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Ce blog n’est pas un guide au sens classique. C’est plus le roman d’aventures d’un passionné de vins anciens et de gastronomie.
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Le détail des prochains dîners se lit ici : https://www.academiedesvinsanciens.org/programme-des-diners/

 

 

 

 

(ouverture de Mouton 1918 dont l’étiquette Carlu est en tête de ce blog. A gauche, on reconnait Mouton 1945)

 

 

 

 

 

 

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316ème de mes repas vendredi, 23 octobre 2026

J’ai eu envie de faire un repas fondé sur deux années que je considère parmi les plus grandes de toute l’ère moderne des vins : 1811 et 1865. Bien des raisons m’ont conduit à vouer un amour particulier à ces deux millésimes. J’ai ensuite ajouté d’autres vins pour que le repas soit cohérent.

Le repas a lieu au restaurant Plénitude Arnaud Donckele de l’hôtel Cheval Blanc Paris. Nous avons travaillé le menu avec le chef et plusieurs membres de sa garde rapprochée, avec le désir de prendre tous les risques et d’oser des créations inhabituelles pour que ce repas soit absolument hors norme.

Le choix des vins s’est fait principalement en fonction des bouteilles de 1811 et de 1865 que je possédais. Ayant appris qu’un Riesling allemand de 1811 figurait dans une vente aux enchères, j’ai décidé de l’acquérir, et je l’ai effectivement emporté dans une salle de ventes hollandaise.

J’ai ensuite fait quelques ajouts. D’abord, j’ai placé en tête du repas un Champagne Dom Ruinart 1990, car l’hôtel Cheval Blanc allait accueillir un événement en l’honneur de Ruinart : le clin d’œil m’est apparu amusant. J’ai aussi ajouté, pour le plaisir, une Romanée-Conti 2011, afin que deux rouges servis à la suite soient séparés de deux cents ans, puisque c’est précisément l’écart entre le Lafite 1811 et la Romanée-Conti 2011.

Enfin, comme je pensais que le passage de certains vins à d’autres pourrait être délicat, j’ai ajouté un magnum de Dom Pérignon 1988 servi tout au long du repas, pour que chacun puisse au besoin rafraîchir son palais et retrouver ses repères. Le Porto précédant le Château-Chalon, par exemple, le Dom Pérignon y trouverait toute sa place.

Je suis arrivé à 9h30 au restaurant pour ouvrir les bouteilles avec Chloé, sommelière qui m’a déjà aidé lors de précédents repas. L’ouverture des vins a été passionnante. Les parfums des différents vins m’ont rassuré : aucune bouteille ne présente le moindre problème par rapport à ce que l’on pouvait attendre de son odeur.

Une remarque toute particulière s’impose au sujet du château Lafite 1811. Quand j’ai acheté cette bouteille, la question qui se pose immédiatement est : s’agit-il d’une vraie bouteille ou d’un faux ? Et la solution, la réponse, allait être celle du moment de l’ouverture du vin. Lorsque j’ai planté mon tire-bouchon sur le bouchon, je me suis rendu compte d’abord qu’il ne pouvait pas venir de 1811, mais qu’il était extrêmement vieux. Et ceci est corroboré par le fait que sur le dos de l’étiquette de la bouteille, il y a marqué que le vin a été rebouché le 29 novembre 1876. Il y a donc une cohérence totale entre le bouchon que j’ai soulevé et l’histoire de ce rebouchage. Donc, la bouteille est forcément une bouteille authentique. L’odeur m’est apparue d’une jeunesse folle. Nous verrons à table.

Ce déjeuner est le 316ème de mes repas. Nous serons douze. Il y aura un ami américain de l’Oregon, un ami fidèle de la République Dominicaine qui est d’ailleurs le seul qui a participé au 315ème repas à l’Appartement Moët Hennessy et à ce repas, un plongeur professionnel belge et neuf français. Le nombre de nouveaux participants est de six.

Tout le monde est à l’heure, certains étant même très en avance. Le menu créé par Arnaud Donckele et son équipe est : Petits amuse-bouches / Moules, brioche, caviar pour soupe « moromi » / Langoustine, pomme de mer, algue pour velouté « champenois » / Saint-Jacques, haliotis, aster pour bouillon « iridescence iodée » / Un chut ! élégant pour chasseur / Bécasse des mers, tortellini, crocus pour sabayon « Audouze » / Plume tourbée de grouse / Morille des pins, comté, arbois pour crème marbrée « sotolon » / À l’ombre d’un abricotier pour double sauce « crocus d’Orient » / Financier François Audouze.

Une petite explication s’impose sur la présence du nom Audouze à deux reprises dans ce menu. Pendant la préparation des menus que nous avons faits, Clément, le chef exécutif du restaurant Plénitude, toujours souriant et volontiers facétieux, a lancé un jour : « À force de mettre le nom Audouze chaque fois que nous créons un plat, il n’y aura bientôt plus que des plats Audouze, et nous, à quoi servirons-nous ? » Ce qui nous a tous fait rire, évidemment.

Mes dîners commencent traditionnellement par une présentation debout, autour d’un champagne. Le Champagne Dom Ruinart 1990 est de l’une des plus belles années de ce champagne. Tout le monde est frappé par sa rondeur, sa complexité et sa présence en bouche : il est absolument excellent, et la surprise se lisait sur tous les visages. Comment un champagne considéré par eux comme ancien peut-il être aussi expressif ? Il recueillera peu de votes au classement final, mais c’est fréquent dans mes dîners : quand plus de dix vins se succèdent, ceux bus en début de repas sont souvent oubliés.

Nous passons à table. Les amuse-bouches qui nous sont servis sont d’une délicatesse de goût confondante, et le talent du chef éclate dans chacune de ces saveurs. Le Champagne Krug Clos du Mesnil 1979 est très impressionnant. Puissant, long et complexe, il a une présence hors du commun et sait affronter tous les goûts qui surgissent dans chacun des petits plats. C’est remarquable. C’est pour mon goût le plus grand des Clos du Mesnil en même temps que le plus vieux puisque c’est la première année de ce cru.

La langoustine arrive, d’une cuisson miraculeuse, et nous allons partager deux vins sur ce plat. Le Dry Alicante Blanc 1865 est, contrairement à ce que je pensais, un vin muté, donc beaucoup plus riche et alcoolique. Ce n’était peut-être pas le bon choix, mais sa couleur si claire dans la bouteille ne me laissait pas imaginer une telle richesse. À ses côtés, le Château Lafite Rothschild Blanc 1935 est un vin d’une grâce, d’une délicatesse et d’une longueur infinies. Tout sépare ces deux vins, et pourtant on passe aisément de l’un à l’autre. La langoustine s’accorde idéalement avec chacun d’eux, malgré la puissance considérable du vin d’Alicante.

Le plat de Saint-Jacques accueille maintenant deux vins qui semblent n’avoir rien en commun : le Champagne Juglar de la Baltique, daté des environs de 1820, et le Riesling Bassermann-Jordan 1811. Le plat est délicieux.

Le Riesling est étonnant, car son goût ne ressemble à rien de ce que nous connaissons. Il est très sec et pourtant très long, avec parfois une note doucereuse. Cela paraît paradoxal, mais c’est ainsi. C’est un goût inhabituel, mais passionnant. Et la longueur m’impressionne. Il est impossible de lui donner un âge.

Le Juglar 1820 me surprend profondément. J’en avais bu un il y a quelques années et j’avais été ému de penser que, du fait de sa fraîcheur restée intacte, je buvais le vin qu’un amateur aurait goûté en 1840. Celui-ci est tout à l’opposé. Riche, puissant, intense, il a une longueur infinie et n’a pas d’âge : si on le présentait comme un champagne de 1960, personne n’en serait choqué. C’est un champagne hors norme, presque irréel, et je ne m’attendais pas à trouver autant de cohérence dans un vin repêché au fond de la mer Baltique et autant de gourmandise.

La Romanée-Conti Domaine de la Romanée-Conti 2011 arrive maintenant sur le plat de cet oiseau élégant. Ce vin est d’une fraîcheur extrême, et pourtant il ne crée pas un écart si spectaculaire avec des vins plus vieux que lui de deux cents ans. Le plat est divin et la Romanée Conti a des subtilités joyeuses et bienveillantes.

Arnaud Donckele sait que l’un de mes caprices est de servir du rouget avec les Pétrus de mes dîners, et il a accepté de reprendre l’idée pour le Château Lafite 1811. Le chef a donc imaginé pour ce vin une interprétation toute particulière du rouget.

Quand je porte ce vin à mes lèvres, je reçois comme un coup de massue, comme si une masse énorme me tombait sur la tête. Je pense en effet que les grands vins sont faits pour l’éternité et que, s’ils meurent, c’est presque toujours par la faute du bouchon. C’est ma théorie. Or nous venons d’avoir un Alicante parfait, un Lafite Rothschild Blanc 1935 parfait, un Juglar absolument parfait, un Riesling d’une belle vivacité, et voici maintenant un Lafite d’une jeunesse inouïe. Il y aura d’autres vins ensuite, mais à cet instant tous ceux que nous avons bus se sont montrés miraculeux, et j’en ai presque le tournis. Ce qui est incroyable dans ce vin, c’est la présence du fruit. Comment un vin de 215 ans peut-il garder un fruit de ce niveau, avec une telle longueur et une précision aussi stupéfiante ? J’ai eu un mal fou à reprendre mes esprits, et je crois que tout le monde l’a remarqué.

Le Porto Da Silva 1865 est riche, cohérent et long, avec une puissance superbe. C’est un grand Porto qui, lui aussi, n’a pas d’âge, car sa force reste souriante. L’accord avec la grouse est absolument parfait.

Servir un Château-Chalon après un Porto, c’est presque une provocation. Pourtant, lorsque nous en avons parlé pendant la préparation du repas, cela nous est apparu comme une évidence, et nous avons souri de notre audace.

La morille et le comté avec le Château-Chalon Perrigny 1865 est l’un des plus beaux accords du repas. Le Château-Chalon est très agréable, moins puissant que d’autres 1865 que j’ai eu la chance de boire, mais d’une belle longueur, et l’association est si réussie que le vin a déployé un charme infini.

Le Château d’Yquem 1865 a été rebouché en 1990. Sa couleur est belle, et son parfum était l’un des plus beaux de la séance d’ouverture des bouteilles. Il est servi avec un dessert à l’abricot. C’est sans doute le seul plat qui appelle une petite remarque : ce dessert, très riche et intense, domine nettement le Château d’Yquem, qui n’a donc pas été mis en valeur autant qu’il aurait pu l’être. Mais personne ne pouvait imaginer que le 1865 puisse être aussi léger.

Les financiers François Audouze, comme les nomme le menu, accompagnent deux eaux-de-vie très différentes. La Fine Champagne Château de Lafot 1865 est tout en subtilité : très longue, très fine, très féminine. À ses côtés, le Cognac Roi de Rome 1811 est d’une richesse inouïe et d’une grande puissance, et il écrase bien évidemment la jeune fine champagne. Prises séparément, elles seraient chacune jugées extraordinaires, mais il fallait bien un vainqueur, et ce sera le Roi de Rome.

Comme nous avons bu quatorze vins, j’ai demandé à chaque convive de choisir ses six vins préférés, au lieu de cinq habituellement, et de les classer de 1 à 6. Cinq vins ont été notés premier : le Château Lafite 1811 avec sept votes de premier, le Champagne Juglar Baltic Sea circa 1820 avec deux votes, puis le Riesling Bassermann-Jordan 1811, le Porto da Silva 1865 et le Château-Chalon Perrigny 1865 avec un vote chacun de premier. Que sept convives se retrouvent sur le Lafite 1811 est une réussite exceptionnelle.

Le classement global de la table est le suivant : 1 – Château Lafite 1811, 2 – Champagne Juglar Baltic Sea circa 1820, 3 – Château Lafite Rothschild Blanc 1935, 4 – Romanée-Conti Domaine de la Romanée-Conti 2011, 5 – Champagne Krug Clos du Mesnil 1979, 6 – Château-Chalon Perrigny 1865, 7 – Riesling Bassermann-Jordan 1811.

Mon classement est : 1 – Château Lafite 1811, 2 – Champagne Juglar circa 1820, 3 – Château Lafite Rothschild Blanc 1935, 4 – Cognac Roi de Rome 1811, 5 – Champagne Krug Clos du Mesnil 1979, 6 – Château-Chalon Perrigny 1865.

Une petite anecdote amusante. J’ai vu que la Romanée-Conti recueillait beaucoup de votes. J’ai lancé à ceux qui l’avaient choisie : « dans un repas où ce qui compte, ce sont les vins les plus anciens, pourquoi voter pour la Romanée-Conti ? Des 2011, on en trouve partout et on peut en boire tous les jours. » Tout le monde m’a regardé en souriant et un convive a dit : « Bien évidemment, nous buvons de la Romanée-Conti tous les jours ! ».

Tout au long du repas, nous avons pu constater que la cuisine d’Arnaud Donckele atteignait un niveau nettement au-delà de tout ce que nous avions fait ensemble jusqu’à présent, et j’ai senti chez lui une motivation extraordinaire. Il a d’ailleurs tenu à prendre la parole pour évoquer ces événements assez rares que nous avons provoqués ensemble.

Il a rappelé un souvenir que j’avais oublié et qui est assez amusant. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois lors d’un dîner à quatre mains entre Arnaud Donckele et Arnaud Lallement à La Vague d’Or, à Saint-Tropez. J’avais apporté un Dom Pérignon 1973 que nous avions partagé tous les trois, et j’avais dit à Arnaud Donckele que je trouvais sa cuisine extraordinaire, mais qu’elle ne fonctionnerait pas avec mes vins. J’étais sans doute particulièrement audacieux de lui dire cela.

Nous avons ensuite tenu absolument à ce que le premier repas organisé à Plénitude soit une œuvre commune. Il n’est pas impossible que ma remarque l’ait aiguillonné et nous vaille aujourd’hui ce résultat absolument transcendant. J’ai senti beaucoup d’émotion dans son discours prononcé devant toute la brigade d’une trentaine de personnes, qui ont senti que ce repas était important pour le chef comme il l’est pour moi.

L’émotion a été très grande dans ce repas et tous les convives l’ont ressenti. Jamais je n’aurais imaginé une telle réussite de tous les vins qui ont montré qu’ils n’avaient pas d’âge. C’est ce que je prétends depuis toujours et cette démonstration a été tellement forte que cela m’a quasiment « assommé ».

Vive Arnaud Donckele et vivent les vins anciens.

316th lunch vendredi, 23 octobre 2026

I wanted to hold a meal built around two years that I consider among the greatest of the entire modern era of wine: 1811 and 1865. Many reasons have led me to hold a special love for these two vintages. I then added other wines so that the meal would be coherent.

The meal takes place at the restaurant Plénitude Arnaud Donckele in the Cheval Blanc Paris hotel. We worked on the menu with the chef and several members of his inner circle, determined to take every risk and to dare unusual creations so that this meal would be truly out of the ordinary.

The wines were chosen mainly according to the bottles of 1811 and 1865 that I owned. Having learned that a German Riesling from 1811 was coming up at auction, I decided to acquire it, and I did indeed win it at a Dutch auction house.

I then made a few additions. First, I placed a Champagne Dom Ruinart 1990 at the start of the meal, because the Cheval Blanc hotel was about to host an event in honour of Ruinart: the wink seemed amusing to me. I also added, for the pleasure of it, a Romanée-Conti 2011, so that two reds served one after the other would be two hundred years apart, since that is precisely the gap between the Lafite 1811 and the Romanée-Conti 2011.

Finally, as I thought that moving from some wines to others might be tricky, I added a magnum of Dom Pérignon 1988 served throughout the meal, so that everyone could, if needed, refresh their palate and find their bearings. With the Port preceding the Château-Chalon, for example, the Dom Pérignon would be entirely in its place.

I arrived at the restaurant at 9:30 am to open the bottles with Chloé, a sommelier who has already helped me at previous meals. Opening the wines was fascinating. The scents of the different wines reassured me: not a single bottle shows the slightest problem compared with what one could expect from its smell.

A very particular remark must be made about the Château Lafite 1811. When I bought this bottle, the question that immediately arises is: is it a genuine bottle or a fake? And the answer would come at the moment the wine was opened. When I drove my corkscrew into the cork, I realised first that it could not date from 1811, but that it was extremely old. This is corroborated by the fact that the back label of the bottle states that the wine was recorked on 29 November 1876. There is therefore complete consistency between the cork I pulled and the history of this recorking. So the bottle is necessarily authentic. The smell struck me as having a wild youthfulness. We shall see at the table.

This lunch is the 316th of my meals. There will be twelve of us. There will be an American friend from Oregon, a loyal friend from the Dominican Republic who is in fact the only one to have attended both the 315th meal at the Appartement Moët Hennessy and this one, a Belgian professional diver and nine French guests. Six of the participants are newcomers.

Everyone is on time, some even very early. The menu created by Arnaud Donckele and his team is: Small amuse-bouches / Mussels, brioche, caviar for a « moromi » soup / Langoustine, sea apple, seaweed for a « champenois » velouté / Scallops, abalone, aster for an « iodine iridescence » broth / An elegant hush! for a hunter / Sea woodcock, tortellini, crocus for an « Audouze » sabayon / Peat-smoked plume of grouse / Pine morel, comté, arbois for a marbled « sotolon » cream / In the shade of an apricot tree for a double « crocus of the Orient » sauce / François Audouze financier.

A short explanation is needed about the name Audouze appearing twice on this menu. While we were preparing the menus, Clément, the executive chef of the Plénitude restaurant, always smiling and fond of a joke, said one day: « If we keep putting the name Audouze every time we create a dish, soon there will be nothing but Audouze dishes, and what use will we be then? » Which of course made us all laugh.

My dinners traditionally begin with a standing introduction around a champagne. The Champagne Dom Ruinart 1990 comes from one of the finest years of this champagne. Everyone is struck by its roundness, its complexity and its presence in the mouth: it is absolutely excellent, and surprise could be read on every face. How can a champagne they consider old be so expressive? It will receive few votes in the final ranking, but that is common at my dinners: when more than ten wines follow one another, those drunk at the start of the meal are often forgotten.

We sit down at the table. The amuse-bouches served to us have a bewildering delicacy of taste, and the chef’s talent shines in each of these flavours. The Champagne Krug Clos du Mesnil 1979 is very impressive. Powerful, long and complex, it has an extraordinary presence and stands up to all the flavours arising in each of the small dishes. It is remarkable. To my taste it is the greatest of the Clos du Mesnil and also the oldest, since it is the first year of this cru.

The langoustine arrives, miraculously cooked, and we will share two wines with this dish. The Dry Alicante Blanc 1865 is, contrary to what I thought, a fortified wine, and therefore much richer and more alcoholic. It may not have been the right choice, but its very pale colour in the bottle did not let me imagine such richness. Alongside it, the Château Lafite Rothschild Blanc 1935 is a wine of infinite grace, delicacy and length. Everything separates these two wines, and yet one moves easily from one to the other. The langoustine pairs ideally with each of them, despite the considerable power of the Alicante.

The scallop dish now welcomes two wines that seem to have nothing in common: the Champagne Juglar Baltic Sea circa 1820 and the Riesling Bassermann-Jordan 1811. The dish is delicious.

The Riesling is astonishing, because its taste resembles nothing we know. It is very dry and yet very long, with at times a sweetish note. It seems paradoxical, but that is how it is. It is an unusual taste, but a fascinating one. And the length impresses me. It is impossible to give it an age.

The Juglar 1820 surprises me deeply. I had drunk one a few years ago and had been moved to think that, because its freshness had remained intact, I was drinking the wine an enthusiast would have tasted in 1840. This one is the complete opposite. Rich, powerful, intense, it has infinite length and is ageless: if it were presented as a champagne from 1960, no one would be shocked. It is an extraordinary champagne, almost unreal, and I did not expect to find so much coherence and so much gourmandise in a wine recovered from the bottom of the Baltic Sea.

The Romanée-Conti Domaine de la Romanée-Conti 2011 now arrives with the dish of this elegant bird. This wine has extreme freshness, and yet it does not create such a spectacular gap with wines two hundred years older than itself. The dish is divine and the Romanée-Conti has joyful, benevolent subtleties.

Arnaud Donckele knows that one of my whims is to serve red mullet with the Pétrus at my dinners, and he agreed to take up the idea for the Château Lafite 1811. The chef therefore imagined a very special interpretation of red mullet for this wine.

When I raise this wine to my lips, I receive something like a sledgehammer blow, as if an enormous weight had fallen on my head. I believe that great wines are made for eternity and that, if they die, it is almost always the fault of the cork. That is my theory. Now, we have just had a perfect Alicante, a perfect Lafite Rothschild Blanc 1935, an absolutely perfect Juglar, a Riesling of fine liveliness, and here now is a Lafite of unheard-of youth. There will be other wines afterwards, but at this moment all those we have drunk have proved miraculous, and my head is almost spinning. What is incredible in this wine is the presence of fruit. How can a 215-year-old wine keep fruit of this level, with such length and such astounding precision? I had a terrible time collecting myself, and I think everyone noticed.

The Porto Da Silva 1865 is rich, coherent and long, with superb power. It is a great Port which, it too, is ageless, for its strength remains smiling. The pairing with the grouse is absolutely perfect.

Serving a Château-Chalon after a Port is almost a provocation. Yet when we discussed it while preparing the meal, it seemed obvious to us, and we smiled at our own audacity.

The morel and comté with the Château-Chalon Perrigny 1865 is one of the finest pairings of the meal. The Château-Chalon is very pleasant, less powerful than other 1865s I have been lucky enough to drink, but of fine length, and the combination is so successful that the wine displayed infinite charm.

The Château d’Yquem 1865 was recorked in 1990. Its colour is beautiful, and its scent was one of the most beautiful of the bottle-opening session. It is served with an apricot dessert. This is probably the only dish that calls for a small remark: this very rich and intense dessert clearly dominates the Château d’Yquem, which was therefore not shown to advantage as much as it could have been. But no one could have imagined that the 1865 could be so light.

The François Audouze financiers, as the menu calls them, accompany two very different brandies. The Fine Champagne Château de Lafot 1865 is all subtlety: very long, very fine, very feminine. Alongside it, the Cognac Roi de Rome 1811 is of unheard-of richness and great power, and of course it crushes the young fine champagne. Taken separately, each would be judged extraordinary, but there had to be a winner, and it will be the Roi de Rome.

As we drank fourteen wines, I asked each guest to choose their six favourite wines, instead of the usual five, and to rank them from 1 to 6. Five wines were ranked first: the Château Lafite 1811 with seven first-place votes, the Champagne Juglar Baltic Sea circa 1820 with two votes, then the Riesling Bassermann-Jordan 1811, the Porto Da Silva 1865 and the Château-Chalon Perrigny 1865 with one first-place vote each. That seven guests should agree on the Lafite 1811 is an exceptional success.

The overall ranking of the table is as follows: 1 – Château Lafite 1811, 2 – Champagne Juglar Baltic Sea circa 1820, 3 – Château Lafite Rothschild Blanc 1935, 4 – Romanée-Conti Domaine de la Romanée-Conti 2011, 5 – Champagne Krug Clos du Mesnil 1979, 6 – Château-Chalon Perrigny 1865, 7 – Riesling Bassermann-Jordan 1811.

My ranking is: 1 – Château Lafite 1811, 2 – Champagne Juglar circa 1820, 3 – Château Lafite Rothschild Blanc 1935, 4 – Cognac Roi de Rome 1811, 5 – Champagne Krug Clos du Mesnil 1979, 6 – Château-Chalon Perrigny 1865.

A small amusing anecdote. I saw that the Romanée-Conti was collecting many votes. I said to those who had chosen it: « In a meal where what matters are the oldest wines, why vote for the Romanée-Conti? 2011s can be found everywhere and one can drink them every day. » Everyone looked at me with a smile and one guest said: « Of course, we drink Romanée-Conti every day! »

Throughout the meal, we could see that Arnaud Donckele’s cuisine reached a level clearly beyond anything we had done together until now, and I sensed an extraordinary motivation in him. He even insisted on taking the floor to speak about these rather rare events that we have brought about together.

He recalled a memory I had forgotten and which is rather amusing. We met for the first time at a four-hands dinner between Arnaud Donckele and Arnaud Lallement at La Vague d’Or, in Saint-Tropez. I had brought a Dom Pérignon 1973 which the three of us shared, and I had told Arnaud Donckele that I found his cuisine extraordinary, but that it would not work with my wines. I was no doubt particularly bold to tell him that.

We then absolutely wanted the first meal organised at Plénitude to be a joint work. It is not impossible that my remark spurred him on and brings us today this absolutely transcendent result. I sensed a great deal of emotion in his speech, delivered in front of the whole brigade of some thirty people, who felt that this meal mattered to the chef as much as it does to me.

The emotion was very great at this meal and all the guests felt it. I would never have imagined such success from all the wines, which showed that they were ageless. That is what I have always claimed, and this demonstration was so powerful that it almost « knocked me out ».

Long live Arnaud Donckele and long live old wines.

repas de famille mardi, 20 octobre 2026

Nous célébrons l’anniversaire de ma fille cadette, venue déjeuner à la maison avec son fils et une nièce. J’ai ouvert un Marqués de Murrieta Rioja Ygay 1978 qui a un niveau dans le goulot. Son bouchon s’est en partie déchiqueté, mais aucun débris n’est tombé dans le vin. Le parfum est fort prometteur, à la fois très doux et d’une grande richesse.

J’ai ouvert aussi un Champagne Dom Ruinart Rosé 1988 qui a fait un très beau pschitt.

L’apéritif se fait avec le champagne rosé, très expressif et bien structuré, d’une belle sérénité. Il s’accorde avec des chips gourmandes.

Le repas s’articule autour d’un plat que ma femme m’avait annoncé très épicé, ce qui a justifié le choix du vin espagnol. Et en effet, le mariage entre le plat et le vin est tout à fait réjouissant. Ce rioja possède une belle charpente et se montre même assez démonstratif, mais il lui manque peut-être une pointe d’émotion, car il est un peu trop strict à mon goût, même s’il reste agréable. Il est capable de résister à l’époisses, ce qui montre sa solidité.

Ensuite, selon une tradition familiale, une reine de Saba nous est servie en dessert. Elle accompagne idéalement le champagne rosé, qui nous procure un grand plaisir.

Ce repas avec des discussions passionnantes fut un grand moment familial.

déjeuner italien dans ma cave lundi, 19 octobre 2026

Il y a un an, l’un des organisateurs des concours de dégustation à l’aveugle de grandes écoles européennes m’avait fait rencontrer un italien grand amateur de vins italiens, venu déjeuner avec moi, et bien sûr avec lui au restaurant Pages, autour de vins italiens de très grande qualité.

Récemment, cet ami des grandes écoles me demande de rencontrer à nouveau l’amateur italien, qui souhaite me revoir. Compte tenu des agendas des uns et des autres, nous sommes convenus de nous retrouver dans ma cave. Mon programme étant assez chargé, j’ai demandé au jeune Maxime de s’occuper des victuailles, et j’ai pu constater qu’avec son ami italien, qui accompagne le grand amateur, il a fait des prouesses d’achats, avec abondance, en provenance de très renommés fournisseurs de charcuterie et de pâtisserie.

Nous sommes cinq. À l’arrivée, la visite de la cave impressionne souvent les personnes que j’invite. Nous sommes ensuite passés dans la salle où nous allons déjeuner.

Le Champagne Krug Grande Cuvée étiquette crème que j’ai ouvert tôt ce matin et qui n’avait fait aucun pschitt est d’une subtilité rare, raffiné, fin, d’une longueur infinie et d’une prestance incroyable. Un véritable bonheur. Et sa couleur claire montre une jeunesse rafraichissante.

Le Barolo Giuseppe Mascarello E Figlio 1987 est très impressionnant car il est jeune, mais d’une rondeur remarquable, qui s’exprime surtout dans le finale. Celui-ci est incroyablement long et donne au vin une personnalité vraiment très plaisante.

Le Gaja Sorì San Lorenzo 1970 est un bon vin, mais, passant après le jeune 1987, il manque d’ampleur et surtout de longueur.

Le Barolo Giacomo Conterno Monfortino Riserva Speciale 1971 est brillantissime. C’est l’expression absolue du Barolo, équilibré, long, puissant et d’une prestance souveraine. Je dois pourtant avouer un petit faible pour le 1987, dont la longueur me le fait apprécier encore davantage.

Le Barbaresco Bruno Giacosa 1990 est un très bon vin italien, mais il manque un peu de saveurs souveraines.

Arrive ensuite La Tâche Domaine de la Romanée-Conti 1967, que j’avais aussi ouvert ce matin, dont le bouchon avait sous la capsule une tête dure comme du béton. Mais le bouchon était venu entier, de grande qualité. Ce vin est totalement au sommet. C’est un vin de plénitude, de réflexion, d’humilité. On dit souvent que La Tâche est puissante, mais celle-ci est délicate, douce et subtile. On ne peut que s’agenouiller devant un vin de cette force, de cette ampleur et de cette noblesse. Un vin immense. Il m’a tellement impressionné que j’ai évoqué la visite du Pape Léon XIV à Lourdes qui s’est agenouillé devant la vierge dans la grotte de Massabielle. Toutes révérences gardées, j’ai eu la même impression avec cette bouteille de La Tâche qui m’a profondément ému.

Les vins italiens ont des richesses particulières très intéressantes. Il est peut-être trop tard dans mon parcours d’amoureux du vin pour en explorer toutes les richesses.

déjeuner familial dimanche, 18 octobre 2026

Nous recevons notre fils à la maison. C’est toujours l’occasion d’ouvrir des bouteilles à risque car mon fils a la même facilité que moi à boire des vins possiblement difficiles.

Lors de mon achat de bouteilles provenant de la cave de l’Institut de France, j’ai constaté que beaucoup d’entre elles avaient été cirées. Or, lorsqu’on retire la capsule d’origine pour cirer le goulot, la valeur marchande de la bouteille s’en trouve fortement diminuée. J’ai néanmoins décidé d’acquérir ces bouteilles, car il s’agit de cadeaux offerts par des vignerons à l’Institut de France. Leur authenticité ne fait donc aucun doute.

La cire du Pommard A. Bichot & Cie, négociant à Beaune 1948, s’enlève assez facilement et le bouchon sort entier. Il ne porte aucune mention du domaine, mais tout indique qu’il date bien d’une période proche de 1948.

La cire du Volnay Colomb-Maréchal, négociant à Meursault 1949, se retire elle aussi sans difficulté. Le bouchon est neutre, ce qui laisse penser que les vins de l’Institut de France ont été rebouchés avec des bouchons sans marquage. Celui-ci paraît un peu plus jeune que le précédent, plutôt des années 50 ou 60. À l’ouverture, les deux vins de l’Institut de France livrent des parfums très discrets, encore peu expressifs. Nous verrons comment ils évoluent.

Le Puligny-Montrachet Clos de la Mouchère d’Henri Boillot porte un millésime dont le dernier chiffre est masqué : on lit 195, sans pouvoir deviner la suite. En retirant la capsule, je découvre un haut de bouchon très noir et je me dis que jamais je ne pourrai y lire l’année. Curieusement pourtant, si le haut est noirci, le bas du bouchon montre un liège superbe, parfaitement lisible, mais hélas dépourvu de toute indication de millésime. Puisqu’il faut faire un choix, je dirais que ce vin pourrait être de 1950, ce qui nous offrirait un déjeuner avec des vins de 1948, 1949 et 1950. Le parfum du Puligny-Montrachet mêle une note de bouchon, qui devrait à mon avis disparaître, à un nez riche, expressif et gourmand.

Notre fils arrive les bras chargés de cadeaux, essentiellement culinaires, et nous pouvons passer à table. Un caviar Baeri va accompagner le Puligny-Montrachet Clos de la Mouchère Henri Boillot 1950 probablement. Le caviar est d’un éclat remarquable, intense, salé juste comme il faut, et d’une longueur incroyable en bouche. Il s’accorde à merveille avec le Puligny-Montrachet. Certains pourraient le croire madérisé, mais il n’y a aucune trace de madérisation dans ce vin. Il est calme, bien équilibré, et son mariage avec le caviar est vraiment excellent.

Vient ensuite un saucisson de pata negra assez curieux, moins enthousiasmant que ne le serait le jambon lui-même, qui accueille le Pommard Albert Bichot 1948. Ce vin présente une couleur claire au début. Son parfum, assez discret, va s’épanouir dans le verre. L’accord est correct, mais le saucisson manque de relief. C’est alors le tour d’un wagyu d’une qualité exceptionnelle, classé au plus haut niveau de la hiérarchie des wagyus. Avec le Pommard, l’accord est parfait. Ma femme a préparé des pommes de terre rissolées dont la douceur épouse la saveur du wagyu, ce qui donne une combinaison lumineuse.

Nous goûtons ensuite le Volnay Colomb-Maréchal 1949, à la teinte elle aussi assez pâle, qui va foncer car le pigment s’est concentré dans le bas de la bouteille. Il est nettement moins convaincant que le Pommard et nous n’insistons pas. Sur un époisses particulièrement puissant mais fort agréable, le Pommard trouve un compagnon idéal.

Pour le dessert, une tradition nous réunit, ma femme, mon fils et moi : des meringues au chocolat, que l’on désignait autrefois d’un nom désormais proscrit pour des raisons aujourd’hui surannées. Aucun vin ne pouvait s’accorder à ce délicieux dessert sucré.

Je suis très heureux d’avoir ouvert ces bouteilles de l’Institut de France pour mon fils. Il n’y a qu’avec lui que je peux vivre de telles expériences assez risquées, et j’en suis fort heureux.

315ème repas à l’Appartement Moët Hennessy vendredi, 16 octobre 2026

Le 315e de mes repas est un déjeuner qui se tient à l’appartement Moët Hennessy.

Lorsque j’ai fait des déjeuners dans cet appartement, j’avais l’habitude de travailler avec le chef Ryuji Teshima, que tout le monde appelle Teshi, du restaurant Pages. Le restaurant Pages est fermé pour deux ans et Teshi est reparti au Japon. C’est donc le chef Atsushi Tanaka, propriétaire du restaurant A.T., qui cuisinera ce repas. Nous avons mis au point le menu ensemble lors d’une séance de réflexion sur les accords mets et vins.

Nous serons douze convives : cinq nouveaux venus et sept fidèles de mes repas. La table sera cosmopolite, avec un Mexicain, des Asiatiques, des Italiens et une majorité de Français.

Le menu créé par le chef Atsushi Tanaka est ainsi rédigé : apéritif : maki végétal, tartelette au poivron rouge, tartare de bœuf et feuilles de cassis / sashimi au shiso / huître au yuzu / Saint-Jacques et céleri-rave / homard, poireau et géranium / ris de veau, jus de viande / foie gras poché dans un consommé de queue de bœuf / selle d’agneau rôtie, jus de viande et huile de marjolaine / Red Leicester / mangue fraîche, en sorbet et séchée.

L’ouverture des vins se fait à l’appartement Moët Hennessy. Je commence par les trois bordeaux : un Cheval Blanc 1960, un Haut-Brion 1928 et un Lafite 1990. Chose amusante, les trois bouchons sont venus entiers, sans la moindre brisure, et se sont laissé extraire sans effort, comme si le temps passé dans la cave de l’appartement les avait légèrement comprimés.

L’ouverture du Musigny Comte de Vogüé 1969 vient contredire ce que je pensais des bouchons des bordeaux : le bouchon, très serré, m’a demandé un temps considérable et s’est presque entièrement réduit en charpie.

C’est la première fois que j’ouvre une Romanée-Conti issue de mes propres allocations, puisque je n’en bénéficie au domaine que depuis 2001. Il s’agit d’une 2002, dont le bouchon est absolument parfait.

À l’ouverture du Vosne-Romanée Cros Parantoux Henri Jayer 1978, je découvre sous la capsule une poussière très noire, et le bouchon paraît si ancien que cette bouteille est forcément authentique.

Les deux vins blancs, le Château Rayas blanc 1996 et le Montrachet du Domaine de la Romanée-Conti 2005, livrent des parfums d’une puissance incroyable avec une richesse olfactive absolue.

Le bouchon du Krug 1973 est venu facilement, sans le moindre pchit. Même silence pour le Dom Pérignon 1971, mais la petite lunule du bas du bouchon est restée coincée dans le goulot, et il m’a fallu des prouesses pour la faire remonter et l’extirper de la bouteille. Quant au Krug rosé des années 1980, je n’ai même pas eu le temps de saisir son bouchon : il a jailli tout seul, dans un pschitt de toute première grandeur.

Le bouchon du Château d’Yquem 1929, reconditionné en 1989, est venu entier et porte déjà des marques d’âge. Le parfum de l’Yquem est manifestement le plus beau, le plus grand et le plus complexe de tous les vins que je viens d’ouvrir.

Après la présentation de l’Appartement Moët Hennessy fait par le gérant de de lieu, nous commençons l’apéritif avec un Champagne Dom Pérignon 1971 splendide, d’une rondeur absolue et d’un charme évident. Beaucoup de participants qui n’avaient jamais bu de champagnes anciens s’étonnent qu’il puisse y avoir une présence aussi joyeuse dans un tel champagne.

Sur une huître au yuzu de très grande qualité, nous buvons le Champagne Krug Vintage 1973. Ce champagne est d’une subtilité rare et, autant le Dom Pérignon est rond, autant celui-ci, porté par l’huître, part dans le ciel comme une fusée, avec une longueur extraordinaire.

Pour la Saint-Jacques au céleri-rave, nous avons deux vins blancs. Le Château Rayas blanc 1996 est d’une solidité absolue. C’est un fonceur, un vin qui montre ses muscles et passionne par sa puissance. À côté, le Montrachet Domaine de la Romanée-Conti 2005 est un festival de complexité. Tout en lui est complexe et subtil, et il nous emmène en voyage dans l’insaisissable. L’accord avec le plat est aussi bien obtenu avec le Rayas qu’avec le Montrachet.

Pour le homard il y a deux bordeaux : Château Cheval Blanc 1960 et Château Haut-Brion 1928. Le Cheval Blanc est très présent, strict, mais aussi d’une grande élégance et d’une belle profondeur. À côté, le Haut-Brion 1928 est une sorte de miracle, car il garde une jeunesse vivace étonnante pour un vin de 98 ans. Des convives qui m’avaient demandé à l’apéritif « mais un vin de 1928, est-ce que ça peut être encore bon ? » ont constaté que ce vin est fait pour l’éternité et que sa mort ne viendrait que de la mort du bouchon. Beaucoup de convives sont surpris qu’on ait choisi un accord entre des vins rouges et le homard, et sont convenus que le choix est pertinent. Le homard a été remarquablement réalisé par le chef.

Sur le ris de veau au jus de viande, le Château Lafite Rothschild 1990 est d’une grande présence. Il est incisif, long et en même temps très intense. C’est un vin passionnant, mais évidemment beaucoup plus jeune que les deux autres bordeaux.

Le Musigny Comte de Vogüé 1969 est très agréable et riche, mais il n’est pas explosif comparé à d’autres vins rouges du repas. À côté, la Romanée-Conti Domaine de la Romanée-Conti 2002 est d’une finesse invraisemblable. Le foie gras poché est exactement ce qu’il faut pour mettre en valeur ses subtilités extrêmes. C’est un vin qui suggère, plus qu’il n’impose, des complexités rares.

Le moment fort du repas, c’est l’arrivée du Vosne-Romanée Cros Parantoux Henri Jayer 1978 sur une selle d’agneau rôtie, jus de viande et huile de marjolaine. Le vin est effectivement d’une grande élégance, mais je le trouve un peu timide et d’une longueur sans excès. Il a séduit mes convives, dont beaucoup venaient évidemment pour le découvrir, mais je considère qu’il n’était pas au mieux de sa forme, malgré le millésime 1978 légendaire pour les vins d’Henri Jayer.

L’association du Red Leicester avec le Champagne Krug Rosé de première génération, dont les vins datent d’environ 1980, en étonne plus d’un. Mais lorsque l’on goûte le fromage avec le rosé, l’accord est sublime. C’est une fois de plus un accord couleur sur couleur. Ce rosé m’a beaucoup impressionné.

Arrive maintenant le Château d’Yquem 1929, reconditionné en 1989. Sa puissance olfactive est extrême et je trouve en lui la perfection d’Yquem : sa richesse, sa longueur, sa séduction et des complexités qui n’en finissent pas. J’ai eu pour lui les yeux de Chimène.

Tous les convives ont été subjugués par le fait que tous les vins étaient parfaits et servis dans un état que l’on peut considérer comme idéal. Les trois Français qui abordaient l’expérience avec un certain scepticisme ont dû admettre que les vins anciens sont d’une richesse et d’une longévité inimaginables.

C’est le moment de passer aux votes, et les résultats seront très disparates. Cinq vins ont été classés premiers : le Vosne-Romanée Cros Parantoux 1978 a eu quatre votes de premier, le Château d’Yquem 1929 trois votes, la Romanée-Conti deux fois, comme le Montrachet Domaine de la Romanée-Conti, et le Haut-Brion 1928 une fois.

Le vote du consensus serait : 1 – Romanée-Conti Domaine de la Romanée-Conti 2002, 2 – Montrachet Domaine de la Romanée-Conti 2005, 3 – Château d’Yquem 1929, 4 – Vosne-Romanée Cros Parantoux Henri Jayer 1978, 5 – Château Haut-Brion 1928, 6 – Champagne Krug Rosé première génération.

Mon vote diffère assez fortement de celui de la table : 1 – Château d’Yquem 1929, 2 – Romanée-Conti Domaine de la Romanée-Conti 2002, 3 – Montrachet Domaine de la Romanée-Conti 2005, 4 – Château Haut-Brion 1928, 5 – Champagne Krug Vintage 1973.

Nous sommes récompensés de nos votes par un cognac Richard Hennessy, très intéressant et subtil, qui glisse avec gentillesse dans le palais.

Nous avons bavardé longuement, et tous les convives rayonnaient de joie. Nous avons félicité le chef pour un menu vraiment remarquable. Je sens déjà que beaucoup de participants n’ont qu’une envie : revenir à un prochain repas.

Bulletins du 1er et du 2ème semestre 2026, du n° 1079 à … jeudi, 15 octobre 2026

Bulletins du 1er semestre 2026, du numéro 1079 à …

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(bulletin WD N° 1099 261016)    Le bulletin 1099 raconte : divers repas dans la maison du sud en fin de vacances et un repas au restaurant Lilou d’Hyères, préparation du menu d’un repas à Plénitude de Cheval Blanc Paris, déjeuner de famille et déjeuner au restaurant Nicolas Flamel.

(bulletin WD N° 1098 261001) Le bulletin 1098 raconte : déjeuner d’accueil des amis puis déjeuner du 15 août, qui est le 312ᵉ repas de wine-dinners dans ma maison du sud.

(bulletin WD N° 1097 260921)    Le bulletin 1097 raconte : dans le sud de la France, avec famille et amis, les apéritifs et repas se succèdent, autant d’occasions d’ouvrir de belles bouteilles.

(bulletin WD N° 1096 260908)     Le bulletin 1096 raconte : un Dom Pérignon goûté dans un magasin d’art, dîner dans un restaurant à l’Ayguade de Hyères, déjeuner au restaurant Hemingway de la Londe des Maures, déjeuner au restaurant l’Aventure, dégustation au château de Carqueiranne et déjeuner au restaurant Lilou à Hyères.

(bulletin WD N° 1095 260902)    Le bulletin 1095 raconte : la 44ème séance de l’Académie des vins anciens au restaurant Macéo et premier déjeuner de vacances au restaurant L’Aventure.

(bulletin WD N° 1094 260827)    Le bulletin 1094 raconte : le 311ᵉ repas de wine-dinners au restaurant Plénitude.

(bulletin WD N° 1093 2608120)    Le bulletin 1093 raconte : Préparation d’un déjeuner au restaurant Plénitude, fête anniversaire au Bar du restaurant Boubalé, déjeuner au Yacht Club de France et 310ème repas cosmopolite de wine-dinners au restaurant Pages.

(bulletin WD N° 1092 260619)    Le bulletin 1092 raconte : apéritif dans la maison du sud, visite de ma cave et dîner au restaurant Le Meurice, déjeuner au restaurant Pages avec un wagyu de Normandie ! Le 309e dîner de Wine Dinners au restaurant Astrance.

(bulletin WD N° 1091 260602)    Le bulletin 1091 raconte : déjeuner au restaurant l’Ecu de France pour fêter nos noces de diamant, déjeuner dans ma cave pour préparer l’article qui paraîtra sur Paris Match, définition du menu d’un prochain repas au restaurant Plénitude, déjeuner de famille puis autre déjeuner de famille.

(bulletin WD N° 1090 260521)    Le bulletin 1090 raconte : déjeuner au restaurant le Train Bleu, déjeuner à mon domicile, dégustation annuelle des vins de Tempos Vega Sicilia, dégustation des vins de la maison Albert Bichot, déjeuner au restaurant Geoélia et célébration des noces de diamant au restaurant Plénitude Arnaud Donckele.

(bulletin WD N° 1089 260505)    Le bulletin 1089 raconte : déjeuner au restaurant Pages, déjeuner au Yacht Club de France, et dîner au restaurant le Vieux Crapaud.

(bulletin WD N° 1088 260427)    Le bulletin 1088 raconte : déjeuner au restaurant l’Aventure dans le sud, visite à la maison de champagne Paul Launois, déjeuner au restaurant Les Crayères à Reims, déjeuner à la maison, les domaines familiaux de Bourgogne, déjeuner dans ma cave avec un Constantia du 18ème siècle.

(bulletin WD N° 1087 260413)     Le bulletin 1087 raconte : déjeuner à la maison, 308ème déjeuner de wine-dinners au restaurant Pages, déjeuner au restaurant de l’hôtel Meurice, déjeuner au restaurant Astrance et déjeuner au restaurant Geoélia.

(bulletin WD N° 1086 260331)    Le bulletin 1086 raconte : première présentation de l’Yquem 2023 au musée Bourdelle, dégustation des vins de ‘Primum Familiae Vini’ au Grand Palais, déjeuner d’amis dans ma cave, 307ème dîner au restaurant Pages pour un couple et dîner avec des ex-étudiants de grandes écoles au restaurant Pages.

(bulletin WD N° 1085 260323)    Le bulletin 1085 raconte : déjeuner au restaurant Bern’s Steak House à Tampa, dîner avec Peter Gago, le maître de chais de Penfolds, le vignoble le plus célèbre d’Australie, visite de ma cave et déjeuner avec une journaliste spécialisée dans le tourisme de luxe

(bulletin WD N° 1084 WD 260310)    Le bulletin 1084 raconte : déjeuner au restaurant de l’hôtel Bristol, dîner au restaurant italien Portosole à Coral Gables, dîner dans une boutique à vins de Miami avec des amateurs américains, déjeuner chez une amie américaine, la plus fidèle de mes dîners.

(bulletin WD N° 1083 260302)    Le bulletin 1083 raconte : déjeuner au Yacht Club de France, déjeuner au restaurant Pages, repas de Noël et réveillon de la Saint-Sylvestre à notre domicile de la région parisienne.

(bulletin WD N° 1082 260217)    Le bulletin 1082 raconte : dégustation de tous les vins de 2022 du domaine de la Romanée Conti avec Perrine Fenal co-gérante du domaine, dans ma cave déjeuner avec le vigneron Dirk Niepoort et son épouse et déjeuner avec Rino Fontana, grand amateur italien de vins anciens, au restaurant Pages.

(bulletin WD N° 1081 260204)    Le bulletin 1081 raconte : le 305ème dîner très cosmopolite de wine-dinners au restaurant Astrance et dîner avec  mon fils et des bouteilles « à risque ».

(bulletin WD N° 1080 260127)    Le bulletin 1080 raconte : la généreuse 43ème séance de l’Académie des Vins Anciens, un repas de famille et un déjeuner au restaurant le Petit Sommelier avec des amis que je n’avais pas revus depuis plus de soixante ans.

(bulletin WD N° 1079 260110)    Le bulletin 1079 raconte : présentation d’un livre « 1855 Culte et Cultures » au siège parisien de Christie’s, dîner au Grand Véfour pour célébrer la parution de ce livre, déjeuner aux vins impromptus au restaurant Pages et présentation des vins incroyables de la 43ème Académie des vins anciens.

Déjeuner au Château de Bombon samedi, 10 octobre 2026

Il y a quelques mois, j’ai été approché par les deux jeunes personnes qui ont pris en charge la gestion du château de Bombon, édifié au XIIIe siècle puis reconstruit sous sa forme actuelle au XVIIe siècle. Ce château conserve des souvenirs historiques de la Grande Guerre : Ferdinand Foch y installa son état-major en juin 1918, et le 7 août 1918, Raymond Poincaré, président de la République, lui remit son bâton de maréchal de France dans la cour du château.

Ces jeunes responsables m’ont demandé si je pouvais organiser un événement en ces lieux, car ils veulent faire vivre leur demeure. J’ai donc eu l’idée de créer un repas où tous les vins évoqueraient les années de la guerre de 14-18, ainsi que l’année 1929, celle de la mort de Foch.

Il me fallait voir comment ce château se prêterait à l’un de mes dîners, et je me suis rendu à l’invitation des propriétaires. Tout ici respire l’élégance. C’est une demeure émouvante, d’une grande beauté. J’ai été reçu par Isabelle, la propriétaire, héritière des précédents propriétaires, et par les deux jeunes avec qui je vais déjeuner.

Il est amusant de constater la volonté de me faire plaisir avec un repas dont voici le libellé : salade fraîcheur de saumon fumé avec son cocktail de crevettes et avocat / duo terre et mer de brochettes de poulet et de poisson mariné / purée d’igname à la togolaise, banane plantain dorée, couscous aux petits légumes / coupe de fruits frais accompagnée de délicats beignets à la banane.

Le repas fut tout à fait intéressant avec des évocations de plats du Togo et du Ghana et j’ai été sensible à cette attention. J’avais apporté un Champagne Dom Pérignon 1990 au pschitt discret mais présent, généreux, équilibré, serein, d’un grand plaisir, qui a ravi mes hôtes. J’avais aussi apporté un Châteauneuf-du-Pape Domaine du Pégau 1985, passionnant car il allie une belle amertume à une douceur extrême. Son association avec les brochettes de poisson et de poulet est évidemment excellente.

J’ai regardé la cuisine, qui devrait pouvoir convenir à la préparation d’un de mes dîners. J’ai vu l’immensité des salles, la chapelle, le bureau où furent signés des actes importants pendant la guerre. J’en ai eu la confirmation : ce lieu pourra accueillir un de mes dîners, dans une ambiance très familiale et attentionnée, pour le bonheur de chacun. Ce repas au thème des vins de la Grande Guerre pourrait avoir lieu en avril ou mai 2027.

dîner avec des amis œnophiles vendredi, 9 octobre 2026

J’ai gardé des relations très amicales avec des élèves de l’École Normale Supérieure qui participent aux concours internationaux de dégustation de vins à l’aveugle. Ils sont évidemment très pointus, dotés d’une grande connaissance des vins, et l’un d’entre eux m’invite à me joindre à un petit groupe d’amis autour d’une importante personnalité japonaise, amateur de vin, qui souhaitait me rencontrer. Dans cet appartement, les jeunes s’affairent pour faire les achats et préparer les plats, ce qui donne à la soirée un petit côté camping tout à fait charmant.

Nous commençons par le Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs 1996 que j’ai apporté, d’une rondeur fort agréable et d’une présence très impressionnante, qui me fait chaque fois regretter que la maison Henriot ait cessé de produire cette cuvée. Vient ensuite un Champagne Philipponnat 1996, intéressant mais qui ne m’a pas particulièrement enthousiasmé, alors que le Champagne Mumm Cordon Rouge 1973, d’une belle année pour les champagnes, montre une énergie plus expressive.

Le menu préparé par ces élèves comporte à l’apéritif des rillettes de Bercé, un jambon serrano et de la salicorne, puis : tomates farcies maison / tajine d’épaule d’agneau aux pruneaux / fromages (tête de moine, Red Leicester, Scamorza, millefeuille de gorgonzola et mascarpone) / crêpes maison et mousse au chocolat à 100 %.

Le Bourgogne Côte de Beaune-Villages Bouchard 1970 est aimable et, malgré un léger manque de complexité, se boit avec plaisir. Je suis absolument conquis par le Fleurie A. Fromont 1935, d’une personnalité étonnante et lumineuse.

Le clou du repas devait être la confrontation de deux vins de 1953 : le Vin rouge d’Algérie Sénéclauze 1953 et le Vega Sicilia Unico 1953 que j’ai apporté. Ayant déjà bu le Sénéclauze 1953, je suis d’abord un peu déçu par celui-ci, qui manque de brio, mais à ma grande surprise il va s’épanouir au cours du repas pour rejoindre le niveau de celui que j’avais connu. À côté, le Vega Sicilia est puissant, large, complexe, joyeux. C’est un vin assez extraordinaire.

Je n’ai pas bu le vin chilien 1967 qui figurait au programme. Le Château Haut-Brion 1970 offre l’image traditionnelle de Haut-Brion, toujours plaisant quel que soit le millésime.

Au dessert, le Vouvray Moelleux Réserve 1990 se montre franc, gourmand et fort agréable. Il me restait du déjeuner de midi le Massandra Madeira 1938, d’une complexité absolue. Nous avons fini, sur la mousse au chocolat, avec le Magnum de Maury Mas Amiel 1948, vin toujours éclatant et généreux, fait idéalement pour le chocolat.

J’ai quitté cette belle équipe, car j’avais eu à midi le déjeuner Enigma, et j’ai remercié chaleureusement ces jeunes hommes aussi brillants que généreux.

Déjeuner « Enigma » pour les vainqueurs d’une énigme jeudi, 8 octobre 2026

Le 7 mai 2026, j’ai donné les résultats de l’Enigma que je publie traditionnellement sur mon compte Instagram pour récompenser les amateurs qui me suivent. En ce jour, nous allons fêter les gagnants : j’ai invité au restaurant Le Sergent Recruteur les cinq premiers du concours, et j’ai choisi en cave des vins susceptibles de passionner ces amateurs. Le groupe compte un Français vivant aux États-Unis, un Danois, un Italien et deux Américains, qui ont tous fait le voyage pour venir déjeuner avec moi.

Les vins choisis sont un Champagne Heidsieck Monopole Diamant Bleu 1985, un Château Carbonnieux Graves blanc 1937, un Château Brane-Cantenac 1966, un Aloxe-Corton Moingeon Ropiteau 1938, un Grands-Échezeaux Domaine de la Romanée-Conti 1974, un Châteauneuf-du-Pape Bouchard Père & Fils 1964, un Riesling Kastelberg 1985 et un Madère Massandra Collection 1938 Sotheby’s Release.

Je suis arrivé avant 10 heures au restaurant pour ouvrir les vins. J’ai constaté que les conditions atmosphériques peuvent jouer un rôle important dans le comportement des bouchons : au cours de la séance d’ouverture, j’ai subi de nombreuses ruptures, avec des morceaux qui sortaient déchirés. Globalement, cependant, aucun fragment n’est tombé dans les vins. Les parfums sont très prometteurs. Seul le Grands-Échezeaux m’a inquiété, avec un haut de bouchon resserré et tout blanc qui faisait peur, mais fort heureusement le bas était de bonne qualité, et le parfum de ce vin est tout à fait conforme à ce qu’il doit être.

Les gagnants sont tous à l’heure à midi. Nous faisons connaissance et le repas peut commencer.

Le menu conçu par le chef Alain Pégouret est le suivant : amuse-bouche / girolles juste saisies sur une royale de champignons, sauce au vin rouge / selle d’agneau frottée au curry puis cuit sur une marinière, tournesol de légumes d’un navarin, moule et poutargue, sauce terre et mer / fromage / millefeuille myrtille et sauternes / mignardises.

J’explique à mes convives la conception de mes dîners gastronomiques et je leur donne les consignes que je transmets toujours aux participants. J’indique que notre déjeuner Enigma est le 314e événement de wine-dinners. Chacun se présente ensuite, parle de ce qu’il fait et de ce qu’il aime, et le repas peut commencer.

Le Champagne Heidsieck Monopole Diamant Bleu 1985 est d’une très jolie couleur et sa bulle est active. Ce qui frappe, c’est sa sérénité et sa rondeur. Puissant, énergique, il est si équilibré qu’il ravit toute la table : aucun convive ne s’attendait à ce qu’un champagne de 41 ans puisse montrer une telle vitalité.

Le Château Carbonnieux Graves blanc 1937, sans doute reconditionné au début du XXIe siècle, a une jolie couleur légèrement ambrée et une fraîcheur invraisemblable. Tout le monde fait la même remarque : il est impossible de lui donner un âge, et si on lui attribuait vingt ans, personne n’y trouverait à redire. C’est un beau vin blanc, vif et doté d’une forte personnalité.

Le Château Brane-Cantenac 1966 est d’un bel équilibre. Franc, bien construit, il ne montre pas du tout son âge, et l’on commence à constater que les vins de ce repas échappent au temps.

L’Aloxe-Corton Moingeon Ropiteau 1938 est une grande surprise. Il sera d’ailleurs nommé premier par quatre d’entre nous. Il est énigmatique : on ne s’attendrait pas à ce qu’un vin de 1938, petite année en Bourgogne, offre cet équilibre et cette puissance, ni ce mystère qui me passionne, car nous n’avons aucune référence pour ce goût captivant.

Le Grands-Échezeaux Domaine de la Romanée-Conti 1974, qui m’avait inquiété à l’ouverture à cause de son bouchon, est très convenable sans être parfait. Ce léger manque a évidemment pesé sur le vote de la table, et il ne sera classé que cinquième dans nos votes. Il reste néanmoins très représentatif du domaine, et certains y ont trouvé la rose que l’on rencontre souvent dans ces vins. Il s’est fort bien comporté sur le plat, car Alain Pégouret a réussi des accords que chacun a applaudis.

Le Châteauneuf-du-Pape Bouchard Père & Fils 1964 étonne tout le monde par sa fraîcheur. Personne n’imaginerait qu’un Châteauneuf de 62 ans puisse être aussi frais, aussi jeune : on aurait pu lui donner quinze ou vingt ans. Il s’est marié à merveille avec les plats qui l’accompagnaient.

Le Riesling Kastelberg 1985 est lui aussi d’une fraîcheur saisissante. Si l’on prétendait que ce vin de quarante et un ans n’en a que quinze, personne ne le contredirait. Vif, désaltérant comme peu de vins savent l’être, il offre une belle longueur et une grande présence.

Le vin le plus énigmatique pour tous est le Madère Massandra Collection 1938. Riche, frais, d’une grande puissance et pourtant gracieux, il se déguste comme on suçoterait un bonbon. C’est un grand vin, rare et passionnant.

Les convives sont profondément impressionnés par les vins, et surtout par le fait qu’au fil du repas, au lieu de se fatiguer, ils sont devenus de plus en plus vifs. La méthode que je préconise, ouvrir les vins quatre heures avant, assure une conservation parfaite pendant tout le repas. Chacun a pris conscience que cette ouverture anticipée donne au vin une rondeur, un équilibre et une prestance bien supérieurs à ceux d’une bouteille ouverte au dernier moment.

Vient le moment des votes. Chaque vin, sauf le Riesling, jugé trop jeune, a recueilli des voix. L’Aloxe-Corton a obtenu quatre votes de premier, le Heidsieck 1985 un, et le Châteauneuf-du-Pape un.

Le classement final est : 1 – Aloxe-Corton Moingeon Ropiteau 1938, 2 – Châteauneuf-du-Pape Bouchard Père & Fils 1964, 3 – Château Carbonnieux Graves blanc 1937, 4 – Champagne Heidsieck Monopole Diamant Bleu 1985, 5 – Grands-Échezeaux Domaine de la Romanée-Conti 1974.

Mon vote diffère, sauf pour la première place : 1 – Aloxe-Corton [Moingeot ?] Ropiteau 1938, 2 – Château Carbonnieux Graves blanc 1937, 3 – Châteauneuf-du-Pape Bouchard Père & Fils 1964, 4 – Grands-Échezeaux Domaine de la Romanée-Conti 1974, 5 – Champagne Heidsieck Monopole Diamant Bleu 1985.

J’ai évidemment raconté beaucoup d’anecdotes et mes convives les écoutaient avec plaisir. Tous étaient heureux de goûter des vins qu’ils n’ont jamais l’occasion de côtoyer. Le fait de rencontrer des personnes inconnues (sauf un puisque l’un des gagnants avait déjà participé à l’un de mes dîners), qui elles-mêmes ne connaissent pas les autres convives me plait beaucoup, car je les vois entrer dans le monde des vins anciens, comprendre ce monde et apprécier des vins qu’ils n’ont jamais bus.

Ce 314ème dîner, le « Enigma » est un repas que j’ai adoré.