Un repas qui est un « cas des bas niveaux » avec de sublimes champagnes vendredi, 5 mai 2017

Il y a une dizaine d'années, j'avais eu l'envie de créer des rencontres entre amateurs qui ont dans leurs caves des vins de bas niveaux. Pour faire un jeu de mots j'aurais appelé cette nouvelle formule de rencontre « le cas des bas niveaux » dont la contrepèterie est ce que justement je voudrais éviter à ces vins : « le bas des caniveaux ». J'avais mis cette idée dans un coin de placard et voici que je reçois le mail de Pierre, un ami : « il faut sauver le soldat Salon 1971 ». Dans son mail il explique que le magnum de Salon 1971 a dangereusement baissé de volume et qu'il ne voit pas d'autre solution que de le partager avec des amis. Un groupe de six se forme et c'est l'occasion d'apporter des bas niveaux. Ayant été très satisfait du récent déjeuner au restaurant Le Gaigne, c'est celui que je propose et que mes amis acceptent.

Lorsque j'arrive à 11 heures pour ouvrir les bouteilles, Pierre est déjà là. J'ouvre les blancs et les rouges. Beaucoup de bouchons se déchirent. Celui du Richebourg du domaine de la Romanée Conti 1956 est noir et poussiéreux alors que le bouchon du Haut-Brion 1952 est d'un liège parfait bien qu'il soit plus vieux. Je souhaite ouvrir les magnums de champagne mais Pierre aimerait que l'on attende avant de les ouvrir. Il regrettera plus tard de m'avoir dissuadé.

Pendant la séance d'ouverture le chef Mickaël Gaignon est venu discuter du menu qui sera : amuse-bouche dont un acra au colin et une soupe d'asperges / terrine de porc et chorizo / asperges vertes et blanches / poisson / pigeon / bœuf et morilles / fromages / dessert à la framboise. J'ai noté avec beaucoup de plaisir que le chef a simplifié ses recettes pour s'attacher aux goûts purs. Ce fut réussi.

J'ouvre le Champagne Krug Private Cuvée magnum années 50 que j'ai apporté, qui a perdu entre 40 et 50% de son volume. Le bouchon se brise quand je veux le tirer et j'enlève le bas avec un tirebouchon. Dès que je sens le champagne je sais que c'est gagné. Le champagne est d'un bel or, d'un parfum joyeux et en bouche c'est une merveille. Le mot qui me vient immédiatement est « soleil ». Ce vin qui a un fort pétillant explose de miel et de soleil. Quelle grâce et surtout quelle profondeur. On ne se lasserait pas d'en boire.

Pierre ouvre le Champagne Salon magnum 1971 qui a perdu environ un tiers de son volume. D'emblée on est sur autre planète avec ce champagne. Il a lui aussi un beau pétillant et un parfum plus discret. Il est romantique et les fruits blancs et fleurs blanches si complices de Salon abondent. Il est nettement moins profond et long que le Krug mais il joue sur son romantisme. On passe de l'un à l'autre sans aucun problème, de soleil à romantisme au gré de ses envies.

Pierre ouvre le Champagne du Barry Extra Sec 1/2 bouteille 1928 qui a un niveau parfait et est habillé d'étiquettes qui sont d'une fraîcheur incroyable. Et là, j'ai un choc gustatif qui est directement lié au millésime. Ce champagne me donne un coup de poing au cœur. Il n'a pas la puissance du Krug ni le charme du Salon, mais il a cette étincelle de grâce qui me laisse sans voix. C'est fugace mais l'émotion m'électrise. Hiérarchiser les trois serait impossible. Le plus grand choc instantané est avec le 1928 et le plus profond est le Krug, tandis que le Salon est un rayon de printemps.

Sur les asperges l'accord ne va pas être évident car on a mélangé les vertes et les blanches qui sont comme chien et chat. Le Château Laville Haut-Brion 1952 a niveau très proche du bas de l'épaule et la couleur est assez jolie, plus belle que sur la photo qui annonçait ce vin dans les échanges de mails. Hélas, le vin est plat et ne peut pas capter nos envies.

Le Chablis Vercherre 1934 que j'ai apporté est d'une bouteille très sale dont le niveau est très acceptable pour un 1934, de l'ordre de 6 cms peut-être. Le vin est superbe et généreux. Dire que c'est un chablis est sans doute difficile mais le vin solide et franc est de très grand plaisir. Il est goûteux et long, large en bouche. Décidément 1934 fait des merveilles.

D'habitude je ne mets jamais les bourgognes avant les bordeaux. Mais les pigeons devant être servis avant le bœuf nous allons faire une exception.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1956 que j'ai apporté est de niveau bas comme ceux que j'ai déjà bus, dont celui de mon anniversaire qui m'avait tant ému. Celui-ci est encore meilleur. Il respire à plein poumons l'âme de la Romanée Conti qui me transporte avec sa signature de roses et de sel. Ce vin est archétypal du domaine comme le précédent, ayant moins souffert, ce qui exacerbe moins les marqueurs de sel et de roses, plus intégrés ici. Quelle noblesse que ce vin. Richebourg et pigeon se nourrissent l'un de l'autre.

Le Corton Marey & Liger-Belair 1914 provient d'une très belle bouteille avec le verre épais si caractéristique cette époque. Je n'ai pas pu voir le niveau car la bouteille est très opaque. La couleur du vin est foncée et s'il est buvable, je suis gêné par une infime pointe de bouchon. Le vin se boit mais l'émotion n'est pas aussi palpable qu'elle le devrait.

Le Château Haut-Brion rouge 1952 est magnifique. Alors qu'il apparaît après les bourgognes, sa classe naturelle le justifie pleinement à ce moment du repas. Il est riche, ample et profond avec des notes de truffes et de charbon et un grain lourd lui donnant une belle présence. Avec le bœuf l'accord est superbe. Le niveau était un peu bas, mais pour un 1952 tout à fait acceptable.

Nous revenons maintenant aux champagnes avec des bouteilles aux niveaux normaux pour leurs âges. Le Champagne Piper-Heidsieck 1964 a tout le charme de l'année 1964, une des plus solides de l'histoire. Et c'est un solide compagnon de route.

Le Champagne Deutz Brut rosé 1981 est idéal pour le dessert à la framboise, s'inscrivant dans la ligne des accords couleur sur couleur.

Le Champagne Besserat de Bellefon 1966 que j'ai apporté croyant que c'est un rosé est en fait un blanc. Il est lui aussi de l'une des deux années mythiques de la décennie 60, et affiche une belle aisance, mais c'est moi qui en ai beaucoup moins car ce repas est une fois de plus une débauche de générosité conduisant aux abus.

Le chef a réussi à simplifier sa cuisine pour donner la primauté au produit principal, ce qui est nécessaire pour les vins anciens. Le service a été impeccable et on nous a installés dans une petit salle privative qui nous a permis de profiter de vins exceptionnels dans les meilleures conditions.

Nous n'avons pas voté, mais les émotions les plus fortes pour moi ont été le Champagne de 1928, le Richebourg 1956, le Krug années 50, le Salon 1971, le Haut-Brion 1952, le Chablis 1934. Il est temps que je lance au plus vite « le Cas des Bas Niveaux ». Avec les sympathiques amis de ce déjeuner, nous avons un solide noyau dur. A recommencer vite !

les  bouteilles vides dans l'ordre de présentation  

Dîner au restaurant Caviar Kaspia lundi, 1 mai 2017

Ma fille m'a offert des places à un spectacle de Julie Ferrier pour sa dernière représentation au théâtre de la Madeleine. Nous décidons d'aller dîner avant le spectacle, ma femme, ma fille et moi au restaurant Caviar Kaspia. Il y a en ce lieu des vestiges de vieilles bouteilles d'alcools qui me font rêver, même si la température de conservation a dû affaiblir ces alcools. Nous prenons chacun des plats différents. Je choisis un crabe royal du Kamchatka et une anguille fumée et comme dessert un baba à la vodka Kaspia sur un lit de framboises. Le Champagne Laurent Perrier Grand Siècle est d'une élégance que j'apprécie particulièrement. Romantique et délicat il est d'une grâce aérienne. Nous l'avons apprécié sur les produits de la mer de ce restaurant classique et confortable. Le spectacle est aussi pétillant que ce champagne. Ce fut une belle soirée.

Déjeuner au Yacht Club de France jeudi, 27 avril 2017

La lune accomplit son cycle en quatre semaines. Nos rendez-vous de conscrits suivent à peu près le même rythme. L'ami qui nous reçoit au Yacht Club de France a choisi pour thème les vins de Loire et les mets du même métal. L'apéritif pris dans la bibliothèque est toujours aussi copieux mais je l'ai trouvé moins inspiré que d'habitude. Si le carpaccio de bar et les cochonnailles sont sans reproche, le filet de sardine mariné au vin de Loire est un peu amer et les bouchées diverses sont un peu lourdes. Le Champagne Delamotte Brut est toujours superbe, champagne de belle soif.

Le menu composé par Thierry Le Luc et le chef Benoît Fleury est : les papillotes de l'estuaire / dos de brochet aux asperges, beurre nantais / pigeonneau, écrasé de petites pommes de terre de Noirmoutier / fromages de la Loire d'Eric Lefèbvre MOF / mini saint-honoré aux fraises nantaises. Nous avons donc navigué sur la Loire en un voyage de goûts qui s'est montré exceptionnel. Le brochet et le pigeon sont deux plats éblouissants et d'une extrême sensibilité. Il s'agit probablement des deux plats les plus aboutis et talentueux que nous ayons eus au Yacht Club de France.

Nous allons explorer des vins de Loire et je dois dire avec beaucoup d'humilité que des vins aussi jeunes sont difficiles à apprécier pour moi. Le Clos Romans Domaine des Roches Neuves Thierry Germain Saumur blanc 2015 est frais et agréable à boire car fluide. Le Trésor Muscadet Sèvre et Maine Edouard Massart sans année est du cépage melon de Bourgogne. Il est moins aérien que le Saumur. Le Muscadet Sèvre et Maine Domaine Clair Moreau Château Thébaud 2010 est assez agréable et le Clos de la Vieille Chaussée Edouard Massart Muscadet Sèvre et Maine 2013, lui aussi en melon de Bourgogne se comporte comme les autres vins c'est-à-dire que les différences entre eux sont peu significatives. Ils savent cependant bien accompagner les plats dont les originales papillotes de coques, de palourdes, de moules et d'anguille délicieuse.

Pour les vins rouges nous commençons par La Marginale Domaine des Roches Neuves Thierry Germain Saumur Champigny 2015 que je trouve fort à mon goût et qui se marie bien avec le délicieux pigeon cuit sous une feuille de chou qui lui donne une légère amertume idéale pour le vin rouge. Le deuxième rouge, Les Mémoires Domaine des Roches Neuves Thierry Germain Saumur Champigny 2015 parle moins à mon cœur car je préfère la densité de La Marginale.

Les fromages sont excellents et sur le dessert nous buvons un Quarts de Chaume Domaine des Baumard 2009 qui a tout pour lui, avec des évocations de litchi et fruits frais mais à qui il manque un quart de siècle pour le moins. Nous passons ensuite à un Champagne Joseph Perrier brut blanc de blancs Cuvée Royale sans année à la bulle forte qui est extrêmement agréable. Et comme s'il manquait encore de quoi alimenter nos discussions sur le premier tour de la présidentielle, la jolie et compétente Sabrina nous a apporté un Rhum Vieux Agricole Clément qui flatte nos papilles mais ne fera pas changer pour autant nos choix du deuxième tour de l'élection.

Les repas au Yacht Club de France sont des moments d'exception.

cliquer ci-dessous pour lire le menu 0555_001 déjeuner YCF 17 170425

Repas de famille avec un Richebourg DRC 1956 lundi, 24 avril 2017

Le dimanche midi du jour du premier tour de l'élection présidentielle, nous allons fêter mon anniversaire en famille. Mes trois enfants sont là, ce qui est un cadeau rare et quatre des six petits-enfants. Il fait beau aussi fait-on des photos de famille dans le jardin. Sous le beau soleil nous buvons la suite du Champagne Krug 2000 en magnum qui est resté strictement dans le même état que la veille. Sa bulle est toujours active, il est aussi vif et cinglant. Il est d'une réelle aristocratie. Nous grignotons du saucisson, des gressins trempés dans un tarama à l'oursin, des copeaux de jambon et des viennoiseries préparées par une de mes petites-filles.

Prendre la suite du Krug pourrait être à haut risque pour un champagne mais le Champagne Philipponnat Clos des Goisses 1980 y arrive avec élégance. Ce champagne est tout en fruits délicats. Je connaissais ce 1980 qui est une grande réussite. Il est au rendez-vous avec plénitude, belle mâche et belle longueur. C'est un champagne ensoleillé et généreux qui se place bien après l'aristocrate Krug.

Nous passons à table où nous attend un gigot cuit à basse température depuis plus d'une journée, dans une marmite emplie de carottes et autres petits légumes. Le Vieux Château Certan Pomerol 1967 avait un niveau presque dans le goulot et son nez très pur m'avait conquis à l'ouverture. Le vin est d'une belle couleur rouge sang. Son nez est délicat et profond à la fois, pur et direct. En bouche c'est un pomerol savoureux, très archétypal. La truffe est là, avec un grain de toute beauté. Ce vin riche mais contenu est idéal.

Le vin qui suit est d'une toute autre espèce. J'ai dans ma cave plusieurs bouteilles de Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1956 et toutes ont des niveaux qui ont baissé. J'avais choisi la plus basse pour l'essayer avec mon fils seul, mais dans l'atmosphère familiale, j'ai pris le risque de servir ce vin pour tous mes enfants. Il a été ouvert trois heures avant qu'il ne soit bu. Le bouchon a sur sa surface sous la capsule une poussière noire qui ne sent pas la terre du domaine comme cela arrive souvent. Elle sent la poussière. Le bouchon est noir et sec, sans aucune exsudation graisseuse. Il est sec sur une moitié et d'un beau liège sur la moitié inférieure ce qui est encourageant. Le nez à l'ouverture est poussiéreux, mais tout indique que les choses vont s'améliorer. Et ce nez que je fais sentir à mon fils est tellement « continien » que nous sourions, ayant tous les deux le même espoir.

Au service maintenant la couleur du vin dans le verre est très claire, d'un rose sale, terreux, ce qui n'est pas très encourageant. A le voir, je crains que mes enfants, surtout mes filles, ne l'acceptent pas. Heureusement, il y a le parfum du vin. Ce vin est une explosion de roses d'abord, enivrantes, puis, c'est le sel de la Romanée Conti, cette signature si caractéristique, qui est là. Je sens bien sûr un peu de vieux, mais rose et sel sont tellement prégnants qu'on oublie tous les défauts. En bouche c'est la même chose. La rose et le sel, surtout le sel pour moi et surtout les roses pour mes filles, sont tellement agréables qu'ils font oublier que le vin est vieux. Je suis persuadé que beaucoup d'amateurs, à la vue du niveau de la bouteille et de la couleur dans le verre, auraient déclaré urbi et orbi que ce vin est mort. Le miracle est pour moi que mes trois enfants adorent ce vin, même ma fille dont on dit en se moquant qu'elle n'aime que les « vins de Ginette ». Quel beau cadeau pour moi de savoir que mes trois enfants ont adoré – ce qui veut dire ont compris – ce vin fragilisé mais porteur de tout ce qui fait l'âme de la Romanée Conti. A chaque gorgée je me dis « mon Dieu pourvu qu'ils comprennent » et chacun de leurs « oh » et de leurs « ah » me fait frissonner de bonheur. Car ce soldat de Richebourg, encore vaillant, se bat pour notre plaisir. Le fruit est sous-jacent dans le bouquet de rose et le finale est très pur. La viande et la semoule aux fleurs se font humbles pour que le vin soit en majesté. Communier en famille avec un vin fragile mais tellement porteur de l'âme de la Romanée Conti, c'est un instant de pur bonheur.

On me fait une farce car sur la reine de Saba les bougies que j'essaie de souffler ne s'éteignent jamais. Le fondant au chocolat et cette reine de Saba ont conclu ce repas illuminé par un Richebourg d'une extrême émotion. Il m'en reste. Trouvons vite des prétextes pour les ouvrir.

les bougies qui ne s'éteignent pas !

Déjeuner au restaurant Laurent mercredi, 19 avril 2017

Nous envisageons avec mon ami Tomo que j'organise un dîner au Japon à l'occasion d'une tournée annuelle à Tokyo du chef et du directeur de son restaurant Garance. Pour cela, bien sûr, il faut en parler en déjeunant. Nous nous retrouvons au restaurant Laurent avec l'espoir de déjeuner dans le jardin, mais un rafraîchissement des températures après une période caniculaire nous oblige d'être à l'intérieur du restaurant. J'arrive en avance pour ouvrir mes vins et qui vois-je au seuil, Christian de Billy, qui va participer à un déjeuner de l'académie des gastronomes, congrégation fondée il y a près d'un siècle par Curnonsky, le prince des gastronomes. Il est rapidement rejoint par d'autres membres et au lieu d'ouvrir mes vins, je bavarde avec les arrivants. J'ouvre toutefois mes vins dont les parfums sont à se damner.

Tomo arrive et je le présente aux académiciens que je connais .Christian de Billy me tend un verre du Champagne Pol Roger sans année que je trouve particulièrement agréable, frais et typé, ce qui est ce qu'on lui demande. Nous passons à table. Le Champagne Krug Clos du Mesnil 1985 de Tomo est d'une couleur très ambrée pour son âge. Aux premières gorgées on sent l'acidité et un manque évident de volume. Nous commandons l'un et l'autre le même menu à la carte : des morilles en entrée pour le Clos du Mesnil , un pigeon pour mon vin rouge et un soufflé pour le liquoreux que j'ai apporté.

La cuisine d'Alain Pégouret est toujours aussi appréciée mais à la carte elle n'est pas orientée vers les vins. Car morilles et asperges qui peuvent s'associer pour un plat ne font pas bon ménage pour les vins et le pigeon ne se conçoit que sans sauce si l'on veut profiter du vin. Mais nous sommes capables de faire le tri et cette cuisine nous ravit.

Le Champagne Krug Clos du Mesnil 1985 connaît avec les morilles une résurrection spectaculaire, comme cela se produirait avec un vin jaune. L'acidité disparaît, le vin retrouve du volume et de la largeur et nous avons devant nous ce qui fait la gloire de cette cuvée miraculeuse du champagne Krug. Ce vin est immense, et la morille prend une mâche gourmande à son contact, titillée par la belle bulle vive et cinglante.

Lorsque j'ai ouvert le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1981, son parfum m'a enthousiasmé. Si l'on veut savoir ce qu'est l'âme de la Romanée Conti, il suffit de sentir ce vin-là. Le niveau était superbe ainsi que la couleur. Au moment où nous le sentons ensemble, Tomo et moi, nous nous regardons car nous savons que nous sommes en face de ce qui fait que la Romanée Conti jouit d'une telle aura. Ce vin est l'archétype des vins du domaine et aussi la signature de la Bourgogne. Il y a tout dans ce vin, la discrétion, la politesse, l'énergie, la salinité, la gourmandise bien contrôlée. Quel bonheur. Avec le pigeon, surtout la cuisse avec la peau, le vin est un régal. J'en verse un verre à Ghislain, le si aimable sommelier, pour qu'il en profite et aussi à un journaliste qui déjeune à la table voisine avec une vigneronne champenoise. Ce vin est un régal, d'un équilibre parfait sans une ombre d'exagération. C'est un velours mais qui n'est pas sensuel. Il est dans la dignité. Et son côté salin le rend gastronomique.

Comme il reste du vin et du champagne nous prenons un saint-nectaire pour le Richebourg et un Reblochon pour le Krug qui créent de beaux mariages.

Tomo a apporté un Suntory Tomi No Oka Winery Tomi 2003 Noble d'Or. A l'aveugle je suis bien incapable de trouver d'où il vient. Ce vin doux et liquoreux est fortement typé réglisse et évoque un peu les vins de Chypre. Il ne titre que 9° mais il est puissant. Pour le soufflé il vaut mieux prendre le Château d'Yquem 1981 en demi-bouteille que j'ai apporté, vin fort agréable et joyeux, très caractéristique d'Yquem mais à qui il manque vingt ans pour que nous nous pâmions. Il a trente-six ans mais je ne peux pas m'y faire, c'est trop jeune pour moi.

Nous avons défini un programme japonais qui était l'objet du déjeuner et nous avons rejoint les solides gastronomes après leur banquet. Ces académiciens sont insatiables car nous avons trinqué avec un Cognac Alfred Morton Family Reserve extrêmement agréable, avec un caramel bien contrôlé qui m'a rappelé des cognacs Hardy centenaires qui ont enchanté ma jeunesse.

Il se passe toujours quelque chose au restaurant Laurent.

Deux vins sublimes dans le sud samedi, 15 avril 2017

Dans le sud, notre fille cadette vient nous rejoindre pour Pâques. Elle est d'humeur, comme moi, à boire bien. J'ouvre un Champagne Dom Pérignon 1983. Le pschitt est très sensible à l'ouverture du bouchon. Dans des verres à vins de bonne dimension le parfum qui s'exhale est d'une puissance et d'un charme qui surprennent. La couleur du champagne est d'un ambre presque rose, évoquant un peu la peau d'une pêche dorée. En bouche, le premier contact est comme un coup de massue. Je m'attendais à du grand et je suis face à de l'exceptionnel. Il a un charme et un romantisme qui sont confondants. Mais il a aussi de la puissance, des fruits rouges esquissés, et la douceur de confitures de fruits rouges. C'est le premier contact. Ensuite le charme, le romantisme et la douceur s'installent. On est face à un champagne de pur plaisir. Ce n'est que plus tard qu'apparaîtra le caractère vineux. Chaque gorgée de ce champagne est vécue comme un cadeau que nous fait la nature.

La poutargue est ce qui convient le mieux à ce champagne plus que l'anchoïade et la tapenade. On se régale. C'est amusant qu'à la première gorgée nous nous sommes regardés, ma fille et moi, avec une connivence qui signifiait le privilège de boire un champagne aussi accompli et parfait.

Pour le gigot d'agneau bio cuit à basse température et accompagné d'une semoule aux fleurs fraîches, j'ouvre au dernier moment une Côte Rôtie La Mouline Guigal 1996. Le niveau est si haut dans la bouteille qu'en tirant le bouchon, la dépression fait gicler du vin. La couleur du vin est foncée, presque noire. Le nez est intense et puissant, comme un vin de l'année. En bouche, le vin combine étonnamment la puissance et la fluidité. Le vin est fort mais frais. Il est d'une précision diabolique et nous sommes d'avis, ma fille et moi que les deux vins de ce repas sont des 100 points Parker, si l'on veut par-là exprimer qu'ils sont parfaits. Et cela bouscule beaucoup d'idées reçues, car la Mouline a plus de vingt ans et a la puissance d'un vin de cinq ans tout en ayant le velours et le charme d'un vin de quarante ans. Il reste un peu des deux vins à vérifier demain. Mais la fraîcheur, le charme et l'équilibre des deux vins de ce soir sont confondants.

Le lendemain, sur des coquilles Saint-Jacques, le champagne qui a perdu un peu de bulles, est toujours aussi glorieux et joyeux. Les fruits évoqués sont jaunes, la noix est présente mais c'est dû à la coquille et le caractère vineux est plus prononcé. Toujours puissant et de belle longueur ce champagne est hors normes. Sur les coraux des coquilles, la Côte Rôtie est puissante. Elle n'a plus la même vivacité mais elle a l'ampleur d'un grand vin, créant un accord divin avec les coraux. Ce qui me plait beaucoup, c'est qu'apparaît en fin de bouteille la fraîcheur mentholée que j'aime tant. Un vin puissant, aux accents de garrigue, qui dans le finale offre tant de fraîcheur mentholée, que demander de plus ? On est au ciel.

Un témoignage à la suite de la 27ème séance de l’académie des vins anciens lundi, 3 avril 2017

Ayant reçu beaucoup de témoignages et de remerciements pour la 27ème séance de l'académie des vins anciens, j'ai choisi d'en publier un, d'un des membres les plus généreux de l'académie. Le voici :

 

Merci pour cette merveilleuse 27ème séance et merci de votre générosité car inclure un Echezeaux du domaine de la Romanée Conti ainsi qu'un Yquem pour chacune des tables était un grand cadeau.

Il est d'ailleurs triste que certains prirent part à un élan de critique car ils trahissent de ce fait votre premier commandement : "on ne juge pas un vin, on essaye de le comprendre". Il est parfaitement normal de déguster des vins faibles car l'esprit de l'Académie est donner une chance à des vins anciens qui méritent d'être ouverts plutôt que d'être condamnés à l'évier. Dès lors, l'Académicien trouve son plaisir dans la découverte et surtout dans une prise de recul finale. Nous avons eu l'occasion de boire plus d'une vingtaine de vins anciens. Qui pourrait se targuer d'une si belle et opulente dégustation pour un prix si accessible ? De plus, nous jouissons d'un repas, dans un cadre magnifique et dans une ambiance des plus conviviales. En tant qu'amateur, je participe régulièrement à des dégustations et rien n'égale l'Académie des Vins Anciens...

A notre table (table 2), même si nous avons noté 2 ou 3 vins faibles (mais qui offraient néanmoins un beau témoignage), nous avons partagé de très beaux vins dont certains exceptionnels. Je retiens notamment :

Le Riesling domaine Schlumberger 1989 était superbe, sans trace d'âge, avec une belle droiture et un beau fruit.

Le Beaune blanc Bouchard des années 60 était intense et profond et n'a cessé de s'améliorer tout au long du repas.

Le Condrieu Philippe Pichon 1992 était une petite merveille de charme et de rondeur. Qui pourrait croire que le cépage Viognier vieillisse aussi bien ?

Le Chambolle Musigny Thorin 1966 est le grand gagnant de la soirée tant ce vin était merveilleux, un vin de velours. J'ai eu la chance de gouter le Chambolle Musigny 1934 qui lui était supérieur...

Le Beaune rouge L. Chemardin 1960 a eu un peu de mal à passer après le Chambolle Musigny mais j'ai bien fait de conserver mon verre jusqu'à la fin car toute la Bourgogne était là, en force et en douceur.

L'Echezeaux du domaine de la Romanée Conti fût un moment de recueillement. Si le nez végétal détonnait par rapport aux vins précédents (jeunesse oblige), la bouche était un pur raffinement avec une finale de grande gourmandise où j'ai perçu la framboise salée écrasée. J'ai conservé mon verre jusqu'à la fin, le vin se bonifiant et s'élargissant pour mon plus grand plaisir.

 

Le moment le plus intense de la soirée fût l'enchaînement magique du Royal Kébir Rosé probablement de 1945, le Royal Kébir Rouge 1942, le vin Jaune Château de l'Etoile 1969 et le Cabernet d'Anjou Rosé 1968. Ces 4 vins ont donné le meilleur d'eux-mêmes, dans une typicité unique qui évitait toute comparaison ou rapprochement avec d'autres styles de vin. La complémentarité entre le Royal Kébir Rosé et le Royal Kébir Rouge était émouvante. Des évocations similaires de café et de fumée mais une trame doucereuse pour le Rosé alors que le Rouge était grand, complexe, conquérant et débordant de vie !! Le vin Jaune était ensuite d'un rafraichissement saisissant tant il explosait de noix et de champignon frais. Enfin, le Cabernet d'Anjou Rosé fût une véritable surprise, jouant sur un registre très original. Un vin d'étonnement.

 

Que dire enfin des deux derniers vins : l'Yquem 1991 et le Tokaji Eszencia Aszu 1988, qui ont conclu brillamment cette dégustation. L'Yquem jouait sur la finesse et la légèreté, un vin d'une grande pureté. Le Tokaji jouait sur une fraicheur insoupçonnée qui le rendait extrêmement digeste (notamment lorsque l'on sait que le Tokaji Eszencia est le plus sucré des Tokaji). Deux vins superbes !!!

C'est pour moi une séance mémorable, comme le furent les précédentes.

Merci !!!

Amitiés,

 

Ce témoignage est important pour moi car il s'inscrit exactement dans la démarche que j'ai voulu initier avec l'académie des vins anciens. C'est moi qui dis merci.

27ème séance de l’Académie des Vins Anciens samedi, 1 avril 2017

La 27ème séance de l'Académie des Vins Anciens se tient au restaurant Macéo dans la belle salle du premier étage. Nous sommes 38 académiciens répartis en trois tables et nous allons partager l'équivalent de 58 bouteilles dont 51 de ma cave. J'ai choisi d'être le fournisseur quasi exclusif de cette réunion car lors des précédentes réunions, la gestion logistique des apports de chacun m'a posé d'énormes problèmes, tant les consignes que je donnais n'étaient pas respectées. Cette réunion a pour vocation d'être une « respiration » avant de reprendre le cours normal des choses, l'esprit de l'académie étant que chaque académicien apporte un vin ancien.

Si le nombre de vins excède celui du nombre de convives c'est pour tenir le compte d'éventuelles contreperformances de certains vins. J'ai prévu en effet d'ajouter quelques bouteilles de bas niveau ou incertaines, car il faut aussi leur donner la chance de briller. Pour couper court à toute contestation éventuelle de mes choix j'ai ajouté à chaque groupe une bouteille d'un Echézeaux du domaine de la Romanée Conti et une bouteille d'Yquem. L'expérience a montré que cette générosité ne m'a pas vacciné contre les critiques qui sont une caractéristique d'une partie de ce groupe gaulois.

Les vins sont répartis entre ceux de l'apéritif servis à tout le monde, puis à chacun des groupes.

Apéritif : 1 - Champagne Le Brun de Neuville sans année, 2 - Champagne Charles Heidsieck brut réserve mis en cave en 1997, 3 - Espumante 130 Casa Valduga Bento Gonçalvès Brésil sans année, 4 - Champagne Ayala Brut années 50,

Vins du Groupe 1 : 5 - Champagne Perrier Jouët 1955, 6 - Coteaux Champenois Blanc de Blancs Pol Roger années 90, 7 - Domaine Schlumberger Pinot Blanc 1991, 8 - Tokay D'Alsace Pinot Gris Coperative d'Orschwiller 1984, 9 - Meursault MM. Thévenot 1957, 14 - Beaune 1er Cru Clos Saint Landry Bouchard Père et Fils 1937, 10 - Pouilly illisible années 20, 11 - Château Meyney double magnum 1967, 12 - Pommard producteur inconnu 1955, 13 - Chambolle Musigny A. R. Barrière frères 1934, 15 - Nuits Saint Georges 1937, 16 - Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2002, 17 - Champagne Veuve Clicquot Rare Rosé Vintage 1985, 18 - Kébir rosé Frédéric Lung Alger #1947, 19 - Vin jaune Château de l'Etoile 1969, 20 - Anjou Supérieur Coteaux du Layon Ackermann Laurance 1936, 21 - Château d'Yquem 1991, 22 - Tokaji Eszencia Aszu 1988.

Vins du Groupe 2 : 5 - Coteaux Champenois Blanc de Blancs Pol Roger années 90, 6 - Domaine Schlumberger Riesling des Princes Abbés 1989, 7 - Beaune du Château blanc Bouchard Père & Fils années 60, 8 - Condrieu Philippe Pichon 1992, 9 - Château Lagrange 1933, 10 - Château Meyney double magnum 1967, 11 - Chambolle Musigny Thorin 1966, 12 - Beaune L. Chemardin négociant vers 1930 , 13 - Vosne-Romanée maison Champy 1957, 14 - Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2002, 15 - Royal Kebir Frédéric Lung 1942, 16 - Kébir rosé Frédéric Lung Alger #1947, 17 - Vin jaune Château de l'Etoile 1969, 18 - Cabernet d'Anjou rosé Compagnie Vinicole de Thouarcé 1968, 19 - Château d'Yquem 1991, 20 - Tokaji Eszencia Aszu 1988.

Vins du Groupe 3 : 5 - Coteaux Champenois Blanc de Blancs Pol Roger années 90, 6 - Domaine Schlumberger Riesling des Princes Abbés 1989, 7 - Sancerre Le Paradis Blanc Vacheron 1982, 8 - Chassagne Montrachet Les Embrazées 1er Cru Bernard Morey et Fils 1991, 9 - Vin du Valais de Rèze 1977, 10 - Beaune du Château blanc Bouchard Père & Fils années 60, 11 - Vin algérien blanc 1983, 12 - Château Coustolle Canon Fronsac 1982, 13 - Château Meyney double magnum 1967, 14 - Beaune L. Chemardin négociant vers 1960 , 15 - Clos Vougeot Jean Confuron 1947, 16 - Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2002, 17 - Kébir rosé Frédéric Lung Alger #1947, 18 - Vin jaune Château de l'Etoile 1969, 19 - Château d'Yquem 1991, 20 - Tokaji Eszencia Aszu 1988.

Chaque table a pu goûter à 20 ou 22 vins. Pour l'ouverture des vins j'arrive avant 16 heures au restaurant, rapidement rejoint par un puis deux puis trois amis qui m'aident à ouvrir les vins. Il fait une température d'été. Je ne sais pas si le brusque changement climatique explique le phénomène que nous constatons, de bouchons qui baissent dans le goulot au moment où l'on enlève la capsule, comme aspirés par une dépression. La fréquence d'apparition de ce phénomène est inhabituelle.

Comme toujours nous rencontrons des bouchons qui résistent, qui s'émiettent, et par deux fois, qui tombent dans le vin. Pour soutenir le moral des travailleurs, l'un des amis a apporté un Champagne Veuve Clicquot sans année des années 70, d'un jaune d'or clair et d'un goût joyeux de fruit doré, gorgé de soleil. C'est un très beau champagne qui donne du cœur à l'ouvrage. Un autre ami a apporté un original riesling pétillant, un Crémant d'Alsace Cuvée Hansi Riesling pétillant assez étrange à boire car je n'ai aucun repère, plaisant car énigmatique sans véritable séduction.

Tout le monde est ponctuel et nous prenons l'apéritif debout. Le Champagne Le Brun de Neuville sans année est trop dosé et sans vibration. Le Champagne Charles Heidsieck brut réserve mis en cave en 1997 est servi de trois bouteilles dont une bouchonnée. Les bouteilles sans défaut délivrent un champagne frais, agréable à boire, facile à vivre. Le Espumante 130 Casa Valduga Bento Gonçalvès Brésil sans année avait été offert par une jolie académicienne brésilienne aux yeux de braise. Ce pétillant est une heureuse surprise car je n'attendais pas qu'il ait autant de vivacité.

La belle surprise, c'est le Champagne Ayala Brut années 50 qui a beaucoup de caractère et de plaisir, avec une belle robe d'une or clair et un message joyeux de champagne à maturité. Il est simple mais chaleureux.

Nous passons à table est le menu est : magret de canard fumé au hêtre, chutney de pomme et raisin / Saint-Jacques de la côte normande saisies, purée de panais et réduction de grenade / carré d'agneau rôti au romarin, déclinaison de romanesco / fromages nombreux et variés apportés par de nombreux académiciens / amandine aux poires, caramel et fleur de sel. Ce menu est tout à fait adapté à la profusion de vins et bien exécuté.

Je suis dans le groupe 1. N'ayant pas pris de notes et occupé par la gestion de l'événement, les commentaires que je ferai seront succincts. Ils donneront plus l'ambiance de la dégustation.

Le Champagne Perrier Jouët 1955 est d'une bouteille qui a perdu un tiers de son volume et rien à la dégustation ne laisse penser qu'il pourrait y avoir un défaut. Le vin est très agréable et a beaucoup de caractère. C'est un grand champagne.

Le Coteaux Champenois Blanc de Blancs Pol Roger années 90 est un vin tranquille mais qui offre des sensations de pétillant. Il est assez simple et ne me séduit pas particulièrement.

Le Pinot Blanc Domaine Schlumberger 1991 est très original, précis, de belle séduction. C'est intéressant de l'associer au Tokay D'Alsace Pinot Gris Coperative d'Orschwiller 1984 qui a lui aussi beaucoup de fraîcheur et de précision. Les alsaces sont peu souvent présents à l'académie depuis que Jean Hugel n'est plus des nôtres, et j'ai voulu réparer ce manque.

Le Meursault MM. Thévenot 1957 me surprend énormément. C'est un des vins dont le bouchon est tombé dans la bouteille, qu'il a fallu carafer puis filtrer pour le reverser dans sa bouteille. Il a donc été remué plus qu'il ne faudrait et il s'exprime avec une pertinence et une énergie remarquables. C'est un vin de gastronomie.

Le Beaune 1er Cru Clos Saint Landry blanc Bouchard Père et Fils 1937 apporté par un ami est ambré et manque un peu de précision. On le boit comme un témoignage intéressant.

Le Pouilly illisible des années 20 est peut-être plus vieux encore. Il est passionnant car il nous entraîne dans le monde des blancs secs séculaires. Son acidité citronnée et sa vivacité me plaisent beaucoup. Il y a une émotion avec ces vins qui est palpable.

Ce qui a impressionné tout le monde à ma table c'est l'extrême diversité des vins blancs que nous avons bus, avec des saveurs qui partent dans toutes les directions. Aucun vin n'était véritablement blessé et ce qui est fascinant, c'est la diversité de goûts de cette dégustation éclectique.

Le Château Meyney double magnum 1967 avait un niveau dans le goulot et un bouchon d'une grande qualité, la bouteille ayant été reconditionnée par Cordier dans les années 90. Le vin est d'une belle pureté. J'aime beaucoup Meyney qui n'a pas la reconnaissance qu'il mériterait. Il a des accents truffé. Son parfum à l'ouverture et au service était entraînant.

Je suis un peu déçu par le Pommard producteur inconnu 1955 car il fait partie d'un lot de bouteilles étiquetées à la main de mentions succinctes qui m'ont toujours donné de belles surprises. Le vin est agréable, mais j'en attendais un peu plus.

Le Chambolle Musigny A. R. Barrière frères 1934 en revanche est probablement l'une des plus belles bouteilles de ce dîner, avec une jeunesse et une vivacité géniales. C'est la Bourgogne telle qu'on l'aime.

Le Nuits 1937 apporté par un ami est lui aussi un beau témoignage bourguignon.

J'ai apporté pour notre académie trois Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2002 et j'ai demandé que le service du vin aux tables soit fait de telle façon que nous en profitions tous ensemble. A l'ouverture les parfums étaient d'une subtilité gracieuse et magique et les bouchons superbes. Celui que je bois, mais les trois sont identiques, est tout en subtilité et suggestion, vin élégant qui distille ses notes raffinées. Comme il est servi sur les fromages, les conditions de dégustation ne lui rendent pas l'hommage qu'il mériterait. Mais quel beau vin !

Le Champagne Veuve Clicquot Rare Rosé Vintage 1985 est parfait, rosé de grande classe.

Le Kebir rosé Frédéric Lung Alger #1947 est un vin qui peut surprendre car il est dans une gamme de goûts que l'on ne pratique pas souvent. Il a un peu de fumé, de café, il est riche en alcool et se montre séduisant si l'on entre dans son jeu si inhabituel.

Le Vin jaune Château de l'Etoile 1969 est le même que celui que j'avais ouvert aux Crayères avec les dirigeants des champagnes Lanson. Il y en a un par table. C'est un vin jaune puissant à la longueur infinie qui explose de noix avec une persistance aromatique inouïe.

Je ne me souviens plus de l'Anjou Supérieur Coteaux du Layon Ackermann Laurance 1936 et c'est dommage car la bouteille méritait qu'on s'y intéresse.

Le Château d'Yquem 1991 est un Yquem discret mais qui a maintenant avec ses 25 ans une jolie rondeur et une belle persistance aromatique. Il n'est pas pesant ce qui le rend frais et agréable.

Le Tokaji Eszencia Aszu 1988 est un Eszencia qui n'est pas trop sucré. Il est frais, agréable et se boit beaucoup mieux que lorsqu'il avait une quinzaine d'années.

J'ai eu l'occasion de boire quelques vins des autres tables dont les vins apportés par quelques amis. Le Vin du Valais de Rèze 1977 est très original car avec lui aussi on a peu de repères. Il est très profond comme certains vins de Savoie. Le Vin algérien blanc 1983 est une belle surprise, plus frais et léger qu'un Kebir rosé. Le Royal Kebir Frédéric Lung 1942 d'un ami qui voulait me faire plaisir est magique. J'adore ces vins avec de pointes fugaces de café.

A ma table l'ambiance était attentive mais aussi très enjouée. La diversité des blancs et la performance de quelques bourgognes nous a ravis. Pour beaucoup, le vin de la Romanée Conti était une première. A une autre table des académiciens ronchons n'ont pas aimé les vins. Souvent il suffit d'un amateur qui critique pour que toute la table suive la même voie. Je suis allé goûter à leur table les vins qu'ils critiquaient qui ne me rebutaient pas du tout même si un ou deux paraissaient faibles. Comme il n'y a pas de palais universel, une différence de sensibilité est tout-à-fait possible, et un parti pris n'est pas à exclure. Des témoignages recueillis après le dîner m'ont conforté. Il s'agit d'une très belle séance de l'académie qui a permis d'accueillir beaucoup de nouveaux amateurs, surpris de la vivacité des vins d'âges canoniques.

Les vins des travailleurs bus entre déboucheurs de bouteilles : Veuve Clicquot années 70 Crémant d'Alsace Cuvée Hansi Riesling pétillant les champagnes les vins du groupe 1 : Champagne Perrier Jouët  1955 Coteaux Champenois Blanc de Blancs Pol Roger années 90 Domaine Schlumberger Pinot Blanc 1991 Tokay D'Alsace Pinot Gris Coperative d'Orschwiller 1984 (année supposée) Meursault MM. Thévenot 1957 Beaune 1er Cru Clos Saint Landry Bouchard Père et Fils 1937 Pouilly illisible années 20 Château Meyney double magnum 1967 Pommard   producteur inconnu 1955 Chambolle Musigny A. R. Barrière frères 1934 Nuits Saint Georges 1937 Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2002 Champagne Veuve Clicquot Rare Rosé Vintage  1985 Kébir rosé Frédéric Lung Alger #1947 Vin jaune Château de l'Etoile 1969 Anjou Supérieur Coteaux du Layon Ackermann Laurance  1936 Château d'Yquem  1991 Tokaji Eszencia Aszu  1988 photo de famille prise dans ma cave des vins du groupe 1 (seuls mes apports sont sur la photo car les autres vins ont été apportés le jour même) (idem ci-dessous pour les deux autres groupes) Les vins du groupe 2 Coteaux Champenois Blanc de Blancs Pol Roger années 90 Domaine Schlumberger Riesling des Princes Abbés 1989 Beaune du Château blanc Bouchard Père & Fils années 60 Condrieu Philippe Pichon 1992 Château Lagrange 1933 Château Meyney double magnum 1967 (on lit : 2 litres 96) Chambolle Musigny Thorin 1966 Beaune L. Chemardin négociant vers 1930 Vosne-Romanée maison Champy 1957 Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2002 Royal Kebir Frédéric Lung 1942 Kébir rosé Frédéric Lung Alger #1947 Vin jaune Château de l'Etoile 1969 Cabernet d'Anjou rosé Compagnie Vinicole de Thouarcé 1968 Château d'Yquem  1991 Tokaji Eszencia Aszu  1988 Les vins du groupe 3 Coteaux Champenois Blanc de Blancs Pol Roger années 90 Domaine Schlumberger Riesling des Princes Abbés 1989 Sancerre Le Paradis Blanc Vacheron  1982 Chassagne Montrachet Les Embrazées 1er Cru Bernard Morey et Fils 1991 Vin du Valais de Rèze  1977 Beaune du Château blanc Bouchard Père & Fils années 60 Vin algérien Médéa blanc 1983 Château Coustolle Canon Fronsac 1982 Château Meyney double magnum 1967 Beaune L. Chemardin négociant vers 1960 Clos Vougeot Jean Confuron 1947 Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2002 Kébir rosé Frédéric Lung Alger #1947 Vin jaune Château de l'Etoile 1969 Château d'Yquem  1991 Tokaji Eszencia Aszu  1988 un des groupes avait un Chateau Soutard 1962. Je ne sais pas lequel les bouchons des trois Echézeaux DRC dans une assiette de débris les plats

Verticale exhaustive des « quilles » du champagne Lanson et déjeuner aux Crayères samedi, 25 mars 2017

Lors d'une récente visite à l'hôtel Les Crayères à Reims, lorsque je suis allé au bar avant un repas auquel je devais me rendre, quelqu'un de l'hôtel, était-ce un sommelier, a proposé de me présenter à un vigneron qui est assis à une table avec plusieurs personnes. Nous nous présentons. Philippe Baijot est président des champagnes Lanson. Je lui dis que dans ma famille, Lanson jouissait dans les années 50 d'une grande notoriété et on le retrouvait sur la table de mes grands-parents. Je signalai aussi que tout récemment, nous avions ouvert avec des amis des Lanson Red Label dont le 1971 et le 1961.

Cette introduction lui plaisant, Philippe Baijot m'invita à venir le rejoindre au siège de sa maison de champagne pour une dégustation extensive des champagnes qui ont utilisé la forme de quille si caractéristique de cette maison. Des mails se sont échangés et le jour dit je me présente au siège de la maison Lanson à Reims.

Le hall d'entrée présente des évocations d'un passé prestigieux et des touristes étrangers, surtout asiatiques, écoutent les explications. Marie-Albane d'Utruy me conduit directement dans la salle de dégustation puisque j'ai déjà fait la visite des chais il y a trois ans. Hervé Dantan, le maître de chais qui va conduire la dégustation me rejoint dans cette salle sombre entourée des impressionnantes cuves de stockage et de maturation. Seule la table est éclairée du plafond, formant un halo de lumière central.

Hervé va chercher les flacons, tous des quilles (c'est la seule fois où j'accepte qu'on utilise le mot quille car lorsqu'un amateur de vin utilise ce mot quille, ça me choque autant que lorsqu'on me dit que j'ai travaillé dans la ferraille, alors que les sociétés que je dirigeais vendaient de l'acier). Il y a face à nous, bien alignés, treize flacons, soit cinq magnums et huit bouteilles. Dix flacons ont été ouverts et dégorgés le matin même, et trois bouteilles ont encore leur bouchon et leur muselet car il s'agit de bouteilles dont le dégorgement est d'origine, c'est-à-dire fait au moment de leur commercialisation.

Je constate que certains niveaux sont assez bas. Il se peut que ces bouteilles aient été bues auparavant mais la fraîcheur lors de la dégustation montre qu'il s'agit de bouteilles ouvertes tout récemment. Pour trois années, nous allons comparer le champagne en magnum et en bouteille de dégorgement sur l'instant ainsi que la bouteille au dégorgement d'origine. Pour deux autres années où il n'y a pas en stock de bouteilles au dégorgement d'origine nous ne boirons que magnum et bouteille au dégorgement sur l'instant. L'alignement est impressionnant.

Marie-Albane voudrait nous laisser seuls mais Hervé fort aimablement lui permettra de goûter quelques-uns de ces trésors. Nous avons devant nous les seules années où les bouteilles en forme de quilles ont été utilisées, 1975, 1971, 1969, 1966 et 1964.

Les vins de tous ces champagnes sont à 51-52% pinot noir et 48-49% chardonnay, et sont tous des grands crus. Nous commençons par le Champagne Lanson dégorgement sur l'instant magnum 1975 et le Champagne Lanson dégorgement sur l'instant bouteille 1975. Au nez, on sent tout de suite que la bouteille a vieilli plus vite ce qui paraît assez logique. Nous verrons plus tard que la logique ne sera pas toujours respectée.

Le Champagne Lanson dégorgement sur l'instant magnum 1975 est gourmand, très pâtisserie. Il est complexe et d'une belle précision. Le Champagne Lanson dégorgement sur l'instant bouteille 1975 est plus évolué mais gourmand. Le magnum est plus vif, pâtisserie, craie et minéral. La bouteille est plus gastronomique car plus évoluée et réclamerait un plat pour s'exprimer. Les deux vins se caractérisent par précision et noblesse.

Pour le millésime 1971 nous avons les trois versions. Le Champagne Lanson dégorgement sur l'instant magnum 1971 a un nez plus pointu et plus noble. La matière est superbe, florale et je sens une pointe végétale d'anis et de fenouil. Le Champagne Lanson dégorgement sur l'instant bouteille 1971 a un nez de champignon frais. En bouche ça va, mais les notes de champignon et de sous-bois limitent l'amplitude du champagne. Le Champagne Lanson dégorgement d'origine bouteille 1971 a un rythme très dansant. C'est un vin très rond, mais marqué aussi d'un peu de champignon. Le magnum est superbe de jeunesse. Champagne très grand, il a la fraîcheur, la précision et une belle minéralité. La bouteille devient meilleure, avec des évocations salines d'huître. Le vin est tendu et strict mais il y a quand même le champignon dans le finale. La bouteille au dégorgement d'origine n'est pas parfaite. Il faut peut-être attendre qu'elle se reconstitue. On note cependant une petite pointe de bouchon qui fait douter de son retour à l'excellence.

Pour le millésime 1969 nous avons aussi les trois versions. Le Champagne Lanson dégorgement sur l'instant magnum 1969 a un nez qui très semblable à celui du 1971 magnum. C'est le champagne parfait. Dès le premier contact, il est parfait. Il a tout pour lui. Il combine la tension et la douceur. Je note : « c'est le gendre idéal ». Il a des fleurs blanches et il est gourmand. Le Champagne Lanson dégorgement sur l'instant bouteille 1969 est une très belle bouteille, avec une belle tension. Pour moi il serait presque meilleur que le magnum. Le Champagne Lanson dégorgement d'origine bouteille 1969 est assez intéressant mais on ressent l'âge. De plus il est un peu champignonné. Le magnum est plus vif et la bouteille au dégorgement sur l'instant est plus sexy et plus large. Je préfère la bouteille au magnum parce que j'aime les vins plus évolués. Hervé est plus hésitant sur cette préférence. La bouteille au dégorgement d'origine montre des notes liégeuses qui la condamnent.

Pour le millésime 1966 nous avons aussi les trois versions. Le Champagne Lanson dégorgement sur l'instant magnum 1966 a une couleur particulièrement claire, signe de jeunesse. Cette couleur est incroyable. Le nez du magnum est fabuleux. Il est inutile de décrire ce parfum car c'est la perfection absolue, l'archétype du parfum parfait ou du parfait parfum. Il est tout en finesse et équilibre, tout simplement immense. L'attaque est belle, le champagne est floral avec de petits fruits jaunes, mais il est trop strict. C'est un champagne qui n'est pas sexy et qui ne se livre pas, la bouche ne suivant pas la magie du nez.

Le Champagne Lanson dégorgement sur l'instant bouteille 1966 est bouchonné. Curieusement j'avais dû utiliser mon tirebouchon pour retirer le bouchon provisoire mis ce matin, qui s'est cassé au moment où Hervé a voulu servir ce champagne. Le nez de bouchon ne se retrouve pas en bouche mais le vin n'est pas parfait.

Le Champagne Lanson dégorgement d'origine bouteille 1966 a un nez plus grand que celui de ses conscrits et il n'a pas de signe de vin passé. Il est gourmand, joyeux, fruité, au finale un peu amer mais sans que cela gêne. C'est un très joli champagne ancien. Fort curieusement le nez du magnum si extraordinaire se referme.

Entretemps, le magnum de 1969 est repassé dans mes classements devant la bouteille.

Pour l'année 1964 il n'y a que les deux bouteilles de dégorgement sur l'instant. Les couleurs des deux champagnes sont très belles et très claires. Le Champagne Lanson dégorgement sur l'instant magnum 1964 a un nez très floral. Ce nez est superbe. La bouche est brillantissime. C'est à mon avis, partagé par Hervé, de loin le gagnant de cette verticale. Le finale est de fruits roses. C'est le plus abouti de tous les vins et le finale le plus beau. Il a une grande fraîcheur, il est romantique, avec des évocations de groseilles blanches. Son finale est unique par rapport aux vins des années précédentes.

Très curieusement, le Champagne Lanson dégorgement sur l'instant bouteille 1964 est strictement identique au magnum avec un nez plus discret mais une bouche que je trouve encore plus aboutie.

Le classement final sera : 1 - Champagne Lanson dégorgement sur l'instant bouteille 1964, 2 - Champagne Lanson dégorgement sur l'instant magnum 1964, 3 - Champagne Lanson dégorgement sur l'instant magnum 1969, 4 - Champagne Lanson dégorgement sur l'instant bouteille 1969, 5 - Champagne Lanson dégorgement d'origine bouteille 1966, 6 - Champagne Lanson dégorgement sur l'instant magnum 1966. Les 1964 sont très au-dessus des autres champagnes car ils n'ont pas les amers aussi prégnants que ceux des vins plus jeunes.

J'ai particulièrement apprécié cette verticale pour plusieurs raisons. Pour moi, la décennie la plus passionnante en champagne est celle des années 60. Dans cette décennie, je classe 1964 et 1966 en haut, avec deux personnalités très différentes, puis il y a 1969, 1962 et 1961 toutes intéressantes. J'ai donc pu aborder des vins que j'aime. Je suis un peu étonné que les vins de dégorgement d'origine ne se soient pas mieux comportés et je me demande s'il n'y a pas un problème de conservation qui est apparu à un moment ou à un autre dans les caves de Lanson, de température ou d'hygrométrie. Il est aussi à noter que les amers sont plus importants dans les plus jeunes vins comme 1971 et 1975. On a donc bien fait de boire les vins dans l'ordre du plus jeune au plus ancien.

Il faut décider de ce que nous apporterons à table puisqu'un déjeuner est prévu avec le président, Hervé et moi. Ayant le choix je retiens Champagne Lanson dégorgement sur l'instant bouteille 1964, Champagne Lanson dégorgement sur l'instant magnum 1964, Champagne Lanson dégorgement d'origine bouteille 1966 et Hervé se souvient qu'en 2013 lors d'une autre dégustation ici-même, j'avais retenu les 1964.

Nous nous rendons à l'hôtel Les Crayères et nous allons directement au restaurant sans faire d'arrêt par le bar car ce que nous avons bu représente un apéritif consistant.

Nous choisissons le menu « La Découverte » qui comporte : asperges vertes et couteaux cuits à l'eau de mer, champignons roulés dans un dashi au beurre de salicorne / cabillaud de ligne à la vapeur d'agrumes, radis et betteraves multicolores au poivre Timut / magret de canard doré au sautoir, pomme fondante et duxelles de morilles / chaource foisonné à l'huile de noisette, coulis de cresson, dés de brioche craquante / soufflé chaud au praliné amandes, sorbet et confit de citron.

J'ai apporté un vin à partager avec mes hôtes pour montrer les ponts qui peuvent exister entre les saveurs et les énergies des champagnes et d'autres vins. Philippe Jamesse me demande si je veux faire découvrir le vin à l'aveugle mais comme je vois qu'il y a des champignons dès le premier plat, je préfère que nous buvions le vin à découvert. C'est un Vin Jaune Château l'Etoile JH. Vandelle & Fils 1969 dans une jolie bouteille clavelin. Les quatre vins sont donc servis ensemble. Il est absolument fascinant de voir à quel point le vin jaune élargit les champagnes lorsqu'on les boit juste après avoir bu une goutte de vin jaune. Celui-ci est particulièrement puissant et de forte personnalité. Il est incroyablement imprégnant mais sait aussi se faire gastronomique. Sur toutes les saveurs secondaires comme les champignons, il est merveilleux, à la longueur infinie. Et les champagnes en profitent. La couleur du vin jaune est la plus dorée des quatre vins.

Déjà, tout naturellement, les champagnes à table ont pris une largeur qu'ils n'avaient pas en cave car la superbe cuisine de Philippe Mille leur donne plus de personnalité. J'avais demandé à Philippe Jamesse de changer le fromage pour un plat qui conviendrait mieux au vin jaune et nous avons eu la chance et la bonne surprise d'avoir un saint-nectaire farci de noix de Pécan puis des champignons et gnocchis au vin jaune. L'accord fut à se damner. Qu'il est agréable d'avoir un restaurant où la cuisine est aussi réactive. Les trois champagnes ont été parfaits, aux robes beaucoup plus dorées qu'elles ne l'étaient en cave, ce qui a fait rêver le jeune japonais qui mangeait seul à la table voisine. L'harmonie des quatre vins bus ensemble était totale. Et mes hôtes ont pu constater à quel point le vin jaune est comme la perche qui propulse le sauteur à la perche. Il apporte un supplément d'énergie.

J'avoue que j'étais sur un petit nuage de participer à une telle expérience gastronomique avec des vins de cette qualité.

Tout fut parfait, depuis cette exploration d'une période bénie pour les champagnes Lanson jusqu'à ce repas d'une grande harmonie. Grand merci à la générosité des dirigeants du champagne Lanson.

le bouchon du Lanson 1971 dégorgement d'origine avec Hervé Dantan on voit les couleurs des champagnes, plus dorées qu'en cave et le vin jaune est au premier plan

Déjeuner au restaurant de Guy Savoy mercredi, 22 mars 2017

Des amis du sud ont envie de découvrir le restaurant de Guy Savoy à l'hôtel de la Monnaie. Nous sommes quatre à déjeuner. Devant organiser un dîner dans une dizaine de jours en ce même lieu, j'arrive avec ma femme un peu plus tôt pour discuter du menu avec Guy Savoy. Il a déjà réfléchi au menu avec Sylvain le très compétent sommelier et nous discutons de façon très ouverte, les propositions de changer l'ordre des vins donnant lieu à des échanges passionnants. Guy suggère que nous goûtions à midi des plats prévus pour le prochain dîner.

Etant en avance je discute avec Sylvain des vins de ce déjeuner et nous tombons facilement d'accord. Les amis arrivent alors que tout est déjà en route mais ils me font confiance.

Le menu sera : surprise de homard / un morceau d'énorme turbot cuisiné tout simplement / soupe d'artichaut à la truffe noire, brioche feuilletée champignons et truffes / pigeon grillé au barbecue, les petits pois, jus aux abats, à la manière de Léonie / saint-nectaire, la croûte et le champagne en gelée / miel d'ici.

En attendant les amis, je bois un Champagne Jacquesson Cuvée 740 extra-brut qui est d'une belle tension, vif, un peu acide mais très agréable à boire dans sa vivacité. Les toasts au foie gras, que les serveurs piquent avant de les donner, pour les présenter sur des sticks, sont d'un confort extrême et idéaux pour le champagne.

Le Champagne Comtes de Champagne Taittinger 2006 a un parfum d'une intensité rare. En bouche il est d'un charme incroyable. Il combine une puissance extrême avec un romantisme délicat. Cette juxtaposition de force et de grâce est passionnante. Il est d'une longueur racée et d'une présence imposante. C'est un très grand champagne pour lequel la question ne se pose pas de savoir comment il vieillira. Il est parfait maintenant, tant mieux.

Le Meursault Luchets Domaine Roulot 2009 se présente de façon assez timide. On sent la pureté et la précision, mais il manque de présence. Il fallait tout simplement attendre le turbot pour que ce vin devienne extrêmement joyeux, plein, riant, avec une précision qui vaut celle des rieslings. Quel beau vin ! Le homard est d'une grande délicatesse, avec des évocations raffinées. Le turbot est un bonheur. L'oignon qui l'accompagne est un bijou. Ce plat révèle le vin blanc comme aucun autre plat ne le ferait.

La soupe aux truffes et artichaut fait partie de ces plats emblématiques où tout est dosé au milliardième de millimètre. On ne conçoit pas ce plat autrement. La brioche est un péché mortel.

La Côte Rôtie Stéphane Ogier 2007 est exemplaire car le vin est d'un velours rare et son finale exprime de la menthe lui donnant une fraîcheur qui est parfaite pour aller avec le pigeon. Le saint-nectaire tel qu'il est traité se marie merveilleusement avec le champagne Taittinger.

Le mangue au miel provenant des ruches posées sur le toit de l'hôtel de la Monnaie accompagne avec une pertinence totale le Château Coutet Barsac 2007. Ce dessert est prévu aussi pour le prochain dîner et je me demande s'il sera aussi pertinent sur un sauternes vieux d'un siècle. Sylvain a noté les deux ou trois remarques d'ajustements à faire pour le prochain dîner.

Il règne en ce lieu, à la décoration moderne superbe, une atmosphère de bonheur. On se sent chez soi. L'accueil est souriant et attentif et Guy Savoy est l'hôte le plus agréable que l'on puisse imaginer. A l'écoute de nos désirs, prévenant, son empathie rejaillit sur toute son équipe. Sylvain nous a conseillé des vins judicieux. Le fait d'être avec des amis qui sont des esthètes a enrichi un peu plus ce repas. En sortant du restaurant on se dit qu'il existe peu de restaurants dans le monde dont on repart avec le sentiment d'avoir passé un moment exceptionnel. Il y a Anne-Sophie Pic à Valence et Guy Savoy à Paris.

Ce repas est un moment de grâce sur un beau nuage gastronomique.