dîner chez Yvan Roux et déjeuner dans le sud avec des vins emblématiques lundi, 20 juin 2011

Jonathan est un jeune amateur de vin qui est parti vivre en Australie. Quand il revient en France, c'est l'occasion de retrouvailles vineuses. L'idée avait été lancée que nous allions chez Yvan Roux, le magicien des poissons, pour dîner au solstice d'été, le jour le plus long de l'année. Nous agrégeons quelques fous de vins, les propositions de vins pour cet événement sont folles elles aussi, et largement surnuméraires.


Il fait beau, tous se regroupent devant la piscine de ma maison du sud et malgré un programme abondant, j'ouvre un vin qui n'avait pas été prévu, un Champagne Krug Grande Cuvée sans année d'environ vingt-cinq ans, car l'étiquette est d'une ancienne génération de l'étiquetage de ce vin. Le pschitt n'est pas très fort mais réel, la bulle est belle, et ce champagne un peu évolué est d'une noblesse particulière. Il est racé, tendu, précis, à la trace en bouche extrême.


Nous sommes neuf, dont deux femmes qui ne boivent pas, la mienne et celle de mon ami japonais, et nous arrivons chez Yvan pour contempler le paysage unique de la baie de Giens. J'aligne pour la photo quinze flacons dont un magnum, avec la ferme intention de n'en ouvrir qu'un nombre raisonnable, mais avec de tels lascars, la raison est bâillonnée.


Nous commençons par le Champagne Salon magnum 1995. Ce champagne est merveilleusement confortable. On chausse ses pantoufles, on s'effondre dans un lourd fauteuil et l'on est sur le nuage du monde de Salon. Ce 1995 est à un moment idéal de sa vie. Il est encore en pleine jeunesse, il n'a pas de signe d'évolution, et il est serein. Il n'en dit pas plus qu'il ne faut, car il joue comme Federer, sans donner l'impression de se presser. Je suis conquis par son équilibre.


Yvan nous a préparé ce menu : tempura de fleur de courgette, tempura de sauge, tempura de lotte / seiches en papillotes au chorizo de Pata Negra et confit d'échalotes déglacées au Martini Dry / chorizo en tranches / carpaccio de denti et suprêmes de pamplemousse / chapon à l'ail confit / langouste aux lardons / moelleux au chocolat, caramel au beurre salé et glace vanille.


Yvan a fait une cuisine très lisible, idéale pour créer de beaux accords.


Le Château Laville Haut-Brion 1967 est d'une couleur d'une folle jeunesse. Son parfum est précieux et en bouche, c'est un beau vin. Il n'est peut-être pas flamboyant, mais il est riche et précis. Nous l'adorons sur les seiches au gout prononcé. Le Puligny-Montrachet Louis Chevallier 1964 est bouchonné aussi est-il suivi par un vin grec qu'un ami a apporté pour contribuer à la réduction de la dette grecque : Ilios, vin blanc sec de Rhodes 1987. La réduction de la dette est pratiquement le seul avantage de ce vin qui ne nous a pas inspirés.


L' Hermitage Chave blanc 1989 est d'une toute autre trempe. C'est un vin solide, carré, en pleine possession de ses moyens, avec un langage épuré comme savent l'avoir les vins du Rhône.


Il faut avoir la foi du charbonnier pour reconnaître qu'il s'agit d'un Hermitage Chave blanc 1983, car la bouteille lourdement empoussiérée est plus noire que la face d'un charbonnier. Elle a séjourné depuis son enfance dans la cave bourguignonne du domaine Dujac dans des conditions idéales. Et cela se traduit par un vin sublime, qui transcende le message du 1989. Ce vin a tout pour lui, avec un fruit extrême et une mâche délicieuse. C'est un vin de bonheur. Il sera mon préféré de ce soir.


Je ne connaissais pas l'existence du Champagne Roses de Jeanne Pinot Blanc La Bolorée Cédric Bouchard 2005, champagne ultra confidentiel. Ceux qui le connaissaient en attendaient beaucoup. Si j'ai aimé l'extrême précision de ce champagne, je ne peux pas dire que j'ai été gagné par une énorme émotion. Ce vin est grand, propre, racé, mais il manque de folie.


Nous allons passer maintenant à une confrontation de trois vins sur le chapon. A gauche, le Clos de la Roche domaine Dujac 1978 a un nez bourguignon tonitruant. En bouche, il est follement bourguignon, avec énormément de matière et de séduction, mais je ne le trouve pas assez précis, ce qui va un peu limiter le plaisir. Au centre, le Château Rayas rouge 1988 servi un peu chaud montre trop son alcool aussi ce vin est celui qui me rebute le plus au départ. Mais la soirée se rafraîchissant, le vin s'est transformé, prenant un charme exceptionnel. Il y a une intelligence dans ce vin au discours galant qui force le respect. C'est un vin de grande tenue, jeune, riche et avenant. La Côte Rôtie La Landonne Guigal 1979 complète bien la trilogie, car c'est une Landonne calme, relativement discrète. Elle a énormément de charme, et sa subtilité soutient la comparaison avec les deux autres vins. Jeremy avait apporté deux vins de Dujac aussi avons-nous, sur son insistance, bu le deuxième Clos de la Roche domaine Dujac 1978 au style très comparable au premier, certains d'entre nous préférant la première et d'autres la seconde bouteille. Après ces quatre vins de très grande qualité, mon choix est : 1 - Rayas, 2 - Landonne et 3 - les deux Dujac. Nous avons conscience d'avoir côtoyé de très grands vins, le Rayas en Chateauneuf-du-Pape très stylisé, équilibré et profond, la Landonne en charme et en équilibre aussi, et les deux Clos de la Roche, terriblement bourguignons, fous d'évocations brillantes mais à qui il a manqué un petit zest de squelette.


Deux rouges non ouverts seront pour demain et nous passons sur le dessert au Château Climens 1962 à l'or blond et toute la grâce de Climens. C'est un très grand Barsac, riche, fruité, intense, ravissant de fraîcheur.


Comme si nous n'étions pas rassasiés, nous avons ouvert un très rare whisky Single Cask Malt Whisky Karuizawa 1967 qui titre la bagatelle de 58,4°. Fruité, il ne donne pas l'impression d'alcool. Nous n'avons fait que tremper nos lèvres, car un déjeuner est prévu chez moi le lendemain.


Ce fut une fois de plus un beau repas chez Yvan Roux dans un cadre enchanteur dont nous avons profité en cette longue veillée. Les saveurs les plus belles ont été, à mon goût le tempura de lotte et le carpaccio de denti. Mais la vedette était aux vins, avec mon classement : 1 - Hermitage Chave blanc 1983, 2 - Rayas 1988, 3 - La landonne Guigal 1979, 4 - Salon magnum 1995, 5 - Climens 1962. Il aurait fallu inscrire aussi le Krug, mais il avait été bu en un autre lieu.


La nuit fut rude, car nous avions beaucoup bu. Les arrivées s'échelonnent et nous voilà repartis pour une folle équipée. Nous ne sommes plus que sept, dont cinq buveurs au déjeuner dans notre maison du sud. Au programme nous trouverons, boutargue, Cecina de Leon, Côtes de bœuf cuites à la plancha avec des pommes de terre en dés, cuites aux herbes du jardin, camembert Jort, Salers et petits chèvres, salade de fruit, cake japonais au thé vert et cerises, et petits fours.


Le Champagne Salon 1997 est délicieusement floral. Il est romantique, un peu puceau, et n'a pas l'assise tranquille du 1995 d'hier. Mais il est charmant dans sa grâce légère. Le contraste est très fort avec le Champagne Pol Roger Cuvée Winston Churchill 1996 plus dosé et plus affirmé que le Salon, au fruit lourd. C'est un champagne puissant, fonceur comme Churchill.


Il nous restait deux rouges du programme officiel, mais pour copier le schéma d'hier, j'ai rajouté un vin espagnol pour que la confrontation se fasse à trois vins.


Le Chateauneuf-du-Pape Château de Beaucastel Hommage à Jacques Perrin 1999 est un grand vin subtil qui joue un peu dans la discrétion. Très fin et racé, il se boit bien, mais on aimerait qu'il appuie un peu sur l'accélérateur. La Côte Rôtie La Mouline Guigal 1996 est l'archétype du charme des vins de Guigal dans leur jeunesse. Il est rond, fruité, bien dans sa peau, sûr de lui. Son final très frais est mentholé.


Mais à côté des deux, le Vega Sicilia Unico 1989 est d'une insolente perfection. Si Robert Parker a influencé beaucoup de vignerons pour qu'ils fassent des vins boisés, très mûrs, directs et sans chichis, ce vin espagnol est la sublimation de l'idéal parkérien. Ce vin a tout pour lui, avec une précision horlogère. Le nez est riche avec un cassis subtil, la mâche est allègre, car la force se combine avec une étonnante fraîcheur. Le vin lourd et complexe glisse en bouche et dégage comme la Mouline une fraîcheur mentholée d'une rare élégance. On est dans l'excellence, et ce vin résolument moderne mais maîtrisé est mon gagnant sur ces deux jours. Mes amis sont étonnés que le Vega Sicilia aille aussi bien avec le camembert Jort délicieux. Ce fromage se marie aussi bien avec le Pol Roger.


Le classement des trois rouges est naturel : 1 - Vega Sicilia Unico 1989, 2 - Côte Rôtie La Mouline Guigal 1996, 3 - Chateauneuf-du-Pape Château de Beaucastel Hommage à Jacques Perrin 1999.


Au cours de ces deux repas nous avons partagé des vins emblématiques de grande qualité. Ce parcours un peu fou nous a réjouis. Nous avons décidé d'institutionnaliser le dîner du 20 juin, pour profiter lors d'un long soir de joyaux de nos caves.

dîner au restaurant Noma avec des vins extraordinaires samedi, 4 juin 2011

Après la visite des caves de K, un de mes fournisseurs de vin, nous arrivons par les quais au restaurant Noma, installé dans d'anciens entrepôts du port de Copenhague. Noma veut dire "nordic meal", cuisine nordique. Jean-Philippe ayant twitté notre arrivée, nous sommes accueillis par le directeur du restaurant mais aussi par René Redzepi, nommé plus grand cuisinier du monde, qui a autour de 35 ans et a travaillé notamment deux ans à El Bulli. Des photos sont prises devant la façade, inondée d'un soleil de plomb. On nous sert sur le pas de la porte un Champagne blanc de blancs extra brut "La Colline Inspirée" Jacques Lassaigne sans année. Par ce beau jour de presque été, nous buvons ce beau champagne classique avec gourmandise. Matt qui sera notre guide tout au long de la soirée vient nous dire d'être prêts à monter à l'étage où se trouve notre table au moment où il nous le demandera. Je réponds par un "yes sir" très militaire.


L'obtention de la table que nous occuperons a une histoire. Elle est réservée aux hôtes de marque. Pour en bénéficier, il faut être de l'ordre de dix ou payer le prix de dix. Comme nous étions cinq au départ, le renfort fut atteint grâce à K et deux de ses amis danois amateurs de vins et par ma fille et mon gendre. La table est la seule du premier étage, avec une cuisine apparemment affectée à notre seul usage, puisque la cuisine principale est au rez-de-chaussée.


Pour y accéder, nous sommes obligés de traverser la cuisine où René nous accueille avec toute son équipe extrêmement souriante. A chaque pièce que nous traversons, c'est un nouveau bouquet de sourires. L'innombrable équipe de cuistots donne l'impression d'être heureuse de nous recevoir. Après la cuisine, nous nous retrouvons dehors, de l'autre côté de l'immense entrepôt. Il est alors aisé de plaisanter sur un repas aussi court qui se termine avant d'avoir commencé. Nous entrons par une nouvelle porte pour monter à l'étage. La jolie pièce surplombe le canal. Elle est magnifiquement décorée. Kathryn, notre serveuse, a un sourire d'ange.


A peine à table, un serveur met dans nos mains un roseau long de plus d'un mètre, dont les dix derniers centimètres ont été pelés pour que n'apparaisse que le cœur. Il faut tremper le bout de la longue tige dans une crème délicieuse. C'est le début d'un long chemin d'amuse-bouche dont voici les intitulés.


Les amuse-bouche : Bulrush, malt flatbread and juniper, moss and cer; cookie with lardo and currant, mussel, rye bread, chicken skin, lumpfish roe and smoked cheese, seabuckthorn leather and pickled hip roses, radish, soil and herbs, pickled and smoked quails eggs, toast, herbs, smoked cod roe and vinegar.


La moule est originale puisqu'on peut croquer la coquille du bas, faite d'une pâtisserie teinte à l'encre de seiche. Le moment le plus intense est avec le petit snack aux œufs de lump, qui donne une iode énigmatique et fraîche.


Le soleil transperce notre pièce, créant des effets de contrejour. Deux fois on nous suggérera d'aller prendre l'air pour faire une pause sur le canal au soleil qui n'en finit pas de se coucher.


Le menu : green strawberries, salad root and sorrel / razorclam parsley, horseradish and buttermilk / scallops and beech nut, watercress and grains / tartar and sorrel, juniper and tarragon / langoustine and söl, rye and seawater / potato and milkskin, whey and lovage / white and green asparagus, cream and pine / celeriac and truffle / beef cheeks and cabbage, verbena and ramsons / 'Gammel Dansk' and sorrel / walnut and berries / Jerusalem artichoke and apple.


Il est impossible de décrire tous ces plats. Nous faisons un voyage dans un monde de saveurs nouvelles et inimaginables. Alors que les créations de Marc Veyrat et de Ferran Adria sont parfois théâtrales, nous découvrons celles d'un chef authentique, à l'imagination débordante, qui respecte le produit et donne un sens à chaque saveur. C'est intelligent, artistique, créatif, et le seul plat qui conduit à poser des questions est celui des coquilles Saint-Jacques que je trouve un peu étouffées par l'encre de seiche. Matt m'a donné l'explication qui est d'une logique compréhensible et m'a dit que les questions sur ce plat sont systématiques. Les saveurs magiques sont celles des fraises vertes, des couteaux, des langoustines présentées sur de grosses pierres, la sauce étant disposée comme des pétoncles collées au caillou. Les asperges et le céleri sont prodigieux. La liste des émerveillements n'est pas limitative.


Nous pourrions être fiers d'avoir obtenu une table, et d'avoir bénéficié de la table d'hôtes spectaculaire. Cela aurait suffi à notre bonheur. Mais un bonheur n'arrive jamais seul, aussi K et ses amis, à notre grande surprise car nous ne savions rien, nous ont entraînés vers des vins incroyables, d'une générosité infinie.


Les vins sont bus à l'aveugle. Le Champagne Brut Pommery 1947 Coronation of Elizabeth II est d'une couleur de rose ambrée profonde. La bulle discrète est encore active. Je suis assez content car le premier nom que j'ai suggéré est Pommery. J'ai essayé 1929 et c'était 1947. C'est un grand champagne de charme délicat et de grande complexité.


Le Champagne Perrier Jouët rosé extra brut 1966, alors que je l'ai bu plus de dix fois, ne me mène sur aucune piste. La couleur est très proche de celle du Pommery et le vin est extrêmement fruité, de beaux fruits jaunes. Le plus jeune est le plus généreux et goûteux, les deux étant superbes.


Le Bâtard Montrachet Domaine André Ramonet 1978 a un parfum qui inspire immédiatement le respect. Il est grandiose. Et en bouche, c'est une aventure gustative majeure. Ce vin sera celui qui émerge au sein des séries de vins de ce soir. Il a une plénitude, une ampleur qui ne sont le fait que de grands vignerons.


Le Montrachet Marc Colin 1990 est, je crois, le premier que je bois de ce vigneron. Il est moins riche et moins brillant que le Bâtard mais il a toutes les qualités d'un montrachet. Les deux blancs ne se contredisent pas et plus le temps passe, plus le 1990 prend de l'ampleur, devenant un montrachet très élégant et riche.


Lorsque le vin suivant arrive, je pense meursault, mais je n'ai pas le temps de le dire. Le Meursault Charmes Collection du docteur Barolet, Arthur Barolet négociant éleveur 1934 est un vin que je perçois comme bouchonné. Matt n'est pas de cet avis. La couleur est jeune et malgré une légère amertume liée au bouchon, le vin va se restructurer, sans atteindre un plaisir total.


Je m'en veux de ne pas avoir dit mon intuition première car elle est la bonne. Mais le non-dit n'a pas de valeur. Le Chablis Grand Cru Moutonne Long Dépaquit 1955 est un très grand vin. J'ai bu plusieurs fois le 1959. Même si le 1995 n'a pas sa flamboyance, il est extrêmement expressif, typé, de grande classe.


Lorsque je sens le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1952, je dis immédiatement Domaine de la Romanée Conti. J'ajoute Romanée Saint Vivant et quand K me dit que ce n'est pas ça, je propose Richebourg des années 50. Ce vin a tout le charme du Domaine de la Romanée Conti. Il est élégant, charmant, subtil, avec un final d'une grande finesse.


Ma recherche est plus difficile avec la Romanée Saint Vivant Domaine de la Romanée Conti 1980 alors que ce vin m'est familier. Les deux vins du Domaine de la Romanée Conti sont d'une délicatesse et d'une élégance extrêmes.


Selon le théorème qui veut qu'en dégustation à l'aveugle, rien ne vaut le coup de pouce que donne la vision d'une étiquette, je propose pour l'un des deux Musigny qui arrivent qu'il soit du domaine Comte de Vogüé. Hélas, je ne choisis pas le bon. La triche n'est pas récompensée. Le Musigny Grand Cru Comte de Vogüé 1990 est un vin de grande puissance, solide, bâti pour la durée. Comme nous ne buvons que des grands vins, je suis en mal de superlatifs. Ce grand vin est rassurant.


Jamais je n'aurais trouvé l'année du Musigny Grand Cru J.F. Mugnier 2006, car il fait beaucoup plus mûr que ce jeune millésime. Les deux Musigny se complètent bien, riches et élégants, avec des longueurs particulièrement solides.


J'avais bien peu de voir arriver les bordeaux après les bourgognes, mais le Château l'Evangile Pomerol 1961 est si imposant qu'il se débarrasse de ces incertitudes. Il est en pleine possession de ses moyens, impérial pomerol au charme fondé sur sa texture tramée au point le plis fin.


Le Château Certan de May 1961 me plaît beaucoup moins, un peu plus fatigué qu'il ne devrait.


Le Château La Tour Blanche 1900 est d'un or encore clair. Je ne pense pas qu'il puisse être aussi âgé. Il est très brillant. Je serais bien en peine de dire lequel des deux sauternes je préfère, car cet Yquem caractéristique, le Château d'Yquem 1944, que j'ai bu plusieurs fois et que j'adore mais dont je n'ai pas reconnu l'année mais la décennie, est un Yquem charmeur, élégant, riche et serein, qui ne joue pas plus qu'il ne faut, ce qui ne limite pas sa trace extrême.


Ce serait très difficile de classer, mais je m'y risque : 1 - Bâtard Montrachet Domaine André Ramonet 1978, 2 - Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1952, 3 - Château l'Evangile Pomerol 1961, 4 - Château La Tour Blanche 1900, avec l'impression que quasiment tous les vins pourraient être sur le podium.


Pendant l'une des pauses, nous sommes allés dans la cuisine du premier étage où l'un des chefs, irlandais, a montré la préparation de certains plats. Nous avons longuement bavardé avec lui et avec Matt, heureux de voir notre passion pour ces vins chenus.


A l'issue du repas, nous avions la sensation d'avoir vécu un moment unique lié à la cuisine exemplaire de talent et d'invention mais aussi de mesure de René, et lié aussi à l'incroyable générosité de K et ses amis. Lorsque nous sommes descendus, nous sommes repassés par la cuisine du rez-de-chaussée en sens inverse. Toute l'équipe de cuisine, encore présente, nous a gratifiés de beaux sourires. C'est assez formidable de voir une équipe aussi impliquée dans ce qu'elle fait.


Au réveil, le lendemain matin, Jean-Philippe a twitté ses remerciements à René Redzepi. Il a eu en retour un message disant que toute l'équipe était sous le charme de l'expression de notre enthousiasme pour la cuisine et pour les vins. Il sera plus facile de réserver lorsque nous voudrons recommencer, ce qui se fera sans tarder avec K, mais avec nos vins !

dîner au The Paul dans le parc du Tivoli vendredi, 3 juin 2011

A l'heure du dîner nous traversons la rue pour entrer dans le parc du Tivoli où une jeunesse sage envahit l'espace. Il y a des palais chinois, des Taj Mahal en stuc et des esplanades pour des concerts de plein air. Les groupies sont déjà assis à même le sol en attendant leurs idoles. Au centre du parc on trouve une grande rotonde à la structure métallique qui évoque un peu celle des serres du jardin royal que nous avions visitées hier. Sous cette coupole se tient le restaurant The Paul. Dans ce lieu tout à fait étonnant aux volumes improbables et grandioses, la décoration résolument moderne est d'un raffinement certain. Des tableaux et des photos audacieux créent une ambiance très sympathique. Daniel, le directeur du restaurant, nous attend car Jean-Philippe avait préparé de longue date cette rencontre. Daniel s'est révélé un guide passionnant tout au long d'un voyage merveilleux dont voici le programme. D'abord, les amuse-bouche de l'apéritif : Iberico + sardine + raspberry / chicken; appele cider vinager, mustard / paella puff'ed / smoked tandoori salted cashews /plate - fennel / green.


Puis le repas : oyster & mackerel / grilled salad, crab royale / cauliflower with browned butter, dover sole, spring truffle / wild forest mushroom consommé, young spruce / himmerland sweetbread, beetroot & liquorices, black olive / French pigeon, white asparagus, hazelnut praline, chocolate bean / champagne rhubarb, cucumber, pimms / pistachio water sorbet, ymer.


Puis les mignardises : earl grey financier / Darjeeling mallow / macaron, Japanese jasmine, yuzu / espresso caramel, sharffen berger / hazelnut cream.


Daniel nous a tout expliqué de façon intelligente et notre plaisir fut total surtout par comparaison à Géranium. J'avais voulu finir mon compte-rendu du dîner de la veille sur une note d'espoir. Mais ne tergiversons pas : oublions Géranium pour garder The Paul. Ici la cuisine est inventive mais cohérente. Elle repose sur ses deux pieds, elle a une logique et met en valeur le produit principal. Le plat le plus phénoménal est celui des petits champignons de forêt en gelée. Mille évocations d'enfance reviennent à la surface pour un tourbillon gustatif infini. C'est un plat à l'émotion ultime. Mes amis, et ma fille et mon gendre venus nous rejoindre à la sortie de leur avion ont aimé le pigeon. J'ai été un peu moins ébloui.


Nous avons pris l'apéritif avec un Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs 1990 qui marque déjà des signes d'âge avec une farouche élégance. Ce champagne est grand, noble, racé et on le boit presque avec respect.


Au moment de passer à table Daniel nous fait goûter à l'aveugle un vin blanc. Au nez, pas de doute, c'est un bourgogne, et je hasarde un Meursault 2007. Le vin est délicieux. Et Daniel sourit de l'erreur commise aussi bien par Jean Philippe que par moi, car il s'agit d'un Vin blanc Ossian de Ségovie Espagne 2008 issu de l'agriculture biologique. Daniel nous rassure sur le fait que personne ne trouve. Ce vin au nez très expressif est plus qu'intéressant.


Nous avons poursuivi avec un Riesling Clos Sainte-Hune Trimbach 2002 qui est à un niveau de maturité parfaite. Car il est encore follement jeune mais en même temps serein, riche, accompli. L'équilibre entre acidité, fraîcheur et fruit est remarquable et la longueur est belle. Dans une carte des vins un peu rare dans le secteur des vins rouges c'est Daniel qui nous suggère d'essayer un Vosne-Romanée Hudelot-Noëllat 2007. Le vin est agréable, se boit bien, mais il manque manifestement de coffre et de structure. Nous en avons sacrifié deux, ce qui montre qu'on y prend goût.


Nous avons longuement bavardé avec Daniel qui est passionnant. Il acceptera que nous apportions nos vins quand nous reviendrons. Il nous à accompagnés à travers le parc de Tivoli jusqu'à l'entrée du parc. Dans un espace devenu désert, sur l'esplanade du concert en plein air, le monceau de canettes de bières et de déchets abandonnés donne un coup de canif à la réputation de propreté des pays scandinaves. A la sortie du Tivoli les paniers poubelles de rues débordent de canettes de bière. Les jeunes sont incroyablement nombreux, profitant d'une nuit douce pour la peupler de bières et de camaraderie. Après les restaurants Relae, Aamann, Geranium, Sankt Annae, c'est de loin The Paul qui mérite la palme et l'envie d'y retourner. Paul Cunningham, le propriétaire, va s'installer dans un immeuble "en dur" qui donne sur le parc mais où l'on entre par la rue et non par le Tivoli. Ce sera un lieu dont on parlera.

Copenhague photos jour 3 – The Paul vendredi, 3 juin 2011

The Paul est dans le Tovoli. Ici lafaçade de l'hôtel Nimb, côté Tivoli, où nous prendrons un brunch dans deux jours



l'entrée du restaurant




une méchante pieuvre me regarde



la cuisine ouverte sur l'immense salle



en fin de service, avec l'hygiène, ça ne rigole pas !!!



l'atmosphère



moi j'essuie les verres, au fond fu comptoir, j'ai bien trop à faire pour pouvoir rêver ...



bon, c'est pas tout ça, mais qu'est-ce qu'on mange ?



un p'tit coup de pub entre amis






Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs 1990



Vin espagnol surprise Ossian 2008 de Castille



Clos Sainte Hune Riesling Trimbach 2002



Vosne-Romanée Hudelot Noëllat 2007



dîner de folie chez un américain à Paris vendredi, 27 mai 2011

Où l'on verra que la générosité peut jouxter la débauche. Laurence Féraud, vigneronne à Chateauneuf-du-Pape m'avait invité à rejoindre le "Printemps de Chateauneuf-du-Pape", à Chateauneuf-du-Pape. Lors du dîner chez elle, elle avait évoqué un dîner à Paris chez un de ses amis américains, où l'on ouvrirait de grands vins. Dans la chaleur communicative des banquets, j'ai dit oui. Il fallait coordonner les apports et lorsque j'ai appelé Ed pour mettre au point le programme, je lui ai annoncé mon intention de venir avec deux vins de 1921, qui ont 90 ans cette année. Je ne savais pas qu'Ed est d'un humour caustique, aussi ai-je pris sa moue téléphonique pour de l'insatisfaction vis-à-vis de ce que je trouvais assez généreux. Un peu vexé, je demande ce qu'il envisagerait d'inclure au programme et tout-à-coup, il prononce un nom qui agit sur moi comme un sésame. Il dit : "je pourrais ouvrir un "Screaming Eagle". Aussitôt, comme si un ressort me propulsait, je réponds : "si vous ouvrez Screaming Eagle, j'apporte une bouteille de La Tâche". Car ce vin américain, très rare, je ne l'ai jamais bu. La tentation est trop grande.


Le jour dit, je me présente à 17 heures à l'appartement d'Ed pour ouvrir mes bouteilles et éventuellement d'autres. La cuisine s'agite dans tous les sens, car nous serons quatorze dont les deux cuisiniers, Arnaud et Nicolas. Arnaud Faye est l'adjoint chef de cuisine de Thierry Marx au Mandarin Oriental Paris qui va ouvrir dans quelques jours. Cette équipe va réaliser un repas de grand raffinement avec une belle mise en valeur des produits, et quelques accords subtils opportuns, malgré la difficulté d'ajuster les recettes sur des vins très disparates.


J'ouvre le Brane Cantenac 1921 d'un niveau mi-épaule et le bouchon paraît comme brûlé. L'odeur sentie par le goulot est assez torréfiée. Est-ce que le vin va s'épanouir ? Je ne sais pas. L'Arche Vimeney cru classé de sauternes 1921 au niveau dans le goulot et d'une couleur merveilleuse exhale un parfum d'agrumes délicats. Il ne posera aucun problème. J'ouvre aussi La Tâche 1986 que j'ai apportée. Le parfum bourguignon est d'une rare subtilité. On me demande d'ouvrir certains apports qui arrivent au compte-goutte dont le Screaming Eagle que nous sommes allés chercher dans la cave d'Ed. J'ai demandé à Ed d'en goûter un peu à l'ouverture. J'ai fait un vœu, car c'est la réalisation d'un rêve.


Les convives arrivent et nous sommes quatorze. Il y a, si je n'oublie personne, Ed et un ami américain accompagné de sa femme d'origine indienne, trois vignerons de Chateauneuf-du-Pape dont Laurence accompagnée d'une amie américaine, un autre vigneron Hervé Bizeul accompagné de son épouse, un homme du monde du vin et un amateur, les deux cuisiniers qui mangeront avec nous et moi.


Du fait de l'abondance, mes descriptions des vins seront plus que succinctes, et je ne suis pas sûr que l'ordre des vins soit le bon. Pour l'apéritif, nous commençons par un Chateauneuf-du-Pape Cristia Vieilles Vignes magnum 2006 qui est joyeux, réjouissant, faisant plaisir à boire dans sa jeunesse. Il est suivi d'un Chateauneuf-du-Pape "Pure" domaine de la Barroche magnum 2005 que je trouve particulièrement brillant. Il est remarquablement bien fait.


Nous passons à table et nous goûtons deux vins blanc américains : le Marcassin Hudson Vineyard Carneros Chardonnay 1993 et le Marcassin Gauer Vineyard Alexander Valley Chardonnay 1993. Le premier a un léger défaut qui exacerbe son côté américain, alors que le second est délicieux, sans lourdeur, avec beaucoup de charme, sans les excès habituels des chardonnays américains. Le Meursault Perrières Jean François Coche Dury 2002 est pour moi un modèle de fraîcheur et d'expression alors qu'Hervé Bizeul préfère le deuxième Marcassin.


Le Chateauneuf-du-Pape Lou Destré d'Antan Christian Barrot 1976 est une merveille de Chateauneuf-du-Pape. Il a un équilibre et un charme qui m'ont convaincu, comme le Chateauneuf-du-Pape Domaine du Pégau 1997 aux aspects bourguignons d'une rare délicatesse. Sur des langoustines cuites à la perfection, ces vins se sentent bien. Le Vosne-Romanée Les Chaumes domaine Méo-Camuzet 1996 joue un peu en dedans à côté de ces Chateauneuf-du-Pape.


A l'arrivée du bar je demande de l'indulgence pour le Château Brane Cantenac 1921 dont le parfum est un peu torréfié. Quelle n'est pas ma surprise de voir que le vin n'a pas du tout en bouche le torréfié que je craignais. La couleur est divine, sans le moindre tuilé et en bouche le fruit est envahissant, fruit rouge d'une grande précision. Je pense "ouf" pendant que mes convives sont surpris de la présence de ce grand vin. L'accord avec le bar se trouve naturellement. J'en profite pour servir mon autre vin, La Tâche domaine de la Romanée Conti 1986 au nez d'un charme extrême. Sentir ce vin, c'est ouvrir la porte du domaine comme on ouvre la caverne d'Ali Baba ou l'armoire de ses souvenirs. Alors que j'avais adoré la Romanée Conti 1986, si j'aime La Tâche de la même année, je ne ressens pas autant que je souhaiterais l'émotion de La Tâche. C'est un grand vin mais avec une vibration un peu atténuée.


Laurence pense que ce serait le moment de boire un Chateauneuf-du-Pape sans étiquette et sans année, à la forte poussière opacifiant le verre, qui doit être des années 60 et provient de ses grands-parents. Hélas, le vin est bouchonné et malgré mes espoirs, ne reviendra jamais à la vie.


Nous goûtons maintenant en intermède un Meerlust Rubicon Afrique du Sud magnum 1984 et Ed nous raconte la rareté de son origine. Ce vin est solide, carré mais assez simple d'expression. Nous faisons un intermède à l'aveugle avec Les Sorcières du Clos des Fées, Côtes du Roussillon 2010. J'avais bu ce vin lors des primeurs à Bordeaux. Il s'est développé et est d'une grande sincérité.


Nous entrons maintenant dans le monde des vins à forte charpente et au degré d'alcool important. La Petite Sibérie Côtes de Roussillon Villages magnum 2004 est un vin que j'apprécie dans sa jeunesse pour un final d'une fraîcheur mentholée. Hervé Bizeul est fier que son vin ait un fort cousinage avec le Screaming Eagle cabernet sauvignon Napa valley 2003 qui titre 14,6°. Ce vin a le plaisir généreux d'une Mouline 2005. Il est puissant, au fort fruit noir et poivre, mais son final frais signe un très grand vin. Il est plus complexe que la Sibérie, mais les deux ne se nuisent pas. Viennent ensuite de nouvelles raretés apportées par l'amie américaine de Laurence : Sine Qua Non "the 17th nail in my cranium" syrah Californie 2005 qui titre, excusez du peu 15,8° et le Sine Qua Non "a shot in the dark" syrah Californie 2006 qui titre 15,5°. Il est certain que ces vins généreux sont plaisants à boire. Mais on est entraîné dans une direction qui n'est pas la mienne, où l'excès de fruit et d'épices peut devenir monotone. Sur le délicieux filet de bœuf ces vins sont à leur aise et le mariage se fait bien.


Il est temps de goûter l'Arche Vimeney Sauternes 1921. C'est un agréable sauternes fort aimable, mais qui n'a pas la complexité du Caillou 1921 bu tout récemment. Il est acceptable mais sans histoire, malgré sa belle couleur et son parfum d'agrumes. Il joue mezzo voce. Hervé a apporté une belle curiosité : un Sémillon Lagarde de Mendoza Argentine 1942. La bouteille porte le n° 17. Pour une curiosité, c'en est une. Le vin s'est oxydé et évoque les vins jaunes du Jura. Il brille surtout par son originalité et accompagne bien des tranches de comté.


J'ai apporté en cachette le vin que j'avais ouvert à Rennes lors de la découverte du vin de 1690. C'est un madère d'une bouteille très ancienne que je date de 1780 à 1840. Il a une force alcoolique extrême qui fait penser à certains qu'il s'agirait d'un whisky. Mais plusieurs convives confirment l'hypothèse madère. Il a un peu perdu de son fruit, mais il a encore une force persuasive extrême.


Si je devais décerner des brevets aux vins de ce soir, je les donnerais à : 1 - Chateauneuf-du-Pape Domaine du Pégau 1997, 2 - Chateauneuf-du-Pape Lou Destré d'Antan Christian Barrot 1976, 3 - Château Gruaud Larose 1921, 4 - Meursault Perrières Jean François Coche Dury 2002, 5 - Screaming Eagle cabernet sauvignon Napa valley 2003. Mais tous méritaient leur présence à ce beau dîner.


Merci a Ed d'avoir mobilisé des cuisiniers de grand talent qui nous ont offert des plats exquis. La générosité de tous fut remarquable. L'atmosphère cosmopolite et amicale a permis un repas de grande folie, ou générosité et débauche sont synonymes, dans le bon sens du terme.

dîner chez un américain à Paris vendredi, 27 mai 2011

les vins que j'ai apportés



dans l'ordre de dégustation :


Chateauneuf-du-Pape Cristia Vieilles Vignes magnum 2006



Chateauneuf-du-Pape "Pure" domaine de la Barroche magnum 2005



Marcassin Hudson Vineyard Carneros Chardonnay 1993



Marcassin Gauer Vineyard Alexander Valley Chardonnay 1993



Meursault Perrières Jean François Coche Dury 2002



Chateauneuf-du-Pape Lou Destré d'Antan Christian Barrot 1976 (la contre étiquette porte 1975)



Chateauneuf-du-Pape Domaine du Pégau 1997


Vosne-Romanée Les Chaumes domaine Méo-Camuzet 1996



Château Brane Cantenac 1921



La Tâche domaine de la Romanée Conti 1986



Chateauneuf-du-Pape sans étiquette et sans année (à droite de Chateauneuf-du-Pape Domaine du Pégau 1997)



Meerlust Rubicon Afrique du Sud magnum 1984



Les Sorcières du Clos des Fées, Côtes du Roussillon 2010



Petite Sibérie Côtes de Roussillon Villages magnum 2004



Screaming Eagle cabernet sauvignon Napa Valley 2003




je ne suis pas peu fier d'avoir ouvert cette bouteille de Screaming Eagle



Sine Qua Non "the 17th nail in my cranium" syrah Californie 2005



Sine Qua Non "a shot in the dark" syrah Californie 2006



L'Arche Vimeney Sauternes 1921



Sémillon Lagarde de Mendoza Argentine 1942



quelques plats



en cuisine




une partie du groupe (à gauche le chef)


Académie des vins anciens – les vins PHOTOS jeudi, 26 mai 2011

GROUPE 1 : champagne Henriot rosé magnum 1988



Champagne Moët & Chandon Brut Impérial rosé 1953



Champagne Moët & Chandon magnum 1962



Champagne Dom Pérignon 1978



Chablis Blanchot Grand Cru domaine Vocoret 1988



Clos Zisser Klipfel Gewurztraminer 1974



Corton Charlemagne Rapet P&F 1950 (bas)



Côtes du Jura blanc Jean Bury # 1964



Château Corbin Michotte 1966



Château Gruaud Larose 1964



Château Canon 1959



Château Malescot Saint-Exupéry 1934



Chambolle Musigny Joseph Drouhin 1967



Vouvray moelleux 1959 domaine Clovis Lefèvre



Château Maÿne-Bert Haut-Barsac 1939



Château Bastor Lamontagne Sauternes 1929



Château Caillou Haut-Barsac 1921 (provenant de mon déjeuner de la veille)



GROUPE 2 : champagne Henriot rosé magnum 1988



Champagne François Giraux Brut ss A élaboré par Charles Heisdsieck



Champagne Bollinger Brut Spécial Cuvée des années 70/80



Mesnil Nature Blanc de blancs -vers 1935



Vouvray sec 1961 domaine Clovis Lefèvre



Meursault Patriarche 1943



Pouilly-Fuissé 1938 Ph.Bouchard



Côtes du Jura blanc La Cocarde 1958



Château Ducru Beaucaillou 1973



Château Le Bon Pasteur 1973 POMEROL



Château Canon 1966



Château des Jaubertes 1964-Marquis de Pontac-Graves



Château Saint-Julien Saint-Emilion 1945



Chambolle Musigny Joseph Drouhin 1967



Gevrey-Chambertin Faiveley 1938



Vinadort Rioja Bodegas Artacho 1975



Soleil de France Seignouret Frères Sauternes années 1930 origine Ch.Coutet



Rivesaltes Dom Brial 1969.



GROUPE 3 : Champagne François Giraux Brut ss A élaboré par Charles Heisdsieck



Champagne Moët & Chandon Brut Impérial rosé 1953



Champagne Moët & Chandon magnum 1962



Mesnil Nature Blanc de blancs -vers 1935



Chablis Blanchot Grand Cru domaine Vocoret 1988



Vouvray sec 1962 domaine Clovis Lefèvre



Côtes du Jura blanc "Fleur de Marne" La Bardette Chardonnay 1964



Pauillac Baron de Rothschild # 1980



Chateau de Sales 1970



Chateau Pichon Longueville Comtesse de Lalande Pauillac 1966



Château Gruaud Larose 1964



Château Respide 1956



Gevrey-Chambertin Duroché 1957 (bas)



Vosne Romanée J. Thorin 1949



Mercurey 1936 Ph.Bouchard



Monbazillac 1945 château de la Fonvieille réserve du Theulet



Rivesaltes Dom Brial 1959.


Académie des vins anciens – les vins jeudi, 26 mai 2011

Voici les vins annoncés, qui seront répartis en trois groupes de dégustation puisque nous sommes 40 avec 48 vins :


Champagne François Giraux Brut ss A élaboré par Charles Heisdsieck - Champagne François Giraux Brut ss A élaboré par Charles Heisdsieck - Champagne Bollinger Brut Spécial Cuvée des années 70/80 - Champagne Moët & Chandon Brut Impérial rosé 1953 - Champagne Moët & Chandon Brut Impérial rosé 1953 - champagne Henriot rosé magnum 1988 - Champagne Moët & Chandon 1962 - Champagne Dom Pérignon 1978 - 2 btls Mesnil Nature - Blanc de blancs -vers 1935 -


Chablis Blanchot Grand Cru domaine Vocoret 1988 - Chablis Blanchot Grand Cru domaine Vocoret 1988 - Vouvray sec 1962 domaine Clovis Lefèvre - Vouvray sec 1961 domaine Clovis Lefèvre - Clos Zisser Klipfel Gewurztraminer 1974 - Corton Charlemagne Rapet P&F 1950 (bas) - Meursault Patriarche 1943 - Pouilly-Fuissé 1938 - Ph.Bouchard - Côtes du Jura blanc "Fleur de Marnes" La Bardette Chardonnay 1964 - Côtes du Jura blanc Jean Bury # 1964 - Côtes du Jura blanc La Cocarde 1958 -


Ducru Beaucaillou 1973 - CHATEAU LE BON PASTEUR 1973 POMEROL - Chateau de Sales 1970 - Chateau Pichon Longueville Comtesse de Lalande Pauillac 1966 - Château Canon 1966 - Château Corbin Michotte 1966 - Château Gruaud Larose 1964 - Château Gruaud Larose 1964 - Château des Jaubertes 1964-Marquis de Pontac-Graves - Canon 1959 - Château Respide 1956 - Château Malescot Saint-Exupéry 1934 -


Chambolle Musigny Joseph Drouhin 1967 - Chambolle Musigny Joseph Drouhin 1967 - Gevrey-Chambertin Duroché 1957 (bas) - Vosne Romanée J. Thorin 1949 - Gevrey-Chambertin Faiveley 1938 - Mercurey 1936 - Ph.Bouchard - Vinadort Rioja Bodegas Artacho 1975 -


Vouvray moelleux 1959 domaine Clovis Lefèvre - Soleil de France - Seignouret Frères - Sauternes années 1930 origine Ch.Coutet - Monbazillac 1945 Château de la Fonvieille - Château Bastor Lamontagne Sauternes 1929 - Rivesaltes Domaine Brial Grande réserve 1969 - Rivesaltes domaine Brial 1959 -

quinzième séance de l’académie des vins anciens au restaurant Macéo jeudi, 26 mai 2011

La quinzième séance de l'académie des vins anciens se tient au restaurant Macéo où nous avons nos habitudes. Le service est toujours attentionné et efficace. Nous sommes 42 annoncés le matin-même et 38 présents. Les jeunes sont nombreux, car des places ont été réservées à des élèves de l'école supérieure du marketing du luxe de la Fondation Cartier. Il y a au programme 50 vins (en comptant les magnums pour deux bouteilles) dont 25 vins de ma cave ce qui est une proportion inhabituelle. La qualité des apports est variée, mais comme on en jugera en lisant les listes dans l'ordre de service, il y a de vraies pépites.


A 16h30, je déballe les caisses de vins pour prendre les photos de groupe et je commence à ouvrir les bouteilles. Deux amis devaient venir m'aider mais chacun des deux m'appela pour me dire que des choses absolument urgentes l'empêchait de venir. C'est donc en solo que j'ai ouvert les vins, au rythme d'environ trois minutes par bouchon, sans chômer, avec relativement peu de batailles homériques contre des bouchons pervers. Après plus de deux heures, j'étais exténué. Une petite promenade dans les jardins du Palais Royal m'a fait du bien.


Les vins sont répartis en trois groupes ce qui permettra à chacun de goûter 16 à 18 vins et plus du fait des échanges entre les groupes :


GROUPE 1 : champagne Henriot rosé magnum 1988 - Champagne Moët & Chandon Brut Impérial rosé 1953 - Champagne Moët & Chandon magnum 1962 - Champagne Dom Pérignon 1978 - Chablis Blanchot Grand Cru domaine Vocoret 1988 - Clos Zisser Klipfel Gewurztraminer 1974 - Corton Charlemagne Rapet P&F 1950 (bas) - Côtes du Jura blanc Jean Bury # 1964 - Château Corbin Michotte 1966 - Château Gruaud Larose 1964 - Château Canon 1959 - Château Malescot Saint-Exupéry 1934 - Chambolle Musigny Joseph Drouhin 1967 - Vouvray moelleux 1959 domaine Clovis Lefèvre - Château Maÿne-Bert Haut-Barsac 1939 - Château Bastor Lamontagne Sauternes 1929 - Château Caillou Haut-Barsac 1921.


GROUPE 2 : champagne Henriot rosé magnum 1988 - Champagne François Giraux Brut ss A élaboré par Charles Heisdsieck - Champagne Bollinger Brut Spécial Cuvée des années 70/80 - Mesnil Nature - Blanc de blancs -vers 1935 - Vouvray sec 1961 domaine Clovis Lefèvre - Meursault Patriarche 1943 - Pouilly-Fuissé 1938 - Ph.Bouchard - Côtes du Jura blanc La Cocarde 1958 - Château Ducru Beaucaillou 1973 - Château Le Bon Pasteur 1973 POMEROL - Château Canon 1966 - Château des Jaubertes 1964-Marquis de Pontac-Graves - Château Saint-Julien Saint-Emilion 1945 - Chambolle Musigny Joseph Drouhin 1967 - Gevrey-Chambertin Faiveley 1938 - Vinadort Rioja Bodegas Artacho 1975 - Soleil de France - Seignouret Frères - Sauternes années 1930 origine Ch.Coutet - Rivesaltes Dom Brial 1969.


GROUPE 3 : Champagne François Giraux Brut ss A élaboré par Charles Heisdsieck - Champagne Moët & Chandon Brut Impérial rosé 1953 - Champagne Moët & Chandon magnum 1962 - Mesnil Nature - Blanc de blancs -vers 1935 - Chablis Blanchot Grand Cru domaine Vocoret 1988 - Vouvray sec 1962 domaine Clovis Lefèvre - Côtes du Jura blanc "Fleur de Marne" La Bardette Chardonnay 1964 - Pauillac Baron de Rothschild # 1980 - Chateau de Sales 1970 - Chateau Pichon Longueville Comtesse de Lalande Pauillac 1966 - Château Gruaud Larose 1964 - Château Respide 1956 - Gevrey-Chambertin Duroché 1957 (bas) - Vosne Romanée J. Thorin 1949 - Mercurey 1936 - Ph.Bouchard - Monbazillac 1945 château de la Fonvieille réserve du Theulet - Rivesaltes Dom Brial 1959.


Nous commençons l'apéritif debout avec le Champagne François Giraux Brut élaboré par Charles Heisdsieck sans année. C'est une belle surprise, car je ne l'attendais pas aussi serein, équilibré, carré et facile à boire. Nous enchaînons avec le Champagne Henriot rosé magnum 1988 qui frappe par sa précision et son délié. C'est un champagne élégant mais aussi agréablement rafraîchissant, lui aussi serein et facile à comprendre.


Le menu est bien adapté à la variété extrême des vins : Petits pois en velouté glacé, voile de jambon noir de Bigorre / ‘Gambas’ juste cuites & marinées, petit confit printanier / Suprême de Saint- Pierre, carottes boulgour ‘cumin coriandre’/ Noisette d’agneau aux herbes sèches, croustilles & céleri & pousses aromatiques / Fin sablé de fruits exotiques aux épices / Chocolat ‘croque’ & sirop Arabica.


Nous passons à table et le Champagne Moët & Chandon Brut Impérial rosé 1953 qui nous est servi me saisit par la richesse du fruit, dans la première gorgée que je bois. Il est riche, complexe et coloré, mais faute de nourriture car le service n'a pas démarré, la vieillesse du champagne va dominer. C'est dommage. On m'a dit que l'autre 1953 que j'avais apporté est encore plus marqué par l'âge. Alors que l'entrée n'arrive pas, nous allons aborder un monument, le Champagne Moët & Chandon magnum 1962 qui vient directement des caves de la maison de champagne et a été dégorgé il y a trois ans. Jamais un champagne de ma cave de cette année ne pourrait avoir la fraîcheur, la vivacité et la tension de celui que nous buvons, d'une vie joyeuse, avec un fruit plein et une mâche saisissante. Il est d'une année de grande qualité et subjugue par sa jeunesse extrême. Il est extrêmement intéressant qu'il soit suivi par le Champagne Dom Pérignon 1978, qui n'est pas d'une année classée dans les meilleures, mais qui m'a toujours surpris de ce fait. Car le saut qualitatif est réel. Nous buvons un magnifique champagne, d'une belle élégance, qui est rehaussé par le très grand Moët. Ce champagne ravit notre table. Nous succombons à son charme.


L'amuse-bouche ayant accompagné le 1962 et le 1978, c'est entre deux plats que nous goûtons le Chablis Blanchot Grand Cru domaine Vocoret 1988. Son nez est superbe et riche, sa couleur est d'une rare jeunesse et ce Chablis plein et riche en saveurs multiples est un grand Chablis. Quel dommage qu'il fût bu sans poisson.


J'attendais beaucoup du Clos Zisser Klipfel Gewurztraminer 1974 d'un ami et à ma grande surprise, si le nez est rayonnant, le goût en bouche démarre bien, puis s'arrête quasi instantanément pour finir sur une petite amertume. C'est dommage. Dans les 25 vins que j'ai apportés, j'ai inclus deux vins en vidange. Et la démonstration qu'un vin en vidange est un vin mort est éclatante, car malgré l'oxygène de longues heures, le Corton Charlemagne Rapet P&F 1950 a rendu l'âme. Certains comme moi ont pu vérifier par leur palais que le certificat de décès est authentique.


Le Côtes du Jura blanc Jean Bury vers 1964 d'un ami jurassien est un immense bonheur. Un tel vin au goût énigmatique, qui fait voyager sur un tapis volant me transporte d'aise. Je suis heureux avec ces vins qui dérangent, qui questionnent mais donnent les bonnes réponses. Un ami m'apporte un verre du Meursault Patriarche 1943 prévu pour un autre groupe, petite merveille de bonheur avec sa couleur d'une belle jeunesse et une vivacité surprenante pour cet âge.


J'ai demandé que nous portions un toast à la Poste car c'est grâce à elle que nous buvons le Château Corbin Michotte 1966. Un de mes dîners comportait quatre vins successifs de 1966, par un pur hasard et Emmanuel Boidron m'avait expédié ce vin pour qu'il soit inclus dans ce dîner. La Poste en ayant décidé autrement, j'ai demandé à Emmanuel s'il m'autorisait à mettre son vin à l'académie. Le velours de ce vin est spectaculaire. C'est un vin de belle puissance, qui s'accompagne d'un grand raffinement. On retient surtout le velours. En revanche, le Château Gruaud Larose 1964 s'impose par sa force et sa carrure. C'est du Guesclin en armure. Ce vin d'une belle année est un grand bordeaux.


Et l'addition des expériences est intéressante, car après le velours et la puissance, c'est la noblesse que signe le Château Canon 1959 d'une magnifique prestance. Le mot "noble" est vraiment ce qui convient le mieux à ce vin d'un grand équilibre et d'une belle longueur.


Le Château Malescot Saint-Exupéry 1934 sur lequel je comptais beaucoup est moins bon que de précédentes expériences. Il est encore jeune, mais un peu timide et coincé. Il manque d'épanouissement, même si son expression est agréable pour un presque octogénaire. La grande surprise pour moi vient du Chambolle Musigny Joseph Drouhin 1967 merveilleusement bourguignon, d'une sensualité extrême. Je dis à ma voisine : "c'est Marilyn Monroe dont la robe est soufflée par l'air chaud du métro". Ce vin est très au dessus de mon attente.


Le Vouvray moelleux 1959 domaine Clovis Lefèvre est dans une phase intéressante entre le Yin et le Yang, car il a mangé son sucre et hésite entre des saveurs de vins secs et de vins doux. C'est une énigme à chaque gorgée, qui donne une sensation palpitante. Le Château Maÿne-Bert Haut-Barsac 1939 est une bouteille que j'ai rajoutée ce matin, comme ça, par plaisir, car elle me faisait de l'œil dans ma cave. Et elle a eu raison, car ce vin est l'exemple même du beau sauternes. Et le Château Bastor Lamontagne Sauternes 1929 va lui donner une petite leçon, car l'année 1929 dope le vin d'une dose de puissance et de richesse. Mais les deux ne se détruisent pas. Ils apportent la démonstration de l'absolue pertinence des sauternes anciens.


Comme il fallait un 51ème vin pour en avoir plus que d'états aux Etats Unis, j'ai apporté le reste du Château Caillou Haut-Barsac 1921 ouvert hier avec mon frère et ma sœur. Le vin a gardé toute sa fraîcheur et sa précision inégalable le porte en tête de ces trois magiques sauternes que j'ai voulu partager avec mon groupe.


Quel sera le classement final ? Pour mon goût ce sera : 1 - Château Caillou Haut-Barsac 1921, 2 - Chambolle-Musigny Joseph Drouhin 1967, 3 - Château Bastor Lamontagne Sauternes 1929, 4 - Champagne Dom Pérignon 1978, 5 - Château Canon 1959, 6 - Côtes du Jura blanc Jean Bury vers 1964.


Notre groupe a eu de très belles bouteilles, originales et parfois surprenantes. Dans d'autres groupes, des bouteilles un peu plus faibles ont existé, mais globalement le bilan est positif pour chacun, car les merveilles apportent le bonheur d'entrer dans le monde des vins anciens.


Cette séance de l'académie des vins anciens est très conforme à son objectif de partage et d'ouverture sur un monde souvent méconnu, celui des vins anciens. Comme je l'ai dit aux participants, la qualité d'une réunion dépend de la qualité des apports. Il faut encore travailler sur la qualité des apports pour que l'académie des vins anciens devienne le rendez-vous pédagogique incontournable permettant de vivre la vie des vins anciens. Nous sommes sur le bon chemin !

J’ai bu un vin du 17ème siècle ! vendredi, 20 mai 2011

Ce matin, je me suis réveillé d'humeur extrêmement fébrile. En préparant mon petit déjeuner, mes mains tremblent et le souvenir qui me vient immédiatement, c'est celui de mes examens et concours, du temps de mes études. L'excitation des concours est particulière, car il faut être le meilleur. Comme pour les sportifs, ce sont des années d'ascèse et de sacrifice pour un seul but, gagner le jour J. Cette journée qui commence est de même nature. Car j'ai rendez-vous avec une bouteille qui pourrait représenter un des sommets importants de ma passion du vin.


Alors, comme on dit que le moment le plus important en amour, c'est quand on monte les escaliers, j'ai envie de profiter de mon excitation. Que vais-je penser lorsque je vais ouvrir cette bouteille, puisque son propriétaire m'a autorisé à l'ouvrir et à la partager avec lui ?


Un flash back s'impose sur la genèse de ce grand jour. Joël, appelons-le ainsi, est passionné de vieilleries de tous horizons, mais surtout de ce que l'on remonte des épaves. Il achète, je ne sais pas s'il revend de façon sporadique ou systématique, mais je lui ai acheté une bouteille provenant d'un bateau coulé en 1739. La bouteille est pleine mais Joël m'avait prévenu : le contenu n'est plus du vin. C'est donc un symbole que j'ai acheté, bouteille du vivant de Louis XV.


Récemment Joël m'écrit : "je viens d'acheter une bouteille du 17ème siècle, très probablement en provenance d'un bateau coulé, mais qui a séjourné dans une cave londonienne pendant un temps indéterminé. Elle est au trois quarts pleine. Je vous dirai le goût qu'elle a lorsque je l'aurai goûtée".


Mon sang ne fait qu'un tour et je le supplie de m'associer à cette découverte et de me laisser ouvrir la bouteille avec mes outils. Je ne sais pas comment Joël peut certifier que la bouteille est du 17ème siècle, mais le lien avec le catalogue de la vente aux enchères indique que la bouteille est présentée comme étant du 17ème siècle. Alors rêvons un peu. Nous sommes sous Louis XIV, dans une France qui n'a pas l'ombre d'un point commun avec celle d'aujourd'hui. Peut-on comparer des humains aux espérances de vie qui ont plus que doublé, une royauté et une religion omniprésentes, des castes sociales figées par la naissance, mais aussi Molière, Corneille et Racine qui m'ont appris la grandeur de la pensée française. S'imaginer la France du 17ème siècle, c'est voyager sur une autre planète quand on pense à la stature du Roi-Soleil et le "casse-toi pauv'con" de notre époque malgré quatre siècles de progrès inimaginables et inenvisageables pour les vivants de cette époque.


Ce qui me fascine dans cette plongée dans les abysses de l'histoire, c'est qu'il y a à peu près autant de distance temporelle entre la bouteille qui sera ouverte ce jour et mes vins de Chypre de 1845 qu'il n'y en a entre ces Chypre et aujourd'hui. A l'échelle du temps, c'est complètement fou. Les plus vieux vins et alcools que j'ai bus sont un cognac de 1769, un xérès 1769, un Lacrima Christi colline de Naples 1780, un malaga de 1780 mais qui est une solera et un vin de Constantia Afrique du Sud 1791 cadeau posthume de Jean Hugel. Le curseur des plus vieux breuvages va reculer de l'ordre de 80 ans, ce qui, pour imager, est la distance entre 2011 et 1931. Un monde !


Alors, on pense au goût. Que sera-t-il ? Joël a reçu la bouteille à Rennes où il habite, peu de temps après nos échanges. Il me signale que le transport a fait perler une goutte. Il m'écrit : "Je l'ai examinée de plus près. Elle est pleine d'un bon deux-tiers, presque les trois-quarts, le verre est clair mais le vin est impénétrable à la lumière, dans le transport, elle a fui un peu car il y avait une tache a l'intérieur du paquet, j'ai sentit la tache, aucune odeur, sans doute plus d'alcool. J'ai appuyé légèrement sur le bouchon, une goutte marron a perlé, aucune odeur non plus, je l'ai sucée, il m'a semblé ressentir un gout de vieille écorce d'orange salée . Le certificat stipule qu'elle a été trouvée dans une vielle cave mais qu'on ignore son histoire exacte. Il y a une cire synthétique qui recouvre le bouchon, elle-même sans doute vieille de plusieurs décennies (en me basant sur le goût de la goutte, mon avis personnel est qu'à la base elle provient d'une épave et qu'elle a séjourné des décennies dans cette cave où son niveau a dû baisser). Suite à ces informations je comprendrais très bien si vous vous décommandiez, vous seriez néanmoins le bienvenu pour ouvrir le flacon. A vous de voir".


Je suis donc prévenu et il est inutile de fantasmer. Je boirai plus de l'histoire que du vin. Mais j'estime que c'est suffisant pour entretenir mon envie et mon excitation. Il était exclu que j'annule mon voyage. Je suis parti.


Etant en avance, je prends un café dans les alentours, et ma tasse tremble, parce que l'excitation atteint des sommets.


J'arrive dans un quartier plutôt populaire et propre de Rennes. Joël habite au onzième étage d'un immeuble où les portes coupe-feu sont innombrables. Il vit dans un appartement aux pièces exiguës mais à la vue infinie. Joël m'explique qu'il travaillait dans le bâtiment et qu'il s'est tourné maintenant vers le monde hospitalier où il est infirmier. Il est rejoint par Benjamin, son ami de toujours, qui fait une formation de comptabilité. Ce que m'avait proposé Joël, c'est que nous buvions quelques gouttes du vin et qu'il le rebouche d'une cire hermétique pour revendre ensuite la bouteille. Comme tous les gens gourmands et mauvais joueurs de poker, j'expose mes projets. Je lui dis que j'ai l'intention de lui acheter la bouteille et de l'apporter en Bourgogne, pour qu'elle soit analysée et bue en même temps que la bouteille bourguignonne trouvée dans la cavité d'un mur et que j'ai vue dans la cave de la Romanée Conti.


Je n'ai toujours pas vu la bouteille. Joël va la prendre dans son carton et c'est un magnifique oignon qui est devant moi, rempli aux deux tiers, et avec une cire très proche de celle de mes Chypre 1845. Il m'explique qu'il a interrogé l'expert de la vente qui affirme catégoriquement que jamais la bouteille n'a été dans l'eau. Elle provient d'une cave ancestrale anglaise et, bien qu'il n'y ait aucune traçabilité possible, il affirme que la bouteille est du 17ème siècle. Joël me confirme que cette forme d'oignon n'a été utilisée qu'entre 1650 et 1720.


La charge de l'ouvrir m'incombe. Avant de l'ouvrir, je propose de régler l'achat de sa bouteille. Joël me propose un prix et je l'accepte. J'ouvre donc la bouteille d'un vin devenu mien. Tous mes outils sont posés sur la table comme pour une chirurgie. Je prends un Laguiole pour exciser la cire et à peine ai-je amorcé ce geste que l'ensemble, cire plus bouchon sortent ensemble. Le bouchon est tout ratatiné, et, chose horrible, il est recouvert d'une moisissure verte. Il sent la moisissure, et le goulot sent affreusement le moisi.


Ma première pensée est de me traiter d'imbécile, car si je n'avais pas voulu jouer les généreux, je n'aurais pas stupidement acheté une bouteille qui ne vaut rien. Que faire ? J'ai quand même le souvenir d'un Haut-Brion blanc 1936 putride bu il y a deux jours qui s'est révélé plus que buvable. Mais de la moisissure verte, c'est la première fois que j'en rencontre.


J'avais apporté avec moi mon verre à boire, du 18ème siècle, qui me semblait indispensable pour cette occasion et je verse deux verres. Deux choses fondamentales nous frappent. La première, c'est que la couleur est jolie. C'est celle d'un vin blanc un peu âgé et clairet. Le vin n'est pas trouble, ce qui est remarquable. Le seconde, c'est que le vin ne sent absolument pas la moisissure. Et il y a une raison à cela : une bouteille oignon est toujours stockée debout. La moisissure du bouchon n'a pas contaminé le liquide. Elle n'a pu toucher le vin que pendant quelques secondes lors du transport.


Venons-en aux odeurs. C'est dans le verre INAO de Joël qu'on les sent le mieux. Joël voit de l'absinthe là où je vois plutôt de la Chartreuse. Car il y a des odeurs végétales et certaines herbes fortes que l'on retrouve dans la Chartreuse. Il y a même du mentholé. Et en humant de nombreuses fois, on sent un parfum sympathique, qui n'est atteint par aucune moisissure.


Mon verre est le plus sale, car le premier vin versé a léché le goulot, sale des poussières accumulées. Aussi je me verse un verre INAO de ce vin. Vient l'instant de boire et je laisse Joël boire en premier puisqu'il est l'inventeur de ce trésor. Joël aime bien. Ce qu'il aime c'est que ce vin est authentique et n'a jamais donné lieu à la moindre addition. Il boit du 100% 17ème siècle. Je bois un peu et même si rien n'est désagréable, je préfère cracher les deux premières gorgées. J'ai bu toutes celles qui ont suivi.


Que dire ? La première impression est assez désagréable, comme de l'eau mélangée à du plâtre car le goût est très calcaire. Puis, le milieu de bouche est tout-à-fait étonnant, car c'est du vin, équilibré, faiblement alcoolisé - pas plus qu'une bière - et ce qui frappe, c'est l'équilibre. Et enfin le final est un vrai final, étonnamment précis, c'est-à-dire qu'au contraire du Haut-Brion 1936 dont les blessures apparaissaient dans le final, il y a ici un final précis sans blessure, qui signe un vin atténué, mais qui est du vin.


Jamais un vin qui aurait séjourné dans l'eau n'aurait pu avoir cette pureté. Alors, dans mon cerveau, c'est la chamade, car je ne regrette plus du tout d'avoir parlé trop vite. C'est fou de se dire que je bois un vin de - disons - 1690, et de constater que c'est encore un vin, un vrai vin, sans trace de vinaigre ni d'acidité, moche à l'attaque mais serein et pur en milieu de bouche et au final. Quelle sensation !


Pourrait-on imaginer une région ? C'est purement utopique, aussi, par boutade, nous avons dit que comme je voudrais présenter ce vin en Bourgogne, c'est "forcément" un blanc de Bourgogne, disons un Montrachet. Au-delà de la boutade, c'est une hypothèse possible. La vérité ne pourrait venir que d'une analyse chimique, si elle est réalisable.


En tout cas, si on demande à Joël et à moi : "avez-vous bu du vrai vin ?", la réponse est sans ambiguïté : "oui".


Joël m'avait dit qu'il voulait ouvrir quelque chose pour ma venue, mais comme il n'a rien qui pourrait satisfaire un palais comme le mien (c'est lui qui parle) il a décidé de me faire goûter quatre gueuses, sur des pâtisseries bretonnes. L'idée me plait, d'autant plus que les bières vont aider à revenir sur le 1690. Lecteur, imaginez cette phrase : "ensuite, on revient au 1690". Complètement fou. Les gueuses ont des noms qui sont de vraies professions de foi : "Mort Subite, la Foudroyante, Faro et Kriek". J'adore la Foudroyante et tout en grignotant les lourds gâteaux, je me dis que c'est quand même un peu fou de juxtaposer quatre gueuses et un vin aussi ancien. Le vin oscille entre éveil et possibilité de mort subite (c'est le cas de le dire) aussi est-ce prudent de reboucher la bouteille que je vais emporter chez moi.


Il est temps que j'ouvre la bouteille que j'ai apportée. C'est la plus vieille des bouteilles de madères que j'ai dans ma cave et je la date entre 1780 et 1840, car elle a la même bouteille que le Lacrima Christi 1780 que j'ai déjà bu. Joël, passionné de vins ultra vieux, confirme la probabilité du 18ème siècle. En fait la passion de Joël pour le vieux ne concerne que le vin et pas les pièces d'épaves comme je le pensais, et son autre passion est de piloter des avions de chasse et des jets pour simuler des combats. J'adore ces passions atypiques.


Le bouchon se brise en morceaux quand je le lève et le parfum est diabolique de perfection. La couleur est d'un or magnifique, comme l'armure d'un empereur romain, et le vin est inouï. Il est encore meilleur que le madère 1850 bu il y a deux jours. Sa force alcoolique est ahurissante, et en bouche comme avec le 1850 récent, c'est la danse des sept voiles, car le goût oscille en permanence entre le citron, l'alcool, les fruits confits et des traces légères de pâtisserie. Le final est dans la catégorie "no limit" et personne ne pourrait donner un âge à ce vin qui est éternel, c'est-à-dire que je suis sûr qu'il serait strictement le même dans quatre cents ans. Il est extrêmement sec et l'hypothèse xérès me semble possible, puisque ces vins que j'ai achetés n'ont pas d'étiquette.


En jetant un œil sur la table, le mot qui vient à l'esprit est folie. J'adore ce happening. Car il y a mes outils qui n'ont pas servi, quatre ou cinq tartes et des gâteaux bretons, quatre bières belges délicieuses, un bouchon mangé par la moisissure, un bouchon totalement en miettes, une bouteille de la fin du 18ème siècle au parfum qui envahit la pièce et une bouteille oignon du 17ème siècle qui a libéré un vrai vin. Et ce petit casse-croûte improvisé où la carpe côtoie le lapin, j'adore.


Je remballe mes affaires, je serre la main de Joël et Benjamin. Et quand je les ai quittés j'ai le sourire benêt de Lou Ravi, car je viens de vivre un des moments les plus uniques de ma vie. Pour se rendre compte du côté ahurissant de la chose, je me vois disant : "j'ai bu un excellent 90". Et si on me pose la question : "1990 ou 1890 ?", je répondrai : "ce n'est ni 1990, ni 1890, ni 1790, mais 1690". Il n'y a qu'un mot : fou !