Le Guide Michelin et Sarkozy vendredi, 26 mars 2010

Il y a une grande similitude entre ce qui arrive au guide Michelin et ce qui arrive à Nicolas Sarkozy.


Attention : mon blog n’a rien de politique. C’est donc un billet d’humeur.


Quand un président se présente comme étant le seul qui pense, le seul qui agit, le seul qui comprend les choses, disant pis que pendre de ses adjoints, ça passe lorsqu’il y a des résultats.


Lorsqu’une élection est une sanction, le modèle de l’omni-président tombe de lui-même.


Je n’ai jamais remis en cause le Michelin, car c’est une œuvre humaine qui n’a pas besoin de créer le buzz. Le Michelin est une institution, qui doit être crédible sur la durée.


Aujourd’hui les langues se délient, les approximations incompréhensibles du Michelin ne sont plus acceptées.


L’institution se lézarde, et si elle n’y prend pas garde, elle va mourir.


Voilà deux challenges intéressants :


Roman">- un guide qui a tout pour être l’institution incontournable sur la planète et qui s’auto-détruit


Roman">- un président qui avait tout pour réussir et qui est en train de détruire son image, lui tout seul.


L’un des deux est capable d’un sursaut.


Lequel ?


Les paris sont ouverts.

dîner de folie chez un passionné de vins et une cuisinière hors concours samedi, 20 mars 2010

Le lendemain du Casual Friday, je retrouve deux participants de ce déjeuner pour un dîner de folie. Lionel est un des fidèles parmi les fidèles, contaminé par l’amour des vins anciens. Son épouse est un vrai cordon bleu. Qu’on en juge par le menu : Sablés au parmesan, sablés au roquefort / crabe au citron vert, thon mi-cuit sauce soja, soupe crevette lait de coco et citronnelle / Crème brûlée au foie gras, terrine de foie gras frais sur pain d'épice ; sucette de foie gras au gros sel / Coquilles Saint-Jacques au jambon Serrano haché d'ail / Filet de bœuf en étouffée de truffe, purée de pommes de terre aux truffes / Fromages Quatrehomme : Comté 30 mois, brie de Melun, Saint Marcellin, Saint Nectaire, gouda étuvé 24 mois / Mangues poêlées et fruits de la passion / Macarons au citron. Le dîner fut remarquable de saveurs délicates et originales.


L’ami fou de vin ne lésine pas sur le programme de ce soir. Pour calibrer le palais, nous commençons par un Champagne Bollinger Spéciale Cuvée sans année très agréable à boire, vrai champagne de soif.


Il faut recadrer le palais pour accueillir le Champagne Initiale Jacques Selosse non millésimé, qui est un champagne non dosé et sans concession. Quand on s’y habitue, on comprend à quel point ce champagne a du sens, belle expression de chardonnay.


J’ai du mal à imaginer que le Champagne Grand Siècle Laurent Perrier 1973/70/69 combinaison de ces trois millésimes soit aussi vieux que cela. En effet le bouchon n’est pas entièrement chevillé, montrant quelques boursouflures, la couleur est d’un blanc clair juvénile, et le goût ne montre pas de trace d’évolution. Ce champagne est superbe. Lionel est si sûr des années de son champagne, non indiquées sur l’étiquette, que je goûte à nouveau. On ne peut pas exclure qu’il ait raison, mais c’est un miracle.


Lionel ouvre encore une bouteille avant que nous ne passions à table. Le Champagne Pommery & Gréno 1964 fait vraiment son âge. Sa couleur est légèrement ambrée. Il a le charme des champagnes anciens, avec la complexité qui appelle la gastronomie. Quatre champagnes pour quatorze convives avant de passer à table, cela annonce un programme musclé.


Le Corton-Charlemagne Mise Nicolas 1961 est bouchonné. Le crabe au citron vert lui enlève le goût de bouchon et le vin est presque buvable, mais l’intérêt se porte vers le Château Bouscaut blanc 1924. La couleur est foncée avec de l’ambre gris. Le nez est expressif. Si les traces de vieillissement sont fortes, le vin se boit comme un intéressant témoignage d’un domaine qui sait braver les ans. L’expérience vaut la peine. Pour que nous revenions sur des goûts plus habituels, un Bâtard Montrachet Pierre Morey 1991 se situe dans des saveurs familières, sans cependant apporter une excitation particulière.


Nous franchissons une étape vers l’émotion pure avec La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1974 qui est ce qu’il doit être, beau, charmant, élégant et discret. Nous adorons ce vin qui réagit remarquablement sur l’ail de la coquille saint-jacques.


Nous sommes bouche bée lorsque nous prenons connaissance du Château Lafite-Rothschild 1928. Quel cadeau ! Le nez est d’une densité invraisemblable, la couleur est belle d’un rouge et noir profond et en bouche ce vin est l’expression de ce que Lafite peut atteindre dans l’absolu. C’est un vin riche, profond, expressif, d’une trame dense. C’est une merveille. Alors, le pauvre Clos de Gamot Cahors 1961, qui en d’autres circonstances brillerait sans doute, n’éveille aucun réel intérêt.


Le Gevrey-Chambertin Clair Daü 1961 provoque sur Juan-Carlos, ami passionné fou de vin, la même réaction que sur moi. La salinité de ce vin est exactement celle que l’on trouve dans les vins de la Romanée Conti. Ce vin évoque les charmes les plus purs des vins du prestigieux domaine et confirme que Clair Daü savait jouer dans la cour des grands. Ce bourgogne est superbe, canaille comme je les aime, le régal de dieux mutins.


Lionel a voulu me faire plaisir car il sait que j’aime ce vin : Vin du Jura L'Etoile cuvée spéciale 1947. Quel régal sur le comté. Ce vin du Jura a tout pour lui, diablement expressif, à la longueur infinie, sur un message chatoyant. Je me régale.


Le Domaine de Morange Saint Croix du Mont 1943 est une petite merveille. Doré à souhait, il montre une fois de plus que les grands bordeaux liquoreux ne naissent pas qu’en sauternais. Même si l’on franchit une étape majeure avec le vin qui suit, ce riche Morange ne fait pas pâle figure.


Un empereur entre maintenant en scène, le Château d’Yquem 1967. Cet exemplaire de l’icône tient son rang. Il est superbe. Il a la puissance, l’équilibre et la longueur, mais je ne lui trouve pas tout à fait la complexité que j’attendais. Cette remarque est à la marge, car nous sommes à un niveau de perfection rare.


Alors qu’un ami propose que nous votions, ce qui sera difficile pour une telle assemblée, je demande aux fidèles parmi les fidèles de deviner ce que serait mon vote. Et ils le trouvent avec une facilité surprenante : 1 – Château Lafite-Rothschild 1928, 2 - Gevrey-Chambertin Clair Daü 1961, 3 - Vin du Jura L'Etoile cuvée spéciale 1947, 4 - Château d’Yquem 1967.


Ces vins ont brillé au sommet de leur art sur la brillante cuisine de Valérie. L’heure avait tourné au-delà de nos appréciations. Malgré cela Lionel ouvre un Champagne Exquise Jacques Selosse non millésimé, pour nous remettre de nos émotions. J’avouerai sans honte que mon souvenir de ce champagne est imprécis. Ce qui restera gravé dans ma mémoire, en revanche, c’est l’extrême générosité de Lionel, la virtuosité de Valérie, et plusieurs vins d’une qualité exceptionnelle dont un Lafite 1928 éblouissant.

Académie des vins anciens 12è séance – le récit vendredi, 12 mars 2010

La douzième séance de l’académie des vins anciens se tient une nouvelle fois au premier étage du restaurant Macéo et j’apprends à cette occasion que la salle est appelée « salle de bal ». Nous sommes deux fois moins nombreux que d’habitude. Nous pouvons innover en formant une table de vingt personnes, ce qui permet des discussions transversales. L’ambiance y a gagné.


Il y a l’équivalent de 29 bouteilles, aussi ai-je organisé deux groupes de dégustation de dix personnes ayant accès à plus de quinze vins puisque certaines bouteilles seront partagées en vingt parts au lieu de dix.


Je suis venu à 17 heures et malgré la présence d’un ami fidèle venu pour m’aider, j’ai ouvert toutes les bouteilles, découvrant parfois des odeurs quasi insupportables comme celles des deux Hospices de Beaune 1929 ou du Gewurztraminer 1959. Le temps faisant son œuvre certaines odeurs ont disparu. Les plus belles odeurs à l’ouverture sont celle du magnum de Léoville Las Cases 1924 au parfum tellement extraordinaire que j’ai vite rebouché pour conserver intacte cette fragrance rare, le vin d’Arbois de 1979 au nez tonitruant, le Chablis 1972 aux senteurs d’anthologie et le Fonplégade 1947 diablement prometteur.


Pour attendre les retardataires, nous partageons deux bouteilles de Champagne Pommery & Gréno Brut Royal. Au vu du bouchon devenu parfaitement cylindrique, on donnerait 25 ans à ce champagne, mais en bouche, on irait volontiers vers trente ans. La bulle est peu active mais la sensation pétillante est intacte, le nez est parfois imprécis. La bouche est plus qu’agréable, avec le charme particulier des champagnes anciens. C’est un régal ponctué de délicieuses gougères.


Le menu conçu par le restaurant Macéo est très agréablement exécuté : Concentré de châtaignes, châtaignes fumées & foie gras / Saint- Jacques d’Erquy marinées et fines betteraves condimentées / Bar sauvage doré sur peau et capuccino de crustacés, topinambours aux herbes / Noisette de quasi de veau fermier, tendres endives et champignons sauvages / Croquant de clémentines & agrumes zestés et Soupe de chocolat intense, crème arabica. A chaque expérience, j’ai l’impression que la qualité de la cuisine s’améliore.


Nous passons à table et le service de Guillaume, habile sommelier, délimite bien les deux groupes. Me trouvant à la limite territoriale des deux groupes, j’ai la chance qu’il y ait des incursions frontalières à mon profit. Je voulais offrir à mes amis académiciens un Champagne Mumm Cordon Rouge magnum 1937. Au moment où je l’ai saisi en cave, je me suis aperçu que deux tiers du liquide s’étaient évaporés, sans que l’étagère où il était stocké ne soit tachée. Le jeter, c’eût été dommage, aussi ai-je ajouté d’autres vins, tout en prévoyant que celui-ci soit goûté. Le nez n’est pas désagréable. Le vin sans bulle est buvable, léger, aqueux, sans trace de fruit. A l’inverse, le Champagne Veuve Clicquot 1953 au niveau très bas, que j’avais demandé à un ami d’ajouter à son apport prévu, s’il a aussi perdu sa bulle, offre un beau fruit jaune joyeux et plaisant. Un vrai plaisir de champagne ancien.


Les Petites Granges, Bordeaux blanc 1955 est une immense surprise. Lorsque je l’avais pris dans ma cave, j’avais été séduit par la beauté de son étiquette. Le niveau était à mi-épaule, et la couleur avenante. Je l’ai posé dans la case prévue pour l’académie, et lorsque j’ai voulu photographier les bouteilles, au moment où je la saisis, quelques semaines après l’avoir sélectionnée, je constate que la capsule s’est ouverte comme la corolle d’une fleur, et le bouchon est remonté dans le goulot de près d’un centimètre. La couleur, quant à elle, s’est ambrée. Au moment où j’ai ouvert le vin avant le dîner, il a suffi que je plante le tirebouchon pour que le bouchon s’expulse avec le bruit d’un bouchon de champagne que l’on fait sauter. Et le vide de la bouteille s’est rempli d’un gaz opaque comme du brouillard. Le vin avait donc déclanché une nouvelle fermentation, à un niveau que j’ai rarement rencontré. Alors, qu’y a-t-il dans le verre qui nous est versé ? C’est une saveur inconnue. On dirait une sorte de ratafia de champagne, comme si l’on avait mélangé un jeune champagne avec de l’eau de vie. Au-delà de la curiosité, ce vin inclassable, même s’il est buvable et bien excité par le velouté, n’apporte pas une franche émotion.


Le Chablis Montée de Tonnerre Raveneau 1972 servi au deuxième groupe est tout à l’opposé. Son odeur est la définition absolue du Chablis parfait. On pourrait s’arrêter à cette seule odeur tant elle est envoûtante, avec une minéralité exacerbée. En bouche le vin est grand, j’oserais dire parfait mais c’est peut-être un peu trop dire, car le goût n’est pas à la hauteur du parfum.


A ce stade, je constate que Guillaume, appliquant un sage principe de précaution, ne verse que la moitié de la bouteille dans les verres du groupe auquel le vin est affecté. Cela me donne une idée : si Guillaume est capable de verser la moitié d’une bouteille à dix personnes, cela veut dire qu’il est capable de verser la bouteille entière à vingt personnes. La décision qui s’impose est immédiatement prise : nous ne formerons plus qu’un groupe et partagerons tous les vins en vingt et pas en vain.


Le Château Bouscaut blanc 1959 a une magnifique couleur dorée. Solide bordeaux blanc, il a une façon de résister aux atteintes du temps qui est remarquable. Rond, puissant, joyeux, il est agréable, sans toutefois la petite once de folie que sa couleur promettait.


Le Château Brane-Cantenac 1959, d’un niveau un peu bas se présente fort joliment. Il n’a pas l’exubérance de son millésime et joue un peu en dedans. Le Château d'Arsac Margaux 1925 est d’une remarquable constance, car ce n’est pas la première fois que nous le goûtons, et chaque fois, c’est une belle surprise, car on ne l’attendrait pas à ce niveau. Avec un léger goût de framboise, il est d’un charme particulier.


Un nouvel académicien nous a fait le plaisir d’apporter trois millésimes d’un même château. Le Château Roudier, Montagne Saint-Émilion Roudier 1955 est extrêmement plaisant. Son nez est bien formé, la bouche est agréable. Il lui manque un peu de structure et d’imagination, mais le plaisir est là.


Je suis heureux que les académiciens aient apporté autant de 1955, année particulièrement agréable à boire en ce moment. Le Château Clos-Fourtet 1955 est un saint-émilion solide s’il en est. Je prends un grand plaisir – et je ne suis pas le seul – avec ce vin. Le Château de Pez 1955 est une belle surprise. Un académicien dit qu’il verrait bien le Clos Fourtet en rive gauche et le Pez en rive droite, tant ils semblent avoir échangé leurs caractéristiques, mais en goûtant à nouveau le Clos Fourtet, son nez de truffe indique qu’il est vraiment de son appellation.


Le Château Malescot Saint Exupery 1961 nous donne comme un coup de poing qui rappelle opportunément que si 1955 est plaisant, 1961 est à de nombreuses coudées au dessus. Ce vin est d’une facture exemplaire. Il a tout pour lui à ce stade de sa vie où il apparaît éternel. C’est un grand vin. Le Château Roudier, Montagne Saint-Émilion Roudier 1953 se présente avec un niveau qualitatif beaucoup plus grand que le 1955. Il dépasse même les canons de son appellation. Je prends un grand plaisir avec ce vin bien fait. Hélas, le Château Roudier, Montagne Saint-Émilion Roudier 1943, son aîné de dix ans, est bouchonné. L’académicien qui avait apporté des bouteilles de réserve pour chaque vin suggère que l’on ouvre l’autre 1943. La sagesse, vu notre programme, est de ne pas le faire. Nous saisirons une autre occasion.


Le Château Fonplégade Saint-Émilion 1947 que j’ai apporté est une pure merveille et il dépasse largement le 1961. Nous sommes avec ce vin à des hauteurs gustatives qui justifient l’amour que l’on peut avoir pour les bordeaux. Le vin est grand, pur, plein, parfait, au parfum capiteux.


Le Château La Gaffelière Saint-Émilion 1969 qui est servi en intermède avant le 1924 a bien du mal à succéder au 1947. Plaisant, il est un peu court. A ses côtés, le Château Lynch-Moussas 1970 est beaucoup plus ingambe, d’une jeunesse bien préservée. Je n’ai pas beaucoup de temps pour analyser ces deux vins car arrive un sommet gustatif : le Magnum de Léoville Las Cases 1924. Je prends la parole pour demander à tous mes amis de porter toute leur attention sur un goût qui fait partie des plus belles merveilles que l’on puisse rencontrer. A l’aile gauche de la table, je sens un brouhaha réprobateur. Remettrait-on en cause la parole du président ? Apparemment certains ne vibrent pas comme moi à ce parfum de framboise, signe d’une évolution à la bourguignonne, qui enveloppe délicatement le Saint-Julien élégant. J’adore ce vin et sa petite déviance charmante.


Par hasard, les bourgognes sont aujourd’hui peu nombreux et de niveaux bas. Aussi ai-je peu porté mon attention sur eux, le seul souvenir, puisque je n’ai pas pris de notes, c’est qu’ils n’ont pas entraîné de ma part une réelle émotion. Le Romanée St Vivant Pierre Bourée 1957 a dû connaître des fuites dues à la défaillance du bouchon, et une cire récente a tenté de stopper l’érosion. Le vin a un nez agréable, mais manque de corps. Les deux bouteilles d'Hospices de Beaune Brunet 1929 ont été ajoutées par un académicien à son apport du magnifique Chablis. Les bas niveaux ne se conçoivent en effet « qu’en plus ». A l’ouverture, les odeurs de sous-bois, de champignon, de vieille armoire indiquaient que le retour à la vie serait lent. Malgré un millésime de première grandeur, il n’y eut pas beaucoup plus qu’une esquisse d’intérêt.


Les vins du Jura sont mes chouchous et j’ai développé un amour particulier pour les vins de l’Etoile. Le Château l'Etoile, vin de l'Etoile Vandelle 1967 provient de mes achats récents à la Percée du vin jaune. Qu’on ne me demande pas d’être objectif pour ce vin au parfum fort et inhabituel. Le vin échappe aux normes, mais me donne de vraies sensations de bonheur. Il est fumé, étrange et envoûtant. Le Vin du Jura jaune Rolet 1979 a un nez impérieux. C’est toute la splendeur du vin jaune qui envahit les narines. En bouche le vin est bon, mais n’atteint pas la joliesse de son parfum.


Si le Gewurztraminer Clos Zisser (Klipfel) 1959 avait été ouvert au moment de le boire, la bouteille eût été rejetée. Car le bouchon sentait la terre au-delà de toute raison. Les six heures de repos ont permis au vin de se reconstituer et de devenir un solide Gewurztraminer, d’une belle année.


Lorsque j’avais saisi en cave le Château Guiraud 1971, j’avais été impressionné par son élégante couleur d’un cuivre discret. Dans le verre, cette couleur est encore plus brillante. Le vin est délicat, n’en fait pas trop, mais satisfait par la mise en page mesurée de son message.


Le supposé Madère très vieux vers 1850 est effectivement un madère d’un rare équilibre. Tout en lui est élégant.


Pour étancher une éventuelle soif finale, un Champagne Selosse Brut Initial rafraîchit les papilles qui ont été sollicitées tout au long de la soirée et marque un point final de jeunesse à ce beau dîner de l’académie.


On ne vote pas dans ces séances, mais c’est intéressant de classer le souvenir de ces vins. Voici ce que mon palais a retenu : 1 - Château Fonplégade Saint-Emilion 1947, 2 - Chablis Montée de Tonnerre Raveneau 1972, 3 - Magnum de Léoville Las Cases 1924, 4 - Supposé Madère très vieux # 1850, 5 - Malescot St Exupery 1961, 6 - Château de l'Etoile, vin de l'Etoile Vandelle 1967, 7 - Château d'Arsac Margaux 1925, 8 - Château Roudier, Montagne Saint-Emilion Roudier 1953, 9 - Château Guiraud 1971, 10 - Château Clos-Fourtet 1955, 11 - Château Bouscaut blanc 1959, 12 - Vin du Jura jaune Rolet 1979, 13 - Château de Pez 1955.


Ayant accepté que des académiciens ajoutent à leurs apports des vins de bas niveau, il est légitime que certains vins n’aient pas la qualité que l’on pourrait attendre, mais cela fait partie de la règle acceptée, car à côté d’eux, les vins « légitimes » ont particulièrement brillé. Autour d’une table agencée comme pour un banquet, nous avons passé une excellente soirée, avec des vins qui marqueront nos mémoires.

Académie 11 mars – photos vins d’avant 1959 jeudi, 11 mars 2010

Photos prises dans ma cave, avant l'académie.


Supposé Madère très vieux # 1850 (bouteille qui fait partie d'un lot de très vieux madères, au goût extraordinaire)



Magnum de Léoville Las Cases 1924 (cette bouteille n'a pas d'étiquette, mais la capsule est explicite. Le niveau est beau. Cette bouteille me plaist beaucoup - à vérifier)



Château d'Arsac Margaux 1925


Hospices de Beaune Brunet 1929 (il y a deux bouteilles de niveaux très bas. Incertitude complète. A voir) (je n'ai pas enlevé les films plastiques pour la photo)



Champagne Mumm Cordon Rouge magnum 1937 (grande vidange) (j'ai voulu offrir ce magnum pour l'académie. Je prends la bouteille et je constate que 2/3 du liquide sont évaporés. La jeter ? Non, nous allons essayer, sans garantie)



Château Roudier, Montagne Saint-Emilion Roudier 1943 (bouteille récemment reconditionnée au château, difficile à juger sur cette présentation)



Château Fonplégade Saint-Emilion 1947



Champagne Veuve Clicquot 1953 (le niveau est très bas, mais l'expérience mérite d'être tentée)



Château Roudier, Montagne Saint-Emilion Roudier 1953 (bouteille récemment reconditionnée au château, difficile à juger sur cette présentation)



château de Pez 1955 (la capsule est invraisemeblablement fraîche, mais c'est un bouchage d'origine. la bouteill est très belle)



Château Clos-Fourtet 1955 (bouteille très engageante)



Les Petites Granges, Bordeaux blanc 1955 (cette bouteille m'a fait une grosse surprise : quand je l'ai prise, intéressé par ce vin inconnu, le niveau était mi épaule. Lorsque je l'ai prise pour la photographier, j'ai constaté que le bouchon a fait éclater la capsule, comme si une fermentation nouvelle avait fait exploser l'air. la couleur du vin n'est pas aussi foncée que ce qu'on voit sur la photo)



à noter que le jour de l'ouverture, le bouchon a encore monté !!!




Château Roudier, Montagne Saint-Emilion Roudier 1955 (bouteille récemment reconditionnée au château, difficile à juger sur cette présentation)



Romanée St Vivant Pierre Bourée 1957 (cette bouteille ne m'inspire pas trop, car on a ciré le haut, sans doute pour arrêter une évaporation trop forte. A voir à la dégustation)



Académie des Vins anciens – 11 mars 2010 – note d’organisation jeudi, 11 mars 2010


Académie des Vins anciens – 12ème séance du 11 mars 2010


Informations sur la 12ème séance de l’académie des vins anciens du 11 mars 2010 :


>>> l'expérience a montré qu'il est bon de lire entièrement et minutieusement ce qui est indiqué ci-après


Lieu de la réunion : restaurant Macéo 15 r Petits Champs 75001 PARIS 01 42 97 53 85


Date de la réunion : c'est le 11 mars à 19 heures, heure absolument impérative.


Coût de la participation : 120 € pour un académicien qui vient avec une bouteille ancienne. 240 € pour les académiciens sans bouteille. Chèque à adresser dès maintenant à l'ordre de "François Audouze AVA" à l'adresse suivante : François Audouze société ACIPAR, 18 rue de Paris, 93130 Noisy-le-Sec.


Inscription : par mail à François Audouze


Proposition de vins anciens : indiquer toutes informations sur l’état et le niveau. Toute bouteille proposée doit être agréée par François Audouze


Dates limites : livrer les bouteilles après approbation avant le 1er mars. Envoyer votre chèque avant le 1er mars, date vraiment limite.


Nota : les chèques reçus avant la séance ne sont pas remis en banque avant la séance. Il n’y a donc aucun avantage à retarder l’envoi.


Livraison des bouteilles : Si vous déposez les bouteilles, faites le au bureau de la maison de champagne Henriot 5 rue la Boétie 75008 PARIS - tél : 01.47.42.18.06. C'est au deuxième étage. Indiquez bien votre nom sur votre paquet, mais surtout, n'écrivez rien sur les bouteilles et ne collez rien sur les bouteilles. Ne mettez pas votre chèque avec la bouteille.


Si vous expédiez les bouteilles, faites le à l'adresse de mon bureau : François Audouze société ACIPAR, 18 rue de Paris, 93130 Noisy-le-Sec, et je les garderai dans ma cave. Bien indiquer ACIPAR sur l’adresse de livraison


Informations complémentaires : Vous pouvez vous informer sur les précédentes réunions en regardant sur le blog, dans la catégorie « académie des vins anciens ».


Les vins annoncés sont : Champagne Pommery Brut Royal (env. 25 ans) - Champagne Mumm Cordon Rouge magnum 1937 (grande vidange) - Champagne Veuve Clicquot 1953 basse - Les Petites Granges, Bordeaux blanc 1955 ME - Chablis Montée de Tonnerre Raveneau 1972 (niveau à 2,8 cm) - Château Bouscaut blanc 1959 - Château Brane-Cantenac 1959, épaule basse - Château d'Arsac Margaux 1925 - Château Roudier, Montagne Saint-Emilion Roudier 1955 - Château Clos-Fourtet 1955 - château de Pez 1955 - Malescot St Exupery 1961 niveau LB - Château Roudier, Montagne Saint-Emilion Roudier 1953 - Château Roudier, Montagne Saint-Emilion Roudier 1943 - Château Fonplégade Saint-Emilion 1947 - Château La Gaffelière Saint-Emilion 1969 - Château Lynch-Moussas 1970 - Magnum de Léoville Las Cases 1924 - Romanée St Vivant Pierre Bourée 1957 - Hospices de Beaune Brunet 1929 - Vin du Jura jaune ROLET 1979 - Château de l'Etoile, vin de l'Etoile Vandelle 1967 - Gewurztraminer Clos Zisser (Klipfel ) 1959 - Château Guiraud 1971 - Supposé Madère très vieux # 1850 - Champagne Selosse.


Les 2007 des Domaines familiaux de tradition de Bourgogne lundi, 8 mars 2010

Chaque année, la dégustation des vins des « Domaines familiaux de tradition » de Bourgogne est un événement extrêmement important, car on y retrouve les propriétaires des plus beaux domaines de Bourgogne présentant leurs vins. Cette année, ce sont les 2007 qui sont sur les minis stands de chaque domaine au Pavillon Ledoyen.


Je commence par serrer les mains des vignerons et des visiteurs que je connais, et mon premier contact est le Corton Charlemagne Domaine de Montille 2007. Autant dire que j’ai commencé par le meilleur, car ce Corton Charlemagne est d’une précision et d’un charme particuliers. Juste après lui, je déguste le Corton Charlemagne Bonneau du Martray 2007 que j’ai trouvé plus fermé et moins vibrant. Il faut dire que ces vins sont servis deux ans et quelques mois après leurs vendanges, aussi certains sont-ils encore dans des phases ingrates. Mon intention n’étant pas de délivrer des jugements définitifs, mais plutôt des flashes du moment, voici des impressions du butinage.


En blancs, j’ai beaucoup aimé le Beaune Clos des Mouches Domaine Joseph Drouhin 2007 car j’aime le style de ce terroir. Le Morey-Saint-Denis Les Monts Luisants domaine Dujac 2007 est une curiosité particulièrement intéressante, car je suis plutôt sans repère pour ce vin. Les trois vins du domaine Lafon sont bien ciselés et goûteux, sans trompette tonitruante, et j’avoue que j’ai un faible pour 2007, car cette année mezzo voce fait ressortir encore plus le talent de ceux qui font bien. Le Meursault Clos de la barre Domaine Comtes Lafon 2007 est un vin solide et élégant.


Les vins du domaine Leflaive m’ont séduit parce qu’ils jouent sur un registre calme tout en montrant l’expertise du domaine. J’ai préféré le Puligny-Montrachet Les Clavoillon Domaine Leflaive 2007 au Puligny-Montrachet les Pucelles Domaine Leflaive 2007. Mais les deux vins sont remarquables.


Les vins du domaine Raveneau sont des plaisirs qui devraient être défendus tant ils rendent dépendants comme des drogues dures. J’ai paradoxalement préféré le Chablis premier cru Butteaux domaine Raveneau 2007 au Chablis grand cru Blanchot domaine Raveneau 2007 même si le potentiel à long terme est évidemment en faveur du Grand Cru.


Les blancs que j’ai bus m’ont séduit. L’année 2007 est en demi-teinte, mais les vignerons améliorant leurs méthodes année après année ont produit des vins élégants et intéressants. Au moment où l’on peut grignoter les excellents fromages de la maison Loiseau, un Beaune Clos des Mouches Domaine Joseph Drouhin 2005, un Corton Charlemagne Bonneau du Martray 2005 et un Chablis premier cru Montée de Tonnerre domaine Raveneau 2005 montrent, s’il en était besoin, que 2005 est une immense année, beaucoup plus riche, mais qui ne porte pas d’ombre aux vins subtils de 2007.


Cette affirmation est encore plus vraie pour les rouges, car c’est un festival de finesse, de délicatesse et d’élégance, malgré le jeune âge. J’ai été très intéressé par un Latricière-Chambertin domaine Simon Bize 2007, d’une maison que je ne connaissais pas. Le Chambertin Grand Cru domaine Trapet 2007 est très convaincant. Le Corton rouge Bonneau du Martray 2007, vin que j’adore habituellement m’a laissé un peu dubitatif, alors que le Corton Domaine Méo-Camuzet 2007 est absolument splendide.


C’est amusant de voir le poids de la mémoire. Car j’ai eu la chance d’acheter de vieux Pommard Epenots Michel Gaunoux. Et le Pommard Grands Epenots Michel Gaunoux 2007 a allumé mille bougies de réminiscence qui m’ont fait adorer ce vin, alors que le Corton renardes Michel Gaunoux 2007 le vaut au moins.


Le Clos de la Roche domaine Dujac 2007 est solide et dans la logique de son terroir, le Volnay Taillepieds domaine de Montille 2007 est charmant et romantique, et le cousinage est évident avec la remarquable subtilité des vins de Jacques-Frédéric Mugnier, sachant que j’ai préféré à ce stade de leurs vies le Clos de la Maréchale au célèbre Musigny domaine Jacques-Frédéric Mugnier 2007 qui est dans une phase refermée.


J’ai eu une particulière surprise. Car c’est la première fois que je goûtais un rouge du domaine de Bouzeron d’Aubert et Paméla de Villaine. Le Mercurey les Montots domaine A et P de Villaine 2007 est absolument charmant et structuré. C’est un vin de plaisir.


Je ne suis pas un familier des vins de Georges Roumier, que je n’achète jamais car l’occasion ne s’est pas présentée. Mais c’est une grande leçon de rigueur que donnent ses vins, le Bonnes-Mares Grand Cru domaine Georges Mounier étant une réussite certaine.


La grande interrogation a été pour moi le domaine Rousseau dont j’ai bu les quatre vins présentés, Gevrey-Chambertin villages, Ruchottes-Chambertin Clos des Ruchottes, Clos Saint-Jacques et Chambertin. Alors que tous les autres domaines jouent sur un registre délicat, j’ai trouvé une affirmation qui dépasse celle de l’année. Je m’en suis ouvert à Eric Rousseau qui a souri et qui m’a dit qu’il préfère les vins qu’il a faits en 2007 à ceux de 2006, pourtant plus encensés par la critique. Je les ai donc goûtés à nouveau quelques heures plus tard, après m’être rendu à un autre rendez-vous, et si j’ai toujours la surprise de la puissance de ces vins pour l’année, force m’est de constater que les vins d’Armand Rousseau font partie de mes chéris, et le Chambertin Armand Rousseau 2007, quand il aura grandi, sera un vin de belle élégance.


Ayant le palais attiré par les vins anciens il est certain que je me sens à l’aise avec les vins de 2007 qui jouent sur la délicatesse et l’élégance.


Si je devais citer les chouchous de ce jour, il y a le Corton Charlemagne de Montille, le Chablis Butteaux Raveneau, le Corton Méo-Camuzet, le Pommard Michel Gaunoux, le Clos de la Maréchale JF Mugnier, le Bonnes Mares Roumier, le Chambertin Rousseau et la belle surprise du Mercurey de Villaine. Comme disait Jean Gabin en s’adressant (je pense) à la Bourgogne : « t’as de beaux vins, tu sais ».

la solidarité des chaudières !! dimanche, 21 février 2010

(lire le sujet du 20 Février avant celui-ci)


Le lendemain midi, les mêmes se retrouvent à notre domicile. Je suis allé dans ma cave pour choisir du vin, et voyant un carton qui n’est pas ouvert, j’ai la curiosité de l’ouvrir. Dedans, trois bouteilles d’un Châteauneuf-du-Pape. Comment et pourquoi ai-je acquis ce vin, je n’en ai aucune idée.


Les enfants et petits-enfants arrivent, et il faut organiser les vins. Guillaume descend en cave avec moi et préfère explorer un vieux champagne. Dans une zone où j’ai des Mumm 1937 il sort une bouteille. Je pense qu’il s’agit d’un Mumm 1937 mais en fait c’est un Champagne Mumm Cordon Rouge sans année. Compte tenu des torsades du fil du muselet, des couleurs et des blessures, ce champagne doit être des années 30. Je constate qu’il a une belle couleur et un beau niveau. Ce sera donc le champagne du repas. Nous commençons à grignoter des noisettes sur ce champagne à la couleur de pêche, au parfum délicat qui ne montre aucune déviance, et au goût charmant et romantique comme un tableau d’Elizabeth Vigée-Le Brun. Il y a du fruit frais orangé comme la pêche fraîche, une bulle active, un pétillant joyeux et un équilibre ravissant. C’est le 18ème siècle galant.


Guillaume cuit des coquilles Saint-jacques, coquille d’abord et corail ensuite. La coquille s’accouple en délicatesse avec le champagne joyeux. Sur le corail, qui conviendrait aussi au champagne, nous essayons le Châteauneuf-du-Pape Ch. Bader-Mimeur 1961. Je n’ai jamais entendu parler de ce négociant installé au Château de Chassagne-Montrachet. La couleur du vin dans les verres Riedel est très belle. Le parfum est franc, précis. En bouche, ce qui frappe instantanément, c’est le velours. Ce vin est velouté, charmant, enveloppant, avec une force alcoolique non négligeable. Les coraux sont d’une finesse extrême, créée par une cuisson au millième de degré.


Le plat principal est un gigot d’agneau cuit à basse température avec des haricots blancs et des petits légumes. La chair de l’agneau est d’une intensité fondante, ce qui accentue le velouté du vin. Dans une telle délicatesse de sensations on remarque que le vin est légèrement influencé par un petit coup de chaud antérieur. Mais le plaisir est complet.


Une salade de fruits rouges et noirs n’accompagne aucun vin. Une sieste informelle et impérieuse suit ces agapes. Au réveil, je constate que la vengeance est un plat qui se mange effectivement froid, au sens propre du terme, car ayant ironisé sur la chaudière de mes enfants, je constate que notre chaudière hyper sophistiquée de moins d’un an est absente. La complexité des cadrans interdit toute manipulation de redémarrage. Un dimanche après-midi et probablement encore toute la nuit, nous allons rêver du sketch de Fernand Raynaud : « c’est le plombier ».

réveillon du 31/12 – les photos vendredi, 1 janvier 2010

Champagne Bollinger Blanc de noirs, Vieilles Vignes Françaises 1998. L'étiquette est très sombre, minimaliste. Il a fallu retoucher la photo pour qu'on puisse lire.



Le bouchon du Champagne Veuve Clicquot brut 1943



On peut lire qu'il est interdit d'exporter ce champagne



Vosne Romanée Roland Thévenin & Fils 1955



Ermitage Cuvée Cathelin Jean-Louis Chave 2000



Château Climens Barsac 1943




Bar cru



caviar et coquille Saint-Jacques crue



foie gras poëlé



la truffe en fines lamelles et pomme de terre



pigeon à la goutte de sang



beau foie gras à pocher



belle harmonie de couleurs entre la mangue aux grains de fruits de la passion et le Barsac




toujours dans la même harmonie, les kumquats sont d'un goût un peu trop fort pour le Climens 1943.


Réveillon du 31 décembre, suite et fin jeudi, 31 décembre 2009

Les enfants arrivent. Mon gendre a apporté du foie gras à poêler et des bulots et du bar en filets qu'il aimerait manger cru. Je m’occupe d’ouvrir les vins. Je ne suis pas hyper convaincu de ce que donneront les deux 1943. Nous verrons. Le Chave est une bombe aromatique, il ira bien pour les pigeons. Le Vosne-Romanée 1955 a une odeur de truffe imprégnante. Ce serait sans doute la bonne pioche pour la truffe. Nous essayons de composer le menu : le Veuve Clicquot 1943 avec le bar cru puis un premier service de foie gras. Où caser le pata negra ? Entre les deux champagnes peut-être. Le Bollinger VVF 1998 avec bulots puis caviar sur coquilles Saint-Jacques crues. Le Vosne-Romanée Roland Thévenin 1955 sur truffe et pomme de terre. L’Ermitage Cuvée Cathelin Chave 2000 avec le pigeon puis avec le foie gras poêlé ou poché, et le Climens 1943 sur les mangues avec des traces de grains de fruits de la passion.


Je vais ouvrir le Climens et le Bollinger. J'avais peur pour le Climens 1943 au beau niveau, mais à la couleur de thé ou de cuivre un peu gris. Or en fait, le nez est tonitruant d'agrumes. Ça promet ! Le Veuve Clicquot 1943 a un beau bouchon bien droit, lisse. Sa senteur doit se normaliser, mais il me paraît prometteur. Ayant fini les ouvertures qui ont été progressives, je remonte de la cave et ça sent bon en cuisine.


Le dîner peut démarrer.


Le bar cru est très ferme, fortement goûteux, avec des accents de noix et un léger sucré. C’est ce qui avait poussé mon gendre à suggérer de le manger avec le Champagne Veuve Clicquot 1943. La première gorgée est un peu amère, car c’est le liquide qui était au contact du bouchon. Vite resservi, je constate que le vin est chaleureux, avec des notes de fruits jaunes comme la pêche ou la mirabelle. On note aussi des évocations de vin jaune, ce qui paraît cohérent avec le goût de noix du bar. Mais en fait, je pense que le bar irait beaucoup mieux avec le Champagne Bollinger Vieilles Vignes Françaises 1998. Ce champagne est un vrai bonheur. Ciselé, précis, tendu, il est dans la ligne de ce que doit être un grand champagne bien sec. Je suis étonné de lui trouver tant de fruits blancs, ce qui fait que ce champagne élégant, lord anglais, sait aussi parler le langage du cœur. Et captant la face iodée et marine du bar, il crée un accord beaucoup plus convaincant.


Le caviar osciètre d’élevage d’Iran posé sur des tranches de coquilles Saint-Jacques crues est l’un des plus beaux caviars que nous ayons mangés. La combinaison du salé et du sucré de la coquille, avec la profondeur insistante du goût du caviar créent un accord avec le champagne qui tient du sublime. Cet accord on ne peut plus simple dans sa définition est un accord vibrant, exceptionnel, frôlant l’extase. Nous sommes comme assommés par l’immensité de cet accord qui rehausse le caviar d’un charme inoubliable.


Le Pata Negra ne vibre pas franchement avec les champagnes. Nous laissons de côté les bulots et nous revenons maintenant au Veuve Clicquot dont le doucereux et la complexité se conçoivent très bien après le Bollinger. Mon gendre poêle des tranches de foie gras et l’accord se trouve dans la délicatesse.


La truffe sur pomme de terre accueille le Vosne-Romanée Roland Thévenin 1955 qui a un nez de truffe et une belle évocation de truffe. Ce vin est quand même très limité car il a souffert d’avoir perdu trop de volume. Il avait le droit de venir à notre table. Nous l’avons écouté mais il n’a pas brillé même si ses variations bourguignonnes avaient un soupçon d’émotion.


Le pigeon rosé à souhait, à la cuisson parfaite, fourré au foie gras sans que le foie ne se sente dans le goût du pigeon est d’une tendreté absolue et d’une personnalité forte. L’Ermitage Cuvée Cathelin Jean-Louis Chave 2000 me fait vaciller. Jamais je n’aurais imaginé que ce vin puisse être aussi exceptionnel. Je suis saisi. Il est à la fois puissant et d’une délicatesse invraisemblable. Tout en douceur, velouté, charmant, ce vin est un amour. C’est un courtisan galant qui fait des madrigaux. Jamais je ne dirais que ce vin est rhodanien alors qu’évidemment cela ne fait aucun doute. Ce vin pourrait faire partie des vins parfaits qui sont toute ma recherche. Avec le pigeon, c’est un bonheur absolu. Je demande à mon gendre de pocher le foie gras et le résultat avec le Chave est convaincant car la qualité du foie est exceptionnelle.


Le Château Climens Barsac 1943 a une couleur de cuivre gris. Le nez est en opposition à la couleur, car l’agrume est tonitruant. En bouche le vin a beaucoup plus d’ardeur que ce que la couleur suggère, et je ressens la richesse gustative et le coffre puissant d’un grand Climens, qui combine les agrumes, la mangue et un soupçon de thé. Les fines tranches de mangue léchées de grains de fruit de la passion forment un accord dont la simplicité n’a d’égale que la pertinence.


Dans ce dîner, rien n’a été cuisiné, et tout a été minimaliste, simplifié à l’extrême : le bar cru n’était accompagné de rien, le caviar et la coquille Saint-Jacques étaient dans leur totale nudité, la truffe et la pomme de terre n’acceptaient aucune fioriture. Pas le moindre légume pour le pigeon juste fourré de foie gras, lequel poêlé ou poché était aussi dans le plus simple état de présentation. Mangue et fruit de la passion sans un gramme d’ersatz. Cette recherche de pureté est voulue pour que rien ne détourne de la captation du message de grands vins. L’accord le plus sublime fut celui du caviar à la Saint-Jacques avec le Bollinger, chef-d’œuvre de précision du champagne d’exception. Le plus grand vin fut de très loin l’Ermitage de Chave, véritable consécration d’un domaine au sommet de la renommée de l’Hermitage. Ainsi, deux parcelles infinitésimales, toutes deux inférieures à l’hectare, nous ont donné deux vins très jeunes au sommet de leur art. Quoi de mieux pour terminer une année et en commencer une autre ?

réveillon, phase 1 jeudi, 31 décembre 2009

Ma femme et moi partons faire un grand voyage sur la plus grande partie de janvier. Le départ est dimanche, aussi n’avons-nous rien prévu pour le 31.


Nous serons deux, aussi ma femme a-t-elle acheté des pigeons que j’adore, j’ai acheté du caviar et deux belles truffes.


Je me rends en cave pour choisir des vins pour ce réveillon où je serai seul à boire. Que choisir quand on boit seul ? Le vin, c’est le partage, mais je n’ai quand même pas fait vœu d’abstinence.


La promenade dans ma cave est un moment d’excitation, car dès que je vois une bouteille, j’ai envie de la boire. Mon œil tombe sur Veuve Clicquot 1943. Tiens, voilà une bouteille qui se justifie, puisque c’est mon année de naissance. Si je suis seul, « j’ai le droit » d’ouvrir une bouteille de mon année.


Voilà un thème possible. Mes yeux tombent sur Climens 1943. Je tiens une logique. Il se trouve que les vins de 1943 sont plutôt chez moi que dans ma cave, or j’ai envie de faire mon choix maintenant. J’ai envie d’une Cuvée Cathelin de Chave. Je prélève une Cuvée Cathelin 2000. En faisant cela, mon œil croise une Mouline 1990, vin que je considère comme le plaisir absolu. Je suis donc à quatre bouteilles, or mon petit sac de transport a six places. Quoi ajouter de plus ? Je mets « pour le cas où » un Bollinger Vieilles Vignes Françaises 1998. Et, pour rester fidèle à ma vision des choses, j’ajoute une bouteille basse, que j’ouvrirai de toute façon : un Vosne-Romanée Roland Thévenin 1955.


Je rentre à la maison et j’échange des mails avec mon gendre sur d’autres sujets. Puis je lui écris : ce 31, je vais choisir entre ces six bouteilles, car nous ne sommes que deux.


Réponse de mon gendre : nous aussi nous ne sommes que deux, pourquoi ne pas faire un travail d’équipe.


C’est comme la cavalerie américaine qui arrive au bon moment : je vais pouvoir éviter de boire seul. J’ai bien fait d’avoir confiance dans la justice de mon pays !