a trouvé une bouteille rarissime que je n’imaginais pas avoir : Dom Pérignon 1929. Le niveau n’est pas beau. Avec qui pourrais-je mieux profiter de ce vin, sinon avec celui qui en a la charge aujourd’hui ? Tout heureux qu’une date ait été trouvée, juste après les fêtes de fin d’année, je suis comme un collégien qui va à son premier rendez-vous galant. Ainsi, je charge ma musette de six bouteilles, même si je sais que ce n’est pas raisonnable. J’ai tellement envie que cet instant soit beau.

Le jour dit, affaibli par un rhume ou une grippe, je ne sais pas, je cache mes yeux rouges albinos derrière des lunettes de soleil qui me font ressembler à Kim Jong il. J’ai réservé au restaurant Laurent un petit salon intimiste qui surplombe les jardins des Champs-Elysées, pour que ma transformation physique reste dans l’ombre. J’ouvre la bouteille d’Arche Lafaurie 1901 et un parfum éblouissant inonde mes narines, même à travers les malheurs que je subis. Il n’en est pas de même de la Romanée Conti 1956 dont le niveau est bas, qui révèle des odeurs de poussière et surtout de fatigue. Mon pronostic est très pessimiste pour ce vin. Comme je ne sais pas ce que Richard apportera, je laisse mes autres apports en l’état, nous déciderons à son arrivée.

Nous sommes trois dans ce délicieux petit salon, Richard, mon épouse et moi. Richard a apporté dans sa musette trois Dom Pérignon Œnothèque, 1996, 1990 et 1962. Comme nous sommes deux à boire, l’équation est compliquée à résoudre. Richard voit mes apports de champagnes : Dom Pérignon 1929, Moët 1959 et Pommery Gréno 1949. J’avais choisi trois grandes années en « 9″. Richard est aussi gamin que moi aussi a-t-il envie de boire les trois que j’ai apportés. Sur les six champagnes, le seul qui restera de côté, en « réserve » est le 1996. Avec l’aide de Philippe Bourguignon, nous allons composer l’ordre des vins qui va commander l’ordre des mets.

Le menu résultant de nos cogitations et des suggestions de Philippe Bourguignon est : amuse-bouche / toast « Melba » à la truffe noire / royale d’oursins et corail au naturel / « Fregola Sarda » dans une sauce poulette / caille dorée en cocotte, rôtie aux abats, côte de céleri mitonnée aux olives noires / comté de 36 mois / cheese-cake et mangue fraîche sur un sablé au citron vert.

Le Champagne Moët & Chandon 1959 exprime d’abord une certaine fatigue et un final légèrement gibier. Mais il s’assemble très vite, prend de l’ampleur, surtout sur le délicieux toast au poisson fumé. L’acra gentiment épicé avait gonflé son torse. Le poisson, de la truite peut-être, lui donne longueur et rectitude. Je vois Richard très attentif. Il nous explique que passant son temps à étudier des vins de dégorgement récent, il faut qu’il calibre son palais à des vins de dégorgements initiaux. J’évoque les fruits roses. Ma femme qui ne boit pas mais sent les vins évoque les fruits exotiques et Richard dit : goyave. Et c’est cela. Comme pour les autres champagnes que j’ai apportés de dégorgements d’origine, Richard est frappé par l’importance du fruit, qui est beaucoup plus présent que sur des champagnes de dégorgement récent. L’épanouissement du champagne est spectaculaire, et le final qui était imprécis et gibier devient très net et charmant. Le fonds de la bouteille donne un vin de couleur plus grise. Richard est frappé de retrouver des composantes qui sont celles du champagne Moët, notamment dans le parcours du vin en bouche, qui expose son message très vite, à la prise de contact. Si ce champagne est beau, il est loin du Moët Brut Impérial 1928 bu au réveillon, qui était exceptionnel.

Le grand moment arrive. On me verse les premières gouttes du Champagne Dom Pérignon 1929. Et là, c’est l’extase. Je sens que nous allons vivre un moment d’exception. Lorsqu’il boit les premières gorgées de ce vin, Richard a la mine de l’orpailleur qui vient de trouver une énorme pépite. Tout nous porte au recueillement, car le vin est d’une dimension extrême. Je demande qu’on appelle Philippe Bourguignon pour lui faire goûter ce breuvage. Je sais que Philippe n’aime pas partager les vins bus à une table, car il y aurait de la surenchère. L’exception est possible puisque nous sommes en salon privé. Que dire de cette merveille ? Déjà la couleur est d’une beauté qui fait de l’ombre à celle du 1959 qui apparaît nettement plus grisé. Ensuite le nez est d’un raffinement délicat. C’est une rose au parfum rare. Ensuite en bouche le fruit est clair, plutôt vers la mandarine, les fruits confiturés. Et enfin un final d’une noblesse rare. Contrairement au 1959 qui a mis du temps à s’épanouir, le 1929 est parfait de la première à la dernière goutte. Et chose importante, le vin va rester parfait jusqu’à la fin du repas, très tard. Cela peut se comprendre par le fait que le vin a perdu près de la moitié de son volume dans la bouteille. Il ne s’est pas oxydé et est devenu invulnérable. C’est assez troublant qu’une bouteille aussi basse donne un vin d’une telle pureté et d’une telle noblesse.

La question qui me démange est celle-ci : « Richard, toi qui as l’occasion de goûter tous les Dom Pérignon, à quel niveau mettrais-tu ce 1929 ? ». Et la réponse est : « au plus haut niveau ». La royale d’oursin donne une belle tension au champagne, mais on imagine volontiers qu’il n’en aurait pas besoin même si l’accord est joli.

Le Champagne Dom Pérignon 1990 n’a pas d’étiquette. C’est la réserve du chef de caves. Je ne sais pas si on peut de ce fait l’appeler Œnothèque. Après les deux champagnes précédents, le retour sur terre est rude, car la bulle est si active que je la ressens comme autant de poignards lancés sur ma langue. Le champagne est riche, d’une grande complexité où les fruits blancs abondent, mais c’est surtout un vin fusée, qui a une telle tension qu’il déchire le palais de sa trace inextinguible. Quand je reviens au 1929, je me félicite d’aimer les champagnes anciens, car le 1929 apparaît d’un confort extrême. Le 1990 met en valeur la richesse aromatique et la plénitude du 1929.

La Fregola Sarda me donne envie d’essayer le rouge. Il faudra que je range mon pifomètre au rayon des accessoires obsolètes, car à ma grande surprise, ce qu’on verse dans mon verre est un vin vivant, qui n’a plus de signes de vieillesse et de poussière. La Romanée Conti domaine de la Romanée Conti 1956 expose un peu trop son alcool, mais le vin est là, complexe, subtil et très Romanée Conti. Très vite il montre de façon tonitruante la rose et le sel qui signent pour moi la Romanée Conti. Ayant bu récemment dans les caves du domaine une Romanée Conti 1956 qui était restée toute sa vie au domaine, je vois bien les différences. Celle du domaine a une fraîcheur et une gracilité incomparables, alors que celle-ci est plus carrée, plus puissante, plus alcoolique et peut-être un peu moins discrète. Tout ce qui fait le miracle, le mystère de la Romanée Conti est ici exposé avec le son réglé un peu plus fort. Mais elle est là, vivante, vibrante, et Richard est ému. Il prend conscience de ce qui fait la magie de ce vin sans concession, qui ne cherche pas à séduire, mais expose toute sa complexité.

Jamais, en ayant apporté ces deux bouteilles la 1929 et la 1956 au milieu de six, je n’aurais imaginé qu’on atteigne de tels sommets. Le vin rouge s’améliore à chaque instant, c’est un bonheur.

Sur la caille, le Champagne Dom Pérignon Œnothèque 1962 est servi. Je l’avais déjà bu avec Richard dans les caves de Dom Pérignon. Il est d’un charme extrême. Mais on voit bien que le dégorgement tardif, en délivrant un vin d’une rare complexité et d’une fraîcheur virginale, donne aussi une bulle beaucoup trop vive, presque anachronique par rapport à ce qu’on attendrait. Car on ne souhaite pas forcément boire un champagne tout fou de jeunesse. Inutile de dire que ce champagne est quand même d’une séduction extrême, mais lorsqu’on revient au 1929, on est tout acquis au dégorgement d’origine. Pour Richard, c’est extrêmement intéressant et à ma question sur l’intérêt qu’il y aurait à conserver en cave aussi des vins de mise initiale, Richard me répond que c’est le cas depuis 1996. J’envie par avance les amateurs des années 2060 et au-delà, qui pourront comparer les mises initiales et les dégorgements tardifs sur des vins qui auront été conservés dans les mêmes conditions de cave. La Romanée Conti continue d’être splendide sur la caille.

Le Champagne Pommery Gréno 1949 est d’un jaune d’or. Le nez est discret mais noble. En bouche, son parcours est très différent de celui du Dom Pérignon et du Moët. Nous aimons ce champagne qui évoque plus les blés, mais aussi de beaux fruits jaunes. Le champagne est long. Il n’a sans doute pas la complexité du Dom Pérignon mais il montre à quel point l’année 1949 est racée et donne des vins de haute distinction. Le comté se marie aimablement avec chacun des vins qui sont dans nos verres.

Le vin que nous allons boire maintenant a une haute valeur émotionnelle pour moi. La bouteille est extrêmement jolie. Elle est d’une année dont, de mémoire, je n’ai qu’une seule bouteille. L’ouvrir pour Richard mais aussi pour mon épouse qui boit les sauternes, c’est un plaisir rare. Le Château d’Arche Lafaurie 1/2 bouteille 1901 avait à l’ouverture un parfum qui m’avait conquis. Mais maintenant, je trouve que ça ne va pas. Il sent bon, mais en bouche, on goûte un vin court, un peu éteint même s’il est agréable. Mes capacités d’anticipation sont à nouveau mises en cause. Mais c’est aussi le mystère du vin. La Romanée Conti semblait condamnée et elle a ressuscité et le sauternes qui devait être brillant s’est rendormi.

Goûtant les derniers restes de mes verres, c’est la structure de la Romanée Conti qui m’apparaît la plus glorieuse. La tentation serait grande de la mettre première des vins de ce soir, mais je ne le ferai pas, car j’ai déjà bu une Romanée Conti 1956 plus émouvante même si celle-ci m’a bercé dans ses bras avec des comptines qui chantent tous les mystères de ce vin adoré. Je mettrai en premier un Dom Pérignon qui est très probablement le plus grand de ceux que j’ai bus. J’ai ressenti avec lui une émotion, une envie de recueillement qui justifient ce choix. Mon classement sera : 1 – Champagne Dom Pérignon 1929, 2 – Romanée Conti domaine de la Romanée Conti 1956, 3 – Champagne Dom Pérignon Œnothèque 1962, 4 – Champagne Moët & Chandon 1959.

Tout le long de la soirée, nous avons ressenti la magie de cet événement de partage et d’amitié. Richard est un ami charmant, sensible, qui écoute avec respect les messages du vin. Nous avons été heureux d’être ensemble, à communier sur des vins rares. La capacité de réception, d’écoute et de service du restaurant Laurent est un exemple absolu. Philippe Bourguignon est le plus talentueux des hôtes et ses équipes ont fait un travail de haute précision, avec un engagement qui se sent. On ne peut que dire bravo. La cuisine est sereine, goûteuse et sait se mettre au service des vins.

Pour conclure, je dirai égoïstement que je suis heureux que Richard Geoffroy n’ait pas pu venir au dîner de vignerons. Car s’il était venu, aurions connu ce moment aussi intense ? Ce fut une soirée émouvante, de grande communion.

le joli salon au 1er étage

les baraques de Noël sur les Champs-Elysées et la Tour Eiffel qui scintille au loin

Bulletins 2012 – De 469 à 519 lundi, 31 décembre 2012

(bulletin WD N° 519 121231)

Le bulletin n° 519 raconte la présentation des vins de 2009 du domaine de la Romanée Conti, le dîner « d’après-match » à Grains Nobles avec des partenaires de talent et le départ en Bourgogne pour le plus grand événement de folie superlative, à base de Romanée Conti.

(bulletin WD N° 518 121231)

Le bulletin n° 518 raconte le moment qui est peut-être pour moi le plus riche d’émotion de mon année, le dîner annuel des amis de Bipin Desai au restaurant Laurent où des vignerons que j’apprécie partagent des vins en toute amitié.

(bulletin WD N° 517 121226)

Le bulletin n° 517 raconte : des vins blessés bus en cave, dîner à l’Epicure restaurant de l’hôtel Bristol et déjeuner au restaurant Guy Savoy.

(bulletin WD N° 516 121225)

Le bulletin n° 516 raconte : les stands de vignerons, le cocktail idealwine et les ateliers Gourmets du Grand Tasting. Dîner au restaurant Lasserre, déjeuner à l’hôtel du Marc de la maison de champagne Veuve Clicquot.

(bulletin WD N° 515 121218)

Le bulletin n° 515 raconte : les Master Class au Grand Tasting : « L’excellence partagée des Primum Familiae Vini », « le Génie du Vin » et « la ‘futurothèque’ Taittinger Comtes de Champagne ».

(bulletin WD N° 514 121211)

Le bulletin n° 514 raconte : la 19ème séance de l’académie des vins anciens au restaurant Macéo et la première Master Class du Grand Tasting, consacrée au génie du meursault.

(bulletin WD N° 513 121204)

Le bulletin n° 513 raconte : les champagnes Henriot nous « emmènent au BAL », 164ème dîner de wine-dinners au restaurant Taillevent, générosité de Chateauneuf-du-Pape, dîner de famille impromptu et petit casse-croûte en cave.

(bulletin WD N° 512 121127)

Le bulletin n° 512 raconte : dégustation de quinze vins de 2011 de la maison Bouchard Père & Fils, dîner au château de Beaune et dégustation verticale de Cristal Roederer aux caves Legrand.

(bulletin WD N° 511 121120)

Le bulletin n° 511 raconte : ma femme face au champagne, paulée et dîner de gala de l’Académie du Vin de France,dîner au restaurant Olivier Arlot La Chancelière à Montbazon, déjeuner au Yacht Club de France.

(bulletin WD N° 510 121113)

Le bulletin n° 510 raconte : dîner chez des amis, dîner au très excellent restaurant L’Axel à Fontainebleau, présentation de vins du Rhône au George V et dîner de pré-inauguration du restaurant de mon ami Tomo.

(bulletin WD N° 509 121106)

Le bulletin n° 509 raconte : casse-croûte de rangement de cave, déjeuner en famille pour un anniversaire et le 163ème dîner de wine-dinners au restaurant Lasserre.

(bulletin WD N° 508 121023)

Le bulletin n° 508 raconte : casse-croûte de rangement de cave, déjeuner de famille, déjeuner au restaurant Taillevent, déjeuner au restaurant Lasserre, 162ème dîner de wine-dinners au restaurant Les Ambassadeurs de l’hôtel de Crillon, casual Friday au restaurant Patrick Pignol.

(bulletin WD N° 507 121016)

Le bulletin n° 507 raconte : dîner de folie à l’Hostellerie Bourguignonne de Verdun-sur-le-Doubs avec 17 vins plus que centenaires, déjeuner aux Ambassadeurs de l’Hôtel de Crillon, casse-croûte dans ma cave.

(bulletin WD N° 506 121009)

Le bulletin n° 506 raconte : déjeuner de conscrits au Bistrot du Sommelier et 161ème dîner de wine-dinners au restaurant Laurent avec une magnifique Romanée Conti 1961.

(bulletin WD N° 505 121002)

Le bulletin n° 505 raconte : Présentation du livre « La cuisine note à note » d’Hervé This, puis du livre « L’Amer » d’Emmanuel Giraud, voyage en Belgique avec un dîner au restaurant de Pastorale, déjeuner au restaurant Couvert Couvert, dîner au restaurant L’Air du temps et déjeuner au restaurant In de Wulf,avec de belles expériences gastronomiques.

(bulletin WD N° 504 120925)

Le bulletin n° 504 raconte : présentation des champagnes Delamotte au Purgatoire, anniversaire au Bistrot du Sommelier, déjeuner au restaurant Alain Ducasse de l’hôtel Plaza, champagne Roederer à l’hôtel Champs Elysées Plaza, réception aux Caves Legrand, promotion d’un nouveau sauternes au restaurant Le Jaja, dîner exceptionnel au restaurant Laurent avec 9 vins du 19ème siècle dont cinq de 1900 et 18ème séance de l’académie des vins anciens au restaurant Macéo.

(bulletin WD N° 503 120911)

Le bulletin n° 503 raconte : dîner d’amis avec de grands vins, déjeuner chez ma fille, déjeuner au restaurant San Felice de l’hôtel du Castellet, divers dîners d’amis et grand dîner de vins pour clôturer le séjour dans le sud.

(bulletin WD N° 502 120904)

Le bulletin n° 502 raconte plusieurs repas dans le sud avec de grands vins mais surtout une profusion de champagnes etun déjeuner au restaurant Montecristo de l’hôtel du Castellet.

(bulletin WD N° 501 120828)

Le bulletin n° 501 raconte un déjeuner au restaurant les Délices d’Aphrodite et de nombreux repas dans le sud, en famille ou entre amis, avec des vins de grand plaisir.

(bulletin WD N° 500 120821)

le bulletin 500 figure in extenso sur le blog. C’est un coup de rétroviseur sur les 499 bulletins précédents.

(bulletin WD N° 499 120717)

Le bulletin n° 499 raconte : à Copenhague, déjeuner au restaurant Manfred, apéritif au bar à vin Ved Stranden Vinhandel & Bar, dîner à l’incontournable restaurant Søllerød Kro, déjeuner au restaurant Aamanns. A Paris, dîner au restaurant Arpège avec des vins de folie.

(bulletin WD N° 498 120710)

Le bulletin n° 498 raconte : déjeuner à l’hôtel Admiral de Copenhague, dîner au Kiin-Kiin restaurant thaï, déjeuner au restaurant « Radio » et dîner gastronomique au restaurant Noma, premier restaurant du monde, avec des impressions différentes de la précédente expérience.

(bulletin WD N° 497 120702)

Le bulletin n° 497 raconte une exceptionnelle dégustation de 41 millésimes de La Romanée Liger-Belair au restaurant « Im Fünften » à Graz (Autriche).

(bulletin WD N° 496 120626)

Le bulletin n° 496 vous emporte en Autriche. Il raconte : dîner au restaurant Eckstein à Graz, visite du vignoble Stefan Potzinger, déjeuner dans l’auberge Buschenschank Oberguess, visite au vignoble Sepp et Maria Muster, dîner au restaurant Schmankerlstub’n Temmer près de Graz en Autriche.

(bulletin WD N° 495 120619)

Le bulletin n° 495 raconte : dîner au restaurant Laurent, déjeuner au Yacht Club de France, dîner avec mon fils, les derniers instants d’un pommard 1928, 17ème séance de l’académie des vins anciens au restaurant La Cagouille, déjeuner au restaurant Laurent.

(bulletin WD N° 494 120612)

Le bulletin n° 494 raconte : déjeuner à thème autour du Château Guiraud au restaurant Le Shang Palace de l’hôtel Shangri La, dîner au restaurant Astrance, dîner dans le sud avec des amis, dîner de famille avec mon fils et La Tâche 1943.

(bulletin WD N° 493 120605)

Le bulletin n° 493 raconte : déjeuner de famille et dîner de folie au restaurant Taillevent avec notamment quatre champagnes d’âge moyen 101 ans !

(bulletin WD N° 492 120529)

Le bulletin n° 492 raconte : 158ème dîner de wine-dinners au restaurant Michel Rostang, dîner à la maison, déjeuner familial, dîner au restaurant Passage 53.

(bulletin WD N° 491 120522)

Le bulletin n° 491 raconte le 157ème dîner de wine-dinners au restaurant Laurent.

(bulletin WD N° 490 120515)

Le bulletin n° 490 raconte : dîner au restaurant l’Ambroisie avec un magnum de Pétrus 1959, déjeuner en famille au restaurant Le Ciro’s Lucien Barrière, déjeuner au restaurant La Cagouille, déjeuner au restaurant le Villaret, déjeuner à l’hôtel Pullman de Bercy, déjeuner d’anniversaire et déjeuner (bis) à l’hôtel Pullman de Bercy.

(bulletin WD N° 489 110507)

Le bulletin n° 489 raconte : conférence à l’Institut Supérieur du Marketing du Luxe, repas avec mon fils, déjeuner au restaurant du Yacht Club de France, dîner de neuf convives au restaurant Laurent, avec neuf Pétrus.

(bulletin WD N° 488 120501)

Le bulletin n° 488 raconte : dégustation des vins du Château Guadet avec un déjeuner à l’hôtel Raffles Royal Monceau, dégustation des vins des domaines conseillés par Stéphane Derenoncourt, 155ème dîner de wine-dinners au restaurant Taillevent.

(bulletin WD N° 487 120423)

Le bulletin n° 487 raconte : un dîner impromptu à l’hôtel Hidden avec la cuisine du chef du Masa qui joue les squatters, un déjeuner printanier chez mes enfants, la dégustation des 2009 des Domaines Familiaux de Tradition de Bourgogne.

(bulletin WD N° 486 120417)

Le bulletin n° 486 raconte : un déjeuner breton au Yacht Club de France, un déjeuner au restaurant de la Tour d’Argent, un déjeuner au restaurant Astrance.

(bulletin WD N° 485 120410)

Le bulletin n° 485 raconte : dégustation des PSI du domaine Pingus et des Flor de Pingus dégustés au restaurant Valentino de Bervely Hills, dîner au restaurant « Bouchon » de Beverly Hills, dîner au Blue Elephant à Paris et déjeuner aux caves Legrand.

(bulletin WD N° 484 120410)

Le bulletin n° 484 raconte : arrivée à Bervely Hills, visite du musée Getty et dîner dégustation au restaurant Spago des vins du domaine Pingus, l’un des plus célèbres vins espagnols.

(bulletin WD N° 483 120403)

Le bulletin n° 483 raconte : le 154ème dîner de wine-dinners au restaurant Ledoyen, un déjeuner de conscrits au restaurant du yacht Club de France et le départ pour Los Angeles.

(bulletin WD N° 482 120327)

Le bulletin n° 482 raconte deux dîners de complète folie à Bochum avec une inimaginable profusion de vins couronnée par un vin de 1727.

(bulletin WD N° 481 130320)

Le bulletin n° 481 raconte : dégustation des 2009 de la maison Albert Bichot, déjeuner au siège de la maison Bichot, dîner au restaurant l’Arpège, départ pour deux jours de folie à Bochum en Allemagne.

(bulletin WD N° 480 120313)

Le bulletin n° 480 raconte : déjeuner au restaurant La Cagouille, dîner au restaurant Michel Rostang et déjeuner au bar de l’hôtel Crillon.

(bulletin WD N° 479 120308)

Le bulletin n° 479 raconte : à Miami, plusieurs repas chez mon fils, dîner au restaurant « The Dutch » de l’hôtel W, dîner au restaurant Makato à Bal Harbour.

(bulletin WD N° 478 120228)

Le bulletin n° 478 raconte : dîner chez mon fils à Miami, déjeuner au Rusty Pelican, dîner à Palm Beach, dîner au restaurant Zuma, dîner avec des vins de 1918, 1895 et 1893 au Bern’s Steak House à Tampa qui a la plus grande cave de vins au monde.

(bulletin WD N° 477 120221)

Le bulletin n° 477 raconte : dégustation des vins de 2010 du domaine de la Romanée Conti, déjeuner au domaine et dîner au restaurant Laurent.

(bulletin WD N° 476 120214)

Le bulletin n° 476 raconte : dîner au domicile privé des propriétaires de La Janasse. Dégustation de vins du Rhône au domaine de Beaurenard, déjeuner au domaine, dîner à la salle des fêtes de Vosne-Romanée dans le cadre des « Rencontres Henri Jayer », conférence sur les vins anciens, dégustation et déjeuner à Vosne-Romanée.

(bulletin WD N° 475 120214)

Le bulletin n° 475 raconte : dîner chez Daniel Coulon, l’un des propriétaires du domaine de Beaurenard, cueillette de truffes, déjeuner chez Vincent Delubac, vigneron à Cairanne et dégustation de vins anciens dans le cadre de l’association « Rhône Vignobles » au domaine de Beaurenard.

(bulletin WD N° 474 120208)

Le bulletin n° 474 raconte : déjeuner du 1er janvier dans le sud, dîner avec des amis dans le sud, déjeuner au restaurant l’Arpège, dîner au restaurant Le Petit Verdot.

(bulletin WD N° 473 120208)

Le bulletin n° 473 raconte : déjeuner au restaurant Le Petit Nice, déjeuner de la Saint Sylvestre, et réveillon dans le sud avec de grands vins.

(bulletin WD N° 472 120121)

Le bulletin n° 472 raconte : un déjeuner au restaurant Prunier, un déjeuner, un dîner et le déjeuner de Noël, et un spectaculaire dîner d’avant réveillon dans le sud.

(bulletin WD N° 471 120119)

Le bulletin n° 471 raconte : dîner avec mon fils, déjeuner avec ma fille, déjeuner chez ma fille, déjeuner au restaurant du Yacht Club de France et dîner sur la base d’accords Mets & Champagne Krug à l’Assiette Champenoise à Tinqueux.

(bulletin WD N° 470 120119)

Le bulletin n° 470 raconte : dîner avec mon fils « américain », dégustation des vins d’Egon Müller aux caves Legrand et le 153ème dîner de wine-dinners au restaurant de Michel Rostang.

(bulletin WD N° 469 120110)

Le bulletin n° 469 raconte le point culminant de mon année, avec un déjeuner au restaurant Apicius et le 11ème dîner annuel de vignerons au restaurant Laurent.

Petit bilan de 2012 avant inventaire lundi, 31 décembre 2012

Chers lecteurs de mon blog,

Au cours de cette année, j’aurai bu probablement autour de 1.200 vins, avec des raretés comme jamais je n’aurais pu l’espérer. Et j’ai enfin atteint un rêve que je m’étais fixé lorsque j’ai démarré mon parcours dans le monde du vin : lorsque quelqu’un a des vins rares à ouvrir, que ce soit sur une base amicale ou sur une base payante (ce qui n’exclut pas l’amitié), on me fait signe beaucoup plus naturellement. Le plus souvent, cela vient de vignerons, qui m’invitent à les visiter, mais cela vient aussi de collectionneurs qui ont envie de partager avec moi ou qui organisent des dîners payants.

Je ne me suis pas privé d’en profiter. Voici quelques événements qui ont marqué mon année :

Les invitations à partager des vins avec les vignerons :

– Rhône Vignobles avec une bonne trentaine de vignerons qui m’ont invité à parler de vins anciens et ont ouvert des vins anciens superbes

– les 2010 au domaine de la Romanée Conti

– les 2009 de la Maison Bichot

– verticale des vins de Pingus à Los Angeles

– dîner de gala de l’Académie du Vin de France

– les 2011 de la maison Bouchard Père et Fils et dîner de vins anciens

– les Master Class du Grand Tasting

– dégustation en cave au domaine de la Romanée Conti

Les événements inhabituels :

– le Bern’s Steak House à Tampa où il y a la plus grande cave au monde

– dîner à l’Ambroisie avec un magnum de Pétrus 1959, invité par une chinoise

Les événements payants où je me suis inscrit pour partager des vins rares :

– à Bochum avec un vin de 1727 et Pétrus 1929 et d’autres raretés

– dégustation à Graz de 41 millésimes de la Romanée Liger Belair

– dîner à l’Hostellerie Bourguignonne de Verdun-sur-le-Doubs avec 17 vins plus que centenaires

– dîner à Levernois lors d’une journée avec 46 vins du DRC dont 15 Romanée Conti

– dégustation des 2009 du DRC à Grains Nobles

Les événements d’amis que j’ai provoqués ou auxquels j’ai été associé :

– dîner au restaurant Taillevent avec des champagnes centenaires dont le Heidsieck 1907 trouvé dans la Baltique

– dîner au restaurant Laurent avec neuf vins du 19ème siècle

– dîner à Montbazon avec des vins inconnus du 19ème siècle, plus quelques icônes

Le moment le plus important de l’année :

– le dîner de vignerons que j’organise chaque année depuis douze ans, que j’ai raconté sur ce forum.

A cela s’ajoutent tous les événements familiaux et amicaux comme le réveillon de ce soir, où, comme l’an dernier, Jean Philippe fera la cuisine.

J’ai de plus en plus d’occasions pour ouvrir et partager des vins rares, de belle extraction ou de petite origine, la rareté étant ce qui m’intéresse, avec bien sûr l’espoir qu’il y ait aussi le goût que l’on attend.

Y a-t-il des vins qui m’ont marqué cette année plus que d’autres?

– le champagne Heidsieck 1907 provenant de bateau de la Baltique qui a passé cent ans dans l’eau, qui est probablement le plus grand champagne que j’aie bu

– le Bastardino Setubal 1912 partagé avec les vignerons de mon dîner de vignerons, bu en hommage à ma mère qui aurait eu cent ans deux jours après ce dîner

– la Romanée Conti 1922 que j’ai apportée aux journées de folie autour de la Romanée Conti.

– la Côte Rôtie Hubert Gachet 1928 qui est l’ancêtre de La Turque

– les Moët & Chandon 1914 et 1911 qui ne sortaient pas du domaine, mais de caves et furent sublimes.

– et tellement d’autres comme Hermitage La Chapelle1953 et 1959,

– etc..

Je ne sais pas si je pourrai faire aussi bien en 2013 qu’en 2012, mais je suis heureux de témoigner sur des vins qui appartiennent à l’histoire, et de provoquer (mais je ne suis pas le seul) que ces vins rares soient ouverts et soient bus.

Et si j’entraîne de nouveaux amis dans cette folle ronde, j’en suis heureux.

Bonne année à tous,

Une incroyable plongée dans le monde de la Romanée Conti avec 46 vins du domaine dont 15 Romanée Conti, dont 6 préphylloxériques dimanche, 16 décembre 2012

Avertissement : il est apparu en 2014 que le « White Club » a eu l’habitude de pratiques frauduleuses. Certaines bouteilles ont été utilisées à plusieurs dégustations, ce qui conduit à penser qu’il y a eu des faux lors de cette dégustation. Les commentaires ne sont pas modifiés, mais cela montre que lorsque l’on est influencé par l’ambiance d’un événement que l’on croit authentique, on peut se laisser abuser. J’ai aidé les enquêteurs de cette affaire en fournissant mes témoignages et mes photos. Nul n’est à l’abri de ces faussaires.

1 – l’inscription
Au moment où j’écris ces lignes, je n’ai aucune connaissance de ce qui adviendra demain. Je connais un négociant en vins installé en Italie, dont le nom est français. De temps à autre, mais  de façon régulière, je lui achète des vins. Il a décidé depuis quelque temps de faire des dîners de vins rares, un peu dans l’esprit des miens. Un jour, je lui écris que je trouve ses prix décalés par rapport à ce qu’ils devraient être. Il me répond : « pourquoi  ? Vous les trouvez trop chers ? ». Ceci prouve qu’il n’a pas compris ma remarque, alors qu’il vend du vin et en connait les prix. Ma critique portait sur le fait qu’il est malsain d’offrir des vins introuvables et non reproductibles à des prix qui s’apparentent à ceux des manifestations les plus banales sur le vin.

Peu de mois se passent et je reçois une offre pour un dîner avec une liste invraisemblable de vins rarissimes. C’est un choc, de voir que l’on propose autant de millésimes de Romanée Conti dont 1929 et 1945. Et je tourne la page pour regarder le prix. Je vois que mes remarques ont porté, car le prix proposé est à de larges coudées au dessus de tout ce que j’ai pu proposer de plus cher. La proposition ne manque pas d’air, mais le programme aussi. Je rangerais volontiers cette offre dans la fosse des idées sans suite mais il m’appelle et me dit : « compte tenu de votre expérience de la Romanée Conti, je vous propose de remplacer votre contribution financière par une contribution en Romanée Conti ».

Là, mon oreille écoute. Et comme on a mis au programme Romanée Conti 1945, il faut que je sorte mes plus belles bouteilles. Je lui propose d’apporter Romanée Conti 1922 et 1944, deux vins des vignes préphylloxériques, qui correspondent à la rareté de la 1945. Ma proposition est acceptée. Quelques jours plus tard, j’apprends que mon ami Tomo est inscrit à ce dîner. J’en suis heureux, car partager des raretés avec des inconnus n’a pas le même sel que quand c’est avec des amis.

Je prends la route pour me rendre à l’Hostellerie de Levernois où se tiendra l’un des trois repas de ce week-end vineux, et au moment de faire le plein d’essence de ma voiture, je lis un SMS du négociant annonçant qu’un des convives ne viendra pas et me demandant si je pouvais trouver un convive de remplacement. Avec cette si courte échéance, il est exclu de trouver quelqu’un. Mais si celui qui ne vient pas est l’auteur de la Romanée Conti 1945, cela change la donne. Car mes deux raretés se conçoivent – dans mon esprit – si elles se marient à la 1945, puisque j’ai choisi l’année qui est la plus proche de 1945, juxtaposition dont on imagine l’intérêt.

Arrivé à l’hôtel, je retrouve Tomo et nous décidons de dîner ensemble. L’organisateur, que je ne connais que par échanges de mails, est dans sa chambre et a commandé une collation en chambre. Peut-être veut-il ne pas être dérangé. Le suspense reste donc entier. Que se passera-t-il dans cette gigantesque dégustation de Romanée Conti légendaires ? Nous le saurons demain.

2 – dîner avec Tomo
Tomo et moi sommes inscrits à un gargantuesque week-end de Romanée Conti. Il y a une incertitude sur le programme puisque celui qui ne vient pas, dont l’absence est annoncée il y a quelques heures, est-il l’apporteur de la Romanée Conti 1945 ? Dilemme. Nous dînons au restaurant de l’Hostellerie de Levernois. La carte des vins est copieuse et intelligente, puisqu’on y trouve des prix qui donnent envie de boire. L’apéritif se fait avec un Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs 1995 d’un accomplissement réjouissant. Le vin est fumé, avec de belles évocations de fruits confits. Il est profond, intense. C’est un régal. Nous commandons un Chambolle-Musigny Les Amoureuses domaine Roumier 2007 dont nous savons que l’année est frêle, mais nous voulons profiter de sa délicatesse. Sur le risotto à la truffe noire, à la sauce d’une belle réduction, il apparaît que c’est le champagne qui est de loin le meilleur accompagnateur, alors que l’on aurait pu imaginer que le vin rouge eût convenu. Le terrain d’excellence du rouge, c’est le délicieux pigeon d’une qualité de chair remarquable. Mais une fois que l’on a vanté la délicatesse de ce vin tout en subtilité, force est de constater que ce n’est pas le manque de puissance qui gêne, puisque nous voulions cette année légère, mais c’est le manque de complexité. Et je dois dire que ce Roumier m’a un peu déçu. Et c’est sans doute la raison pour laquelle, alors que nous avons demain un programme surhumain, nous avons succombé au point d’aller dans le déraisonnable. Le chariot magnifique arrive et mon œil tombe sur le bleu de Termignon. Je fais une « fixation » chronique sur ce fromage qui me rend fou. Et j’ai l’intuition que ce qu’il nous faut, c’est un Château Grillet. La carte des vins a fort justement un 1987. Le bleu de Termignon avec le Château Grillet 1987, c’est une des preuves de l’existence de l’Himalaya gastronomique. Le vin est un chef d’œuvre et je dois bien avouer que jamais je n’aurais attendu un 1987 de Grillet a ce niveau stratosphérique. Le sommet de ce dîner, c’est le Château Grillet d’un équilibre que l’on croirait celui d’un riesling, d’une fraîcheur invraisemblable, et d’un équilibre hors norme. Ce vin fluide, droit, coulant comme une douceur coupable est une bénédiction. Je suis sûr que c’est lié à l’instant et que le même vin, un autre jour, n’apporterait pas la même émotion gustative. Mais il fut là, au bon moment, sur un bleu de Termignon exceptionnel. Alors, demain c’est l’inconnu du programme sur la Romanée Conti. Autant dormir et faire de beaux rêves.

3 – dégustation au domaine de la Romanée Conti
Le programme du week-end des inscrits au dîner de ce soir, commence par une visite au domaine de la Romanée Conti. Arrivé en avance, je bavarde avec Aubert de Villaine qui me demande combien nous serons. Lorsque je lui dis : « une quinzaine », il sursaute et me dit qu’il est exclu de boire les vins en fût si nous sommes quinze, car la distribution du vin à la pipette prendrait un temps trop long et serait difficile du fait de l’étroitesse des allées en cave. Dans la salle de réunion du siège du domaine, les visiteurs se présentent. Il y a des danois au sein desquels je reconnais avec plaisir Peter Siesseck, le vigneron propriétaire du célèbre vin espagnol Pingus, des italiens, des suisses, et peu de français.  Aubert de Villaine tient un aimable propos de bienvenue et nous conduit dans la cave où se tiennent traditionnellement les dégustations. A part Peter et Tomo, je ne connais personne et je fais la connaissance de René, danois vivant à Bâle, qui est en fait l’organisateur de la manifestation qui n’est pas un dîner comme je le croyais il y a quelques jours, mais un vrai week-end complet où le groupe, réuni sous la bannière du « White Club« , va boire les vins du programme et d’autres hors programme en trois repas officiels et trois repas informels.

Le seul vin qu’annoncera Aubert de Villaine, c’est le Vosne Romanée Domaine de la Romanée Conti 2004, car les autres seront bus à l’aveugle. Ce vin a un joli nez, un peu piquant et poivré. Il est de belle structure. C’est un vin généreux mais de petite longueur.

La Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 2006 a un nez plus intense et une bouche plus voluptueuse. C’est un vin raffiné, riche de bel équilibre. Je ressens sa finesse. Aubert de Villaine  dit qu’il est dans un moment d’adolescence. Il parle avec poésie de la colère du vin qui se sent enfermé dans sa bouteille et a envie de s’exprimer. J’aime beaucoup ce vin.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1999 est d’un style très différent. Il est plus court que le précédent mais plus riche. Je ressens de la verdeur dans le final. Le vin est un peu rêche mais l’on sent la finesse de la trame et du velouté.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1992 a un nez très joli. Aubert de Villaine  nous dit que l’année a été condamnée par les critiques. On sent un vin plus vieux, très délicat. Il a de la rondeur, mais il est servi froid, ce qui limite un peu le plaisir. On sent quand même son beau fruit et sa belle complexité. C’est un vin que j’ai toujours apprécié.

En sentant à l’aveugle la Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1956, j’ai une illumination. Alors que je ne pratique pas la dégustation à l’aveugle et que je n’y excelle pas, cette illumination est incroyable : je suis sûr d’avoir reconnu le vin que nous buvons. Et ce qui est curieux, c’est que je n’ai pas le moindre doute. J’ose dire : « je sais ce que c’est » et c’est bien la Romanée Conti 1956 que j’ai déjà bue. Le nez est pour moi totalement Romanée Conti, avec cette suggestion de pétales de roses fanées. Le final est extraordinaire. Ce vin rebouché en 1995 est absolument immense. Son élégance est extrême. Aubert de Villaine  nous dit que c’est un vin dont la chair a disparu, qui vit dans une autre dimension, celle de l’esprit du vin. Pour moi, c’est l’âme de la Romanée Conti.

Le Montrachet Domaine de la Romanée Conti 1977 a une couleur déjà marquée par l’âge. Le nez me gêne un peu. L’attaque en bouche est citronnée, très jolie, avec un petit manque de vivacité. Il faut attendre qu’il se réchauffe, car le miel apparaît. Le vin s’améliore et devient même grand. J’ai senti qu’Aubert de Villaine  était heureux de retrouver ces vins dont certains n’avaient été ouverts par lui qu’il y a longtemps. Tout le monde a apprécié la justesse et la pertinence de ses propos sur ses vins et son domaine. Chacun a été sensible a sa grande  générosité.

4 – déjeuner dans un petit château à Mercurey
En groupes dispersés nous nous rendons dans une grande demeure bourgeoise à Mercurey, qui loge tout le groupe à l’exception de mon mentor le négociant en vin, Tomo et moi.

Dans le grand salon aux papiers peints exotiques évoquant des richesses tropicales à la Douanier Rousseau, je vois sur une table un Chateau Palmer double magnum 2003 qui est ouvert. Alors que ce vin n’était pas inscrit au programme, j’imagine volontiers que nous irons de surprise en surprise. Je ne fus pas trompé ! Boire ce Palmer après la visite à la Romanée Conti, ce n’est pas un service à lui rendre ! Car le vin a des tannins très durs et fait un peu rustaud après les vins du domaine. On voit ainsi l’influence des conditions de dégustation.

L’apéritif, c’est en fait le Champagne Comtes de Champagne Taittinger Magnum 1985. Ce qui vient en premier avec ce champagne, c’est l’acidité. Quelques minutes plus tard, c’est le dosage qui apparaît. Ce champagne est normalement meilleur que celui que nous buvons ici.

Nous passons à la salle à manger où une grande table a été apprêtée, avec des verres de la maison Lalique dont le propriétaire fait partie du groupe. Il est l’un des sponsors de « White Club« , comme un fabricant de montres suisses et un producteur d’eau minérale, ce qui est pour le moins original.

Le repas est joliment réalisé, mais on ne cherche aucun rapport avec les vins. C’est un support de nourriture. Les vins sont servis en séries de cinq.

Le Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1989 a un nez assez fermé. Il faut dire que les verres Lalique, à mon avis, enferment les parfums au lieu de les épanouir. La bouche est d’une extrême délicatesse. C’est grand.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1996 est très joli, plus précis, plus tendu, plus vif.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 2003, c’est le charme, l’élégance. Il est enjôleur, envoûtant. Il est plus strict dans le final. C’est à l’attaque qu’il gagne les cœurs. Quand il s’étend dans le verre, il est d’un velours extrême. Ce vin est fantastique.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 2003 me frappe par sa profondeur. Il y a une belle complexité et la rose fanée que l’on n’est pas obligé de chercher. Elle est là. C’est incroyable comme elle est déjà expressive et longue. C’est une très belle réussite. Ce vin, c’est la longueur et la profondeur. Sa rémanence en bouche est infinie. La Tâche 2003 est plus généreuse et a un final plus glorieux, mais le vin est moins profond que la Romanée Conti 2003.

La Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 2005, c’est la joie de vivre, la tension extrême. Ce vin claque. Il n’est pas féminin, il fonce. Son final est magnifique.

Nous passons à la deuxième série.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1959 a un nez un peu évolué. Le vin est un peu coincé et je sens qu’il faut attendre, car la complexité est encore un peu timide. Elle est un peu décevante, car on en attend trop, un peu comme le Richebourg 1959 que j’ai ouvert récemment et qui m’a déçu. Mais quand il s’étend, il montre qu’il est grand.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1957 a un nez plus vivant. Le vin est plus vivant que le 1959. Sa trame est très belle. Le vin est très beau, vivant et expressif. Le vin est toutefois nettement moins émouvant que le 1956 ouvert à la dernière minute et froid dans les caves du domaine.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1947a un nez très beau. Sa bouche est d’une extrême présence. Il est un peu abîmé dans le final mais c’est un très beau vin. Quand il s’épanouit, il devient fantastique et je note : « ce vin vaut plus de 100 points ». Je note encore : « ce vin est fou ». C’est probablement l’un des plus grand vins de ce voyage dans la Romanée Conti. Son velours est légendaire. Je note toutefois que ce vin est moins complexe que la Romanée Conti 2003 qui me plait énormément.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1944même si elle est fatiguée est intéressante. Sa couleur est très brune. C’est un très beau vin avec un peu de café dans le goût.

La Tâche Romanée Chevillot négociant 1928 est un vin qui m’est totalement inconnu. C’est un vin mis en bouteille par un négociant, qui avait le droit d’embouteiller La Tâche et l’appelle Tâche Romanée. La couleur est très brune. Le nez est de charbon et de terre. La bouche est superbe, qui contraste avec l’œil et le nez. Le final est un peu vieux, mais le milieu de bouche est très émouvant. Le vin est très joli, même s’il a un peu de fatigue, car le message est intact et la trame est riche. Toutefois, ce vin est plus historique que réel.

Nous passons à la troisième série.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1997 est très généreuse et très Romanée Conti. C’est une Romanée Conti « naturelle », facile à vivre. Ce vin est « top ». Il est si facile !

Le vin joker est très joli. Je trouve des similitudes avec le vin précédent de 1997. C’est un  vin très beau et lui aussi très naturel. Je ne l’ai pas reconnu. C’est un Vosne Romanée  Cros Parantoux Henri Jayer 1988 un peu serré.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1978 a un bel équilibre et une belle opulence. Le vin est un peu torréfié et je commence a éprouver mes limites de dégustateur. Je le trouve lui aussi un peu serré.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti magnum 1982 magnifique est un vin généreux et opulent. Elle est très domaine de la Romanée Conti. C’est un vin magique. Quand il s’épanouit il devient fantastique. Il a l’âme du domaine de la Romanée Conti. Il est émouvant au possible.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1963 a un nez intense de truffe. C’est un joli vin. Au fil du temps il montre un peu sa fatigue. Au troisième passage, son final est fatigué.

L’intérêt des vins surprise, c’est qu’ils donnent une grande humilité au dégustateur. On reconnait assez facilement que c’est un bordeaux. A un moment, j’ai pensé Cheval Blanc, mais je n’ai pas gardé l’idée, car je ne le trouvais pas assez grand. Or il s’agit d’un vin mythique, Chateau Cheval Blanc 1982. Il faut dire qu’après des bourgognes, les choses ne sont pas faciles. Je ne peux pas dire que j’ai capté en le buvant ce qu’il représente en fait.

Et un nouveau point d’interrogation nous est servi. Le nez un peu camphré me fait penser à celui de l’Yquem 1941 que j’avais écarté, tant il me déplaisait, mais ici, le vin n’a pas souffert. Je pense à Lafaurie Peyraguey 1964, car il y a une richesse de botrytis qui me fait penser à ce vin. Et j’ai tout faux, car il s’agit de Chateau d’Yquem 1929. Honte sur moi. Mais il faut dire que je n’ai pas l’émotion que porte normalement ce vin immense.

5 – dîner à l’hostellerie de Levernois
Il est tard dans l’après midi après cette éblouissante présentation de vins rares. J’aurais aimé faire une sieste à l’hôtel, mais le devoir m’appelle, car je vais devoir ouvrir un très grand nombre de vins pour le dîner de ce soir. Nous rentrons Tomo et moi à Levernois. J’ai à peine le temps de me retirer dix minutes, et le plus invraisemblable amoncèlement de vins du Domaine de la Romanée Conti va passer entre mes mains, pour l’ouverture des bouchons. Si la qualité des bouchons des années récentes est irréprochable, il n’en est pas de même des bouchons anciens avec lesquels j’ai bataillé au point d’avoir très mal aux doigts de la main droite qui est celle qui tire doucement les bouchons. Pour la Romanée Conti 1983, le bouchon est aussi serré que tous ceux que j’ai ouverts et il me faut lutter comme un fou pour arriver à le sortir. Je suis bien évidemment intéressé par les deux vins que j’ai apportés. La Romanée Conti 1922 sent affreusement mauvais. Je suis triste car elle me semble perdue. La Romanée Conti 1944 au contraire a un parfum qui me plait. Souvenez-vous de ce que vous venez de lire, car le monde des vins anciens est un monde à surprises.


Et la Romanée Conti 1945, où est-elle ? Car c’est pour elle que je me suis inscrit. Lorsque nous étions à la Romanée Conti, Aubert de Villaine avait posé des questions sur son origine et René, l’animateur de White Club l’avait rassuré. Mais je ne la vois pas. Romain, le négociant qui m’avait fait m’inscrire à ces repas me demande de rejoindre René, qui m’explique que la bouteille qui lui a été vendue n’étant pas conforme à la photo de la bouteille qu’il voulait acheter, il l’a laissée sur place pour se faire rembourser. Conscient que je m’étais inscrit pour la 1945, il me promet qu’il fera un autre repas où figurera une 1945. Tout m’incite à faire confiance, et je continue à ouvrir les vins. Alors que je n’ai pas fini, les membres du groupe qui logent à Mercurey arrivent. Ma sieste passe aux oubliettes.

J’ai à peine le temps de me changer et je redescends dans un caveau où tout le monde prend l’apéritif avec un Champagne Perrier-Jouët jéroboam 1961. Puisqu’on est dans l’excès, pourquoi pas un jéroboam ! La couleur est trouble. Le champagne n’est pas désagréable, mais il n’est pas du tout ce qu’il devrait être. Je n’y touche qu’à peine, car il ne me plait pas. Avec Peter Sisseck, nous disons en plaisantant que c’est un vin qui a dû être stocké en évidence dans une boîte de nuit où il a souffert de la chaleur.

Quand on voit les choses en grand, ça vaut aussi pour la nourriture. Voici le menu dont ma balance se souvient encore, deux jours plus tard : huitre Gillardeau et Panna cotta d’oursin au caviar osciètre / marinière de coquillages et croustillant mimosa / l’œuf parfait aux cèpes, jambon Belotta et crème de poule faisane / coquilles Saint-Jacques aux truffes, poireau et céleri / homard cuit en carapace, Paccheri de King crabe au citron confit et artichauts / risotto Acquarello à la moelle et truffes noires / boudin blanc de perdreau aux châtaignes, foie gras de canard des Landes en infusion de cèpes / lièvre à la royale, chartreuse de chou et champignons des bois / fromages frais et affinés / variation de poire comice et caramel confiseur / tarte au chocolat Manjari, crème brûlée vanille Bourbon et glace ivoire.

Ce repas n’a pas du tout été pensé pour les vins, mais les plats ont été délicieux et bien exécutés. Ce fut largement trop copieux, mais nécessaire pour soutenir le rythme des vins.

Le programme n’avait prévu que des vins rouges et c’eût été difficile avec le début du menu, aussi René a ouvert un Montrachet Domaine de la Romanée Conti 2007. Il est magnifique et l’on sent le lait et la pâtisserie. Il est riche, généreux, au final gourmand. Ce vin a une longueur extrême. Il est l’élégance incarnée.

Le Montrachet Domaine de la Romanée Conti 2008 a un nez très élégant. Il est plus pétrole. Il est plus minéral et a plus de botrytis que le 2007. Ce vin est profond. On sent le miel. Autant le 2007 est prêt à boire maintenant avec plaisir autant il faut garder encore les 2008.

Les bouteilles que j’avais ouvertes étant manipulées dans tous les sens, je demande à René de les ranger dans l’ordre qu’il a prévu. Il y a sur une table 27 vins du domaine de la Romanée Conti. Nous nageons dans l’irréel.

Et, comme pour en ajouter une couche, René nous sert un vin mystère. Il est bu à l’aveugle par une table de quinze amateurs. Pratiquement tous ceux qui se sont exprimé ont proposé Pétrus. Et pour Pétrus, la plupart ont proposé 1961. Mon ami Tomo a proposé Pétrus 1998 et j’ai proposé Pétrus 1990. Quand on a la réponse, quelle surprise !!!  C’est Château Margaux 1900, à l’étiquette de Barton & Guestier, rebouché en 1999 sans que le nom Margaux ne figure sur le bouchon ce qui est curieux. Peter Siesseck me dit : ce vin est tellement jeune que si ce n’est pas Margaux 1900, il faudrait donner une médaille au vigneron qui a pu fabriquer un vin jeune aussi phénoménal.

Force est de dire que ce vin est hors du commun. C’est du 100/100 Parker, de façon évidente, mais c’est plus que cela. Equilibre, émotion, longueur, profondeur, tout y est. Et effectivement, je me suis trompé sur l’âge, mais ce n’est pas la première fois que des vins sublimes du passé bluffent tout le monde. Ce qui a conduit à Pétrus, c’est cette sensation de truffe, d’une rare précision. C’est une belle leçon et un vin splendide. Il a une perfection inimitable et une élégance absolue. Il pourrait bien être le gagnant de cette journée.

La Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 2007 a un nez très domaine de la Romanée Conti. La bouche est élégante mais aussi stricte et mesurée. C’est un vin élégant qui reste mesuré et courtois. C’est un grand vin.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 2002 a un nez puissant de folle jeunesse. En bouche il est joyeux, tout en charme, mais aussi puissant. Il a tout à fait le style du domaine. Ce vin est glorieux.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1993 a un nez discret. La bouche se marie magnifiquement avec les cèpes. Ce vin est élégant, sans avoir la personnalité de La Tâche. Avec le temps il gagne du corps.

La Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 1997 reste stricte mais très domaine de la Romanée Conti.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1990 a un nez d’une pureté remarquable. Il est d’une élégance extrême. Il marie accomplissement et cohérence. Ce vin est dans un état de grâce. Il a une longueur infinie.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1983 a un nez subtil. Sur la Saint-Jacques à la truffe, le vin est glorieux. Il a une longueur infinie. J’aime cette Romanée Conti que j’ai bue de nombreuses fois. On voit que ce n’est pas une année de puissance mais le vin a une élégance à la Coco Chanel. La rose et le sel sont là.

La Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 1981 a un très joli nez. C’est beau en bouche même si l’on est très loin de la Romanée Conti 83.

La Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 1975 a un nez très domaine de la Romanée Conti. Il y a beaucoup de sel. En bouche le vin est beaucoup plus gourmand que ce que le nez suggère. Ce vin se comporte nettement au dessus de ce qu’on en attendrait.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1973 a un nez très joli et une bouche gourmande. Quelle belle surprise pour un vin de cette année ! Les quatre derniers vins sont surprenants, car de petites années et brillants. La Romanée Conti 1983 a quelque chose de plus que les autres par la complexité de son final. Mais le plus incroyable et le gagnant de ces quatre est pour moi le 1975, contre toute attente et je suis ravi de voir qu’autour de la table, on pense comme moi.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1956 a un nez très domaine de la Romanée Conti avec une puissance rare. Il a des points communs avec la Romanée Conti 1956 de ce matin, mais servi à table, il est plus opulent. Il a un peu d’amertume en fin de bouche, mais le vin est très joli.

Le nez de la Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1954 n’est pas parfait. En bouche, il est un peu fatigué, un peu « amantillado ». Il fait brûlé, mais il a quand même quelque chose à dire, ce qui rend la 1956 plus vivante encore.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1944 qui est mon apport a une couleur bien moche. Le nez est un peu vinaigre. En bouche le vin n’est pas stupide mais il est notoirement insuffisant. On sent un peu de chocolat. Il n’est pas mort en bouche, mais je suis furieux.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1945 a un nez un peu camphré. La bouche est belle même si un peu chimique. René est beaucoup plus tendre avec ce vin que je ne le suis. Cette série de quatre vins est faible, le 1956 étant le plus vivant, très beau.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1943 ajouté pour me faire plaisir puisque c’est mon année a une belle couleur. Le nez a du champignon, dont l’intensité ne va jamais baisser. Il faut attendre pour le goûter, mais il ne deviendra jamais ce que j’ai connu de ce vin, un des plus grands du Domaine de la Romanée Conti que j’aie bu. L’odeur de champignon empêche de l’aimer.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti magnum 1940 a une couleur très brune. Le nez est correct mais limite. Le vin n’est pas mal, mais montre un peu trop de fatigue. Le final est trop fatigué.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti magnum 1940a une couleur aussi très fatiguée. Le nez est meilleur. En bouche, c’est très buvable même si c’est un peu fatigué. Le final est très limité.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1937 a une couleur beaucoup plus belle, même si elle est un peu trouble. Il y a un peu de tabac dans le nez de ce vin. Le vin a une belle attaque et un final un peu imprécis à ce stade.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti Van der Meulen 1929 a une couleur foncée. Le nez est très joli. On sent un vin un peu fortifié, un peu torréfié. C’est un beau vin, mais ce n’est pas la légende.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti Van der Meulen 1923 a une couleur aussi foncée. Le nez est très velouté et c’est le premier vin dont je sens la fraîcheur mentholée. C’est le 1929 en nettement mieux. C’est un très grand vin et l’expression d’un vin préphylloxérique.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1922 qui est mon deuxième apport a une couleur claire. Il est magnifique. C’est le meilleur des vins de cette série à quatre Romanée Conti. Il a la fraîcheur et une tension extrême. Je suis tellement content que ce vin rattrape le 1944.

La Romanée Conti 1937 s’améliore et on peut constater que les 22 et 37 ont des couleurs claires et sont définitivement ce que la Romanée Conti doit être, alors que les 23 et 29 ont des couleurs plus foncées et donnent l’impression que les vins ont été fortifiés par Van der Meulen. Le 1937 s’est amélioré et ressemble beaucoup au 1922 qui est maintenant royal. Si on se souvient bien, le 1922 sentait la mort et le 1944 avait un beau parfum. Les voies du vin sont impénétrables.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1935 a un très joli nez de Romanée Conti. En bouche, c’est une très grande Romanée Conti. Le match est ouvert entre 1922, 1935 et 1937. C’est peut-être le 1935 qui est le plus riche, mais il est peut-être aussi légèrement fortifié. C’est donc le 1922 qui gagne devant 1937 et 1935 cependant que le 1923 devient de plus en plus charmant.

Peut-on imaginer que nous venons de boire six vins de Romanée Conti de vignes préphylloxériques : 1922, 1923, 1929, 1935, 1937, 1944 ! Le 1935 a une grande puissance, de l’alcool, mais c’est un beau vin, le 1923 devient plus élégant, poivré, c’est un grand vin même s’il a été un peu aidé. Le 1922 est l’élégance absolue, avec le raffinement et la pureté de la Romanée Conti. Le 1937 est la délicatesse, le petit frère du 1922 même s’il est un peu moins beau. La fraîcheur mentholée du 1935 est étonnante car inhabituelle.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1962 a une couleur entre brun et rouge. Le nez est grandiose. Le vin est doux mais profond. C’est un très grand vin mais ce n’est pas la légende que j’attendais.

La dernière goutte du 1922 est de la rose pure. Je suis ému.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1959 a la même couleur que le 1962. Le nez est imparfait. La bouche est beaucoup plus gourmande. Il est généreux mais il n’est pas parfait. Décidément, je n’ai pas de chance avec les 1959.

Ce qu’on peut constater, c’est que tous les vins jeunes et les plus vieux sont spectaculairement bons. Ce sont les vins des âges intermédiaires des années 40 et 50 qui ont posé des problèmes. Quand on constate que la Romanée Conti 1956 bue en cave est sans doute l’une des plus belles de ce jour, cela montre qu’il y a un vrai problème de conservation des vins des années des décennies 40 et 50. Mais le positif gagne tellement devant le négatif que je vis un moment unique.

René, en mal de générosité, demande si nous avons encore de l’énergie. Je dis oui. Et arrive le vin que j’appelle « le vin John Wayne ». Dans tous les westerns de cet acteur américain, la victoire arrive toujours au dernier moment du film.  Eh bien, la Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1969, c’est un peu ça. Elle a une couleur claire, un nez authentique de Romanée Conti. Elle est parfaite, élégante, belle, même s’il y a un petit manque de tension. Au point où nous en sommes, elle cohabite avec le dessert au chocolat, mais à ce stade, nous sommes capables de nous consacrer au vin uniquement, l’un des plus beaux de ce soir.

6 – commentaires et conclusions
Un tel rythme est tellement déraisonnable que j’avais annoncé que je ne viendrai pas au déjeuner du lendemain prévu au programme pour lequel je m’étais engagé. L’idée d’abandonner un repas où 17 vins du Domaine de la Romanée Conti vont être ouverts incluant La Tâche 1990 pourrait paraître de la folie. Mais la folie eût été de m’y rendre.

Que retenir de cette extravagance absolue ? Voici un groupe cosmopolite de fondus de vins qui ont les moyens financiers pour affronter les plus rares vins de la planète. Quand on a les budgets, on peut chasser l’étrange et le rare. C’est la profusion qui commande, plus que la mesure. On peut critiquer, mais René l’a fait avec une telle générosité que son sens du partage ne peut qu’être respecté.

Il y a bien sûr l’absence de la Romanée Conti 1945, qui était le motif de mon inscription. Si une autre Romanée Conti 1945 est ouverte, ce sera un plaisir de plus.

Ce qui reste pour moi, c’est surtout cette plongée unique dans l’histoire du goût de la Romanée Conti. J’ai maintenant des notes sur plus de 300 vins du domaine, en près de 70 millésimes différents. J’ai donc conforté une vision assez pénétrante des vins de ce domaine. J’en suis profondément reconnaissant aux auteurs de cet événement unique. Je ne l’aurais jamais fait comme cela. Mais vive la différence. Et vive la Romanée Conti.

AN INCREDIBLE EXPLORATION OF THE WORLD OF ROMANÉE CONTI dimanche, 16 décembre 2012

AN INCREDIBLE EXPLORATION OF THE WORLD OF ROMANÉE CONTI, WITH 46 WINES FROM THE DOMAINE, INCLUDING 15 ROMANÉE CONTI, 6 OF WHICH ARE PREPHYLLOXERIC

Warning : there is a big concern about the authenticity of several wines, as it appears that some bottles have been used twice or more after being refilled. I did not change my comments, as it shows that everyone can be fooled when he is in an atmosphere which is considered as offering honesty. It is a good lesson.

1 – THE REGISTRATION

As I write these lines, I have no idea as to what will happen tomorrow. I know a wine merchant who lives in Italy, whose name is French. From time to time, but not regularly, I buy wine from him. He has of late started organising dinners based on rare wines, in a similar fashion to the ones I organise. One day, I write to him to inform him that I find his prices out of proportion with what they should be. He answers: “Why? Do you find my prices too high?” This proves that he has misunderstood me, for his job is to sell wine, and he knows the current prices. My criticism was targeting the fact that I find it unreasonable to find one-of-a-kind, extremely rare wines at prices quite close to those of the most banal of wine events.

A couple of months later, I receive an offer for a dinner with an unbelievable list of extremely rare wines. It is quite shocking to see so many vintages of Romanée Conti, including 1929 and 1945. I turn the page to have a look at the price, and realise that my remarks have had an effect, for the demanded participation fee is way above all the fees that I have ever asked, even for my most expensive dinners. This offer has got some nerve, and so does the program. I would happily file this offer in the cabinet of forgotten proposals, but the wine merchant calls me and tells me: “Taking into account your Romanée Conti experience, I suggest that you replace your participation fee by a contribution in Romanée Conti.”

This sparks my interest. And since a 1945 Romanée Conti has been included on the list, I need to match this with my most prestigious bottles. I offer to bring a 1922 and a 1944 Romanée Conti, two wines from prephylloxeric vines, which can match the rarity of the 1945. My offer is accepted. A few days later, I learn that my friend Tomo will also take part in this dinner. This pleases me, for sharing such rare wines with strangers is not as rewarding an experience as sharing them with friends.

I drive down to the Hostellerie de Levernois where one of three scheduled meals of this wine weekend is to take place and, as I fill up the tank of my car, I receive an SMS from the wine merchant, informing me that one of the guests will not show up and asking me if I can find a last-minute replacement. At such short notice, it is clearly impossible to find someone. But if the guest who will be a no-show is the one who was supposed to bring the 1945 Romanée Conti, this changes things. Because in my mind, my two rarities cannot be fully embraced if they are not paired with the 1945, for I chose the closest vintages to the 1945, to create what could be an interesting juxtaposition.

I arrive at the hotel and find Tomo; we decide to have dinner together. The merchant who is my contact for this event, who I know only via emails, is in his room and has asked for room service. Maybe he doesn’t want to be disturbed. The suspense is still ongoing. What will happen during this massive tasting of legendary Romanée Conti? Tomorrow will tell.

2 – DINNER WITH TOMO

Tomo and I have signed up for a gargantuan Romanée Conti week-end. There is an uncertainty about the program, because it is possible that the guest who confirmed, only a few hours ago, that he will not show up could be the one bringing the 1945 Romanée Conti. That puts me in a bit of a pickle regarding my own contribution to this dinner.

We are having dinner at the restaurant of the Hostellerie de Levernois. The wine list is quite copious and smart, since the prices certainly whet the appetite. We start our aperitif with a 1995 Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs which is delightfully accomplished. It is a smoky wine, with beautiful hints of candied fruit. It is deep and intense—a real delight.

We order a 2007 Chambolle-Musigny Les Amoureuses domaine Roumier ; we know it is a light vintage, but we want to enjoy its delicacy. With the black truffle risotto and its beautifully concentrated sauce, it turns out that the champagne is the best pairing by far, whereas one could have thought that it would have been with the red wine. But the latter excels with the delicious pigeon and its remarkably meaty texture. And yet, once we have marveled at the delicacy of this extremely subtle wine, we are forced to admit that it is lacking something; it is not power, for we asked precisely for this light vintage, but a lack of complexity. And I have to say that I was slightly disappointed with this wine from Roumier, which is probably the reason why, despite an out-of-this-world program already scheduled for tomorrow, we yield to temptation and are unreasonable. A wonderful cheese selection arrives and a blue cheese from Termignon catches my eye. I suffer from a chronic infatuation with this cheese which drives me crazy. And my intuition tells me that we need to pair it with a Château Grillet.

The restaurant wine list indeed includes a 1987. The blue cheese from Termignon paired with this 1987 Château Grillet is a definite proof of the existence of gastronomic nirvana. This wine is a masterpiece and I have to admit that I would never have expected a 1987 Château Grillet to reach such heights. It is the acme of this dinner, offering a balance similar to a Riesling, an unbelievable freshness, and an unparalleled balance. It is fluid, straight, smooth like a forbidden fruit—a real blessing. I am convinced that this has to do with a particular moment in time and that the same wine, on another day, would not create the same taste pleasure. But right here, right now, it pairs exceptionally well with the blue cheese from Termignon.

We still do not know what tomorrow will bring concerning the Romanée Conti wine list. We might as well go to sleep and dream sweet dreams.

3 – WINE TASTING AT THE DOMAINE DE LA ROMANÉE CONTI

The weekend program for the participants of tonight’s dinner starts with a visit of the Domaine de la Romanée Conti. Since I show up a bit ahead of schedule, I have a chat with Aubert de Villaine who asks me how many people are supposed to take part. When I answer that there should be about fifteen people, he is startled and tells me that it is not possible to taste straight from the barrel if there are fifteen of us, since distributing wine with the pipette would take too long and would be difficult because of the limited space in the cellars. In the meeting room at the domaine’s headquarters, the guests start to arrive. There are some Danes—among whom I am happy to recognise Peter Sisseck, the winemaker-owner of the famous Spanish wine Pingus—along with some Italians, Swiss, and only a couple of French people. Aubert de Villaine greets us cordially, and directs us to the cellars where the tastings are traditionally organised. Except for Peter and Tomo, I don’t know anyone in our group, and I make the acquaintance of René, a Dane who lives in Basel, and the organiser of this event. I learn that this indeed is not a dinner as I still thought it was a couple of days ago, but a real complete week-end during which this group, which gathers together the members of the “White Club”, will drink the wines in the program, as well as other non-programmed ones, during the course of three official meals and three non-official meals.

The only wine that Aubert de Villaine will announce is the 2004 Vosne Romanée Domaine de la Romanée Conti, for all the others will be tasted blind. It has a pleasant nose, slightly tart and peppery. It is well structured. It is a generous yet quite short wine.

The 2006 Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti has a more intense nose, and is more voluptuous in the mouth. It is a refined, rich, well-balanced wine. I can taste its subtlety. Aubert de Villaine explains that it is still in its adolescence. He talks quite poetically of the anger of the wine, still repressed in its bottle, desperate to express its personality. I really like this wine.

The 1999 Echézeaux Domaine de la Romanée Conti is of a very different style. It is shorter than the previous one, but richer. I detect a slight green taste in the finish. The wine is marginally unripe, but it is possible to taste its delicate thread and its mellowness of texture.

The 1992 La Tâche Domaine de la Romanée Conti has a very beautiful aroma. Aubert de Villaine tells us that this vintage was written off by wine critics. One can taste an older wine, very delicate, round, but it is served cold, which limits the pleasure. However, it is possible to taste its fruitiness and its beautiful complexity. It is a wine that I have always appreciated.

The next wine is tasted blind again, and as I smell the 1956 Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti, I have an epiphany. I do not train in the art of blind tasting, nor do I excel in it, but it is a truly unbelievable revelation. I am convinced that I have recognised the wine we are drinking. And the curious thing is that I have absolutely no doubt about it. I dare to announce that I know what wine it is, and it is indeed the 1956 Romanée Conti which I have already tasted in the past. I feel it has the archetypal Romanée Conti nose, with those hints of wilted rose petals. The finish is extraordinary. This wine has been recorked in 1995 and it is absolutely immense. It is of extreme elegance. Aubert de Villaine explains that this is a disembodied wine, which has shed its mortal body and lives in another dimension altogether, that of the spirit of wines. For me, this wine is the soul of the Romanée Conti.

The 1977 Montrachet Domaine de la Romanée Conti is of a colour that already shows signs of age. I have a slight problem with the nose. The attack in the mouth is lemony, quite beautiful, with a slight lack of liveliness. When it is left to warm up for a bit, the taste of honey appears. The wine then improves and even becomes great.

I feel that Aubert de Villaine is happy to be reacquainted with these wines, some of which he had not opened in a long time. Everyone can appreciate his pertinence and accuracy when describing his wines and his domaine. Everyone is moved by his great generosity.

4 – LUNCH AT A SMALL MANOR IN MERCUREY

Without a clear plan of action, we separate into small groups and head for a great bourgeois manor house in Mercurey which hosts the whole group except for my mentor the wine merchant, Tomo, and myself.

In the great lounge with exotic wallpaper that evokes the tropical richness of the Douanier Rousseau, I can spot on one of the tables a 2003 double magnum of Château Palmer, uncorked. While this wine was not on the list, I can easily imagine that we will go from one surprise to the next—and I will not be disappointed. To drink this Palmer after our visit at the Romanée Conti is somehow a disservice to the Bordeaux wine, for it has really hard tannins and comes across as a bit rough after the wines of the Domaine. This goes to show that tasting conditions have a clear influence on one’s perception.

The apéritif turns out to be the 1985 magnum of Champagne Comtes de Champagne Taittinger. The first impression that is given by this champagne is of acidity. A few minutes later, it is the dosage that comes through. This champagne is usually better than the one we drink today.

We head for the dining room where a long table has been prepared with glasses from the Lalique company, whose owner is part of our group. He is one of the sponsors of the White Club, along with a Swiss watchmaker and a producer of mineral water, which is original to say the least in a wine tasting.

The meal is beautifully executed, but without looking for wine pairings. It just provides sustenance. The wines are served in flights of five.

The nose of the 1989 Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti is relatively closed. I personally feel like the Lalique glasses confine the aromas of the wines to the glass instead of contributing to their expansion. The mouth is extremely delicate. It is a great wine.

The 1996 Richebourg Domaine de la Romanée Conti is very beautiful, offering more precision, more tightness, and more liveliness.

The 2003 La Tâche Domaine de la Romanée Conti is nothing but charm and elegance. It is slick and seductive. It is stricter in the finish. It wins us over with its attack, and when it expands in the glass, it becomes extremely velvety. This wine is fantastic.

The 2003 Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti strikes me with its depth. It has beautiful complexity and willingly displays an aroma of wilted rose. No need to look for it, it is there, already incredibly expressive and long. It is a beautiful achievement. This wine is about length and depth. Its persistence in the mouth seems like it will never end. The 2003 La Tâche is more generous and has a more glorious finish, but is less deep than the 2003 Romanée Conti.

The 2005 Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti expresses true joie de vivre and extreme tension. It cracks like a whip. It is not feminine, it charges in. Its finish is wonderful.

We now turn to the second flight.

The 1959 Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti has a slightly evolved nose. The wine is a bit inhibited, and I can feel that we ought to be patient, for its complexity is still a bit shy. This wine is slightly disappointing, but too much is expected of it, a bit like the 1959 Richebourg that I opened recently and which disappointed me. But when it expands, it shows how great it can be.

The 1957 Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti has a livelier nose. The wine is definitely more alive than the 1959. It has a beautiful texture. It is very pretty, lively and expressive. However, it is undoubtedly less moving than the 1956 that was opened at the last minute this morning and served cold in the cellars of the Domaine.

The 1947 La Tâche Domaine de la Romanée Conti has a very beautiful bouquet. It is extremely assertive in the mouth. It is slightly damaged in the finish but it is a truly beautiful wine. When it expands, it becomes fantastic, and I write down that “this wine is worth over 100 points”, and also “what an insane wine!” It is probably one the greatest wines of this journey through the world of the Romanée Conti. Its velvety texture is legendary. However, I notice that it is less complex than the 2003 Romanée Conti of which I am enormously fond.

The 1944 La Tâche Domaine de la Romanée Conti is interesting, even though it is somewhat tired. It is of a very brown colour. It is a very beautiful wine, with a slight taste of coffee.

The 1928 La Tâche Romanée Chevillot négociant is completely unknown to me. It has been bottled by a wine merchant who was allowed to bottle La Tâche and to call it Tâche Romanée. It is of a very brown colour. Its nose smells of coal and earth. The mouth is superb, contrasting with the sight and the smell. It shows its age in the finish, but the mid-palate is very moving. It is a very beautiful wine, even though it is a bit tired, for its message is still intact, and the texture is rich. It is, however, more historical than real.

We now turn our attention to the third flight of wines.

The 1997 Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti is very generous, and typical of the Romanée Conti. It is a natural Romanée Conti, easy to understand—a top-of-the-range wine, so easy to drink!

The joker wine is quite beautiful. I find similarities with the 1997 wine we have just tasted. It is very pretty, and very natural too. I do not identify it. It is a slightly tight 1988 Vosne RomanéeCros Parantoux Henri Jayer.

The 1978 Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti has beautiful balance and richness. The wine has slightly roasted flavours and I feel like I am reaching my tasting limits. Again, I find this wine to be a bit tight.

The magnum of 1982 La Tâche Domaine de la Romanée Conti is a magnificently generous and opulent wine. It is another signature wine of the Domaine de la Romanée Conti, a magical wine which becomes fantastic when it expands in the glass. It has the soul of the domaine, and moves me beyond measure.

The 1963 Richebourg Domaine de la Romanée Conti has an intense aroma of truffles. It is a pretty wine, but it gradually shows signs of exhaustion. When I come back to it for the third time, its finish is tired.

The interest of unplanned wines is that they force a certain humility upon the wine taster. It is quite easy to identify that the next wine comes from Bordeaux. I think of Cheval Blanc for a second, but dismiss the idea because I didn’t find it great enough. It turns out to be a mythical wine—1982 Château Cheval Blanc. Admittedly, it is not easy to come after the Burgundy wines. When I drink it, I cannot claim to be able to fully embrace what this wine actually represents.

And then, another mystery is served to us. The moderately camphorated nose makes me think of a 1941 Yquem—the very same that I put aside in one of my recent dinners because it displeased me so much—but here, the wine has not suffered. I think of a 1964 Lafaurie Peyraguey, because of its botrytised richness. It turns out I am completely wrong, for it is actually a 1929 Yquem. Shame on me! But I have to point out that I do not perceive the emotion that is normally expressed by this tremendous wine.

5 – DINNER AT THE HOSTELLERIE DE LEVERNOIS

It is now late in the afternoon. We have just finished this dazzling presentation of rare wines. I would have liked to take a nap at the hotel, but time waits for no man, and I have an impressive number of wines to uncork for tonight’s dinner. Tomo and I head back to Levernois. I barely have ten minutes to catch my breath and now have to face the most unbelievable accumulation of wines from the Domaine de la Romanée Conti, and I will handle them all and uncork them one by one. If the quality of the corks for the recent vintages is beyond reproach, it is not the same for the old corks which I have to struggle with, to such an extent that the fingers of my right hand—the one that pulls gently on the cork—begin to ache. For the 1983 Romanée Conti, the cork is far more compressed than all the others and I have to fight like a mad man to pull it out. Naturally, I am interested in the two wines I brought with me. The 1922 Romanée Conti has a horrible aroma. I am saddened for it seems to be beyond help. The 1944 Romanée Conti has, on the other hand, an aroma that I really like. Please remember this and keep reading, you will see how surprising the world of vintage wines can be.

And where is the 1945 Romanée Conti? For my signing up for this dinner was based on its presence. When we were at the domaine this morning, Aubert de Villaine asked questions about its origin, and René, the master of ceremonies, had reassured him. But I can’t see it. Romain, the wine merchant who had pressed me to join those dinners, asks me to go and talk to René, who explains that the bottle that was sold to him doesn’t correspond to the photo of the bottle that he intended to buy, and that he had therefore not picked it up and asked for a refund. As he is well aware that I had decided to take part in this dinner because of the 1945, he promises that he will organise another dinner with a 1945. Everything tells me that I can trust him, and I keep opening the wines. I am not finished and already the members of the groups that stay at Mercurey begin to arrive. I can consign my nap to oblivion.

I barely have time to get dressed and walk back down to a cellar where everyone is enjoying an aperitif with a jeroboam of 1961 Champagne Perrier-Jouët. Why not, considering excess seems to be the word of the day! The colour is hazy. It is not disagreeable, but it is absolutely not what it should be. I hardly drink of it, because I don’t like it. With Peter Sisseck, we joke about the fact that it was probably stored and displayed on a shelf in a nightclub where it was damaged by the heat.

When you think on a big scale, it also includes the food. Here is the menu which still makes quite an impression on my scales two days later: Gillardeau oysters and sea urchin panna cotta with Osciètre caviar / Shellfish broth and mimosa crispy wafer / The perfect egg with porcini, Belotta ham and hen pheasant cream / Scallops with truffles, leek and celery / Lobster cooked in its shell, paccheri pasta stuffed with King crab, preserved lemon and artichoke / Acquarello risotto with bone marrow and black truffles / White boudin of young partridge with chestnuts, duck foie gras from the Landes region, infused in a porcini broth / Lièvre à la royale, cauliflower terrine and wild mushrooms / A selection of fresh and matured cheeses / Variations on the comice pear with caramel / Manjari chocolate tart, crème brûlée with Bourbon vanilla, ivory ice-cream.

This meal was absolutely not imagined to pair with the wines, but it is delicious and beautifully executed. It was way too copious, but necessary to sustain the rhythm of the wines.

On the program, there are only red wines, which would have been difficult, considering the beginning of the menu. As a result, René insists we open a 2007 Montrachet Domaine de la Romanée Conti. It is splendid and it smells of dairy products and patisserie. It is rich, generous, very tasty in the finish, extremely long. It is elegance incarnate.

The 2008 Montrachet Domaine de la Romanée Conti has a very elegant nose. It has more of a petrol aroma. It is more mineral, and has more botrytis than the 2007 one. It is a deep wine. There is an aroma of honey. If the 2007 is pleasant and ready to drink now, the 2008 should be kept in the cellar for a bit longer.

Since the bottles that I opened go from one pair of hands to the next, I ask René to reorganise them in the order of the program. On the table, there are 27 wines from the Domaine de la Romanée Conti. This is completely surreal.

And as if that isn’t already enough, René decides to pour us a mystery wine. It is tasted blind by our table of fifteen wine enthusiasts. Practically everyone suggest Pétrus; more precisely, the majority suggest 1961 for the vintage. My friend Tomo thinks of 1998, whereas I think of 1990. What a surprise when we discover it is actually a 1900 Château Margaux, with a Barton & Guestier label, recorked in 1999 and oddly, without the name Margaux written on the cork. Peter Sisseck tells me that this wine is so young that if it actually is not 1900 Château Margaux, an award should be given to the winemaker who has managed to create such a phenomenal young wine.

And indeed this wine is absolutely out of this world. It is worth a hundred Parker points, that is obvious, but it is so much more than that. Balance, emotion, length, depth—it has everything. And I have indeed made a mistake about its age, but it is not the first time that sublime vintage wines fool everyone. The reason everyone thought of Pétrus was because of this truffle taste, of rare precision. It is a beautiful lesson, and a splendid wine. It has inimitable perfection and absolute elegance. It could very well be the winner at the end of the day.

The 2007 Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti has a nose which is typical of the Romanée Conti wines. The mouth is elegant, but also strict and restrained. It is an elegant, measured and pleasant wine—a great wine.

The 2002 La Tâche Domaine de la Romanée Conti has a powerful and insanely young nose. In the mouth it is happy, charming, but also powerful. It clearly has the style of the domaine. It is glorious.

The 1993 Echézeaux Domaine de la Romanée Conti has a subdued bouquet. The mouth flavours pair magnificently with the porcini. It is elegant, but doesn’t have as much personality as the La Tâche. It gradually gets more full-bodied.

The 1997 Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti remains austere, but typical of the domaine wines.

The 1990 Richebourg Domaine de la Romanée Conti is remarkably pure on the nose. It is extremely elegant, balancing accomplishment and coherence. This wine is in a state of grace. It is of infinite length.

The 1983 Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti has a subtle bouquet. Paired with the scallops and truffles, it is glorious. It is infinitely long. I love this Romanée Conti which I have already tasted many times in the past. It is clearly not a powerful vintage, but it is as elegant as Coco Chanel. I can taste the rose and the salt.

The 1981 Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti has a very beautiful nose. It is beautiful too in the mouth, even though it really does not compare with the 1983 Romanée Conti.

The 1975 Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti is really typical of the wines of the domaine. Salt is very present. In the mouth, the wine is much tastier than the nose promises it to be. It performs much better than could have been expected.

The 1973 La Tâche Domaine de la Romanée Conti has a very beautiful bouquet and is quite tasty in the mouth. What a pleasant surprise coming from that vintage! The last four wines are surprising, for they come from small vintages, but turn out to be brilliant. The 1983 Romanée Conti has a little something extra because of the complexity of its finish, but the most unbelievable of the four, which against all odds comes on top for me, is the 1975, and I am delighted to see that around the table, the other guests think so too.

The 1956 Richebourg Domaine de la Romanée Conti has the signature bouquet of the Romanée Conti wines, with a rare power. It has similarities with the 1956 Romanée Conti of this morning, but being served at the table, it is more opulent. It has a slightly bitter finish, but it is a very beautiful wine.

The nose of the 1954 Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti is not perfect. In the mouth, the wine is slightly tired and evokes an amontillado. It tastes burnt, and yet it has something to say, which makes the 1956 even more alive.

The 1944 Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti, which is one of my contributions, has a very unappealing colour. There is a hint of vinegar on the nose. In the mouth, it is not a complete blank, but it is definitely not up to the standards of the domaine. There is still a faint trace of chocolate. It is not dead in the mouth, but I am really furious.

The 1945 Richebourg Domaine de la Romanée Conti has a slightly camphorated nose. The mouth is beautiful even though it is a little bit chemical. René is much nicer to this wine than I am. This is a weak flight of wines. The 1956 emerges as the most alive of the four, and quite beautiful it is too.

The 1943 Richebourg Domaine de la Romanée Conti, which was added to the list to please me as a reminder of my birth year, has a beautiful colour. It evokes mushrooms on the nose, and its intensity will never weaken. We ought to wait before tasting it, but it will never turn into the memory of what I have experienced with this wine, one of the greatest I have ever tasted from the domaine. This mushroom aroma prevents you from falling in love with it.

The magnum of 1940 Richebourg Domaine de la Romanée Conti is of a very brown colour. The nose is okay, but borderline faulty. It is an acceptable wine, but it shows too many signs of exhaustion. The finish is too tired.

The magnum of 1940 La Tâche Domaine de la Romanée Conti is also of a very tired colour. The nose is better. In the mouth, it is perfectly drinkable, even though it too is slightly tired. The finish is very limited.

The 1937 Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti is of a much more beautiful colour, even though it is slightly hazy. There is a hint of tobacco on the nose. The attack is beautiful, but the finish lacks precision at this moment of its life.

The 1929 Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti Van der Meulen is of a dark colour. The nose is very pretty. One can smell a wine which is slightly fortified, and roasted aromas too. It is a beautiful wine, but it is not the legend it is supposed to be.

The 1923 Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti Van der Meulen is also of a dark colour. The nose is very velvety, and it is the first wine in which I can perceive that menthol freshness. It has the same profile as the 1929, only much better. It is a great wine, and the true expression of a prephylloxeric wine.

The 1922 Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti is my second contribution to this dinner. It has a clear colour and is wonderful. It is the best of this flight which includes four Romanée Conti. It combines freshness and extreme tension. I am so happy that this wine makes up for the disappointing 1944.

The 1937 Romanée Conti is improving. Both the 1922 and the 1937 have clear colours and are definitely what a Romanée Conti is supposed to be, whereas the 1923 and 1929 are of darker colours and give the impression that they were fortified by Van der Meulen. The 1937 has improved and is quite similar to the 1922 which is now regal. If we go back a couple hours, the 1922 was smelling of death and the 1944 had wonderful aromas. Wines evolve in mysterious ways!

The 1935 Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti has a very pretty and typical nose of Romanée Conti. In the mouth, it is a truly great Romanée Conti. The race is on between the 1922, the 1935 and the 1937. The 1935 is probably the richest, but it could also have been slightly fortified. The 1922 is therefore the winner for me, ahead of the 1937 and the 1935, while the 1923 is turning out to be a more and more attractive outsider.

One can hardly imagine that we have just tasted six Romanée Conti made from prephylloxeric vines—1922, 1923, 1929, 1935, 1937 and 1944! The 1935 has great power, alcohol, and is a beautiful wine; the 1923 is becoming more elegant, peppery, and it is a great wine, even if it had a little bit of help; the 1922 epitomises elegance, with all the refinement and purity of the Romanée Conti; the 1937 is nothing but subtlety, a little brother to the 1922, even if it is not as pretty; the menthol freshness of the 1935 is surprisingly unusual.

The colour of the 1962 La Tâche Domaine de la Romanée Conti hesitates between red and brown. The nose is magnificent. It is a soft yet deep wine. It is another truly great wine, but not the legendary wine I was expecting.

The last drop of the 1922 is pure rose. I am deeply moved.

The 1959 La Tâche Domaine de la Romanée Conti is of a similar colour to the 1962. The nose is not perfect, but the mouth is a lot tastier. It is generous but imperfect. 1959 is definitely not my lucky number.

It appears that all the young wines, as well as the oldest ones, are spectacularly good. It is the mid-life wines, from the 1940s and 1950s, which are problematic. When you realize that the 1956 tasted this morning in the cellars of the Domaine de la Romanée Conti is one of the most beautiful of the day, it suggests that there is a real storage problem with the wines from the 1940s and the 1950s. But there is so much more positive than negative in today’s tastings that it allows me to experience a truly unique moment.

René, who still believes he has not been generous enough, asks if we still have some energy left. I say yes. And then enters what I will call the John Wayne wine. In all the westerns of this American actor, victory is decided in the last minutes of the movie. And it is more or less what happens with the 1969 Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti. It is of a clear colour, with the authentic bouquet of the Romanée Conti. It is perfect, elegant, beautiful, even though it shows a tiny lack of tension. It turns up to be paired with the chocolate dessert, but at this point, we are capable of focusing exclusively on the wine, one of the most beautiful of the evening.

6 – COMMENTARIES AND CONCLUSIONS

Such a rhythm is so excessive that I have announced that I will not take part in the lunch scheduled for the next day, which I had originally signed up for. The idea of letting go of the opportunity of a meal with 17 wines from the Domaine de la Romanée Conti—including a 1990 La Tâche—can seem utter folly. But it would indeed have been sheer madness to have taken part in it.

What can we learn from this absolute extravaganza of a tasting? Here is a cosmopolitan group of wine buffs who have the financial means to indulge in the rarest wines in the world. When you have the budget for it, why not hunt for the strange and rare? The order of the day was profusion, not measure. One could criticise this excess, but René did it with such generosity that you can only respect this desire to share.

Of course, the 1945 Romanée Conti was a no-show, and it was the wine that had made me sign up for this dinner in the first place. If another 1945 Romanée Conti ends up being opened on another occasion, it will be an extra pleasure for me.

What remains, for me, is this unique exploration in the taste history of the Romanée Conti. I now have notes on more than 300 wines from the domaine, spanning 74 different vintages. I have therefore confirmed a significant insight into the wines of this domaine. I am deeply grateful to the organisers of this once-in-a-lifetime event. I would never have organised it that way. But different can sometimes be good. And long live the Romanée Conti!

dîner à Grains Nobles après la dégustation de la Romanée Conti mardi, 11 décembre 2012

Après la présentation des vins du domaine de la Romanée Conti par Aubert de Villaine, Pascal Marquet, directeur de Grains Nobles, retient à dîner quelques personnes autour d’Aubert de Villaine, dont Michel Bettane, Bernard Burtschy et moi. Sergio, qui a géré la dégustation et dirige la restauration de l’endroit avec sa femme, est d’origine colombienne. Le jeune chef est aussi hispanique. Il est très motivé, nous a expliqué les plats. Il travaille bien et l’on sent qu’il est ambitieux. Avant de passer à table, j’ouvre le vin que j’ai apporté. A peine ai-je soulevé trois millimètres qu’une affreuse odeur de bouchon envahit mes narines, puis la pièce. Le vin est un Côtes du Jura blanc Robert Jeannin 1973 qui m’avait plu lorsque je l’ai saisi en cave pour sa belle couleur. Il est bouchonné ou en a les apparences et ne revivra pas. Je n’ai pas réussi à ‘audouzer’ mon vin ce qui a permis à Michel et Bernard de faire gentiment un peu d’humour à mes dépens.

Nous commençons par un Champagne Egly-Ouriet rosé grand cru magnum sans année. Alors que je suis un fan des champagnes de cette maison, ce rosé ne me convainc pas du tout. Il n’a pas d’âme. Et le contraste est extrême avec un Champagne Egly-Ouriet Cuvée Brut non dosé qui a passé 61 mois en cave et a été dégorgé en juillet 2004. D’après ce que j’ai compris, ce champagne n’a pas été commercialisé. Il a une personnalité affirmée. Je l’adore. Le temps lui a donné de la souplesse et a rendu beaucoup plus facile à accepter l’absence de dosage. J’aime ce champagne qui raconte des complexités.

Dîner avec Michel Bettane et Bernard Burtschy, c’est fascinant, car on apprend des tonnes de choses nouvelles, en remarquant à quel point ils sont proches dans leurs analyses, mais on prend aussi une sacrée leçon d’humilité, tant on se sent nain à côté de ces géants de la connaissance du vin. Les deux éreintent avec une vivacité rare le Rioja Vina Tondonia 1964 qu’ils trouvent très mal fait. Je peux comprendre leur jugement, tout en étant moins sévère.

A l’inverse, ils encensent le Château Bel Air marquis d’Aligre 1970 en vantant à l’envi ses qualités. Je peux comprendre leur jugement, tout en étant moins laudatif.

Le chef nous a proposé un très bon foie gras au subtil chutney, des coquilles Saint-Jacques délicieuses et un plateau de fromages goûteux. Voilà une bien heureuse surprise.

Aubert de Villaine présente les 2009 du domaine de la Romanée Conti mardi, 11 décembre 2012

Chaque année, Aubert de Villaine vient présenter au siège de la société "Grains Nobles" les vins du domaine de la Romanée Conti du millésime qui a trois ans. Dans l’étroite cave voûtée probablement aussi vieille que la parcelle de la Romanée Conti, ou peu s’en faut, les habitués sont nombreux à venir célébrer le vin le plus emblématique du monde. Ils vont écouter religieusement Aubert de Villaine qui parle tout doucement, et Michel Bettane qui ajoute des anecdotes colorées sur les vins, pendant que Bernard Burtschy prend des notes sur son ordinateur.

Aubert de Villaine parle du film de l’année 2009 et dit qu’en août 2009 on savait déjà que l’année serait bonne, même si le début d’année fut assez difficile. Août fut chaud, marqué fort classiquement par l’orage du 15 août. Le beau temps a duré jusqu’en octobre. Les vendanges ont été faites du 10 au 18 septembre. Les raisins fins étaient très fins.

Pendant qu’Aubert continue ses considérations sur ce grand millésime, on nous sert un Pernand-Vergelesses 1er cru Ile de Vergelesses Chandon de Briailles 2007 dont Pascal Marquet, le directeur de Grains Nobles, nous dit à titre de boutade qu’il sert à aviner nos verres. Je dirais plutôt qu’il sert à préparer nos palais. Le vin a un nez pur assez linéaire. La bouche est agréable, accueillante, au final bien frais. Ce n’est pas un vin long et complexe. C’est plus un vin de repas de copains, vin carré sans grande originalité. Il est bien fait et plutôt gourmand.

Une fois le décor planté, nous commençons par le Corton Grand Cru Prince Florent de Mérode 2009 dont le domaine de la Romanée Conti est le fermier depuis novembre 2008, suite à plusieurs décès successifs dans la famille du prince. Il y a trois climats en Corton dans ce domaine : le Clos du Roi, les Bressandes et les Renardes. Mais Aubert n’a pas voulu faire les trois et a préféré se concentrer pour la première année sur les plus vieilles vignes. La couleur du vin est assez foncée. Le nez est profond et charmant. Le contraste est vif avec le vin précédent car ce vin est profond, riche, poivré, conquérant. Le final est strict et pur. C’est un vin soldat qui deviendra un vin de plaisir. La sensation est végétale. Aubert de Villaine dit qu’il y a peut-être un peu trop de fût neuf. Le rendement de ce vin est en 2009 de 24 ou 25 hecto/ha. Aubert de Villaine indique qu’en 2012, le rendement est de seulement 11 hecto/ha. Il ajoute : "ce vin regarde vers la terre et ne regarde pas vers le ciel". Il a un grand potentiel de vieillissement. Il est sauvage, gibier.

L’Echézeaux domaine de la Romanée Conti 2009 a une jolie robe rouge, plus foncée que celle du Corton. Le nez est caractéristique du domaine, profond, pénétrant. Voilà, tout le charme du domaine est là. Soyeux, délicat, subtil, ce vin a en finale une jolie râpe. Il a une forte trace en bouche. C’est un beau vin, que j’aime toujours, car c’est lui qui ouvre la porte des saveurs du domaine. Il les pianote avec douceur. Il y a un peu de feuille de cassis dans le final. Ce vin a une belle râpe et un beau végétal. J’aime sa délicatesse.

Le Grands-Echézeaux domaine de la Romanée Conti 2009 est un peu plus foncé. Le nez est très semblable au précédent, mais on sent une structure plus pleine. Le vin est plus volontaire, aussi on perd un peu l’impression de subtilité de l’Echézeaux. Le vin est plus riche, mais à ce stade de sa vie, je préfère le précédent. Le Grands-Echézeaux est un vin de plaisir, généreux, souriant. Mais plus que l’Echézeaux, il aura besoin de temps. Il a une grande rémanence gustative. Il sera très grand.

La Romanée Saint-Vivant domaine de la Romanée Conti 2009 est aussi un peu plus foncée. Le nez est très végétal avec un peu de pierre à fusil. L’attaque est fluide, douce, charmeuse. Tout est en finesse. Il a la grâce de l’Echézeaux, avec une finesse et une noblesse en plus. Féminin, il a la grâce, mais aussi la matière. Fraîcheur, équilibre, nez intense, ce vin montre tout le potentiel de subtilité de la Romanée Conti. Il est tellement gourmand que je bois vite mon verre, sans en garder pour des comparaisons ultérieures.

Le Richebourg domaine de la Romanée Conti 2009 est un vin plutôt foncé. Le nez est profond, fonceur. Il est un peu réduit, faisant penser en traces au caramel. La bouche est fruitée, gourmande. C’est un guerrier après la Romanée Saint-Vivant. Il est plus conquérant mais n’est pas encore bien assemblé. Il faut vraiment attendre alors que les vins jouant plus sur la subtilité sont plus faciles à boire aujourd’hui. Ce sera une bombe dans quinze ans. Le nez est de feuille de cassis, et la râpe va vers l’amertume. Il a un grand potentiel de richesse et de grandeur, à attendre patiemment.

La Tâche domaine de la Romanée Conti 2009 est d’un rouge à peine moins soutenu. Le nez est très profond, marqué par la jeunesse au point que l’on a une impression de soufre. En bouche, il est voluptueux, riche. Aubert de Villaine dit : "sans violence". Il a une matière et une structure très fortes. Les tannins sont riches. La fraîcheur est un peu mentholée. Le final est plein de grâce et contraste avec l’attaque forte. Ce qui me frappe, au-delà de la gourmandise, c’est la fraîcheur finale. Il faut attendre. Il est moins glorieux et épanoui que celui que j’ai bu lors de la paulée de l’Académie du Vin de France. C’est un très grand vin.

La Romanée Conti domaine de la Romanée Conti 2009 est d’un rouge assez clair. Le nez est d’un raffinement extrême mais pas très expansif. L’attaque, c’est du velours. Ensuite, en milieu de bouche, c’est un combat de saveurs. Et ce qui frappe, c’est la complexité, la profondeur et la conviction. Le vin raconte, et interpelle tous azimuts. C’est un vin d’une pénétration extrême. On est dans le fruit, et la rose et le sel ne sont pas là. Ils apparaîtront plus tard. Ce vin trompette. Il est tellement complexe qu’il est là où on ne l’attend pas. Il joue avec le dégustateur. Si La Tâche n’est pas encore assemblée, la Romanée Conti est divine. Ce vin est une leçon, tout en subtilité. Il prendra d’autres caractéristiques dans dix ans. C’est un rêve.

Le Montrachet domaine de la Romanée Conti 2009 est d’un jaune déjà un peu doré. Le nez est intense, d’un vin plus âgé. Il est opulent et lacté. En bouche, c’est un coup de massue tellement il est grand, fort, équilibré, riche et rare. Aubert de Villaine dit qu’il est plus minéral que d’habitude. Il est très grand, profond, encore jeune. Je ressens des pâtes de fruits, de la figue et du café, avec des arômes faciles à lire. C’est un vin d’une richesse rare, trop jeune encore. C’est un vin magnifique qu’il faudra attendre.

On sent, après ce voyage incroyable que l’on est face à une très grande année qu’il faudra savoir attendre. Mon classement en fonction de ce que j’ai bu ce soir, qui ne se reproduirait jamais de la même façon, est : 1 – Romanée Conti, 2 – Montrachet, 3 – Romanée Saint-Vivant. Plusieurs de ces vins pourraient devenir légendaires.

dîner de vignerons – les vins dimanche, 9 décembre 2012

Champagne Delamotte magnum 2002

Champagne Delamotte magnum 1970

Corton Charlemagne Bonneau du Martray magnum 1988

Musigny blanc Comte de Vogüé 1992

Clos de Tart Mommessin 1978

La Romanée Comte Liger-Belair 1970

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1971

Champagne Dom Pérignon Rosé Oenothèque magnum 1982

Chambertin Clos de Bèze Domaine Armand Rousseau 1983

Musigny Vieilles Vignes rouge Comte de Vogüé 1991

Le Corton Bouchard Père & Fils 1985

Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Aîné 1990

Château Climens 1937

Bastardino Setubal Fonseca 1912

Château Caillou Haut-Barsac 1934

Champagne Salon 1996

12ème dîner annuel de vignerons amis de Bipin Desai au restaurant Laurent samedi, 8 décembre 2012

Le dîner annuel des vignerons amis de Bipin Desai se tient au restaurant Laurent. C’est le douzième que j’organise depuis 2001 et comme le format est celui de mes dîners, il sera comptabilisé comme 165ème dîner de wine-dinners. Ces douze dîners n’auraient pas existé sans Bipin Desai, grand amateur de vins et organisateur de dîners de prestige.

Les amis qui répondent à mon invitation sont : Didier Depond, Caroline Frey, Richard Geoffroy, Thomas Henriot, Louis Michel Liger-Belair, Bérénice Lurton, Jean-Charles de la Morinière, Jean-Luc Pépin, Sylvain Pitiot, Eric Rousseau, Aubert de Villaine. Hélas, la forte neige qui s’est abattue sur une partie de la France nous privera de la présence de Thomas Henriot et un contretemps de celle de Richard Geoffroy.

A 17 heures, j’ouvre les vins. J’aurais pu me reposer sur l’efficace équipe des sommeliers du restaurant Laurent, mais comme un médecin accoucheur, j’aime voir comment se passe la naissance de tous ces vins. J’ouvre donc toutes les bouteilles. La seule qui m’interpelle est celle du Chambertin 1983 que je trouve camphrée ou chimique. Il est probable que la mauvaise odeur disparaîtra, mais elle semble tenace.

Beaucoup de bouteilles ont été reconditionnées aux différents domaines. La Tâche 1971 l’a été en 1996, la Romanée 1970 l’a été en 1999, le Corton 1985 l’a été en 2003, l’Hermitage 1990 l’a été en 2008 et le Climens 1937 l’a été il y a peu de temps.

J’avais prévu de mettre en intermède au milieu des six vins rouges de Bourgogne le magnum de Dom Pérignon de Richard Geoffroy. Comme il ne viendra pas, nous convenons avec Patrick Lair de ne pas l’ouvrir. Le Clos de Tart 1978 le remplacera sur le risotto.

Les amis sont tous à l’heure et nous commençons l’apéritif d’un friture d’éperlans avec le Champagne Delamotte magnum 2002. Ce champagne est un joli blanc de blancs qui fait plaisir à boire mais nécessitera quelques années avant d’avoir la personnalité affirmée du Champagne Delamotte magnum 1970 de grande expression qui nous est servi à table avec la friture qu’accompagne une sauce crémée goûteuse. Le champagne a un nez extraordinaire de présence. En bouche, il est pénétrant, adjectif que j’utiliserai souvent tout au long du repas. Ce champagne d’une très grande personnalité est plus qu’une heureuse surprise, c’est un grand champagne.

Le menu créé par Alain Pégouret et Philippe Bourguignon est : coquilles Saint-Jacques marinées et champignons de couche / Pigeon à peine fumé, pommes soufflées « Laurent » / Risotto à la truffe blanche d’Alba / Rognon de veau de lait grilloté, poêlée de champignons sauvages / Pâtes farcies, sauce d’un lièvre à la Royale / Gaufrette aux poires et au poivre de Séchuan, crème de châtaignes / Palmiers.

Le Corton Charlemagne Bonneau du Martray magnum 1988 est d’une extrême élégance et d’une grande sensibilité. Le sucré de la coquille Saint-Jacques répond parfaitement à sa délicatesse, alors que le Musigny blanc Comte de Vogüé 1992, tout en puissance et en pénétration se marie beaucoup moins bien avec le plat, sauf peut-être avec les fines lamelles de champignons. Nous avons là deux expressions très différentes du blanc de Bourgogne, l’une dans l’élégance et le charme, et l’autre dans l’affirmation et la conviction. Le Musigny est d’une année éblouissante en blanc, ce que l’on constate sur ce vin qui appellerait un plat plus fort pour s’y confronter.

Le pigeon est tout en douceur et subtilité. On pourrait presque se demander si le Corton Charlemagne ne lui eût pas convenu. Mais il a une belle brochette de vins à affronter. Bipin Desai est agacé du fait que l’ordre des vins qui lui sont servis n’est pas celui du menu. Il ne comprend pas et veut qu’on lui explique. En fait, comme j’ai fait déplacer le Clos de Tart pour accompagner le risotto, les vins servis ne sont pas dans l’ordre. C’est alors, qu’un quarteron de vignerons loin d’être en retraite, par un coup d’Etat imparable, m’ont contraint à faire ouvrir le Dom Pérignon, au prétexte fallacieux que Richard Geoffroy ne serait pas content qu’il ne fût pas bu. C’est donc à l’insu de mon plein gré que le Clos de Tart Mommessin 1978 a retrouvé sa place dans le déroulement du repas.

La Romanée Comte Liger-Belair 1970 est le plus doux des trois vins qui sont servis, d’un grand raffinement mais un peu moins long que les deux autres. Il est nettement plus agréable que celui que j’avais bu avec Louis-Michel dans l’impressionnante verticale de Romanée Liger-Belair faite en Autriche il y a six mois. Le vin convient bien au pigeon dont les pommes soufflées sont une bénédiction.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1971 est impressionnante. Son nez est d’une grande émotion et son parcours en bouche est infini. Quelle rémanence gustative ! Ce vin est un modèle de raffinement. Et il a tout de l’âme du domaine de la Romanée Conti que j’avais pu trouver à l’aveugle il y a peu de semaines sur le même vin. Celui de ce jour a une plus grande tension que le précédent.

Le Clos de Tart Mommessin 1978 dont j’ai découvert que la capsule avait été découpée avant que je ne la reçoive, a un parfum extrêmement riche de complexité. En bouche il est long, et finit sur une râpe très bourguignonne que j’apprécie énormément. La Tâche a aussi cette belle râpe, mais moins intense que le Clos de Tart que je trouve le plus approprié au plat, car La Tâche est un tel cadeau qu’on pourrait la boire seule. Ces trois vins ont beaucoup de points communs et je suis content de les avoir regroupés.

Le Champagne Dom Pérignon Rosé Œnothèque magnum 1982 est arrivé dans ma cave dans une magnifique boite laquée de noir et dotée d’une étiquette métallique indiquant : "Rosé Vintage 1982 / Chef de cave’s Private Cellar". Sur l’étiquette flashy de rose mauve figure sous le nom du champagne : "Altum Villare". C’est la première fois que je vois Hautvillers nommé ainsi. Après ces considérations sur l’enveloppe, voyons un peu le contenu. Le rose est d’une intensité rare et d’une jeunesse surprenante. Le parfum est intense. Le vin est pénétrant et l’accord qui se forme avec le risotto est d’une extrême sensualité. L’accord est l’un des deux plus brillants de ce repas.

Bien sûr, ce champagne ne laisse pas indifférent. C’est tout à l’honneur de la prestigieuse maison de champagne d’avoir imposé des codes de luxe et de luxure qui conditionnent l’émotion que l’on ressent. On est bien, mais force est de constater que le message est assez linéaire, même si la longueur est là. Cette impression s’est corrigée le lendemain, quand, buvant le fond de la bouteilles avec peu de bulles, j’ai pu constater la noblesse du vin de base de ce grand champagne, devenu plus ambré que rose.

Merci les vignerons rebelles qui m’ont imposé ce rapt du Dom Pérignon.

Le Corton Bouchard Père & Fils 1985 est le plus compact et le plus simple des trois bourgognes qui accompagnent le rognon de veau. Je suis sûr qu’il eût été meilleur si Thomas avait été présent.

Avec Eric Rousseau, nous constatons que l’attaque du Chambertin Clos de Bèze Domaine Armand Rousseau 1983 n’est pas totalement pure, même si l’on est proche de ce qu’on peut attendre. Et c’est le plat fort goûteux qui répare toutes les blessures, d’autant qu’elles sont légères. C’est un beau chambertin joyeux de vivre, mais ce n’est pas le plus grand que j’aie bu de cette emblématique domaine.

Le Musigny Vieilles Vignes rouge Comte de Vogüé 1991 est aussi pénétrant en rouge qu’il peut l’être en blanc. Il faut dire que l’année 1991 est superbe en ce moment. Ce vin puissant, tranchant, est un bon exemple du bourgogne conquérant. Il est à l’aise avec la plat qu’il est le seul à dompter, les deux autres vins jouant plus à l’apprivoiser.

J’ai beaucoup bavardé avec ma voisine Caroline Frey des mérites des différents millésimes de l’Hermitage La Chapelle. Et il nous est facile de tomber d’accord sur le fait que l’Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Aîné 1990 fait partie des très grandes années de ce vin. Le vin est carré, cohérent, lisible, et l’apparente facilité de lecture n’exclut pas la complexité bien intégrée. La longueur est très belle, finissant en coup de fouet et l’accord avec les pâtes farcies, mais surtout avec la sauce d’un lièvre à la Royale est un accord de pure gourmandise. C’est un très joli vin. Et l’accord fait partie des deux plus beaux.

Le Château Climens 1937 est d’une robe presque noire. C’est le plus foncé des 1937 que j’ai rencontrés. Son parfum est d’une séduction extrême mais surtout d’une pureté sans égale. Et ce qui est intéressant avec les sauternes de ce calibre, c’est qu’on ne peut pas se poser la question : "pourrait-il être meilleur ?". Il est parfait profond, long en bouche , distillant un plaisir infini.

Le repas se finit sur le vin que j’ai apporté, un Bastardino Setubal Fonseca 1912. J’explique la raison de cet apport. Deux jours après ce dîner, ma mère, si elle était toujours vivante aurait eu juste cent ans. N’ayant pas de repas familial prévu pour cet anniversaire, j’ai pensé, que boire ce vin de cent ans avec des vignerons que j’apprécie et dont certains sont des amis, serait rendre à ma mère un bel hommage. Mes amis y ont été sensibles et surtout les deux jeunes femmes présentes, mères elles aussi.

Je suis content de constater que tout le monde plébiscite ce vin extraordinaire. A l’ouverture, en le sentant, je savais qu’il serait grand. Il est plus grand encore que mon attente. Le nez est pénétrant, de pruneaux et de douceurs. En bouche, c’est beaucoup plus qu’un porto. Car il y a un fort café et même du goudron. Il a la force d’un Pedro Ximenez et la douceur d’un porto. Bipin Desai m’en complimente, ce qui n’est pas rien. Ce vin est d’un intense plaisir, quasi infini.

L’usage dans ces dîners est de ne pas voter, puisque les vignerons sont présents. Pour mémoire, je noterai mes quatre préférés, qui correspondent à mon goût : 1 – Bastardino Setubal Fonseca 1912, 2 – Château Climens 1937, 3 – La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1971 et en 4 ex aequo : Corton Charlemagne Bonneau du Martray magnum 1988 et Champagne Delamotte magnum 1970. Ce n’est pas un jugement qualitatif mais un jugement de goût.

L’ambiance de ce repas a été d’une convivialité extrême, et d’une grande amitié. Chacun était heureux d’être là. Bipin a essayé d’imposer que chacun présente et commente son vin. Les premiers s’en sont acquittés avec grâce, mais les conversations spontanées ont progressivement pris le dessus.

Lors de tels repas, on ne veut pas se quitter. J’avais apporté dans ma musette Un Château Caillou Haut-Barsac 1934 qui, lors de mes rangements, avait attiré mon attention par son niveau bas qui n’avait pas altéré sa belle couleur. Je propose de l’ouvrir avec ceux qui restent, dans le salon de l’entrée du restaurant. Il aurait fallu filmer la grimace de Bérénice Lurton lorsqu’elle a approché le verre de son nez ! Il est évident que si ce vin avait été ouvert en même temps que les autres, cette odeur aurait disparu depuis longtemps. Or elle est là et se dissipe d’ailleurs assez vite. Ce Barsac doré, infiniment plus clair que le Climens ne pouvait pas nous passionner longtemps, aussi Didier Depond fait ouvrir un Champagne Salon 1996, d’autant plus magnifique qu’il fait suite au sauternes, qui signe de façon remarquable par sa belle maturité et son opulence un moment d’intense amitié.

Nous avons lancé des pistes pour fêter de belle façon les 40 ans de l’un et les 50 ans d’un autre. L’envie est évidente de se revoir pour partager des moments d’une aussi grande intensité.

le bouchon de La Tâche est couvert par une petite cire. Sa qualité est superbe

le bouchon de l’Hermitage a eu un curieux parcours

Aubert de Villaine avec Bipin Desai et Bérénice Lurton

la table en fin de soirée

12TH EDITION OF BIPIN DESAI’S WINEMAKER FRIENDS DINNER AT THE RESTAURANT LAURENT samedi, 8 décembre 2012

The annual dinner of Bipin Desai’s winemaker friends dinner takes place at the restaurant Laurent. This is the twelfth edition of an event that I have been organising since 2001 and, since the format is the same as that of my dinners, it will be counted as the 165th edition of my wine-dinners. These twelve events would not have existed without Bipin Desai, a great wine aficionado and an organiser of prestigious dinners.

The friends answering my call are: Didier Depond, Caroline Frey, Richard Geoffroy, Thomas Henriot, Louis Michel Liger-Belair, Bérénice Lurton, Jean-Charles de la Morinière, Jean-Luc Pépin, Sylvain Pitiot, Eric Rousseau and Aubert de Villaine. Unfortunately, the heavy snow falling over a good part of France will prevent us from enjoying the company of Thomas Henriot and, unexpectedly, Richard Geoffroy will not join us either.

At 5pm, I proceed to the opening of the wines. I could just have let the restaurant’s very efficient team of sommeliers do their job but, like a physician delivering a baby, I like to see how all those wines are brought to life. I therefore open all the bottles. The only one that I am slightly concerned about is the 1983 Chambertin, which smells camphorated or chemical. It is likely that this will disappear, but it seems quite persistent.

Many wines have been rebottled and/or recorked at the various domaines. The 1971 La Tâche followed this process in 1996, as did the 1970 Romanée in 1999, the 1985 Corton in 2003, the 1990 Hermitage in 2008. The 1937 Climens also recently went through this process.

I had scheduled, as an interlude in the middle of this concert of six Burgundy red wines, to serve Richard Geoffroy’s magnum of Dom Pérignon. Since he eventually does not take part in this dinner, we agree with Patrick Lair that we will not open it. It will be replaced by the 1978 Clos de Tart which will be paired with the risotto.

Our friends are all on time and we start the apéritif with deep-fried sprats and the 2002 magnum of Champagne Delamotte. This is a beautiful, pleasant to drink blanc de blancs, but will need a couple more years to obtain the strong personality of the 1970 magnum of Champagne Delamotte which is served at the table with the sprats and a very tasty creamy sauce. This second champagne has an extraordinarily assertive nose. In the mouth, it is quite penetrating, and I will use this adjective quite a lot during this dinner. This champagne with a great personality is more than a good surprise; it really is a great champagne.

The menu created by Alain Pégouret and Philippe Bourguignon is as follows: marinated scallops and layers of mushrooms / Lightly smoked pigeon, pommes soufflées Laurent-style / Risotto with white truffle from Alba / Lightly grilled veal kidneys, sautéed wild mushrooms / Stuffed pasta, sauce from a Hare à la royale / Delicate wafers with pears and Sichuan pepper, chestnut cream / Palmier cookies.

The 1988 Corton Charlemagne Bonneau du Martray is extremely elegant and highly delicate. The sweetness of the scallop is paired perfectly with its delicacy, whereas the 1992 Musigny blanc Comte de Vogüé, which is all power and penetration, does not pair so well with the dish, except maybe with the thin slices of mushrooms. These are two very different expressions of Burgundy whites, one being all about elegance and charm, the other being about assertiveness and conviction. The Musigny comes from a fantastic vintage for whites, which is easily confirmed by this wine which calls for a match with stronger dish.

The pigeon is all softness and subtlety. Once can wonder if the Corton Charlemagne could actually have been a good pairing here. But there is a beautiful range of wines to try out. Bipin Desai is annoyed by the fact that the order in which the wines are served to him does not correspond to the order established for the menu. He doesn’t understand why, and wants explanations. Actually, since I moved the Clos de Tart to be paired with the risotto, the wines are not served in the correct order. And then suddenly, a handful of the winemakers, far from staying in the background, attempt a coup d’état and force me to open the Dom Perignon, on the fallacious pretext that Richard Geoffroy would not be happy if it ended up not being served. And just like that, the 1978 Clos de Tart Mommessin is magically back to its original spot in the wine list schedule.

The 1970 Romanée Comte Liger-Belair is the most delicate of the three wines that are served, of great refinement but slightly shorter in the mouth than the other two. It is much more pleasant that the one I drank with Louis-Michel during the impressive vertical flight of 41 vintages of Romanée Liger-Belair that took place in Austria six months ago. The wine pairs well with the pigeon and its divine pommes soufflées.

The 1971 La Tâche Domaine de la Romanée Conti is impressive. It has a profoundly moving nose, and the way it runs its course in your mouth makes you wonder when it will stop. What persistence! It is refinement incarnate. It is the expression of the soul of the Domaine de la Romanée Conti, which I was able to identify during a blind tasting of the same wine a couple of weeks ago. Today’s wine has even more tension than the previous one.

The 1978 Clos de Tart Mommessin, for which I had discovered that the cap had been cut off before I received the bottle, is extremely rich in complex aromas. In the mouth, it is long, and finishes on this typical Burgundy roughness which I like a lot. The La Tâche also has this beautiful roughness, but less intensely so, and I find the Clos de Tart’s more appropriate to the dish, because the La Tâche is such a gift that it could be drunk by itself. These three wines have a lot in common and I am glad that I grouped them together.

The 1982 Champagne Dom Pérignon Rosé Œnothèque magnum arrived in my cellar in a splendid black-laquered box, with a metallic label that reads: « Rosé Vintage 1982 / Chef de cave’s Private Cellar ». Under a flashy, purple-pink label, one can read under the name of the champagne, « Altum Villare ». It is the first time that I have seen Hautvillers spelt this way. After these musings about the packaging, let’s tackle what is inside: the pink colour is unusually intense and surprisingly young. The aromas are intense. It is a penetrating wine, and the pairing with the risotto is extremely sensual. It is one of the two most brilliant pairings of the dinner.

Of course, this champagne cannot leave one indifferent. It is to this prestigious champagne house’s credit to have imposed codes luxury and lust which affect the emotion that one experiences. It is indeed pleasant, but one cannot but notice that the message is quite linear, even if the length is there. This impression is modified the next day, when I drink what is left in the bottle; the bubbles have dissipated, and I can taste the nobility of the base wine of this great champagne, which has become more amber-coloured than pink.

I would like to thank the group of rebellious winemakers who forced me to steal the Dom Pérignon.

The 1985 Corton Bouchard Père & Fils is the most compact and the simplest of the three Burgundy wines that are paired with the veal kidney. I am pretty sure that it would have been better if Thomas had been able to join us.

With Éric Rousseau, we observe that the attack on the palate of the 1983 Chambertin Clos de Bèze Domaine Armand Rousseau is not completely frank, even if it is quite close to what could have been expected from this wine. And this wine’s wounds are healed by the extremely tasty dish with which it is paired, all the more so since these wounds are, in the end, superficial. It is a beautiful Chambertin, full of life, but it is not the greatest that I have had from that archetypal domaine.

The 1991 Musigny Vieilles Vignes rouge Comte de Vogüé is as penetrating in its red version as it can be in white. The 1991 vintage is indeed superb at the moment. This powerful, sharp wine is a good example of a triumphant Burgundy. It pairs easily with the dish that it is the only one to tame, while the two other wines are simply trying to domesticate it.

I have long discussions with Caroline Frey, who sits next to me at the table; we exchange views on the various vintages of the Hermitage La Chapelle. And we easily agree that the 1990 Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Aîné is among the very best vintages of this wine. It is a square wine, coherent, apparently easily readable, which does not preclude a very well integrated complexity. The length is beautiful, finishing like a whiplash, and the pairing with the stuffed pasta, especially with the sauce of the hare “à la Royale”, is pure gluttony. This is a very beautiful wine. And the pairing is one of the most seductive.

The 1937 Château Climens is of an almost black colour. It has the deepest colour of all the 1937 I have tasted so far. Its aromas are extremely seductive but, more importantly, of supreme purity. And what is interesting about the Sauternes of this level is that you cannot wonder if it could be better, because it is indeed perfect, deep, very long, providing you with infinite pleasure.

The meal ends with my wine contribution, a 1912 Bastardino Setubal Fonseca. I need to explain why I brought this wine. Two days after this dinner, my mother, had she still been alive, would have been 100 years old. Since I have no family meal scheduled to celebrate this anniversary, I thought that to drink this 100-year-old wine with winemakers that I appreciate, some of who even being friends of mine, would be a beautiful way to pay tribute to my mother. My friends note this particular attention, especially the two young women present tonight, who are mothers also.

I am pleased to realise that everyone praises this extraordinary wine. When I opened it, and smelled it, I knew it was going to be a great wine. And it exceeds my expectations. The nose is penetrating, smelling of prunes and sweets. In the mouth, it is so much more than a port. For it tastes of strong coffee, even of tar. It has the strength of a Pedro Ximenez and the delicacy of a Port. Bipin Desai congratulates me on my choice, which is no small feat. This is an intensely, almost infinitely pleasurable wine.

The tradition in those dinners is not to vote, since the winemakers take part in them. For memory, I will give points to my four favourite wines, which correspond to my taste:1 – 1912 Bastardino Setubal Fonseca, 2 – 1937 Château Climens, 3 – 1971 La Tâche Domaine de la Romanée Conti and tied for fourth place:1988 Corton Charlemagne Bonneau du Martray magnum and 1970 Champagne Delamotte magnum. This is not a qualitative judgment, but a judgment based on personal taste.

The mood of this dinner is extremely friendly, and the guests share great friendships. Everyone is happy to be present. Bipin tries to force everyone to present and comment his or her wine. The first winemakers were happy to oblige, but spontaneous conversations progressively take over.

During dinners such as these, one is loath to bring it to an end. I had brought one more trick up my sleeve: a 1934 Château Caillou Haut-Barsac which, while I was reorganising my cellars, had caught my eye because of its low level but pristine and beautiful colour. I suggest opening it with those of us still there, in the lounge at the entrance of the restaurant. One should have captured on film the expression on Bérénice Lurton’s face when she put her nose to the glass! It is quite obvious that if that wine had been opened at the same time as the others, the smell would have long since dissipated. But it is quite present, yet vanishing rather quickly. This golden Barsac, infinitely more clear than the Climens, could not keep us entertained for long, so Didier Depond offers a 1996 Champagne Salon, made even more magnificent for being served after the Sauternes, marking in a remarkable way, with opulence and maturity, an intense moment of friendship.

We have exchanged suggestions for celebrating in a fitting way the 40th birthday of one of the guests, and the 50th of another. We are obviously delighted with the prospect of seeing one another again to share such intense moments.