Derniers champagnes avec notre amie américaine vendredi, 25 août 2017

C'est le dernier soir de Sarah dans notre maison du sud. J'ai envie d'ouvrir un champagne que j'aime tout particulièrement, le Champagne Dom Pérignon 1982. Cette année est particulièrement romantique et délicate pour beaucoup de maisons de champagne. Pour Dom Pérignon c'est une délicatesse. Le bouchon vient facilement et c'est incroyable comme il est incliné à sa base, comme un béret basque mis de travers. Il me faut vite sentir pour savoir si le champagne en est affecté. La couleur est plus ambrée que ce que j'attendais et le parfum est totalement pur. Le vin n'a pas souffert. Dès la première gorgée, encore froide, on est conquis par le discours galant de ce champagne raffiné. Il y a des fruits jaunes, une acidité discrète une vivacité contrôlée, mais c'est surtout la complexité qui est entrainante. Comme pour les précédents apéritifs la poutargue, le saucisson de porc et sanglier, les petites sardines, les tranches de bonite à l'huile d'olive conviennent parfaitement. Il reste un peu de foie gras qui s'accorde aussi, le gagnant comme précédemment étant le saucisson. Plus le champagne se réchauffe et plus il est chaleureux. On se sent bien avec ce champagne qui ne cherche pas à nous épater, mais seulement à nous faire plaisir.

Quel champagne pourrait suivre celui-ci ? J'avais une petite idée mais au détour d'une conversation j'apprends que Sarah est de 1973. L'occasion est trop belle de faire suivre le 1982 par un Champagne Dom Pérignon 1973. Je dis à Sarah : « je parie que le bouchon se brisera en deux ». Il se trouve que les deux fois récentes où j'ai ouvert ce 1973, le bouchon s'est cassé. Malgré toutes mes précautions et mes gestes lents, le bouchon de celui-ci se brise aussi montrant que la tranche de liège qui est juste au-dessus de la tranche inférieure qui est au contact du vin, est d'un liège manquant de consistance, qui s'est chaque fois cisaillé. Et pourtant le haut du bouchon m'avait donné bon espoir. Je lève avec mon tirebouchon le reste du bouchon et le pschitt est extrêmement net, puissant. Je verse le champagne et oh surprise, il est beaucoup plus clair que le 1982. Son nez très pur est semblable à celui du 1982. Froid, il fait plus jeune que le 1982.

Nous avions gardé un fond de verre du 1982 pour pouvoir comparer et ce qui frappe avec une évidence confondante, c'est que les deux champagnes ont le même goût. Tout en eux est identique, avec un ADN commun. Au début de la comparaison, le 1973 plus frais paraît plus vif que le 1982 plus chaud. Les deux se rejoignent rapidement et force est de constater en fin de dégustation que le 1982 a une ampleur plus vaste et généreuse que le 1973, mais les deux se tiennent dans un mouchoir de poche.

Ma femme avait prévu des saucisses parfumées aux herbes et épicées ainsi que des pommes de terre passées au four. Amis gastronomes ne lisez plus la suite. Il restait un peu de camembert Jort, l'ami des champagnes. J'ai mis un peu du Jort sur une tranche de pomme de terre. L'accord avec le champagne est divin.

Avec Sarah nous avons partagé des champagnes que j'aime. Son séjour fut court mais nous a permis de boire de grands vins.

l'étonnant bouchon comprimé de façon irrégulière la couleur du 1982 les pommes de terre et l'essai avec le camembert Jort. Délicieux !

Le week-end du 15 août – début samedi, 12 août 2017

Le week-end du 15 août est un des points culminants de l'été. Nous recevons des amis gastronomes et avec des amis locaux nous organisons deux repas, l'un chez eux, l'autre chez moi. Les amis de Paris arrivent par avion et nous déballons les vins qu'ils ont apportés. La tradition était de fêter leur bienvenue avec un magnum de champagne Salon, mais comme pour toutes les traditions il y a un jour un 1789 qui se déclenche. J'ouvre un Champagne Comtes de Champagne Taittinger 2005 et mon intuition est de le boire sur deux formes d'olives grecques Kalamata, l'une étant à l'huile et l'autre au vinaigre avec des olives bio dénoyautées. Le champagne est généreux, chaleureux, ouvert, ensoleillé, avec une belle maturité et une plénitude de bon aloi. Au début, les olives bio au vinaigre me plaisent plus que les autres mais au fil du temps, les olives vinaigrées deviennent plus acides alors que les olives à l'huile s'épanouissent et deviennent meilleures avec le champagne. On constate ainsi que l'aération joue aussi pour des olives.

Le champagne, s'il fallait un mot pour le définir, ce serait « chaleureux ». Comme la bouteille est vite finie, j'ouvre un Champagne Dom Pérignon 2004. Il apparaît sans même essayer que les olives ne conviendront pas à ce champagne tout en finesse, plus en suggestion qu'en affirmation. Aussi irons-nous vers du Jabugo Pata Negra à la chair assez ferme et qui n'a aucune trace de noix. Le champagne s'affirme alors, romantique, évoquant les fleurs blanches. Ma fille cadette trouve au nez des évocations de sel. Il est évident qu'il aurait fallu inverser l'ordre des champagnes, mais sur des tempuras d'oignons et de fleurs de courgettes, le Dom Pérignon est un possible compagnon.

Après le repas de salades diverses qui ne sont pas les amies de vins, une sieste s'impose, car nos amis parisiens nous invitent à dîner au restaurant La Promesse.

les grignotages

Plusieurs repas de famille avec de beaux vins vendredi, 4 août 2017

Comme au théâtre de boulevard, les enfants et petits-enfants se succèdent, partent et reviennent dans la maison du sud où nous les accueillons. Chaque mouvement d'arrivée est le prétexte à fêter les nouveaux venus. Ce soir, j'ouvre un Champagne Laurent Perrier Cuvée Grand Siècle magnum Brut sans année qui n'est pas très ancien. Ce qui me surprend très favorablement, c'est que ce champagne ne me fait pas penser qu'il devrait avoir quelques années de plus. Il a déjà une sérénité extrêmement plaisante. Généreux, épanoui, avec une acidité bien contrôlée, ce champagne est à la fois grand mais aussi de soif. Il accepte toutes les saveurs auxquelles on l'associe, anchois légers, anchoïade crémeuse, poutargue et olives noires.

Il est suivi par un Champagne Dom Pérignon 2002. Ce champagne est agréablement romantique, mais force est de constater qu'après le Grand Siècle épanoui, il a du mal à s'imposer tant il joue sur un registre de discrétion gracile. Inutile de dire qu'on s'en régale, mais le passage dans cet ordre n'est pas à son avantage.

Deux jours plus tard, il est question de Pata Negra aussi me semble-t-il nécessaire d'ouvrir un Champagne Salon 1996 qui soutiendra le choc de cette viande puissante. Le Salon est glorieux, un peu dans le même esprit que le Grand Siècle, mais avec encore plus d'amplitude. Ce champagne est parfait, aux fruits citronnés et à la douceur combinée à une affirmation de soi. Tout en ce champagne me plait.

Il est tentant alors d'ouvrir un Champagne Krug 1996. Le champagne combine des évocations florales et un fruit rouge très affirmé. La complexité de ce champagne est extrême. Mais une petite acidité en fait un champagne tendu et non charmeur. A l'évidence les deux champagnes sont radicalement opposés. Mon cœur ira vers le Salon, moins complexe mais plus serein. Il est à noter que la couleur du Salon est très claire alors que celle du Krug est déjà s'un ambre marqué.

Sur deux viandes, l'une de charolais l'autre d'Angus, j'ai ouvert un Grange des Pères 2007, ce vin de l'Hérault qui jouit d'une cote d'amour chez les afficionados du vin. Et j'avoue que je ne mords pas à ce vin. Le nez est très pénétrant, de cassis et de bois et en bouche c'est – à mon goût – monolithique et flatteur. Je cherche la finesse et la race et je ne trouve que de la séduction. C'est un vin qui se boit, bien sûr, mais qui n'est pas dans mes recherches. Le charolais est d'une chair intense mais d'une mâche dure. L'Angus est chaleureux et goûteux. Ce soir, le Salon 1996 est mon vainqueur.

La famille va très vite se raréfier aussi ai-je envie de faire plaisir. L'apéritif se fera avec le Champagne Dom Pérignon 1973. Le bouchon vient facilement et le pschitt est très faible. Le champagne a une couleur très ambrée, d'un bel ambre doré. Le niveau en bouteille est quasiment parfait. Le nez évoque de beaux fruits d'été et en bouche, ce sont des fruits comme l'abricot et la pêche qui dominent sur un fond de miel. Nous commençons à gouter de petites sardines et des olives noires mais la douceur du champagne me semble appeler un foie gras. L'accord du foie gras de canard entier mi cuit avec le champagne est absolument divin. Le champagne en sort grandi, opulent, majestueux.

Des côtelettes d'agneau préparées avec des herbes de Provence sur la plancha, accompagnées de petites pommes de terre aux aulx et traces de tomates du jardin, sont associées à une Côte Rôtie La Mouline Guigal 1986. Le niveau dans la bouteille est à moins de cinq millimètres sous le goulot, ce qui est rare pour un vin de 31 ans, et je prends bien garde en extirpant le bouchon de ne pas tirer trop fort, car avec si peu d'air entre vin et bouchon, le risque est que le vin ne jaillisse de la bouteille lors de la dépression. Le nez du vin est une merveille, évoquant la garrigue. Le vin est noble, royal, d'une jeunesse qu'on ne pourrait imaginer. Large en bouche il trouve dans les herbes de Provence des côtelettes un écho de première grandeur. C'est un pur régal.

Ayant en mémoire le récent Grange des Pères, mes réserves sur le vin de l'Hérault sont confirmées, un monde séparant ces deux vins. Le vin de Guigal dégage une émotion qui le place très haut dans l'échelle des plaisirs.

Un grand champagne mature mais fruité avec un délicieux foie gras et des côtelettes aux herbes avec une brillantissime Mouline ont donné à ce repas des accords qui en font un des plus beaux repas de cet été.

Dîner avec un Vega Sicilia Unico exceptionnel vendredi, 14 juillet 2017

Il faut toujours rester lucide et avoir du recul sur ce que l'on fait. Ma fille cadette arrive ce soir de Paris dans notre maison du sud. Il faut fêter cela. Je sais déjà le champagne que j'ouvrirai. Pour le vin rouge qui accompagnera des viandes de même couleur, j'ouvre la petite armoire isotherme qui stocke à 15° les bouteilles que je pourrais décider de servir sur le champ. Je tends ma main vers une bouteille et je vois Vega Sicilia. Je n'ai pas mes lunettes et je suis incapable de lire l'année aussi j'imagine que c'est une bouteille de Reserva Especial qui est un assemblage de trois années. Ça me convient. C'est celle que j'ouvrirai au dernier moment car en été, j'aime ouvrir les vins riches sur l'instant, qui s'épanouissent très vite et nous enchantent lors de leur éclosion.

L'apéritif débute avec des toutes petites sardines délicieuses et des olives noires au thym. S'ajouteront ensuite des terrines de maquereau et de sardine. Le Champagne Laurent Perrier Grand Siècle magnum sans année a un nez très agréable et sensuel et en bouche, il a une mâche gourmande. Ce n'est pas du tout le champagne romantique auquel je suis habitué. C'est un champagne riche, qui me donne l'impression que la liqueur de dosage se serait transformée en une sorte de sphère de douceur légèrement sucrée. Ma fille évoque l'idée d'un macaron qui lui aussi est approximativement sphérique. De ce fait, le goût du champagne est concentrique et ne vise pas la largeur. Comme il est gourmand il se boit sans fin.

Sur la plancha cuisent des légumes d'été, une hampe et des côtelettes de mouton. Je vais chercher le vin que j'avais choisi « à l'aveugle » et je constate qu'il s'agit d'un Vega Sicilia Unico 1972. Là où j'évoquais le recul nécessaire, c'est que si j'avais eu mes lunettes je n'aurais probablement pas choisi cette bouteille pour ce dîner, attendant sans doute un repas plus structuré. La bouteille est dans ma main, alors allons-y. Je sers le vin qui est plus rouge que noir, d'un beau rouge de sang clair. Le nez est d'un charme absolu, raffiné et noble, évoquant des sensualités sans limite. En bouche, c'est l'extase et avec mon fils nous convenons qu'il transcende La Turque et le Châteauneuf d'Henri Bonneau que nous avons bus récemment. Ce vin est une merveille absolue, d'une douceur rare magnifiée par une cohérence et une cohésion inatteignables. Il a un finale d'une rare fraîcheur avec des notes mentholées. Tout en ce vin évoque la perfection absolue. C'est un défilé des top-modèles de Victoria Secret, mais tempéré d'amour courtois de la carte de Tendre.

Chaque gorgée nous fait prendre conscience de ce que peut être le vin parfait. Car tous les Vega Sicilia Unico que nous buvons d'années récentes sont des chevaux sauvages qui attendent d'être domptés. Or ici, c'est la grâce pure qui s'installe, douce et charmeuse qui ne veut rien imposer. Nous sommes face à un vin parfait. Pas le plus grand des parfaits, mais parfait.

Je l'ai essayé sur un camembert Jort bien mûr et si l'accord est plus pertinent avec des Vega Sicilia Unico plus fougueux, il suffit de calmer en bouche les amers percutants du Jort pour que l'accord soit pertinent.

Face à la mer, avec un verre de Grand Siècle, dans le calme d'une nuit étoilée, avec les parfums enivrants des galants de nuit qui sont en avance d'un mois sur leur période de floraison odorante, la vie prend un sens qu'elle ne devrait jamais quitter.

bulletins du 1er semestre 2017 du numéro 714 à 740 lundi, 26 juin 2017

(bulletin WD N° 740 170627)   Le bulletin n° 740 raconte : à l’hôtel l’Assiette Champenoise d’Arnaud Lallement, dégustation de 38 champagnes différents de Pol Roger, allant du brut sans année fait sur une base de 2011 jusqu’au 1892. (bulletin WD N° 739 170620)     Le bulletin n° 739 raconte : le 215ème dîner de wine-dinners au restaurant Michel Rostang et dîner d’amis au restaurant de l’Assiette Champenoise d’Arnaud Lallement.

(bulletin WD N° 738 170613)    Le bulletin n° 738 raconte : déjeuner chez ma fille cadette, déjeuner au restaurant le Petit Verdot avec des amateurs canadiens, une belle Côte Rôtie, cocktail au siège parisien de l’Armagnac Castarède, dîner de chahuteurs polytechniciens au restaurant La Méthode, cocktail pour l’ouverture du nouveau bureau parisien du cabinet d’avocats que dirige ma fille aînée, « Le Salon du Vin » de la Revue du Vin de France.

(bulletin WD N° 737 170606)    Le bulletin n° 737 raconte : dîner « des livres et des vins » à l’hôtel Bristol avec Alain Rey, le film « Ce qui nous lie » de Cédric Klapisch, film incontournable sur le vin et le 214ème dîner de wine-dinners au restaurant Pages.

(bulletin WD N° 736 170530)  Le bulletin n° 736 raconte : déjeuner d’amis au restaurant Le Gaigne qui est devenu le 213ème repas de wine-dinners, dîner au restaurant Caviar Kaspia, autre déjeuner au restaurant Le Gaigne sur le thème « il faut sauver le soldat Salon 1971 »,  qui s’inscrit dans la mouvance « le cas des bas niveaux ».

(bulletin WD N° 735 WD 170523)  Le bulletin n° 735 raconte : dîner de famille, deux autres dîners de famille avec de grands vins, déjeuner d’anniversaire, déjeuner au Yacht Club de France sur le thème de la Loire.

(bulletin WD N° 734 170516)  Le bulletin n° 734 raconte : Pâques dans le sud avec de grands vins, déjeuner au restaurant Laurent, rencontre avec l’académie des gastronomes, 212ème dîner de wine-dinners au restaurant Akrame.

(bulletin WD N° 733 170509)  Le bulletin n° 733 raconte : le 211ème dîner de wine-dinners au restaurant Guy Savoy avec un vin centenaire et un dîner de vins de 1945 au restaurant Pages.

(bulletin WD N° 732 170502)   Le bulletin n° 732 met à l'honneur la cuisine japonaise : déjeuner au restaurant Archeste, spectaculaire dîner à huit mains de quatre chefs au restaurant Pages.

(bulletin WD N° 731 170425)   Le bulletin n° 731 raconte : déjeuner de conscrits au Yacht Club de France et 27ème séance de l’Académie des Vins Anciens au restaurant Macéo.

(bulletin WD N° 730 WD 170418)   Le bulletin n° 730 raconte : dégustation de toutes les années où la maison de champagne Lanson a utilisé des bouteilles en forme de quille pour ses grands crus, suivie d’un déjeuner au restaurant Les Crayères avec les plus belles bouteilles de cette sélection.

(bulletin WD N° 729 170411)  Le bulletin n° 729 raconte : déjeuner au restaurant Akrame, desserts au restaurant Shirvan Café Métisse, trois dîners de famille, visite à la « Private Boutique » du groupe Moët-Hennessy, déjeuner au restaurant Le Pichet de Paris, déjeuner au restaurant de Guy Savoy à l’hôtel de la Monnaie.

(bulletin WD N° 728 170404)   Le bulletin n° 728 raconte : le 210ème dîner de wine-dinners au restaurant Taillevent, dîner dans le sud chez des amis, dîner de famille de retour à Paris.

(bulletin WD N° 727 170328)   Le bulletin n° 727 raconte : déjeuner de conscrits au Yacht Club de France, apéritif au Taillevent, dîner d’anthologie au restaurant Taillevent avec des vins très rares.

(bulletin WD N° 726 170321)  Le bulletin n° 726 raconte : déjeuner de champagnes Krug au restaurant de l’hôtel Les Crayères, dîner au même restaurant de l’hôtel  Les Crayères, dégustation des vins du groupe Bodega Vega Sicilia.

(bulletin WD N° 725 170314)   Le bulletin n° 725 raconte : dîner de l’amicale des « Antiquaires du champagne » aux Crayères à Reims, dîner de famille, déjeuner au restaurant Prunier, dégustation de champagnes au siège de la maison Krug.

(bulletin WD N° 724 170307)   Le bulletin n° 724 raconte : succession de dîners de famille avec mon fils et des champagnes d’exception, déjeuner au restaurant Le Petit Verdot, déjeuner au restaurant de l’Automobile Club de France.

(bulletin WD N° 723 170228)   Le bulletin n° 723 raconte : dîner de famille impromptu, dîner caritatif à l’hôtel Hilton Paris Opéra, visite sur deux jours du cognac Hennessy avec déjeuner dans la distillerie, dégustation impromptue dans le cellier, dégustation au siège et dîner au cognac au château de Bagnolet.

(bulletin WD N° 722 170221)   Le bulletin n° 722 raconte : déjeuner de conscrits au Yacht Club de France, déjeuner au restaurant du Plaza Athénée, déjeuner au restaurant le Cinq de l’hôtel George V, dîner au restaurant l’Ecu de France à Chennevières.

(bulletin WD N° 721 170214)  Le bulletin n° 721 raconte : dégustation de vins anciens avec les vignerons de « Rhône Vignobles », dîner de vins anciens au restaurant de la Bastide de Capelongue à Bonnieux, présentation de vins anciens des mêmes vignerons au Domaine de la Citadelle à Ménerbes, déjeuner avec les vignerons et leurs clients, repas avec ma fille cadette.

(bulletin WD N° 720 170207)  Le bulletin n° 720 raconte : dîner de la veille de Noël, déjeuner de Noël, réveillon de la Saint-Sylvestre dans le sud, repas avec un ami dans le sud.

(bulletin WD N° 719 170131)   Le bulletin n° 719 raconte : quelques repas de famille, rencontre impromptue au restaurant Pages et 209ème dîner de wine-dinners au restaurant Pages.

(bulletin WD N° 718 170124)   Le bulletin n° 718 raconte : retour de Londres, dégustation des 2013 du domaine de la Romanée Conti au siège de « Grains Nobles », dîner d’après dégustation au restaurant de Grains Nobles, plusieurs repas au champagne avec mon fils.

(bulletin WD N° 717 170117)   Le bulletin n° 717 raconte : Dîner au restaurant Bob Bob Ricard de Londres, bar de l’hôtel Dukes, 208ème dîner de wine-dinners au 67 Pall Mall Club, Oxford & Cambridge Club et bar de l’hôtel Dukes.

bulletin-wd-n-716-170110   Le bulletin n° 716 raconte : 207ème dîner de wine-dinners au 67 Pall Mall Club de Londres et déjeuner plein de surprises au 67 Pall Mall Club, dont le point de départ est un Moët 1911.

bulletin-wd-n-715-170103   Le bulletin n° 715 raconte : dîner de champagnes au restaurant Garance, déjeuner au restaurant Pages, départ pour Londres pour faire deux de mes dîners au 67 Pall Mall club, déjeuner au restaurant Avenue, ouverture des vins du premier dîner.

bulletin-wd-n-714-170103   Le bulletin n° 714 raconte : déjeuner de famille, deuxième « rendez-vous des vins matures » à l’hôtel Shangri-La, 206ème dîner de wine-dinners au restaurant Guy Savoy.

dîner dans notre maison du sud dimanche, 25 juin 2017

Des cousins viennent dîner dans notre maison du sud. Nous ferons un apéritif long et passerons directement ensuite au plat de résistance, un gigot d'agneau avec de la semoule mariée à des plantes odorantes. Pour l'apéritif, j'ai acheté du Cecina de Léon, du jambon de porc noir de Bigorre, une viande sèche de Corse, de la Coppa et du Pata Negra.

Le Champagne Delamotte Brut Magnum sans année accompagne l'apéritif. Il est tout à son aise, aussi bien avec des petites sardines délicieuses, des olives noires parfumées de romarin et avec les cochonnailles et viandes séchées. Il est agréable, champagne de soif peu compliqué mais accueillant. Il accompagne mieux les saveurs douces que les goûts très fort du Pata Negra.

C'est donc l'occasion d'ouvrir un Rosso Azzurro Nerello Mascalese vin de l'Etna 2010 vin qui titre 13,5° dont le parfum dérange mes cousins alors que je l'accueille sans problème. Le vin atypique, un peu rêche mais très plaisant à boire va trouver avec les olives et le Pata Negra des accords que le Delamotte ne trouvait pas. Ce vin offert par un de mes fournisseurs de vin est une curiosité intéressante mais avec le gigot qui arrive maintenant, il ne trouve pas sa place.

Le Vega Sicilia Unico Ribera del Duero 1995 est une merveille. Frais, de fenouil et de menthe, avec des accents de garigue et de romarin est un régal avec le plat. Sa longueur est quasi infinie. Et chose qui surprend toujours nos invités, il trouve un accord raffiné avec un camembert Jort affiné idéalement.

J'avais fait saliver mes cousins en annonçant un Maury sur la mousse au chocolat mais lorsque je vais chercher le vin dans le réfrigérateur je m'aperçois qu'il en manque les deux tiers. C'est une bouteille que j'avais ouverte l'été dernier. Le Mas Amiel Maury Prestige 15 ans d'âge qui doit dater d'avant 1980 est buvable, mais au goût affadi comme par un voile. On en profite malgré tout car l'accord est pertinent.

Il reste tellement de choses à se dire que j'ouvre un Champagne Dom Pérignon 1982 vin d'une année romantique que j'adore chez tous les très grands vignerons de Champagne. Ce Dom Pérignon est superbe, évoquant fleurs et fruits blancs. On se recueille devant un tel champagne noble et raffiné. Les deux vins qui émergent ce soir sont le Vega Sicilia Unico et le Dom Pérignon qu'il est difficile de départager, même si mon cœur aurait tendance à pencher vers le vin espagnol. Dans les accords il y a le Vega Sicilia avec la semoule parfumée des mêmes romarins que ceux du vin, le Vega Sicilia avec le camembert, les petites sardines avec le Delamotte et le Pata Negra bien gras et très marqué par la noix avec le vin de l'Etna. Ce fut un très beau dîner.

dîner au restaurant La Vague d’Or à Saint-Tropez dimanche, 18 juin 2017

Ça y est, le rideau est baissé, je vais prendre pour trois mois mes quartiers d'été dans le sud. Après quatre jours pour prendre un nouveau rythme de vie, nous allons ma femme, un couple d'amis et moi dîner au restaurant La Vague d'Or à Saint-Tropez. Dans la voiture je demande à mes amis : « savez-vous quand nous y sommes allés ensemble ? ». Les réponses sont un an, deux ans, deux ans, alors que notre unique visite en ce lieu date d'il y a quatre ans juste après que le chef Arnaud Donckele a obtenu trois étoiles. Entretemps, le restaurant et l'hôtel la Résidence la Pinède qui abrite le restaurant La Voile d'Or sont entrés dans le giron de LVMH.

Le cadre est toujours aussi beau, la terrasse où nous allons prendre l'apéritif puis dîner étant directement sur la mer qui est un vrai lac, sans l'ombre d'un frémissement. Des bateaux de toutes tailles occupent la baie.

L'accueil est souriant. Notre table est juste face à la mer et à la piscine. La carte des vins a des prix de trois étoiles. Le sommelier nous explique qu'après la reprise, le groupe propriétaire avait envisagé qu'il n'y ait sur la carte que des vins du groupe LVMH et il a fallu batailler pour arriver à convaincre de l'intérêt d'ouvrir la carte à d'autres vins. Comme j'ai pu le regretter au restaurant Clarence qui appartient aux propriétaires de Haut-Brion, il est vraiment dommage que les vins du groupe LVMH soient proposés à des prix qui dissuadent de les commander. Nous n'en boirons aucun.

Nous prenons un Champagne Blanc de Noirs Egly-Ouriet sans année dégorgé en 2015 après 72 mois de cave. La première gorgée ne révèle aucun défaut et nous sommes servis mais la deuxième gorgée montre que le champagne manque cruellement d'émotion. Il est acide et très court. Il est anormalement ambré. C'est surtout le manque de personnalité qui me pousse à en parler au sommelier Max qui nous propose gentiment de changer de champagne.

Le Champagne Initial de Jacques Selosse sans année a été dégorgé en octobre 2014. Le changement de niveau justifie la réserve que nous avions eue sur le blanc de noirs. De belle personnalité, typé, ce champagne est très plaisant malgré une légère amertume qui s'estompe sur les délicieux amuse-bouche, complexes et variés. Une petite tartelette aux fleurs comestibles de toutes les couleurs est un régal comme une huître présentée avec une mousse délicate, une tranche de lisette, jeune maquereau très goûteux, une olive verte mais présentée noire et légèrement fumée, un chips de fleur de courgette au parmesan ou un bouillon délicieux.

Nous passons à table et l'excellent directeur Thierry di Tullio nous aide à composer notre menu qui sera : les langoustines vivifiées au pamplemousse, broccolettis coupés du matin, basilic citrus et aloe vera au naturel, confection d'un jus d'Hassaku et huile d'olive infusée aux têtes grillées / le turbot cuit en immersion d'eau de mer, citronnelle et algues, poireaux crayon, charlottes et oignons rouges "furio" des terres sableuses de Grimaud, nage d'haliotis de la lagune de Thau / le mignon de veau à la mode Carqueirannaise, les ris au jus et perles de câpres, tomates cœur de pigeon, gnocchis tendres à la sauge florale, quelques dentelles de tête de veau "souvenir de mon enfance".

Lorsque le champagne Initial est fini, nous commandons un Champagne Laurent Perrier Grand Siècle dont Max nous dira qu'il a été acquis il y a environ cinq ans. Le champagne est délicieusement romantique, évoquant des fleurs blanches et des fruits blancs. Il va former avec le premier service de la langoustine servie en deux fois un accord d'anthologie. Tout excité je suggère à Max que sur ce plat, le champagne que nous buvons soit l'accord « obligatoire ». C'est en effet éblouissant de symbiose.

Pour le veau, mon ami suggère que nous prenions un rouge, malgré la présence de câpres mais on nous dit que ces câpres sont très discrètes ce qui est vérifié. Le Châteauneuf-du-Pape Clos des Papes 2009 est un vin enthousiasmant. Il a la jeunesse, un fruit puissant, une richesse extrême, mais tout est d'un équilibre et d'une élégance rare. C'est un vin de grand plaisir, racé, vif mais aussi accueillant.

Ceci nous pousse à prendre un peu de fromage pour finir ce beau vin.

La cuisine d'Arnaud Donckele est très complexe et très inspirée. Il y a des plats d'une gourmandise raffinée qui justifient pleinement les trois étoiles de ce chef. Le seul plat qui ne m'a pas enchanté est le second service de la langoustine qui marquait un recul gustatif très net par rapport au premier service, absolument exceptionnel. Les plats nous ont été présentés par Aurore, avec des discours délicieusement kitsch à la limite de l'excès. Alors que les propos comme « plat emblématique du chef » ou « plat signature du chef » m'agacent, c'est la première fois que j'entends « plat d'anthologie du chef ». Le service a été mitigé, pas toujours présent, surtout celui du vin, comme manquant d'effectif pour faire face aux souhaits des clients.

Mais le clou du dîner, véritable cadeau royal, fut l'arrivée à notre table du chef en fin de soirée, lorsque nous fumes quasiment les derniers à table. Nous avons bavardé avec lui pendant probablement plus de vingt minutes et il nous a passionnés. Ce chef est terriblement attachant, toujours en quête d'excellence, avec des racines familiales qui l'ont poussé à se dépasser. L'écouter raconter ses recherches de douze saveurs, ses essais, ses envies, c'est vraiment le plus beau cadeau de cette soirée inoubliable. Bravo Arnaud pour votre talent, votre sensibilité, votre authenticité et ces valeurs humaines qui transpirent de vos propos. Longue vie à ce grand restaurant.

Déjeuner de conscrits au restaurant du Polo de Bagatelle mercredi, 7 juin 2017

Le traditionnel déjeuner de conscrits se tient, pour une fois, au restaurant du Polo de Bagatelle car l'ami qui nous invite est membre du Polo. Il fait un temps incertain et il y a du vent aussi mangeons-nous à l'intérieur. Dans le cadre magique de cet ensemble, la restauration est un parent pauvre. J'ai pris à la carte un tartare de saumon au citron vert et coriandre et un faux-filet de Salers grillé et un écrasé de pommes de terre aux herbes qui ne resteront pas très longtemps dans ma mémoire.

Le Champagne Ruinart Blanc de Blancs sans année est vraiment très agréable et vif. Il a une belle tension et se boit avec plaisir. J'aime son rythme en bouche et je ne suis pas le seul car nous consommerons trois bouteilles à six.

Le Vosne Romanée Louis Latour 2011 est un aimable vin de bon équilibre, sans grande longueur mais suffisamment expressif au point que nous commanderons du fromage pour en boire une seconde bouteille.

Nous avons pris le café sur la terrasse face aux vastes terrains de sport, occupés par de nombreux jeunes enfants qui jouant au football, qui montant au manège, pendant que d'autres vont sur les courts de tennis ou les tatamis. Ce lieu privilégié et bien tenu est très agréable au printemps lorsque le soleil est de la partie.

Dîner d’anniversaire avec un Musigny exceptionnel jeudi, 1 juin 2017

Par une rare et belle conjonction de planètes nous recevons nos trois enfants en même temps à la maison, avec quatre de nos petits-enfants. Il y a deux anniversaires à fêter. Ma femme a prévu un seul plat, un veau cuit à basse température et un gratin dauphinois. Pour le dessert ce sera l'incontournable reine de Saba, parce qu'on peut facilement planter des bougies sur ce gâteau.

L'apéritif est fait de petites viennoiseries salées composées par les petits enfants et de jambon ibérique. Le Champagne Dom Ruinart 1990 est un de mes favoris et j'imaginais volontiers que 1990 était l'un des Dom Ruinart les plus réussis. Quelle n'est pas ma surprise de constater que cet excellent champagne, opulent, large en bouche et au beau fruit jaune doré est très loin de valoir le Dom Ruinart 1973 que j'avais bu la veille. Il y a dans le 1973 une vivacité et un côté cinglant que l'on ne retrouve pas aussi marqués dans ce 1990. Il est grand, jeune encore alors que le 1973 est à pleine maturité, il comble mes enfants, mais je dois dire que le 1973 le surpasse de vingt coudées. Voilà qui déboulonne l'une de mes icônes. Ça n'empêche pas ce 1990 d'être grand.

Le Château Margaux 1967 a un nez imprégnant, fort et pénétrant. La bouche est lourde comme celle d'un Lafite Rothschild d'une année puissante. Il y a de la truffe, des grains de poivre doux dans ce vin lourd et charmeur. Il y a une infime trace de bouchon dans le parfum mais on s'aperçoit que cela ne gêne en rien le goût profond et raffiné de ce vin. Oserais-je « au contraire » ? Car ce Margaux n'est pas du tout dans la gamme des vins féminins que Margaux peut être. Il est dans la famille des vins guerriers de la soldatesque conquérante. Et nous l'aimons tout particulièrement.

La deuxième bouteille que j'ai choisie pour ce dîner est un Musigny Comte de Vogüé d'un lot de trois bouteilles dont deux n'ont pas d'étiquette et la troisième en a une, abîmée, sur laquelle on pourrait lire soit 1979 soit 1972 mais plus probablement 1972 du fait de la position de petits trous, puisque les années sur les étiquettes de ce vin sont marquées par des points qui sont des petits trous qui percent l'étiquette. N'ayant pas la possibilité de trouver un lien avec un achat dans mes archives, le 1972 n'est pas sûr mais hautement probable. Lorsque j'ai ouvert la bouteille il y a quatre heures, j'espérais trouver le millésime sur le bouchon. Raté ! le bouchon très lisible confirme le nom du vin mais pas son âge. Lorsque nous sentons le vin, mes enfants et moi, c'est comme si nous étions envahis par une bourrasque ayant caressé la Côte de Nuits. Le parfum est envoûtant. Et dès que nous portons nos lèvres à ce vin, c'est une extase. Je vois l'émerveillement sur les visages de mes enfants. Ce vin a quelque chose d'extraordinaire. Ayant encore vivace la mémoire de la Romanée Conti 1980 bue hier, je ressens une émotion de même niveau et très différente car là où la Romanée Conti est sérieuse, le Musigny Comte de Vogüé 1972 explose de joie de vivre et d'un beau fruit rouge. Ce vin est du velours tant il y a de douceur combinée à une puissance contenue. On est en haut de l'Olympe quand on boit ce vin où toute la délicatesse est fondue dans une subtilité unique. Et le fait d'avoir pu goûter en un temps si proche deux merveilles, l'une plus cistercienne, l'autre plus gourmande, me ravit. La douceur et le velours sensuel de ce vin au fruit joyeux sont d'un bonheur rare. Décidément, j'aime les vins dans les soi-disant petites années car on lit mieux la précision de leurs complexités.

Aucun vin ne pouvait succéder à ces merveilles aussi le dîner s'est-il poursuivi en douceurs en bougies soufflées et en discussions.

l'étiquette est celle d'une autre bouteille du même lot. Le bouchon est évidemment de celle qui a été bue.

216ème dîner de wine-dinners au restaurant Laurent mardi, 30 mai 2017

Le 216ème dîner de wine-dinners se tient au restaurant Laurent. Le nombre de participants a oscillé plusieurs fois entre dix et onze dans les deux heures précédant le repas. Bravo à la flexibilité du restaurant qui s’est adapté en permanence aux différentes phases de ce suspense. En définitive nous sommes onze, avec une écrasante majorité masculine. Tous se connaissent. Seuls trois participants sont nouveaux.

Les vins ont été livrés au restaurant il y a une semaine. Quand j’arrive à 17 heures pour ouvrir les bouteilles, le jeune Benjamin, nouveau dans l’équipe de sommellerie que j’ai déjà croisé pour mes repas au Taillevent, m’assiste et me regarde officier. Je lui fais sentir les vins. Aucun bouchon ne me pose de problème irréversible. Comme cela arrive souvent, le haut du bouchon de la Romanée Conti sent la terre, alors que le bouchon du Rayas sent plutôt le bois du tonneau, sur sa seule partie supérieure. Les parfums les plus beaux sont ceux de la Romanée Conti 1980, du Palmer 1961, de l’Yquem 1983 et de Laville Haut-Brion 1948. Celui de La Tour Blanche 1948 est le plus réservé.

Nous prenons l’apéritif dans le petit salon rond de l’entrée. Je donne les consignes de vol aux nouveaux et nous buvons un Champagne Salon magnum 1995. Il a une belle présence et une longueur remarquable. Il est facile à comprendre et ses complexités sont bien coordonnées. Il n’est peut-être pas assez canaille. C’est le bon élève qui obtient des bonnes notes, loin des cancres délurés. Les petits amuse-bouche sont délicieux et parfaits pour le champagne.

Le menu créé par Alain Pégouret est : Petits pois en velouté glacé, perlines de lulo, panna cotta à la citronnelle / Bouillabaisse froide, pomme de terre et fenouil au basilic / Filet de rouget juste saisi, moelle à la lie de vin rouge / Noix de ris de veau rôtie, poêlée de morilles / Pièce de bœuf servie en aiguillettes, pommes soufflées "Laurent", jus aux herbes / Stilton / Mangue en croûte sucrée, noisettes et fèves de Tonka.

Le Champagne Dom Ruinart brut Blanc de Blancs 1973 est absolument exceptionnel. Il est exactement deux fois plus vieux que le Salon 1995 et s’inscrit résolument parmi les champagnes anciens à maturité. Ses complexités sont incroyables. Il est d’une longueur très supérieure à celle du Salon et mes convives prennent conscience de l’intérêt des champagnes anciens qui racontent dix fois plus de choses. La citronnelle est trop forte pour le champagne alors que l’entrée aux petit pois est un joli plat.

Sur la bouillabaisse froide qui est un plat magnifique il y a deux vins. Le Château Laville Haut-Brion 1948 avait un parfum superbe à l’ouverture. Il l’a encore mais l’attaque en bouche me déplait car je sens le vin glycériné, comme si l’on avait ajouté de la cire. Un des convives ressent la même gêne. Mais un miracle se produit. La gelée du plat est une merveille de goût et elle efface totalement la glycérine que je ressentais et le vin devient parfait, expressif, profond, absolument magnifié par le plat. Si c’est manifestement la gelée qui a transformé le vin, ce qui me surprend, c’est que cette transformation persiste, même lorsque l’on n’a plus en bouche la gelée ou le plat.

Le Montrachet Jacques Prieur 1986 est un vin de belle puissance mais contenue. C’est un vin riche mais calme. Il est très équilibré, à maturité, avec un beau fruit fécond, mais il joue un jeu un peu trop calme. Aussi, alors qu’au début du plat, il devançait largement le vin de Bordeaux, il s’est fait dépasser dans nos cœurs par le Laville miraculé. Les deux vins se comportent bien sur le plat que je considère comme le plus réussi et abouti du repas.

C’est une coquetterie de ma part d’associer un rouget au vin légendaire qu’est le Château Palmer Margaux 1961. Ce vin recherché par tous les amateurs de vins rares, ne faillit pas à sa légende. Le nez annonçait son triomphe à l’ouverture et nous avons effectivement devant nous un vin d’un accomplissement absolu. Son grain est riche et lourd, avec des intonations de truffe et des tannins affirmés. Il est profond, lourd, et d’une longueur infinie. Il conquiert le palais et ne le quitte plus avec une persistance rare. C’est très émouvant de boire un vin aussi conforme à sa légende. L’accord avec le rouget est d’une pertinence absolue.

A l’ouverture, j’avais fait sentir à Benjamin la Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1980 et je lui avais dit que ce nez comporte les deux marqueurs de ce vin, la rose et le sel. Nous avons le même parfum au moment du service. Oserais-je dire que nous sommes face à une Romanée Conti parfaite ou quasi parfaite ? 1980 est une année qui n’est pas tonitruante mais subtile. Et une telle année convient à la Romanée Conti dont l’expression devient romantique. C’est un vin qu’il faut écouter, car il suggère plus qu’il n’impose. Il y a la rose et le sel et un rythme en bouche qui est délicat. Le vin est profond, long aux accents changeants, et le plaisir que l’on ressent est comme de lire un poème rythmé et galant. La noix de veau est goûteuse mais je n’aime pas trop quand un ris de veau est croustillant. Je le préfère de mâche plus douce comme si le ris était poché. Les morilles sont superbes et comme elle sont discrètes elles se marient bien avec le vin qui reste en bouche indéfiniment. C’est une des très belles Romanée Conti que j’ai eu l’occasion de boire. Les votes le couronneront comme les élections « démocratiques » en Corée du Nord.

Le Château Rayas Châteauneuf du Pape 1988 a la malchance de passer juste après le bourgogne merveilleux. Il fait un peu rustaud et simple alors qu’en une autre circonstance il brillerait. Sur la délicieuse viande rouge il est très adapté mais nous avons encore en tête la musique aromatique de la Romanée Conti.

A quelque chose malheur est bon car le Rayas va mettre en valeur la Côte Rôtie La Landonne Guigal 1990 qui est un vin merveilleux associé lui aussi à la viande rouge. Ce qui caractérise ce vin c’est une invraisemblable fraîcheur. Alors qu’il est puissant, il sait être aérien. Il est fascinant car il paraît très simple mais il est complexe, riche, et tout passe en bouche avec une facilité totale. Ce vin est parfait, gourmand, un bonheur.

Le stilton est superbe, à la fois ferme et crémeux en équilibre total sans une fausse note. Le Château d'Yquem 1983 s’associe à lui avec une évidence indiscutable. Le vin est rond, totalement rond. C’est une sphère magique de goûts ensoleillés. Rien ne paraît plus beau, plus gourmand, plus joyeux que ce sauternes franc et loyal. C’est le sauternes parfait dans une acception jeune. On se régale. C’est un de mes chouchous.

Le Dom Ruinart 1973 avait succédé au Salon 1995 avec un supplément d’âme et de complexité. Nous avons le même phénomène avec le Château La Tour Blanche 1948 qui transcende Yquem. Et alors on comprend mieux l’effet de l’âge sur les sauternes. J’avais déjà goûté ce 1948 qui est certainement l’une des plus belles réussites de ce château attachant fruit d’une donation à l’Etat de la part d’un riche bourgeois surnommé Osiris. Le soleil de l’Yquem est celui des tropiques, le soleil de la Tour Blanche est celui d’Austerlitz. C’est la victoire totale d’un vin plein et riche qui surprend par la diversité des complexités de fruits bruns tout au long de son parcours en bouche. Il y aurait même un soupçon de thé. La mangue est idéale pour ce vin et les accompagnements d’automne ne lui conviennent pas.

Il est temps de voter. Nous sommes onze mais dix seulement voteront car la seule femme de notre table n’a bu qu’occasionnellement certains vins. Huit vins sur dix ont eu des votes. Seuls le Salon 1995 n’en a pas eu mais c’est logique car c’est le plus jeune et donc le moins inconnu, et le Rayas 1988 du fait de son passage difficile après la Romanée Conti. Deux vins seulement ont trusté les votes de premiers. La Romanée Conti en a capturé sept et le Palmer 1961 en a reçu trois.

Le vote du consensus serait : 1 - Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1980, 2 - Château Palmer Margaux 1961, 3 - Château La Tour Blanche 1948, 4 - Champagne Dom Ruinart brut Blanc de Blancs 1973, 5 - Château Laville Haut-Brion 1948, 6 - Château d'Yquem 1983.

Mon vote est : 1 - Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1980, 2 - Château Palmer Margaux 1961, 3 - Château La Tour Blanche 1948, 4 - Côte Rôtie La Landonne Guigal 1990.

Le service des vins par Ghislain a été parfait, le service de table irréprochable. Nous avions une magnifique table dans le jardin du restaurant Laurent qui est certainement la plus belle terrasse parisienne.

Alain Pégouret a fait une cuisine de très haut niveau que les guides devraient couronner plus qu’ils ne le font. Le plat le plus extraordinaire est la bouillabaisse d’une sensibilité extrême. Le rouget était le compagnon idéal pour le Palmer 1961. Les autres plats ont été simplifiés comme il convient pour les dîners de vins anciens sauf pour les accompagnements de la mangue qui n’apporteraient rien. Mais c’est à la marge tant tout fut bon, élégant, goûteux et convaincant.

Les vins ont fait un « sans faute » et je crois bien que les deux les plus longs sont les deux 1948, les deux plus grands étant ceux couronnés par les votes, tant celui du consensus que le mien.

L’atmosphère créée par un groupe sympathique et joyeux était telle que nous nous sommes quittés bien tard après avoir ponctué notre repas par une Chartreuse liqueur du centenaire, une verte délicieuse, offerte par l’initiateur de ce repas. Voilà un 216ème dîner qui restera un grand souvenir.

il est curieux que le 8 de 1948 ne soit pas visible [caption id="attachment_31394" align="alignnone" width="242"] Laville Haut-Brion 1948[/caption] photo des vins dans ma cave photo des vins au restaurant hélas je n'ai pas la photo du rouget les verres en fin de repas