Archives de catégorie : vins et vignerons

Déjeuner au restaurant Geoélia mercredi, 15 avril 2026

Calibri (Corps)

Un ami avec qui j’avais déjeuné récemment et à qui j’avais fait goûter les vins du déjeuner dans ma cave avec un Constantia 1789, connaît la représentante de Klein Constantia pour l’Europe. Il me propose que nous déjeunions ensemble tous les trois. Je propose que le déjeuner se fasse au restaurant Geoélia du chef Camille Saint M’leux. Je suis arrivé en avance pour ouvrir mes vins et bavarder avec le chef pour envisager d’organiser des dîners ensemble.

Les convives arrivent et annoncent leurs apports aussi je peux bâtir le menu selon les propositions du chef. Il est extrêmement attentif et ouvert, aussi la composition du menu est facile : Saint-Jacques dans sa coquille, mâche nantaise, vieux Xérès / langoustine pochée, soupe du lendemain / asperges blanches de la famille Galis / épais turbot poché dans sa gélatine, moelle de bœuf / agneau des prés salés rôti sur l’os, huître, ail et jus condimenté / citron iodé, confit et givré, huître et herbes.

Nous commençons par un Champagne Guiborat de Caurés à Mont-Aigu 2018. Je ne connais pas cette maison. Le champagne ne manque pas d’intérêt mais sa jeunesse est un handicap pour mon palais, même si je ne le repousse pas, bien entendu. Avec la Saint-Jacques, il crée un bel accord.

Le Château Haut-Brion 1978 a toujours été considéré pour moi comme un vin jeune, mais il faudra un jour que je me mette à accepter que ce vin ait 48 ans ! Il est brillantissime, au sommet de sa gloire. En lui tout semble facile. Il est généreux et sur les asperges et le turbot, il montre ses facultés d’adaptation. Haut-Brion est grand sur quasiment tous les millésimes, mais ce 1978 est au sommet de sa maturité.

J’ai apporté aussi un vin que je n’avais jamais bu et dont je n’ai qu’un exemplaire, c’est un Champagne Veuve Clicquot Ponsardin Demi-Sec Rich Reserve 1988. Je l’avais choisi car je pensais que son goût très doux mettrait en valeur le vin de Constance qui le suivrait.

Ce vin doux est superbe, goûteux et voluptueux et suffisamment modéré pour s’accorder avec le turbot et l’agneau. Ce vin est un ange. Il faudra que je m’intéresse aux champagnes demi-secs qui peuvent apparaître vers la fin du repas.

Le Vin de Constance 2013 est très plaisant, riche et structuré. Le dessert à l’huître est osé mais j’adore les essais de ce genre. Le vin de seulement 13 ans va évidemment prendre son envol beaucoup plus tard. Mais il est déjà très plaisant.

J’avais apporté la bouteille vide du Constantia 1789 pour que notre convive qui promeut les vins de Constance puisse humer son parfum. Il s’est estompé mais je suis content qu’elle ait approché par l’odorat ce vin divin que Napoléon aura connu.

Maison Albert Bichot lundi, 13 avril 2026

Je suis invité à une dégustation des vins de la Maison Albert Bichot à l’hôtel Le Meurice au salon Pompadour. La salle est très belle et historique et cela convient bien à cette maison de Bourgogne à l’histoire très riche. Un des membres de la famille Bichot a été l’un des plus fidèles participants à l’académie des vins anciens. J’ai été reçu par cette belle maison dont j’ai bu de grandes bouteilles comme des Montrachets des années 30 et des Chablis Moutonne Long-Depaquit qui m’ont enthousiasmé.

Je n’imaginais pas que cette maison avait autant d’appellations car les différents stands proposent plus d’une trentaine de vins ! C’est impressionnant. J’ai bu quelques vins excellents.

Je n’ai pas pris de notes car je souhaitais plus bavarder avec les dirigeants de cette belle maison. Bravo et longue vie à un des grands vignerons de Bourgogne.

dégustation des vins de tempos Vega Sicilia lundi, 13 avril 2026

Comme chaque année la maison Tempos Vega Sicilia invite des sommeliers et des journalistes à la dégustation du nouveau millésime disponible sur le marché. Cette dégustation a lieu à l’hôtel de Crillon, au salon des Aigles d’où la vue sur la place de la Concorde est impressionnante.

Pablo Alvarez directeur général du groupe nous présente Jessica Julmy, nouvelle directrice générale de Tempos Vega Sicilia. Le vignoble existe depuis 161 ans dont 44 dans la famille de Pablo Alvarez.

Nous allons goûter des vins de toutes les maisons du groupe.

Le Petracs Furmint Oremus Hongrie 2020 vin blanc au nez minéral et salin est très marin. La couleur claire est jolie. L’attaque est assez curieuse. Le vin est très jeune et très sec. Je le trouve assez limité. Sa complexité n’arrive pas, peut-être est-ce dû à l’âge. Je suis assez étonné qu’on vante les mérites de ce vin qui n’est pas encore formé.

Le Macán Clásico Rioja 2022 est un vin d’un vignoble appartenant en commun à Benjamin de Rothschild et Vega Sicilia. Ce vin a une belle couleur violette et un nez adorable. C’est l’Espagne comme on l’aime. Le vin est gourmand. Il a du charme et se montre très agréable, à la fois lourd et gracieux.

Le Macán Rioja 2021 est lui aussi une joint-venture entre Benjamin de Rothschild et Vega Sicilia. Sa couleur est plus sombre. Le nez est plus discret mais très élégant. Le vin est élégant et raffiné. Il est gourmand et offre une belle attaque en bouche. Il est très typique d’un bon vin espagnol.

Le Alión Ribeira del Duero Bodegas y Vińedo Alión 2022 a un nez très puissant de vin lourd mais il a aussi un côté floral. Son attaque est franche et puissante. C’est un vin riche au finale gourmand, poivré. Ce vin est une bombe. Il est très agréable mais conquérant.

Le Pintia Toro Vega Sicilia 2021 a un nez très élégant. Il a une belle mâche gourmande. Il est riche, au finale riche. Il n’est pas très long. C’est un fonceur très imprégnant. Je trouve Alión plus élégant.

Le Valbuena 5° Vega Sicilia 2021 est un vin fait de 96% de Tinto Fino et 4% de Merlot. La mention ‘5°’ signifie que le vin est mis sur le marché cinq ans après les vendanges. Le nez est très élégant. En bouche on sent apparaître une élégance très supérieure à ce que l’on ressentait auparavant. Ce vin très élégant a un finale qui fait penser à celui du grand vin de Vega Sicilia, le Unico.

Le Vega Sicilia Unico 2016 est fait de 96% de Tinto fino et 4% de cabernet sauvignon. Les vignes ont 35 ans. Ce vin a un nez que j’adore. Quelle fraîcheur ! Le finale est sucré !!! et gourmand. Je note : « ça c’est du vin ».

Le Vega Sicilia Unico Reserva Especial venta 2026 est un assemblage de trois millésimes 2011, 2012 et 2014, mis en bouteille en 2022. Il est plus calme que le Vega Sicilia Unico mais élégant. Il n’a pas le côté pétulant de l’Unico 2016.

Comme c’est la fin des rouges il m’apparait que le Unico 2016 est magique.

Le Oremus Tokaji Aszu 5 Puttonyos 2018 a une attaque gourmande. Le sucre est fort. Il a une belle élégance mais le sucre est un peu trop fort pour mon goût habitué à des Tokajis plus anciens et donc plus calmes.

Le Oremus Tokaji Eszencia 2012 est beaucoup plus élégant, très agréable. Il est frais et très bon. Il vieillira bien.

Cette dégustation est très intéressante et je suis heureux de la faire chaque année.

les domaines familiaux de Bourgogne lundi, 16 mars 2026

L’association des domaines familiaux de Bourgogne regroupe les maisons suivantes : Marquis d’Angerville – Michel Gaunoux – Méo-Camuzet – Georges Roumier – Simon Bize – Henri Gouges – de Montille – Armand Rousseau – Chandon de Briailles – Jean Grivot – Alex Moreau – Comte Senard – Bruno Clair – Château de la Tour – Pierre Morey – A.&P. de Villaine – Joseph Drouhin – Michel Lafarge – Mugneret-Gibourg – Tollot-Beaut – Dujac – Comtes Lafon – Frédéric Mugnier – Trapet Père & Fils – Faiveley – Leflaive – François Raveneau.

Ces vignerons présentent à une foule d’amateurs et de professionnels leurs vins de 2023. Il y a plus de trois ans que je n’étais pas venu à cette magnifique présentation de la gloire de la Bourgogne. Pour plusieurs maisons, les personnes qui servent les vins me sont inconnues car elles sont jeunes mais j’ai quand même eu la chance de voir avec plaisir les vignerons que je connais et qui me connaissent, des maisons : Marquis d’Angerville – Méo-Camuzet – Armand Rousseau – Joseph Drouhin – Michel Lafarge – Frédéric Mugnier – Trapet Père & Fils – Faiveley. C’est un bonheur de bavarder avec eux.

2023 est un grand millésime, d’une production très généreuse. Aujourd’hui, tous les vignerons travaillent à merveille. Les vins sont excellents et procurent un plaisir immédiat. Ils sont d’une grande générosité. Je les ai tous adorés. Un vigneron m’a confié son émerveillement face à la capacité des vignes à s’adapter aux variations de température et à l’évolution du climat.

Quand ces vins atteindront-ils la perfection ? Probablement pas de sitôt. Je dirais dans une trentaine d’années. Mais ils sont déjà tous charmants et les différences entre les propriétés s’estompent peu à peu, tant leur charme est déjà présent et tant la qualité de leur travail est proche de la perfection. Longue vie à une succession de beaux millésimes comme 2022 et 2023.

Visite chez un vigneron et déjeuner aux Crayères mercredi, 11 mars 2026

Je me rends à Mesnil-sur-Oger à l’invitation de Julien Launois dans sa maison de champagne Paul Launois. Je suis reçu par Julien et son épouse Sarah. Julien était venu à l’un de mes dîners et nous avions pu boire l’un de ses vins, très intéressant.

Sont aussi présents trois personnes de la société de champagne Matrone dont le siège social est au Pays-Bas. J’avais rencontré l’un d’entre eux, Maurice, à la présentation du livre 1855 traitant de la classification des grands crus de Bordeaux et nous nous étions revus à l’un de mes dîners.

La visite des installations est très intéressante car Julien a lancé avec Matrone un concept de « Single Barrel». Un amateur de vin peut acheter une barrique de vins dont la contenance est de l’ordre de 230 bouteilles. Il va suivre l’évolution du champagne et désigner lui-même le dégorgement et le dosage de ses bouteilles pendant un temps qu’il choisit, étalé sur dix ans, s’il le souhaite. Le client participe donc à l’évolution de son champagne selon son goût et les propriétaires de ces barriques se réunissent de temps à autre. J’ai pu voir les stocks tenus pour les clients des Single Barrel. Ils sont très joliment gardés

Nous allons ensuite dans la salle de dégustation à la décoration que j’apprécie beaucoup, œuvre de Sarah Launois.

Le Champagne Paul Launois monochrome # 7 vendange 2021 est un blanc de blanc de Mesnil sur Oger avec quelques vins de réserve. J’aime beaucoup son parfum et son attaque gourmande.

Le Champagne Paul Launois illustration # 5 est aussi un vin de vendange 2021 avec un peu plus de vins de réserve. Son nez est moins flatteur, mais le vin est plus fluide et plus long.

Nous goutons ensuite le Champagne Paul Launois Single Barrel 2020. L’attaque est superbe et le finale est floral. C’est un champagne très intéressant, hors norme et élégant.

Le Champagne Paul Launois Single Barrel 2018 est plus fermé que le 2020. Il est un peu rude. On le sent très puissant mais c’est un champagne qu’il faudra attendre. Il deviendra grand.

Nous nous nous rendons au restaurant de l’hôtel Les Crayères. Le personnel a changé depuis que je suis venu en ce lieu que je pratique depuis environ cinquante ans.

Nous prenons l’apéritif dans un bel alcôve dans le bar. Julien est en charge du choix des vins. Ce sera un Champagne Philipponnat Clos des Goisses 1991. Le choix était possible entre 1991 et 1992. Le sommelier du restaurant et moi-même sommes d’accord sur le fait que le 1991 de Clos des Goisses est une vraie réussite pour un millésime peu recherché. Et cela se confirmera car ce champagne est grand et l’âge lui donne une rondeur et une cohérence qu’aucun vin jeune ne pourrait avoir.

Nous passons à table et nous avons une jolie table rendue encore plus joyeuse, tant l’accueil est chaleureux. Nous choisissons le menu qui n’est pas le grand menu. Quand on constate à quel point nous avons été gâtés, on peut se demander si nous aurions survécu au grand menu. Car nous avons été emportés dans un parcours sans fin. Tout est élégant et les saveurs sont très originales car elles ne sont jamais directes, jamais premier degré. C’est du second degré permanent. J’ai eu la chance de profiter de la cuisine de Christophe Moret dans les maisons où il a été cuisinier. Je n’ai pas noté le menu, hélas, car ce fut un grand repas.

Le Champagne Jacquesson Dizy – Corne Bautray 2004 est d’un chardonnay non dosé. Le champagne est élégant mais assez conventionnel.

Le Champagne Single Barrel Paul Launois n° 1701 fait de 2017 et dégorgé en 2021 est un champagne racé et subtil, complexe et raffiné. J’ai apporté avec moi un Vin Jaune Côtes du Jura Domaine Grand Frères 1989 de cépage savagnin qui comme tous les vins jaunes a passé 6 ans et trois mois en fût. J’avais annoncé que j’ai l’habitude d’associer champagne et vin jaune pour qu’ils se fécondent. On commence à boire le champagne puis le vin jaune et ensuite on boit le vin jaune puis le champagne. Julien Launois est très favorablement étonné de l’effet du vin jaune qui fait se sublimer son champagne. L’effet est saisissant.

La suite du repas se fait avec un Champagne Taittinger Collection 1988. La bouteille est joliment colorée et totalement opaque. Ce champagne d’une grande année est très élégant et plein de charme, d’une grande maturité.

J’ai été très honoré d’être invité par Julien Launois, vigneron passionné et passionnant, et par les responsables de la maison Matrone qui veulent ajouter aux champagnes qu’ils commercialisent une touche de luxe qui s’ajoute à leur recherche de l’excellence. Longue vie au champagne « Single Barrel », un concept très original.

Yquem 2023 et Primum Familiae Vini mardi, 10 février 2026

En cette semaine de février, le vin est à l’honneur un peu partout dans Paris. Je suis invité au musée Bourdelle pour une présentation avant mise en vente officielle du dernier millésime d’Yquem, l’Yquem 2023.

Le musée est impressionnant avec les sculptures immenses de l’élève de Rodin volant ensuite de ses propres ailes. Dans une grande salle où l’on est reçu par ceux qui font Yquem, on peut goûter le Château d’Yquem 2023. De belle couleur dorée claire et doté d’un parfum puissant et équilibré, cet Yquem est très puissant. Il n’est pas large ou épanoui car il est jeune mais sa puissance est riche. Il me fait penser à 1988 en devenir. Le 2023 deviendra grand.

Discutant avec une personne de l’équipe qui fait le vin, elle me dit que la trilogie 2021, 2022 et 2023 est très évocatrice de la célèbre trilogie 1988, 1989 et 1990. Et elle ajoute : pour nous au château, le 2023 est plus proche de 1989 que de 1988. Il est hautement probable qu’elle ait raison, mais ayant bu 23 fois l’Yquem 1988 et 17 fois l’Yquem 1989, j’ai tendance à conserver l’image de 1988 sans prétendre détenir la vérité.

Ce 2023 aura une longue vie pleine de richesse, parmi les Yquems puissants.

Juste après cette dégustation agréable, je me rend au Grand Palais où sont réunis tous les vignerons de Primum Familiae Vini, ces vignerons familiaux au passé prestigieux. Je rencontre avec plaisir ces grands vignerons. Ils font goûter leurs vins. Fatigué par ma journée active, j’aurai manqué beaucoup de belles opportunités. Il faut jouer des coudes pour approcher le stand d’Egon Müller. J’ai bu quelques vins de plusieurs maisons, Hugel, Drouhin, Vega Sicilia, Mouton-Rothschild, Pol Roger et d’autres. L’intérêt pour moi était de renouer des relations avec des vignerons que j’aime d’amitié et que je vois peu car je visite très peu de vignerons depuis quelques années. Les revoir ainsi fait chaud au cœur.

dîner au restaurant Pages avec Peter Gago de Penfolds vendredi, 6 février 2026

Lors du passage de flambeau entre Richard Geoffroy et Vincent Chaperon à Hautvillers au poste de maître de cave de Dom Pérignon, j’avais fait la connaissance de Peter Gago, le maître de chais de Penfolds, le vignoble le plus célèbre d’Australie. Nous avions envisagé de nous revoir.

Les caves Taillevent avaient organisé en octobre 2025 une dégustation des vins de Penfolds. J’y suis allé et j’ai rencontré Clément Leroux le responsable français de la commercialisation de Penfolds. C’était l’occasion d’évoquer une rencontre avec Peter Gago.

Nous nous retrouvons au restaurant Pages pour dîner. Le choix des vins que je vais apporter est toujours excitant. Comme tenu de l’honneur qui m’est fait de rencontrer ce vigneron, j’ai choisi un Krug Clos du Mesnil 1985. Ensuite il faut un vin rouge que Peter n’a jamais bu. Je choisis un F. Sénéclause de Saint-Eugène à Oran 1930, vin d’Algérie au niveau dans le goulot. Et c’est l’occasion de venir avec le vin Para Seppeltsfield un tawny fortifié australien 1883 titrant 16,7 degrés qu’avait apporté un australien de Sidney pour que nous le dégustions ensemble il y a quatre mois.

J’arrive à 18 heures pour ouvrir mes vins. Le bouchon du vin de 1930 est d’une qualité parfaite et le parfum est riche et solide, promettant un grand vin. A l’inverse, le bouchon du Clos du Mesnil s’est déchiré en deux morceaux lors de la torsion du bouchon pour ouvrir. Aucun pschitt n’est apparu.

Peter, Clément et Lara Edington arrivent vers 19 heures. Ils ont apporté un Penfolds Yattarna Chardonnay Bin 144 de 2011 et un Penfolds Cabernet Kalimna Shiraz Bin 60A 1962. Peter me dit qu’il s’agit d’un vin très rare et il demande que le vin ne soit ouvert que vingt minutes avant d’être servi.

J’ai construit le menu avec le chef Ken qui est : carpaccio de bar / carpaccio de wagyu / lotte à la sauce umami / canard sauce vin rouge / deux services de wagyu / financiers.

Pour nous préparer au repas, Pierre-Alexandre Fouquet le directeur de Pages nous propose un verre du Champagne Marteaux Guillaume ‘le météque’ extra-brut 2020 dont j’apprécie la longueur et l’intensité. C’est un bon champagne de grand intérêt qui ne souffre en aucun cas de sa jeunesse.

Le Champagne Krug Clos du Mesnil 1985 a une couleur légèrement ambrée et une bulle active qui contraste avec l’absence de pschitt à l’ouverture. Ce Krug est confortable, serein et d’une grande subtilité. On est dans l’aristocratie du champagne, avec une vivacité remarquable.

Je fais servir le Penfolds Yattarna Chardonnay Bin 144 blanc 2011 qui est riche, gourmand et dont les complexités s’expriment surtout dans le finale très large. Il apparaît avec évidence que le carpaccio de bar est divin avec le champagne et que le carpaccio de wagyu trouve un accord parfait avec le chardonnay. Les deux vins se complètent bien même si mes amours me poussent vers le Clos du Mesnil.

Le Sénéclause rouge d’Algérie Saint-Eugène à Oran 1930 est bluffant. Je crois n’avoir jamais bu un vin d’Algérie aussi équilibré dans la puissance. Je pense que la décennie 30 a fait de meilleurs vins en Algérie que la décennie 40, malgré les brillants 1947 de Frédéric Lung. Ce vin puissant, goulleyant, gourmand et équilibré est un bonheur. Je ne l’attendais pas à ce niveau glorieux.

Lorsque je goûte le Penfolds Cabernet Kalimna Shiraz Bin 60A 1962 je sais que je suis en face d’un très grand vin. Sa finesse est exemplaire. Peter insiste pour me dire que c’est un vin exceptionnel et je peux lire sur l’étiquette que ce vin a reçu trois médailles d’or, huit médailles d’argent, trois médailles de bronze et dix-neuf trophées dans les présentations de vins australiens. Ceci étant dit c’est un très grand vin qui ne joue pas sur sa puissance mais sur sa longueur et sa subtilité.

Mais je suis fasciné par le fait que les deux vins rouges si différents se complètent aussi bien sur le canard et encore plus sur le wagyu. La performance de mon vin me plait énormément et la découverte de ce trésor australien me ravit.

Nous sommes tous heureux de la complémentarité de deux mondes si disparates du vin. D’aucun des deux vins on ne peut dire qu’il est âgé. Je suis sur un petit nuage de bonheur.

En l’honneur de Peter Gago je suis venu avec le Para Seppeltsfield tawny fortifié Australien 1883 qui est d’une richesse folle et intense, domptée par les financiers délicats.

Nous avons parlé de vin évidemment. Peter est né à Newcastle et parle un anglais parfois difficile pour moi. Mais nous nous sommes compris et ce grand moment a montré une amitié précieuse.

Je suis un amoureux de Penfolds que je bois hélas trop peu. Nous allons essayer de remédier à cela.

Ce fut un grand repas, avec l’élégance de la cuisine de Pages.

rencontre d’un collectionneur italien lundi, 15 décembre 2025

Maxime, l’un des organisateurs des compétitions entre grandes écoles de dégustation de vins à l’aveugle auxquelles j’ai récemment participé en tant que membre du jury, m’a proposé de rencontrer un amateur de vins italiens, collectionneur de vins italiens anciens. Son père était vigneron et il a cultivé un goût pour les vins anciens. Il a visité une multitude de vignerons et dans l’article de presse que j’ai lu, j’ai trouvé un détail particulier. Ayant eu la possibilité d’acheter des vins de la cave d’un amateur défunt à sa veuve, il s’est mis à repérer tous les décès de sa région, pour acheter les vins des veuves !

Rino Fontana, grand amateur de vins anciens, déjeunera avec moi, accompagné de son épouse et d’un sommelier italien qui a travaillé à la Tour d’Argent, et de Maxime qui a permis cette occasion. J’ai choisi le restaurant Pages pour ce déjeuner. Le choix des vins pour cette occasion est un exercice que j’adore. Il n’est pas question de mettre des vins que tout le monde connaît. Je choisis plus de vins que nécessaire pour ajuster ensuite en fonction des apports.

Voici mon choix : un Champagne Mesnil-sur-Oger Blanc de Blanc Premier Grand Cru # 1900 /1930, un Grand Meursault Charmes Matrot Frères 1928, un Châteauneuf du Pape 1927 ou 1929, un Château Chalon Jean Bourdy 1935 et une bouteille totalement inconnue, probablement un sauternes fin du 19ème siècle.

Rino Fontana, de son côté a prévu d’apporter un Gaja Barbaresco Infernot 1967, un Barolo E. Pira & Figli 1955, un Barolo Giacomo Borgogno & Figli 1947 et un Brunello di Montalcino Soldera 1982.

J’arrive avant 11 heures au restaurant Pages et je commence à ouvrir le Meursault Charmes 1928. Le bouchon est tellement dur à retirer qu’il se disperse ‘façon puzzle’ sur la table et par terre. Cela vient du relief tortueux du goulot. Devant tant de dispersion j’ai peur que le nez du vin soit perturbé mais en fait c’est un vin riche et séduisant au palais et de belle couleur.

Le champagne du Mesnil a un bouchon fermé par un clip métallique en forme de U qui traverse une fente pratiquée dans la partie supérieure du bouchon. Ce s’appelle l’agrafe. Il faut un effort pour enlever l’agrafe. Le parfum à l’ouverture est frais et vif.

Tous les convives sont à l’heure. Ils ont apporté un Champagne Krug Grande Cuvée Etiquette crème années 80 que nous buvons avant de passer à table. Le goût de ce champagne délicieux est très proche de celui du Krug étiquette olive que j’avais bu avec Dirk Niepoort. Ces deux champagnes sont magistraux et tellement gourmands. Rino a ouvert ses vins ce matin dans son hôtel. Il demande que ses vins soient un peu rafraîchis.

Le menu mis au point avec le chef Ken et Pierre Alexandre le directeur est : deux services de carpaccios de poisson / poisson maigre avec une sauce umami / canard de Challans et topinambour / deux services de wagyu / financiers.

Le Champagne Mesnil-sur-Oger Blanc de Blanc Premier Grand Cru # 1900 /1930 est d’une grande émotion. Il a la tension et la vivacité des champagnes du Mesnil et on ne pourrait pas lui donner d’âge tant il est vif. Je suis très touché par sa prestance.

Le Grand Meursault Charmes Matrot Frères 1928 a une couleur de miel doré. Il est rond et cohérent et crée un bel accord avec le délicieux poisson. J’aime son expression.

Le Gaja Barbaresco Infernot 1967 est de grande puissance. Il est incisif tout en ayant du charme.

Le Barolo E. Pira & Figli 1955 est plus large et séducteur. Son équilibre est impressionnant.

En buvant le Barolo Giacomo Borgogno & Figli 1947 on va crescendo et la personnalité de ce vin d’un équilibre parfait est éclatante. Rino nous raconte des hsitoires sur ces vins qu’il chérit.

Rino a voulu faire servir en dernier le Brunello di Montalcino Soldera 1982 vin mythique et d’une puissance extrême. Mais pour mon goût ce vin est encore trop jeune et « tout fou ». Mais mes amis italiens l’adorent.

Je décide alors d’ouvrir le vin qui n’a pas la moindre indication sur la bouteille ou le bouchon. Cette bouteille me rappelle une identique que je pensais être un sauternes ancien et qui se révéla être un rhum. Alors que vais-je ouvrir ? C’est en fait un Sauternes inconnu sans étiquette, sans capsule années 1890 / 1900 qui est plus calme que flamboyant, de grand équilibre et long en bouche. Avec des financiers, il est parfait.

J’ai beaucoup parlé de ma vision du vin et nous avons pu constater que nos pensées sont très proches. Rino est très généreux et souriant. Nous avons passé un très agréable moment avec des vins de haut niveau. Mes coups de cœur du repas sont le champagne du Mesnil si fluide et précis, le plus vieux que j’aie bu du Mesnil, le Meursault Charmes qui a les qualités des vins de 1928 l’une des plus grandes années du 20ème siècle, le génial Barolo Giacomo Borgogno & Figli 1947 d’une structure parfaite et d’un goût noble et impressionnant et le sauternes inconnu, impromptu et charmant.

Le restaurant Pages a réussi, une fois de plus, à faire un repas idéal pour ces grands vins.

Dirk Niepoort visite ma cave samedi, 13 décembre 2025

Un vendredi après-midi, Dirk Niepoort m’appelle et me demande si nous pourrions nous rencontrer le lendemain. Un peu fatigué par la semaine écoulée, l’idée d’aller à Paris pour le voir ne me tente pas trop. Mais l’envie de le voir l’emporte et je lui propose de venir visiter ma cave car j’avais visité la sienne, bien évidemment différente de la mienne.

De bon matin le samedi, j’achète du pain, des crèpes et des madeleines car j’ai déjà en tête le vin que je veux ouvrir. J’ai pris par ailleurs un pot de pâté au foie gras et un morceau de comté. Arrivé à mon bureau je mets une nappe sur la table ovale qui fait face à l’immense collection de bouteilles vides qui anime la très grande salle du cimetière des vins les plus prestigieux que j’ai bus.

A un moment je pense que le pâté irait mieux avec un champagne et j’ouvre un Krug Grand Cuvée étiquette olive qui est la première édition de ce beau champagne.

Dirk arrive avec sa femme Anna. Nous visitons la cave et Dirk est très intéressé et regarde de nombreuses bouteilles de vins qu’il connaît ou non. Anna est aussi impressionnée et nous bavardons pendant cette promenade dans les allées de la cave. Nos visions du vin sont très similaires.

Nous remontons pour déjeuner et je raconte comment j’ai préparé ce déjeuner impromptu. Anna, sensible à la visite et à mon accueil pleure d’émotion et de bonheur car elle voit bien l’amitié qui existe entre Dirk et moi.

Le Champagne Krug Grande Cuvée étiquette olive années 80 est fait de vins des années 80 mais surtout des années 1970. Le bouchon de la bouteille s’était cisaillé à l’ouverture et donne à Dirk l’impression que le champagne est très vieux. Ancun pschitt n’avait existé à l’ouverture. La bulle est rare mais le pétillant est très fort. Ce champagne est brillant, puissant et conquérant. C’est un très grand Krug extrêmement expressif. L’accord avec le pâté de foie gras est idéal.

Dans la cuisine, j’ouvre devant mes amis une Malvoisie des Canaries 1828. Une fois la cire enlevée le petit bouchon qui devrait sortir facilement se déchire en lambeaux pour une raison simple : il y a une surépaisseur de verre en haut du goulot qui empêche le bouchon de monter.

La couleur du vin dans le verre est de deux teintes, jaune et marron qui ne se mélangent pas et changent comme celles d’un cristal selon l’orientation lorsque l’éclairage est mouvant. Le nez est magique, puissant et mêlant la douceur et une profonce intensité. En bouche, c’est un vin doux, mais en même temps ‘dry’, c’est-à-dire d’une fraîcheur sèche. Je suis amoureux de ces vins que j’ai bus tant de fois car j’avais eu la chance d’en acheter beaucoup. Et je voulais que Dirk, qui fait un porto sublime, voie cette version d’un vin doux et sec, à la longueur en bouche infinie.

Pendant la visite j’ai pris en cave une bouteille unique, déjà ouverte depuis longtemps d’une Fine de Mouton provenant de la cave personnelle de Philippe de Rothschild, que j’avais bue plusieurs fois. Boire cet alcool juste après la malvoisie montre à quel point le goût est raffiné, d’une justesse impressionnante. Un grand moment.

Anna a fort gentiment rangé le désordre du repas. Dirk m’a offert un vin rouge de sa production. Nous nous sommes promis de nous revoir. Ce moment d’amitié a effacé toutes traces de fatigue et m’a au contraire apporté une bouffée de bonheur.

dégustation des 2022 du domaine de la Romanée Conti mercredi, 10 décembre 2025

Chaque année, la société Grains Nobles présente les vins de la Romanée Conti dans le millésime qui vient d’être mis en bouteilles. Pour la première fois Aubert de Villaine ne sera pas le présentateur. C’est Perrine Fenal, co-gérante de la Romanée Conti depuis 2019 qui fera cette présentation.

L’année 2022 a une marque spéciale : tout est ‘trop’. Trop de soleil, trop de vins, trop de fûts. Le printemps fut enthousiasmant par son exubérance. La floraison fut précoce et l’été chaud brûlant et tout ce qui était excessif devint mesuré. Les vendanges commencées fin août se finirent le 13 septembre. Il y a eu une abondance de raisins donnant des jus parfaits. Ce millésime est particulier mais d’une grande clarté.

La maison Riedel représentée par son président nous a permis de boire dans des verres très adaptés aux vins. Les notes qui vont suivre ont été prises au fil de la plume, et parlent du vin tel que je le bois, dans son état actuel, et non pas en imaginant son futur, sauf si je l’évoque.

Le Corton Charlemagne Grand Cru Prince Florent de Mérode Domaine de la Romanée Conti 2022 est un vin que la Romanée Conti a commencé à vinifier en 2009. Il rassemble trois Cortons, le Bressandre, le Renard et le Clos du Roi. Aubert de Villaine avait envisagé de les vinifier séparément après quelques années de transformation des méthodes de vinification. La couleur est un peu violette. Le vin offre une bouffée de senteurs brillantes mais le nez est serré. Il en est de même pour la bouche qui est gourmande mais serrée. Le vin est un peu strict, pas très large mais montre un bel équilibre et une belle texture. Il vieillira bien.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2022 a un nez nettement plus plaisant. On change de qualité de vin. Le nez est gourmand et magique. Le vin est agréable en bouche, mais pas aussi long que ce que le nez promet. Le finale est superbe. La longueur viendra plus tard. La qualité du fruit est belle, mais c’est le nez qui est le plus fabuleux.

Le Grands-Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2022 a un nez très pur mais pas aussi ouvert et gourmand. Ce nez est plus tendu et plus fermé. En bouche le vin est grand et il a plus de matière. Il est plus accompli et plus grand et déjà gastronomique. L’Echézeaux est raffiné et subtil, le Grands Echézeaux est gourmand. Les deux sont précis et d’une grande pureté.

La Romanée Saint-Vivant Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2022 a un nez plus fermé mais tellement élégant ! l’attaque en bouche est élégante et le vin est superbe. C’est un grand vin gourmand mais aussi distingué. Je suis émerveillé par sa précision.

Le Richebourg Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2022 a un nez très riche et une bouche magique. D’une grande longueur, il est puissant et riche. Il est vibrant au point que je ressens des frissons. Ce 2022 est un géant, de réussite totale. Ce Richebourg est d’un millésime magistral, associant puissance et fraîcheur.

Paradoxalement, La Tâche Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2022 a un nez moins conquérant que le Richebourg. Ce vin est grand mais encore fermé. A ce stade il me paraît un peu scolaire. Il est plus une promesse même s’il est assez gourmand.

La Romanée Conti Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2022 a un nez très délicat et subtil. L’attaque est joyeuse et canaille. Le finale est un peu poivré. Le vin est très grand et solide. Il est plus gourmand que ce qu’est habituellement une Romanée Conti. Il est très doux et gracieux. Il va être géant, mais plus tard.

De tous ces rouges, la grande surprise, c’est le Richebourg. En le buvant après la Romanée Conti, on voit comme il est gourmand.

Nous passons aux vins blancs qui selon l’adage : blanc sur rouge, rien ne bouge…

Le Corton Charlemagne Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2022 est servi dans un verre prévu pour les blancs de Bourgogne, pertinent comme l’autre verre l’était pour les rouges. Le nez est un peu fermé mais noble. La bouche est plaisante et combine gourmandise et rigueur. Ce vin manque un peu de largeur qu’il aura plus tard. Le plaisir est limité à ce stade de sa vie. Mais il est quand même grand quand le vin s’est réchauffé dans le verre.

Le Montrachet Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2022 a un nez d’une noblesse rare. Il est très pur. En bouche l’attaque est gourmande. Le vin est d’une grande puissance et d’une belle rondeur, sans aucun botrytis. Même s’il a une belle attaque il faudra attendre ce vin qui manque un peu de finale.

Michel Bettane présent a apporté des commentaires sur ces vins, en plus des présentations de Perrine Fenal, en insistant sur la précision du travail qui a été fait au domaine.

J’avais bu tous ces vins de 2022 sur fût au domaine de la Romanée Conti  le 15 mai 2023 et j’avais commenté ces vins dans le bulletin 996. Ces vins étaient alors des promesses incroyables et j’en avais été ému. Ils sont plus affirmés aujourd’hui et porteurs de belles promesses. La tentation sera très grande de les boire jeunes. La sagesse serait sans doute d’attendre, car ces 2022 ont tout le potentiel pour devenir des vins aussi glorieux que les 1928. J’en suis persuadé, mais je ne serai plus là pour en faire la preuve. Pourvu que mes petits-enfants en gardent !!!