champagne et champagne vendredi, 26 août 2011

Des amis viennent pour une partie de belote. Comme chaque fois, le Champagne Henriot magnum 1996 appelle un mot : "rassurant", car ce champagne résume ce qu'un champagne doit être, agréable, lisible, plein en bouche et se buvant avec facilité. Et comme l'année 1996 lui donne du caractère, c'est un grand champagne. Au moment de la belle qui suit le dîner, il fait soif. Je vais chercher un Champagne Laurent Perrier Grand Siècle magnum sans année et mon ami estime qu'un magnum serait de trop. Le connaissant, j'imagine assez bien qu'au bout de dix minutes, une bouteille serait insuffisante, aussi le magnum est-il ouvert. Le champagne est très différent du Henriot. Les notes florales délicates, romantiques, explorent une autre dimension du champagne. Il est plus complexe, plus accompli, d'un charme extrême.


Mon ami avait raison car après leur départ, il reste plus de la moitié du magnum. N'ayant aucune intention de boire ce vin tout seul, je lance un "au secours" à nos voisins pour l'apéritif du soir. Ils viennent par la mer le long d'un chemin jadis à sec mais aujourd'hui noyé du fait combiné de la montée des eaux et de l'érosion du littoral. Nous improvisons un petit casse croûte sur la base du Grand Siècle qui n'a pas perdu de bulle et s'est élargi et épanoui, prenant des notes de fruits jaunes tout en conservant ses fleurs blanches. Très vite il me faut ouvrir un Champagne Krug Grande Cuvée au fruité exceptionnel, transcendantal par rapport à celui que nous avions bu au Castellet. C'est un immense champagne invraisemblablement fruité et à la personnalité conquérante. Il nous a cueillis à froid par un uppercut gustatif, car jamais nous n'aurions attendu une telle perfection. C'est sur la note parfaite de ce champagne que s'est conclu cet apéritif impromptu, chacun rentrant sagement chez soi pour un dîner frugal.


Cette appréciation du Krug a été faite le lendemain. Lorsque j'ai voulu mettre les photos sur mon blog, je me suis rendu compte que ce que nous avons bu est Champagne Krug 1996. On comprend mieux l'écart gustatif qui m'avait tant étonné.




dîner chez des amis vendredi, 26 août 2011

Chez des amis, un Champagne Ruinart sans année est agréable à boire, facile, simple, sans chichi, au goût gentiment vineux. Nous allons dîner ensuite chez d'autres amis. Le Champagne Pierre Péters Cuvée Spéciale les Chétillons magnum 2002, blanc de blancs de Mesnil sur Oger est d'une forte personnalité. Je reconnais tout ce qui fait le charme des vins de la "Mecque" du champagne, la commune de Mesnil-sur-Oger. Il est précis, fort, vineux, avec un charme que j'apprécie. J'avais bu deux fois le 2000 des Chétillons, une fois à Miami, sans être très emballé et une fois à Copenhague avec un jugement nettement plus encourageant, ce qui avait justifié que j'achète ce champagne plus connu à l'étranger en France. La démonstration de ce 2002 est convaincante. C'est un bon blanc de blancs.


Le Champagne Dom Pérignon 1996 nous fait changer de registre. C'est un champagne moins vineux, plus romantique, plus gracile, plus séducteur. Mon goût personnel va vers le vin du Mesnil.


Sur un agneau cuit de longues heures, un Palette Domaine du Grand Côté 2005 est sympathique, agréable, sans grande vibration. Un Chateauneuf-du-Pape Les Olivets de Roger Sabon & Fils 1971 ouvert tard a besoin de s'ébrouer. Lorsqu'il a suffisamment respiré, c'est un magnifique Châteauneuf, épanoui, au fort fruit noir, plein en bouche et de belle longueur, qui nous réjouit. J'aime ce Châteauneuf qui est d'une belle maturité et d'accomplissement sans avoir de signe d'évolution.


Pour le dessert, nous prenons un Champagne Salon 1997. Instantanément, nous savons qu'il n'y a pas de match possible entre les deux champagnes de Mesnil-sur-Oger. Le Salon est absolument magnifique et accompli, plus soutenu que de récents 1997 que j'avais bus, et sa palette aromatique complexe et riche en fait le gagnant inatteignable de ce repas. Un Bas Armagnac Langeroy du Tiers 1985 mis en bouteille en février 2011 très bien construit mais encore très jeune a conclu cette belle soirée d'amitié.


Champagne Ruinart sans année


Champagne Pierre Péters Cuvée Spéciale les Chétillons magnum 2002



Champagne Dom Pérignon 1996



Palette Domaine du Grand Côté 2005



Chateauneuf-du-Pape Les Olivets de Roger Sabon & Fils 1971



Champagne Salon 1997



Bas Armagnac Langeroy du Tiers 1985


dîner chez Yvan Roux avec un accord inattendu lundi, 22 août 2011

Nous allons prendre l'apéritif chez des amis d'amis. Le Champagne Bollinger Grande Année 1996 est extrêmement solide. Il est vineux, imprégnant et conquérant. On l'aime pour sa forte personnalité. Le fruit jaune cède la place au vineux puissant. Ce champagne a devant lui un bel avenir mais se boit bien car l'année est magistrale.



Nous nous rendons tous ensemble chez Yvan Roux, suffisamment tôt pour profiter de la vue magnifique rosissant sous les feux du soleil couchant d'un jour caniculaire. Le Champagne Laurent Perrier Cuvée Grand Siècle magnum sans année que nous avions entamé en faisant un crochet chez moi montre un grand contraste avec le précédent. Il est tout en charme romantique, fleurs blanches et gracilité. Il est un peu plus dosé que le souvenir que j'en avais.


Comme Yvan nous annonce des beignets d'anémone de mer pour l'apéritif, je fais ranger le champagne et servir le Chassagne-Montrachet les Chaumées Olivier Leflaive 2000. Mais j'ai soudain une intuition : c'est avec le Tokaji Eszencia Aszu 1988 que l'accord se trouvera le mieux. Tout le monde me regarde en pensant à une incongruité, aussi bien Yvan que Babette et mes amis. Et force est de constater que si l'on prend bien soin de mettre des quantités infimes sur sa langue, le Tokaji est ce qui convient le mieux aux anémones, alors que le Chassagne est hors sujet.


L'anémone a des goûts très complexes, car au-delà de l'iode, il y a du végétal, type artichaut et c'est ce côté végétal qui accroche l'accord avec le Tokaji. C'est vibrant et chacun en convient. Le Tokaji bu à petites gorgées est d'une belle complexité, avec un goût de raisin sec très prononcé, ainsi que des végétaux comme l'artichaut et le fenouil. L'âge lui va bien.


Yvan a essayé une recette nouvelle, avec une soupe froide de moules et une boulette panée de moules. C'est original et très intéressant. La force du plat met mal à l'aise le Chassagne à l'or déjà foncé, au goût légèrement fumé, qui fait assez simple, mais à cause du plat. A côté, le Chevalier-Montrachet Bouchard Père & Fils 1998 est pétulant de subtilité, avec une belle acidité et un fort aspect minéral. Il est gouleyant, fluide et ravit de plaisir.


Le plat suivant est fait de seiches cuites à l'encre, plat très fort qui me semble appeler un rouge. Aussi buvons-nous un Château Pradeaux Bandol 1996 dont la maturité est parfaite. Il est riche, râpeux comme la garrigue et son final mentholé signe un très grand vin. Mais l'accord se trouve mieux avec le Chassagne-Montrachet qui a enfin trouvé son terrain d'épanouissement. Il est riche, goulu, plein, et accroche bien avec la chair très typée de la seiche. Le Pradeaux convient aussi, mais l'accord est plus naturel avec le blanc puissant.


La demie langouste avec son corail peut trouver son bonheur avec chacun des trois vins, dans l'ordre de pertinence : le Chevalier-Montrachet, le Chassagne-Montrachet et le Bandol.


Sur des filets de mérous aux aulx confits, c'est à nouveau le Chassagne-Montrachet qui brille plus particulièrement, ce qui forme une compensation par rapport au premier contact assez fade.


Sur le soufflé à la vanille, le Grand Siècle convient à la perfection pour rafraîchir nos palais. Ce fut un beau dîner.



Les vins ne furent pas tous bus



les plats



dîner chez Yvan Roux avec les trois Côtes Rôties de Guigal samedi, 13 août 2011

Après une bonne sieste et des activités ludiques, nous nous rendons au domicile d'Yvan Roux. Le soleil est rasant et colore de rose Giens, Porquerolles et les marais salants. Quand il se cache derrière un bouquet de pins méditerranéens, il semble l'embraser. Sur la terrasse qui surplombe la mer, le Champagne Salon magnum 1997 met un sourire sur nos lèvres. Ce champagne est romantique, floral, et c'est sans doute l'un des moins vineux et des plus féminins de tous les Salon. Mais surtout il est lisible. Il n'est nul besoin de chercher à comprendre son charme. La seule chose à faire est d'y succomber.


De fines tranches de chorizo fait au Pata Negra apportent un gras qui titille aimablement le beau champagne. Mais l'accord divin se fait sur une crème aux poivrons et piment d'Espelette où l'on trempe des beignets de lotte. La chair de la lotte est un régal.


La lune apparaît, merveilleusement ronde, et teinte d'un argent légèrement blond l'onde calme du début de nuit.


Nous passons à table derrière la piscine qui ne gêne en rien la vue sur la mer. C'est cette piscine où un autrichien fou de vin était tombé par mégarde en voulant aller chercher un de ses vins. Nous le reverrons dans quinze jours.


Sur une friture de petits rougets, nous avons deux vins blancs. Le reste du Condrieu Les Chaillées de l'Enfer Domaine Georges Vernay magnum 2000 et un Meursault Charmes Domaine des Comtes Lafon 2002. Je suis très favorablement surpris par la qualité du Condrieu, qui montre son adaptabilité gastronomique au-delà de toute attente. Je ne me souviens pas avoir bu un Condrieu de ce niveau. Il est charmant, puissant, riche de fruit brun, avec une complexité qui me surprend et une longueur plaisante. C'est un grand vin. Le Meursault Charmes est plus élégant, plus raffiné et subtil, mais je dois dire que ce soir, c'est le rhodanien que je préfère.


Sur un carpaccio d'un poisson dont la chair ressemble à celle d'un thon rose, servi avec des copeaux de pamplemousse, l'accord avec le Condrieu est tout simplement diabolique. Le Condrieu est fait pour le pamplemousse, judicieux pour le carpaccio.


Ayant récemment fait des statistiques sur ce que j'ai bu, j'ai constaté que contre toute attente (enfin la mienne), j'ai bu autant de chacune des trois grandes Côtes Rôties de Guigal, la Landonne, la Mouline et la Turque. Spontanément, j'aurais répondu que la Mouline est de loin la plus bue et la Turque beaucoup moins, mais en fait les trois sont numériquement égales dans mes dégustations. Jamais n'avais-je ouvert les trois ensemble aussi suis-je excité à l'idée de le faire avec des amis qui apprécient le vin.


Dans trois verres devant nous se présentent les trois, pour le millésime 2000. Il faut savoir qu'Yvan Roux a fait son menu sans connaître les vins. A peine sommes-nous servis des vins qu'arrivent des assiettes submergées par des énormes moitiés de langoustes. Nous allons comparer nos trois vins sur des chairs absolument succulentes dans leur pureté.


Le nez de la Côte Rôtie La Turque Guigal 2000 est de loin le plus imposant. Le nez le plus subtil et délicat est celui de la Côte Rôtie La Landonne Guigal 2000. Sur la langouste, ma fille comme moi, nous trouvons que c'est la Landonne qui est la plus pertinente. C'est le vin le plus bourguignon des trois, car il joue plus sur la subtilité que sur la force. C'est d'ailleurs celui qui fait le plus évolué.


La Côte Rôtie La Mouline Guigal 2000 est la plus séduisante des trois, avec un final mentholé de fraîcheur absolument unique. La Turque est la plus puissante, riche, mais plus brutale.


Jean-Philippe nous fait remarquer que sur le homard, c'est le Meursault Charmes qui est le plus pertinent, et c'est vrai que le meursault crée une vibration beaucoup plus intense que les vins rouges sur le crustacé.


Yvan nous sert ensuite du denti, ce poisson des eaux profondes à la chair très typée, avec des aulx et du pesto, sur une aubergine. Les vins de Guigal s'animent mieux sur le poisson et sur l'ail, et nous sommes bien embarrassés de décider nos préférences entre les trois vins. Ils sont tous les trois attachants, avec des personnalités très différentes. Ma fille continuera de préférer la Landonne, ce que je comprends, mais ce soir, je préférerai la fraîcheur mentholée de la Mouline, avec un fruité rare de fruits noirs.


Je rêvais de faire cette confrontation et je suis heureux de l'avoir faite. Et savoir qu'il n'y a pas de réel gagnant, chaque Côte Rôtie ayant une expression qui se justifie me remplit d'aise.


Le repas s'est terminé sur un fondant au chocolat que j'ai esquivé. Ayant prévu un champagne rosé, je ne l'ai pas ouvert, car la résonance sur le chocolat n'aurait jamais été trouvée.


La nuit illuminée par une lune parfaitement ronde nous donnait envie de jouir de la douceur de la nuit, avec le beau souvenir d'une confrontation réussie des trois belles Côtes Rôties de Guigal, sur la cuisine généreuse et toujours juste d'un Yvan Roux fier que son fils devienne comme lui naguère un rugbyman qui monte.

Deux hasards en cave ajoutent du piment dimanche, 7 août 2011

Deux hasards en cave ajoutent du piment. Nous devons recevoir des amis, et je sais qu'il s'agit d'amateurs de vins, surtout des grands classiques traditionnels, mais qui aiment aussi se faire surprendre. Ma cave dans le sud, comme à Paris, n'est pas à mon domicile. Elle est dans un hangar où j'espère que nul malfrat n'ira supposer qu'il y a du vin. Alors que ma cave du sud est microscopique par rapport à celle de Paris, je ne sais pas mieux ce que j'ai. Je remarque une caisse carton de champagne Salon noire, sale, avachie comme un béret, avec des noirceurs de moisissure. Dedans, une bouteille a encore son enveloppe de papier blanc intacte, et quand je l'ouvre pour repérer le millésime, je constate que sous l'emballage intact, l'étiquette de la bouteille a disparu, évaporée en poussière. Rien n'est plus lisible, aussi est-ce vers le carton que je cherche une information. L'étiquette du carton a perdu toute trace d'écriture, mais je vois "83" écrit distinctement. L'idée d'ouvrir un Salon 1983 me paraît excitante, car cette année jugée plutôt faible m'a souvent donné de belles surprises. Je poursuis mes recherches et je vois un Montrose 1978 qui me semble convenir au plat prévu par ma femme et un vin d'Armand Rousseau me fait de l'œil. Ma pioche est faite.


Le jour venu, je veux ouvrir les rouges quelques heures avant le déjeuner, avec l'angoisse qu'un temps orageux ne donne des vins lourds à boire. Avant d'ouvrir, je prends des photos. Dans le viseur de mon appareil, le 1978 du Montrose, lorsque je le rends plus lisible, me semble 1918. Il me paraît impossible que ce soit le cas. Je prends la bouteille en main et il apparaît sans doute possible que c'est un 1918. Par cette chaleur, je n'aimerais pas ouvrir un 1918, aussi mon choix se reporte sur un Terrebrune Bandol 1987 que j'ai à domicile. J'ouvre les deux bouteilles et le Terrebrune exhale un parfum exceptionnel alors que le Clos Saint-Jacques a encore le pied sur le frein aromatique.


Les amis arrivent, et le bouchon du Champagne Salon 1983 résiste de façon imprévue. Impossible de l'ouvrir. Nous essayons en usant de toutes nos forces, sans succès. Avec un ouvre-boite nous cisaillons le bouchon et avec mon tirebouchon, je lève le reste du bouchon avec une extrême difficulté. Le pschitt est faible mais la bulle est intense. La couleur du champagne est d'un or de blé d'été. Le nez de ce champagne est extraordinaire, et je suis heureux que ce champagne soit au dessus du souvenir que j'ai des 1983. C'est une bonne pioche, profitons-en. En bouche, ce champagne est magique. C'est la perfection du chardonnay, c'est d'une puissance à se damner, avec une rémanence en bouche inégalable. Nous l'essayons sur du Cicena de Léon, du Pata Negra, de la poutargue et des tempuras de fleurs de courgette, et à chaque fois il est parfait.


Nous passons à table et ma femme a prévu un grenadin de veau à basse température d'une tendreté érotique. Avec le reste du Salon 1983, c'est à se damner. Je sers d'abord le Gevrey-Chambertin Clos Saint-Jacques Domaine Armand Rousseau 2001 et ce qui est absolument subjuguant, c'est la précision et la cohérence de ce vin. On imagine que le travail sur les grains de raisin a été redoutable, car ce jus est d'une pureté infinie. Tout dans ce vin est cohérent et on n'imagine pas bourgogne plus séducteur et serein que celui-ci. Velouté, cohérent, structuré, délicieusement fruité, il a tout pour lui. A côté le Terrebrune Bandol 1987 est l'exacte définition des vins du sud, avec un parfum de garrigue, d'olive noire et de romarin. C'est lui qui s'associe le mieux avec la tapenade que ma femme a léchée d'un peu de réglisse. Mais évidemment, la race, la précision sont du côté du bourguignon.


Un repas sans camembert Jort, ça n'existe pas et les deux rouges chacun dans son registre, captent des saveurs singulières de cette pâte divine.


Nous nous rendons chez ma fille à quelques hectomètres de chez nous pour goûter la tarte aux mirabelles que mon gendre va accompagner d'un Champagne Henriot magnum 1996. Ce champagne absolument plaisant montre à quel point il y a un abîme entre un bon champagne et le Salon que nous avons bu.


De retour chez nous, nous rangeons les plats et les verres restés en place et ma femme me dit ; "n'oublie pas le bouchon du champagne". Je le prends en main pour une éventuelle photographie, et je regarde. Wow ! C'est 1982 qui est inscrit sur le bouchon et je réalise que le "83" que j'avais lu, c'est - je le suppose - le département de livraison.


Tout devient plus clair. Nous avons bu un des Salon que je préfère, le plus romantique de tous, le Champagne Salon 1982, le plus mythique pour moi avec 1966, au dessus du légendaire 1959. Tout redevient cohérent. Nous avons bu l'un des plus grands Salon qui soit. Tant mieux ! Et savoir que j'ai dans ma cave du sud un Montrose 1918, tout est bien qui finit bien.

coup d’envoi des vacances (2) vendredi, 22 juillet 2011

Un vendredi soir, mon fils arrive par le train et mon gendre arrive par l'avion. Gendre et fille ont loué une villa à moins d'un kilomètre de chez moi. La tentation est grande de les accueillir au champagne. Ce sera chez mon gendre. Les petites tartines sont déjà prêtes et les prélèvements se feront sur le stock de mon gendre. Le champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs 1996 est une leçon de champagne. Dans un registre très classique, ce champagne se positionne à un niveau de grande qualité. On ne peut qu'aimer ce champagne rassurant, plaisant, facile à vivre mais racé. Sur des toasts à la tapenade, à la crème de sardine et sur des jambons aussi fins que des crêpes Suzette, c'est un régal.


Est-ce le mistral insistant, on ne sait, mais le niveau dans les verres baisse vite, et il faut vite doubler avec un Champagne Dom Ruinart 1990. Le saut qualitatif est sensible, ce qui n'enlève rien à la pertinence de l'Enchanteleur. Le vin est d'une précision extrême, avec des évocations de fleurs blanches et roses. Ce champagne est noble. Une crème de saumon tartinée lui plait bien. C'est un grand champagne, expressif, buriné, ciselé, qui malgré sa puissance extrême, conserve le caractère floral d'un élégant romantisme. On sent qu'il a pris un peu de maturité, et ça lui va bien.


Mais une fois encore, le mistral, les conversations passionnées d'un début de vacances pour les nouveaux arrivants pousse à ouvrir autre chose. Nous savons que nous n'irons pas au bout d'un magnum, mais il n'y aura aucun mal à le finir demain. Le Champagne Henriot magnum 1996 est un solide guerrier. Il n'a pas la finesse des deux précédents, mais il se place bien en bouche. Il est carré, solide, plaisant, mais une trace de liqueur de fruit entrave mon plaisir. Alors qu'il n'est pas trop dosé, on ressent la trace de la liqueur de dosage. Dans le calme du soir éreinté d'un insistant mistral, ce champagne est vraiment agréable à boire, même s'il souffre un peu d'être servi après deux très grands champagnes.

coup d’envoi des vacances lundi, 18 juillet 2011

De bon matin après le dîner coréen, direction le sud. Les six petits-enfants sont au complet, avec quatre sur six de leurs parents. De quoi agiter la maison de rires et de pleurs, de caprices et de tendresse. C'est le coup d'envoi des vacances, alors, ça s'arrose. Le lecteur assidu de ces bulletins sait que tout est prétexte à ouvrir de bons vins quand on est au bord de l'eau.


Le Champagne Laurent-Perrier Cuvée Grand Siècle magnum sans année montre par son bouchon qu'il a plus d'une dizaine d'années. Sa sérénité est spectaculaire. Ce qui frappe, avec la mémoire de la verticale de Bollinger, c'est que le Grand Siècle est féminin, floral, romantique, gracile, délicatement tactile, alors que le Bollinger est vineux, masculin et joue sur la richesse. Et nous sommes heureux de constater que ces deux conceptions se complètent au lieu de se combattre. Il y a la place pour deux. Les fleurs blanches, les évocations subtiles avec une longueur extrême sont un véritable bonheur et donnent bien le coup d'envoi d'un été qui sera chaud. La boutargue cette année est qualitativement meilleure que celle de l'an dernier, plus grasse, plus moelleuse, et s'accorde merveilleusement au champagne.


Un jour plus tard, mon gendre sait qu'il doit repartir le lendemain par le premier avion. On ne va pas le laisser partir comme cela. Aussi, c'est un Champagne Henriot magnum 1996 qui est ouvert sur la boutargue mais aussi sur un foie gras qui se tartine sur des galettes à la châtaigne. Je suis frappé de voir à quel point le passage entre la boutargue et le foie gras aussi bien que l'inverse se font sans la moindre difficulté. Cela vient du fait que la boutargue est moelleuse et très peu salée. Le champagne est d'une grande pureté et il représente pour moi un champagne orthodoxe. Si l'on devait définir ce qu'est le champagne classique de grand niveau, ce serait celui-ci, car il est équilibré et ne cherche pas à éblouir en étant typé. Il est champagne, il l'assume, et le vit bien.

quelques bordeaux rouges de 1967 vendredi, 15 juillet 2011

Une discussion ayant eu lieu sur un forum au sujet des bordeaux rouges de 1967, j'ai recherché ce que j'avais bu. Voici les quelques vins que j'ai bus, avec des résultats variés, des échecs comme Mouton mais des belles résussites comme Pétrus :


Les Bordeaux avaient été choisis dans un registre de discrétion. Le Ducru Beaucaillou 1969 a montré de très belles qualités, assez généreux alors que le Figeac 1967, d’une structure plus noble, gardait un peu de réserve. Pour des vins de subtilité, la truffe a réveillé le message.


le Pétrus 1967. Pétrus est « la » réussite du millésime 1967. Très caractéristique de Pétrus, avec cette concentration, cette puissance, mais aussi ce coté ascétique volontiers trop sérieux. Un grand vin porteur d’émotion par la légitimité du symbole


Le Château L’Evangile à Pomerol 1967 avait la beauté des Pomerol, la jeunesse d’un vin des années 70, et une discrétion propre à l’année 1967. Ce n’est pas un vin qui en montre trop, mais c’est un vin orthodoxe, tranquille (sans être un vin tranquille !), gentil Pomerol plein de satisfactions.


Les deux Bordeaux se complétaient à merveille. Le Palmer 1964 tout en rondeur, délicieusement séducteur, et l'Ausone 1967, plus réservé, mais dévoilant ses charmes progressivement, comme dans la danse des sept voiles. Le Palmer 1964 confirme une nouvelle fois qu'il est une réussite de cette année qu'on aurait bien tort de classer trop vite dans les années âgées. Et l'Ausone me ravit toujours par sa complexité. Mais j'aimerais bien en ouvrir un qui se défroque, qui s’encanaille, qui se dévergonde.


La sole était belle, mais son épaisseur étouffait un peu un vin grandiose : Château Margaux, 1er GCC 1967 qui est une réussite exceptionnelle. Il est beau, il est rond, il a la féminité triomphante de Margaux, et, sans qu'on ait besoin de créer de compétition, on sait qu'il rivaliserait avec les plus beaux millésimes de ce vin de légende. Imaginer qu’un Margaux de cette classe s’acoquine aussi bien avec des coques qui le dissèquent est un plaisir immense pour moi.


Sur le volatile admirablement préparé, le Meyney 1967 en double magnum s'accorde parfaitement. Le vin est en pleine forme, sans trace d'âge, il tiendra une place plutôt étonnante et flatteuse auprès des grandes vedettes qui suivent. En revenant au nez sur ce verre, on voit que le Meyney a une plénitude qui mérite le respect. Il y a deux classes de convives : ceux qui sont nés à Bordeaux (ou la région) et les autres. Les bordelais savent manger avec les doigts et croquer les os. Leurs assiettes se vident entièrement. Les autres plus timorés mangent avec couteau et fourchette et s'en tiennent à la seule esquisse de l'oiseau.


Le Pétrus servi dans des verres Riedel étale un parfum d'une concentration infinie. Chacun comprend qu'il est en face d'un chef d'oeuvre, et je crois bien que c'est le meilleur Pétrus 1967 que je n’aie jamais bu. L'accord avec le turbot est d'une délicatesse et d'une précision extrême. C'est là que l'on comprend que la cuisine et les vins sont faits pour créer des harmonies de rêve. J'ai essayé Pétrus 78 sur des rougets tout récemment, et là un 67 avec un turbot. C'est vraiment le bon chemin. La perfection de ce Pétrus 1967 a enthousiasmé toute la table.


Mouton Rothschild 1967. Vin un peu fatigué, sentant la terre à l’ouverture, qui a offert des variations énormes de goûts. Chaque fois qu’il était sur un plat, il vivait : sur de délicieuses huîtres avec de l’épinard traité en condiment, il délivre la subtilité d’un vin léger de grande race. Sur le turbot aux truffes, il devient opulent. Entre les plats, c’est un vin morose et fatigué. Puis, petit moment rare que j’apprécie, ce qui est dans le fond de la bouteille donne toute la concentration de l’intelligence de ce vin fatigué certes, mais de grand talent. Alors, éternelle question, faut-il boire ces vins à la fatigue réelle, mais qui ont de si belles lueurs ? Je suis plutôt favorable à ces essais, car les fulgurances même passagères sont dix fois plus gratifiantes que la constance monotone d’un honnête vin. Vaste sujet.


Sur la truffe entière en feuilleté, le château Meyney 1967 en double magnum était exactement ce qui convenait. Car le plat a une puissance énorme et ce Saint-Estèphe a des arguments de poids pour l'équilibrer. Très jeune encore, expressif, puissant, il a cette belle acidité qui convenait à la sauce lourde et au fumet envoûtant du beau caillou noir.


Le Château Haut-Brion 1967 est très élégant malgré des signes d’âge. Charmant, civilisé, c’est un message romantique qu’il délivre.


le Château Taillefer Puisseguin Saint-Emilion 1966 et le Château La Louvière rouge 1967 n’ont pas des trames très solides. L’âge les a ‘dentellisés’, et leur goût éphémère laisse peu d’empreinte.


Le Château Lafite Rothschild 1955 au beau niveau dans la bouteille a une très jolie robe et un nez bien dessiné. Le Château La Conseillante 1955 a un nez magique. Le Lafite est possible sur le pigeon mais c’est La Conseillante qui ramasse la mise, tant il est brillant. Il n’en va pas de même du Château Latour 1967 qui a un goût de civette selon mes voisins. Il est plutôt, tout simplement, bouchonné pour moi. Il est âcre en bouche. Le Lafite ne tourne pas à plein régime, le Latour est au ralenti avec un final qui me dérange. Seule La Conseillante offre ce qu’on peut attendre d’un grand Bordeaux d’une année que j’adore.


Le Château Léoville Poyferré 1967 est beaucoup moins détendu. Il arrive assez froid, contracté, et il faut la belle chair de la lotte aux morilles pour qu’il prenne des couleurs et devienne sociable. Il devient confortable, plaisant, sans grande complexité.


Pétrus 1967 montre sa différence. Ce vin est féminin et tout en séduction. Il y a du velouté, du discours en catimini, de la voilette qui dévoile ou de l’éventail qui envoûte. Ce pourrait être une Catherine Zeta-Jones, mais elle se tient discrète.


A gauche, c’est la joue de veau et à droite la truffe blanche d’Alba qui incendie nos narines sur son risotto. En face de la joue de veau il y a un verre de Château Gazin 1959 et en face du risotto il y a un verre de Pétrus 1967. Cela pourrait donner lieu à quatre combinaisons mais en fait, personne n’a envie d’essayer de modifier la latéralité naturelle : le Gazin est diaboliquement parfait avec la joue de veau mais surtout avec sa sauce impérieuse, et le Pétrus ayant capté le parfum de la truffe blanche comme les plantes carnivores gobent les insectes, nous sommes en présence de deux accords de fusion absolument confondants de pertinence. A chaque bouchée et à chaque gorgée je me dis : « mon Dieu, arrêtez la marche du temps et laissez-moi jouir à jamais de ces accords irréels ». Le Gazin est d’une couleur de folle jeunesse, d’un rubis goutte de sang. Son nez est pénétrant et poivré. En bouche, la précision de sa trame et sa force s’imposent face à la doucereuse langueur de la joue. Le Pétrus a une couleur un peu plus trouble et d’un rubis birman. Le nez est érotiquement féminin, annonçant des caresses insoutenables. En bouche il pianote sur des notes douces, charmeuses, et le message velouté emporte le cœur. Mille fois je suis revenu sur ces accords, trouvant à chaque fois un plaisir de plus. Ce qui m’a le plus saisi, c’est la conscience que j’avais de vivre un moment inoubliable.


Nous goûtons Château Mouton-Rothschild 1967. Après quelques minutes d’épanouissement dans le verre, ce vin ouvert deux heures avant le repas nous offre du velouté, de la grâce, et une rondeur apaisante. Mais on est loin du raffinement qu’un tel vin devrait avoir. Et on ne peut pas incriminer l’âge, car la couleur du vin est d’un beau rubis et son niveau dans la bouteille est quasiment comme au premier jour. Ce vin, tout simplement, n’a pas envie de jouer les grands.


Le Château Larcis-Ducasse 1967 casse un peu le rêve, car même s’il est agréable à boire, il est propret, sans véritable émotion.


La mauvaise bouteille du Château Mouton-Rothschild 1967 est expédiée rapidement. Sans être marqué d'un défaut définitif, le vin est suffisamment torréfié et dévié pour n'offrir aucun plaisir Il n'en est pas de même de l'autre, au nez absolument sans défaut, et porteur d'un charme certain. En bouche, ce vin offre à celui qui le goûte la possibilité de l'aimer ou de ne pas l'aimer. Si on s'arrête à de petits défauts, on ne l'aimera pas. Si on retient le fond de son message, on l'aimera. Et le vin récompensera les optimistes, car dès qu'apparaissent des chipolatas, tout s'assemble dans ce vin vraiment charmant.

dîner d’amitié avec une grande Romanée Conti 1981 vendredi, 24 juin 2011

Luc est un ami de moyenne date, amoureux des nombres et des vins, à la culture œnologique quasi infinie. Il a un palais sûr et j'aime goûter avec lui. Pour ses cinquante ans, il nous avait traités au restaurant Taillevent avec une Romanée Conti 1981. Depuis, il s'est marié, ce qui a été le prétexte d'une fête grandiose. Aujourd'hui, pour fêter son premier enfant, un fils de cinq jours et sans nom pendant huit jours, selon la tradition de ses ancêtres, il décide de récidiver en nous invitant au restaurant Taillevent et une nouvelle fois avec une Romanée Conti 1981. En cours de repas, je lui ai suggéré de procréer encore dix fois, et si possible des jumeaux, pour que nous goûtions la Romanée Conti en magnum.


Nous sommes huit, tous amoureux du vin. Je suis le seul en smoking, car Luc ayant envoyé un SMS disant "tenue de soirée", j'ai imaginé qu'il était impossible qu'un mathématicien de son calibre ne soit pas précis sur les termes employés. Arrivé en avance, je vois un jeune homme poussant un lourd violoncelle qui s'annonce pour la table de Luc. Jean-Marie Ancher le regarde avec stupeur et lui dit "vous n'avez pas l'intention de jouer ce soir", d'un ton qui exclut la possibilité d'un choix. Les convives arrivent et tout à coup, alors que nous prenons le frais sur le trottoir, la mère arrive avec son poussinet de cinq jours que nous photographions en félicitant les parents. Etre 'client' de Taillevent à l'âge de cinq jours, cela tient du record. Mère et enfant nous quittent et nous fêtons parents et enfants en trinquant sur un Champagne Taittinger Collection Vasarely 1978 difficile à servir pour le sommelier puisqu'on ne voit pas le niveau dans la bouteille d'un or métallique. La couleur du vin est d'un bel or, montrant un discret signe d'évolution. En bouche, le vin est riche, d'un raisin précis et fruité. La puissance est forte et ce qui est curieux, c'est que l'explosion de fruits jaunes en bouche n'est pas suivie d'un long final. C'est un champagne racé et joyeux que nous dégustons sur des gougères données comme le pain et le beurre à profusion.


Le menu conçu par Alain Solivérès : épeautre du pays de Sault en risotto aux girolles / bar de ligne, crustacés en radis noir, crème de romaine au basilic / poulet fermier des Landes rôti en pipérade / mignon de veau au lait rôti, légumes primeurs à la marjolaine / tomme de brebis, marmelade d'abricot / fourme d'Ambert au pruneau / douceur de chocolat et de caramel au beurre salé.


Le Château Haut-Brion blanc 1981 a un nez de grande profondeur. En bouche ce vin est authentiquement Haut-Brion, avec un niveau très supérieur à ce que l'année 1981 suppose. Le vin est riche, complexe, kaléidoscopique, et forme avec les girolles à la mâche remarquable un accord plus que pertinent. J'ai trouvé que le plat d'épeautre, emblématique du restaurant, est plus précis dans son expression en bouche que le vin généreux.


Le Montrachet Bouchard Père & Fils 1985 est une énigme pour nous tous. Au début, j'ai cru à un nez de bouchon, mais ce sont en fait des herbes odorantes ou de la pivoine qui viennent marquer le parfum de ce montrachet qui est tout sauf orthodoxe. Par moment, on reconnaît le style Bouchard, mais pas le style d'un montrachet de Bouchard. Même si l'accord avec le bar se trouve, on ne peut pas dire que ce vin soit plaisant. C'est dommage, car ce Montrachet aurait dû être un sommet du repas.


Le Vega Sicilia Unico 1981 forme un contraste majeur avec le 1989 que j'ai bu il y a à peine trois jours. Le nez est discret et noble, et alors que j'avais en bouche une bombe de fruits, ce 1981 est d'un raffinement poli assez extraordinaire. Ce vin est élégant, d'une structure parfaite. Il est presque délicat tant il joue les gentlemen. J'adore quand ce vin qui peut être surpuissant joue sur un registre de distinction et d'élégance sur une structure harmonieuse. L'accord sur le poulet est cohérent, aussi bien sur la chair seule que sur la pipérade, mais il n'entraîne pas de véritable choc émotionnel.


Nous étions plusieurs à avoir déjà partagé une Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1981 avec Luc. Instantanément, nous savons que celle-ci est supérieure à celle que nous avons bue, qui était déjà émouvante. Luc trouve des pétales de roses dans le parfum de ce vin, mais ce n'est pas ce qui me frappe le plus. C'est l'intensité du message qui me subjugue. Ce parfum délicat, profond, complexe est comme l'assemblage le plus créatif d'un grand parfumeur. En bouche, deux choses s'imposent : la complexité et la longueur infinie. Mes amis s'extasient et commentent leurs plaisirs mais je préfère me taire, pour essayer de capter tout ce que je peux d'un message extraordinairement complexe. Une image qui me vient est celle d'un jeu d'orgues dans une cathédrale. Ces alignements de colonnes imposantes, c'est ce que je ressens. Ensuite, je perçois le sel qui est si caractéristique des vins de la Romanée Conti, même s'il est plus discret que sur d'autres Romanée Conti. Puis, au-delà de la minéralité, les feuilles et les branches, le végétal brun, se présentent comme des infusions raffinées. Puis, on chasse les images, et on se laisse embarquer dans un parcours en bouche qui tient du bobsleigh, avec un final quasi inextinguible. On aime ce vin parce qu'il transcende toute notion sur le vin. Il n'y a aucune recherche de charme, de séduction. C'est une grande complexité développée sur la rose, le sel, le poivre, les épices rares mais discrètes, et des infusions aux herbes inconnues. En un mot, c'est le bonheur total. Je suis ravi qu'il y ait un accord couleur sur couleur puisque le rose du mignon de veau d'une tendreté extrême est proche du rose de cette Romanée Conti, mais c'est un plaisir de voir que le vin s'allie aussi aux légumes nouveaux croquants.


Autour de la table, on sent comme une fébrilité, car nous tenons dans nos verres une grande Romanée Conti.


Le vin suivant, destiné au fromage est un Ermitage de l'Orée Chapoutier 1991. J'entends autour de moi que l'on vante les qualités de ce vin, mais je ne mords pas du tout. Il est aqueux en milieu de bouche, car il manque de consistance. Il est déroutant, nous emmenant sur les routes de tous les vignobles de France, tant il est indéfinissable. On dirait Château Grillet ou un vin oxydatif au fumé prononcé. Il faut dire qu'il n'est pas aidé par le fromage qui évoque irrésistiblement la Vache Qui Rit, et dont l'accompagnement à l'abricot est hors sujet. C'est objectivement un problème de fatigue excessive de la bouteille.


Luc pesant au trébuchet ses apports de vins quand il invite, il est peu envisageable de glisser un vin dans son programme. Aussi la question était-elle pour moi de choisir un vin qui ne se refuse pas et qui ne porte pas ombrage à ses vins et ne les trouble pas. C'est un vin acheté du jour que j'ai apporté : Château Rabaud Brossault & Co 1/2 bt 1896. Le niveau est superbe, la couleur est d'un or glorieux et quand le bouchon est tiré, il libère un parfum exceptionnel fait d'agrumes confits aux poivres. Jean-Marie Ancher nous a fait préparer en impromptu de la fourme d'Ambert flanquée d'un pruneau au banyuls qu'il sera opportun d'éviter. Le sauternes est sublime, n'ayons pas peur des mots. Il n'a pas d'âge, lui qui est plus que centenaire, tant il est fringuant. C'est un délice pur. Il a tout, équilibre, puissance, sensualité, final tonitruant. Tout le monde l'a adoré.


Le Porto Medieval Port 1900 est une curiosité. Le début de la bouteille est d'une couleur de terre rose, et la fin de la bouteille d'un noir riche. Le goût est objectivement de porto, sans doute enrichi à la mise en bouteille il y a environ soixante ans. Le vin est plaisant, mais l'alcool ressort trop. Le vin accompagne divinement bien le chocolat, mais avec le caramel beaucoup trop sucré, l'accord ne se fait pas.


Selon une tradition propre à Taillevent, Jean-Marie nous offre d'un Armagnac en pot de 3 litres 1947 absolument délicieux, riche et fort en alcool mais qui ne le montre pas tant il est accueillant.


Nous n'avons pas formellement voté, mais Jean-Philippe mettrait en 1 ex-æquo La Romanée Conti et le Château Rabaud, ce qui est un honneur que j'apprécie pour ce beau sauternes, puis Haut-Brion blanc et Vega Sicilia Unico. Il est rejoint par beaucoup d'amis sur le fait de classer Haut-Brion avant Vega Sicilia, mais ce n'est pas mon cas. Mon vote est 1 - Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1981, 2 - Château Rabaud Brossault & Co 1/2 bt 1896, 3 - Vega Sicilia Unico 1981, 4 - Château Haut-Brion blanc 1981, 5 - Champagne Taittinger Collection Vasarely 1978.


Les deux plus beaux plats sont : 1 - épeautre du pays de Sault en risotto aux girolles, 2 - mignon de veau au lait rôti, légumes primeurs à la marjolaine. Les autres plats ont créé moins d'émotion. Le grand moment fut évidemment de communier avec une grande Romanée Conti et de célébrer la naissance du fils d'un ami. Mais nous n'allions pas en rester là. Car l'ami qui avait apporté son violoncelle n'allait pas repartir comme cela. Avec l'autorisation de Jean-Marie Ancher il a joué de magnifiques pièces de Bach d'une grande sensibilité, ce qui prouve que notre consommation d'alcool ce soir est restée dans les limites des facultés artistiques des participants. Des personnes qui dînaient tranquillement au restaurant sont venues grossir le lot des spectateurs de ce mini-bœuf. La joie a accompagné tout du long un grand dîner d'amitié.

dîner au restaurant Taillevent vendredi, 24 juin 2011

les vins : Champagne Taittinger Collection Vasarely 1978




Château Haut-Brion blanc 1981



Montrachet Bouchard Père & Fils 1985



Vega Sicilia Unico 1981



Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1981



Ermitage de l'Orée Chapoutier 1991



Château Rabaud Brossault & Co 1/2 bt 1896



Porto Medieval Port 1900



Armagnac en pot de 3 litres 1947 (pas de photo)


Les plats





les vins en fin de repas



la joyeuse équipe



Luc près de ses vins



François qui a joué de beaux morceaux sur son violoncelle