Article Paris Match 30 avril 2026 vendredi, 1 mai 2026

Article de Paris Match 30 avril 2026

Page 1 – (photo qui couvre deux pages de François Audouze assis au milieu de sa collection de bouteilles vides)

Il est le plus grand collectionneur de vins anciens au monde. A 83 ans, l’homme nous a ouvert les portes de sa caverne d’Ali Baba qui regorge de crus d’exception

FRANÇOIS AUDOUZE SEIGNEUR DES CHATEAUX

 

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Une véritable mine d’or liquide… qui donne le tournis. Comme Picsou a son coffre-fort, dont chaque pièce renferme un souvenir, une émotion une aventure, François Audouze a l’une des plus fabuleuses collections de pépites vinicoles de France : 40.000 flacons inestimables pour la plupart d’âge canonique, qui couvrent plus de 5.000 domaines. Mais à la différence du richissime canard, l’ancien industriel de l’acier a le sens du partage. Pas question d’accumuler les étiquettes pour le simple plaisir de thésauriser et de revendre. Le credo de cet hédoniste empreint de sagesse antique : « tant qu’une bouteille n’est pas bue, elle n’a aucune valeur. Une fois bue, elle n’en a plus ».

 

Photos Baptiste Giroudon

Reportage Nicolas Delesalle

(Commentaire photo) : au-dessus de sa cave, dans un entrepôt sécurisé de banlieue parisienne, sa salle des trophées : 9000 bouteilles, écoulées à partir du début des années 2000. Dans sa main un mathusalem de La Tâche du Domaine de la Romanée Conti, millésime 1957.

 

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Ne jamais boire seul, c’est sa règle d’or. Chaque mois, c’est le même rituel : une table étoilée, une dizaine de grands nectars oubliés et autant de privilégiés qui ont déboursé jusqu’à plusieurs milliers d’euros pour cette expérience unique. « Une si belle mort pour ces bouteilles », plaisante celui que Bernard Pivot a surnommé « le Bossuet des vieux flacons ». Même si les oraisons de François Audouze, elles, n’ont rien de funèbre. Sa propre fin, cet éternel optimiste rechigne à l’envisager. Au rythme de ses « wine-dinners » il lui faudra encore cent ans pour vider sa cave.

 

(Commentaire photo) : l’accord mets-vins du jour : un champagne Bollinger la Grande Année 1985 et caviar. Apôtre de l’oxygénation lente, François Audouze débouche au moins quatre heures avant de passer à l’action.

(Commentaire photo) : le collectionneur garde aussi les bouchons et les capsules ! A sa mort, espère-t-il, ses bouteilles vides rejoindront un musée ou seront détruites pour éviter qu’elles ne tombent entre les mains de faussaires.

 

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(Commentaire photo) : des bouteilles de Constantia, breuvage sud-africain légendaire prisé de Napoléon. Dans sa collection, le plus ancien millésime date de 1690 !

(Commentaire photo) : plus qu’un cérémonial, la dégustation est l’art délicat de dialoguer avec le passé. / depuis décembre 2000 l’ex-financier a organisé pas moins de 308 dîners. Ici, dans son hangar-bureau avec quelques-uns de ses plus proches amis.

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Avec Audouze, pas de jardin. Tel vin est un « bon bougre » tel autre « assez balèze quand même ».

C’est un lieu perdu, quelque part en région parisienne. Un hangar anonyme qu’on croirait abandonné. François Audouze, le plus grand collectionneur de vins anciens du monde, nous a donné rendez-vous ici. Sous ses airs cafardeux, le lieu cache en son sein un trésor inestimable : la cave la plus fascinante de la planète. Surnommé « le Bossuet des vieux flacons » par Bernard Pivot, l’impétrant nous accueille d’un pas léger. Il a l’œil clair, le ton espiègle et, comme ses vins, porte bien ses 83 printemps (cru 1943). Mais avant de nous faire découvrir la cave, François Audouze ouvre une porte de garage et on se glisse dans des escaliers pour gagner une salle transformée en une galerie d’art étrange : 9000 bouteilles vides nous regardent, alignées sur le sol, comme à la parade. Des dizaines de Château d’Yquem, trois rangées de Romanée Conti, des Pétrus, des Haut-Brion, des crus mythiques, les gouttes de Dieu. Même vides, ces bouteilles valent une fortune (entre 200 et 1000 euros), « ce n’est même pas 30% de ce que j’ai bu, rigole le collectionneur. Pour vous donner une idée, depuis l’an 2000 j’ai bu 19000 vins ; Et 700 du domaine de la Romanée Conti. Pleines, ces bouteilles sont inestimables. Une Romanée Conti de 1945 a été vendue 812.000 dollars récemment. J’ai bu la même, deux ans avant, pour beaucoup moins cher, c’est un souvenir inoubliable. François Audouze est sans doute l’homme qui a ingurgité le plus de Romanée Conti à la surface du globe. « J’ai aussi bu 107 millésimes d’Yquem. Mon préféré est 1861. L’important, c’est d’ouvrir la bouteille. Clin d’œil.

Contrairement à d’autres collectionneurs jaloux de leurs précieux liquide, François Audouze veut faire vivre sa cave. Chaque jour il acquiert de nouveaux spécimens, et chaque mois, il ouvre des bouteilles exceptionnelles lors de repas organisés dans de grands restaurants. Une dizaine de convives à chaque fois sont prêts à payer plusieurs milliers d’euros pour goûter les saveurs complexes dont François Audouze s’est fait le spécialiste, lui, le passeur, qui confie ses émotions sur un blog et maintenant sur Instagram. Plus de mille billets déjà écrits. Pas de rodomontades avec François Audouze. Pas de fraises écrasées. Pas d’odeur de sous-bois. Pas de jargon. Poas de technique. Il se fiche des méthodes de vinification. Tel vin est un « bon bougre », tel autre, « assez balèze quand même ».

Rien ne prédestinait François Audouze à trôner tout en haut d’une telle collection. Polytechnicien (entré à l’X à 18 ans !), propulsé directeur général d’une entreprise d’aciérie à 27 ans, il fait fortune dans l’industrie grâce à 25 ans de travail acharné. Sa société compte 400 salariés à son entrée, 4000 à sa sortie. « Le vin, c’était une façon de se relaxer. Avec des copains, on ouvrait de belles bouteilles. Je ne me rappelais jamais laquelle on avait bue. Et ça m’énervait. J’ai donc commencé à garder les bouteilles vides pour me souvenir ». Un jour en 1975 il participe à une dégustation à l’aveugle. Ce qu’il boit le fait presque tomber de sa chaise. C’est un Château Climens 1923. « Il y avait quelque chose d’une complexité inouïe. Et la passion est née là ».

Pour François Audouze, le temps fait les grands vins et rien ne remplace le lent travail des centaines de milliers d’heures de silence dans les caves. « Prenez un Château Latour 2009, c’est un très grand vin. Dans les grands restos, c’est 4000 e la bouteille, mais c’est un nain par rapport à un Latour 1929. Le 2009 deviendra aussi grand que le 1929, mais il faut attendre 80 ans. Le vin ne cesse de s’améliorer, de grandir. Bien sûr il y a des pertes si la cave ou le bouchon ne sont pas bons. Mais le vin est appelé à vieillir pour toujours. J’ai bu un jour un Château Latour 1794 et il était divin. Personne ne veut le croire ! ». Sûr de son flair, peu à peu, l’industriel constitue sa collection. Il ne lit rien. Il fait confiance à son palais. « Quand j’aime, j’y vais. D’ailleurs, on y va ? »

C’est parti pour une glissade fabuleuse dans un immense toboggan d’émotions. On redescend les escaliers. Une porte blindée ; C’est l’odeur d’humidité qui frappe d’abord. Une humidité riche, moelleuse. Des centaines de bouteilles s’offrent à nous, les plus grands noms, et cette fois, elles sont bien pleines ! Les…

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(Commentaire photo) : dans sa cave remplie de chefs-d’œuvre, où rien n’est classé. Ici avec un jéroboam (impériale) de Château Margaux 1934.

… dates donnent le vertige : 1927, 1945, 1949. Sur une table, le dernier arrivage : des vieux vins algériens, dont un Sidi Brahim qui nous fait de l’œil. « Il est phénoménal, celui-ci. De toute façon, chaque fois que je viens, ce n’est pas moi qui choisis la bouteille. C’est la bouteille qui me choisit ». Il y a des trésors partout, dans un désordre que seul Audouze sait détricoter : ici un mur entier rempli de Romanée Conti dont une datée de 1875. « J’ai déjà goûté une 1879 (1899) d’une rareté absolue ! ». Là les flacons de Constantia d’Afrique du Sud, le nectar des XVIIIe et XIXe siècles. Napoléon en buvait. Sagement posés sur des étagères, des Pétrus de 1945 côtoient des Château Margaux de 1934. Là, un liquoreux de 1727, ici un Yquem de 1848 à côté d’un Haut-Brion de 1969, plus loin des Chartreuses des années 1920, encore plus loin une bouteille étrange en forme de goutte. Elle date de 1690, embouteillée sous Louis XIV. « Je l’ai bue, c’est fabuleux. Le vin est plat comme tout. Mais ce qui compte, c’est de l’avoir bue. Je vais peut-être bientôt goûter le vin d’une amphore de 60 av J.-C. J’aurai droit à un dé à coudre et même si c’est mort, je m’en fous. C‘est le symbole ». A-t-il déjà été déçu ? « Jamais. Le vin, je le respecte, même s’il a un défaut. Le geste important, c’est l’ouverture. Une bouteille appelle : « prends-moi ». On ne juge pas un vin, on essaie de le comprendre. On essaie. Plus on est humble, plus on comprendra un vin. Plus on croit savoir, moins on le comprendra ».

Audouze est un poète polytechnicien qui aime les voyages dans le temps et l’ivresse des parfums venus des époques évanouies. Il ne boit plus ses vins, leur mémoire s’est inscrite dans son palais et dans son cerveau il les hume et les recrache. Et ne goute jamais sans ses amis. « Avant, je rentrais d’un dîner et je m’écroulais sur le lit. Mais je n’ai plus besoin de boire. Et j’ai une chance inouïe c’est que ma femme ne boit pas : si elle buvait, je serais déjà mort » dit-il en souriant. « La terre entière m’envie ce truc, déclare-t-il en contemplant sa collection. Des gens immensément riches achètent des caisses de Pétrus ? Moi j’achète les Pétrus un par un. Il y a des caves de riches et des caves de passionnés ; et j’ai sans doute la plus belle cave de vins anciens ». Pour Audouze, les deux plus grandes années depuis 1800 sont 1811 et 1865. On lui fera confiance ! Lors de son prochain repas, les heureux élus pourront boire deux 1811 et cinq 1865. « Plus personne ne pourra refaire ce repas. C’est un voyage dans le temps unique ».

Des amis viennent rejoindre le maître du vin le temps d’un déjeuner organisé pour la photo Paris Match. Parmi eux, un normalien, un mathématicien de haut vol, des amateurs de la dive bouteille qui ont répondu à l’appel. Devant eux, Audouze se désole de l’état du vin aujourd’hui, quand les primeurs sont avalés sans attendre, quand les caves disparaissent. Notre société ne sait plus patienter. Pour le maître des flacons anciens, l’univers du vin doit survivre à cet écueil. « C’est le monde des fraises vertes. Imaginons un marché aux fruits qui ne vendrait que des fraises vertes. Les gens les achètent, les mangent et s’y habituent. Personne ne sait ce que sont les fraises rouges. Et bien, c’est exactement ce qu’on fait en ce moment. On fait boire des vins trop jeunes : 80% des vins bus ne sont pas formés. Quel gâchis ! ». Audouze s’inquiète aussi de la désaffection des jeunes. Il fait les convaincre que le vin représente quelque chose, que c’est important en France, un moyen de communiquer, d’être heureux ensemble. On est à un moment charnière. Il faut aller vers eux. Si on ne fait rien, le vin va disparaître ». On laisse François et ses hôtes profiter de leur repas et de leur nectars. Sur Internet, on vérifie les sombres augures d’Audouze : depuis 1960, la consommation de vin en France a en effet chuté de 70%, passant de 127 à 40 litres par an. Et rien n’indique que la courbe ne va pas s’accentuer dans le futur. La mort programmée du vin, en tout cas son déclin inéluctable, transforme la collection de François Audouze en quelque chose d’encore plus rare : l’artefact d’un monde en voie de disparition. Et son combat pour les vieux breuvages magiques devient geste donquichottesque.

On l’espérait sans y croire. Les hôtes de François Audouze nous convient à leur table à l’heure fu fromage. On reluque avec envie ces verres pleins de promesses ; L’invité normalien savoure devant nous l’association d’un gorgonzola avec un Mouton Rothschild 1979. Audouze est réputé pour trouver à l’instinct quel vin siéra le mieux à un mets. Par chance l’invité nous propose de passer à la pratique pour vérifier ce don et au passage goûter pour la première fois de notre vie à un vin vieux. Le normalien nous guide. Il faut d’abord mâcher le fromage, lentement, puis l’avaler, compter cinq bonnes secondes et, sur cette rampe d’élan, enfin laisser couler le liquide rubis dans la gorge. Il se produit alors quelque chose de miraculeux : les saveurs complexes du vin viennent électriser les particules de fromage. C’est une aurore boréale qu’on avale et des larmes étranges nous montent aux yeux. « Il a une capacité phénoménale à trouver les bonnes associations. Je ne sais pas comment il fait », commente le normalien. Audouze sourit : « je ne le sais pas moi-même ».

dimanche ensoleillé dimanche, 26 avril 2026

En un dimanche ensoleillé nous recevons une de mes filles, une de mes petites-filles et l’ami de celle-ci pour le déjeuner. J’ai su plus tard que c’est aussi pour fêter mon anniversaire puisque j’ai dû souffler des bougies.

J’ai ouvert un Champagne Mumm Cuvée René Lalou 1979. Je ne sais pas pourquoi je suis tombé amoureux de ce 1979 que j’ai dégusté 23 fois. C’est sans doute parce qu’il est grand mais aussi parce que la bouteille est belle et parce que 1979 n’est pas un millésime recherché.

Avec l’âge, ce Mumm devient rond et agréable. C’est un pur plaisir. Ce qui m’a surpris, c’est son puissant pétillement à l’ouverture.

Sur un excellent poulet, Le Corton Grand Cru Bouchard P&F 1983 est élégant et soyeux. Il est si délicat. Très agréable, il n’a pas une grande puissance mais il est très plaisant. Un excellent Brillat-Savarin, très crémeux, démontre une fois de plus que c’est le fromage absolument idéal pour les vins de Bourgogne.

Le Vin de Paille Côtes du Jura Hubert Clavelin 1994 en demi-bouteille titre 16°. Il est doux et agréable, mais moins puissant que ce que j’attendais. Il est parfait avec un dessert au chocolat Reine de Saba, le dessert des anniversaires.

déjeuner impromptu dans ma cave lundi, 20 avril 2026

J’ai été contacté par un photographe du magazine Paris-Match pour faire un article sur mon amour des vins anciens, ma cave et mes dîners. Il aurait aimé photographier un de mes dîners mais les prochains dîners sont trop lointains pour lui. Il me demande si je pourrais organiser dans ma cave un déjeuner impromptu avec des amis. Il ne me faut pas beaucoup de temps pour trouver cinq convives pour un repas.

Je demande à chacun d’apporter des victuailles et comme cela se passe souvent dans ce type de cas, c’est la débauche de générosité.

Vers 10h du matin je vais chercher à la gare du RER le photographe et le journaliste qui va m’interviewer dans ma cave. Je réponds aux questions du journaliste et le photographe fait des photos de bouteilles rares de ma cave.

Les amis arrivent en ordre dispersé et commencent à déballer leurs victuailles avec Victoire, une cuisinière amie.

Il se trouve que ce déjeuner a lieu deux jours seulement après le grand déjeuner à l’Ecu de France. Nous aurons donc la chance finir plusieurs bouteilles de grand format de ce repas.

Un ami a apporté deux caviars très intéressants, un caviar malossol Rova Royal et un caviar malossol Rova Impérial qui côtoient avec bonheur le Jéroboam de Champagne Bollinger Grande année 1985 qui a gardé une bulle très active et un charme plaisant.

Un plat présente des multitudes de cochonnailles qui siéent au champagne mais aussi au Jéroboam Château Meyney Saint-Estèphe 1967 encore fort gaillard.

L’Impériale de Château Mouton Rothschild 1979 va accompagner les charcuteries mais aussi un plateau de fromage, lui aussi gargantuesque. Ce Mouton est encore plus raffiné qu’il y a deux jours.

Étonnamment, le Jéroboam Champagne Veuve Clicquot La Grande Dame 2008 qui était resté au frais fait un puissant pschitt au moment où j’enlève le bouchon remis il y a deux jours. Ce champagne est beaucoup plus large aujourd’hui.

Un des amis nous a apporté un Marsala Superiore Florio & Cie 1840 qui a dû être mis en bouteille vers les années 20 ou 30. Ce vin est délicieux riche et sans âge, fait, comme pour beaucoup de liquoreux de cette époque, pour affronter l’éternité.

L’ambiance étant à la convivialité le photographe et le journaliste ont pu goûter à quelques vins et à quelques victuailles. L’ambiance de ce déjeuner impromptu a été particulièrement joyeuse et décontractée.

Peu de temps après j’ai rendez-vous au restaurant Plénitude pour mettre au point le menu du repas qui se tiendra en ce lieu dans un peu plus d’un mois. Selon une tradition que j’ai instituée, je suis venu avec la bouteille du Marsala Superiore Florio & Cie 1840 pour le faire goûter à Arnaud Donckele, Clément, Alexandre Emmanuel et un pâtissier que je ne connaissais pas afin qu’ils s’en souviennent lorsqu’ils créeront le dessert et l’après-dessert.  

Noces de diamant à l’Ecu de France samedi, 18 avril 2026

Au restaurant l’Ecu de France nous allons recevoir des amis et des parents pour fêter nos 60 ans de mariage, les noces de diamant. J’avais apporté les vins il y a deux jours et j’ai ouvert tous les vins la veille. C’est indispensable pour les vins en grand format. L’effort pour extirper les bouchons est plus fort que pour des bouteilles. Le plus difficile à extirper fut celui de l’Impériale de Château Mouton Rothschild 1979, dont le bouchon résistant s’est fragmenté en de nombreux morceaux. Je n’ai pas eu de mal à enlever les miettes de ce bouchon.

J’ai eu le temps de travailler avec le chef et la pâtissière sur le menu, avec une entente et une compréhension qu’il convient de remarquer et signaler.

Nous avons de la chance car le temps est beau permettant que l’apéritif se prenne sur la terrasse longeant la Marne. Nous sommes 55 avec une quasi égalité entre parents et amis.

Nous buvons un Jéroboam de Champagne Louis Roederer années 90. Le format avantage ce champagne qui se montre plus rond et plus généreux que ce que j’attendais. C’est une bonne entrée en matière.

Le menu créé par le chef Francis Akame est : amuse-bouche gougères à l’Emmental / filet de maigre confit, sauce matelote au vin rouge et purée de pommes de terre / carré d’agneau rôti au romarin, asperges blanches croquantes et jus réduit / noix de ris de veau dorée au beurre, sauce marbrée légère et mousseline de céleri rave / saint-nectaire affiné et servi à température idéale / chocolat noir des caraïbes, siphon grué et streusel cacao / financier à la rose.

 

La suite de l’apéritif et le début du repas sont accompagnés d’un Jéroboam Champagne Bollinger Grande Année 1985. Il y a une sensibilité et une émotion dans ce champagne qui sont impressionnantes, dues à la richesse du millésime et amplifiées par le format de la bouteille qui donne une ampleur et une sérénité de goût.

Il se trouve que pendant la décennie des années 1990, j’ai acquis une quantité assez importante de grands formats du château Meyney car lors d’une visite j’avais pu me rendre compte des qualités de ce vin que peu de gens signalent dans leurs préférences. J’avais notamment bu un Château Meyney 1947 exceptionnel au château. Le Jéroboam Château Meyney Saint-Estèphe 1969 fait une forte impression car ce vin est dense et riche. Il offre ce qu’on aime dans les vins de Bordeaux, force et noblesse.

Je m’attendais à ce que le Jéroboam Château Meyney Saint-Estèphe 1967 soit supérieur au 1969 car c’est l’ordre que l’on est habitué à attendre de ces millésimes, mais même si la richesse du 1967 est très agréable, je préfère le côté gracieux du 1969.

Avec l’Impériale Château Mouton Rothschild 1979 on franchit une étape dans la noblesse des vins de bordeaux. Au premier abord ce vin paraît moins puissant et moins convainquant que les Meyney mais très rapidement s’impose la subtilité de ce vin délicat. Et comme pour les vins qui ont précédé, l’effet du volume du contenant est impressionnant car ce Mouton est large, soyeux et souriant.

Pour le dessert au chocolat, apparaît un Magnum Maury Mas Amiel 1979. Mais il est possible aussi de boire un Jéroboam de Champagne Veuve Clicquot La Grande Dame 2008. Le Maury est puissant, gourmand, mais il offre aussi des notes de fraîcheur. Il est très agréable à boire par sa générosité. Le champagne est noble mais encore très jeune. Il est très apprécié au point que l’on risque de manquer de quoi boire !

J’avais prévu en réserve un Magnum Champagne Moët sans année affichée et sans étiquette. Je le fais ouvrir. Si l’on se fie aux indications que fournit le bouchon et la capsule, ce Moët pourrait être des années 40 ou 50. Dès la première gorgée, je l’adore, car il est énigmatique. Son goût est inattendu, sauvage, insolent presque. J’aime ces vins qui font du hors-piste.

Si l’on aime les saveurs inattendues, on va encore plus loin avec le Cinzano Dry Vermouth années 30 qui est normalement un vin d’apéritif, mais qui est très adapté à ce moment du repas. Avec les financiers, il est divin. Il est très difficile de décrire ce breuvage qui combine fraîcheur et puissance et dont les évocations sont infinies. Il est gourmand et a un goût de revenez-y. Ses saveurs complexes et volatiles me ravissent.

A l’inverse, le Rhum Naura 40° d’une bouteille de 100 cl est très clair, limpide et beaucoup plus conventionnel et attendu. Il est bon, mais n’apporte aucune surprise.

Tous les convives ont été ravis du menu et des plats, superbes de cohérence. Le chef a été heureux de créer des plats conçus pour se marier à mes vins. Quand je suis allé le féliciter en cuisine, il a eu une remarque qui m’a fait chaud au cœur : « en me demandant de faire ce repas selon vos recommandations, vous avez ouvert des pistes nouvelles pour ma façon de cuisiner ». Quel plaisir pour moi.

Nous avions demandé de ne pas apporter de cadeaux mais nous en avons reçu de toutes sortes. Par une belle journée ensoleillée nous avons eu une belle fête avec des amis et parents que nous aimons. Vive les noces de diamant.

dîner de famille au restaurant Plénitude jeudi, 16 avril 2026

Nous avons décidé ma femme et moi de fêter nos noces de diamant en deux étapes, un dîner au restaurant Plénitude Arnaud Donckele avec nos trois enfants et un repas plus large de près de 60 convives à l’Ecu de France. Ce soir, nous sommes au Plénitude. Nous sommes accueillis avec de grands sourires par l’ensemble du personnel évidemment prévenu du motif de notre venue.

Le menu a été préparé d’avance et Emmanuel Cadieu, le chef sommelier, nous apporte en cadeau un Champagne Dom Ruinart Rosé 2009. C’est une aimable attention.

Le menu composé par Arnaud Donckele et son équipe est : poisson bleu – poireau – tagète POUR velours ‘d’Eden’ / gambero – brovoletti – yuzu POUR sauce à manger ‘Fiolaro’ / partition maraîchère POUR coulis marbré ‘amplitude’ / homard – artichaut – romarin POUR sabayon ‘buisson divin’ / turbot – fenouil – caviar POUR bouillon ‘songe anisé’ / bécasse des mers – tortellini – oursin POUR fumet de roche ‘ocre tannique’ / pigeon – amandine – herbettes POUR salmigondis ‘féral’ / éternel délice feuilletée – fraises – frangipane POUR éphémère ‘plumeria’.

Lorsque je vois qu’il y a une huître que j’adore je pense que le champagne rosé ne serait pas idéal aussi je commande un Champagne Dom Pérignon 2015 que j’aime beaucoup. Ce champagne très jeune est tout simplement adorable. Il a un côté Alain Delon, qui incarne la beauté naturelle. Nous jonglerons avec le Dom Pérignon et le Champagne Dom Ruinart Rosé 2009 car les deux vont trouver des saveurs qui leur conviennent. Le rosé 2009 est très solide et charpenté alors que le 2015 est plus aérien.

Suivant des suggestions du sommelier j’ai choisi un Riesling Schlossberg Domaine Weinbach Famille Faller 2021 dont la précision ciselée s’accorde à la merveilleuse cuisine d’Arnaud Donckele et de Clément, son fidèle chef cuisinier du restaurant. Malgré un côté un peu strict, ce vin sait aussi se montrer joyeux sur les créations comme celle du turbot.

Pour la suite du repas, j’ai choisi un Châteauneuf-du-Pape Clos des Papes 2008, une des bouteilles les plus anciennes (si l’on peut dire) de l’imposant livre de cave. Ce vin d’un équilibre absolu est porteur de plaisir et sa belle lisibilité s’accorde aux plats subtils. Ce vin me semble être une synthèse de ce qui fait le charme et l’élégance des Châteauneuf-du-Pape. Il n’a pas le côté tonitruant du Rayas mais un équilibre idéal.

Il existe dans la cuisine une table, la table du chef où les privilégiés qui dînent dans ce restaurant seront traités comme des amis dans cet alcôve. Pour nous, ce fut au moment des amuse-bouches et nous avons été gâtés, dans une atmosphère amicale exceptionnelle.

Que dire du repas ? Le repas est hors norme, envoûtant et magique et je me suis rendu compte que lorsque je fais des repas en ce lieu, je suis attentif aux sensations de mes convives. Ce soir, en famille, je perçois pleinement le talent du chef et des saveurs qui ne se trouvent nullement ailleurs. Mon fils qui est le seul à ne jamais être venu ici comprend mieux pourquoi je parle d’Arnaud Donckele de façon dithyrambique. Ce repas par ses créations et ses invraisemblables sauces, est un des plus grands repas de ma vie.

Nous avons soufflé les bougies apportés par le directeur et d’autres serveurs, heureux de cette magnifique et affectueuse soirée.

Déjeuner au restaurant Geoélia mercredi, 15 avril 2026

Calibri (Corps)

Un ami avec qui j’avais déjeuné récemment et à qui j’avais fait goûter les vins du déjeuner dans ma cave avec un Constantia 1789, connaît la représentante de Klein Constantia pour l’Europe. Il me propose que nous déjeunions ensemble tous les trois. Je propose que le déjeuner se fasse au restaurant Geoélia du chef Camille Saint M’leux. Je suis arrivé en avance pour ouvrir mes vins et bavarder avec le chef pour envisager d’organiser des dîners ensemble.

Les convives arrivent et annoncent leurs apports aussi je peux bâtir le menu selon les propositions du chef. Il est extrêmement attentif et ouvert, aussi la composition du menu est facile : Saint-Jacques dans sa coquille, mâche nantaise, vieux Xérès / langoustine pochée, soupe du lendemain / asperges blanches de la famille Galis / épais turbot poché dans sa gélatine, moelle de bœuf / agneau des prés salés rôti sur l’os, huître, ail et jus condimenté / citron iodé, confit et givré, huître et herbes.

Nous commençons par un Champagne Guiborat de Caurés à Mont-Aigu 2018. Je ne connais pas cette maison. Le champagne ne manque pas d’intérêt mais sa jeunesse est un handicap pour mon palais, même si je ne le repousse pas, bien entendu. Avec la Saint-Jacques, il crée un bel accord.

Le Château Haut-Brion 1978 a toujours été considéré pour moi comme un vin jeune, mais il faudra un jour que je me mette à accepter que ce vin ait 48 ans ! Il est brillantissime, au sommet de sa gloire. En lui tout semble facile. Il est généreux et sur les asperges et le turbot, il montre ses facultés d’adaptation. Haut-Brion est grand sur quasiment tous les millésimes, mais ce 1978 est au sommet de sa maturité.

J’ai apporté aussi un vin que je n’avais jamais bu et dont je n’ai qu’un exemplaire, c’est un Champagne Veuve Clicquot Ponsardin Demi-Sec Rich Reserve 1988. Je l’avais choisi car je pensais que son goût très doux mettrait en valeur le vin de Constance qui le suivrait.

Ce vin doux est superbe, goûteux et voluptueux et suffisamment modéré pour s’accorder avec le turbot et l’agneau. Ce vin est un ange. Il faudra que je m’intéresse aux champagnes demi-secs qui peuvent apparaître vers la fin du repas.

Le Vin de Constance 2013 est très plaisant, riche et structuré. Le dessert à l’huître est osé mais j’adore les essais de ce genre. Le vin de seulement 13 ans va évidemment prendre son envol beaucoup plus tard. Mais il est déjà très plaisant.

J’avais apporté la bouteille vide du Constantia 1789 pour que notre convive qui promeut les vins de Constance puisse humer son parfum. Il s’est estompé mais je suis content qu’elle ait approché par l’odorat ce vin divin que Napoléon aura connu.

Maison Albert Bichot lundi, 13 avril 2026

Je suis invité à une dégustation des vins de la Maison Albert Bichot à l’hôtel Le Meurice au salon Pompadour. La salle est très belle et historique et cela convient bien à cette maison de Bourgogne à l’histoire très riche. Un des membres de la famille Bichot a été l’un des plus fidèles participants à l’académie des vins anciens. J’ai été reçu par cette belle maison dont j’ai bu de grandes bouteilles comme des Montrachets des années 30 et des Chablis Moutonne Long-Depaquit qui m’ont enthousiasmé.

Je n’imaginais pas que cette maison avait autant d’appellations car les différents stands proposent plus d’une trentaine de vins ! C’est impressionnant. J’ai bu quelques vins excellents.

Je n’ai pas pris de notes car je souhaitais plus bavarder avec les dirigeants de cette belle maison. Bravo et longue vie à un des grands vignerons de Bourgogne.

dégustation des vins de tempos Vega Sicilia lundi, 13 avril 2026

Comme chaque année la maison Tempos Vega Sicilia invite des sommeliers et des journalistes à la dégustation du nouveau millésime disponible sur le marché. Cette dégustation a lieu à l’hôtel de Crillon, au salon des Aigles d’où la vue sur la place de la Concorde est impressionnante.

Pablo Alvarez directeur général du groupe nous présente Jessica Julmy, nouvelle directrice générale de Tempos Vega Sicilia. Le vignoble existe depuis 161 ans dont 44 dans la famille de Pablo Alvarez.

Nous allons goûter des vins de toutes les maisons du groupe.

Le Petracs Furmint Oremus Hongrie 2020 vin blanc au nez minéral et salin est très marin. La couleur claire est jolie. L’attaque est assez curieuse. Le vin est très jeune et très sec. Je le trouve assez limité. Sa complexité n’arrive pas, peut-être est-ce dû à l’âge. Je suis assez étonné qu’on vante les mérites de ce vin qui n’est pas encore formé.

Le Macán Clásico Rioja 2022 est un vin d’un vignoble appartenant en commun à Benjamin de Rothschild et Vega Sicilia. Ce vin a une belle couleur violette et un nez adorable. C’est l’Espagne comme on l’aime. Le vin est gourmand. Il a du charme et se montre très agréable, à la fois lourd et gracieux.

Le Macán Rioja 2021 est lui aussi une joint-venture entre Benjamin de Rothschild et Vega Sicilia. Sa couleur est plus sombre. Le nez est plus discret mais très élégant. Le vin est élégant et raffiné. Il est gourmand et offre une belle attaque en bouche. Il est très typique d’un bon vin espagnol.

Le Alión Ribeira del Duero Bodegas y Vińedo Alión 2022 a un nez très puissant de vin lourd mais il a aussi un côté floral. Son attaque est franche et puissante. C’est un vin riche au finale gourmand, poivré. Ce vin est une bombe. Il est très agréable mais conquérant.

Le Pintia Toro Vega Sicilia 2021 a un nez très élégant. Il a une belle mâche gourmande. Il est riche, au finale riche. Il n’est pas très long. C’est un fonceur très imprégnant. Je trouve Alión plus élégant.

Le Valbuena 5° Vega Sicilia 2021 est un vin fait de 96% de Tinto Fino et 4% de Merlot. La mention ‘5°’ signifie que le vin est mis sur le marché cinq ans après les vendanges. Le nez est très élégant. En bouche on sent apparaître une élégance très supérieure à ce que l’on ressentait auparavant. Ce vin très élégant a un finale qui fait penser à celui du grand vin de Vega Sicilia, le Unico.

Le Vega Sicilia Unico 2016 est fait de 96% de Tinto fino et 4% de cabernet sauvignon. Les vignes ont 35 ans. Ce vin a un nez que j’adore. Quelle fraîcheur ! Le finale est sucré !!! et gourmand. Je note : « ça c’est du vin ».

Le Vega Sicilia Unico Reserva Especial venta 2026 est un assemblage de trois millésimes 2011, 2012 et 2014, mis en bouteille en 2022. Il est plus calme que le Vega Sicilia Unico mais élégant. Il n’a pas le côté pétulant de l’Unico 2016.

Comme c’est la fin des rouges il m’apparait que le Unico 2016 est magique.

Le Oremus Tokaji Aszu 5 Puttonyos 2018 a une attaque gourmande. Le sucre est fort. Il a une belle élégance mais le sucre est un peu trop fort pour mon goût habitué à des Tokajis plus anciens et donc plus calmes.

Le Oremus Tokaji Eszencia 2012 est beaucoup plus élégant, très agréable. Il est frais et très bon. Il vieillira bien.

Cette dégustation est très intéressante et je suis heureux de la faire chaque année.

Dom Pérignon 2002 jeudi, 2 avril 2026

Ma fille cadette vient déjeuner à la maison. J’ai ouvert un Champagne Dom Pérignon 2002 que je n’avais pas bu depuis plus d’un an. C’est un champagne calme et serein, qui ne cherche pas à surjouer. Il est agréable. On pourrait dire que c’est l’archétype des Dom Pérignon calmes et plaisants, que l’on boit facilement dans toute situation. C’est le 28ème 2002 de ce champagne que j’ai bu.

déjeuner au Train Bleu mercredi, 1 avril 2026

Ma femme revient du sud et je dois la chercher à la Gare de Lyon, car nous allons déjeuner au restaurant le Train Bleu. La décoration du lieu est toujours impressionnante car à l’époque de sa création l’argent n’était pas une guillotine de la création comme aujourd’hui. Quelle beauté, quelle volonté de mettre en valeur la beauté de nos régions et de notre France !

Le service en salle a encore une volonté de perpétuer les traditions et on le sent, mais il n’y a pas la sérénité imposante des serveurs du temps jadis. Nous choisissons des plats de tradition que la Maison Rostang a eu l’intelligence de perpétuer.

J’ai choisi un Champagne Philipponnat Réserve Perpétuelle Brut composé de 44% de 2021 et de 56% de vins de réserve. J’aime ce champagne fin et intelligent qui lui aussi veut respecter les goûts ancestraux. Il est subtil et jamais ne surjoue. Il convient à ce lieu.

La belle surprise est le Châteauneuf-du-Pape L’Oratoire de Papes 2022 qui me laisse pantois. Jamais je n’aurais imaginé qu’un vin si jeune puisse être aussi gourmand et joyeux. Il se boit comme une gourmandise. Voilà deux bonnes pioches dans une carte des vins intelligente qui ne s’embarrasse pas des vins de prestige car ce sont surtout des voyageurs qui n’ont pas assez de temps pour se régaler de vins mythiques.