30ème séance de l’académie des vins anciens au restaurant Macéo vendredi, 18 mai 2018

La 30ème séance de l'académie des vins anciens se tient comme à l'accoutumée au restaurant Macéo. Nous sommes 41 présents répartis en quatre tables et les vins, annoncés officiellement pour 63 seront en fait autour de 70 du fait de générosités de dernière minute. Il est inutile de dire que nous ne manquerons pas de quoi boire.

J'arrive avant 16 heures au restaurant avec Béatrice qui va m'aider tout au long de la soirée. Je vais ouvrir les bouteilles et progressivement je suis rejoint par quatre amis qui viennent à la fois m'aider mais aussi soutenir le moral de l'ouvreur (et le leur) avec quelques flacons non au programme. Ainsi le premier arrivé ouvre un magnum de Krug Grande Cuvée à étiquette crème ce qui indique qu'il a plus de trente ans. Il a apporté ce magnum au niveau bas mais nous savons que cela ne gêne pas sa qualité, ce qui est le cas. Si nous commençons à boire dès 16 heures, comment serons-nous en fin de soirée ? Le Krug est tellement bon, avec une patine de vieux champagne particulièrement gourmande ! Pendant ce temps j'ouvre les vins, aidé de mes amis que j'aide dès qu'apparaît une situation qui semble inextricable. Un ami ouvre un Bourgogne Aligoté 1957 excellent de fraîcheur et d'énergie, que nous trouvons tellement bon que nous l'ajouterons au programme du groupe 1 auquel nous sommes trois sur quatre rattachés. Un autre apport est un Seyssel mousseux de l'Ain, gentil pétillant fort agréable car sans prétention. Mais nous travaillons quand même ! Il se trouve que j'avais diffusé aux inscrits à l'académie la liste des millésimes qui seraient présents à la 30ème séance. Le plus vieux est 1929 et un des amis présents qui a apporté l'un des deux 1929 m'avait demandé en forme de challenge : vas-tu apporter plus vieux ? Comme pour me titiller un peu plus, il a apporté pour la séance d'ouverture une bouteille sans étiquette, sans capsule, avec un bouchon qui dépasse et qui est ficelé d'une ficelle très fine qui n'aurait jamais pu convenir à un champagne. A travers le verre on voit un liquide beige foncé trouble. L'ami ne sait pas de quoi il s'agit et pense à un vin du début du 20ème siècle, sans pouvoir deviner sa couleur. J'ouvre la bouteille, je sens et je m'écrie : « mais c'est un cidre ». Le parfum est sans équivoque. Nous buvons ce Cidre vers 1910 qui a une acidité bien contrôlée, un joli goût de pomme écrasée et se boit bien. Quelle belle surprise ! Mon ami me challenge avec un vin plus vieux que 1929. Il ne savait pas que j'avais apporté pour les ouvreurs l'arme secrète, que j'ai décidé de ne servir que lorsque tous les autres vins seraient ouverts : le reste de la bouteille de Malaga 1872 ouverte il y a deux jours. Nous nous recueillons car ce vin riche est d'une essence divine. Café, épices, tabac, chocolat, sont exposés avec une longueur infinie.

Lors de l'ouverture, de nombreux vins ont montré le même comportement du bouchon : lorsque l'on décapsule, le bouchon descend dans le goulot et fait remonter au-dessus de lui, dans le vide créé, un peu de vin. Comme lors d'autres séances d'ouverture, on peut penser que les conditions météorologiques ont une influence sur le comportement des bouchons. Deux fois, ce qui n'arrive quasiment jamais, Béatrice a dû transvaser le vin de deux bouteilles dont le bouchon est tombé dans le vin, risquant de le polluer.

Globalement les vins ouverts montrent très peu de défauts, un bordeaux et un vin d'Algérie semblant bouchonnés.

Les apports sont très conformes à la philosophie de l'académie et j'ai pu féliciter les membres de la qualité des apports. Il n'en est pas de même de la logistique concourant à la mise en place de l'événement, le nombre d'incidents de toutes sortes se multipliant à l'infini. J'ai donc annoncé que les règles se durciront pour la prochaine séance.

Les champagnes de l'apéritif viennent tous de ma cave et j'ai voulu jouer sur la diversité : Champagne Collery Herbillon brut - Champagne Hédiard Brut Rosé - Champagne David-Barnier - Champagne Laurent-Perrier Extra Brut - Champagne François Giraud Brut - Champagne Mailly-Champagne Cuvée Des Echansons 100% Grand Cru - Champagne Grande Cascade Rosé - Champagne Pierre Gerbais brut. Tous ces champagnes non millésimés de qualités diverses ont été appréciés par les participants. L'un des membres a ajouté deux magnums de Champagne Legras et Haas Collection Privée 1996, d'une belle vivacité et d'un parfum d'une folle jeunesse. J'ai bien aimé le Hédiard rosé, élaboré par P. & C. Heidsieck, plus vif que le Colley Herbillon mais un vigneron présent m'a dit qu'il préférait le Colley Herbillon, plus profond. Quelques amis ont pu goûter le cidre centenaire.

Nous passons à table et voici les vins affectés à chaque groupe.

Groupe 1 : Champagne Dom Pérignon P2 2000 - Bourgogne Aligoté 1957 - Clairette Les Coteaux du Languedoc sec Emile Rouaud 1929 - Château Roumieu Bordeaux Supérieur blanc sec 1957 - Château La Cabanne Pomerol 1961 - Château Mouton-Rothschild 1952 - Château Reignac 1949 - Château Cheval Blanc magnum 1955 - Fleurie Girodit-Henry 1943 - Vosne-Romanée Bouchard Père & Fils 1971 - Vosne Romanée Colomb-Maréchal 1929 - Vin d'Algérie rouge d'Oran domaine Sénéclauze 1955 - Domaine de Castel-Fos Bordeaux Supérieur liquoreux #1960 - Tokaji Eszencia Aszu 1988.

Groupe 2 - Champagne Veuve Clicquot Ponsardin 1989 - Chablis 1er Cru Côte de la Fourchaume Domaine Philippon 1969 - Meursault Caves Nicolas 1961 - Château Terrey Gros Cailloux Saint-Julien 1969 - Château Fourcas Dupré Listrac Magnum 1970 (2 tables) - Château Lynch Bages 1975 - Château Jura-Plaisance Montagne Saint-Emilion 1952 - Château Nénin 1949 - Chambolle Musigny Piat & Cie années 60 - Vin d'Algérie rouge d'Oran domaine Sénéclauze 1959 - Monbazillac Louis Monbouché 1933 - Château d'Yquem 1996 - Tokaji Eszencia Aszu 1988.

Groupe 3 : Champagne Veuve Clicquot Ponsardin 1989 - Meursault Genevrières Louis Latour 1969 - Vin de l'Etoile Réserve du Prince Maurice Bouvret 1953 - Château Bouscaut Graves rouge 1981 - Château Bouscaut Graves rouge 1964 - Château Pavie Valette 1976 - Château Talbot 1966 - Château Latour 1950 - Châteauneuf-du-Pape Lagoste & Cie 1967 - Bertani Amarone della Valpolicella DOC Reccioto Secco 1959 - Barolo Alfredo Prunitto Alba 1967 - Château Clos Haut Peyraguey 1er Grand Cru Classé 1959 - Vénérable Pedro Ximenez Pedro Domecq Jerez 1959 - Tokaji Eszencia Aszu 1988.

Groupe 4 : Champagne Pierre Gerbais brut - Champagne Jean de Reyt à Chaigny les Roses 1979 - Pinot Gris J. Salzmann Tokay d'Alsace 1959 - Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 1986 - Château Fourcas Dupré Listrac Magnum 1970 (2 tables, 2 et 4) - Château les Ormes de Pez 1961 - Château Lynch Bages 1958 - Aloxe-Corton Louis Latour 1955 - Nuits Saint Georges les Boudots Lionel J. Bruck 1969 - Vosne-Romanée Léon Grivelet-Cusset 1955  - Vosne-Romanée Jessiaume Père & Fils 1959 - Cornas Auguste Clape 1982 - Château Rayne Vigneau 1989 - Tokaji Eszencia Aszu 1988.

Etant au groupe 1 j'ai bu les vins de ce groupe, mais des académiciens généreux m'ont aussi fait goûter des vins de leur table. Le menu prévu par le restaurant est : maquereaux grillés, cébettes et échalotes confites à l'huile d'olive / minestrone de black eyed peas et légumes printaniers / carré d'agneau d'Auvergne aux épices, jus corsé et tarte aux légumes / Fromages dont certains offerts par des académiciens / mangue fraîche rôtie, meringue au citron vert et rhubarbe confite.

Le Champagne Dom Pérignon P2 2000 est d'une rare puissance. Il est follement jeune et conquérant. Il faudra qu'il s'assagisse pour qu'on profite de sa classe. Il s'est épanoui en se réchauffant.

Le Bourgogne Aligoté 1957 qui avait été ouvert pour les ouvreurs est d'une fraîcheur franche très aimable. Ce vin de Monthélie est bien agréable, sans prétention.

La Clairette Les Coteaux du Languedoc sec Emile Rouaud 1929 m'avait troublé à l'ouverture car son nez était celui d'un vin doux très caramélisé. Or en fait en bouche il est bien sec comme l'indique l'étiquette. C'est plus un vin de curiosité que de structure mais qui ne manque pas de charme.

Le Château Roumieu Bordeaux Supérieur blanc sec 1957 a un parfum glorieux et une présence en bouche impressionnante. C'est le bordeaux blanc dans toute sa noblesse avec en plus des suggestions de liquoreux comme cela arrive souvent pour les vins secs des maisons de Sauternes.

Le vigneron qui a apporté le Château La Cabanne Pomerol 1961 qui n'est pas de son domaine se prend à le critiquer alors qu'à notre table nous aimons son velours délicat. Je lui fais remarquer aimablement que c'est parce que c'est son apport qu'il le critique. Car le vin sans être transcendant est franchement bon.

Le Château Mouton-Rothschild 1952 est un vrai grand Mouton. Son grain, sa mâche, sont d'une noblesse de très grand vin. Il n'a pas de défaut, il est noble et parfait et se comparerait volontiers aux très grands millésimes de Mouton comme 1955 ou 1959.

Le Château Reignac 1949 est une belle curiosité mais je n'arrive pas à me laisser séduire. Il est d'une belle année et d'une belle construction, mais il lui manque l'émotion. Était-ce lui le deuxième vin légèrement bouchonné de notre groupe, je ne m’en souviens plus.

J'ai rajouté ce matin le Château Cheval Blanc magnum 1955 pour qu'un des vins de notre groupe puisse être affecté au groupe de celui qui l'a apporté. J'ai pris ce magnum de niveau bas et je dois dire que c'est une merveille. Il a la puissance et le grain d'un très noble vin mais il y ajoute un charme supérieur à celui offert par le Mouton. Et sa longueur est extrême. J'ai naturellement tendance à aimer les vins que j'apporte mais là, je suis heureux de la prestation de ce grand vin.

Le Fleurie Girodit-Henry 1943 a tout pour lui. Il pourrait rendre la pareille à beaucoup de grands bourgognes et il est d'une lisibilité rare qui ajoute à son plaisir. C'est un vin de plaisir.

Le Vosne-Romanée Bouchard Père & Fils 1971 que j'ai aussi ajouté au dernier moment a lui aussi un niveau bas, mais on ne sent aucun défaut. C'est le beau bourgogne frais en pleine possession de ses atouts de séduction. J'adore cette Bourgogne de suggestion.

Le Vosne Romanée Colomb-Maréchal 1929 est d'une année exceptionnelle. On le ressent dans la largeur de la structure de ce vin. Mais j'ai préféré le message du 1971 et de plusieurs autres Vosne-Romanée des autres tables, car nous avions une belle brochette de cette appellation. Les Vosne-Romanée Léon Grivelet-Cusset 1955  et Vosne-Romanée Jessiaume Père & Fils 1959 sont plus romantiques que le 1929.

J'ai les yeux de Chimène pour les vins d'Algérie et donc par principe pour le Vin d'Algérie rouge d'Oran domaine Sénéclauze 1955. Objectivement il est plus simple que les vins de Frédéric Lung, mais il a un charme naturel avec des suggestions de café que j'adore.

Le Domaine de Castel-Fos Bordeaux Supérieur liquoreux #1960 est joliment moelleux mais simple. J'aime ces fantassins. Bien sûr à côté de grands liquoreux, il ne peut soutenir la comparaison. Mais il est agréable à boire.

J'ai ajouté à chacune des quatre tables un Tokaji Eszencia Aszu Disnoko 1988. Ce vin doucereux est un parfum. Il est riche et tellement envoûtant dans son numéro de séduction et avec son goût de raisin sec pressés qu'on en boirait jusqu'à la fin de la nuit. Je l'ai préféré au Vénérable Pedro Ximenez Pedro Domecq Jerez 1959 qui est beaucoup plus fort et plombé, presque assommant de sa force caramélisée et torréfiée.

En cours de route on m'a apporté des vins des autres tables. Le Château Fourcas Dupré Listrac Magnum 1970 affecté aux tables 2 et 4 est produit par le vigneron de notre table. Hélas la bouteille a un léger bouchon. Cela arrive.

Le Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 1986 très joliment structuré m'a moins impressionné que d'autres convives. J'ai le palais plus sensible aux vins plus anciens.

Le Château Bouscaut Graves rouge 1964 est assez aimable mais je ne lui ai pas porté l'attention nécessaire. L'ami qui a apporté le Château Talbot 1966 en est fier et il a raison car c'est un Talbot solide d'une belle année. Le Château Latour 1950 est un grand Latour mais peut-être pas le plus grand des immenses bordeaux 1950 que j'ai bus comme Haut-Brion est surtout Pétrus.

Le Chambolle Musigny Piat & Cie années 60 dont on pourrait ne pas attendre grand-chose se montre un très aimable et joli bourgogne.

Le Monbazillac Louis Monbouché 1933 fait effectivement de l'ombre au Domaine de Castel-Fos Bordeaux Supérieur liquoreux #1960 de notre table. Il est un peu torréfié. L'Aloxe-Corton Louis Latour 1955 au très beau niveau que j'ai ajouté ce matin fait partie des bourgognes authentiques que j'adore. Il faut dire que 1955 est une année bénie en Bourgogne.

Globalement, la qualité des apports de cette édition de l'académie est très belle. Si je devais classer les vins qui m'ont le plus ému : 1 - Château Cheval Blanc magnum 1955, 2 - Château Mouton-Rothschild 1952, 3 - magnum de Krug Grande Cuvée à étiquette crème, 4 - Château Roumieu Bordeaux Supérieur blanc sec 1957, 5 - Fleurie Girodit-Henry 1943, 6 - Tokaji Eszencia Aszu Disnoko 1988.

Je n'ai conservé dans ce classement que des vins de ma table, car pour les autres, même grands, le fait qu'on me passe un verre rapidement puis un autre ne me permet pas de faire un vrai jugement. Il y a dans les autres tables des vins comme le Latour 1950 ou comme les Vosne-Romanée des vins qui mériteraient un classement, mais restons dans le cadre de ma table.

Le menu a été de très bonne qualité. Seul le minestrone n'est pas l'ami des vins. Le service a été excellent et Gwen a fait un service des vins de très haut niveau. Il y avait parmi les membres de ce soir environ 50% d'habitués et 50% de nouveaux. Nous avons eu notamment trois anglais de trois origines distinctes, une chinoise, un allemand, deux belges et un américain. Beau cosmopolitisme. La gent masculine était largement majoritaire. Il faut vite corriger ça. Pour me faire pardonner de cette injustice j'ai offert à la seule femme de ma table, en catimini, le dernier verre du Malaga 1872. Ce ne sera pas suffisant pour me faire pardonner cette entorse à la parité.

Tous les clignotants de cette trentième séance sont au vert. Ce fut une très belle séance de l'académie des vins anciens, avec de beaux vins, bus dans une des plus agréables ambiances que nous ayons connues.

la préparation des groupes en cave : les champagnes, puis les vins des groupes 1, 2, 3 et 4 deux bouteilles manquaient pour le groupe 4 lors des photos en cave voici les vins apportés pour les "ouvreurs" de bouteilles le cidre de plus d'un siècle le reste du Malaga 1872 les bouchons je n'ai pas pris toutes les photos des plats les photos de toutes les bouteilles, groupe par groupe et une par une, sont sur les articles suivants.

30ème séance de l’académie des vins anciens – vins du groupe 1 jeudi, 17 mai 2018

Champagne Dom Pérignon P2 2000 Clairette Les Coteaux du Languedoc sec Emile Rouaud 1929 Château Roumieu Bordeaux Supérieur blanc sec 1957 (sans étiquette) Château Pavie Valette 1976 Château Mouton-Rothschild 1952 Château Reignac 1949 Château Latour 1950 Fleurie Girodit-Henry 1943 Vosne Romanée Colomb-Maréchal 1929 Vin d'Algérie rouge d'Oran domaine Sénéclauze 1955 Domaine de Castel-Fos Bordeaux Supérieur liquoreux #1960 Tokay Eszencia Aszu 1988

30ème séance de l’académie des vins anciens – vins du groupe 4 jeudi, 17 mai 2018

Champagne Jean de Reyt à Chaigny les Roses 1979 Pinot Gris J. Salzmann Tokay d'Alsace 1959 Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 1986 Château Fourcas Dupré Listrac Magnum 1970 (2 tables) Château les Ormes de Pez 1961 Château Lynch Bages 1958 Nuits Saint Georges les Boudots Lionel J. Bruck 1969 Vosne-Romanée Jessiaume Père & Fils 1959 Vosne-Romanée Léon Grivelet-Cusset 1955 Cornas Auguste Clape 1982 Barolo Alfredo Prunotto Alba 1967 Château Rayne Vigneau 1989 Tokay Eszencia Aszu 1988 2 bouteilles sont manquantes au moment où j'ai fait les photos

Un roman haletant jeudi, 26 avril 2018

Charles est un des plus fidèles participants de mes dîners. Il a probablement participé à une quinzaine de dîners. C'est un gastronome raffiné. Il vient de publier un premier roman. A lire absolument. CONTRETEMPS de Charles Marie aux éditions Aux Forges de Vulcain

Une apicultrice prend la plume mardi, 17 avril 2018

Valérie Valeix est apicultrice mais aussi auteur de romans policiers. Dans ce roman « confession d'un pot de miel » un des personnages est collectionneur de vins anciens.

L'œnologie et même un de mes dîners trouve sa place dans ce roman que je vous recommande.

Valérie est aussi apicultrice et se bat pour la défense de l'abeille. Acheter son livre (10 €) c'est en plus du plaisir soutenir son combat.

son combat Valérie gère "les ruchers d'Audrey" 12 les Berteaux 28260 Guainville, médaille d'Or Miel de Tilleul 2014. (demandez-moi ses coordonnées si vous le souhaitez)

29ème séance de l’académie des vins anciens au restaurant Macéo mardi, 10 avril 2018

La 29ème séance de l’académie des vins anciens se tient au restaurant Macéo. Nous sommes 48 convives répartis en 4 tables de 12 personnes et cette réunion est spéciale puisque tous les vins proviennent de ma cave, à la demande de l’ordonnateur de cette séance. Il y a deux jéroboams qui seront servis aux quatre tables et plusieurs magnums servis à deux tables. Pour la majorité des vins, il y a quatre bouteilles, dont une à chaque table. Les programmes des tables sont très proches.

Les champagnes pris debout et en commun sont : Champagne Billecart Salmon Brut sans année magnum, Champagne Pierre Péters Blanc de Blancs Jéroboam 1995 mis en bouteille pour l'an 2000, Champagne Besserat de Bellefond brut 1975, Champagne Canard Duchêne Impérial Star 1970.

Les vins du Groupe 1 : Coteaux Champenois Blanc de Blancs Pol Roger sans année, Chassagne Montrachet 1er cru Morgeot Domaine Ramonet magnum 1994, Vouvray Grande Année Clovis Lefèvre 1959, Cahors Clos de Gamot 1929, Château Fontaine Montaiguillon Saint-Georges Saint-Emilion 1964, Château Meyney Saint-Estéphe Jéroboam 1967, Château Palmer Margaux 1981, Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1982, Vega Sicilia Unico Ribeira del Duero 1961, Château Chalon Jean Macle 1991, Château Filhot Sauternes 1976, Rivesaltes Vin Doux Naturel Domaines et Terroirs du Sud 1955, Tokaji Aszu Eszencia  Hongrie 1988, Rhum Black Head Rum West Indies Cazenove vers années 50.

Les vins du groupe 2 : Coteaux Champenois Blanc de Blancs Pol Roger sans année, Chassagne Montrachet 1er cru Morgeot Domaine Ramonet magnum 1994, Vouvray Grande Année Clovis Lefèvre 1959, Cahors Clos de Gamot 1929, Château Fontaine Montaiguillon Saint-Georges Saint-Emilion 1964, Château Meyney Saint-Estéphe Jéroboam 1967, Château Palmer Margaux 1981, Auxey-Duresses Bégin Colnet 1967, Côte Rôtie Côtes Brune et Blonde E. Guigal 1987, Château Chalon Jean Berthet Bondet 1988, Château Filhot Sauternes 1976, Rivesaltes Vin Doux Naturel Domaines et Terroirs du Sud 1955, Tokaji Aszu Eszencia  Hongrie 1988, Rhum Black Head Rum West Indies Cazenove vers années 50 (partagé aux quatre tables).

Les vins du groupe 3 : Coteaux Champenois Blanc de Blancs Pol Roger sans année, Chassagne Montrachet 1er cru Morgeot Domaine Ramonet magnum 1994, Vouvray Grande Année Clovis Lefèvre 1959, Cahors Clos de Gamot 1937, Château Fontaine Montaiguillon Saint-Georges Saint-Emilion 1964, Château Meyney Saint-Estéphe Jéroboam 1967, Château Palmer Margaux 1981, Auxey-Duresses Bégin Colnet 1967, Côte Rôtie Côtes Brune et Blonde E. Guigal 1987, Côtes du Jura Blanc Château d'Arlay 1989, Château Filhot Sauternes 1976, Rivesaltes Vin Doux Naturel Domaines et Terroirs du Sud 1955, Tokaji Aszu Eszencia  Hongrie 1988, Rhum Black Head Rum West Indies Cazenove vers années 50.

Les vins du groupe 4 : Coteaux Champenois Blanc de Blancs Pol Roger sans année, Chassagne Montrachet 1er cru Morgeot Domaine Ramonet magnum 1994, Vouvray Grande Année Clovis Lefèvre 1959, Cahors Clos de Gamot 1929, Château Fontaine Montaiguillon Saint-Georges Saint-Emilion 1964, Château Meyney Saint-Estéphe Jéroboam 1967, Château Palmer Margaux 1981, Auxey-Duresses Bégin Colnet 1967, Côte Rôtie Côtes Brune et Blonde E. Guigal 1987, Côtes du Jura Blanc Château d'Arlay 1989, Château Filhot Sauternes 1976, Rivesaltes Vin Doux Naturel Domaines et Terroirs du Sud 1955, Tokaji Aszu Eszencia  Hongrie 1988, Rhum Black Head Rum West Indies Cazenove vers années 50.

J’arrive avant 16 heures pour ouvrir toutes ces bouteilles, aidé par Béatrice, fidèle de l’académie, sans qui je serais bien incapable d’effectuer tout le travail physique des vins et des verres puisque j’ai apporté une centaine de verres Riedel que je réserve à l’académie, en supplément des verres du restaurant.

Pour l’ouverture des vins qui doit être faite en un temps très court, j’utilise le Durand, un tirebouchon spécial qui marie un bilame avec un tirebouchon. C’est un outil astucieux qui permet d’aller plus vite mais qui blesse les bouchons. Comme je garde généralement tous les bouchons, je n’utilise le Durand que pour l’académie. L’ouverture des vins est sans histoire, faite dans l’ordre de service des vins. En ouvrant les quatre bordeaux de 1964 je constate que l’un des quatre est bouchonné et lorsque j’ai voulu repérer lequel, une heure plus tard, j’étais incapable de le retrouver, ce qui montre l’effet de l’aération. Les plus belles odeurs sont celles des Palmer, du jéroboam de Meyney, du Vega Sicilia, et des Filhot. Curieusement lorsque je sens les Vouvray 1959, je ressens un vouvray sec, alors qu’en fait il s’agit d’un vouvray légèrement moelleux.

Les convives sont tous ponctuels car ils étaient ensemble en séminaire de travail aujourd’hui.

N’ayant pas pris de notes, j’évoquerai les vins en signalant surtout comment je les ai ressentis par rapport à mes intuitions a priori.

Le Champagne Billecart Salmon Brut sans année en magnum est une agréable surprise car il a une bonne trentaine d’années, ce que révèle sa couleur ambrée. Il est très expressif, serein et accompli.

Le Champagne Pierre Péters Blanc de Blancs Jéroboam 1995 mis en bouteille pour l'an 2000 est beaucoup plus vif et tendu, sans que cela discrédite le champagne précédent. C’est un magnifique blanc de blancs encore plein de jeunesse. Et l’effet du format joue pour lui donner de l’amplitude.

La bouteille de Champagne Besserat de Bellefond brut 1975 qui m’est servie est plutôt fatiguée, sans grande vibration.

Au contraire la bouteille de Champagne Canard Duchêne Impérial Star 1970 donne un champagne élégant et de belle maturité. Une belle surprise.

Nous passons à table. Le menu du dîner est : salade de poireaux façon mimosa, pousses de mâche / filet de merlan de ligne, salicorne, sauce quinoa et moutarde de Meaux / quasi de veau cuit doucement, asperge verte et ail des ours / fromages / cappuccino de fruits frais / chocolats.

Les vins de ma table sont ceux du Groupe 1. Le Coteaux Champenois Blanc de Blancs Pol Roger sans année est un vin tranquille d’une bonne trentaine d’années. Il est d’un goût inhabituel, un peu vieux et un peu coincé.

Le Chassagne Montrachet 1er cru Morgeot Domaine Ramonet magnum 1994, en revanche, est joyeux et généreux, facile à comprendre pour tous mes convives car il a des goûts très jeunes et très actuel. Ce vin intense d’une grande maison a beaucoup de précision et de charme.

Le Vouvray Grande Année Clovis Lefèvre 1959 me surprend car il est moelleux. Je l’attendais sec car j’en ai en cave. Il est d’une rare élégance, tout en subtilité pianotée et mesurée. C’est un grand vin d’une année prestigieuse.

J’ai ouvert trois Cahors Clos de Gamot 1929 et un 1937 mis à une autre table. Les parfums des quatre Cahors m’ont surpris par leur jeunesse et leur pertinence. Celui que nous buvons est un excellent vin qui n’a pas d’âge, au fruit vif. Mes convives s’étonnent qu’un vin de 89 ans ait cette tenue. Le vin bouleverse toute la table.

J’avais peur avec les quatre Château Fontaine Montaiguillon Saint-Georges Saint-Emilion 1964 dont un devait être bouchonné mais ne s’est pas déclaré après aération. Celui que nous buvons a une personnalité que je n’attendais absolument pas. Sans être grand il a un beau message.

La grande surprise c’est la jeunesse et la précision du Château Meyney Saint-Estèphe Jéroboam 1967. Le format a manifestement contribué à conserver sa jeunesse mais il est très au-dessus de ce que j’attendais. C’est un vin de plaisir.

Le Château Palmer Margaux 1981 est incroyablement expressif, explosant de truffe. C’est un vin noble et racé, le plus racé des vins jusqu’à présent. On se régale.

Le Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1982 est un vin très réussi du domaine. Le haut de son bouchon sentait la terre alors que le bas du bouchon n’était pas affecté. Il a tout ce qui fait le charme des vins du domaine, le sel et la rose et tout est subtilement suggéré. Il est au-dessus de ce que j’attendais.

Le Vega Sicilia Unico Ribeira del Duero 1961 est inouï. J’avais bu ce midi le 1972 et voici que ce 1961 est dix fois plus jeune. Il est d’un fruit absolu dont la fraîcheur est presque acidulée. Ce vin est invraisemblable de fraîcheur non pas mentholée mais acidulée. Sa longueur est infinie. C’est un des très grands Vega que j’aie eu la chance de boire.

Le Château Chalon Jean Macle 1991 est noble. On sent le talent et la précision extrême du travail de Jean Macle. Il y a de la noix bien sûr mais surtout de la noblesse dans ce vin jaune profond et gourmand sur un fromage à croûte cendrée.

Le Château Filhot Sauternes 1976 a la fraîcheur d’un aimable sauternes. Sur un bleu un peu sec il est brillant. Il se boit avec une facilité déconcertante, tant il est fluide et floral.

Le Rivesaltes Vin Doux Naturel Domaines et Terroirs du Sud 1955 est exceptionnel, car on sent plus la fraîcheur que la pesanteur alcoolique. Il voisine avec bonheur avec un fromage de chèvre dans un accord que j’adore. Il est d’une rare palette de goûts doucereux et poivrés.

A toutes les tables on se régale du Tokaji Aszu Eszencia  Hongrie 1988 comme si l’on mâchait des grains de raisin sur-mûris.  Il a la douceur, le charme et la fluidité et convient parfaitement au dessert. Sa douceur est confondante.

Le Rhum Black Head Rum West Indies Cazenove que j’ai annoncé vers années 50 est plutôt des années 20 ou 30. Il manque un peu d’énergie comme s’il était éventé, mais progressivement son message s’amplifie. Quel beau témoignage. On pense à Louis Armstrong, au Negro Spiritual et mon esprit voyage dans le monde du jazz des années 40. La bouteille est sublime.

J’ai voulu dans ce dîner faire voyager chaque convive dans le temps et dans l’espace puisque par exemple, en régions, notre table a goûté du champagne pétillant et tranquille, du bourgogne blanc et rouge, du vin de Loire, de Cahors, du bordeaux rouge et liquoreux, de l’Espagne, du Jura, de Rivesaltes, de Hongrie et ce rhum des West Indies.

Il est difficile de classer les vins mais je le ferais ainsi : 1 – Vega Sicilia Unico 1961, 2 – Meyney 1967, 3 - Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1982, 4 - Château Chalon Jean Macle 1991, 5 - Château Palmer Margaux 1981, 6 - Rivesaltes Domaines et Terroirs du Sud 1955, 7 - Rhum années 30.

Il suffit de ces sept vins sur les 18 que nous avons goûtés pour en faire une soirée mémorable. Dans la belle salle du premier étage du restaurant Macéo, nous avons atteint la limite du nombre possible de convives. 36 eût été plus facile à gérer. Le service du restaurant a été impeccable et la cuisine satisfaisante pour un repas difficile à gérer. Ce fut une très belle séance de l’académie des vins anciens dans une ambiance amicale et joyeuse.

En cave, le tri des bouteilles pour composer les groupes Champagne Billecart-Salmon Brut sans année d'environ 30 ans Les vins du Groupe 1 Champagne Pierre Péters Blanc de Blancs Jéroboam 1995 mis en bouteille pour l'an 2000 Champagne Besserat de Bellefond brut 1975 Champagne Canard Duchêne Impérial Star 1970 Coteaux Champenois Blanc de Blancs Pol Roger sans année Chassagne Montrachet 1er cru Morgeot Domaine Ramonet 1994 Vouvray Grande Année Clovis Lefèvre 1959 Cahors Clos de Gamot 1929 Château Fontaine Montaiguillon Saint-Georges Saint-Emilion 1964 Château Meyney Saint-Estéphe Jéroboam 1967 Château Palmer Margaux 1981 Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1982 Vega Sicilia Unico Ribeira del Duero 1961 Château Chalon Jean Macle 1991 Château Filhot Sauternes 1976 Rivesaltes Vin Doux Naturel Domaines et Terroirs du Sud 1955 Tokaji Aszu Eszencia Hongrie 1988 Rhum Black Head Rum west Indies Cazenove vers années 50 Les vins du groupe 2 Champagne Pierre Péters Blanc de Blancs Jéroboam 1995 mis en bouteille pour l'an 2000 (voir photo dans le groupe 1) Champagne Besserat de Bellefond brut 1975 Champagne Canard Duchêne Impérial Star 1970 Coteaux Champenois Blanc de Blancs Pol Roger sans année Chassagne Montrachet 1er cru Morgeot Domaine Ramonet 1994 (voir photo dans le groupe 1) Vouvray Grande Année Clovis Lefèvre 1959 Cahors Clos de Gamot 1929 Château Fontaine Montaiguillon Saint-Georges Saint-Emilion 1964 Château Meyney Saint-Estéphe Jéroboam 1967 (voir photo dans le groupe 1) Château Palmer Margaux 1981 Auxey-Duresses Bégin Colnet 1967 Côte Rôtie Côtes Brune et Blonde E. Guigal 1987 Château Chalon Jean Berthet Bondet 1988 Château Filhot Sauternes 1976 Rivesaltes Vin Doux Naturel Domaines et Terroirs du Sud 1955 (voir photo dans le groupe 1) Tokaji Aszu Eszencia Hongrie 1988 Rhum Black Head Rum west Indies Cazenove vers années 50 (voir photo dans le groupe 1) Les vins du groupe 3 Champagne Pierre Péters Blanc de Blancs Jéroboam 1995 mis en bouteille pour l'an 2000 (voir photo dans le groupe 1) Champagne Besserat de Bellefond brut 1975 Champagne Canard Duchêne Impérial Star 1970 Coteaux Champenois Blanc de Blancs Pol Roger sans année Chassagne Montrachet 1er cru Morgeot Domaine Ramonet 1994 Vouvray Grande Année Clovis Lefèvre 1959 Cahors Clos de Gamot 1937 Château Fontaine Montaiguillon Saint-Georges Saint-Emilion 1964 Château Meyney Saint-Estéphe Jéroboam 1967 (voir photo dans le groupe 1) Château Palmer Margaux 1981 Auxey-Duresses Bégin Colnet 1967 Côte Rôtie Côtes Brune et Blonde E. Guigal 1987 Côtes du Jura Blanc Château d'Arlay 1989 Château Filhot Sauternes 1976 Rivesaltes Vin Doux Naturel Domaines et Terroirs du Sud 1955 Tokaji Aszu Eszencia Hongrie 1988 Rhum Black Head Rum west Indies Cazenove vers années 50 (voir photo dans le groupe 1) Les vins du groupe 4 Champagne Pierre Péters Blanc de Blancs Jéroboam 1995 mis en bouteille pour l'an 2000 (voir photo dans le groupe 1) Champagne Besserat de Bellefond brut 1975 Champagne Canard Duchêne Impérial Star 1970 Coteaux Champenois Blanc de Blancs Pol Roger sans année Chassagne Montrachet 1er cru Morgeot Domaine Ramonet 1994 (voir photo dans le groupe 3) Vouvray Grande Année Clovis Lefèvre 1959 Cahors Clos de Gamot 1929 Château Fontaine Montaiguillon Saint-Georges Saint-Emilion 1964 Château Meyney Saint-Estéphe Jéroboam 1967 (voir photo dans le groupe 1) Château Palmer Margaux 1981 Auxey-Duresses Bégin Colnet 1967 Côte Rôtie Côtes Brune et Blonde E. Guigal 1987 Côtes du Jura Blanc Château d'Arlay 1989 (voir photo dans le groupe 3) Château Filhot Sauternes 1976 Rivesaltes Vin Doux Naturel Domaines et Terroirs du Sud 1955 (voir photo dans le groupe 3) Tokaji Aszu Eszencia Hongrie 1988 Rhum Black Head Rum west Indies Cazenove vers années 50 (voir photo dans le groupe 1) quelques bouteilles sur le comptoir du restaurant Macéo les bouchons les photos des plats sont de mauvaise qualité

223rd dinner is held at restaurant Le Laurent mercredi, 4 avril 2018

The 223rd wine-dinners dinner is held at the restaurant Le Laurent. It was decided in record time, a faithful of my dinners telling me that a Boston American wanted to celebrate with his associates and his councils the realization of a contract which I did not ask me say more. The wines were delivered a week ago. When I arrive at 5 pm to open the wines, Ghislain, the sommelier-chef of the restaurant, has already arranged the bottles of dinner on a table in the order of service so that I can take the traditional photo. I really appreciate this initiative. On a nearby table everything I could need is in place. I open the bottles in the order of service and I do not have the memory of having opened so many bottles without one of them causing me problems of unfriendly odors. Today all perfumes are perfect. Will they hold, we'll see. The Pomerol Caillou 1953 has a divine perfume of Pomerol, much richer than that of the Pétrus 1966. I swoon feeling the odor message of the Domaine Echézeaux Romanée Conti 1981 which is so characteristic of the Domaine. The 1961 Yquem seems much drier than the more botrytised Climens 1943. Now comes the opening of the last wine, not registered in the program, which I added as a gift. It is a Rota 1858, only mentions on the label written by hand. There is very little information on the web about this Andalusian wine and as the glass is opaque I do not know what type of wine it is, red, white or sweet. The cork is very strongly glued to the glass and crumbles easily. I have to curette at the beginning to be able to lift the perfect cork. I make Ghislain smell and ahead of me he says that this nose is the same as that of my 1845 Cyprus wines. These fragrances are those of a perfume, haunting, bewitching, made of pepper, licorice, spices, zest of infinite richness. And I cannot help feeling immense joy. In the cave of Ali Baba that I acquired, the Rota 1858 were unknown as were unknown bottles without labels. Knowing that this Rota 1858 is at the level of wine dearest to my heart, Cyprus 1845, can only make me happy. We are thirteen, including three women. As the organizer of this dinner is American, the dinner is held in English, too, as almost all the guests are unknown to me and speak English, I do not know what is the proportion of Americans and French. I suppose it's half and half. In the entrance lounge which has the shape of a rotunda we drink the Champagne Salon Magnum 1997 on beautiful cheese gougères. This champagne is at once the ideal son-in-law, because he is insolent of charm, like George Clooney at the age of twenty, and at the same time Macronian in the sense of "and at the same time", because it combines ease of reading and complexity and it combines a vinous character with a great romanticism. He has everything for him and is at more than twenty years old in a moment of fullness. We sit down to table. The menu prepared by Alain Pégouret is: Sea spider in its jelly juices, cream of fennel / Morels and peas wracked, juices barely creamed, garlic of the bears (ail des ours) / Piece of beef served in aiguillettes, puffed apples / Lamb of milk (agneau de lait) marinated herbs cooked in field dress, crispy of safflings and artichokes, fondue of heart of romaine / sweetbreads, black olives / Stilton / Marvelous with mango / Palm trees "Laurent".

Champagne Ruinart Père & Fils 1955 is the only wine I tasted before the meal because pouring a glass is against the integrity of the method of slow oxygenation, which is all the more effective when we no longer touch the bottle that has just been opened. The champagne had conquered me but I had measured how much this champagne can be difficult to understand for those who are not used to old champagnes. To my surprise, all the guests enjoyed this bubble-free champagne but sparkling well present, with autumn tastes but sunny. Very rich and long in the mouth it is softened by the spider crab and shows a confusing charm. It is a very beautiful champagne generous, precise and chiselled.

Morels accompany two wines. Château Laville Haut-Brion Graves 1982 is an irresistibly young light yellow, and it is a characteristic of this wine at all ages. It is complex, playing on its ideal acidity and a beautiful character of Graves and what strikes is its full width. He is a triumphant warrior. Beside him the Kebir-Rosé Etablissements Frédéric Lung Alger # 1947 in the color of a pink tea is unknown to all but two guests who have already participated in one of my dinners at George V where I had served it. It is surprising because we have no reference. Ghislain at the opening had felt the datte in his perfume. I also feel sketches of coffee and it seems to me more in a line of white wine than rosé wine. It could be a rich and noble white Rhône. Everyone is captivated by this wine. The harmony of morels is also interesting with each wine. The Laville widens and the Kebir becomes deeper.

On the piece of beef with heavy sauce there are three bordeaux of the right bank. The Chateau Ausone 1964 is exceptional of refinement. I waited for a solid Ausone and I drink a noble and gallant Ausone, an Aramis, an Alfred de Vigny. It is a very big refined Ausone. Château Le Caillou Pomerol 1953 is the absolute definition of perfect Pomerol, even more than its more capped neighbor. He is rich, exudes the truffle, and shows an unsuspected energy. The 1966 Petrus is all about subtlety. Much less triumphant than the Caillou, he is like the Japanese calligrapher who will only be understood by initiates. His message is subtle, balanced, refined and apparently the whole table understands it. Caillou reacts well on the heavy sauce.

The Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1981 has the characteristics I like, the rose and salt. I love it because it is all in suggestion. It is not a powerful wine, it is a wine that suggests notes of great intelligence. Beside him, on the suckling lamb, Château Corton Grancey Louis Latour 1964 is of an incredible serenity. It's the perfect Burgundy wine. I drank several times this 1964 and I never met him as fulfilled and balanced. The votes will devote his brilliant performance. I ate the meat on the Corton and the salad of a beautiful bitterness on the Echézeaux because this Roman salad has exacerbated the bitterness of the 1981 in an alliance of total beauty.

The Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Aîné 1962 is an absolute balance. It is fine, refined, very Burgundian without giving up its Rhone origins. I'm in love with this wine so easy to read, like the 1997 Salon, but revealing beautiful complexities. The agreement with sweetbreads is divine.

The two sauternes will be served on two courses, stilton first and then mango dessert. The Château d'Yquem 1961 is noble and ate some of its sugar. He thus plays on his finesse and the saline stilton showcases it much more than the Château Climens Haut-Barsac 1943 with the golden mahogany robe and the blooming botrytis. While intrinsically the Climens is wider and more joyful than the Yquem it is the latter who will collect votes while the Climens will be unfairly forgotten. Now comes in her beautiful opaque bottle with very deep bottom Rota Spanish wine 1858. The color is complex with very dark tones but also light yellow tones as a mixture unreal. The nose is incredibly invasive and in the mouth it is melted lead of happiness. There is an intense pepper, licorice, orange zest suggested. Many spices are added but it is especially its aromatic persistence which is infinite. It is a cousin of taste with Cyprus 1845, absolutely divine wine. It is time to vote and it is difficult because I think that with so much perfection if I redo my vote in one hour I could vote differently. We vote for our five favorites. Out of 13 wines, 12 had at least one vote. Six wines had the honor of being named first. The Hermitage La Chapelle had 4 votes of first, the Corton Grancey 3 votes of first, the Echézeaux and the Rota 1858 had 2 votes of first, the Laville and the Pétrus had one vote of first. The ranking of the consensus would be: 1 - Château Corton Grancey Louis Latour 1964, 2 - Echézeaux Domaine of Romanée Conti 1981, 3 - Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Senior 1962, 4 - Château d'Yquem 1961, 5 - Pétrus 1966, 6 - Château Laville Haut-Brion Graves 1982. My classification is: 1 - Rota wine from Spain 1858, 2 - Château Corton Grancey Louis Latour 1964, 3 - Château Laville Haut-Brion Graves 1982, 4 - Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1981, 5 - Château Ausone 1964. When I asked the guests what was the agreement that excited them most, what was my joy to see that all the dishes were cited as being the best food and wine pairing for at least one of them. My best would be sweetbread with 1962 La Chapelle. Congratulations to chef Alain Pégouret for creating so legible dishes that they have stuck to wines. The service was perfect, Aurélien who did the service of the wines was very attentive and succeeded perfectly. Were we in a flower day or a fruit day or another day for all the wines to be presented in the most accomplished form they could have, I do not know, but this dinner was a complete success.

(pictures are on the article in French, see below)

223ème dîner au restaurant Laurent mercredi, 4 avril 2018

Le 223ème dîner de wine-dinners se tient au restaurant Le Laurent. Il a été décidé en un temps record, un fidèle de mes dîners m’indiquant qu’un américain de Boston voulait fêter avec ses associés et ses conseils la concrétisation d’un contrat dont je n’ai pas demandé qu’on m’en dise plus. Les vins ont été livrés il y a une semaine.

Lorsque j’arrive à 17 heures pour ouvrir les vins, Ghislain, le sommelier-chef du restaurant, a déjà disposé les bouteilles du dîner sur une table dans l’ordre de service pour que je puisse prendre la traditionnelle photo. J’apprécie beaucoup cette initiative. Sur une table voisine tout ce dont je pourrais avoir besoin est en place. J’ouvre les bouteilles dans l’ordre de service et je n’ai pas le souvenir d’avoir ouvert tant de bouteilles sans que l’une d’entre elles ne me pose des problèmes d’odeurs inamicales. Aujourd’hui tous les parfums sont parfaits. Tiendront-ils, nous verrons. Le pomerol Caillou 1953 a un divin parfum de pomerol, nettement plus riche que celui du Pétrus 1966. Je me pâme en sentant le message odorant de l’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1981 qui est tellement caractéristique du domaine. L’Yquem 1961 paraît beaucoup plus sec que le Climens 1943 plus botrytisé. Arrive maintenant l’ouverture du dernier vin, non inscrit au programme, que j’ai ajouté comme un cadeau. C’est un Rota 1858, seules mentions sur l’étiquette écrite à la main. Il y a très peu d’informations sur le web sur ce vin d’Andalousie et comme le verre est opaque je ne sais pas de quel type de vin il s’agit, rouge, blanc ou liquoreux. Le bouchon est très fortement collé à la paroi et s’émiette facilement. Il me faut cureter au début pour pouvoir lever le tout petit bouchon au liège parfait. Je fais sentir à Ghislain qui me devance pour dire que ce nez est le même que celui de mes vins de Chypre 1845. Ces fragrances sont celles d’un parfum, envoûtant, ensorcelant, fait de poivre, d’épices de réglisse, de zestes, d’une richesse infinie. Et je ne peux m’empêcher d’éprouver une immense joie. Dans la caverne d’Ali Baba que j’ai acquise, les Rota 1858 étaient des inconnues comme les bouteilles sans étiquettes. Savoir que ce Rota 1858 est du niveau du vin le plus cher à mon cœur, le Chypre 1845, ne peut que me combler.

Nous sommes treize dont trois femmes. Comme l’organisateur de ce dîner est américain, le dîner se tient en anglais, aussi, comme presque tous les convives me sont inconnus et parlent anglais, je ne sais quelle est la proportion d’américains et de français. Je la suppose moitié-moitié.

Dans le salon d’entrée en forme de rotonde nous buvons le Champagne Salon Magnum 1997 sur de belles gougères au fromage. Ce champagne, c’est à la fois le gendre idéal, car il est insolent de charme, façon George Clooney à vingt ans, et à la fois macronien dans le sens de « et en même temps », car il combine facilité de lecture et complexité et il combine un caractère vineux avec un grand romantisme. Il a tout pour lui et se situe à plus de vingt ans en un moment de plénitude.

Nous passons à table. Le menu préparé par Alain Pégouret est : Araignée de mer dans ses sucs en gelée, crème de fenouil / Morilles et petits pois lutés, sucs à peine crémés, ail des ours / Pièce de bœuf servie en aiguillettes, pommes soufflées / Agneau de lait mariné aux herbes cuit en robe des champs, crispy de cébettes et d’artichauts, fondue de cœur de romaine / Ris de veau rissolé, blettes d’olives noires / Stilton / Merveilleux à la mangue / Les palmiers « Laurent ».

Le Champagne Ruinart Père &Fils 1955 est le seul vin que j’avais goûté avant le repas car verser un verre nuit à l’intégrité de la méthode d’oxygénation lente, qui est d’autant plus efficace qu’on ne touche plus à la bouteille qui vient d’être ouverte. Le champagne m’avait conquis mais j’avais mesuré combien ce champagne peut être difficile à comprendre si l’on n’a pas l’habitude des champagnes anciens. A ma grande surprise, tous les convives ont apprécié ce champagne sans bulle mais au pétillant bien présent, aux goûts d’automne mais ensoleillé. Très riche et long en bouche il est adouci par l’araignée de mer et se montre d’un charme confondant. C’est un très beau champagne généreux, précis et ciselé.

Les morilles accompagnent deux vins. Le Château Laville Haut-Brion Graves 1982 est d’un jaune clair irréellement jeune, et c’est une caractéristique de ce vin à tous les âges. Il est complexe, jouant sur son acidité idéale et un beau caractère de Graves et ce qui frappe c’est sa largeur épanouie. C’est un guerrier triomphant. A côté de lui le Kebir-Rosé Etablissements Frédéric Lung Alger #1947 à la couleur d’un thé rose est un inconnu de tous les convives sauf deux qui ont déjà participé à un de mes dîners au George V où je l’avais servi. Il est surprenant car l’on n’a pas de repère. Ghislain à l’ouverture avait senti de la datte dans son parfum. Je ressens aussi des esquisses de café et il me semble plus dans une ligne de vin blanc que de vin rosé. Ce pourrait être un Rhône blanc riche et noble. Tout le monde est conquis par ce vin. L’accord des morilles est aussi intéressant avec chacun des vins. Le Laville s’élargit et le Kebir le rend plus profond.

Sur la pièce de bœuf à la lourde sauce il y a trois bordeaux de la rive droite. Le Château Ausone 1964 est exceptionnel de raffinement. J’attendais un Ausone solide et je bois un Ausone noble et galant, un Aramis, un Alfred de Vigny. C’est un très grand Ausone raffiné. Le Château Le Caillou Pomerol 1953 est la définition absolue du pomerol parfait, plus encore que son voisin plus capé. Il est riche, exsude la truffe, et montre une énergie insoupçonnée. Le Pétrus 1966 est tout en subtilité. Bien moins triomphant que le Caillou, il est comme le calligraphe japonais qui ne sera compris que par des initiés. Son message est subtil, dosé, raffiné et apparemment toute la table le comprend. Le Caillou réagit bien sur la lourde sauce.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1981 a les caractéristiques que j’aime, la rose et le sel. Je l’adore car il est tout en suggestion. Ce n’est pas un vin puissant, c’est un vin qui suggère des notes de grande intelligence. A côté de lui, sur l’agneau de lait, le Château Corton Grancey Louis Latour 1964 est d’une sérénité inouïe. C’est le vin de Bourgogne parfait. J’ai bu plusieurs fois ce 1964 et jamais je ne l’ai rencontré aussi épanoui et équilibré. Les votes vont consacrer sa brillante prestation. J’ai mangé la viande sur le Corton et la salade d’une belle amertume sur l’Echézeaux car cette romaine a exacerbé les amertumes du 1981 dans une alliance de toute beauté.

L’Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Aîné 1962 est d’un équilibre absolu. Il est fin, raffiné, très bourguignon sans renoncer à ses origines rhodaniennes. Je suis amoureux de ce vin si facile à lire, comme le Salon 1997, mais révélant de belles complexités. L’accord avec le ris de veau est divin.

Les deux sauternes seront servis sur deux plats, le stilton d’abord et le dessert à la mangue ensuite. Le Château d'Yquem 1961 est noble et a mangé une partie de son sucre. Il joue donc sur sa finesse et le salin du stilton le met en valeur beaucoup plus que le Château Climens Haut-Barsac 1943 à la robe d’acajou doré et au botrytis épanoui. Alors qu’intrinsèquement le Climens est plus large et plus joyeux que l’Yquem c’est ce dernier qui recueillera des votes alors que le Climens sera injustement oublié.

Vient maintenant dans sa magnifique bouteille opaque au cul très profond le Rota vin d'Espagne 1858. La robe est complexe avec des tons très foncés mais aussi des tons jaune clair comme en un mélange irréel. Le nez est toujours aussi envahissant et en bouche c’est du plomb fondu de bonheur. Il y a un poivre intense, de la réglisse, des zestes d’orange suggérés. De nombreuses épices s’y ajoutent mais c’est surtout sa persistance aromatique qui est infinie. C’est un cousin du Chypre 1845, vin absolument divin.

Il est temps de voter et c’est bien difficile car je pense devant tant de perfection que si je refaisais mon vote dans une heure je pourrais voter différemment. Nous votons pour nos cinq préférés. Sur 13 vins, 12 ont eu au moins un vote. Six vins ont eu l’honneur d’être nommés premier. L’Hermitage la Chapelle a eu 4 votes de premier, le Corton Grancey 3 votes de premier, l’Echézeaux et le Rota 1858 ont eu 2 votes de premier, le Laville et le Pétrus ont eu un vote de premier.

Le classement du consensus serait : 1 - Château Corton Grancey Louis Latour 1964, 2 - Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1981, 3 - Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Aîné 1962, 4 - Château d'Yquem 1961, 5 - Pétrus 1966, 6 - Château Laville Haut-Brion Graves 1982.

Mon classement est : 1 - Rota vin d'Espagne 1858 , 2 - Château Corton Grancey Louis Latour 1964, 3 - Château Laville Haut-Brion Graves 1982 , 4 - Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1981 , 5 - Château Ausone 1964.

Lorsque j’ai demandé aux convives quel était l’accord qui les a le plus enthousiasmés, quelle ne fut pas ma joie de constater que tous les plats ont été cités comme étant le meilleur accord mets et vins pour au moins l’un d’entre eux. Bravo au chef Alain Pégouret d’avoir créé des plats si lisibles qu’ils ont collé aux vins. Le service a été parfait, Aurélien qui a fait le service des vins a été très attentif et a réussi parfaitement. Etions-nous dans un jour fleur ou un jour fruit ou un autre jour pour que tous les vins se soient présentés dans la forme la plus aboutie qu’ils pourraient avoir, je ne sais pas, mais ce dîner fut une réussite totale.

Champagne Salon Magnum 1997 Champagne Ruinart Père &Fils 1955 Château Laville Haut-Brion Graves 1982 Kébir-Rosé Etablissements Frédéric Lung Alger #1947 Château Ausone 1964 Château Le Caillou Pomerol 1953 Pétrus 1966 Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1981 Château Corton Grancey Louis Latour 1964 Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Aîné 1962 Château Climens Haut-Barsac 1943 Château d'Yquem 1961 Rota vin d'Espagne 1858 (cette étiquette est plus lisible que celle de la bouteille - identique - qui a été ouverte) textes trouvés où les vins de Rota sont signalés photo en cave photo au restaurant il y a quelques plats que je n'ai pas photographiés les votes et les classements la table en fin de repas

Déjeuner au restaurant l’Ecu de France dimanche, 1 avril 2018

Deux amies américaines, fidèles de mes dîners, avaient assisté au 222ème dîner au restaurant Pierre Gagnaire. Ma femme et moi les invitons à prendre un apéritif chez nous puis à déjeuner dans un restaurant que nous aimons. A domicile, j'ouvre un Champagne Krug Grande Cuvée à l'étiquette « gold » fait avec des vins qui ont plus de 30 ans. Le bouchon est beau, le pschitt est faible à l'ouverture mais le pétillant est fort et même très fort car la présence de la bulle est insistante. Je me suis dit qu'il eût fallu ouvrir la bouteille plus de deux heures avant. La couleur est joliment ambrée et le champagne est noble, présent, imprégnant. Avec le jambon Pata Negra délicieux il est agréable, mais pour une fois, car c'est rarement le cas, je le trouve plus vibrant sur la poutargue. Nous montrons à nos amies l'accord champagne et camembert qu'elles ne connaissaient pas et il me paraît que ce camembert Moulin de Carel conviendrait mieux à un jeune Salon qu'à un Krug à maturité comme celui-ci.

Nous nous rendons ensuite au restaurant l'Ecu de France car nous voulons montrer à nos amies ce restaurant traditionnel et historique dont la décoration n'a pas changé d'un détail depuis que je le connais, c'est-à-dire il y a plus de soixante ans. Nous l'aimons pour le décor, pour la carte des vins intelligente constituée par la famille Brousse de père en fils mais aussi pour la cuisine inspirée d'un chef haïtien au sourire inextinguible, Peter Delaboss.

Le menu créé par Peter Delaboss est : foie gras au caramel de betterave / velouté de corail truffé et Saint-Jacques rôties / filet de biche en croûte de céréales, jus cacaoyer / soufflé à l'orange et Grand-Marnier.

Le Champagne Substance Jacques Selosse dégorgé le 29 juillet 2013 a une belle couleur ambrée. Quelle surprise car il se montre très largement plus brillant que le Krug bu à la maison. Il a du charme, une extrême présence, de la puissance et de la complexité. Il se marie judicieusement avec le foie gras.

Le Bienvenue Bâtard Montrachet Louis Carillon et Fils 1999 est très généreux, ample, avec une longueur spectaculaire. Ce vin riche et gourmand est une très agréable découverte. Il bénéficie de la force de son millésime. L'accord avec les coquilles est parfait, appuyé par la force du corail des Saint-Jacques.

J'ai apporté La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1992. Nous avions bu avec nos deux amies au dîner d'il y a deux jours La Tâche 1961 qui n'était pas parfaite. Ce vin est une belle revanche. Le vin est beaucoup plus puissant que ce que laisse entendre son millésime et il exacerbe joliment les qualités du domaine de la Romanée Conti. Hervé Brousse, qui dirige le restaurant dans la continuité de ses parents et à qui je fais goûter le vin, trouve dans ce 1992 des aspects d'une Romanée Saint-Vivant du domaine. J'avoue que je suis plutôt sur le terrain d'une belle La Tâche, dont les complexités sont ciselées. Le filet de biche est exactement ce qu'il faut pour mettre en valeur La Tâche.

Le soufflé au Grand-Marnier dont on sent à peine l'alcool n'appelle aucun vin en particulier, mais on peut finir les verres qui sont sur table sans commettre un contresens.

Le chef avait conçu son menu sans connaître les vins que nous choisirions. Nous avons réussi, par la grâce de l'ange gardien qui surveille nos agapes, à faire un repas de haute gastronomie avec des accords très pertinents. L'ambiance était souriante, nos amies américaines repartiront demain en leur pays, pour revenir en fin d'année pour de nouvelles aventures.

222ème dîner au restaurant Pierre Gagnaire jeudi, 29 mars 2018

Le 222ème dîner se tient au restaurant Pierre Gagnaire. J’avais fait le 91ème dîner en son restaurant parisien et j’ai eu envie de recommencer. La mise au point du menu s’est faite en deux temps, d’abord avec Pierre Gagnaire, puis, sous son autorité avec les chefs Thierry Méchinaud et Michel Nave. Les vins avaient été apportés il y a plus d’une semaine. A 16h30 commence la séance d’ouverture des vins. Je suis rejoint par Logan sommelier qui fera le service des vins et je lui fais sentir, ainsi qu’à quelques membres de l’équipe du restaurant, les parfums des vins. Ce qui est assez invraisemblable c’est que ce sont les vins les plus vieux qui ont les parfums les plus généreux. Dans l’ordre d’âge, le Chypre 1870 a un parfum lourd qui évoque des madères et un poivre insistant. Le Musigny 1906 a un parfum marqué d’un beau fruit, le Lafite 1908 qui a été reconditionné au château en 1990 a un fruit insolent et fort curieusement un bouchon qui se casse en deux, l’Yquem 1921 a des fragrances exceptionnelles, à se damner. La seule mauvaise surprise est celle de La Tâche 1961 dont le bouchon, seulement à moitié levé, exprime une odeur de serpillère insistante. Le bouchon vient entier, noir et gras et le vin sent la lavasse. J’ai bien peur pour lui et c’est le seul. Le bouchon du Musigny 1906 a été sorti en charpie, émietté comme rarement.

Les convives sont presque tous à l’heure et nous sommes onze dont deux fidèles américaines qui viennent spécialement en France pour mes dîners, trois nouveaux, cinq habitués et moi.

Le Champagne Dom Ruinart magnum  1998 est une très belle surprise car il est épanoui. J’ai toujours du mal à considérer qu’un champagne de 1998 n’est pas un jeune bambin, alors qu’il a vingt ans. Son épanouissement, sa joie de vivre me plaisent. Les amuse-bouches sont d’une diversité extrême et d’un raffinement absolu. Tout le talent de Pierre Gagnaire est déjà exposé dans ces complexités goûteuses. Et le champagne s’en régale.

Le menu composé par Pierre Gagnaire et ajusté récemment avec ses deux chefs est : Croquant chocolaté de foie gras de canard, salade de champignons de Paris, velouté Blanc, brioche toastée de palette ibérique, compote de gold rush aux oranges sanguines / Poireau grillé farci de coques et couteaux, pousses d'herbes sauvages des côtes du Croisic, raviole de seiche, navet daïkon / Sole meunière – les filets sont taillés en goujonnettes, fèves, petits pois, pointes d'asperges et nèfles. Soupe verte émulsionnée avec le beurre de cuisson du poisson / Grosse langoustine croustillante 1982 – condiment Dundee-Peecky, galette de blé noir. Une bisque / Cassolette de morilles au curry madras, côtes de romaine, oignons cébettes, pain soufflé farci de ris de veau, lard de Bigorre / Quasi de veau fermier à la Milanaise – purée de carotte au jus | tête de veau / Coffre de canard de Challans enveloppé de poudre de cacao aux aromatiques sous une cloche de chocolat amer – fines aiguillettes laquées d’une bigarade à l’ail fermenté Aomori. Pomme de terre FiFine / Fromage Stichelton / Parfait vanille de Tahiti | mangue jaune / Petits fours et financiers.

Avec le menu Pierre Gagnaire a fait remettre à chacun une lettre manuscrite dans laquelle il s’excuse de ne pas être auprès de nous. Cette attention est très appréciée.

On me fait goûter en premier tous les vins et lorsque je bois la première gorgée du Champagne Salon Le Mesnil  1964, c’est comme si j’ouvrais les portes de Paradis. La couleur est d’un ambré clair, le nez est tétanisant de perfection percutante et le champagne est tout simplement divin. S’allument en moi toutes les références que j’ai des champagnes Salon et l’on est au firmament de ce que peut offrir ce divin champagne. L’entrée au foie gras est délicate mais mon esprit est au Salon, même si la palette ibérique fait briller le champagne. C’est une des plus belles émotions que j’aie eues avec Salon.

Le Clos de la Coulée de Serrant Mme A. Joly Savennières 1962 est l’un des cinq grands vins choisis par Curnonsky comme représentant l’excellence du vin blanc français. L’année 1962 est une des plus grandes années de ce cru de Loire. La pureté de ce vin est extrême. Tout en lui est fluide et équilibré. Je m’en régale et le plat de poireau forme avec ce vin un accord qui est probablement pour moi le plus grand de repas car la continuité est saisissante.

Par contraste, le Meursault Leroy Négociant 1966 est puissant et beaucoup plus ouvert. C’est un Meursault Village de haute qualité assemblé par un négociant de renom, mais même s’il est généreux il ne peut pas cacher qu’il est Village. On est loin du coffre d’un grand cru. La sole est excellente et très épurée, avec des goûts extrêmement lisibles et gourmands.

Le Château Lafite-Rothschild Pauillac 1908 avait à l’ouverture un nez marqué par un fruit de toute beauté. Le nez est encore impressionnant mais en bouche il y a une acidité sensible que le nez ne laisse pas imaginer. En sachant lire entre les lignes, on trouve un Lafite de grande race et de belle richesse mais l’acidité limite un peu le plaisir. Fort heureusement la divine langoustine et sa bisque apportent de la douceur à ce vin de haute lignée. Il est possible que ce soit le rebouchage en 1990 qui ait apporté cette acidité.

Le nez du Pétrus Pomerol 1976 est dix fois expressif qu’à l’ouverture. Le vin a profité de l’oxygénation lente et c’est une merveille absolue. Si l’on voulait trouver ce que serait la définition du Pétrus archétypal, il ne faudrait pas chercher plus loin, c’est celui-ci. Je l’adore. Il a de la truffe, de la richesse, une densité infinie. Sa longueur est celle d’un seigneur. Il faut écarter tous les légumes verts du plat de morilles et ris de veau pour trouver l’accord avec cet immense Pétrus. Il n’a pas le côté romantique du Pétrus 1975 que je chéris, mais c’est un grand Pétrus de sérénité.

Le quasi de veau est probablement le plat le plus charmeur et goûteux de ce magnifique repas. Le Grand Musigny Faiveley 1906 est un grand vin, doté d’un beau fruit et d’un très joli équilibre. Alors que pour mon goût il est très au-dessus de La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1961, c’est paradoxalement La Tâche qui recevra largement plus de votes que le Faiveley. Est-ce la fascination de tout ce qui vient de la Romanée Conti ? Car au moment du service il n’y a plus aucune trace de serpillère ou de lavasse, mais le nez est clairement bouchonné. Or, comme cela arrive assez souvent, le nez de bouchon ne se ressent pas en bouche. Le vin a de la rondeur et une belle expressivité. Mais même s’il n’y a pas l’amertume rêche que donne un goût de bouchon, je ne peux pas aimer le 1961 plus que le 1906. Le plat est divin et aide bien le Musigny.

Les deux chefs doivent être chaudement félicités car ils ont interprété le canard avec un doigté qui en fait un plat extraordinaire pour les deux vins qui suivent. Le Château Rayas Châteauneuf-du-Pape 1978 confirme bien qu’il est de la plus grande année pour Rayas, l’année mythique comme 1945 l’est pour Mouton ou 1961 pour l’Hermitage La Chapelle. Le vin est franc, direct, solaire, gourmand, et facile à vivre. Sa longueur est belle et alors que je craignais que le Vega Sicilia Unico 1969 ne lui fasse de l’ombre, je trouve ce 1978 plus fringant que le 1969 par rapport à ce qu’on peut en attendre. Le vin espagnol est grand mais je ne retrouve pas aussi prononcée la fraîcheur que j’aime.

Le Château de Fargues Sauternes Lur Saluces 1943 est grand. Quel beau sauternes ! S’il était seul, on l’adorerait. Hélas pour lui et tant mieux pour nous, le  Château d'Yquem Sauternes Lur Saluces 1921 est totalement conforme à sa légende. Comme je le dis souvent, avec les vins rouges et les vins blancs, on peut imaginer que sur un détail, il pourrait y avoir quelque chose de mieux. Alors qu’avec un sauternes, quand il est parfait, il n’y a aucun bouton de guêtre que l’on pourrait critiquer. Il est parfait, point. Cet Yquem 1921 est la perfection absolue du sauternes à la complexité infinie. Le Stichelton est un compagnon idéal des sauternes, encore plus doux que le stilton.

Le Vin de Chypre 1870 combine une douceur de muscat comme celle d’un madère avec un poivre incroyablement prononcé. J’ai hésité à le mettre premier mais l’Yquem 1921 est tellement grand qu’il a eu mes faveurs comme celles du consensus. Le financier est l’ami naturel du Chypre.

Le vote des onze participants pour leurs cinq préférés parmi treize vins n’est pas une chose facile tant les vins sont différents. Selon quels critères peut-on départager Salon 64 Yquem 1921 ? Mais tout le monde a réussi à voter. Une chose me plait énormément : onze vins sur les treize ont eu des votes ce qui montre que onze vins méritaient de figurer parmi les cinq premiers d’au moins un convive. Cinq vins ont eu l’honneur d’être classés premiers. Trois vins ont été classés trois fois premiers : Salon 1964, Pétrus 1976 et Yquem 1921. Deux autres vins ont eu un vote de premier : Fargues 1943 et Chypre 1870.

Le classement du consensus est : 1 - Château d'Yquem Sauternes Lur Saluces 1921, 2 - Pétrus Pomerol 1976, 3 - Champagne Salon Le Mesnil  1964, 4 - Château Lafite-Rothschild Pauillac 1908, 5 - Vin de Chypre 1870, 6 - La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1961.

Mon classement est : 1 - Château d'Yquem Sauternes Lur Saluces 1921, 2 - Vin de Chypre 1870, 3 - Champagne Salon Le Mesnil  1964, 4 - Pétrus Pomerol 1976, 5 - Château Rayas Châteauneuf-du-Pape 1978.

La cuisine que nous avons goûtée, maîtrisée, simplifiée parfois, a été l’une des plus pertinentes que nous ayons connues. Bravo à Pierre Gagnaire mais aussi à toute son équipe. Le service des vins par Logan a été attentif et parfait, le service de table montre une implication intelligente et motivée de toutes les équipes.  L’ambiance de la table, joyeuse mais attentive à comprendre les vins et les accords a fait de ce repas aux vins particulièrement prestigieux un des plus beaux des 222 dîners que j’ai eu l’honneur d’organiser avec de grands chefs et de grands vins.

Champagne Dom Ruinart magnum 1998 Champagne Salon Le Mesnil 1964 Clos de la Coulée de Serrant Mme A. Joly Savennières 1962 Meursault Leroy Négociant 1966 Château Lafite-Rothschild Pauillac 1908 Pétrus Pomerol 1976 Grand Musigny Faiveley 1906 La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1961 Château Rayas Châteauneuf-du-Pape 1978 Vega Sicilia Unico 1969 Château de Fargues Sauternes Lur Saluces 1943 Château d'Yquem Sauternes Lur Saluces 1921 on peut voir le 2 et le 1 en regardant bien Vin de Chypre 1870 j'ai mis en référence une étiquette plus lisible que celle de la bouteille qui a été ouverte La bouteille de Vega Sicilia Unico 1969 et celle de Chypre 1870 ne sont pas sur la photo ci-dessus mais elles sont sur la photo ci-dessous prise au restaurant la lettre de Pierre Gagnaire et le menu les votes des participants fin de repas