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Voyage autour du monde vendredi, 17 novembre 2017

Voyage autour du Monde

12 novembre 2017

L’histoire commence il y a huit mois. Je recevais systématiquement les publicités d’un voyagiste parce que j’avais fait avec ma femme il y a environ vingt ans la croisière gastronomique du paquebot France.

La publicité pour un tour du monde en avion me donnait des envies. J’en parle à ma femme et à des amis, et nous sommes quatre, prêts à nous inscrire. Mais en fait, les hésitations se sont multipliées et je me suis retrouvé seul à vouloir confirmer une inscription. Avec l’accord de ma femme j’ai donc décidé de faire le tour du monde proposé sur trois semaines.

Je commande un taxi pour 6h30 un dimanche matin, à une heure où les rues sont vides. Le taxi arrive avec huit minutes de retard, ce qui a le don de m’énerver et le chauffeur, avec une naïveté touchante, me dit qu’il m’avait déjà conduit il y a quelques années à Roissy et qu’il était déjà arrivé en retard.

Au terminal 3 de l’aéroport de Roissy la présence du voyagiste est forte et l’on offre des viennoiseries aux arrivants ce qui est très agréable et gentil. Nous sommes environ 160 à voyager dans un avion portugais, au personnel portugais, qui va nous suivre pendant les trois semaines. Nous embarquons pour un vol direct vers Panama
distant de 8.700 kilomètres. Le vol sera de plus de onze heures et le décalage horaire est de six heures.

Comme il est fréquent, il y a beaucoup trop d’annonces tant l’animateur de notre groupe veut nous séduire et nous persuader du caractère unique de ce voyage.

A l’apéritif, on nous sert un petit coffret Kaviari qui contient une « ligne » de caviar qui constitue une aimable mise en appétit. Je goûte cet agréable caviar bien équilibré avec un Champagne Ruinart Brut sans année qui convient à cet exercice. Voilà une belle façon de nous recevoir.

Le déjeuner est très acceptable pour un repas en avion. Je bavarde avec mes voisins qui sont d’Albertville et d’Annecy et connaissent le restaurant Les Morainières à Jongieux. Nous sommes donc en terrain de connaissance. La discussion se poursuit et il s ‘avère que Didier a été dans le même métier que moi, celui de l’acier. Beaucoup de noms et de souvenirs surgissent au détour de nos échanges.

Le voyage étant fort long je regarde le film  »La La Land » qui est joliment romantique. Que du bonheur.

Le voyagiste s’est attaché les services d’un historien qui nous racontera des anecdotes tout au long du voyage. Il prend la parole pour parler du canal de Panama mais surtout pour mettre en valeur, avec une insistance particulière , les turpides de Ferdinand de Lesseps qui a ruiné des milliers de souscripteurs et n’a jamais pu achever le canal après moult faillites. Il a même égratigné Gustave Eiffel qui aurait financé la tour Eiffel avec de l’argent détourné des fonds versés par des souscripteurs au canal de Panama. Cet exposé fut beaucoup trop long, avec des redites sans cesse mais j’ai noté une citation qui m’a frappé sur le rôle de la presse : « la presse lèche, lâche et lynche ». Chacun peut trouver des situations où ce fut le cas, Tapie par exemple et bien d’autres.

Nous arrivons à Panama et à la douane on procède comme aux Etats Unis, avec photographie et prise des empreintes des dix doigts.

Nos bagages sont pris en charge par le voyagiste et nous les trouverons plus tard dans nos chambres. Nous partons pour un tour en ville en bus. Notre guide est José qui parle un bon français. Il nous explique une chose absolument astucieuse. Ferdinand de Lesseps ayant creusé avec succès le canal de Suez n’avait trouvé que du sable à enlever. A Panama, sur la chaîne des Cordillères, c’est de la roche qu’il n’a jamais réussi à percer avec les budgets dont il disposait. Quand les Etats Unis sont intervenus après les faillites françaises, au lieu de creuser ils ont créé le plus grand lac artificiel du monde, à une hauteur de 26 mètres au-dessus des niveaux des deux océans. Les écluses servent donc à monter les bateaux sur ce lac en hauteur et à les redescendre ensuite. Il n’y avait donc quasiment rien à creuser mais juste à consolider les rives du lac. C’est assez génial.

Le bus nous montre quelques aspects de la ville où les buildings montent jusqu’au ciel avec une densité aussi forte qu’à Miami. Le bus s’arrête devant un site d’attrape-touristes pour du shopping sans intérêt. Nous passons devant le musée de la biodiversité que nous visiterons demain, fait par Frank Gehry, l’architecte de nombreux monuments dont celui de la fondation Vuitton et du musée Guggenheim de Bilbao. Le bâtiment est assez surprenant avec un patchwork de couleurs.

Nous arrivons à l’hôtel Trump Ocean Sun Casino de Panama situé sur la côte Pacifique. L’immeuble est gigantesque. Ma chambre est spacieuse et fonctionnelle. Je suis au 33ème étage et comme je suis sujet au vertige, je m’approche avec prudence de la balustrade de la terrasse de ma chambre.

Après une douche réparatrice car cela fait 21 heures que je suis levé, je me rends au 13ème étage. Le dîner se tient devant les nombreuses piscines de cet étage. Le buffet est de qualité moyenne, les saveurs étant passe-partout. On nous offre à tous des chapeaux panamas, ce qui est une attention charmante. Il est temps d’aller dormir.

Lundi 13 novembre

Le petit déjeuner est servi au 14ème étage, sur une terrasse à ciel ouvert entre les deux gigantesques ailes de l’immeuble.

Nous nous rendons aux écluses Miraflores du canal de Panama qui sont les dernières avant le Pacifique (ou les premières dans l’autre sens). Nous aurons la chance de voir passer par les écluses des deux canaux deux gigantesques bateaux. Le canal initial de 1913 permet le passage de bateaux avec 6.800 containers du format international. Le deuxième canal construit en 2006 par le Panama qui s’était affranchi de la tutelle des Etats Unis le 31 décembre 1999 permet le passage de bateaux avec 14.200 containers. Sur le plus ancien nous verrons un bateau de croisière de la « Norwegian Sun » de Nassau, avec une grande partie des croisiéristes regardant la lente opération de franchissement d’écluse, et sur le nouveau canal un énorme bateau, le  »Glovis Crown » qui transporte des gaz liquéfiés. Ces franchissements d’écluses sont très lents, mais les masses en cause sont gigantesques.

Nous nous rendons ensuite dans la vieille ville qui est d’une influence espagnole très forte. Comme elle est classée au patrimoine mondial de l’Unesco, les maisons sont entretenues voire reconstruites du fait de la richesse nouvelle que connait le Panama depuis que les ressources du canal ne sont plus versées aux Etats Unis qui ont été concessionnaires exclusifs de 1913 à fin 1999. Les maisons sont belles, colorées. Une église datant de 1675 est lourdement décorée d’or. L’Ambassade de France est sur la Plaza Francia sur un site magnifique, avec sur une place une reproduction de l’obélisque de la Concorde, surmontée d’un coq gaulois. Sous la pluie nous rejoignons le restaurant Santa Rita
où nous est servi le déjeuner. J’ai pris une salade maison avec laitue, tomate , oignons œufs et pommes fort agréable et un saumon grillé à la plancha avec des légumes sautés puis une tarte au citron. J’ai bu une bière Balboa, du nom de l’espagnol qui découvrit Panama en 1513. Elle est fort bonne, avec un fort caractère.

Après le repas, en programme optionnel, j’ai visité le musée de la biodiversité conçu par l’architecte Frank Gehry dont la femme est panaméenne. Le toit est fait de panneaux inclinés de très nombreuses couleurs qui figurent les diversités raciales du pays. Un parcours destiné à enseigner l’histoire de la biodiversité au Panama est assez intéressant mais scolaire. Sous la pluie l’eau coule partout dans l’immeuble ce qui fait tout drôle. Apparemment la construction n’est pas totalement finie.

La visite s’est faite pour notre groupe seulement, car le musée était normalement fermé aujourd’hui. Bravo au voyagiste d’avoir permis cette visite.

Nous revenons à l’hôtel et on nous a promis une surprise au moment du dîner. Pour retourner à ma chambre je dois prendre l’ascenseur qui est un véritable cauchemar. Il semblerait qu’une pièce détériorée doit venir d’Europe puisque le fournisseur des ascenseurs est allemand et cette pièce mettra plusieurs jours pour venir. Alors le temps pour monter ou descendre atteint facilement les dix minutes. Après une douche en chambre je rejoins le rez-de-chaussée où nous découvrons des « diables rouges ». Ce sont des bus qui ressemblent aux bus scolaires américains, de vieux Mack avec les pots d’échappement chromés qui à l’arrière remontent vers le ciel, déchargeant des nuages de pollution. Nous allons nous rendre dans un des salons de l’American Trade Center avec ces vétustes autobus. C’est encore une fois une attention délicate du voyagiste. Des bus sont déjà partis, un autre nous suit et tout-à-coup notre bus est arrêté par la police. Ces bus ont normalement des trajets immuables et le chemin que nous prenons n’est pas un chemin habituel ce qui justifie le zèle d’un policier. Les accompagnateurs de notre groupe palabrent avec le policier zélé. Il faut attendre les papiers justificatifs des autorisations de circuler qui étaient restés à l’hôtel. Il faut bien vingt minutes pour que l’ardeur et le zèle du policier soient récompensés. Nous arrivons avec retard dans la magnifique salle de l’American Trade Center. Un mini orchestre va jouer une musique sympathique et deux couples de danseurs costumés vont danser autour des tables des salsas et autres danses tropicales. Leur danse fait très danse de concours, avec les sourires figés de circonstance et les déhanchements excessifs. Rejoignant une table déjà occupée depuis longtemps par des membres du groupe ayant échappé aux contrôles, on me donne un verre de mojito de grand plaisir. Le menu du dîner est Panzanella de tomates, mini cresson, cœur de palmier, avocat et croutons d’anis / langoustines sur risotto de légumes et sauce romesco / thon grillé, endive braisée et sauce Tonnato / filet de bœuf aux tomates séchées, purée de pommes de terre et fromage bleu / chocolat intense, fraisier et tartelette au citron.

C’est copieux, comme si notre voyagiste avait pour mission de nous engraisser. Le thon et le bœuf sont bons, je prends des bières Balboa après avoir fini trois mojitos puisque le serveur a interprété un refus de doubler ou tripler la mise pour des acceptations. J’aurais pu évidemment refuser mais la chair est faible. Nous avons bavardé entre voyageurs plutôt fatigués par le décalage horaire et nous sommes rentrés à l’hôtel avec des bus  »normaux ».

Pour aider les clients de l’hôtel déroutés par les ascenseurs, l’hôtel a prévu des accompagnateurs, des liftiers. Notre cabine se remplit, chacun doit saisir sur un écran son étage et tout-à-coup tout s’efface. Le brave liftier essaie toutes les touches possibles mais notre ascenseur est bloqué, ne voulant ni s’ouvrir ni monter. Cela dure près de dix minutes. L’ascenseur redémarre. Ouf, j’arrive enfin dans ma chambre. Demain sera un autre jour.

Mardi 14 novembre

Il y a au Panama sept races différentes d’amérindiens, populations qui vivent dans la forêt tropicale et sont des semi-nomades, adeptes de la cueillette, de la chasse et de la pêche. Ces populations étaient voisines de la Colombie ou en Colombie mais les événements et guérillas qui ont agité ce pays les ont poussées à se rapprocher de Panama. Nous allons visiter dans un parc national de la forêt tropicale un village de la tribu des Emberas Puru. C’est un village de 130 habitants ce qui est plutôt élevé puisque les villages de cette communauté comptent plutôt de l’ordre de cent habitants. Le nomadisme apparaît lorsque le village a épuisé les ressources des cueillettes et de la pêche. Ils se déplacent alors de quelques kilomètres, là où il y a plus de ressources. Comme ils vivent dans un parc naturel, il y a une très curieuse adaptation des lois et coutumes pour que les intérêts des uns et des autres se rejoignent. La vie des indigènes est commandée par le respect de la nature et la vie sur une rivière nourricière. Les habitants vivent nus mais se sont habillés pour ne pas choquer les visiteurs qui leur apportent des devises pour faciliter leur vie dont notamment la scolarisation des enfants, ce qui fait assez curieux, car à l’école, les enfants nus tous les jours sont habillés des uniformes comme dans les écoles anglaises.

Nous partons en car et une heure plus tard, à l’intérieur du parc naturel, nous prenons des pirogues pilotées par un indien à l’avant et un autre à l’arrière qui actionne le moteur du bateau pour rejoindre au bout d’une demi-heure de navigation leur village. Un exemple de cohabitation : l’administration a interdit aux indiens d’abattre des grands arbres précieux au bois dense qui permettent de sculpter des pirogues d’un seul morceau. Alors, ils rafistolent de vieilles pirogues avec du goudron et des pièces d’acier. Le long du cours d’eau dans une nature luxuriante nous voyons de jolis oiseaux dont des martins-pêcheurs aux belles couleurs bleues, des ibis de couleur bleu-gris, des cormorans et de nombreux autres dont un rapace de couleur brun orangé. La pirogue dans laquelle je suis assis fuit au point que nous avons dû nous arrêter pour que l’un des indiens écope. Titanic en forêt tropicale !

Lorsque nous arrivons des jeunes du villages jouent une musique rythmée, les femmes aux fronts ceints de fleurs d’hibiscus et aux seins nus sont alignées pour nous sourire. De nombreux enfants sont eux-mêmes décorés. Tous sont tatoués de noir avec des encres qui disparaîtront dans quelques jours. Laurent, notre guide nous avait vanté l’intelligence de ces peuplades et le calme absolu des enfants qui ne pleurent jamais et sourient. J’ai pu bavarder avec un jeune couple de jeunes mariés, souriants et intelligents. Ces indiens sont optimistes, réalistes et de contact facile.

Malgré tout on songe que tout ceci est commercial. Car tout est fait pour que l’on achète les produits qu’ils fabriquent. Le contact est plus commercial que profond même si l’on sent leur chaleur humaine. Nous repartons en pirogue et c’est alors qu’une lourde pluie nous inonde. J’avais acheté un KWay pour le voyage et le temps qui m’a été nécessaire pour ouvrir le vêtement et comprendre comment on l’enfile a fait que la pluie avait cessé quand j’ai réussi à le revêtir sur des vêtements trempés.

Nous avons pris un bus pour aller sur les écluses du nord, qui sont celles de l’Atlantique. Une heure de plus en bus nous a épuisés, car sur les pirogues on cherche sans cesse à garder son équilibre et cela épuise.

Nous allons manger dans un restaurant qui surplombe les écluses, tenu par un chef français. Mais j’ai plus envie de m’effondrer de fatigue que de déguster. Je m’alimente plus que je ne mange. En sortant du restaurant on voit un porte-containers de la plus grande taille possible qui vient de passer les nouvelles écluses de dimensions titanesques.

Nous nous rendons ensuite au point de départ de la ligne de chemin de fer Panama Canal Railway qui relie les écluses du nord sur l’Atlantique aux écluses du sud sur le Pacifique. C’est un train qui existe depuis 1855 et permettait en un temps record de changer d’océan, les bateaux laissant des voyageurs d’une rive océanique rejoindre un bateau partant sur l’autre océan. C’est un train luxueux, avec des décorations de bois précieux .

Effondrés de fatigue nous rentrons à l’hôtel. Je prends une douche salutaire pour redescendre en bas de l’hôtel Trump pour dîner dans le restaurant « La Vespa » directement sur l’eau et proposant une cuisine italienne d’honnête qualité.

Les ascenseurs de l’hôtel Trump sont une calamité, incapables d’absorber l’afflux de clients, et imposant de l’ordre de 20 minutes avant que l’on atteigne l’étage désiré. Ce fut minant et source d’énervement.

Il faut faire vite les valises qui seront mises dans le couloir avant 23h30 et prises par le staff du voyagiste pour un enregistrement pour le vol vers Quito sans qu’on se préoccupe des formalités. La gymnastique de ce dont on a besoin un matin avant de partir en avion lorsque l’on n’a plus ses valises est un exercice qui me mine. Les valises sont dans le couloir, il est 23h00. Je me sens dépossédé mais il est temps de dormir.

Mercredi 15 novembre

Que dire du Panama ? Depuis 1999 il recueille la manne du passage du canal de milliers de bateaux. Cela a donné un coup de fouet à l’économie du pays, et ne s’est pas traduit par une corruption visible, faisant de ce pays un pays stable. Une politique fiscale attractive a fait venir beaucoup d’américains et d’autres étrangers. La création d’une zone franche à Colon, ville qui accueille le départ du train Panama Canal Railway, gérée à la façon de Hong-Kong, a donné une activité colossale dans la région et le pays. Tout sourit au Panama. Mais l’érection d’une ville moderne avec des buildings à touche-touche comme à Miami ou à Hong-Kong entraîne une circulation épouvantable. L’explosion démographique du Panama qui est passé de 500.000 personnes en 1900 à 4.000.000 aujourd’hui les inquiète. Leur prospérité les aidera sans doute à gérer ce problème comme il convient.

A 5 heures je me réveille car nous devons partir prendre l’avion à 8 heures et le problème des ascenseurs est un tel cauchemar que j’ai choisi de me lever tôt. Le petit déjeuner est toujours bien organisé. Je remonte à ma chambre puis, le moment venu je descends au rez-de-chaussée pour prendre le bus. A un point de ralliement une responsable du voyagiste doit me donner ma carte d’embarquement mais elle ne veut pas car semble-t-il j’ai des dépenses à régler. Il me faut remonter par l’ascenseur et je suis contrarié car je n’ai rien dépensé. A la caisse de l’hôtel qui se situe au 15ème étage je vois une note de 8,60 dollars pour une bouteille d’eau alors que j’avais pris celle qui est donnée en signe de courtoisie. L’affaire s’arrange mais il me faut une nouvelle fois affronter les redoutables ascenseurs, à la capacité qui est sans commune mesure avec la taille de l’hôtel.

Les formalités à l’aéroport se passent aisément et nous embarquons vers Quito pour un vol d’une heure et demie. Nous retrouvons nos mêmes places et les mêmes hôtesses qu’au vol précédent. Un repas léger nous est servi. Des touristes de notre groupe font remarquer que les plats et les vins sont meilleurs dans l’avion que ce que nous avons trouvé dans les différents restaurants de Panama.

A l’arrivée du vol, un incident sérieux a opposé un couple de voyageurs qui ont des sièges en première classe avec le patron de l’entreprise voyagiste qui vole avec sa femme avec nous depuis le départ en classe affaires mais ne participe pas vraiment au programme touristique. Les voyageurs ont demandé au patron de pouvoir discuter de certains points avec lui et, sans attendre l’exposé des questions, le patron a refusé d’écouter les voyageurs. Des mots s’échangent et perdant tout sens commercial le patron a traité les voyageurs d’abrutis. Le ton a monté et tous les voyageurs des rangées proches ont été choqués par les propos invraisemblables de ce patron. Cette algarade a fait le tour des voyageurs pendant l’attente en douane et a contrarié beaucoup d’entre nous.

Sortant de l’aéroport nous sommes répartis dans des bus. Notre guide s’appelle Isabelle. Elle est jolie, parle un bon français et ne parle pas tout le temps, ce qui est le contraire de notre guide Laurent qui a guidé notre visite au village d’indiens. Il était passionnant mais n’arrêtait pas de parler. Ça n’arrêtait jamais. Avec Isabelle tout se passe dans le calme. Nous allons à Quito qui se situe à 2.850 mètres d’altitude. Les routes sont pentues et étroites, la circulation demande une attention de tous les instants. La vieille ville est évidemment très marquée par une influence espagnole et par une influence catholiques très fortes. Nous marchons dans les rues et ce qui frappe c’est la différence avec Panama. Au vieux Panama, les maisons sont bien entretenues, mais il n’y a pratiquement pas de vie. A Quito, des boutiques, des échoppes fleurissent dans toutes les rues. Il y a une vie intense. Nous marchons sur la Place de l’Indépendance, carrée avec quatre façades dont l’une est le palais présidentiel, une autre le palais de l’Archevêché, les deux autres étant la cathédrale et la mairie. C’est très espagnol. Je remarque un arbre très haut, d’une vingtaine de mètres, taillé à la base mais très feuillu en hauteur. Je demande à Isabelle s’il s’agit d’un araucaria. Elle confirme, ce qui en impose aux membres de mon groupe.

Nous visitons l’église de la Compagnie de Jésus, des jésuites, qui est un monument invraisemblable. Tout est en or du sol au plafond, avec des décors baroques lourdement chargés. Il doit y avoir des tonnes d’or, même si les feuilles d’or sont fines. Hélas, il est interdit de photographier. On nous entraîne dans une immense salle attachée à cette église où des serveurs avec des plateaux nous tendent des boissons et des petits fours de grande qualité. Un touriste me tend son verre de vin rouge pour que je le goûte et manifestement c’est très bon. Nous restons là assez longtemps et à un moment l’un des cadres d’accompagnement de notre croisière se met sur une estrade et chante avec une belle voix un Ave Maria d’un compositeur italien. Une femme violoniste lui succède. Nous nous rendons ensuite à pied jusqu’à l’hôtel Casa Gangotena qui est très proche de l’église et du centre-ville. On me donne les clefs de ma chambre et je suis stupéfait par la qualité et le niveau de la chambre que l’on m’a attribuée. L’hôtel est d’une bâtisse très ancienne, probablement du 18ème siècle. Il y a un patio avec une fontaine et le long de ce patio ma chambre est en rez-de-jardin. Elle est immense, bien décorée et bien équipée.

C’est donc avec un large sourire que je prends possession de ma chambre qui est nommée « Garden 2 ». A ce moment j’ai un coup de barre et je pense que c’est plus le fait d’une nuit courte précédente, car j’ai passé beaucoup de temps à faire mes valises et à rédiger ces notes que le fait de l’altitude. J’avais noté qu’Isabelle notre guide, quand elle parle donne l’impression d’être essoufflée. Je n’ai pas la moindre impression qui serait liée à l’altitude. C’est probablement cette nuit que je le sentirai.

A 19heures nous avons rendez-vous pour un spectacle en plein air qui durera une heure. A 2.800 mètres il fait très froid la nuit. Je me protège donc. Par bonheur la pluie s’est arrêtée. Sur la place du théâtre, des femmes dansent dans des costumes traditionnels. Ce sont des danses avec des bougies, des danses de lavandières avec des pots à eau, , avec de cerceaux fleuris, des danses hommes et femmes séparément ou ensemble. La musique a des thèmes extrêmement simples répétés à l’infini. D’une danse à l’autre il n’y a pas d’originalité significative. C’est très bon enfant et la chorégraphie est minimaliste. Le numéro qui m’a particulièrement plu est la danse d’une huitaine d’hommes et autant de femmes qui tiennent en main chacun un ruban attaché au sommet d’un mât. Ils tournent dans tous les sens au son d’une musique et les rubans s’entrecroisent, formant des torsades aux motifs divers. Lorsqu’ils ont fini une belle construction de rubans entrelacés en réseau, ils changent de direction pour détricoter leur entrelacs. Ils vont tellement vite qu’on redoute qu’ils ne fassent des nœuds qui empêcheront le détricotage mais tout se passe un mieux. Tout cela est simple et naïf et bon enfant et par moment je me suis demandé si ce n’était pas de l’attrape-touriste. Ça l’est sans doute mais c’est apprécié. Après ces numéros, les danseurs vont chercher dans la foule des spectateurs pour danser avec elles et eux. Etant au premier rang je suis appelé par une danseuse qui est très probablement grand-mère et sur des mouvements très simples nous dansons main dans la main. Ce qui m’a surpris c’est que dansant pendant de longues minutes, je n’ai pas senti l’essoufflement qui est classique à ces altitudes.

Nous montons au premier étage du théâtre, qui est exploité par un restaurant, où un dîner est prévu dans une grande salle. Le menu préparé par le chef du restaurant Theatrum est : trois chaussons équatoriens : pâte de banane plantain fourrée à la crevette, pâte de blé local farcie au fromage frais, pâte de maïs blanc au porc et leurs trois sauces épicées / plat traditionnel au lait de coco de la province d’Esmeralda (côte nord de l’Equateur) composé de bar, calamar, poulpe et crevettes / fruits éxotiques de l’Equateur (naranjilla, chirimoya, guayaba, babaco et guanabana) apprêtés par le chef. Cette cuisine gourmande est de bonne qualité et j’ai apprécié surtout le dessert de fruits originaux et les chaussons équatoriens.

Nous sommes rentrés à l’hôtel en bus. Chacun n’a qu’une envie, c’est de dormir et dormir encore.

Il y a à Quito beaucoup plus de chaleur humaine qu’à Panama City. Cette ville appelle la sympathie.

Jeudi 16 novembre

La nuit a été reposante et structurante après des nuits bien courtes. J’en suis d’ailleurs étonné car lorsque j’étais allé avec ma femme à Val-Thorens, à 2300 mètres d’altitude, nous avions eu des nuits difficiles du fait de l’altitude. Je me suis levé à 6h20, frais et dispos, et j’ai pris le petit déjeuner dans la salle de restaurant Cerdon de l’hôtel Casa Gangotena. La décoration est belle et cet hôtel fait très familial à côté des hôtels gigantesques tels que le Trump. Le petit déjeuner est agréable et j’ai surtout apprécié les confitures maison dont celle à l’ananas qui est diaboliquement bonne.

Comme au petit déjeuner on se sert à des buffets et comme on tient en main son assiette, croiser  d’autres personnes n’est pas toujours aisé. Je me trouve face au patron du voyagiste et je lui dis bonjour. Il passe devant moi sans un mot. Quel ours !

Nous partons à pied visiter l’église Saint François d’Assise avec le cloître attenant et un musée. Nous attendons que d’autres groupes soient avancés dans leur visite ce qui permet de voir le nombre invraisemblable de pigeons qui volent sur la place, nourris par des autochtones.

La décoration de l’église est incroyablement chargée comme celle de l’église des jésuites, et il y a aussi des tonnes d’or dans la décoration moins imposantes toutefois. Nous ne voyons l’église que d’une salle capitulaire en mezzanine car il y a un office. La salle est décorée de stalles surmontées de la représentation sculptée en bois de nombreux franciscains. Ces sculptures sont d’un réalisme à signaler. Dans le patio s’ébattent des tourterelles des perroquets et des aras. Dans le musée il y a des peintures sur toile, sur bois et sur marbre ainsi que des sculptures qui représentent la vie de Jésus, de Saint François d’Assise, de Saint Antoine de Padoue et de Marie. Le réalisme des sculptures peintes est impressionnant. La richesse de ce musée est certaine. L’église a demandé 130 ans de construction jusqu’à la finition de toutes les décorations. Aucun des pionniers n’en a vu la fin.

Nous nous rendons ensuite au marché couvert où abondent les stands de fruits riches et goûteux, de viandes, de légumes et aussi de plantes médicinales selon la médecine ancestrale. On nous fait goûter, l’un d’entre nous a le bras massé avec des plantes et des fleurs. C’est amusant.

Nous visitons ensuite un meunier qui broie toutes sortes de céréales depuis trois générations et s’approvisionne directement chez les agriculteurs. On nous fait goûter des farines pilées. Cette visite n’a pas de réel intérêt car le moulin n’est pas en action. La randonnée se poursuit par des échoppes de parfums et onguents. On est dans l’attrape-touriste.

Nous allons ensuite dans le quartier La Ronda où il y a un nombre important d’artisans, de forge, de ferblanterie, de savons et crèmes à base de miel, d’orfèvrerie et autres métiers. Dans cette rue piétonne des myriades de jeunes enfants jouent ou font la ronde. C’est une journée de joie pour les enfants. Dans une boutique, un chocolatier nous montre comment il fait ses chocolats. Sa dextérité est impressionnante et ses chocolats sont délicieux… c’est un suisse. Dans une petite cour où sont installées des tables et des chaises, je bois un chocolat chaud excellent.

Nous allons déjeuner au restaurant Plaza Grande  qui est dans une bâtisse très ancienne comme notre hôtel et richement décorée. Au premier étage, il y a le restaurant bar « La Belle Epoque ». Un pianiste et un violoniste vous accompagner notre repas en jouant des morceaux de toutes origines internationales. Le pianiste est nettement meilleur que le violoniste qui ne joue pas toujours juste.

Le menu du restaurant est : crème d’orties et son capuccino de cardamome, toast aux fines herbes / sorbet de noix de coco et citronnelle / médaillon de bœuf en sauce parfumée au romarin et pesto de crevettes à la coriandre, accompagnée de purée de pommes de terre et légumes / fruits de la passion façon toast.

Si j’avais un conseil à donner au propriétaire du restaurant, ce serait de licencier immédiatement son chef. Car si la soupe est de bonne qualité, le plat principal est immangeable, tout étant trop cuit, fade, insipide. Les crevettes surgelées et farineuses sont une honte. J’ai à peine touché au plat. Et le dessert au chocolat n’est pas goûteux et éteint le goût du fruit de la passion.

Avant cette déconvenue j’avais déjà décidé de ne pas suivre le programme de l’après-midi, car ces longues promenades sont éreintantes. Avec cinq autres voyageurs nous sommes rentrés à pied à l’hôtel pour nous reposer.

Le dîner est au restaurant Cedron de l’hôtel à 19h30 ce qui est tôt, car nous allons partir demain à 6h30 pour prendre l’avion vers l’île de Pâques. Le fait que le voyagiste s’occupe de nos bagages pour les enregistrer et les livrer ensuite directement dans nos chambres part d’un bon sentiment. Mais cela oblige à donner nos valises après le dîner. Elles resteront en soute jusqu’à Tahiti ce qui oblige à vivre deux jours avec les bagages. J’avoue que cette gymnastique n’est pas ma tasse de thé.

Au bar avant le dîner un compagnon de route m’offre un mojito. C’est très agréable. A table, le menu que je choisis est : ceviche de vivaneau rouge, marinade façon Manabi, mousse de citron vert, tomates confites / Paiche (poisson) bananes plantains et sauce aux cacahuètes, manioc volcanique / glace du jour. Le Ceviche est excellent, on ne peut que le complimenter. Le poisson est insipide, le manioc sans goût et ce plat est raté. La glace mérite une accoutumance car c’est un sorbet d’un fruit médicinal qui fait penser à une tisane. C’est amer mais ça se mange si l’on entre dans le jeu.

Les valises sont faites, je vais me coucher pour une nuit de moins de six heures. Demain je reverrai l’île de Pâques dont je crois avoir vu tout ce qu’on peut voir.

L’Equateur est un pays tentant. Il est très actif, il y a des petits commerces partout et même des ventes à la sauvette. Les fruits sont tous bons. L’hôtel est superbe. Les visites d’églises sont riches d’émotions culturelles. Ce fut un beau séjour.

Vendredi 17 novembre

Petit déjeuner à 5 heures, c’est tôt. Il fait encore noir. Nous allons quitter ce bel hôtel et cette ville vivante.

Il y a dans le groupe de touristes des voyageurs invétérés. L’un d’entre eux, de 90 ans, a voyagé dans 130 pays. Il est vaillant et d’attaque. Il a affronté les risques des pirogues sans problème. Le seul moment de panique pour lui a été à l’hôtel Trump quand il a pris un bain. Pendant trois quarts d’heure il a essayé de sortir de la baignoire et n’arrivait pas tant les parois sont glissantes. Et, bien évidemment, il ne pouvait pas téléphoner pour demander de l’aide. Un prêtre de Meaux est aussi un grand voyageur devant l’Éternel. Les fous de voyages ne manquent pas et je me sens bien petit à leurs côtés.

Nous partons à 7 heures vers l’aéroport de Quito. C’est l’heure de pointe et l’on voit à quel point la ville subit des encombrements terrifiants au point que les voitures sont autorisées à circuler à ces heures en fonction de leur numéro minéralogique. A l’aéroport nous prenons l’avion vers l’Île de Pâques pour un vol de six heures. Nous quittons un pays fort sympathique, vivant et qui comme le Panama, subit le choc démographique.

Le personnel de bord est toujours sympathique, les relations avec eux sont de plus en plus faciles et avec les voisins de vol, les relations sont de plus en plus détendues. Un apéritif sommaire est agréable. Pour le repas, le flétan que j’ai pris est de bonne qualité malgré le problème des températures de cuisson, difficiles à respecter lors d’un vol en avion.

Nous arrivons à l’Île de Pâques sous la pluie qui ne nous quittera pas de la journée. La douane garde nos passeports jusqu’à demain. En sortant de l’aéroport de ravissantes jeunes femmes qui chantent, accompagnées par des guitaristes, nous mettent un collier de fleur autour du cou. Nous partons dans des cars sommaires qui accueillent difficilement les bagages à main que nous avons et pour mon bus la climatisation ne va jamais trouver la bonne température, donnant un froid sibérien ou un sirocco brûlant.

Nous arrivons à l’alignement de Moaïs de Tongariki qui est impressionnant, sur un site magique à l’est de l’île. Avec mon épouse nous avions passé cinq jours sur cette île et nous pensions qu’après avoir tout vu, revenir serait inintéressant, mais je suis ravi de revoir ce site si chargé d’émotion.

Notre guide Céline est une spécialiste des légendes des îles océaniques. A chaque sujet ou chaque question elle répond par des doutes plus que par des affirmations, ce qui est le doute scientifique poussé à l’extrême. Il est vrai que la tradition orale n’a quasiment rien laissé quand la population a été presque entièrement décimée, mais c’est assez frustrant qu’il n’y ait que des questions et pas de réponses. Par ailleurs elle raconte volontiers sa vie et son actualité ce qui n’est pas forcément notre souhait. De ce fait, je la suis fort peu lorsque le bus s’arrête. Nous allons voir ensuite le volcan le plus haut de l’île qui a subi récemment un important incendie sauvé par un sourcier sorcier chilien venu pour commander la pluie, et ça a marché.

Nous visitons ensuite le très joli site de Tahai où il y a de beaux Moaïs dont certains avec chapeaux et qui comme à Tongariki tournent le dos à la mer. Il y a sur ce site un vrai port d’accès à la mer qui est inhospitalière sur presque toutes les côtes de l’île.

Trempés, marchant dans la boue nous entrons dans une immense salle pour un dîner buffet. Les verres qu’on nous tend à l’apéritif sont très alcoolisés, avec de la mangue ou une herbe médicinale. La nourriture est très acceptable et alors que nous sommes en novembre 2017 je vais pour la première fois goûter un vin de 2017, un Misiones D Rengo cabernet sauvignon du Chili 2017. Sa couleur est violette, son goût d’un fruit acceptable mais sacrément jeune.

Vient alors le moment du spectacle de chants et danses locales de Rapa Nui. Les danseurs sont très dénudés, avec des pagnes suggestifs, et dansent de façon aussi suggestive. Les danseuses ondulent des hanches et le spectacle est beau. A un moment danseurs et danseuses viennent inviter des spectateurs à danser avec elles ou eux. La plus jolie des danseuses m’invite à danser avec elle sur la scène. Je suis captivé, que dis-je, capturé par son sourire. Je ne sais pas pourquoi la pluie, la boue n’ont plus aucune importance. Un sourire béat éclaire mon visage. Très vite je reviendrai sur terre.

Nous sommes disséminés en plusieurs hôtels et notre guide qui parle toujours d’elle-même nous fait descendre à un autre hôtel que le nôtre. A ce moment, la jolie danseuse est vite oubliée car c’est la contrariété de trop.

Nous arrivons à l’hôtel Tahatai qui est au bord de la mer. On nous offre de pouvoir boire au bar et avec des compagnons de route je bois une bière. Comme on m’en offre deux, j’en offre une à un habitant de l’île qui m’embrasse come si j’étais son frère. A mon départ du bar il m’embrassera encore. Ma chambre a un confort assez spartiate, voire minimaliste. L’internet passe mal. Il est temps de dormir.

Samedi 18 novembre

L’hôtel Tahatai dans la grande ville de l’Île de Pâques est au bord de l’eau. De ma chambre lorsque le soleil est levé, je peux voir une mer calme. Je vais prendre un petit-déjeuner très agréable dans une grande pièce qui est face à la mer. La végétation est luxuriante. Alors que le ciel paraissait dégagé, une ondée arrive sans crier gare. Ici le temps est toujours incertain. Le reste de la matinée va se passer sous un chaud soleil.

Nous allons au site où se situent les Moaïs, ces grandes statues de pierre plantées dans une colline où se faisait la construction. Le plus grand des Moaïs est de 22 mètres, encore attaché à la roche. Ce site est majestueux, avec une vue panoramique brillant sous le soleil. Un Moaï diffère de tous les autres car il est assis sur ses talons et on lui voit les jambes. La forme ronde de sa tête diffère de toutes les autres.

Nous allons ensuite sur la seule plage vraiment fréquentable où ont été plantés des dizaines de palmiers polynésiens importés. Le sable est blanc et une rangée de cinq Moaïs veille sur le site.

Nous revenons à l’aéroport où notre avion nous attend. Nous allons récupérer nos passeports qui étaient restés à la douane et pour entrer dans l’aéroport des jeunes filles vont nous mettre au cou un collier de coquillages, des grains de café. La danseuse qui m’avait invité à danser avec elle sur l’estrade me reconnaît et m’embrasse gentiment. C’est elle qui me passera le collier au-dessus de la tête et me donnera un nouveau baiser, en tout bien tout honneur, bien sûr.

L’avion mettra six heures pour faire les 4.800 kilomètres qui nous séparent de Tahiti. Le décalage horaire avec Paris est de 11 heures, ce qui est cinq heures de plus qu’à Panama, Quito et l’Île de Pâques. Au fil des jours les relations avec les voyageurs et avec le personnel de bord deviennent de plus en plus détendues. C’est une bonne chose.

J’avais choisi à l’avance pour le repas du poulet plutôt que du thon car je redoutais que le thon ne soit trop sec. Mauvaise pioche car mon poulet a tout du béton lourdement armé. Je n’en ai rien mangé.

Au départ, le pilote a fait le tour de l’île de Pâques dans les deux sens pour que les passagers proches des hublots puissent faire des photos. C’est un cadeau précieux et impressionnant tant l’on croit que les ailes touchent les falaises. A l’arrivée à Tahiti, nous avons fait deux fois le tour de l’île mais là ce n’est pas un cadeau. Le pilote s’apprêtait à atterrir quand au dernier moment il mit les gaz et remonta à 1700 mètres d’altitude. L’explication vint un peu plus tard : du fait d’un vent très violent la tour de contrôle a demandé au pilote d’atterrir plus tard.

A l’arrivée nous sommes accueillis par des chants et des danses discrètes. Les formalités douanières sont extrêmement souples. Le voyagiste a trouvé intéressant pour les touristes que les bagages soient pris en main à chaque arrivée par ses équipes et que nous trouvions nos bagages dans nos chambres sans avoir dû faire ce transfert. L’idée est bonne, mais il faut nous occuper pendant deux à trois heures pour n’entrer dans l’hôtel que lorsque les bagages sont livrés. On nous propose de visiter un marché couvert qui est normalement fermé le samedi et le dimanche et ne sera ouvert que pour nous. Là aussi l’intention est louable, mais le fait de commencer la visite de Tahiti par une visite d’un marché couvert ne faisait pas partie de mes rêves les plus fous. Dans le marché couvert dont de nombreux stands sont fermés il y a surtout des échoppes de fruits et légumes, des vendeurs à la sauvette de perles de Tahiti et quelques magasins de fringues. J’achèterai d’ailleurs un teeshirt à un prix très parisien.

De jeunes gens costumés, quatre garçons et quatre filles, dansent sur la musique et le chant d’un guitariste. Les garçons sont très musclés et les filles jolies. On nous propose de goûter des morceaux de noix de coco coupés devant nous et de déguster des dès de mangue, de banane et de papaye. Manifestement, avec le décalage horaire de cinq heures, nous avons plus envie de nous reposer que de faire du shopping.

Nous nous rendons à l’hôtel Intercontinental qui est gigantesque. Mes valises sont dans ma chambre, ouf ! Je demande qu’on vienne prendre mon linge à laver qui remplit deux énormes sacs. C’est un jeune homme en maillot de bain et torse nu qui est venu chercher les deux sacs.

Le temps de m’occuper du linge, du wifi qui ne marche pas pour mon téléphone et de prendre une douche fait que je n’ai pas pu me baigner dans la piscine ou dans la mer qui est juste en bas de ma terrasse, au même niveau que la pelouse de l’immense jardin.

A 19 heures nous allons dîner au restaurant Le Tiare de l’hôtel Intercontinental. Il s’agit d’un buffet dont les poissons crus sont excellents. Ils seront l’essentiel de mon repas.

A 20 heures un groupe de huit hommes et huit femmes des îles Marquises dansent et chantent selon une histoire ou un schéma qu’on ne peut pas comprendre puisque la langue est polynésienne mais on peut essayer de deviner. Les hommes sont très musclés et très tatoués. Ce sont des guerriers qui ont des armes pour tuer et qui prendront (fictivement) une pirogue pour aller vaincre des ennemis. Les hommes sont agressifs et font des hakkas polynésiens destinés à effrayer les ennemis. Les femmes soutiennent les hommes mais on sent qu’elles prêchent pour la paix, qu’elles cherchent à calmer les ardeurs des hommes, même si elles partagent des chants guerriers avec les hommes. Le spectacle est très coloré. A un moment, des danseurs hommes et des femmes vont chercher dans la foule quelques personnes dont je ferai partie, sans doute parce que je suis placé à une table facile d’accès aux danseurs pour inviter des voyageurs, invitations que l’on a demandé de ne pas refuser.

Les femmes de notre voyage danseront avec les femmes et les hommes avec les hommes. Nous devons imiter les gestes des danseurs et c’est très bon enfant. Ceux qui restent à table vont rire de nos erreurs de synchronisation des mouvements. J’ai été frappé par la grande gentillesse de ces colosses, qui nous montrent les gestes et nous aident à les corriger. Les poignées de main de remerciements et de complicité s’échangent. Ces guerriers menaçants savent être très accueillants.

A Tahiti tout le monde sourit. Les jeunes femmes sont d’une grande beauté et les plus vieilles même si elles ne répondent pas à des canons de beauté ont un charme fort très lié à leurs sourires. La végétation est luxuriante et belle et les fruits abondants sont délicieux.

J’ai pris des excursions optionnelles sur les deux jours à venir alors que j’aurais besoin de repos. Je n’annulerai pas mais j’en ai la tentation.

Dimanche 19 novembre 2017

Je me lève à 6 heures du matin en pleine forme, reposé, mais je sais qu’à un moment ou à un autre, j’aurai probablement un coup de fatigue. Je pars à 8h30 dans un bus pour l’excursion optionnelle « Nature et Culture ». Je n’en sais pas plus. Nous sommes 27 dans le bus avec Fipa, la guide qui est une italienne qui a épousé un français et vit depuis 31 ans à Tahiti. Elle va nous raconter des choses intéressantes, même si elle approfondit peu les sujets qu’elle traite, mais ce qui me gêne c’est qu’elle tient son micro contre ses lèvres et envoie dans nos oreilles des décibels insupportables. Fort curieusement très peu de personnes éprouvent la même gêne, mais c’est un calvaire pour moi.

Nous allons faire le tour de la grande île de Tahiti en nous arrêtant sur des sites remarquables soit au plan de la flore soit au plan de la culture. Mon téléphone, pour des raisons de sécurité, oblige à mettre un code pour le déverrouiller. Ce qui fait que dans le bus qui roule, quand je veux prendre une photo, j’arrive toujours en retard. Il m’a fallu de nombreux essais pour photographier la montagne « le diadème » car ses crêtes ressemblent à un diadème. Le premier arrêt sur un site en hauteur, nous permet de voir la barrière de corail, mais c’est relativement peu photogénique.

Le deuxième arrêt est au bord de l’eau, à la pointe de Vénus, au pied d’un phare carré de 25 mètres de haut, plus haut que les plus hauts cocotiers, créé par des ingénieurs français en 1867 sous le règne de la très célèbre reine Pomaré IV. Il y a des embarcadères à petits bateaux avec balanciers et une plage où l’on peut faire du surf ou du paddle-surf. Il y a aussi un petit monument en l’honneur de l’arrivée des missionnaires, en 1797, trente ans après l’arrivée de James Cook. C’est très familial et comme c’est un dimanche, beaucoup de familles s’adonnent au plaisir de l’eau.

L’arrêt suivant est au trou du souffleur de Ara Hö Hö. Sur un site de rochers sur l’eau, il y a un arrangement des pierres qui fait que quelques mètres plus loin, l’eau de mer jaillit non pas en eau mais en bruine et fait un bruit de soufflerie. Notre guide, pour nous montrer, a joué les Marilyn Monroe sur la bouche de métro en espérant que le souffle soulève ses jupes, ce qui fut le cas.

L’arrêt suivant nous permet de voir la plus grande cascade de l’île qui a un débit impressionnant, au site de Faarumai. L’eau ruisselle avec un débit important directement lié au fait que les quinze derniers jours ont été fort pluvieux.

Nous allons déjeuner au restaurant bar du Musée Gauguin directement sur l’eau, au point que l’eau est quasiment au niveau du plancher. De nombreux tahitiens en famille avec des couronnes de fleurs et des colliers de fleurs déjeunent en ce lieu. Une voyageuse de notre groupe fera remarquer que s’il y a autant d’autochtones présents, c’est que la nourriture doit être bonne. Et elle l’est. Les poissons crus que j’ai pris sont délicieux. Les viandes sont correctes. Comme il n’y a aucun chevalet indiquant ce que sont les plats proposés, j’ai pris du lapin, à ma grande surprise. Au dessert, les ananas sont des merveilles tant ils sont sucrés et la tarte à la noix de coco est probablement la meilleure que j’aie goûtée.

Nous nous arrêtons pour aller visiter les jardins d’eau de Vaipahi. C’est un jardin botanique aux fleurs d’une rare richesse. Il y a une plante dont les fleurs sont les roses de porcelaine. La fleur est rouge, avec le centre qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un protea, et les feuilles épaisses et d’un rouge vif semblent faites en porcelaine. Une feuille de lotus est d’un rose dégradé délicat et le centre est d’un jaune éclatant, avec des points noirs presque en symétrie. Ce jardin me rappelle l’immense parc de la Fondation Fairchild à Miami où il y a aussi des fleurs luxuriantes.

Un autre arrêt est sur un site sacré, un marae, fait de pierres de lave noire, avec le Te Tahua qui est la cour et le Te Ahu qui est l’autel réservé aux puissances divines et ancestrales. C’est très ancien et existait avant que l’île ne soit découverte par des européens à partir de 1767.

Notre dernière halte, la huitième, ce qui est beaucoup, d’autant qu’il pleut depuis la fin de notre déjeuner, est pour visiter le Musée de Tahiti et des îles. Cette visite est particulièrement intéressante, largement plus passionnante que le musée de la biodiversité de Panama.

Il y a des vestiges de la préhistoire et l’on remonte jusqu’à il y a 40.000 ans, période glaciaire qui fait que les niveaux des eaux étant particulièrement bas, plusieurs grandes îles dont l’Australie formaient un seul continent, le Sahul. Le musée raconte les migrations et les explorations entre continents, montre les outils de ces périodes primitives et décrit les langues, les coutumes puis l’histoire proche avec l’apparition des Pomaré comme rois de Tahiti. Une célébrité est la reine Pomaré. Le dernier roi, Pomaré V sans progéniture fit don à la France des îles qu’il a dirigées, en 1880.

Tout est passionnant mais je commence à être épuisé. De retour à l’hôtel, j’ai encore les oreilles qui bourdonnent du fait de la nuisance sonore de la guide. Ce fut malgré cet agacement une journée hautement intéressante car je suis heureux d’avoir fait le tour de l’île, mes yeux se remplissant de milliers d’images. Les maisons sont généralement très sommaires, certaines étant construites sur des pilotis en protection contre les cyclones mais aujourd’hui on investit beaucoup plus sur une plus belle voiture que sur une plus belle maison. La hauteur des sièges du bus permet de voir au-dessus des clôtures et on constate que très souvent les défunts sont enterrés dans les jardins.

Les jardins sont très soignés. La nature est tellement luxuriante et généreuse que les mangues abondent ainsi que les noix de coco. Cette île est chaleureuse, souriante. Un vrai paradis, même quand il pleut. A noter que les prévisions météorologiques échappent à toute certitude. La guide nous avait dit ce matin, comme le staff du voyagiste, que nous avions de la chance car il ferait beau toute la journée. Depuis midi il a plu à grosses gouttes. Au retour, j’ai voulu aller me baigner. J’ai enfilé mon maillot de bain et au moment de sortir, il pleuvait tant que je n’ai pas insisté.

Le dîner était prévu en un restaurant plus avancé vers la mer que celui de la veille mais les pluies qui se sont abattues ont poussé la direction à faire le dîner au même restaurant qu’hier, au restaurant Le Tiare. Ce sera un buffet. Les poissons crus sont toujours aussi bons, une pièce de bœuf s’est montrée excellente avec un gratin dauphinois et  parmi les desserts un petit cake à la frangipane et à l’ananas m’a plu. Nous avons bu un Champagne Billecart-Salmon brut sans année de très bel équilibre et joyeux. Demain il faut partir à 7h15 pour une nouvelle excursion. C’est du stakhanovisme !

Lundi 20 novembre

Le petit-déjeuner est une nouvelle fois très tôt car je pars de bon matin, à 7h15, pour une excursion optionnelle : « Taha’A, l’île vanille ». Je me suis réveillé avec des embarras gastriques qui pourraient provenir d’un plat peu frais ou du fait que j’ai bu l’eau d’un broc dans le restaurant du musée Paul Gauguin.

Un bus conduit les inscrits à l’aéroport situé à cinq minutes de l’hôtel et nous prenons un avion ATR à hélices qui, allant vers Bora-Bora, fait une courte halte à Raiatea, un île où nous nous rendons. Placé contre un hublot j’ai l’occasion de voir de magnifiques lagons. Les couleurs sont féériques, d’un bleu profond opposé à un vert bleu turquoise.

A l’arrivée, une plantureuse et souriante polynésienne, Suzanne, nous accueille et va nous guider. Elle nous raconte une légende, propos de bienvenue, en faisant des gestes un peu comme les personnes qui doublent les discours à l’intention des malentendants. Ses gestes sont très élégants. Le mot légende lui-même est exprimé par des doigts qui s’agitent devant la bouche, comme font les joueurs de pipeau.

Nous embarquons dans deux bateaux pour nous rendre vers l’île Taha’A. Nous longeons des paysages aux arbres luxuriants exprimant la richesse des terres tropicales. Nous passons devant une magnifique plage de sable fin, plantée de cocotiers, qui a appartenu à Joe Dassin. Une église aux couleurs de blanc et de bleu pour les fenêtres et au toit ocre orange est en aplomb sur la mer dans un joli environnement. Nous allons vers un « Matu », qui est un petite île située sur la barre de corail où il y a une succession de petites cabanes sur pilotis qui font partie d’un hôtel Relais & Châteaux. Nous jetons l’ancre dans un chenal entre deux Motus pour nager avec masque et tuba dans cette passe qui regorge de masses de coraux blancs. Suzanne jette du pain dans la mer et c’est une myriade de poissons qui viennent se disputer des morceaux. Les poissons dans cette zone adoptent des tons blancs et gris clair qui correspondent aux fonds de sable blancs et aux coraux blancs. Après nous être laissés glisser au fil du courant nous remontons en bateau. J’ai commis l’erreur d’enlever mon masque trop tôt et j’ai trébuché par l’effet du courant et mon genou a frotté des coraux. Suzanne m’a donné du citron vert à frotter sur la plaie.

La prochaine halte est dans une ferme perlière où l’on réalise l’opération délicate de l’inclusion d’une impureté qui donnera la future perle. Dans cette ferme sur pilotis trois personnes font minutieusement l’inclusion tandis que dans la boutique on vend les perles nues ou montées. Décidément le voyagiste veut nous pousser à acheter.

La halte suivante est dans un site de mûrissement des gousses de vanille. L’exposé de celui qui nous présente la façon de travailler la vanille est passionnant. La Polynésie est le seul endroit au monde où la pollinisation est faite à la main. Là aussi on peut acheter de la vanille sous diverses préparations. Nous reprenons le bateau pour aller manger dans un restaurant où passent beaucoup de touristes. Le propriétaire des lieux propose un buffet. Au tintement de la cloche on ne doit pas se précipiter. Il faut écouter la prière que dit le chef. On peut ensuite goûter à une cuisine simple mais goûteuse.

En ce lieu on arrive sur une passerelle en bois et l’on voit dans l’eau deux raies de belle taille, des pastenagues, et de très gros poissons au bec acéré sans doute pour couper le corail.

Après le repas la pluie tombe à grosses gouttes et dans le bateau qui va vite, nous sommes tous trempés. Je protège mes affaires mais la pluie est la plus forte. La dernière halte doit être de se baigner dans un endroit où il y a des requins, annoncé comme inoffensifs et des raies. Du fait de la pluie forte, je suis le seul de mon bateau à me baigner et j’ai bien fait de décider de faire cette partie du programme. Dans l’eau claire, des requins font la ronde, passant de droite à gauche et de gauche à droite. Ils ne remuent aucune eau et glissent avec une belle rapidité. Quatre requins ont nagé autour de moi et ce qui m’a frappé c’est qu’à aucun moment je n’ai pu voir les quatre ensemble. Ce sont des chasseurs.

L’un d’entre eux suit en permanence un petit poisson jaune. Un autre a un poisson qui nage sous son ventre. Je suis ravi d’avoir pu voir de requins de près et dans leur environnement naturel.

Trempé et avec tous mes vêtements trempés du fait de la pluie j’ai fait le retour en avion de Raiatea à Tahiti en maillot de bain et teeshirt humides. Avec une climatisation qui souffle un air très froid  , j’ai peut-être le début d’un rhume. Suzanne, pour nous remercier des pourboires que nous avons donnés nous raconte une nouvelle légende avec des gestes très doux et gracieux.

De retour à l’hôtel, trempé, j’ai pris une douche bien chaude puis préparé mes valises que l’on doit mettre devant la porte avant de se coucher.

Pour la troisième fois nous avons un buffet au restaurant Le Tiare. Des voyageurs avec lesquels j’ai sympathisé ont offert du Champagne Bollinger Brut sans année que j’ai trouvé meilleur que le champagne de la veille. Un spectacle de danses tahitiennes rassemble des jeunes garçons et filles très beaux et dansant de façon traditionnelle beaucoup plus doucement que les guerriers d’il y a deux jours. Le déhanché des filles est ahurissant et le tamouré des garçons est lui aussi d’une grande dextérité. Ces danses sont gaies, joyeuses et constituent un hymne à l’amour. Personne ne m’a invité à venir danser. Snif !

Retour en chambre pour finir d’empaqueter. Le réveil est mis à 5h15. Quand aurais-je une « vraie » nuit ?

déjeuner bio au 42° Raw à Copenhague samedi, 4 juin 2011

Pour notre quatrième jour à Copenhague, il fait un soleil radieux. La population s’égaie dans les rues. La ville est une ruche dix fois plus animée que ne peut l’être Paris. Dans le programme quasi stakhanoviste que nous nous sommes imposé, il fallait une pause détox et c’est ma fille qui l’a proposée au restaurant 42° RAW. Appeler cette petite échoppe restaurant est un peu exagéré car cette minuscule boutique bio, comme un salon de thé, propose de la vente à emporter et quelques places où l’on grignote. Les jus de légumes et fruits sont excellents, les assiettes que l’on partage à plusieurs en trempant des tranches de légumes dans des sauces est une conception de la vie communautaire qui ne m’enthousiasme pas.

La profession de foi du lieu est d’apprendre aux populations urbaines une nouvelle vision sur la façon de se nourrir. Comme par chance c’est bon, pourquoi pas. Le nom du lieu vient du fait que tout est cru ou, s’il y a cuisson, elle est à basse température ne dépassant pas 42°.

Il faut vite aller faire une micro sieste, car le point culminant du voyage, ce soir, est un dîner au restaurant Noma, nommé premier restaurant au monde. Nous sommes avides de vérifier.

photos de Miami 1 dimanche, 16 janvier 2011

1 – photos de notre hôtel

2 – photos de la maison de nos enfants

3 – photos du premier dîner le 14/01

4 – Miami Beach

pour voir ces photos, cliquer sur la suite

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1 – photos de notre hôtel

vues extérieures

le hall d’entrée

des oiseaux sont dans des cages recouvertes de tissus la nuit

vues de notre chambre, avec quelques reflets au travers de la vitre (on dirait des vues de cartes postales)

dans une cour une réception très chic !

le petit déjeuner

une photo « volée » : une robe de mariée arrive dans les bagages de nouveaux occupants

2 – photos de la maison de nos enfants

à droite, un arbre à proximité, où Félix va grimper

3 – le premier dîner le 14/01

Champagne Dom Pérignon 2002 et Ridge California Geyserville 2007

4 – Miami Beach

Miami Beach, c’est ça

Mais c’est surtout ça !

mais c’est aussi ça (on imagine les tourments de la belle si elle doit s’asseoir dans le sable)

Nous allons déjeuner au Nikki Beach Miami Beach

les pauvres gamines essaient de danser, mais ce n’est pas concluant (enfin, on regarde quand même !)

(pour voir la suite des photos, cliquez sur la flèche en bas : photos de Miami 2)

photos de Miami 2 dimanche, 16 janvier 2011

5 – Wynwood Kitchen & Bar dans le quartier des galeries d’art

6 – Key Biscane

7 – restaurant de l’hôtel Setai

8 – restaurant italien de l’hôtel Biltmore, le « Fontana »

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5 – Wynwood Kitchen & Bar dans le quartier des galeries d’art

Cela évoque la vieille ville de Valpareiso qui, pour gagner son classement au patrimoine mondial de l’Unesco, a repeint toutes façades des maisons en couleurs vives.

Tu es bien assis ? pas qu’un pneu !

Arrête, tu me gonfles !

L’intérieur maintenant avec le bar

Bon, c’est pas tout ça, mais qu’est-ce qu’on mange ?

6 – Key Biscane

7 – restaurant de l’hôtel Setai

Il fallait absolument inaugurer la « petite robe » à la « Audrey Hepburn » achetée à la brocante braderie le jour même !

Champagne Pierre Peters Cuvée Spéciale Les Chétillons, blanc de blancs grand cru 2000

Champagne Delamotte blanc de blancs 1999

Château de Beaucastel Chateauneuf-du-Pape 2007

truffle dumpling, steamed scallop with truffle cream emulsion / Wagyu beef, served with Parsnip puree, braised sweet onion, wild mushrooms, roasted beef bone marrow and Penzu sauce

8 – restaurant italien de l’hôtel Biltmore, le « Fontana »

Brunello di Montalcino Col d’Orcia 2004

Melanzane alla Parmigiana, wood oven baked eggplant, mozarella, parmigiano-reggiano, Italian tomato sauce / Filetto al Barolo, grilled 8 oz. prime filet mignon, roasted potato, Barolo sauce

photos de Miami 3 dimanche, 16 janvier 2011

9 – Fairchild Tropical Botanic Garden

10 – Restaurant de l’hôtel Delano

11 – les Everglades

12 – Lower Matecumbe Key

13 – déjeuner chez George’s on Sunset

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9 – Fairchild Tropical Botanic Garden

Des couleurs extraordinaires

luxuriance des orchidées

une nature débordante de vitalité

d’étranges animaux (des Lalanne)

un poulet chou (!) et un cerf aux abois

mais aussi de vrais animaux !

10 – Restaurant de l’hôtel Delano

Il a été refait récemment par Philippe Stark.

Les colonnades de l’entrée, comme un temple égyptien

Un mur avec une décoration colorée. Près du bar, un billard

Une banquette profonde, ou une table très haute en cristal Baccarat

Nous sommes sur une terrasse à l’extérieur et dans la pénombre, l’immense piscine conduit à la mer

On distingue à peine à droite une petite table et des sièges, pour dîner « les pieds dans l’eau »

Château Carbonnieux blanc 2007

Beaune Grèves Vigne de l’Enfant Jésus Bouchard père & Fils 2006

mes plats

à partir de 23 heures, l’hôtel grouille de monde car il y a une boîte de nuit sous la terrasse où nous avons dîner. De plus, Delano est l’endroit où il « faut » être vu. Ici, un couple de « beautiful people ».

11 – les Everglades

visite du Parc National, le Royal Palm Anhinga Trail, Gumbo Limbo Trail. Par une chance inouïe, le site regorge d’animaux que l’on peut observer de très près !

vautours et cormoran

de beaux envols

de beaux camarades de jeux !

un ibis, pris en tenaille entre deux alligators ne semble pas troublé

la pêche est bonne !

12 – Lower Matecumbe Key au bord de l’eau sous les arbres, au Robbie’s Marina

les pélicans donnent une idée de la taille des « tarpons ». De si beaux poissons qu’ils ne peuvent pas pêcher, c’est rageant

13 – déjeuner chez George’s on Sunset

depuis la maison des enfants, on va à pied à ce restaurant tenu par un français, ouvert il y a trois mois, et qui connaît un très grand succès.

Georges a pris des allures napoléoniennes sur la photo avec cette phrase : « si vous ne venez pas avec votre femme chez Georges, quelqu’un d’autre l’y invitera ». !

la salle et mon tartare

 

 

 

Des femmes souhaitent l’anniversaire de l’une d’entre elles, et la musique à fond ponctue leurs hourras.

photos de Miami 4 dimanche, 16 janvier 2011

14 – visite de la Villa Vizcaya

15 – barbecue chez des amis a West palm Beach

16 – dîner chez mon fils

17 – visite dans le quartier Art Deco de Miami Beach

18 – journée brunch au Biltmore Hotel

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14 – visite de la Villa Vizcaya

Il faut aller voir sur Google l’histoire invraisemblable de cette villa. ici les jardins

façades

le quai sur l’eau, avec une invraisemblable caravelle sculptée en pierre !

une jolie fille se fait photographier face à la villa. j’aime la photo de gauche, car elle n’est pas posée

15 – barbecue chez des amis a West palm Beach

Roads End Oregon Pinot Noir 2007

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Stags’ Leap Napa Valley Cabernet Sauvignon 2006

Stag’s Leap Artemis Napa Valley Cabernet Sauvignon 2006

tout était fait que nous ayons notre repas autour de la piscine. la pluie en a décidé autrement

le sublime gateau au chocolat de notre amie

 

16 – dîner chez mon fils

Champagne Dom pérignon 2002

Corton Charlemagne Bonneau du Martray 2005

Clos de Paulilles Banyuls Rimage 2007

repas « à la française »

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17 – visite dans le quartier Art Déco de Miami Beach

De magnifiques immeubles Art Déco (avec forcément un immeuble Tiffany !)

Miami sans voiture de police, ça n’existe pas !

Et une Thunderbird, of course !

Le culte du corps et du sport

 

Et sur la plage, pas un instant sans un avion publicitaire

18 – journée brunch au Biltmore Hotel

petite promenade autour de l’hôtel

notre chambre a les trois fenêtres plus dessinées entre les deux palmiers sur la photo de gauche

le golf de l’hôtel

l’église qui jouxte l’hôtel

les stands du brunch

le chasseur de pigeons avec son casque colonial

Notre table

A proximité la piscine vénitienne de dimensions irréelles créée pour le voisinage. Elle est vide en ce moment

une voiture garée devant l’hôtel…

 

Au revoir Miami !

vacances en Amérique mardi, 26 janvier 2010

Il est conseillé de lire dans l’ordre inverse de succession des messages, pour respecter l’ordre chronologique.

 

Ce compte-rendu de voyage a été rédigé pour garder la mémoire des événements qui nous ont marqués. Il n’a normalement pas sa place sur le blog, puisqu’on n’y parlera pas de vin. Il ne sera pas inclus dans les bulletins.

Cancun – fin et conclusion du voyage samedi, 23 janvier 2010

Dernier jour et essai de synthèse à chaud.

 

22 janv.-10 et 23 janv.-10

 

Pour la première fois, nous avons un petit-déjeuner en chambre que nous avons commandé à l’heure que nous avons décidée, car il n’y a aucun rendez-vous le matin.

 

Ayant tellement de fois fait et défait nos valises, les remplir ne nous fait pas peur. Aussi, avons-nous quasiment toute la matinée pour flâner au bord de la piscine ou sur la plage de sable blanc. Allongés sur de larges transats recouverts de serviettes moelleuses, mon Dieu que c’est bon. On dirait presque que c’est notre plus belle journée de vacances.

 

Je fais une dizaine de longueurs dans la piscine, puis avec Silke, nous allons affronter les vagues fortes qui créent un courant latéral qui nous déporte. Quel bain de bonheur. Nous allons ensuite déjeuner sous la hutte qui est sur la plage. Puis, séance de valises, attente de la voiture qui nous conduit à l’aéroport de Cancun.

 

Tout le long du trajet, nous sommes une nouvelle fois étonnés de l’importance du tourisme dans cette région. Nos plus grands ensembles de tourisme sont des nains à côté de ce que l’on voit ici.

 

A l’aéroport, nous nous enregistrons très facilement et il nous faut tuer le temps car j’avais prévu large, comme le premier jour. Comme nous voyageons en classe affaires, je cherche le salon d’attente correspondant à ce statut. Là où nous nous présentons, la compagnie XL ne figure pas. A voir la tête des préposés quand je présente nos billets, on se dit que notre compagnie doit faire charter. Nous nous présentons à un deuxième salon et à la réception c’est encore une fois la même moue dédaigneuse : « nous ne connaissons pas ce genre de compagnies ».

 

Nous attendons dans un bar insipide où le produits sont facturés plus chers qu’au Fouquet’s, et je me renseigne au bureau de la porte d’embarquement : « non, cette compagnie n’a pas de salon pour la classe affaires ».

 

Lorsque nous embarquons dans un Airbus A 320 notoirement fatigué et abîmé, nous constatons que l’espace qui nous est réservé est particulièrement exigu. Et comme la commande des sièges ne fonctionne pas, il n’est pas question de s’allonger pour dormir. A partir du moment où nous volons, tout devient de la caricature. Imaginons que l’on demande à quelqu’un de faire le repas le plus indigeste et immangeable possible, il est sûr qu’il n’arrivera pas à faire aussi efficace que cette compagnie. Je n’ai pas mangé la moitié de ce qui nous a été servi. C’est du surgelé gorgé d’eau et sans le moindre goût. Affreux. Et tout fait chiche, calculé pour un prix de revient le plus bas possible.

 

Nous avons même eu droit à la zone de turbulence nous clouant à nos sièges pendant plus de trois heures, ce qui est extrêmement long. Est-ce que le pilote, ayant à économiser le carburant, n’a rien fait pour éviter la ligne droite qui croisait du mauvais temps ? Est-ce un moyen pour l’équipage de s’offrir un long moment de tranquillité ? Je ne sais pas répondre.

 

Il fut impossible de dormir et la position unique dans le siège m’a poussé à me contorsionner sur mon siège.

 

Nous sommes arrivés à l’heure dite, même avec de l’avance, et les formalités à la douane sont proches du zéro absolu. Je me demande même si les douaniers regardent les passeports, car leurs yeux ne se tournent qu’à peine vers les documents. Ils semblent plus intéressés pas le jolies touristes qui passent. Aucune file d’attente. On entre en France avec une facilité étonnante, voire coupable.

 

Aucune attente au tourniquet des bagages. Jamais je n’ai connu une arrivée aussi rapide et facile. Il y a 28° d’écart de température entre hier et aujourd’hui. Il va falloir se réhabituer.

 

Conclusion

 

Il est trop tôt de tirer les conclusions d’un tel voyage.

 

Voici quelques impressions trois heures seulement après avoir atterri.

 

D’abord, nous étions heureux d’être ensemble, et c’est le principal, car c’est ce que nous voulions.

 

Un programme aussi vaste avec autant de changements de lieux, d’hôtels et de vols est bâti pour des voyageurs de 40 ans plus que pour notre âge. Nous avons tenu le coup, mais nous aurions enchaîné beaucoup mieux à 40 ans.

 

Faire un voyage avec des guides qui sont toujours ponctuels, érudits, c’est d’un confort absolu.

 

Le bât a blessé en ce qui concerne les hôtels. Certains n’ont pas la qualité que nous souhaitions pour que ce séjour donne aussi un air de vacances luxueuses.

 

Mais ce qui compte le plus, c’est évidemment le contenu de ce que nous avons découvert. Nous voulions connaître trois civilisations disparues, celle de l’île de Pâques, celle des indiens de la Patagonie et celle des mayas. Nous avons appris beaucoup de choses sur l’histoire du monde, sur son caractère éphémère et sur la cruauté des humains.

 

Et il y a eu tellement de « premières » pour nous : première fois en Amérique du Sud, première fois au Chili, première fois à l’île de Pâques, première fois en Patagonie, première fois où j’ai survolé le Cap Horn, première fois sur les sites mayas, première fois au Yucatan.

 

Et les bains furent aussi des premières : je me suis baigné pour la première fois dans l’océan Pacifique, je me suis baigné pour la première fois dans le lac du cratère d’un volcan, je me suis baigné pour la première fois dans la mer des Caraïbes, je me suis baigné pour la première fois dans une mangrove, je me suis baigné pour la première fois dans une grotte souterraine, je me suis baigné pour la première fois avec des dauphins.

 

Tout ce que nous avons fait était déraisonnable. Mais nous sommes ravis de l’avoir fait.

 

Dans mes dîners il y a toujours le classement des vins que l’on a préférés. Quels sont les moments les plus riches pour moi : 1 – le survol du Cap Horn, 2 – le site de Chichen Itza, 3 – les statues des Moais plantées dans le désordre sur les pentes du volcan qui sert de carrière, 4 – la contemplation du site de Torres del Paine.

 

Alors, avons-nous envie de refaire un programme aussi fou ? Un petit coup de farniente sous les cocotiers face à une mer chaude serait le bienvenu.

Cancun, suite et presque fin vendredi, 22 janvier 2010

Les dauphins ont bon dos !

 

21 janv.-10

 

Après Chichen Itza, le programme du voyage mis au point avec l’agence de voyage est fini. Malgré l’envie que nous avions de ne plus dépendre d’horaires, j’ai pris un nouveau rendez-vous.

 

Mais, comme disait le regretté Philippe Seguin, quand ça veut pas, ça veut pas.

 

J’étais allé après le dîner prévenir la réception que nous appellerions pour le petit-déjeuner, à l’horaire de notre choix. On imagine ce qui s’est produit. A 6h30 du matin, je reçois un appel de France qui me réveille, d’un ami qu’autrement j’aurais traité avec délicatesse. Je me rendors et à 7h30, on toque à la porte. C’est le petit-déjeuner. La journée commence mal.

 

Le taxi que l’hôtel m’avait réservé et commandé devait me prendre à 10h20, pour un rendez-vous à 10h30. A l’heure dite rien. Lorsque 10h30 est déjà passé, l’hôtel me promet un taxi dans trois minutes, pour un trajet qui prend cinq minutes.

 

Le taxi vient sept minutes plus tard et le trajet dure un quart d’heure. On imagine mon stress, car ce à quoi je m’étais inscrit, c’est une heure de nage avec des dauphins. Nous arrivons dans un ensemble de vacances absolument gigantesque. Les voitures sur trois rangs patientent à l’entrée au contrôle, en formant des queues comme celles au péage lors d’un retour de week-end. Je serais prêt à manger le skaï de mon siège.

 

J’arrive enfin à la réception pour la nage avec les dauphins et le trajet qu’il faut faire pour être enfin en mesure d’intégrer le groupe est ubuesque. On est baladé d’un immeuble à un autre. Quand je paie, le préposé n’a plus de rouleau de papier dans son terminal carte bleue et je commence à me demander si je ne vais pas payer deux fois. Tout prend un temps fou et j’ai bien peur d’être en retard.

 

J’ai l’air malin, quand, ayant vu la mer ce matin très agitée, j’ai demandé à l’hôtel si cela n’influencerait pas la nage. Car devant nous, il n’y a que des bassins un peu plus grands que des piscines, où, malgré le vent, pas la moindre vaguelette ne se forme.

 

Silke m’a accompagné pour immortaliser mes acrobaties. Elle va attendre à la terrasse d’un café ce qui ressemble à un gigantesque attrape-nigauds. Le moniteur en chef fait un discours à une soixantaine de personnes, avec cet humour lourd de ceux qui savent. Ensuite le groupe se scinde et je suis dans un groupe d’une douzaine de personnes. Nous allons à pied sur une île artificielle pour regarder une vidéo de présentation de ce que nous allons faire. Avant de la lancer, notre moniteur fait de l’humour : « lorsque vous allez nager au milieu des requins » « euh, pardon, non, ce n’est pas pour vous ». On voit le niveau. Le contenu de la vidéo pourrait être compris en deux minutes, mais la vidéo en prend vingt. Et, pour nous expliquer que des photos seront prises, car la machine à fric fonctionne à plein régime dans cette marina, il faut dix minutes de plus.

 

Alors que la séance fait une heure, en voici la moitié qui est consommée. Nous arrivons dans notre bassin et le moniteur nous indique les noms des deux dauphins qui vont nager avec nous. Et des membres du groupe se mettent à poser des questions. Je rêve. Nous entrons dans l’eau et à côté de moi, il y a un moniteur qui dit qu’il y a dans le bassin de jeunes dauphins qui sont en apprentissage. Il demande qu’on ne les touche pas car ils ne connaissent pas la valeur de nos signes. Comment reconnaître un jeune dauphin d’un vieux, je ne sais, car à un moment un jeune me mordilla la main, ce qui fait une drôle d’impression.

 

Qu’avons-nous fait ? Caresser les dauphins sur la tête et sur le ventre. Leur embrasser le bout du nez pour que le photographe puisse s’acheter une nouvelle Cadillac. Se mettre en cercle pour que les dauphins se fassent caresser en continu. Enfin, les deux seules activités physiques : mettre les bras en croix, saisir les ailerons de deux requins qui nous tirent sur plusieurs mètres. Et, le plus spectaculaire, se faire pousser les pieds par deux dauphins, qui nous soulèvent et permettent que l’on ait l’impression de marcher sur les eaux.

 

C’est charmant, mais c’est un peu mince. J’imaginais que je nagerais à côté d’un dauphin en créant une complicité. Or ici, c’est une usine ou un cirque. On vous vend une impression fugitive, et non pas une rencontre avec un dauphin.

 

Ce n’est pas inintéressant, c’est évident. Mais on sent l’usine à fric, le côté cabaret et rien de plus. Une fois que chacun a fait ses petits exercices, nous sortons en applaudissant les dauphins qui font des bonds spectaculaires, et nous sommes conduits dans une salle de projection pour regarder la vidéo de nos exercices. Chacun rit de lui-même et des mimiques des autres. Ce temps supplémentaire permet au photographe de faire un tirage papier des photos qu’il a prises. On passe à la caisse, une fois de plus.

 

Nous attendons le taxi de retour, commandé à l’arrivée, et de taxi, il n’y en a pas. C’est une navette pourrie qui nous raccompagnera à l’hôtel.

 

Nous allons déjeuner au petit restaurant de l’hôtel qui est face à la mer et aux deux piscines. Des kite-surfs fendent l’eau, dirigés par des mains expertes. Les vagues sont très fortes. La nourriture est bonne, différente de celle du restaurant du soir.

 

Je vais faire une séance de hammam aux senteurs délicates et à 17h00, aussi bien Silke que moi, nous nous faisons masser dans le spa de l’hôtel. Les senteurs, les huiles, les essences créent un climat de relaxation. Ma masseuse doit avoir été championne de bras de fer, car elle tord mes muscles avec la puissance d’un rouleau compresseur. Mais le massage est efficace. Son diagnostic final à mon égard : « de temps en temps, vous devriez vous dire que tout va bien ». Apparemment, mon corps parle de façon explicite.

 

Revenu, zen, fourbu mais pas cassé, j’ouvre mon ordinateur qui n’accepte plus la connexion internet du réseau de l’hôtel. Habitué aux problèmes informatiques qui se concentrent sur moi comme les vautours sur la viande morte, je suis d’un calme olympien lorsqu’un préposé de l’hôtel arrivé avec retard semble impuissant à réparer.

 

Nous n’allons quand même pas gâcher les dernières vingt-quatre heures d’un voyage épique autant qu’unique – du moins pour nous -.

 

Après le dîner sans histoire, retour dans la chambre. L’internet marche de nouveau. Demain il faut faire les valises. Ça sent le retour.

 

Cancun – suite et Chichen Itza jeudi, 21 janvier 2010

Voyage de Silke et François Audouze janvier 2010

 

Ce compte-rendu de voyage a été rédigé pour garder la mémoire des événements qui nous ont marqués. Il n’a normalement pas sa place sur le blog, puisqu’on n’y parlera pas de vin. Il ne sera pas inclus dans les bulletins. Il a été mis dans l’année 2001, pour ne pas dévier du contenu qui est destiné au vin.

 

Suite des visites mexicaines.

 

19 janv. 10

 

Le dîner du 18 fut aussi sympathique que le précédent et le service est très prévenant. Le petit-déjeuner arrive à l’heure, ce qui est agréable. A 8h00, nous rencontrons Juan Carlos, notre guide et Ernan notre chauffeur. Nous partons visiter le site maya de Muyil situé dans une réserve de la biosphère. Au moment où nous nous arrêtons sur le site, il n’y a personne. Pas l’ombre d’un touriste. Bien sûr, cela s’explique par le fait que le site archéologique est assez mal conservé. Mais le fait d’être seuls face à ces monuments donne beaucoup plus d’émotions que sur les sites noirs de monde.

 

Après avoir visité des monuments et avoir pu, pour la première fois, entrer à l’intérieur de maisons, car il n’y a pas de cordes pour canaliser la foule, nous nous engageons sur un sentier pédestre dans une jungle protégée. C’est la réserve Sian Ka’an qui, en maya, veut dire : l’origine du ciel. Il fait chaud et humide, les espèces sont extrêmement nombreuses et cela fait forcément penser à la Vallée de Mai, aux Seychelles, qui est l’un des seuls sites au monde où la végétation n’a jamais subi l’influence de l’homme. Ici, cette jungle y fait penser. Il y a un mirador de 25 mètres de haut que le guide nous suggère d’escalader pour voir la canopée. On monte par des échelles. Ayant fait l’ascension de la plus haute pyramide, j’ai moins le goût de l’exploit, d’autant qu’ici, la protection contre les moustiques est indispensable, et j’entrevois qu’une forte suée ferait couler mon liquide protecteur comme le rimmel d’une femme qui pleure.

 

Nous poursuivons donc notre chemin pour arriver sur une plage au bord d’une lagune immense. Le site est protégé et classé au patrimoine de l’humanité. Ernan, le chauffeur, nous propose une petite collation. Il n’est que 9h45, ce qui ne nécessite pas de manger, mais nous le faisons. Silke voyant les vagues sur la lagune et la fragilité des embarcations décide de ne pas nous suivre. Elle reste avec le chauffeur et les nombreux gondoliers de ces pirogues à moteurs.

 

Nous traversons en bateau une première lagune et nous nous engageons dans un étroit chenal à l’eau limpide qui rejoint une seconde lagune. Pendant notre trajet dans le chenal un bel oiseau nous précède de vingt mètres environ et il m’est extrêmement difficile de le photographier car il bouge très vite. Je n’y arriverai qu’à la sortie du chenal.

 

Nous entrons maintenant dans un chenal, une mangrove, qui fait trente kilomètres de long et va jusqu’à la mer. Peu après être entrés dans le chenal, un embarcadère où nous nous attachons conduit à un édifice maya qui est un poste de douane. Car les mayas utilisaient ce chenal naturel pour transposter des marchandises. Juan Carlos m’annonce que nous allons nager pendant six cents mètres dans la mangrove. Je sursaute et il m’indique qu’il existe un léger courant porteur. Nous nous mettons à l’eau et nager dans une eau limpide sur un fond le plus souvent sablonneux est très agréable voire très confortable. Nous pouvons voir la flore de très près. Comme l’imagination travaille, les branches tordues dans tous les sens m’évoquent parfois des oiseaux qui s’évaporent lorsque la branche est vue sous un autre angle.

 

Nous croisons d’autres bateaux qui portent des touristes. A la fin de notre nage, un embarcadère nous attend, qui nous permet de remonter en bateau pour revenir. Cette nage dans une nature d’une rare richesse est très excitante. Ce n’est qu’au trois quarts de la nage que je me suis rendu compte que ce site nourrit plus de deux mille crocodiles. Savoir qu’ils ont ignoré ma chair que je suppose succulente a frustré mon orgueil.

 

Nous revenons au port au moment où un autre bateau de même taille va promener une bonne dizaine de touristes.

 

Juan Carlos indique qu’il n’est pas nécessaire de se rhabiller, car nous allons visiter un « cenote », une grotte remplie d’eau. Contrairement à notre visite jusqu’alors, cette grotte est très fréquentée. Nous voyons sortir de l’eau des personnages ressemblant à des extraterrestres, tant leurs combinaisons de plongée et autres appareils d’éclairage ou de respiration prennent de volume. Nous descendons les marches d’un escalier de bois et découvrons une immense grotte remplie d’eau, dont la couleur varie selon celle du fond et selon l’orientation par rapport au soleil. Sur fond sableux éclairé, l’eau est turquoise. Malgré la beauté du site, Silke n’a pas envie de se baigner. Lorsque je prends masque et tuba, je découvre un paysage marin incroyable. La grotte comprend des stalactites de grand diamètre dont certaines ont rejoint le sol. Tout le plafond de la grotte grouille d’hirondelles aux cris assourdissants. Je nage sous une longue voûte pour arriver sur une flaque quasi circulaire en plein air, comme un puits. Je reviens sur mon chemin et les couleurs changent. De nombreux petits poissons ne sont pas farouches et se prendraient facilement à la main. Ce parcours en eau douce dans une grotte aux énormes stalactites est absolument féerique. Lors d’une nage, j’ai vu au loin, au plus profond, des rais de lumière bouger, indiquant des nageurs spéléologues nageant dans une cave souterraine. Ce moment est d’une rare intensité.

 

Juan Carlos nous indique que nous allons déjeuner à Tulum au restaurant Zebra. Nous traversons une zone qui longe la mer où se succèdent des centaines d’hôtels ou résidences de loisir. Tout ici est fait pour le touriste. Le sol est sableux, d’un sable blanc et fin. Nous nous arrêtons au Zebra qui fait aussi résidence hôtelière sur une plage magnifique. Les touristes sont logés dans des cabanes qui évoquent nos yourtes de triste mémoire. Sous une grande hutte se tient le restaurant. Nous mangeons une soupe de poule meilleure que celle d’hier et je prends des gambas au gril absolument excellentes. Le serveur avait apporté des pots de sauces pimentées. Mais comme le chauffeur et le guide suçaient leurs tortillas et les replongeaient dans la sauce, je me suis abstenu de toute épice, ce que je regrette. Apprenant que notre programme était fini après ce repas, j’aurais bien fait l’économie d’un repas avec le chauffeur et le guide, qui ne cherchaient en aucun cas à s’intéresser à une discussion avec nous. Nous somme rentrés à l’hôtel, heureux de ces aventures assez folles, mais déçus par un guide peu intéressant et peu compétent en flore et faune, alors qu’il y avait matière à nous passionner. A l’entrée de l’hôtel, un pécari peu farouche nous suit à distance.

 

Alors que je me suis baigné deux fois, dans la mangrove et dans une grotte, rien ne vaut un bain dans notre mini piscine chauffée pour finir en beauté une magnifique excursion. Notre voyage est décidément riche en découvertes.

 

20 janv.-10

 

A 9 heures, après un petit déjeuner apprécié et servi à l’heure, nous retrouvons Antonio notre guide d’il y a deux jours, qui parle un français parfait, très influencé par le français québécois, appris en autodidacte, et dont l’origine maya va nous être d’un précieux secours.

 

Nous nous arrêtons sur la place centrale de Valladolid, ville de 70.000 habitants, située à mi-chemin entre Cancun et Merida. L’influence espagnole est totale, ce qui contraste avec les sites mayas que nous avons vus. Nous prenons du café dans une échoppe où Silke achète pour nos petits-enfants des témoignages de l’artisanat local. La place est carrée, dotée d’un grand parc où une déesse maya semble donner de l’eau à une vasque où elle se tient au centre. Elle porte la robe traditionnelle maya. Dans les allées, des chaises doubles disposées en « toi et moi » sont d’origine française.

 

Nous nous rendons à la maison de la culture, immense bâtisse de type espagnol où différentes activités sont proposées à la population, dont le folklore, la guitare, l’apprentissage de l’anglais ou du maya, et ce qui fait sourire : le développement de l’intelligence. Dans une très longue salle au premier étage, quatre gigantesques peintures réalisées en 1981 racontent l’histoire du Yucatan, depuis les premiers mayas jusqu’au 4 juin 1910 ou le Mexique a définitivement pacifié cette région. Il y a un petit côté « commande de circonstance » dans cette façon d’idéaliser l’histoire.

 

Antonio nous apprend la signification du mot Yucatan : lorsque les premiers espagnols sont arrivés, les mayas n’arrêtaient pas de leur dire quelque chose qui phonétiquement ressemble à Yucatan et signifiait : « je ne comprends pas ce que vous dîtes ». Les espagnols ont cru que cela désignait leur terre.

 

L’église San Bernardino est d’une architecture espagnole d’un grand classicisme. Antonio nous raconte les saints qui sont honorés dans les différentes stations de prières. Certaines histoires sont charmantes de poésie.

 

Nous repartons pour notre prochaine étape, la Cenote Samula, nouvelle grotte où nous aurions pu nous baigner. Mais l’envie aujourd’hui n’y était pas. Imaginons une des cloches de service des plats dans les grands restaurants. Cette forme de cloche est exactement celle de la grotte, mais avec plus de 40 mètres de haut. Imaginons qu’au lieu du bouton qui permet de saisir la cloche de service, il y ait un trou. Nous avons alors la grotte. Le trou ne fait pas plus de trois mètres de large. Le soleil crée un puits de lumière qui paraît presque solide car l’humidité de la grotte donne la trace du soleil comme s’il s’agissait d’un tube transparent. Pour descendre, les escaliers, d’abord en pierre puis en bois, sont raides et glissants. L’humidité crée une pesanteur moite. Contrairement à la grotte visitée hier les stalactites sont minuscules. La grotte est envahie par les hirondelles qui volent à des vitesses impressionnantes. De l’intérieur, on a l’impression qu’elles entrent et sortent de la grotte en se croisant à des vitesses folles. Mais en fait, revenus à la surface, nous voyons que les hirondelles font en fait des virages au sommet du trou, sans quitter la grotte. Tout en bas, de nombreux baigneurs s’ébattent dans l’eau claire. Une caractéristique est impressionnante. Sur le bord du trou, un arbre est en porte-à-faux. Ses racines plongent dans le trou, et, chose invraisemblable, elles ont atteint l’eau, à quarante mètres plus bas.

 

La direction est maintenant Chichen Itza, le plus beau site maya. Je connaissais le nom de ce site. J’ai lu des bribes d’informations. Mais jamais je n’aurais imaginé que nous serions saisis de cette façon par une réelle merveille du monde.

 

Si je disais que nous étions seuls pour faire cette visite, on ne pourrait pas me croire. Car le site grouille de monde. Et, chose insolite, qui porte à polémique au sein du monde maya, le site est envahi de marchands du temple, qui envoient de jeunes enfants qui comme des mouches se collent aux touristes en chuchotant ou criant « dix pesos ».

 

Nous commençons la visite par un cenote, petit lac au fond d’un trou, qui a sans doute été utilisé pour fournir de l’eau au village. Nous voyons ensuite un chemin maya qui en deux endroits est coupé, car de nouvelles grottes se sont formées par l’effondrement de plaques de calcaire. Le premier monument est le Caracol, observatoire qui intrigue les savants modernes, car sans l’aide d’aucun télescope, les mayas ont décrit les phases des planètes avec une rare précision. Nous allons ensuite à l’annexe des nonnes, dont les ornements sculptés montrent la différence des constructions de type toltèque et de type maya. Nous nous rendons ensuite au temple du grand prêtre puis au Castillo, la grande pyramide, construite par emboîtement au dessus d’une plus petite pyramide, 52 ans plus tard. Il faut dire que le calendrier maya combine un cycle solaire de 365 jours et un autre cycle divinatoire de 260 jours. Le premier jour du calendrier correspond à 3114 avant Jésus-Christ. Pour retrouver un jour ayant les mêmes positions dans les deux cycles, il faut attendre 52 ans, ce qui explique des décisions de construction intégrant ce cycle.

 

Cette pyramide est orientée de telle façon que le 21 mars, le soleil éclaire l’escalier du nord en donnant à la pierre la forme d’un serpent qui ondule, tout le long des 91 marches de cette face. Ce jour là, une foule immense de visiteurs vient pour contempler le phénomène. Antonio nous parle de 30.000 personnes.

 

Ce qui m’a abasourdi, et de loin, c’est que face à la pyramide, si l’on claque dans ses mains comme lorsqu’on applaudit, l’écho qui revient est le cri d’un oiseau. Ce pourrait être un hasard, mais Antonio nous dit que c’était voulu. Difficile à croire, mais, si c’est vrai, c’est énorme. Car tout atour de moi des milliers de mains claquent, et des milliers d’oiseaux semblent chanter. A partir de ce moment, je suis estomaqué.

 

Nous allons voir ensuite le groupe des mille colonnes, dont les carrées sont sculptées avec une précision et une conservation stupéfiantes, et les rondes, les plus nombreuses, sont en pierre brute.

 

Nous passons ensuite devant le temple des jaguars, où l’on voit des jaguars et des aigles qui portent sur une patte ou sur une serre un cœur humain. Nous voyons d’ailleurs au milieu des mille colonnes une pierre de sacrifice où une personne était posée, face vers le ciel et où on lui arrachait le cœur.

 

Plus loin, un édifice montre des centaines de crânes sculptés dans la pierre, des toltèques qui étaient sans doute, les vrais crânes, portés sur des lances.

 

Le site du jeu de balle est le plus grand de tous ceux qui ont existé. 180 mètres de long et 80 mètres de large et là aussi une acoustique qui permettait que deux personnes à l’opposé dans la grande longueur se parlaient facilement. Les parois de l’aire de jeu sont quasi verticales, légèrement inclinées vers l’aire de jeu. Il fallait lancer une balle à l’intérieur d’un anneau de pierre placé très en hauteur, et comme il n’existe aucun témoignage sur la façon dont on jouait, on suppose que l’on utilisait des battes pour taper dans la balle. La partie pouvait durer trois jours, et à l’issue, selon ce qui est dit, le capitaine de l’équipe perdante était décapité. Antonio réfute cette hypothèse et se met à interpréter pour nous les bas-reliefs du stade. Il nous commente les équipements des joueurs et les dieux invoqués, pour suggérer que le sacrifice n’était pas automatiquement celui du perdant. Tout au long de la visite, Antonio nous a expliqué les bas-reliefs, ce qui a donné plus de prix et de relief à notre visite.

 

La complexité des sites, des bas-reliefs, des bandeaux écrits selon l’écriture maya et toute la symbolique sont absolument saisissants. Une civilisation très avancée au niveau des concepts, de la numération, de la connaissance des astres est magnifiquement représentée sur ce site unique. C’est enrichissant et enthousiasmant.

 

Epuisés, nous sommes allés déjeuner dans un immense hôtel, le Mayaland, qui est une usine à touristes, qui reconstitue une sorte de palais espagnol. Le buffet est simple mais délicieux.

 

Fourbus, nous sommes rentrés à notre hôtel, conscients d’avoir fait aujourd’hui la plus extraordinaire visite de notre voyage. Pour moi, c’est du même niveau que d’avoir vu la Cité Interdite à Pékin. On est presque dans le domaine du surnaturel.