San Francisco day 4 – day 5lundi, 8 octobre 2007

Le lendemain du fabuleux dîner avec des collectionneurs, j’emmène ma femme goûter les délices du Cable Car. C’est d’un charme désuet émouvant. Nous allons jusqu’au terminus, debout en porte à faux sur les marches extérieures du véhicule, pour revenir presque à notre point de départ. Nous cherchons des cadeaux dans les boutiques de China Town. On ne peut pas s’imaginer comme l’invention humaine peut se débrider (excusez cette allusion assez facile) pour créer des horreurs. Elizabeth, la femme de mon ami collectionneur nous conduit à Castro, un quartier qui est en hauteur, peu éloigné des Twin Peaks. Il y a quelque chose qui ressemble à un marché en plein air où s’égaye (excusez encore cette allusion assez facile) une population homosexuelle en pleine revendication d’identité assumée.

Ce qui est assez amusant, c’est de constater que dans le souci de montrer une « altéralité », il y a un immense conformisme. Nous allons ensuite sur les Twin Peaks, ces deux collines qui surplombent la ville, observer sous un autre angle le ballet des avions de chasse, pour la dernière journée de leurs manœuvres aériennes.

(en allant voir les maisons victoriennes d’Alamo Park, je rêvais que des avions passent au dessus des toits. Ce fut fait !)

Un ami californien, James, connaisseur de vins à la sensibilité que j’apprécie, vient avec son épouse nous chercher à notre hôtel. Il nous emmène dans un quartier proche de celui bigarré que nous avions visité, au restaurant Zuni lieu assez branché où nous dégusterons des anchois (house-cured anchovies with celery, Parmesan and niçoise olives), puis des gnocchis (Bellwether farms ricotta gnocchi with chard and pistachios) et la spécialité de la maison (chicken roasted in the brick oven, warm bread salad with scallions). Le repas se finira sur Apple huckleberry tart with vanilla ice cream.

James sort de son cartable un Meursault Charmes Domaine Roulot 1999 qui titre 13,2°. Il le goûte et semble rencontrer un problème. Il demande un seau à glace, attend un peu, et après de longues minutes je suis « autorisé » à percevoir ce dont il s’agit. Le goût de bouchon qu’il avait décelé n’est plus perceptible au nez, mais il est sensible en bouche. Cela gâche évidemment la dégustation. Il se produit alors un phénomène que j’ai maintes fois observé : brusquement, sans crier gare, le goût de bouchon disparaît. Et ce n’est pas une rémission à 90 ou 95%. C’est une rémission totale. Quand un défaut peut être éliminé par l’oxygénation, il l’est à 100%. Le Meursault devient alors sur les anchois très goûteux, et glisse gentiment sur les gnocchis.

Une nouvelle plongée dans la sacoche, et c’est un Chateauneuf-du-Pape Réserve des Célestins Henri Bonneau 1992 qui apparaît. Ce bambin qui affiche 14,5° montre une précocité certaine dans le monde parkérien. Le vin est ultra puissant pour son année, et son charme n’exclut pas une certaine brutalité.

Il se savait outre-Atlantique que ma femme ne boit qu’Yquem. La sacoche devient corne d’abondance en découvrant Château d’Yquem 1986. Ma femme le trouve délicieux aussi aurais-je mauvaise grâce à ajouter le moindre commentaire à ce qui lui a plu. C’est un sauternes qui trouvera son épanouissement dans trente ans.

James est un être sensible et raffiné. J’adore parler de vin avec lui. Ce moment d’amitié est précieux pour moi, porteur de promesses d’autres grands moments de partage. Je travaillerai à l’organisation d’un voyage en Bourgogne avec ce groupe d’amis.

Le lendemain, petit-déjeuner avec Steve Elizabeth et l’un de ses fils pour se dire au revoir et se remémorer ces instants uniques de partage de grands vins. Nous allons ensuite faire du shopping. La baisse du dollar est une incitation à acheter beaucoup.

Nous allons au Pier 39 voir les « sea lions », éléphants de mer qui font la sieste sur un embarcadère. Des achats de cadeaux totalement inutiles mettent un point final à ce voyage de rêve américain. (photo d’une vitrine et les "sea lions du Pier 39)

 

(grosse surprise à notre fenêtre, un ouvrier travaille en extérieur au 39ème étage ! on voit au fond le brouillard venant de l’océan qui traverse par le Golden Gate et va envahir la baie de San Francisco)

 

Le brouillard va envelopper Alcatraz, et ce front de brouillard va progressivement ouater le centre ville.

La progression est spectaculaire.