Bulletins 2009 – De 301 à 355 jeudi, 31 décembre 2009

(bulletin WD N° 355 091230) Le bulletin 355 raconte : un dîner au Castel de Très Girard à Morey-Saint-Denis, un déjeuner de famille au restaurant Taillevent, un déjeuner au restaurant de l’hôtel Bristol, un déjeuner au restaurant du Yacht Club de France et l’ouverture des vins du 126ème dîner de wine-dinners au restaurant Guy Savoy. (bulletin WD N° 354 091229) Le bulletin 354 raconte : une dégustation verticale exceptionnelle de 56 millésimes de Clos de Tart de 2005 à 1887, au domaine. (bulletin WD N° 353 091223) Le bulletin 353 raconte un déjeuner aux caves Legrand, la remise du prix Edmond de Rothschild, un repas de famille à mon domicile et la 77ème édition de la Paulée de Meursault au château de Meursault. (bulletin WD N° 352 091222) Le bulletin 352 raconte un dîner au restaurant Chinois on Main à Los Angeles et un déjeuner au restaurant Spago Beverly Hills. (bulletin WD N° 351 091216)    (bulletin WD N° 350 091215) Les bulletins 350 et 351 racontent : départ à Los Angeles, livraison de mes vins et dîner de vins extraordinaires au restaurant Spago Beverly Hills. Le lendemain, déjeuner au restaurant « CUT » de l’hôtel Wilshire Beverly Hills. (bulletin WD N° 349 091208) Le bulletin 349 raconte la 11ème séance de l’académie des vins anciens qui s’est tenue au restaurant Macéo et les préparatifs du 126ème dîner de wine-dinners lors d’un déjeuner au restaurant Guy Savoy. (bulletin WD N° 348 091201) Le bulletin 348 raconte un dîner au restaurant de l’hôtel Casadelmar à Porto-Vecchio avec des vins corses, un déjeuner de presse au restaurant Pierre pour le champagne de Venoge, un cocktail au Ritz pour la sortie d’un livre sur la gastronomie, une vente aux enchères, un impromptu au Crillon et les vins de la 11ème séance de l’académie des vins anciens. (bulletin WD N° 347 091124) Le bulletin 347 raconte le 125ème dîner de wine-dinners au restaurant Patrick Pignol et un premier dîner de grands vins à l’hôtel Casadelmar de Porto-Vecchio. (bulletin WD N° 346 091117) Le bulletin 346 raconte un dîner à l’Orangerie du Château de Beaune et un déjeuner au restaurant Taillevent. (bulletin WD N° 345 091110) Le bulletin 345 raconte un brunch dans la suite orientale de l’hôtel Mandarin Oriental de San Francisco, un dîner au restaurant Acquerello, un déjeuner au Cercle Interallié et le début d’un dîner de folie à l’Orangerie du château de Beaune. (bulletin WD N° 344 091103) Le bulletin 344 raconte des petits détails de la vie d’hôtel (je force volontiers le trait), un dîner au restaurant Aqua de San Francisco et undîner de grands vins au restaurant La Toque à Napa. (bulletin WD N° 343 091027) Le bulletin 343 raconte un déjeuner à la table de Joël Robuchon, le 124ème dîner de wine-dinners au restaurant Gérard Besson et le départ à San Francisco. (bulletin WD N° 342 091020) Le bulletin n° 342 raconte : le 123ème dîner de wine-dinners au restaurant de l’hôtel Bristol et la manifestation « Livres en Vigne » avec des repas au château de Beaune, au château de Clos-Vougeot et chez Guy à Gevrey-Chambertin. (bulletin WD N° 341 091013) Le bulletin n° 341 raconte : le 122ème dîner de wine-dinners au restaurant Laurent et un dîner d’amis au restaurant de Gérard Besson. (bulletin WD N° 340 091006) Le bulletin n° 340 raconte : encore un dernier repas dans le sud, une dégustation verticale de 23 vins du Domaine de Chevalier au restaurant Taillevent, un déjeuner au restaurant Astrance en l’honneur de Clos de Tart.

(bulletin WD N° 339 090929)

Le bulletin 339 raconte un passage chez Yvan Roux, un dîner d’amis, une surprise de taille au bout du filet le 121ème dîner de wine-dinners au restaurant Taillevent avec un vin de 1791. (bulletin WD N° 338 090922) Le bulletin 338 raconte des repas de famille ou d’amis pendant le séjour d’été, une escapade chez Yvan Roux et un dîner au restaurant de Mathias Dandine à l’hôtel des Roches.

(bulletin WD N° 337 090915)

Le bulletin 337 raconte une succession de repas d’été où les vins sont à la fête.

(bulletin WD N° 336 090908)

Le bulletin 336 a encore une atmosphère de vacances. Il raconte un dîner chez des amis, un dîner à la table d’hôtes d’Yvan Roux et de multiples dîners dans la maison du sud.

(bulletin WD N° 335 090901)

Le bulletin 335 raconte un dîner à mon domicile parisien, un déjeuner et un dîner chez Yvan Roux, et plusieurs repas de famille dans le sud.

(bulletin WD N° 334 090824)

Le bulletin 334 raconte, à l’occasion de Vinexpo, un dîner au Château Haut-Bailly et la Fête de la Fleur au Château d’Issan.

(bulletin WD N° 333 090721) Le bulletin 333 raconte un dîner à la table d’hôtes d’Yvan Roux et deux dîners pendant le grand salon du vin, Vinexpo : une fête au Château Palmer et un dîner au Domaine de Chevalier. (bulletin WD N° 332 090715) Le bulletin 332 raconte un séjour chez des amis, un dîner au restaurant Saint-Vincent à Oisly,un déjeuner au restaurant les Ambassadeurs de l’hôtel de Crillon et le 120ème dîner de wine-dinners au restaurant de la Grande Cascade. (bulletin WD N° 331 090707) Le bulletin 331 raconte Roland-Garros avec Moët & Chandon et la 10ème séance de l’académie des vins anciens
(bulletin WD N° 330 090630) Le bulletin 330 raconte le 119ème dîner de wine-dinners au restaurant Ledoyen et un dîner à la table d’hôtes d’Yvan Roux.
(bulletin WD N° 329 090623) Le bulletin 329 raconte de nombreux petits ou grands événements où le vin est un acteur de talent : un nouveau dîner chez Yvan Roux, un repas de famille, les 25 ans du Bistrot du Sommelier, une présentation de vins de « Domaines Maisons et Châteaux », un dîner d’anniversaire chez mon fils, un déjeuner au restaurant Laurent, des parties de belote au champagne, un dîner de promotion et un dîner d’amis. Cette succession de sujets donne une tonalité différente au bulletin. (bulletin WD N° 328 090616) le bulletin 328 raconte un déjeuner chez Yvan Roux, un dîner au restaurant de Matthias Dandine à Aiguebelle (hôtel des Roches) et le 118ème dîner de wine-dinners au restaurant Taillevent (bulletin WD N° 327 090609) Le bulletin 327 raconte : un déjeuner au restaurant Ledoyen et le 117ème dîner de wine-dinners au restaurant Guy Savoy (bulletin WD N° 326 090602) Le bulletin 326 raconte : dégustation de trente millésimes du Château Le Bon Pasteur suivie d’un déjeuner au restaurant de l’hôtel Bristol (bulletin WD N° 325 090526) Le bulletin 325 raconte un dîner familial au restaurant Astrance et un déjeuner au restaurant de la Grande Cascade (bulletin WD N° 324 090519) Le bulletin 324 raconte le 116ème dîner de wine-dinners au restaurant Laurent, avec des apports de vins de plusieurs participants, conduisant à partager six vins du 19ème siècle, dont trois grands bordeaux de 1900 (bulletin WD N° 323 090512) Le bulletin 323 raconte : un dîner de vins anciens et jeunes au Château Canon La Gaffelière avec mon ami collectionneur américain, une dégustation de vins de 2008 au Domaine de Chevalier, un dîner à l’Hostellerie de Plaisance à Saint-Emilion et la visite de la fabuleuse cave de Michel Chasseuil. (bulletin WD N° 322 090505) Le bulletin 322 raconte :Paulée et dîner de Gala de l’Académie du Vin de France, déjeuner au restaurant Laurent avec deux vins de la Romanée Conti, conférence et dégustation à l’Institut Supérieur de Marketing du Goût. (Bulletin WD N° 321 090428) Le bulletin 321 raconte : la présentation des vins de 2006 des « Domaines Familiaux de Tradition », le 115ème dîner de wine-dinners au restaurant de l’hôtel Bristol et un traditionnel déjeuner à la table d’hôtes d’Yvan Roux. (Bulletin WD N° 320 090421) Le bulletin 320 aborde : un déjeuner familial, un dîner au restaurant Laurent, un déjeuner au Yacht Club de France, la présentation annuelle des vins du groupe Henriot, un déjeuner à la Tour d’Argent, un casual Friday en terre inconnue et un dîner chez des amis. (Bulletin WD N° 319 090414) Le bulletin 319 raconte la suite et la fin de mes aventures chinoises : le 114ème dîner de wine-dinners au restaurant Maison Boulud à Pékin et un déjeuner au restaurant Dessirier. (Bulletin WD N° 318 090414) Le bulletin318 raconte la suite de mes aventures chinoises : un dîner au restaurant italo-chinois du Raffles de Pékin, un dîner au restaurant français Jaan du Raffles, un déjeuner au « Da Dong Roast Duck » de Pékin, une soirée à l’Opéra de Pékin, la visite d’un musée de l’histoire du commerce en Chine et enfin l’ouverture des vins du 114ème dîner de wine-dinners. (Bulletin WD N° 317 090409) Le bulletin 317 raconte le 113ème dîner de wine-dinners avec des vins exceptionnels, fait au restaurant Maison Boulud à Pékin en Chine avec mes vins. (Bulletin WD N° 316 090407) Les sujets du bulletin 316 sont : péripéties domestiques dans mon hôtel de Pékin, déjeuner au restaurant Maison Boulud, dîner au même restaurant, journée de tourisme. (Bulletin WD N° 315 090402) Le bulletin 315 raconte :Un déjeuner à la table d’hôtes d’Yvan Roux, un dîner au restaurant de Matthias Dandine à Aiguebelle (hôtel des Roches) et le 118ème dîner de wine-dinners au restaurant Taillevent.
(Bulletin WD N° 314 090331) Le bulletin314 raconte un déjeuner pantagruélique au restaurant l’Ami Jean, un déjeuner au restaurant du Fouquet’s, un dîner au restaurant de Patrick Pignol, une dégustation de vins d’Alsace, une dégustation de vins de Graves et un déjeuner au restaurant Dessirier.
(Bulletin WD N° 313 090324) Le bulletin 313 raconte : le 112ème dîner de wine-dinners au restaurant Astrance, un déjeuner au Yacht Club de France (Bulletin WD N° 312 090324) Le bulletin 312 raconte : un déjeuner au restaurant Laurent , le dîner de la Saint-Valentin au restaurant de l’hôtel Bristol, un dîner d’amis à la maison. (Bulletin WD N° 311 090317) Le bulletin 311 raconte : dîner au restaurant Villaret avec François Simon , dégustation de vins italiens au restaurant italien « Samesa », « musique-et-vin » dans un loft privé, déjeuner au restaurant Laurent . (Bulletin WD N° 310 090310) Les sujets du bulletin 310 : La neuvième séance de l’académie des vins anciens au restaurant Macéo et un déjeuner au restaurant Le Coq de la Maison Blanche. (Bulletin WD N° 309 090303) Le bulletin 309 raconte : déjeuner au restaurant « les Vieux Murs » à Antibes, déjeuner au restaurant de Matthias Dandine à l’hôtel des Roches à Aiguebelle, dégustation de Dom Pérignon à Hautvillers, déjeuner au restaurant « Les Grains d’argent » à Dizy. (Bulletin WD N° 308 090224) Les sujets du bulletin 308 :Le 111ème dîner de wine-dinners au restaurant Ledoyen avec de belles surprises, un dîner « Les Mots et les Vins » au George V avec Erik Orsenna et Château Margaux et un déjeuner de conscrits au Yacht Club de France (Bulletin WD N° 307 090217) Les sujets du bulletin 307 :110ème dîner de wine-dinners au restaurant Le Carré des Feuillants, déjeuner de famille, déjeuner au restaurant Le Bon Bec, déjeuner au restaurant Le Cinq du George V. (Bulletin WD N° 306 090210) Les sujets du bulletin 306 :Deuxième dîner de Noël, réveillon de la Saint Sylvestre dans la maison du sud, dîner d’amis, déjeuner au restaurant d’Yvan Roux, déjeuner d’amis et visite de ma cave. (Bulletin WD N° 305 090203) Les sujets du bulletin 305 :déjeuner au restaurant de Patrick Pignol, déjeuner au restaurant de l’hôtel Bristol, dîner de veille de Noël et dîner de Noël en famille. (Bulletin WD N° 304 090127) Les sujets du bulletin 304 :Dîner au restaurant « Les Ambassadeurs » de l’hôtel de Crillon. Dégustation des sept vins de 2005 du Domaine de la Romanée Conti. Dîner au restaurant de Patrick Pignol. (Bulletin WD N° 303 090120) Les sujets racontés dans le bulletin 303 sont : un cocktail à l’occasion de soldes. Un exceptionnel dîner de vignerons au restaurant Laurent. Dégustation en cave des restes des mêmes vins, peu de temps après. (Bulletin WD N° 302 090113) Les sujets du bulletin 302 :108ème dîner de wine-dinners au restaurant La Grande Cascade Cocktail à l’occasion de soldes. Dîner de vignerons (dîner des amis de Bipin Desai) au restaurant Laurent.Dégustation en cave des restes des mêmes vins, peu de temps après. (Bulletin WD N° 301 090106) Les sujets du bulletin 301 :Dîner chez des amis. 107ème dîner de wine-dinners au restaurant Le Divellec. Deux champagnes pour une pause « high-tech ».

les vins le lendemain samedi, 26 décembre 2009

L’assassin devrait toujours revenir sur le lieu de ses crimes, car c’est particulièrement instructif. Comme il reste du vin dans des bouteilles la tentation est grande de revisiter leur goût. Ma femme réchauffe du canard au miel qui s’est adouci et devient encore plus agréable, et le Montrachet Domaine de la Romanée Conti 1999 trouve son expression la plus divine et la plus aboutie. Il a gagné en rondeur, en assise, et c’est richement qu’il conquiert le palais. Quel grand vin ! Il faudra se souvenir que ce vin mérite d’être ouvert un jour plus tôt. A l’inverse, la Côte-Rôtie La Turque Guigal 1995 s’est simplifiée, est devenue plus rugueuse, plus schématique, et la brutalité de sa jeunesse s’expose, alors que le vin est grand. Aussi, dès la première gorgée du Vega Sicilia Unico Reserva Especial, on voit l’éclatante différence en faveur de l’espagnol. Il y a du fruit rouge dans la signature, de l’anis étoilé et de la fraîcheur mentholée dans le parcours en bouche. Le final interminable est extraordinairement élégant. Quel grand vin dans lequel on retrouve tout puisqu’à un moment le café, signature du Vega Sicilia Unico, montre son nez.


Alors, on veut revenir sur La Turque, pour voir. Et la comparaison dans ce sens là est à l’avantage du rhodanien. Il se restructure, reprend ses marques, et retrouve son élégance. Le Vega Sicilia est quand même ce soir nettement supérieur, mais La Turque est loin de faire de la figuration. L’ordre dans lequel les vins se sont améliorés le lendemain est : Montrachet, Vega Sicilia, La Turque étant la seule à ne pas avoir profité d’un repos dans une atmosphère à 14°. Il reste encore des vins à finir. Ils auront un jour de plus. Nous verrons.

déjeuner du 25 décembre – les photos vendredi, 25 décembre 2009

Le Dom Pérignon 1962 a retrouvé une belle couleur et il devient absolument charmant après 16 heures d'oxygène



Champagne Krug Collection 1982 (le sapin et le feu de cheminée forment avec le Krug un décor évocateur de Noël)




Les deux demi-bouteilles de Château Haut-Brion blanc 1992. A noter "absolument", le cachet de la cave de la Tour d'argent !



Montrachet du Domaine de la Romanée Conti 1999. On note sur la capsule deux points, l'un sous le "de" et l'autre sous le "co" de Conti. Pourquoi ? On constate, une fois la capsule enlevée, qu'un de ces points est le départ d'un possible pourrissement du bouchon, très net sur la photo de droite.


Autre énigme : que veulent dire ce "V" et ce "S" ?



Le beau bouchon. On voit sur la droite qu'il a un renflement au niveau du nom "Romanée Conti" puis un creux.





Romanée Saint-Vivant Marey-Monge Domaine de la Romanée Conti 1974. On voit que le bouchon mentionne "Marey-Monge". Le bouchon est très beau. Sur la capsule, il n'y a pas les deux petits points de la capsule du Montrachet.




Hermitage Chave 1988



Vega Sicilia Unico Reserva Especial qui a donné lieu à 5.500 bouteilles.



le verre est gravé



Domaine de la Forêt Haut-Preignac 1920. C'est très curieux que la capsule ne comporte que le mot "Preignac", alors que bouchon indique bien "Forêt", avec le nom du propriétaire.




Quelle belle bouteille :



le filet de boeuf en croûte avec sa purée



la mangue avec ses grains de fruits de la passion (j'ai déjà mangé un peu avant de prendre la photo)



la merveilleuse couleur du Madère situé vers 1828



Bons vins, bonne chère, feu de cheminée. Même les plus braves succombent!



déjeuner de Noël en famille vendredi, 25 décembre 2009

La famille est au complet pour le déjeuner du 25 décembre. Le Champagne Dom Pérignon 1962 est resté toute la nuit dehors. Une petite amertume subsiste encore, mais le champagne a vraiment reconquis son statut. C’est un grand champagne, qui évoque le zeste de citron, riche d’une belle complexité aux saveurs oranges, devenu plus doux. Les petits toasts de foie gras sont du velours pour mettre en valeur sa délicatesse.


Le Champagne Krug Collection 1982 est un monument. Tout en lui est d’une délicatesse et d’une noblesse de fond. Rien n’est excessif et tout est parfait. Nous avons en bouche la définition du champagne parfait sans le moindre excès, où l’équilibre le plus pur est recherché. Alors, bien sûr, selon ses goûts, on penche vers l’un ou vers l’autre. Mon fils préfère le Dom Pérignon. Ayant encore le souvenir des blessures de la veille, mon cœur penche vers le Krug Collection 1982.


A table, nous commençons par des coquilles Saint-Jacques juste poêlées. Le Château Haut-Brion blanc en ½ 1992 de la Tour d’Argent (d’un achat récent) est absolument exceptionnel, avec des évocations citronnées d’une rare élégance. A côté de lui, un symbole de l’excellence du vignoble français. Quand on veut offrir aux siens un Montrachet Domaine de la Romanée Conti 1999, ce n’est pas par hasard. Bien évidemment, on s’attend à ce que le Montrachet domine le Graves. L’opulence en bouche et le final inextinguible et puissant indiquent que le combat sera sans égal. Or lorsque j’observe mes deux verres, celui qui se vide le plus vite est celui du Haut-Brion. Et je repense à la critique assassine qu’avait faite Aubert de Villaine lorsqu’il avait bu Haut-Brion blanc 1966 qu’il avait éreinté. Ici, celui qui me plaît le plus, c’est le Haut-Brion, même si le Montrachet est immense. Le montrachet, c’est la puissance, l’explosion gustative et le final en trompette. Le Haut-Brion, c’est l’acidité ciselée et une finesse de trame hors du commun. Voir que le vin le moins célèbre, qui plus est d’une année sans panache, se pousse du col au dessus de l’icône, cela me fait plaisir.


Pour la pièce de bœuf en croûte, fourrée au foie gras, nous avons cinq vins. Les trois ouverts la veille et les deux que j’ai ouverts ce matin. Pour respecter l’ordre des puissances, nous allons goûter une première série de trois vins. La Romanée Saint-Vivant Marey-Monge Domaine de la Romanée Conti 1974 est l’expression pure et simple du génie bourguignon, et, plus précisément, du génie de la Romanée Conti. Ce vin aux accents salins, de coquille d’huître, est une pure merveille. A se damner.


A côté, l’Hermitage Rochefine Jaboulet Vercherre 1967 a fait beaucoup de progrès par rapport à la veille. Il s’est épanoui, élargi, et mon gendre constate comme je l’avais fait hier, l’étonnant aspect bourguignon de ce délicieux Hermitage. En troisième, l’Hermitage Chave rouge 1988 joue comme hier le rôle de l’étalon, qui montre la pureté que peut atteindre l’Hermitage, sans toutefois enflammer les foules. On revient, on revient sans cesse vers la Romanée Saint-Vivant, diablesse tentatrice au goût inénarrable.


La deuxième série des vins rouges sur le plat met en confrontation la Côte-Rôtie La Turque Guigal 1995 qui a bien profité de sa nuit d’oxygénation et le Vega Sicilia Unico Reserva Especial très vieux. Je serais bien incapable de dater le Vega Sicilia, mais sa couleur très pâle, très café clair, indique qu’il doit être vraiment très vieux. Disons dans les années cinquante. Il est fort en alcool, alors que l’étiquette n’indique modestement que 13,8°, et s’amuse à jouer les portos qui flirteraient avec du café. Ce vin est déroutant, atypique, hors norme, mais sacrément intéressant. La Côte Rôtie, élargie par sa nuit blanche, est devenue parfaite, exacte définition de ce qu’une Turque doit être. Mais, qu’on le veuille ou non, on revient au Marey-Monge, petite pépite de la Romanée Conti.


Les rouges s’amusent avec les deux camemberts de la veille, sans qu’aucune répulsion ne se manifeste.


Ma femme a prévu des mangues en tranches avec quelques grains de fruits de la passion. C’est idéal pour le Domaine de la Forêt Haut-Preignac 1920, sauternes à la couleur merveilleuse, dont le bouchon indiquait bien l’origine ainsi que le nom du propriétaire, un monsieur Mathieu. Le vin est remarquable. On pourrait lui appliquer les slogans publicitaires : « il a tout d’un grand », voire : « pas assez cher, mon fils », car ce sauternes dont je n’ai aucune idée de l’origine dans ma cave joue en première division. Les notes d’agrumes sont parfaites, l’équilibre général est étonnant tant il joue haut. C’est un grand vin.


Pour finir, j’ai servi le Brown Madeira 1828 dont il restait une bonne part après le dîner chez Jean-Philippe Durand. Il est certain que ce vin sublime est tellement hors norme qu’il éclabousse tous les autres. On est au niveau de la perfection la plus absolue.


Alors s’il faut voter, ce sera : 1 - Brown Madeira 1828, 2 - Romanée Saint-Vivant Marey-Monge Domaine de la Romanée Conti 1974, 3 - Château Haut-Brion blanc en ½ 1992, 4 - Montrachet Domaine de la Romanée Conti 1999, 5 – Krug Collection 1982. Sans que je cherche d’une quelconque façon à déboulonner les icônes, car je n’y vois aucune gratification, je ne suis pas mécontent que des vins inattendus prennent les premières places. Car sur le papier, c’est le Montrachet et le Krug qui seraient les leaders. Ils furent grands. Mais de belles surprises ont ravi nos âmes.


Dans une atmosphère de joie familiale, des vins se sont montrés immenses. C’est un cadeau de Noël de plus.

déjeuner d’amitié avec deux beaux Rothschild (Lafite et Mouton) mardi, 15 décembre 2009

Nicolas de Rabaudy invite des amis en fin d’année. Nous nous retrouvons au Carré des Feuillants. Autour de Nicolas, un banquier, un vigneron, Michel Bettane et moi. Le champagne Pol Roger Cuvée Sir Winston Churchill 1986 apporté par Michel me fait un plaisir immense. Car je retrouve avec ce 1986 toute la splendeur que je n’arrivais pas à trouver avec le 1990. Ici, ce 1986 est parfait. Il a la puissance d’une bulle intacte pour ses 23 ans, un fruité agréable et un léger beurré, et son final est brillant.


Le menu d’Alain Dutournier est un roman : huître de Marennes, caviar d’Aquitaine et algues marines, spéciale « Gillardeau en gelée d’eau de mer, tartare d’algues et écume crémeuse / noix de Saint-Jacques snackées, compotée de potimarron, bouillon d’herbes parfumées / les deux envies de lièvre, quelques gourmandises de braconnier, râble simplement servi en médiéval « Saupiquet », en prestigieuse « Royale » avec truffe et foie gras / Fougeru briard travaillé à la truffe / perles de Mangoustan, marrons glacés, parfait vanillé, gelée de rhum, chocolat croustillant.


Le Nuits-Saint-Georges blanc « Clos de l’Arlot » 2002 est une curiosité apportée par Michel, car ce vin contrairement aux blancs de Bourgogne, n’est pas à 100% chardonnay, mais contient aussi du pinot blanc, à part quasi égale. Ce blanc est très sympathique et donnerait volontiers des idées de Condrieu. Le vin est juteux, mais son final est court. Il est plus que plaisant sur les huîtres.


Michel n’aime pas les coquilles Saint-Jacques et quand il n’aime pas, ça se sait. Il est vrai que l’excès de safran, de coriandre et autres épices orientales fait perdre le goût de la coquille.


L’objet de ce déjeuner, au-delà de l’amitié, c’était de comparer deux vins apportés par Nicolas, le Château Lafite-Rothschild 1997 et le Château Mouton-Rothschild 1997. Même si ces vins n’ont pas la puissance suffisante pour dominer le transcendant « lièvre à l’impériale », pardon, lièvre à la royale, que j’ai anobli tant il est bon, nous avons tout loisir pour bien déguster ces deux vins et les comparer.


Le nez du Lafite est absolument exceptionnel. En bouche, il est l’exacte définition d’un grand Lafite. Et ce qui est plaisant, c’est qu’une petite année montre de façon beaucoup plus évidente la pureté du terroir. Très tramé, d’une grande finesse, au final très frais ce vin est un grand vin. Si l’on doit parler de toucher de bouche, ce Lafite a une pesanteur exceptionnelle. A côté le Mouton me donne l’impression d’un Noureev qui marche avec des bottes en caoutchouc. Son parfum est plus imprécis et velouté. En bouche, c’est évidemment un vin très agréable, mais moins bien composé. Il va très bien avec le fougeru, car la truffe l’excite bien.


Pour le dessert, remarquablement exécuté, même si l’usage du rhum porte à la controverse, le Maury Domaines et Terroirs du Sud 1959 est une douceur sensuelle. Il y a du pruneau, bien sûr, mais ce qui frappe, c’est la fraîcheur mentholée du vin, et le final interminable et léger.


Pour s’amuser, j’ai fait voter notre petit groupe de cinq, et le Lafite a recueilli quatre places de premier, la cinquième allant au Pol Roger. Le vigneron et Michel ont le même classement qui se trouve être celui du consensus : 1 – Lafite, 2 – Pol Roger, 3 – Maury, 4 – Arlot, 5 – Mouton.


Mon vote intervertit deux vins : 1 – Lafite, 2 – Pol Roger, 3 – Arlot, 4 – Maury, 5 – Mouton.


Le Lafite 1997 s’est montré sous un jour d’une rare perfection, avec une précision et une finesse remarquables. Le Pol Roger m’a enchanté. La cuisine d’Alain Dutournier qui présente les plats en trois parties est d’un art accompli. Son lièvre avec une partie douce et une partie brutalement sauvage est de toute première grandeur. Ce fut un beau repas amical.

les restes de vins du dîner de vigneron sur la cuisine de mon gendre samedi, 12 décembre 2009

Il y avait tant de vins pour le dîner de vignerons au restaurant Laurent que j’avais réservé au même endroit une table pour le lendemain, pour « finir les restes ». Peu de mes enfants étant disponibles et ma dernière fille allaitant encore, il fut décidé que le dîner « du lendemain » se ferait chez elle. Philippe Bourguignon m’avait prévenu que les vignerons ont une solide descente, mais je croyais bien pouvoir profiter encore des trésors de ce magnifique dîner. Daniel, le sommelier, a rangé les bouteilles très soigneusement.


Il ne reste en fait que des fonds de magnums, toutes les bouteilles, partagées en treize buveurs, étant vides. Mon gendre aime cuisiner et s’est préoccupé de trouver de beaux produits. Il s’est lié d’amitié avec le légumier qui livre les plus grands restaurants de la capitale. En croquant les champignons de Paris, on a en bouche le goût de ceux de l’Astrance, si délicieux. Et si l’on tartine un peu de foie gras sur les champignons, on se trouve en rêve à l’Astrance. Nous croquons ces champignons sur le Champagne Pol Roger Cuvée Winston Churchill en magnum 1990 qui a gardé beaucoup de fraîcheur, a perdu sa bulle du fait des transports et se révèle toujours aussi agréable. Mais l’absence de complexité et de folie apparaît un peu plus.


Lorsque nous passons au Champagne Salon en magnum 1985, le champagne n’a pas perdu une once de sa vigueur et de son expressivité. Il est assez extraordinaire. Et je l’adore encore plus. Avec champignon et foie gras, mais aussi avec des bulots cuits à la perfection, le champagne se régale.


Le Champagne Krug Collection en magnum 1976 est lui aussi encore plus brillant que la veille, car la bulle s’étant sensiblement atténuée, le caractère vineux du champagne est plus resplendissant. Ayant la chance de goûter ces deux champagnes l’un après l’autre alors qu’ils étaient séparés hier, je constate la sérénité du Krug et sa solidité à côté de la fougue du Salon. Mon cœur penche aujourd’hui pour le Krug.


Après ces fonds de bouteilles il reste encore une petite soif qu’un Champagne Krug 1996 va étancher. Ce champagne est à un des multiples sommets qu’il connaîtra dans sa vie. D’une précision de structure extrême, riche, ce champagne est d’un plaisir total.


Mon gendre ayant trouvé un poissonnier de compétition, les petites langoustines sont de vraies merveilles. Pures, quasiment non assaisonnées, elles font vibrer le divin Corton Charlemagne Bonneau du Martray en magnum 1982 qui développe une complexité sur fond de légèreté qui est admirable. Les coquilles Saint-Jacques juste poêlées sont délicieuses, mais le Corton-Charlemagne est plus vibrant sur la douceur des langoustines.


(à peine ai-je eu le temps de prendre mon appareil, une coquille s'était déjà envolée !)



Le poissonnier a préparé des filets de rougets sans aucune arête. Il fallait un pomerol. Guillaume ouvre un Château Gazin 1979 qui est fortement bouchonné, aussi est-ce un Château Trotanoy 1999 qui accompagne le poisson. L’accord est divin. Le pomerol a une belle astringence combinée, oh paradoxe, à un velouté rare, qui met en valeur le rouget qui lui rend la pareille.


(merveilleuse cuisson des filets de rougets)



Les champignons de Paris sont maintenant poêlés pour accompagner le petit reste du Richebourg Domaine de la Romanée Conti magnum 1946. Il s’agit du fond de la bouteille qui a été aéré un jour de plus. Nous captons donc une richesse qui ne correspond plus au millésime discret. Ce vin riche enchante nos palais, même si le vin a perdu un peu de ses caractéristiques du domaine de la Romanée Conti.


Mon gendre a adopté une cuisine fondée sur des produits d’une pureté extrême, avec une simplicité de présentation pleine de talent. Va-t-il se mettre à concurrencer Jean-Philippe Durand, l’ami médecin qui cuisine comme un Dieu ? Je me prépare à compter les coups.

dîner du 11 décembre – les vins vendredi, 11 décembre 2009

Magnum de Champagne Pol Roger Cuvée Winston Churchill 1990



Champagne Dom Pérignon Oenothèque 1975



champagne Moët & Chandon 1952



Magnum de Champagne Salon 1985



Bâtard-Montrachet Domaine Fleurot-Larose 1930




Magnum de Corton Charlemagne Bonneau du Martray 1982



Montrachet Bouchard Père & Fils 1989



Château Malartic-Lagravière rouge 1947



Clos de Tart 1985



Mazis-Chambertin Domaine Faiveley 1979 (n'a pas été ouvert, du fait de l'absence de Bernard Hervet)



La Romanée Domaine Comte Liger-Belair 1988



Magnum de Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1946





Chateau Rayas Chateauneuf-du-Pape 1990




Champagne Krug année 1976




Château de Fargues 1990



Château Lafaurie-Peyraguey 1945



le 9ème dîner des amis de Bipin Desai avec des amis vignerons vendredi, 11 décembre 2009

Le dîner que je vais raconter est un moment important de ma vie de passionné de vins. C’est un moment de bonheur et de fierté. Comme dans tout roman, il faut ficeler l’intrigue. Commençons par le premier bout de ficelle.


Bipin Desai est un collectionneur américain d’origine indienne, professeur de physique quantique à Berkeley, qui réalise les plus grandes dégustations verticales de la planète en faisant appel aux apports d’autres collectionneurs et de vignerons. Nous nous sommes connus en 2000 lors d’une dégustation des trente plus grands millésimes d’Yquem depuis 1893. Bipin ne me connaissait pas. Il lui manquait deux millésimes. Quelqu’un lui dit que je pourrais les avoir. Je les ai. Ma participation aux trois repas se décide. Bipin et moi sommes depuis cette fabuleuse verticale devenus des amis.


Nouons une deuxième ficelle. Bipin vient chaque année deux ou trois fois en France, conduisant avec lui un groupe d’amateurs américains. Ils enchaînent les trois étoiles, les repas gastronomiques et les visites de domaines à une cadence effrénée. Depuis 2001 une habitude est devenue un rite : j’organise chaque année un repas que l’on a baptisé « le dîner des amis de Bipin Desai », où sont invités principalement des vignerons qui apportent des bouteilles de leur cave. J’organise ces dîners comme des dîners de wine-dinners aussi le 9ème dîner des amis de Bipin Desai est-il le 128ème dîner de wine-dinners.


Tirons un autre petit bout de la pelote. Nous sommes un vendredi. Lundi dernier démarrait la vente très médiatisée d’une partie de la cave de la Tour d’Argent. Il « fallait » donc en être. Or quand on regarde le catalogue, il n’y a pas grand-chose : pas de vins de la Romanée Conti ni de Coche-Dury, ni de Pétrus sauf un. L’essentiel est de petites années récentes. Comme il fallait une accroche, il y a de très vieux alcools et quelques lots de vins du 19ème siècle. Comme dans toutes les ventes il y a des prix irrationnels du fait de l’ivresse de la vente ou de la compulsion, et parfois des prix très bas, car nul ne surenchérit.


J’ai pu mesurer à quel point je ne suis pas raisonnable, car à côté de quelques bonnes pioches, j’ai payé pour certains vins des prix doubles de ce qui s’obtient en n’importe quelle boutique. Compte tenu de l’ambiance fébrile où les prix les plus fous se multiplient, je quitte la salle après le lot 200 alors qu’il y en a encore plus de 1.600. Pour la suite de la vente qui dure deux jours, je donne des ordres écrits pour ne pas avoir la tentation d’enchérir en salle. Mercredi matin, je me présente pour payer et l’on me tend un bordereau qui ne comprend que des lots que j’ai achetés en salle. Aucun de mes cinquante ordres supplémentaires n’a eu de succès. Mes achats sont enlevés à leur lieu d’entreposage dans Paris et je me rends le jour même à une autre vente où des lots peuvent m’intéresser. C’est à l’hôtel Régina et je vois le jeune commissaire priseur guilleret qui ne cesse de dire : « nous faisons mieux que la Tour d’Argent », car la même folie acheteuse gagne la salle. J’obtiens des lots lorsque mon bras ne se baisse pas assez vite, mais aucune des cibles que j’avais repérées ne viendra dans ma cave car les prix sont trop élevés.


Il y avait dans la vente de la Tour d’Argent, hormis des alcools du 18ème siècle seulement huit bouteilles de vin du 19ème siècle, deux bordeaux de 1870 et six bourgognes de 1885, aux descriptions peu engageantes : une basse, deux vidanges, une grande vidange et deux à moitié vides. Je n’avais remis d’ordre que pour la seule qui ne soit pas vidange, la basse.


Jeudi matin, un mail de confirmation de la maison de vente comporte deux bordereaux : celui que j’avais déjà payé et dont les lots avaient rejoint ma cave, et un deuxième bordereau où il apparaît que j’ai obtenu la bouteille de Volnay Clos des Chênes Café Anglais 1885 annoncée basse. Je fais part de ma contrariété à la maison de vente, car je me vois obligé de recommencer un processus de paiement et d’enlèvement car le deuxième bordereau n’avait pas été joint au premier. Après avoir râlé juste ce qu’il faut, je peux le vendredi en début d’après-midi prendre possession de mes achats de l’hôtel Régina et cette bouteille de la Tour d’Argent. J’examine la bouteille et il m’apparaît que le niveau est nettement vidange et non basse. J’appelle l’expert de la vente pour lui faire part de ma constatation. Je le sens gêné au téléphone. Il n’a pas l’intention de me reprendre la bouteille alors que c’eût été logique. En regardant au travers de la bouteille très sale, je peux imaginer que la couleur du vin soit acceptable. Je demande que l’on se souvienne que je ne fais pas d’esclandre, et je prends la bouteille.


Voici le quatrième bout de ficelle de cette intrigue : dans ma voiture, je gamberge. Ce soir, il y aura autour de la table tout ce qui se fait de plus grand dans le monde du vin. Jamais je ne trouverais une assemblée aussi prestigieuse pour partager une telle bouteille. L’idée me démange. Compte tenu de la générosité de chacun, il y a déjà beaucoup trop à boire. Mais la folie m’excite : je demanderai ce soir à mes amis s’ils veulent partager cette bouteille incertaine, accroche médiatique de la vente de la Tour d’Argent.


A 17 heures le restaurant Laurent m’accueille avec toujours autant de gentillesse pour l’ouverture des bouteilles. Daniel sera le sommelier qui accompagnera le voyage que nous allons faire. Les vins étant récents, je ne rencontre aucune difficulté. Dans le noir au premier étage, allongé sur la moquette, un petit complément de sommeil me permet de reprendre des forces, car le souvenir du dîner de la veille pèse encore sur mon organisme. A partir de 19h30 les convives arrivent : Mmes Pamela de Villaine et Silke Audouze, MM. Jean Berchon, Florent Daujat, Didier Depond, Richard Geoffroy, Olivier Krug, Louis-Michel Liger-Belair, Alexandre de Lur Saluces, Jean-Charles de la Morinière, Sylvain Pitiot, Aubert de Villaine. Les apporteurs des vins seront indiqués entre parenthèses tout au long du récit.


Avant que tout le monde ne soit là nous prenons l’apéritif dans la belle rotonde de l’entrée du restaurant. Nous commençons par un Champagne Pol Roger Cuvée Winston Churchill en magnum 1990 (Patrice Noyelle qui ne pouvait venir mais s’est fait représenter par cette bouteille). Dès la première gorgée, on se sent bien. Ce champagne est rassurant, car il est très champagne et très compréhensible. On le boit avec facilité, car il est très équilibré, dans des notes de jaunes, qu’il s’agisse de citron ou de mirabelle. Un champenois présent me dira qu’il manque d’un petit grain de folie. C’est vrai, mais le parti pris de la sérénité est convaincant.


Avec le deuxième champagne d’apéritif, c’est un coup de barre à 90°. On change de cap. Le Champagne Salon en magnum 1985 (Didier Depond) est l’opposé du précédent. C’est un hors bord cigarette au bruit assourdissant qui succède à la péniche de croisière sur les canaux. On se sentait bien et voici que l’on caracole. Disons-le tout net, ce Salon en pleine possession de ses moyens est un champagne fou que j’adore. Son côté canaille m’interpelle.


Nous passons à table et le menu préparé par Alain Pégouret est un régal absolu : Arlettes aux épices et Rôties au thon fumé / Crème de champignons en cappuccino / Foie gras de canard et gibier cuits en terrine / Saint-Jacques au naturel, beurre citronné / Homard dans un consommé clair, pleurotes et borage / Trompettes de la Mort juste rissolées, crémeux d’œuf de poule et jaune coulant / Aiguillettes d’une pièce de bœuf rôtie, gratin de macaroni et jus aux herbes / Caille à la rôtissoire, pommes soufflées Laurent / Joues de veau fondantes, moelle, risotto à la truffe blanche d’Alba / Brie de Meaux / Nougat glacé aux coings / Palmiers Laurent.


Bipin fait un court discours de bienvenue et je prends la parole pour demander si mes amis aimeraient partager le Clos des Chênes 1885. Le « oui » est plus massif qu’un référendum du Général de Gaulle. Aubert de Villaine me demande : « vous attendiez-vous à une autre réponse ? ». Je file vite ouvrir la bouteille qui aura ses quatre heures d’aération puisqu’elle sera servie en fin de repas et je rejoins la table.


Le Champagne Moët & Chandon 1952 (Jean Berchon) a hélas un nez dévié. Il y a un léger goût de bouchon, mais il n’y a pas que cela. Le défaut va disparaître puis réapparaître et fort heureusement, en fin de verre, les deux dernières gorgées ont l’intense subtilité de ce vin mythique, car 1952 est une des plus belles réussites historiques de Moët. Je vois Richard qui scrute si l’accord avec le foie gras se trouve sur le Champagne Dom Pérignon Œnothèque 1975 (Richard Geoffroy). Ce champagne est absolument superbe. Il a la fluidité incomparable des Dom Pérignon, avec une précision de trame extrême. Le foie gras est un peu travaillé. Le charme est du côté du champagne, très grand.


Le Bâtard-Montrachet Domaine Fleurot-Larose 1930 (François Audouze) a été présenté sur les mails que j’ai envoyés à tous comme « curiosité ». Car lorsque j’ai cherché des vins pour ce repas, je suis tombé sur cette bouteille d’une année infiniment rare, que j’ai eu envie de partager avec ces amis, car j’aime sortir des sentiers battus. Aubert dit tout de suite : « fatigué ». Or, si l’on accepte de boire ce vin pour ce qu’il est, il a une précision de structure tout à fait enviable. Il n’a plus, bien sûr, les caractéristiques d’un Bâtard, mais il est délicieux et riche de complexités de fruits jaunes de belle ordonnance. Le plus enthousiaste est Jean-Charles qui jure qu’il aurait dit Corton-Charlemagne si ce vin avait été bu à l’aveugle et lui trouve de belles qualités.


Tout le monde applaudit le Corton Charlemagne Bonneau du Martray en magnum 1982 (Jean-Charles de la Morinière) qui est exceptionnel. On peut faire un parallèle entre le Dom Pérignon et ce vin, car il y a cette magique fluidité porteuse de complexité. Le palais pianote sur ce vin raffiné et délicat. Ce qui est amusant, c’est que ce Corton-Charlemagne est servi en même temps que le Bâtard. Et si l’écart de classe est évident, on peut passer de l’un à l’autre sans que l’un n’écrase l’autre. Le 1982 est fluide, d’un final frais très rare.


Le Montrachet Bouchard Père & Fils 1989 (François Audouze) est l’opposé du vin de 1982 comme le Salon était l’opposé du Pol Roger. Le Montrachet passe en force. Extrêmement poivré, puissant, bagarreur, il trouve un superbe écho avec le homard traité en douceur. Si le homard avait eu du poivre, le choc gustatif n’eût été profitable à aucun des deux partenaires alors que le consommé clair rend le Montrachet encore plus brillant. Nous venons d’explorer deux antithèses du vin blanc de Bourgogne.


Comme aucun vigneron bordelais de vins rouges n’avait été assez rapide pour répondre à mon invitation, j’ai ajouté ce Château Malartic-Lagravière rouge 1947 (Alfred Bonnie) qu’Alfred Bonnie avait apporté en secours au dîner de 2007. Il était resté en réserve dans ma cave et avec son autorisation je l’ai inclus ce soir. La couleur est d’un rouge foncé fringant et jeune. Le vin s’impose immédiatement par l’impression de profondeur et de richesse de trame. Ce vin insiste sur les papilles pour montrer combien il est grand. C’est un magnifique vin de bordeaux. Il fallait bien cela pour recueillir l’adhésion de vignerons bourguignons.


Le premier contact avec le Clos de Tart 1985 (Sylvain Pitiot) m’évoque l’arrivée des rois mages à Bethléem ou la vigie qui après des mois de mer crie « terre » en découvrant une île. Car on se dit : « je touche enfin la Bourgogne », avec l’un des exemples les plus précis possibles. Ce vin est la définition de dictionnaire du goût du bourgogne. De plus, aidé par l’aiguillette de bœuf qui est le plat le plus goûteux de ce merveilleux dîner, il brille comme un jeune premier.


La Romanée Liger-Belair 1988 (Louis-Michel Liger-Belair) a beaucoup plus de mal à s’installer en bouche. Il est servi un peu froid, et après avoir réchauffé mon verre, je conçois ce qu’il a de grand, gêné toutefois par une timidité excessive. C’est un grand vin au fumé délicat qui mérite d’être encore attendu.


Le premier contact avec le Richebourg Domaine de la Romanée Conti magnum 1946 (Aubert de Villaine) est exactement ce que j’attendais, voire même un peu plus. Or Aubert dit « on voit bien sûr, qu’il est un peu fatigué ». Rien en ce vin ne l’est. C’est l’expression de ce que l’on doit attendre de 1946 avec même un peu plus de fruité que ce que j’imaginais. Le parfum de ce vin est une signature de la Romanée Conti. Les vignes sont très jeunes, quinze ans tout au plus, ce que l’on ressent dans une léger manque d’ampleur, mais ce vin racé, fruité, bien dessiné pour la première année de vinification du père de Bernard Noblet est un réel bonheur, très belle expression du domaine.


Arrive maintenant le Volnay Clos des Chênes Café Anglais 1885 (François Audouze) acquis ce jour même. Le nez du vin est très pur, sans déviance. Le goût mérite que l’on ajuste son palais pour envisager de le comprendre. Aubert qui était trop sévère pour son vin s’enthousiasme pour celui-ci, dont il sait ignorer les défauts. Le vin délivre un message extrêmement convaincant. Aubert est sûr qu’il s’agit d’un vin préphylloxérique, ce qui explique l’étrangeté de certaines saveurs. Il y a du torréfié dans ce vin, ce qui s’explique par le niveau de la bouteille, mais aussi une belle richesse dont la mémoire est suffisamment vivace pour que ce vin soit adoré par tous. Voilà une bonne pioche, et un témoignage historique de première grandeur. 1885 est l’année qui a été servie lors du mariage des parents de l’un d’entre nous. Hasards et coïncidences ajoutent du sel au plaisir.


Florent ayant été l’invité de la dernière heure, il n’y avait pas de plat prévu pour le Château Rayas Chateauneuf-du-Pape 1990 (Florent Daujat). Nous l’avons bu comme un intermède, ce qui ne lui a pas permis de briller autant qu’il le mérite. Apparaissant très simple après les bourgognes subtils, il n’a pas convaincu certains convives alors que c’est un vin d’une pureté de définition exceptionnelle, juteux et joyeux. Alors que le Brie est prévu pour le Krug, on peut braver des interdits en le mariant au Rayas, et le titillement des papilles est réjouissant. Mais la logique est avec le Champagne Krug en magnum 1976 (Olivier Krug) champagne qui a tout pour lui. Si le miel est évident, c’est surtout la complexité gustative qui m’intéresse, car ce champagne est tout simplement parfait, au final claquant sur la langue.


Le Château de Fargues 1990 (Alexandre de Lur Saluces) est d’un bel or et d’une précision de définition qui fait évidemment penser à Yquem qu’Alexandre a aussi réussi. C’est un grand sauternes et quand arrive le Château Lafaurie-Peyraguey 1945 (François Audouze) d’un or encore plus profond, on se dit qu’avec les sauternes il est impossible de trouver le moindre défaut quand ils sont de ce niveau.


Chacun des amis présents était heureux de connaître enfin ma femme dont ils suivent les aventures culinaires dans mes bulletins. A beaucoup de détails cités je me suis rendu compte qu’ils lisent mes bulletins et s’en souviennent. L’ambiance amicale, la générosité de tous, la chaleur communicative et le privilège d’être ensemble ont créé une atmosphère unique fondée sur l’amitié. J’ai été gratifié de remerciements qui m’ont franchement ému. Un tel dîner est certainement l’un des plus beaux cadeaux dont je pouvais rêver.


On ne vote jamais dans ces dîners de vignerons, mais pour mes archives il me faut choisir et c’est bien difficile. Le premier sera le Volnay Clos des Chênes Café Anglais 1885, parce qu’il procure une émission unique. Le second sera le Château Malartic-Lagravière rouge 1947 parce qu’il s’est comporté de façon remarquable, à un niveau insoupçonné. Le troisième est le magnum de Corton Charlemagne Bonneau du Martray 1982 parce qu’il est parfait. Cela devient plus difficile ensuite. Nommons trois ex-æquo, le Dom Pérignon, le Krug et le Salon.

Le « Grand Tasting » acte 1 vendredi, 4 décembre 2009

Le « Grand Tasting » est le rendez-vous annuel incontournable des amoureux du vin. Car les vignerons les plus prestigieux présentent leurs vins, soit à leurs stands, soit à des conférences-dégustations appelées « Master Class ». Selon une tradition amicale, Thierry Desseauve et Michel Bettane, qui animent et assurent l’organisation de cet événement, m’accueillent à la table de présentation des Master Class pour faire, quand cela se justifie, des commentaires sur les vins présentés et leur histoire.


J’arrive vendredi au Carrousel du Louvre, dont les larges allées sont envahies d’une foule qui attend l’ouverture du Musée du Louvre. Très cosmopolite, cette foule est très jeune. Au Grand Tasting, les stands s’installent, les vignerons vérifient si les vins qu’ils offriront à dégustation n’ont pas de défaut.


La première Master Class est une tradition, de mettre en avant cinq vins qui sont les coups de cœur de Michel et Thierry. Nous commençons par le vin Arena Blanc Grotte de Sole, vin de Corse 2008. Grâce à Aurore Marre, sommelière du CasadelMar, j’avais eu la chance de goûter un vin d’Antoine Arena il y a peu de temps, ce qui aide à la dégustation. Le vin est d’une couleur claire, très pure. Le nez est très profond. Comme c’est le premier vin que je goûte, la bouche est un peu rêche. Le vin est très pur, simple, direct, avec un joli fruité. Le final est riche. Antoine dit avec un sourire que les levures corses travaillent doucement. Le vin qui s’ouvre dans le verre est de plus en plus agréable. Le final minéral me séduit ainsi que la fraîcheur. Michel précise que les vins blancs de Corse vieillissent mieux que les rouges.


Le vin suivant est le Latricières-Chambertin Domaine Leroy 2007. Le nez est d’une pureté exceptionnelle. La température de service est idéale. La bouche n’est pas très charnue, avec un zeste d’amertume. On voit bien que les rafles sont dans le vin. Le final est extraordinaire, précis et frais. C’est un vin dont on devient amoureux, dans mon cas parce qu’il est atypique. L’amertume due aux rafles est de plus en plus attachante. Thierry dit que c’est le génie du pinot noir. Michel dit qu’en ce moment c’est un parfum. Il ajoute que chez Lalou Bize-Leroy, le Romanée Saint-Vivant est impudique, alors que ce Latricières est tout en pudeur.


Le Château La Mission Haut-Brion 2004 a un nez raffiné dans lequel je surprends du poivre. La bouche est aussi raffinée, avec des fruits noirs encore jeunes. Ce Mission a vraiment trouvé sa personnalité et n’est plus le « suiveur » de Haut-Brion. Il est droit, rêche, riche d’un très grand potentiel. Le final n’est pas encore assez affirmé, mais il va se révéler du fait de sa belle matière. Michel dit que la Mission a des tannins précoces, ce qui fait que dans des millésimes moyens, on a des vins complets. Il réussit moins les millésimes de soleil.


Le Chateauneuf-du-Pape Clos des Papes rouge 2007 est présenté par Paul-Vincent Avril, propriétaire de 35 hectares en 24 parcelles. Le vin a 65% de grenache ce qui est peu par rapport à l’appellation, 20% de mourvèdre, ce qui est beaucoup, et 10% de syrah. Les vendanges sont égrappées et la macération est de 25 jours. Le vin est d’une couleur noire. Le nez est très riche de cassis très subtil. Il y a du doucereux et de la pureté. Dès l’approche, le vin est doucereux, joyeux et rond. C’est l’expression de la jeunesse. Il y a une forte amertume dans le final. Le vin titre plus de 15°. Il vaudrait mieux l’attendre encore quelques années pour qu’il se construise. Michel signale la finesse du tannin, le velouté et la belle sensation tactile. Le vin ne cesse de s’améliorer dans le verre et se domestique. C’est un grand vin, fait pour la truffe et l’agneau.


Le Château Montus, La Tyre 2000 est présenté par Alain Brumont qui possède 140 hectares dans sa région gasconne. Ce vin est fait de 100% tannat, cépage du Sud-ouest, avec un rendement d’un litre par pied de vigne. La couleur du vin est très noire, le nez est très riche de truffe. La bouche fait stricte après le Clos des Papes. Quand on s’habitue à l’astringence, on voit que le vin est grand. A l’aveugle, je pense que j’irais vers de grands bordeaux. Alain rappelle que dans le passé, le tannat donnait « le vin médecin », le vin qui soigne. Michel parle de vin monumental, de grande force et de grande personnalité. Alain aligne les gasconnades qui font rire la salle, tant nul n’a autant de fierté que le gascon.


On comprend les choix de Michel Bettane et Thierry Desseauve, vers des vins de précision et de fraîcheur. Ce voyage dans cinq régions montre que l’excellence des vins français est ubiquiste.

Audouze subliminal dimanche, 29 novembre 2009

Cet après-midi, à 16 heures, le journaliste de M6 qui m’avait contacté pour l'émission "Capital" du 29/11/09, qui m'avait suivi à une vente aux enchères à Paris, et à une autre à Cannes où j’ai perdu une journée et où je me suis ruiné, m’envoie un SMS me disant que du fait de la longueur de certains sujets, la partie du reportage qui me concerne n’a pas été retenue.


C’est punir ceux qui ont eu la gentillesse de chercher à me voir.


On me voit 1/10ème de seconde, devant une bouteille de Romanée-Conti, que d’ailleurs j’ai achetée.


C'est bien la première fois que je suis aussi peu bavard de ma vie.