Trois repas avec mon fils jeudi, 22 décembre 2016

Nous dînons en famille avec ma fille cadette, mon fils, une nièce de ma femme et une de nos petites-filles. Alors qu'aucun apéritif n'était prévu, j'ai envie d'ouvrir un Champagne Perrier-Jouët 1966. Aussitôt des petites vérines aux goûts variés éclosent sur la table, ainsi que des champignons de Paris baignant dans de l'huile et fortement oints d'ail, suivis par une terrine de foie gras. Le décor est planté et le champagne peut entrer en scène. A l'ouverture j'ai senti un léger pschitt et le bouchon est venu facilement. La bulle est quasi inexistante mais le pétillant est bien là. La couleur du champagne est très belle, à peine ambrée, joyeuse. Le parfum discret est noble et le champagne a une jeunesse en bouche qui est plus belle que celle du Salon 1983 bu il y a deux jours qui a pourtant dix-sept ans de moins. Bien affirmé, solide, carré, aux beaux fruits jaunes, vineux, c'est un grand champagne d'une grande année.

J'ouvre un Champagne Krug Grande Cuvée de plus de trente ans, le frère de celui qui a été bu il y a deux jours. La couleur est claire, limpide, ce qui est d'une rare beauté. La bulle est très active. C'est un champagne en pleine possession de ses moyens, au parfum envoûtant tant il est fort. Ce Krug emplit la bouche s'installe et domine. Il est toutefois un peu moins glorieux que le même champagne ouvert il y a deux jours. Il a moins le sourire du vainqueur. Mais on est à tel niveau de perfection que le plaisir n'est pas entamé.

Ayant cherché des vins dans ma cave j'ai eu la curiosité de regarder dans des zones non inventoriées. J'ai vu un Mercurey Château de Chamirey 1er grand cru années 40 que je suis obligé d'estimer puisque l'étiquette de millésime a disparu. Le niveau est bas aussi l'ai-je ouverte pour ce soir avec l'espoir qu'il ne soit pas trop tard. Mais hélas le bouchon très gras laisse sortir un parfum désagréable. Dans le même examen en cave j'ai prélevé un Pommard Clos des Epeneaux Domaine Comte Armand 1962. Même niveau bas, même peur et là aussi à l'ouverture un parfum peu engageant.

Prévoyant le pire, j'ai ouvert une bouteille de Vega Sicilia Unico 2002 au parfum tonitruant. Ce que ce vin affiche, c'est Alain Delon quand il avait vingt ans. Le parfum est de fruits noirs mais aussi de violette.

A table au moment où est servi le poulet dominical, les odeurs des deux bourgognes sont moins rebutantes mais je n'éprouve pas le besoin de faire l'essai. J'ai trop envie du vin espagnol qui montre à quel point il est raffiné. C'est un vin juteux, spontané, nature, avec des complexités nobles. Il y a du cassis de la myrtille, de la violette et au finale, ces notes de fenouil et de menthe qui signent une fraîcheur inégalable. C'est un vin magique, parfait dans cette belle jeunesse spontanée.

Ma femme a prévu des fondants au chocolat qui sont servis froids. Le Vin de Paille domaine Hubert Clavelin 1994 en demi-bouteille est très agréable, fleurant bon les grains de raisins avec un peu de raisin de Corinthe et c'est une joie saine que ce vin gourmand.

Dans ma folie je sers une goutte de Marc Chauvet 1913 que j'avais ouvert lorsqu'il a eu cent ans et qui a gardé une vivacité et une fraîcheur rares trois ans plus tard. Il y a eu deux vedettes ce soir, le champagne Perrier Jouët 1966 et le Vega Sicilia Unico 2002. Ce fut un beau repas.

Le lendemain, ma femme aimerait que nous soyons plus raisonnables aussi ai-je un large sourire lorsque je rentre à la maison et découvre le dessert de ce soir, une folie que mon fils et moi adorons. Il y aura de délicieux fenouils passés au four et crémés, un peu de fromage pour ceux qui veulent et le clou de ce repas sera ces boules de meringue saupoudrées de pépites de chocolat qu'on n'a plus le droit de nommer de leur nom originel. Qu'importe, tant le goût est à se damner. Pour ce repas qui se voulait frugal, c'est un Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs magnum 1996 qui va accompagner notre semblant de sagesse. Par rapport aux champagnes récemment bus, on change complètement de registre. Ce champagne est rassurant, lisible, franc et joyeux. Sa bulle est forte, sa couleur est celle d'un très jeune champagne et c'est sa sérénité qui séduit. Il combine à la fois une belle acidité discrètement citronnée, de beaux fruits jaunes d'été et un petit côté pâtissier de bon aloi. On est vraiment bien avec ce champagne franc.

Le séjour de mon fils touche à sa fin. Nous avons surtout bu de grands champagnes aussi vais-je clôturer la partie œnologique de son séjour sur un vin qui pourrait l'émouvoir. Le programme est simple, poulet cuit au four à basse température avec du riz noir, restes de fromages et c'est tout. J'ouvre le Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1974 au niveau à quatre centimètres sous le bouchon ce qui est très convenable. Le bouchon est noir sur sa moitié supérieure, de la poussière noire s'étant émiettée sous la capsule, mais la partie inférieure du bouchon est saine. L'odeur première est assez acide, peu engageante. Hélas, je ne suis rentré du bureau qu'une heure et demie avant le repas aussi le temps sera bien court pour que le vin ressuscite. Au moment de le servir, je ressens que le vin est fatigué. Il y a bien la grâce et la subtilité discrète des vins du domaine mais sous un voile de fatigue et d'une acidité légèrement excessive. Mon fils est beaucoup plus indulgent que moi. A la deuxième passe de service, le vin me plait beaucoup plus. Il s'améliore à grande allure et je regrette de ne pas lui avoir donné les quatre heures d'ouverture qui auraient tout changé. Et c'est à la troisième passe que le vin atteint enfin ce qu'il doit être c'est-à-dire un vin gracile, tout en suggestion délicate. Il y a le sel qui me remet dans les sillons des vins du domaine et enfin le pinot noir s'exprime avec une belle râpe. Ouf, le vin a atteint son but. Lorsque je me verse la lie, j'ai un vin plein, droit, franc, d'une belle expression bourguignonne d'une année gracile. Quel dommage de ne pas l'avoir ouvert comme il eût convenu. Mon fils plus tolérant l'a aimé de bout en bout. Tant mieux puisque c'était pour lui.

Sur un cake aux raisins secs et massepain nous avons fini le reste du vin de paille 1994 entamé il y a peu. L'accord, superbe grâce aux raisins secs a mis le point final à une courte semaine de folie, tant j'ai envie que mon fils des Amériques profite des pépites de ma cave.

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Tasting the 2013 of Romanée Conti with Aubert de Villaine samedi, 17 décembre 2016

I go to the headquarters of the company Grains Nobles where, as every year, the presentation of the last vintage put in bottles of the Romanée Conti wines is made by Aubert de Villaine himself. It is the only presentation of this kind he makes in France, due to friendship for the former owners of this company but also for the current ones. Pascal Marquet welcomes me and I see that an American, Bill, has preceded me, to have the place of choice at one of the tasting tables, just facing Aubert de Villaine. Being ahead, I will have the other place of choice that faces.

The tasting starts at 7:30 pm with some faithful whom I recognize. At the table of speakers there is Aubert de Villaine, surrounded by Michel Bettane and Bernard Burtschy. We will taste the 2013 of the domain of Romanée Conti. 2013 is a tough vintage with a sullen start to the season. Spring was bad with 350 millimeters of rain versus about 200 usually. The vintage was chaotic, especially at the beginning. The mildew was hard to manage, with a lot of dripping, grapes spinning and berries that abort. It was soon very certain that a small crop with a late bloom on June 25, with at least three weeks delay. Fortunately the weather was fine in mid-July. There was a beautiful summer with a bit of heat wave. Catastrophic storms affected the Côte de Beaune, which suffered its third consecutive year of hail, while the Côte de Nuits was not affected. At the end of September there was already a good maturity. The Montrachet was hailed and was harvested first because of the botrytis. The Corton was harvested on 3 October followed by stormy rains on 4 and 5 October. The harvest resumed on 6 October and there, a miracle occurred, it was cold, which stopped the botrytis. The harvest ended on 13 October and we witnessed a very high rise of degrees despite the cold. It took a lot of selection and vinification was easy. The key to this vintage is the low yields of 15 to 20 hectoliters per hectare. It was necessary to fight and biodynamics helped to fight. Aubert points out that there were many millerand grapes, that is to say, very small grains, which had to be sorted. As every year, there have been periods of great fear and nature reserves some miracles that save the crops.

We prepare our glasses and our palate with a Vosne-Romanée Vieilles Vignes Dominique Laurent 2013 and if the attack of this wine is pleasant, the final is rough, harsh, and I do not appreciate it.

The Corton Grand Cru Prince Florent de Mérode Domaine de la Romanée Conti 2013 is a wine made by Domaine de la Romanée Conti since 2009. There are three cortons, the Clos du Roy, the Renardes and the Bressandes which are vinified together and Michel Bettane would not recommend that DRC makes three separate wines, whereas Aubert de Villaine had mentioned the possibility a few years ago. The nose is a bit sweet. The attack is also sweet. The finish is beautiful fruit. The wine is gourmand, good, young and solid. It also has purity and floral character. It is very good, already on the fruit.

The Echezeaux Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2013 has a beautiful color. The nose is noble, pure and discreet. The attack surprises me as it is powerful. I would never have expected that. It is a great peppered wine that has great finesse in the final. It has a bright future but surprises me to be so expansive.

The Grands-Echézeaux Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2013 has a very rich and attractive nose. The mouth is more bitter. It is more bitter than the previous one. The touch in mouth is very close to that of the Echezeaux but because of the bitterness, I prefer the Echezeaux.

La Romanée Saint-Vivant Grand Cru «Marey-Monge» Domaine de la Romanée Conti 2013 has a very powerful nose. The attack is pleasant. This wine is made of density and charm. I love this wine that will age well but it does not have the romantic grace that I love so much. I am also a little troubled because the three wines at this stage are solid warriors, which is not their usual attitude. Is it due to low yields? In any case, these are wines to wait for at least twenty years.

The Richebourg Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2013 has an impressive nose of richness. What power! The attack is that of an immense fruit. The fruit is fine, precise and joyful. The wine is sweet, very open. It combines power and finesse. It is a genius Richebourg who is at this moment in a phase of absolute grace.

La Tâche Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2013 has a very noble nose. The wine is noble and perfect. How good it is! Aubert de Villaine will often use the word "transparent". The purity is incredible and the wine is fluid. It is elegant and for me very much above the other wines.

La Romanée Conti Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2013 has a fine and elegant nose. It is a refined wine. But it has more carbon dioxide than the others. There is the richness of the fruit, spices at the end of the mouth but it is less easy to drink because of the gas. The wine is more saline than the others. It is the wine that is the most typical of the domain of all that we have drunk, but it is not nowadays ready to drink contrary to the Richebourg and not as friendly as is La Tâche. The last drop is unfortunately the most beautiful. While I defend the Romanée Conti beak and nails I must say that my ranking of this day is: 1 La Tache, 2 Richebourg, 3 Romanée Conti. It is necessary to make an appointment in twenty years so that the Romanée Conti takes the first place.

The Montrachet Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2013 is of a botrytis vintage, but frankly, I do not feel it at all. The nose has petroleum accents and no botrytis. The mouth is dry, citrus fruit. Michel Bettane says that its botrytis is very noble, but I do not feel it. It is a wine that is not opulent and does not evoke the fat or butter that is often found. It is mineral, fresh, noble. We'll have to wait before we drink it during meals. The discussions went well with extremely technical questions to which Aubert de Villaine replied with good grace with the support of Michel Bettane and Bernard Burtschy. I was surprised by this tasting because the Romanée Conti and the Montrachet are more discreet than I expected while conversely the other reds are much more exuberant.

According to tradition, Pascal Marquet invites a few people to dinner, including Aubert de Villaine, Michel Bettane, Bernard Burtschy, one or two friends and Claire Gibourg who ran Grains Nobles a few years ago and now lives in Washington. The atmosphere of this dinner is always friendly and the food is excellent. The Champagne Fallet-Gouron white of extra-brut whites has a hard time passing after what we drank, very hard for an extra-brut which has an inaccurate final. The Meursault Désirée Domaine des Comtes Lafon 2002 is very pleasant, hospitable, gourmand with a nice vibration of the fruit. It is not a classified growth but it is a wine of pleasure drunk in honor of Christian, habitual participant of these dinners and who brought almost systematically wines of the Comtes Lafon and could not be present. The Châteauneuf-du-Pape Clos des Papes 2005 has a franchise, a readability and a drinking pleasure that is particularly appreciated. It is a pleasure to drink this successful and gourmand wine. To put at one's table absolutely. The Coteaux du Languedoc Clos des Cistes Peyre Rose 1995 is a very nice discovery because the wines of Marlene Soria that I have drunk are from the 21st century. This wine of twenty years is pleasant. It does not have an extreme complexity and length but it has a balance between acidity and bitterness that makes it appealing and pleasant to drink. The Coteaux du Languedoc Mas Jullien 2001 has a style that I like more because there is a complexity and a vibration that speak more to me. The wine is more lively and pleasant. The lamb comes with purple potatoes whose chew is superb. It is time to go to sleep because my tiring stay in London immediately followed this beautiful tasting and this friendly dinner impose my rest.

Hearing Aubert de Villaine talking with Michel Bettane and Bernard Burtschy and understanding how much they are on the same wavelength with infinite skill and culture is a treat for me that almost surpasses the pleasure of drinking these great wines of the Domaine which are far from having achieved what they are going to give in four or five quinquennials.

Dégustation des 2013 du domaine de la Romanée Conti et dîner samedi, 17 décembre 2016

Un taxi londonien aux invraisemblables itinéraires me conduit de mon hôtel à la gare de Saint-Pancras pour prendre d'Eurostar et retourner à Paris. La file d'attente pour passer la douane est impressionnante. Quinze minutes avant le départ on signale qu'un problème de sécurité existe sur le train que je dois prendre. Aucune information sur la date de départ n'est donnée. J'espère que ça ne va pas se passer comme à l'aller où le stress de l'absence d'information m'était insupportable. Fort heureusement le retard n'excède pas le quart d'heure. A Paris, pas le moindre contrôle de douane, ce qui est inquiétant. La gestion de la prise en charge des voyageurs par les taxis est un chef-d'œuvre d'inorganisation. On met à peu près cinq fois plus de temps que si l'on saupoudrait trois grammes de bon sens dans cette opération.

N'ayant pas le temps de rentrer chez moi pour déposer mes valises, je me rends directement au siège de la société Grains Nobles où, comme chaque année, la présentation du dernier millésime mis en bouteilles des vins de la Romanée Conti est faite par Aubert de Villaine lui-même. C'est la seule présentation de ce genre qu'il fait en France, par amitié pour les anciens propriétaires de cette société mais aussi pour les actuels. Pascal Marquet m'accueille avec mes lourds bagages et je vois qu'un américain, Bill, m'a précédé, pour avoir la place de choix à l'une des tables de dégustation, juste en face d'Aubert de Villaine. Etant en avance, j'aurai l'autre place de choix qui fait vis-à-vis.

La dégustation démarre à 19h30 avec des fidèles que je reconnais. A la table des orateurs il y a Aubert de Villaine, entouré de Michel Bettane et Bernard Burtschy. Nous allons goûter les 2013 du domaine de la Romanée Conti. 2013 est un millésime difficile avec un début de saison maussade. Le printemps fut mauvais avec 350 millimètres de pluie contre 200 environ habituellement. Le millésime fut chaotique, surtout au début. Le mildiou fut dur à gérer, avec beaucoup de coulure, de raisins qui filent et des baies qui avortent. On a eu très vite la certitude d'une petite récolte avec une floraison tardive au 25 juin, avec trois semaines au moins de retard. Heureusement le temps fut beau à la mi-juillet. Il y a eu un bel été avec un peu de canicule. Des orages catastrophiques ont affecté la Côte de Beaune qui a subi sa troisième année consécutive de grêles, alors que la Côte de Nuits n'a pas été touchée. A fin septembre il y avait déjà une belle maturité. Le montrachet a été grêlé et a été vendangé en premier à cause du botrytis. Le Corton a été vendangé le 3 octobre suivi de pluies orageuses les 4 et 5 octobre. Les vendanges ont repris le 6 octobre et là, un miracle s'est produit, il a fait froid, ce qui a arrêté le botrytis. La vendange s'est terminée le 13 octobre et on a assisté à une très forte élévation des degrés malgré le froid. Il a fallu beaucoup de tris et la vinification fut facile. La clé de ce millésime, c'est la faiblesse des rendements de 15 à 20 hectares. Il a fallu se battre et la biodynamie a aidé à se battre. Aubert signale qu'il y a eu beaucoup de raisins millerands, c'est-à-dire aux grains très petits, qu'il a fallu trier. Comme chaque année, il y a eu des périodes de grande peur et la nature réserve quelques miracles qui sauvent les récoltes.

Nous avinons nos verres et nos palais avec un Vosne-Romanée Vieilles Vignes Dominique Laurent 2013 et si l'attaque de ce vin est agréable, le final est rêche, âpre, et je ne l'apprécie pas.

Le Corton Grand Cru Prince Florent de Mérode Domaine de la Romanée Conti 2013 est un vin fait par le Domaine de la Romanée Conti depuis 2009. Il y a trois cortons, le Clos du Roy, le Renardes et le Bressandes qui sont vinifiés ensemble et Michel Bettane déconseillerait que l'on en fasse trois crus séparés alors qu'Aubert de Villaine en avait évoqué la possibilité il y a quelques années. Le nez est un peu doucereux. L'attaque est aussi doucereuse. Le finale est de beaux fruits. Le vin est gourmand, bon, jeune et solide. Il a aussi de la pureté et un caractère floral. Il est très bon, déjà sur le fruit.

L'Echézeaux Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2013 a une très belle couleur. Le nez est noble, pur et discret. L'attaque me surprend tant elle est puissante. Jamais je n'aurais attendu cela. C'est un grand vin un peu poivré qui a une grande finesse dans le finale. Il a un bel avenir mais me surprend d'être si expansif.

Le Grands-Echézeaux Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2013 a un nez très riche et séduisant. La bouche est plus âpre. Il est plus amer que le précédent. Le toucher de bouche est très proche de celui de l'Echézeaux mais du fait de l'amertume, je préfère l'Echézeaux.

La Romanée Saint-Vivant Grand Cru « Marey-Monge » Domaine de la Romanée Conti 2013 a un nez très puissant. L'attaque est agréable. Ce vin est fait de densité et de charme. J'aime ce vin qui va bien vieillir mais il n'a pas la grâce romantique que j'aime tant. Je suis d'ailleurs un peu troublé car les trois vins à ce stade sont de solides guerriers, ce qui n'est pas leur habitude. Est-ce dû à la faiblesse des rendements ? En tout cas, ce sont des vins à attendre vingt ans au moins.

Le Richebourg Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2013 a un nez impressionnant de richesse. Quelle puissance ! L'attaque est celle d'un fruit immense. Le fruit est fin, précis et joyeux. Le vin est suave, très ouvert. Il combine puissance et finesse. C'est un Richebourg génial qui est en ce moment dans une phase de grâce absolue.

La Tâche Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2013 a un nez très noble. Le vin est noble et parfait. Qu'est-ce qu'il est bon ! Aubert de Villaine utilisera souvent à son sujet le mot « transparent ». La pureté est incroyable et le vin est fluide. Il est élégant et pour moi très au-dessus des autres.

La Romanée Conti Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2013 a un nez fin et racé. C'est un vin raffiné. Mais il a plus de gaz carbonique que les autres. Il y a la richesse du fruit, des épices en fin de bouche mais il est moins facile à boire à cause du gaz. Le vin est plus salin que les autres. C'est le vin qui est le plus typique du domaine de tous ceux que nous avons bus, mais il n'est pas aujourd'hui prêt à boire contrairement au Richebourg et pas assez amical comme l'est La Tâche. La dernière goutte est hélas la plus belle.

Alors que je défends la Romanée Conti bec et ongles je dois dire que mon classement de ce jour est : 1 La Tâche, 2 Richebourg, 3 Romanée Conti. Il faut prendre rendez-vous dans vingt ans pour que la Romanée Conti prenne la première place.

Le Montrachet Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2013 est d'un millésime à botrytis, mais franchement, je ne le sens pas du tout. Le nez a des accents de pétrole et pas de botrytis. La bouche est sèche, d'agrumes. Michel Bettane dit que le botrytis est très noble, mais je ne le sens pas. C'est un vin qui n'est pas opulent qui n'évoque en rien le gras ou le beurré que l'on trouve souvent. Il est minéral, frais, noble. Il va falloir attendre avant de le boire.

Les discussions sont allées bon train avec des questions extrêmement techniques auxquelles Aubert de Villaine a répondu de bonne grâce avec l'appui de Michel Bettane et Bernard Burtschy.

J'ai été étonné de cette dégustation car la Romanée Conti et le Montrachet sont plus discrets que ce que j'attendais alors qu'à l'inverse les autres rouges sont beaucoup plus exubérants.

Selon la tradition, Pascal Marquet retient quelques personnes à dîner dont Aubert de Villaine, Michel Bettane, Bernard Burtschy, un ou deux amis et Claire Gibourg qui dirigeait Grains Nobles il y a quelques années et vit maintenant à Washington. L'ambiance de ce dîner est toujours sympathique et la nourriture est excellente.

Le Champagne Fallet-Gouron blanc de blancs extra-brut a du mal à passer après ce que nous avons bu, très dur pour un extra-brut et au finale imprécis.

Le Meursault Désirée Domaine des Comtes Lafon 2002 est très agréable, hospitalier, gourmand avec une jolie vibration du fruit. Ce n'est pas un cru classé mais c'est un vin de plaisir bu en l'honneur de Christian, participant habituel de ces dîners et qui apportait quasi systématiquement des vins des comtes Lafon et n'a pas pu être présent.

Le Châteauneuf-du-Pape Clos des Papes 2005 est d'une franchise, d'une lisibilité et d'un plaisir de boire qui est particulièrement appréciable. C'est un bonheur de boire ce vin réussi et gourmand. A mettre à sa table absolument.

Le Coteaux du Languedoc Clos des Cistes Peyre Rose 1995 est une très agréable découverte car les vins de Marlène Soria que j'ai bus sont du 21ème siècle. Ce vin de vingt ans est agréable. Il n'a pas une complexité et une longueur extrêmes mais il a un équilibre entre acidité et amertume qui le rend interpelant et plaisant à boire.

Le Coteaux du Languedoc Mas Jullien 2001 est d'un style qui me plait plus car il y a une complexité et une vibration qui me parlent plus. Le vin est plus vif et agréable.

L'agneau se présente avec des pommes de terre violettes dont la mâche est superbe. Il est temps d'aller dormir car mon séjour à Londres fatigant suivi immédiatement de cette belle dégustation et de ce dîner amical imposent mon repos.

Entendre Aubert de Villaine discuter avec Michel Bettane et Bernard Burtschy et comprendre à quel point ils sont sur la même longueur d'ondes, avec une compétence et une culture infinies est un régal pour moi qui surpasse presque le plaisir de boire ces grands vins du Domaine qui sont loin d'avoir atteint ce qu'ils vont donner dans quatre ou cinq quinquennats.

dsc08855 dsc08854 dsc08853 dsc08850 Aubert de Villaine et Bernard Burtschy dsc08844 dsc08856 dsc08858 dsc08859 dsc08860 dsc08866 dsc08865 dsc08867 dsc08869 dsc08857 dsc08861

208ème dîner de wine-dinners au 67 Pall Mall Club de Londres jeudi, 15 décembre 2016

Le 208ème dîner de wine-dinners se tient au 67 Pall Mall Club de Londres. J'arrive au club à 16 heures pour ouvrir les bouteilles dans la salle qui servira d'écrin à ce repas. Les bouchons montrent moins de résistance que lors du 207ème dîner et si le parfum du Clos Vougeot 1967 n'est pas très précis, je ne ressens aucune réelle crainte. Les senteurs du Fargues 1967 sont d'une générosité extrême et celles du Doisy 1921 sont d'une noblesse extraordinaire. Tout semble se présenter sous d'agréables auspices aussi ai-je le temps de bavarder avec des membres du club que je connais.

Julian qui participera au dîner ce soir m'offre de partager un verre de Château Lynch-Bages 1985 qui est dans une belle phase de sérénité et d'accomplissement. Alexander avec qui j'avais déjeuné samedi dernier autour de deux Moët, un 1911 et un 1971, m'offre un verre de Champagne Perrier Jouët Belle Epoque 2007 encore bien jeune pour être réellement apprécié. Dans ce club tout le monde discute avec tout le monde en échangeant des vins.

Contrairement au dîner précédent il n'y aura que des hommes. Nous sommes onze dont deux inscrits que j'avais rencontrés ici il y a trois jours. La participation est essentiellement britannique, un finlandais assistant à son deuxième dîner de suite et un américain texan venant pour la première fois. Quatre convives ont déjà assisté à un ou plusieurs dîners et six sont des nouveaux.

Nous prenons l'apéritif debout en trinquant avec un Champagne Perrier Jouët Réserve Cuvée rosé 1961. Il n'a quasiment pas de bulle mais le pétillant est intact. Sa couleur est belle, discrètement ambrée d'or fin plus que de rose. C'est un champagne de forte personnalité, intense, riche et percutant. Il faut se familiariser avec les champagnes évolués mais les convives, tous amateurs de vins, s'y prêtent volontiers. Je suis très favorablement impressionné par ce beau champagne d'une grande année.

Le menu conçu en collaboration avec le chef Marcus Verberne est : œufs de caille à la royale / champagne et risotto aux truffes / tarte aux champignons des bois / homard poché en vol-au-vent, bisque de homard, filet rôti de bœuf galicien, purée de pomme, cassis cassonade / jus de citron / amande crème brûlée, pamplemousse rosé caramélisé /gâteau d'orange aux pistaches.

Le service des plats a été particulièrement lent au début avec des attentes difficilement compréhensibles (on m'a expliqué le lendemain qu'il y avait un dîner de 60 personnes dans une autre salle) et c'est au moment où nous profitions de trois bourgognes associés à la superbe viande de Galice qu'on nous a servi trop rapidement le stilton et le Fargues, ce qui m'a contrarié.

Le Champagne Mumm Cuvée René Lalou 1973 se présente dans une bouteille que je trouve toujours aussi belle. Le champagne est en contraste majeur avec le précédent. Il est romantique, aérien et fluide alors que le Perrier Jouët est puissant et affirmé. Il a des accents crayeux de coquille d'huître. Le Mumm sera désavantagé par le risotto trop salé. C'est ce qui explique sans doute que ce vin soit l'un des deux seuls vins du repas sans aucun vote.

Sur la merveilleuse tarte aux champignons, nous avons deux vins blancs de deux régions bien différentes. Le Château Haut Brion blanc 1996 est jeune, puissant, conquérant, avec une trace en bouche très lourde. Il est noble mais souffre de l'association avec le bourgogne.

A côté de lui, le Bâtard Montrachet Domaine Ramonet 1992 a un parfum absolument envoûtant, magnifiquement mis en valeur par un verre Zalto qui exprime le parfum du vin de façon idéale. Au bar du club, avant le repas, j'avais trinqué avec le représentant pour le Royaume-Uni de ces verres qui équipent le club, qui sont d'une légèreté incroyable et d'une grande aide pour les vins. Le Bâtard est une merveille, le vin blanc absolu dans une grande année. Son nez pétrole comme un vin de l'année et il est opulent, gras, beurré. Un bonheur. J'aurais dû demander un plat spécifique pour le Haut-Brion qui souffre de la comparaison avec le bourgogne, et d'un verre moins adapté. Le Ramonet me transporte et m'émeut car il est dans un état de perfection absolue, surtout par son parfum. L'accord avec les champignons est peut-être le plus grand du repas.

Le plat du homard est une merveille. Il va s'accorder aux deux bordeaux de façon miraculeuse. Comme deux patineurs sur une piste de glace, les deux vins vont jouer à qui sera premier, l'un passant devant l'autre, puis le suivant. Le Château Margaux 1959 a le caractère féminin des margaux. Il est tout en grâce. A côté de lui, le Château Lagaffelière Naudes 1929 est plus guerrier, plus dans la truffe. Les couleurs des deux vins, très noires, sont quasiment identiques. Tout le monde est étonné que le vin de 87 ans soit aussi vif. Le margaux 1959 n'est pas le plus grand de ceux que j'ai bus malgré des fulgurances de grandeur. Après le chassé-croisé des préférences mon cœur ou ma raison me mettront dans le camp du Saint-Emilion manifestement plus riche et impressionnant.

Dans mes dîners il y a souvent des bouteilles de secours. Pour ce dîner j'ai décidé de les inclure aussi le plat de viande sera accompagné de trois bourgognes. Les deux premiers seront servis ensemble et le troisième décalé. Le Clos Vougeot Charles Noellat 1967 avait à l'ouverture un parfum nettement plus sympathique que celui du même vin son cadet, le Clos Vougeot Charles Noellat 1969. Les deux vins ont des goûts très proches, d'une grande subtilité et d'un velours agréable. On sent le talent du grand vinificateur Charles Noellat. Ces deux vins sont émouvants et subtils et j'ai une préférence pour le 1967.

Tout le monde se tait, le temps s'arrête au moment où est servi le Chambertin Edouard Jantot 1961. Il nous prend par surprise. On attendait un troisième bourgogne et voilà que nous sommes face à une apparition divine. Ce vin a tout pour lui. Une attaque envoûtante, une présence incroyable, une richesse gustative, une plénitude qui sont spectaculaires. Je me sens vraiment pris par surprise car j'attendais un bon vin mais pas un vin spectaculaire. Ce vin aura sept votes de premier ce qui est extrêmement rare. Il nous transporte.

Aussi suis-je furieux quand Caroline, notre très agréable sommelière, me demande de goûter le Château de Fargues 1967 avant de le servir aux autres convives. Je suis en plein ravissement avec un bourgogne exceptionnel et on me demande d'accélérer alors qu'au début du repas nous trouvions le service d'une lenteur extrême. Fort gentiment Caroline nous a laissé profiter du chambertin comme il convenait.

Mes convives britanniques ont du mal à comprendre qu'un français puisse considérer un fromage anglais comme le meilleur partenaire d'un sauternes. C'est vrai que pour moi le stilton est de loin le compagnon idéal d'un sauternes. Le Château de Fargues 1967 est d'un or glorieux. Son parfum est une promesse de luxure. Il est riche, plein joyeux, et l'accord est superbe.

A l'ouverture j'avais été frappé par la noblesse du parfum du Château Doisy Barsac 1921. Il est servi maintenant et la sensation que j'ai est celle qui apparaît lorsque je suis en face d'un vin totalement parfait. Il est impossible d'imaginer que ce vin puisse être autre chose que l'ultime perfection. Et je suis physiquement envoûté par ce vin au point que je m'enferme dans ma bulle pour jouir de chaque goutte de ce nectar incroyable. Sa couleur est très foncée, il évoque des zestes d'orange délicats, et il m'envoûte. Nous ne serons que trois à voter pour cette perfection miraculeuse et c'est dommage, car nous avons eu la chance de croiser un vin parfait.

J'ai rajouté en fin de repas un Champagne Dom Pérignon 1973 qui trouve sa place pour nous faire revenir dans le monde des humains. Ce 1973 est très percutant, combinant romantisme et personnalité. C'est un Dom Pérignon de très grande classe qui trouve en cette fin de repas une place idéale. Et j'adore les dégorgements d'origine de ce merveilleux champagne.

Il y a manifestement trois vins qui sortent du lot, le Bâtard, le chambertin et le Doisy, mais les votes seront, comme souvent, très différents. Nous sommes onze à voter pour les 4 vins que nous préférons. Dix vins sur les douze du repas auront des votes ce qui est un très beau score pour l'ensemble des vins, les seuls sans vote étant le Mumm 1973 car souvent les vins du début sont oubliés et le Clos Vougeot 1969 auquel le 1967 a été préféré.

Contrairement à d'autres repas le vote du vin préféré par les convives est très concentré entre trois vins seulement, le Chambertin 1961 nommé sept fois premier ce qui est rare, le Doisy 1921 trois fois et le Perrier Jouët 1961 une fois.

La compilation des votes donne : 1 - Chambertin Edouard Jantot 1961, 2 - Château Doisy Barsac 1921, 3 - Bâtard Montrachet Domaine Ramonet 1992, 4 - Champagne Perrier Jouët 1961, 5 - Château Lagaffelière Naudes 1929, 6 - Château Haut Brion blanc 1996.

Mon vote est : 1 - Château Doisy Barsac 1921, 2 - Chambertin Edouard Jantot 1961, 3 - Bâtard Montrachet Domaine Ramonet 1992, 4 - Château Lagaffelière Naudes 1929.

La cuisine a été une fois de plus délicieuse avec deux plats qui ont créé des accords exceptionnels, la tarte au champignon avec le Bâtard Montrachet et le homard avec les deux bordeaux. Comme pour le dîner précédent, les desserts gagneraient à être plus précis. Le service est attentif et motivé. Quelques détails sont encore à travailler. Tout m'incitera à vouloir recréer de tels dîners dans ce club sympathique.

Lynch Bages 1985 bu au bar

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exemple de moule en bois pour faire des verres Zalto

dsc08831 les vins du repas dsc08338 dsc08339 dsc08311 dsc08312 dsc08316dsc08321 dsc08317 dsc08318 dsc08319 dsc08322 dsc08323 dsc08325 dsc08326 dsc08328 dsc08327 dsc08329 dsc08330 dsc08331 dsc08332 dsc08333 dsc08336 dsc08334 le Dom Pérignon 1973 que j'ai ajouté a été présenté par erreur comme un 1975 (on le voit sur le menu) dsc08795 sur la photo de groupe faite dans ma cave, le Perrier Jouët 1961 est à droite et a remplacé la deuxième bouteille qui est un Perrier Jouët 1966 non servi. Et il manque le Dom Pérignon 1973 mis à la fin. dsc08310 les bouchons, dans l'ordre de service des vins dsc08820 dsc08821 dsc08822 dsc08804 dsc08805 dsc08813 dsc08815 dsc08825 regroupés dans l'ordre de service des vins dsc08819 dsc08826 la table avant le dîner dsc08832 dsc08833 dsc08834 dsc08835 dsc08836 dsc08838 dsc08839 la table après le repas dsc08841 dsc08842 menu-161213-208e-pall-mall-001 votes-208e-diner

208th wine-dinners dinner at 67 Pall Mall Club jeudi, 15 décembre 2016

The 208th wine-dinners dinner is held at 67 Pall Mall Club in London. I arrive at the club at 4 pm to open the bottles in the room which will serve for this meal. The corks show less resistance than at the 207th dinner and if the perfume of Clos Vougeot 1967 is not very precise, I do not feel any real fear. The scents of the Fargues 1967 are of extreme generosity and those of the Doisy 1921 are of extraordinary nobility. Everything seems to present itself under pleasant auspices so I have time to chat with members of the club that I know. Julian who will participate in dinner tonight offers me to share a glass of Chateau Lynch-Bages 1985 which is in a beautiful phase of serenity and accomplishment. Alexander with whom I had lunch last Saturday around two Moët, a 1911 and a 1971, offers me a glass of Champagne Perrier Jouët Belle Epoque 2007 still very young to be truly appreciated. In this club everyone discusses with everyone by exchanging wines. Unlike the previous dinner there will only be men. We are eleven, two of whom I had met here three days ago. The participation is essentially British, a Finn attending his second consecutive dinner and a Texan American coming for the first time. Four guests have already attended one or more dinners and six are new. We take the aperitif standing with a Champagne Perrier Jouët Réserve Cuvée rosé 1961. It has almost no bubble but the sparkling is intact. Its color is beautiful, discreetly amber with fine gold more than pink. It is a champagne of strong personality, intense, rich and percussive. It is necessary to become familiar with the champagnes evolved but the guests, all lovers of wines, lend themselves willingly. I am very favorably impressed by this beautiful champagne of a great year. The menu, designed in collaboration with chef Marcus Verberne, is: quail eggs / champagne and truffle risotto / wild mushroom tarts / poached lobster in a vol-au-vent, lobster bisque / roast fillet of Galician beef, mashed apple, cassis brown sugar, lemon juice / stilton / crème brûlée almond, caramelised pink grapefruit / orange cake with pistachios. The service of the dishes was particularly slow at the beginning with no-show difficult to understand (I was told the next day that there was a dinner of 60 people in another room) and it was when we enjoyed three burgundies associated with the superb meat of Galicia that we were served too quickly the stilton and the Fargues, which upset me. The Champagne Mumm Cuvée René Lalou 1973 presents itself in a bottle that I continue to find so beautiful. The champagne is in major contrast with the previous one. He is romantic, aerial and fluid while Perrier Jouët is powerful and assertive. It has chalky oyster shell accents. The Mumm will be disadvantaged by too salty risotto. This undoubtedly explains why this wine is one of the two wines of the meal without any vote. On the wonderful mushroom tart, we have two white wines from two very different regions. The Château Haut Brion white 1996 is young, powerful, conquering, with a trace in the mouth very heavy. He is noble but suffers from the association with the Burgundy. Beside him, the Bâtard Montrachet Domaine Ramonet 1992 has an absolutely enchanting fragrance, beautifully enhanced by a Zalto glass that expresses the perfume of wine in an ideal way. At the club bar, before lunch, I had a drink with the representative for the United Kingdom of these glasses that equip the club, which are of an incredible lightness and a great help for the wines. The Bâtard is a marvel, absolute white wine in a great year. Its nose smells oil like a wine of the year and it is opulent, fat, buttered. Happiness. I should have asked for a specific dish for Haut-Brion which suffers from the comparison with Burgundy, and a less suitable glass. The Ramonet transports me and moves me because it is in a state of absolute perfection, especially by its perfume. The agreement with the mushrooms is perhaps the biggest of the meal.

The lobster dish is a marvel. He will agree with the two Bordeaux in a miraculous way. Like two skaters on an ice track, the two wines will play who will be first, one passing the other, then the next. The Château Margaux 1959 has the feminine character of a Margaux. It is all in grace. Beside him, the Château Lagaffelière Naudes 1929 is more warrior, more in the truffle. The colors of the two wines, very black, are almost identical. Everyone is amazed that the 87-year-old wine is so alive. The Margaux 1959 is not the biggest of those I have drunk in spite of fulgurances of grandeur. After the chase-cross of preferences my heart or my reason will put me in the camp of Saint-Emilion obviously richer and impressive. In my dinners there are often bottles of security, in case... For this dinner I decided to include them also the meat dish will be accompanied by three burgundies. The first two will be served together and the third one staggered. The Clos Vougeot Charles Noellat 1967 had at the opening a perfume much more sympathetic than that of the same wine its younger, the Clos Vougeot Charles Noellat 1969. Both wines have tastes very close, a great subtlety and a velvet pleasant. One feels the talent of the great winemaker Charles Noellat. These two wines are moving and subtle and I have a preference for 1967. Everybody is silent, the time stops when the Chambertin Edouard Jantot 1961 is served. He takes us by surprise. We were expecting a third burgundy and here we are facing a divine apparition. This wine has everything for him. A mesmerizing attack, an incredible presence, a gustatory richness, a plenitude that are spectacular. I feel really taken by surprise because I was expecting a good wine but not a spectacular wine. This wine will have seven first votes which is extremely rare. He transports us. So I am furious when Caroline, our very nice sommelier, asks me to taste the Château de Fargues 1967 before serving it to the other guests. I am delighted with an exceptional burgundy and I am asked to accelerate while at the beginning of the meal we find the service of an extreme slowness. Very kindly Caroline let us enjoy the chambertin as it suited. My British guests have difficulty understanding that a Frenchman can consider an English cheese as the best partner of a sauternes. It is true that for me the stilton is by far the ideal companion of a sauternes. The Château de Fargues 1967 is of a glorious gold. Its perfume is a promise of lust. He is rich, full of joy, and the agreement is superb. At the opening I had been struck by the nobility of the perfume of Château Doisy Barsac 1921. It is served now and the feeling I have is that which appears when I am in front of a totally perfect wine. It is impossible to imagine that this wine could be anything other than the ultimate perfection. And I am physically bewitched by this wine to the point that I lock myself in my bubble to enjoy each drop of this incredible nectar. Its color is very dark, it evokes delicate orange zest, and it envelops me. We will only be three to vote for this miraculous perfection and it is a shame, because we had the chance to meet a perfect wine, to meet perfection. I added at the end of the meal a Champagne Dom Pérignon 1973 which finds its place to bring us back into the world of humans. This 1973 is very percussive, combining romanticism and personality. It is a Dom Pérignon of very high class who finds in this end of meal an ideal place. And I love the original disgorgements of this wonderful champagne.

There are obviously three wines that stand out, the Bâtard, the Chambertin and the Doisy, but the votes will, as often, be very different. We are eleven to vote for the 4 wines that we prefer. Ten wines out of twelve of the meal will have votes which is a very good score for all the wines, the only ones without vote being the Mumm 1973 because often the wines of the beginning are forgotten and the Clos Vougeot 1969 to which the 1967 was preferred. Unlike other meals the wine vote preferred by the diners is very concentrated between only three wines, the Chambertin 1961 named seven times first which is rare, the Doisy 1921 three times and the Perrier Jouët 1961 once. The compilation of the votes gives: 1 - Chambertin Edouard Jantot 1961, 2 - Château Doisy Barsac 1921, 3 - Bâtard Montrachet Domaine Ramonet 1992, 4 - Champagne Perrier Jouët 1961, 5 - Château Lagaffelière Naudes 1929, 6 - Château Haut Brion blanc 1996. My vote is: 1 - Château Doisy Barsac 1921, 2 - Chambertin Edouard Jantot 1961, 3 - Bâtard Montrachet Domaine Ramonet 1992, 4 - Chateau Lagaffelière Naudes 1929. The cuisine was once again delicious with two dishes that created exceptional combinations, the mushroom tart with the Bâtard Montrachet and the lobster with the two Bordeaux. As for the previous dinner, the desserts would gain to be more accurate. The service is attentive and motivated. Some details are still to be worked out. Everything will make me want to recreate such dinners in this friendly club.

(pictures of this dinner can be seen on the same article in French version) (see just above)

207ème dîner de wine-dinners au 67 Pall Mall Club vendredi, 9 décembre 2016

Pendant que nous attendions deux retardataires inscrits au 207ème dîner de wine-dinners au 67 Pall Mall Club, qui me faisaient craindre le pire car ils étaient censés avoir payé leur participation directement au club, Terry le chef sommelier m'avait tiré par la manche pour me présenter à la charmante fille de Corinne Mentzelopoulos, propriétaire du château Margaux et au fils de Paul Pontallier qui a géré pendant de nombreuses années les vins du château Margaux. Cette heureuse rencontre est prometteuse d'autres. Quelle heureuse surprise ! Je les quitte après échange de cartes de visite et évocation de moments rares partagés avec leurs parents.

Nous sommes enfin neuf dans la petite salle appelée bibliothèque dont les armoires vitrées des quatre murs regorgent du plancher au plafond de vins prestigieux. Il y a quatre femmes dont les trois américaines que je connais et une anglaise qui accompagne un finlandais actionnaire du club. Un autre anglais est aussi actionnaire du club, un anglais dont la tenue évoque les festivités de Noël avec des représentations de la Vierge Marie d'inspiration russe, le journaliste Dan et moi. Pour deux américaines, c'est le cinquième dîner auquel elles assistent, pour le finlandais, c'est le second. Les autres sont nouveaux.

Le Champagne Brut Imperial Moët & Chandon 1952 est pris dans la bibliothèque. Il est d'un confort extrême, chaleureux, large, montrant qu'il a de l'âge puisque son goût est celui d'un champagne déjà ancien avec une bulle quasi inexistante mais un joli pétillant actif. Il est chaleureux et généreux et un amuse-bouche tiède en forme de cromesquis délicat au goût discret de truffe blanche lui convient.

Nous descendons dans la salle Saint-James qui nous a été réservée, magnifiquement décorée pour Noël avec un joli sapin et des motifs de table dans les mêmes tons. Tous les verres sont sur table avec les millésimes des vins inscrits sur les pieds des verres. Terry Kandylis fait un bref discours de bienvenue très apprécié.

Le menu créé par Marcus Verberne le chef du restaurant du club est : canapé, champagne et truffes arancini / tataki de thon au sésame / vol-au-vent de langoustine / filet poêlé de saint-pierre aux girolles sautées / ris de veau, bacon croustillant, sauce soubise / cuissot de chevreuil, pomme dauphinoise, cavolo nero, jus de chocolat / Stilton / Panna cotta au safran et à la mangue.

Le Champagne Krug Vintage 1969 lorsqu'il se boit seul montre une certaine acidité et une vivacité beaucoup plus grande que celle du Moët. Lorsque l'on goûte le thon cru, la transformation du champagne est spectaculaire. Il s'élargit, perd son acidité pour gagner en rondeur et en complexité. C'est un champagne extraordinaire, plein, à la personnalité extrêmement affirmée. C'est un bonheur que de boire un tel champagne aussi vif.

Sur le vol-au-vent de langoustine, nous avons deux vins que tout oppose même s'ils partagent la même appellation. Le Corton Charlemagne Eugène Ellia 1993 est romantique, fluide, tout en suggestion. Sa délicatesse charme tout le monde.

A côté, le Corton Charlemagne J.F. Coche Dury 2001 est une bombe. Son nez pétrole comme un vin de l'année et en bouche il explose. Il est tellement puissant mais en même temps complexe et chaleureux que je tombe sous son charme, tant il représente le goût idéal du Corton-Charlemagne interprété par Jean-François Coche-Dury. Quand on a la chance de goûter ce vin confidentiel dans sa forme la plus aboutie, on ne peut que l'aimer. L'accord du 1993 se trouve sur la pâte du vol-au-vent alors que le 2001 s'accorde avec la lourde sauce crémée du plat vif et délicieux.

Sur le saint-pierre nous buvons deux Haut-Brion dont le plus jeune a été mis en secours éventuel de l'ancien, mais c'est l'ancien qui sera le plus brillant. Le Château Haut-Brion 1928 arrive trop froid de cave et un peu serré. Il faudra plusieurs minutes pour qu'il délivre un velours délicat. Son nez m'avait impressionné en cave. Il est plus contenu maintenant, n'ayant pas trouvé d'expansion du fait du froid de la cave. Lorsque son velours arrive, il crée avec le poisson un accord de première grandeur. On sent que le vin est grand, mais pas assez épanoui.

Le Château Haut Brion 1961 est une désagréable surprise. Je m'attendais à une éclosion à venir après un nez incertain à l'ouverture et en fait le parfum est poussiéreux, voire même un peu liégeux. Le vin existe, mais on est loin de ce qu'un 1961 devrait donner puisque c'est un vin glorieux en cette année mythique. Etant extrêmement sensible aux performances de mes vins que je considère comme mes enfants, je suis un peu vexé. Fort heureusement le très bon saint-pierre aide considérablement les deux vins.

Avec l'excellent ris de veau il y a un seul vin, la Côte Rôtie La Mouline Guigal 1973. Enfin un rouge parfait. Le parfum de ce vin est d'une délicatesse toute bourguignonne. Le vin est subtil et racé, délicat comme un Volnay ou un Pommard. On reconnaît bien sûr un vin du Rhône mais aux accents délicats d'une année frêle, ce qui lui sied à merveille. Ce vin est de grand plaisir subtil.

J'avais raconté à toute la table la joie que j'avais eue en sentant le Vega-Sicilia Unico 1936 en cave et Dan en avait été le témoin. Aussi, lorsque Terry me sert en premier un verre de ce vin, je suis stupéfait. La couleur est celle d'une eau terreuse, comme si le rouge était totalement dépigmenté avec la couleur rouge tombée en fond de bouteille. Le fond qui sera servi est effectivement beaucoup plus sombre mais ces couleurs sont affreuses. Comment ce vin qui m'avait enchanté peut-il se désagréger ainsi. Le nez évoque le chocolat, le café et l'alcool. Un convive lui trouvera des accents de madère et le jugera délicieux sur le gibier. Je suis consterné et c'est une bonne chose que Dan puisse témoigner de ce que nous avions ressenti. Le vin est buvable malgré sa couleur, mais on est loin de ce que j'attendais.

Fort heureusement, le Vega-Sicilia Unico Ribera del Duero 1960 n'a pas l'ombre d'un défaut. C'est un Vega Sicilia au sommet de sa gloire, pur, plein, à la couleur d'un rouge vif, sang de pigeon, opulent et vif. C'est un grand vin qui brille encore plus du fait du caractère sanguin et goûteux du cuissot. Malgré les performances de deux vins brillants, le 1973 et le 1960, je ronge mon frein et trouve que deux sublimes sur cinq, ce n'est pas suffisant. Et quand je ne suis pas content, mes convives le remarquent, même si je fais bonne figure. Le 1960 brillant est un vrai réconfort.

Le stilton est parfait avec juste ce qu'il faut de gras et d'amertume. Le Château d'Yquem 1942 à la couleur très foncée est délicieux, très zeste d'orange amère avec une rare distinction et des subtilités juste suggérées. C'est un Yquem discret et raffiné à la longueur en bouche infinie.

Le Château Guiraud 1893 est glorieux, déjà par sa couleur qui est d'un acajou clair. On dirait un soleil tant il brille. En bouche ce sont les fruits exotiques généreux qui abondent. Le dessert à la mangue manque un peu de vivacité mais le vin se suffit à lui-même, parfait et abouti. C'est une leçon que ce vin de 123 ans, vif, jeune, riche de mangue et vibrant au-delà de tout.

Il est temps de voter. Nous sommes neuf à voter pour nos quatre préférés et huit vins figureront dans les votes ce qui est presque inespéré compte-tenu des accidents de quelques vins. Cinq vins auront l'honneur d'être nommés premiers, le Guiraud 1893 trois fois, le Corton Charlemagne 2001 et la Côte Rôtie 1973 deux fois chacun, et l'Yquem 1942 et le Vega 1960 une fois chacun.

Le vote du consensus, compilation des votes est : 1 - Côte Rôtie La Mouline Guigal 1973, 2 - Vega-Sicilia Unico Ribera del Duero 1960, 3 - Château Guiraud 1893, 4 - Corton Charlemagne J.F. Coche Dury 2001, 5 - Champagne Krug Vintage 1969, 6 - Château d'Yquem 1942.

Mon vote diffère de celui du consensus. Il est : 1 - Château Guiraud 1893, 2 - Corton Charlemagne J.F. Coche Dury 2001, 3 - Champagne Krug Vintage 1969, 4 - Vega-Sicilia Unico Ribeira del Duero 1960.

C'est la première fois que je trouve un écart aussi important entre l'impression à l'ouverture et le vin qui est servi. Alors que je voulais montrer au journaliste les bienfaits de la « méthode Audouze », ce fut loin d'être convaincant. L'explication pourrait être que l'ouverture pratiquée dans une cave très froide, au lieu d'épanouir les vins les resserre. Aussi ai-je dit à Terry que pour le prochain dîner j'ouvrirai les vins dans la salle où se tiendra le dîner, comme je le fais d'habitude.

Marcus Verbene a fait un menu brillant que nous avions mis au point lors de mon passage il y a un mois, pour la dégustation verticale du champagne Pol Roger Cuvée Winston Churchill. Marcus a été chaudement félicité et je l'ai senti heureux d'avoir pu faire un repas aussi adapté aux vins. Le plus bel accord pour moi est celui du thon avec le Krug 1969, suivi de l'accord du saint-pierre avec le Haut-Brion 1928. Dans une ambiance enjouée et très cosmopolite, avec un service exemplaire, et malgré quelques petites contreperformances de certains vins, ce fut un dîner heureux et apprécié.

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207th dinner in the 67 Pall Mall Club of London vendredi, 9 décembre 2016

This is the departure for London to make two of my dinners in the 67 Pall Mall club where I already had a dinner eight months ago. At the Gare du Nord, nothing moves. I get information on my phone: "all trains are blocked at the Gare du Nord". Then I hear a loudspeaker saying "no train can leave and we cannot give any information". Then it's "the 15:13 train is canceled. We will inform you when we can give you information. " It would seem that it was a catenary that was ripped off by a regional train. Like hundreds of people, I try to change ticket by queuing at the counters of the Eurostar. At the rate of changing tickets at the counter, I could still be there tomorrow. Then arrives an agent who says to a small group: "if you were registered on the train of 15:13, I can put you on the train of 16:13". I cling to that hope. My ticket is changed. Then begins a wait, again without explanation. It is only after an hour more that I can embark on the train that remains at the dock. The stress created by the lack of information is intense. Finally the train moves, with 2h30 delay. On landing at Saint-Pancras, life begins to smile again. A good night's sleep later, I meet for lunch two American ladies, my friends, accompanied by one of their friends whom I do not know, who will all participate to the first dinner. We'll have lunch at the Avenue restaurant. The wine list is rather thin. The only real nugget is a Chateau de Pibarnon Bandol 2012. On a Scottish beef tenderloin, the wine is very nice. The second bottle of this same wine is infinitely better, more lively, more typical, evoking the south and the garrigue. Such variation on such a young wine is difficult to imagine. What will happen tomorrow night with wines that have many decades more if such variations occur? I go to 67 Pall Mall Club at 3:30 pm to open the 207th dinner wines. A journalist from the magazine The Economist had planned to interview me during the opening of the wines and as the quorum of the dinner was not reached, I had announced to him that I invite him to dinner tonight. Terry Kandylis, the excellent chef-sommelier of the club, has prepared the bottles in the cellar, vertical for two days so that the possible sediments rest at the bottom of the bottles. The space he reserved for me in the cellar to open the wines is very small and the temperature in the cellar is very cold, probably too cold. The perfumes of the wines are absolutely enthusiastic, with, in the order of the happy surprises, the Guiraud 1893 dazzling and glorious, complex to infinity, the Vega Sicilia Unico 1936, combining red fruits and chocolate of a wild youth and Haut- Brion 1928, with a magnificent red fruit. The only uncertain wine is the Haut-Brion 1961, which needs to hunt scents of dust that do not seem to have to subsist. The cork that has created the greatest problem is that of Haut-Brion 1928 totally glued to the glass which I was able to extirpate into pieces as an archaeologist who would find the remains of a dinosaur. Other corks disintegrated but everything went out as it should. It is therefore very confident that we go back, Dan the journalist and me, to the club bar for me to answer his questions. The club proposes five hundred wines by the glass thanks to the intensive use of Coravin, this syringe which allows to pump wine through the cork and to replace it by an inert gas which allows to preserve the wine without any oxidation linked to the sample. Dan will offer me a glass of Bonnes-Mares Domaine Comte de Vogüé 2006 with a nice liveliness followed by a glass of Chambolle-Musigny Domaine Comte de Vogüé 2005 more discreet but still nice to drink even if it is very young and less noble than the previous Grand Cru. At 6:30 pm, time of the appointment, my American friends all beautiful are of an absolute punctuality. We are quickly seven and the last two give me cold sweats because they had never responded to my emails. When I finally see them arrive, a heavy weight is released and dinner can begin.

While we were waiting for two latecomers on the 207th dinner of wine-dinners at the 67 Pall Mall Club, which made me fear the worst because they were supposed to have paid their participation directly at the club, Terry the sommelier had pulled me by the sleeve to present me to the charming daughter of Corinne Mentzelopoulos, owner of Château Margaux and the son of Paul Pontallier who managed for many years the wines of Château Margaux. This happy encounter is promising others. What a happy surprise! I leave them after exchange of business cards and evocation of rare moments shared with their parents. We are finally nine in the small room called the library whose glass cabinets of the four walls are overflowing from the floor to the ceiling of prestigious wines. There are four women of whom the three American I know and an English who accompanies a Finnish shareholder of the club. Another English is also a shareholder of the club, an English whose dress evokes the Christmas festivities with representations of the Virgin Mary of Russian inspiration, the journalist Dan and me. For two Americans, it is the fifth dinner they attend, for the Finnish, it is the second. The others are new participants. The Champagne Brut Imperial Moët & Chandon 1952 is drunk in the library. It is of extreme comfort, warm, wide, showing that it is of age since its taste is that of an already old champagne with a bubble almost nonexistent but a nice active sparkling. It is warm and generous and a warm appetizers in the shape of delicate cromesquis to the discreet taste of white truffle suits him. We go down into the Saint James room which was reserved for us, beautifully decorated for Christmas with a nice decorated pine tree and table motifs in the same tones. All the glasses are on table with the vintages of the wines inscribed on the feet of the glasses. Terry Kandylis makes a very nice welcome speech. The menu created by Marcus Verberne the chef of the club's restaurant is: Canape, Champagne & truffle arancini / Tuna tataki with sesame / Langoustine tartlet / Pan-fried fillet of John Dory with sauteed girolles / Veal sweetbread, crispy bacon, sauce soubise / Roast fillet of venison, pomme dauphinoise, cavolo nero, Chocolate jus / Stilton / Saffron pannacotta with mango. The Champagne Krug Vintage 1969 when it is drunk alone shows a certain acidity and vivacity much greater than that of the Moët. When you taste raw tuna, the transformation of champagne is spectacular. It widens, loses its acidity to gain in roundness and complexity. It is an extraordinary champagne, full, with an extremely strong personality. It is a pleasure to drink such a lively champagne. On the vol-au-vent of langoustine, we have two wines that all oppose even if they share the same name. The Corton Charlemagne Eugène Ellia 1993 is romantic, fluid, all in suggestion. Its delicacy charms everyone. Next, the Corton Charlemagne J.F. Coche Dury 2001 is a bomb. Its nose is of petrol like a wine of the year and in the mouth explodes. It is so powerful but at the same time complex and friendly that I fall under its charm, as it represents the ideal taste of the Corton-Charlemagne interpreted by Jean-François Coche-Dury. When one has the chance to taste this confidential wine in its most accomplished form, one can only love it. The 1993 accord is on the dough of the vol-au-vent while the 2001 agrees with the heavy creamy sauce of the lively and delicious dish. On the saint-pierre we drink two Haut-Brion, the youngest of whom has been put in the eventual succor of the old one, but the oldest will be the most brilliant. The Château Haut-Brion 1928 comes too cold from the cellar and a little tight. It will take several minutes for him to deliver a delicate velvet. His nose had impressed me in the cellar. It is more contained now, having not found expansion due to the cold of the cellar. When his velvet arrives, he creates with the fish a chord of first size. One feels that the wine is large, but not sufficiently blossomed.

The Château Haut Brion 1961 is an unpleasant surprise. I was expecting an outbreak to come after an uncertain nose at the opening and in fact the scent is dusty, or even a little corky. The wine exists, but we are far from what a 1961 should give since it is a glorious wine in this mythical year. Being extremely sensitive to the performance of my wines that I consider my children, I am a little upset. Fortunately the very good Saint-pierre helps considerably the two wines. With the excellent sweetbread there is only one wine, the Côte Rôtie La Mouline Guigal 1973. It's time for a perfect red. The perfume of this wine is of a Burgundian delicacy. The wine is subtle and racy, delicate like a Volnay or a Pommard. We can of course recognize a Rhone wine but with the delicate accents of a fragile year, which suits him perfectly. This wine is of subtle pleasure. I had told the whole table the joy I had in smelling the Vega-Sicilia Unico 1936 in the cellar and Dan had witnessed it. Also, when Terry first serves me a glass of this wine, I am amazed. The color is that of an earthy water, as if the red was completely depigmented with the red color fallen at the bottom of the bottle. The lower part of the bottle that will be served is actually much darker but these colors are awful. How could this wine which had enchanted me disintegrate thus? The nose evokes chocolate, coffee and alcohol. A guest will find him accents of Madeira and will judge it delicious on the venison. I am appalled and it is a good thing that Dan can testify to what we felt. The wine is drinkable despite its color, but we are far from what I expected. Fortunately, the Vega-Sicilia Unico Ribera del Duero 1960 has not the slightest sign of a defect. It is a Vega Sicilia at the summit of its glory, pure, full, with the color of a bright red, pigeon blood, opulent and lively. It is a great wine that shines even more due to the blood and tasty character of the cuissot. Despite the performance of two brilliant wines, the 1973 and the 1960, I am not happy enough and find that two sublime out of five, is not enough. And when I'm not happy, my guests notice it, even if I try to make my best smile. The bright 1960 is a real comfort. The stilton is perfect with just enough fat and bitterness. The 1942 Chateau d'Yquem with very dark color is delicious, very bitter orange peel with a rare distinction and subtleties just suggested. It is a discrete and refined Yquem with infinite length in mouth. Château Guiraud 1893 is glorious, already by its color which is of a clear mahogany. It looks like a sun as it shines. In the mouth it is the generous exotic fruits that abound. The dessert with the mango lacks a little vivacity but the wine is self-sufficient, perfect and accomplished. It's a lesson that this 123-year-old wine, lively, young, rich in mango and vibrant beyond all. It's time to vote. We are nine to vote for our four favorite and eight wines will appear in the votes which is almost unexpected given the imprecisions of some wines. Five wines will have the honor of being named first, Guiraud 1893 three times, Corton Charlemagne 2001 and Côte Rôtie 1973 twice each, and Yquem 1942 and Vega 1960 once each. The vote of the consensus, compilation of the votes is: 1 - Côte Rôtie La Mouline Guigal 1973, 2 - Vega-Sicilia Unico Ribera del Duero 1960, 3 - Chateau Guiraud 1893, 4 - Corton Charlemagne JF Coche Dury 2001, 5 - Champagne Krug Vintage 1969, 6 - Chateau d'Yquem 1942. My vote differs from consensus. It is: 1 - Chateau Guiraud 1893, 2 - Corton Charlemagne J.F. Coche Dury 2001, 3 - Champagne Krug Vintage 1969, 4 - Vega-Sicilia Unico Ribera del Duero 1960. This is the first time that I find such a large gap between the impression at the opening and the wine that is served. While I wanted to show the journalist the benefits of the "Audouze method", it was far from convincing. The explanation could be that the opening made in a very cold cellar, instead of blossoming the wines tightens them. So I told Terry that for the next dinner I will open the wines in the dining room, as I usually do. Marcus Verbene made a brilliant menu that we had developed during my visit a month ago, when I came for a vertical tasting of the champagne Pol Roger Cuvée Winston Churchill. Marcus was warmly congratulated and I felt glad to have been able to make a meal so adapted to the wines. The best combination for me is that of the tuna with the Krug 1969, followed by the agreement of saint-pierre with the Haut-Brion 1928. In a cheerful and cosmopolitan atmosphere, with exemplary service and despite some slightly wounded wines, it was a happy and appreciated dinner.

  (pictures of this dinner can be seen on the same article in French version) (see just above)

Dinner of champagnes organized by my friend Tomo for the staff of Moët Hennessy samedi, 3 décembre 2016

A friend of mine, Tomo, is Japanese. He attended for the first time one of my dinners in which he had the extreme surprise to enjoy a 1791 Constantia of South Africa which was not programmed and was a gift from the widow of Jean Hugel because Jean was a very close friend to me. Since then we became friend and whenever we want to open a mythic bottle, we do it together, trying to balance our inputs. One year ago we had bought together a 1929 DRC Gaudichots which we drank with Aubert de Villaine and last week we have decided to buy together a 1943 Romanée Conti (prephylloxeric) which we will drink together in a few weeks.

Tomo is creating a wine cellar with prestigious wines. He phones me to tell me that he organizes a dinner for the leaders of the group Moët Hennessy at the restaurant Garance of which he is the owner. He planned to open from his cellar magnums of champagnes and offered me to join in this dinner and asks me to bring a magnum of champagne. I thank him for his proposal, which I accept.

We are eleven of whom nine from the management team of Moët Hennessy, Tomo and I. I was surprised to find Christophe Navarre, the chairman of the group, whom I had seen recently at the presentation of a Chinese wine "Ao Yun" in the Senate, and whom I know, among the participants.

The Champagne Krug Clos du Mesnil magnum 2000 is an extremely refined wine. It is very fresh and particularly light. We must not expect power but elegance. It is the aristocracy of wine in an aerial mode.

Tomo had Chef Guillaume Iskandar prepare a very simple menu, starter / main course / dessert. The dish is a very tasty piece of beef. Being concentrated on the joy of chatting with the guests, I did not note the menu but what I know is that it was delicious.

On the entrance we will compare two champagnes of the same year. The Champagne Veuve Clicquot Cave Privée magnum 1980 was disgorged in 2008. The Champagne Veuve Clicquot Carte d'Or magnum 1980 was disgorged at the time of its delivery on the market that is to say probably around 1984. Both are very great champagnes, much bigger than we would expect for 1980. There is a decisive advantage in favor of the original disgorgement, that is to say the "Golden Card". For the "Cave Privée" which looks younger does not have the same tension. It seems domesticated while the other is vivid, powerful and extremely complex.

On the meat, we also have two champagnes. The Champagne Krug magnum 1979 is my contribution to this meal, the other wines being from Tomo's cellar. It is served at the same time as the Champagne Krug Collection magnum 1982 which comes from a recent disgorgement. One could say by reading my bulletins that I have a strong tendency to prefer the wines that I bring, but it is clear that the Krug 1979 is totally exceptional. It is the perfection of a vivid champagne, an extreme tension and an extraordinary breed. Its aromatic persistence is infinite. The Krug 1982 is also a very large champagne but like the previous pair of champagnes, the one that has been disgorged more recently does not have the same tension and the same vivacity as that which was disgorged just before its marketing. The two are obviously in the elite of the champagne and the trace in mouth of these champagnes is extreme. But the advantage is for the 1979 and it is all the more remarkable because I tend to consider, in absolute, that 1982 is a vintage bigger than 1979. This pair of Krug is of a rare level.

The Champagne Moët & Chandon Grand Vintage Collection magnum 1959 is a wine that Tomo and I have drunk many times. He is always a great Moet. But as the experiment that we do makes it possible to notice, this 1959 disgorged less than 20 years ago does not have the tone and the strength that would have the same wine disgorged at the time of its placing on the market.

Tomo bought a Comté of 48 months and I told him that personally, on yellow wines, I prefer not to go beyond 18 months, because the comtés very refined are too strong. This comté is remarkable, with a very balanced and measured taste. Tomo was right to choose him. He created with the Château Chalon Jean Bourdy 1928 a classic agreement, expected but ideal. The 1928 is of an incredible freshness and youth with an aromatic persistence that one expects from these powerful and impregnating wines.

Tomo has so much desire to make us happy that he makes open a Champagne Krug Private Cuvée magnum with an age which must be around 60 years. This champagne is the one that preceded the Great Cuvée today, the most elaborate champagne of Krug since it is the fruit of assemblage of innumerable wines. This champagne is exceptional. This is the quintessence of the Krug spirit. It is racy but also charming. It is a very large champagne of maturity assumed. It is noble and complex. It's crazy what age brings to the Krug champagnes.

Tireless, Tomo serves the Château d'Yquem magnum 2007. He is young, very clear in color, but he has a very beautiful presence with an elegant botrytis. You can drink it, but it will flourish with a few more decades.

As if that were not enough Guillaume Muller, the sommelier director brings us a Chartreuse green V.E.P. In a format larger than magnum. Here is at least one bottle that we have not finished!

The atmosphere was very friendly and cheerful. The exciting conversations prevented me from retaining details about each wine. The series lined up by Tomo is spectacular. The winners are, for my taste: 1 - Krug 1979, 2 - Krug Private Cuvée, 3 - Veuve Clicquot Carte d'Or 1980, which corresponds to the disgorgements of origin.

This tasting was of interest to Christophe Navarre. Thanks to Tomo we had a memorable evening.

(the pictures can be seen on the same article in French - see above)

206ème dîner de wine-dinners au restaurant Guy Savoy jeudi, 1 décembre 2016

Le 206ème dîner se tient au restaurant Guy Savoy. La salle où nous serons seuls est belle, aux murs noirs qui mettent en valeur les œuvres très modernes de ce que je pense être la collection de François Pinault. A 17 heures, j'ouvre les vins. Les belles odeurs sont du Gilette sec 1951, de l'Ausone 1959. Les très belles senteurs sont du Traminer Schlumberger qui est en fait un liquoreux, ce que rien ne laisse prévoir sur l'étiquette. J'inverse donc l'ordre de deux blancs pour qu'un accord se trouve après cette surprise. Autres très belles senteurs le Belgrave 1948, le Pommard 1969, le Richebourg 1964. Le parfum spectaculaire est celui du Riesling Vendanges Tardives Hugel 1989. Les parfums discrets sont ceux de l'Echézeaux 1988 et de l'Yquem 1919. Le seul parfum incertain est celui du Loupiac 1947 car au nez, puisque je ne bois pas les vins, on ne peut pas totalement exclure une petite trace de bouchon. Attendons de voir et de boire.

Nous serons onze à table, pour un dîner à l'initiative d'une entreprise. Je ne connais personne. Il y a des allemands, un autrichien, un belge, un indien, un anglais, un irlandais, deux français et j'en oublie sans doute. Ils fêtent les cinq ans du rachat de l'entreprise par les actionnaires présents avec les gestionnaires. Il y aura seulement dix votants en fin de repas car l'indien se limitera à deux vins pendant le repas.

L'apéritif est pris debout avec le Champagne Alfred Gratien magnum 1979. On entre de plain-pied dans le monde des vins à maturité avec ce beau champagne plaisant, avenant, facile à comprendre qui est tout intégré tant ses saveurs sont cohérentes. Avec les petits toasts au foie gras et la brioche au parmesan, l'accord est gourmand.

Nous passons à table. Le menu créé par Guy Savoy pour les vins est : toast au foie-sel / brioche au parmesan / Jabugo & girolles / raie « refroidie » au caviar, petit ragoût breton / saint-pierre sur mer / volaille de Bresse pochée en vessie et champignons du moment / ragoût de lentilles aux truffes / grouse rôtie, châtaignes au jus et galette de grand caraque / fourme d'Ambert / dessert exotique.

Sylvain Nicolas le chef-sommelier a aussi joué un rôle important dans la mise au point des accords.

Le Champagne Dom Pérignon 1961 a une petite amertume dans l'attaque qui disparaît très vite et le milieu de bouche est tout en douceur. Ce 1961 est un vrai Dom Pérignon, dans la ligne historique et romantique. Les girolles sont divines pour mettre en valeur ce champagne de très belle émotion. C'est un vin de plaisir raffiné au final très présent.

Le Traminer Shlumberger 1953 était prévu après le Gilette mais la sucrosité ressentie dans son parfum à l'ouverture m'a poussé à le mettre avec la raie au caviar et c'est une bonne décision. Fort curieusement le nez du vin n'a plus ce côté doucereux, comme si le plat lui faisait « manger » son sucre. Le vin est d'une rare délicatesse, sans âge tant il est équilibré. Il est bonheur, dans des directions inconnues car il ne fait pas du tout vin d'Alsace. J'adore. Quand je sentirai le verre vide, le parfum évoque des fruits rouges ce qui est inattendu.

Le Château Gilette sec 1951 est une magnifique surprise. Pour tous les vins secs faits par des maisons de sauternes, on ne peut pas s'empêcher de sentir le botrytis, même s'il n'est pas là car ce vin évoque malgré tout le sauternes. Le plat de saint-pierre est exceptionnel, rendu encore plus iodé par de goûteuses coques. L'accord est un des plus beaux du repas. La solidité et l'aisance de ce vin solide et plein me plait beaucoup, alors que 1951 est une année qui n'a pas laissé de trace dans les mémoires.

Deux vins accompagnent la volaille en vessie. Le Château Belgrave Haut-Médoc 1948 est d'un équilibre et d'une gourmandise incroyables. Ce qui frappe c'est qu'il est intemporel. Il est tellement cohérent et intégré qu'on se sent à l'aise avec lui au point qu'il sera le gagnant de loin des vins du repas et c'est tout à l'honneur de mes convives qui n'ont pas couronné pour la première place les plus belles étiquettes mais ce vin gourmand. Ses accents truffés sont brillants.

Le Château Ausone 1959 est un grand vin. On sent sa belle matière, sa profondeur et sa noblesse de grand saint-émilion mais en fait le plat est fait pour le Belgrave ce qui fait que ce bel Ausone n'aura pas les faveurs qu'il mérite, sauf d'un convive.

Avec le Pommard les Grands Epenots Maurice Bouvret 1969 on comprend pourquoi les bourgognes doivent passer après les bordeaux. Il y a dans ce vin une sensualité extrême. Tout en lui est séduction et quand on croit qu'on en a fait le tour il y a encore des complexités qui se rajoutent. Sa robe est très clair et son goût délicat. Nous avons été gênés par le fait que la truffe ne se ressent pas s'il y en a trop peu car la lentille domine. Très gentiment on est venu compléter ce que nous avions et le plat change du tout au tout. Le vin s'en régale.

Sur une divine grouse de forte personnalité il y a deux vins. Lorsqu'on les sent, le Richebourg P. A. André 1964 a un parfum tonitruant et glorieux qui fait de l'ombre à l'Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1988 dont les émanations sont trop discrètes. Mon voisin de table qui est l'initiateur du repas me suggère que le Richebourg va dominer dans l'accord et je lui dis sans avoir rien goûté : « je pense que ce sera le contraire ». Et c'est saisissant. C'est l'Echézeaux si timide qui crée l'accord vibrant avec la grouse tandis que le Richebourg, odorant, envoûtant et joyeux, parade mais ne crée pas l'accord. Les deux vins si opposés sont superbes. L'Echézeaux est raffiné et subtil.

Le Riesling Vendanges Tardives Maison Hugel 1989 est une merveille de fluidité, de précision et de noblesse. C'est un vin immense, d'une fraîcheur incomparable. Il colle parfaitement à la fourme.

Le nez de bouchon que j'avais supposé à l'ouverture est là, mais le Loupiac Champon-Ségur 1947 se boit bien, sans défaut sensible. Il est très riche et bien liquoreux plus puissant que l'Yquem.

Le Château d'Yquem 1919 à la couleur d'un or assez pâle a mangé son sucre, ce qui ne lui enlève aucune qualité. Il est incroyablement subtil, tout en suggestion. Il obtiendra neuf votes sur dix votants. L'accord avec le dessert exotique est parfait.

Une constante tout au long du repas est que les vins arrivent épanouis sur table et que la cohérence qu'ils ont acquise les rend « hors d'âge », ce qui veut dire qu'on ne pourrait pas les situer dans le temps. L'Yquem pourrait être des années 50, le Belgrave des années 80, ça ne choquerait pas.

Il est temps de voter pour dix votants choisissant quatre vins. Dix vins sur douze figurent sur au moins un bulletin de vote. Cinq vins ont été nommés premier, dont Belgrave 1948 cinq fois, Yquem 1919 deux fois et Gilette 1951, Ausone 1959 et Richebourg 1964 une fois premier.

Le vote du consensus serait : 1 - Château Belgrave Haut-Médoc 1948, 2 - Château d'Yquem 1919, 3 - Riesling Vendanges Tardives Maison Hugel 1989, 4 - Château Gilette sec 1951, 5 - Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1988, 6 - Champagne Dom Pérignon 1961.

Mon vote est : 1 - Château Belgrave Haut-Médoc 1948, 2 - Riesling Vendanges Tardives Maison Hugel 1989, 3 - Château d'Yquem 1919, 4 - Château Gilette sec 1951.

Dans une belle salle du restaurant Guy Savoy, avec un service parfait aussi bien du vin que des plats, avec une cuisine qui mérite tous les éloges tant les accords ont été d'une grande pertinence, alors que je ne connaissais personne, nous avons passé une soirée riche d'émotions où le Belgrave 1948 a été une immense surprise et où les accords dont celui merveilleux du saint-pierre avec le Gilette sec 1951 et du dessert exotique avec l'Yquem 1919 ont ensoleillé ce grand moment de gastronomie.

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2ème rendez-vous des vins matures à l’hôtel Shangri La mardi, 29 novembre 2016

Hervé Bizeul, le vigneron du Clos des Fées, a eu l'idée de rassembler un groupe de 15 vignerons pour présenter à un public d'amateurs des vins qui sont prêts à boire et non pas de ceux qui sont mis sur le marché. J'ai évidemment applaudi cette initiative tant je suis triste que les amateurs boivent des vins qui ne sont pas encore formés, comme s'ils mangeaient des fraises vertes au lieu de rouges (on peut utilement se reporter sur ce sujet à mon bulletin N° 700). Je me suis mis à sa disposition et j'étais présent à la première réunion à l'hôtel Bristol il y a un an du « rendez-vous des vins matures ». Lorsqu'Hervé a annoncé la deuxième réunion, j'ai proposé d'offrir de ma cave quelques vins anciens à goûter, ne sachant pas comment je ferais, mais pour moi l'important comme disait Pierre de Coubertin, c'est de participer et d'aider cette belle cause.

J'ai choisi en cave plusieurs vins de tous horizons en prenant des vins qui résisteraient aux températures que l'on trouve dans les salles de dégustation.

Le jour venu je me présente à 9h30 à l'hôtel Shangri La de Paris, au salon Napoléon, alors que la réception commence à 11 heures et se tiendra jusqu'à 19 heures. Je n'ai jamais tenu de stand, je ne sais pas du tout comment ça va se passer. Ayant apporté huit bouteilles et trois magnums ce qui fait l'équivalent de 14 bouteilles pour sept heures, l'idée évidente est d'affecter deux bouteilles ou un magnum à chaque heure. Hervé m'avait proposé d'utiliser une salle privée pour une dégustation à quelques-uns à différents moments, mais il m'apparaît d'instinct qu'il vaut mieux se fondre dans l'atmosphère de la salle en tenant un stand comme les autres vignerons.

Pour faire un peu d'humour et ne pas se prendre au sérieux, dans la première demi-heure du salon, le plus grand succès de ma table, c'est son crachoir, car les visiteurs n'ayant aucun repère pour me situer, puisque je ne suis pas vigneron, assaillent les autres tables et trouvent commode de cracher dans ce crachoir disponible. Mais les choses ont changé à une allure extrême. Dès que l'on a su ce que je présentais, ma table est devenue l'une des plus animées. J'ai même été obligé de limiter à deux le nombre de vins que chacun pourrait goûter car si tous les vins étaient accessibles à tous, ils auraient été épuisés en très peu de temps.

Voici le programme à mon stand :

De 11h à 12h Château Brane Cantenac 1978 avec deux bouteilles dont l'une est plus précise que l'autre. Le vin est charmant, agréable, féminin comme un margaux, très convaincant pour montrer qu'un vin de près de 40 ans a encore du fruit, de la vivacité et développe une belle complexité. Il est évident que c'est un vin plus agréable à boire que s'il avait moins de dix ans.

De 12h à 13h Château Tertre Daugay Saint Emilion 1961 avec aussi deux bouteilles qui au nez à l'ouverture montraient des différences mais qui à la dégustation n'en ont plus. Très grand vin sans une once de tuilé, au parfum très délicat et apprécié par tous comme plus grand que le Brane Cantenac car profitant à fond de la grandeur de ce millésime indestructible.

De 13h à 14h Château Haut-Brion rouge Magnum 1992 que j'ai voulu mettre à cette dégustation pour montrer que les années qu'on annonce comme petites peuvent se révéler de vrais trésors quelques années plus tard. Evidemment, cette bouteille a eu beaucoup plus de demande que les autres parce que c'est Haut-Brion. Voir l'étonnement de tous les amateurs lorsqu'il s'aperçoivent qu'il y a une matière imposante dans un vin de 1992 avec un charme certain, j'avoue que c'est un grand plaisir pour moi, car je bouscule les codes.

De 14h à 15h    Château Chauvin Saint-Emilion Magnum 1975 ce vin impressionne moins les foules mais il se montre droit, équilibré, solide, facile à boire avec une belle vibration.

De 15h à 16h    Nuits-Saint-Georges Jean Confuron & Fils Magnum 1971. Le nez de ce vin a mis tout le monde K.O., mais moi aussi ! Ce parfum est une porte qui s'ouvre sur la Bourgogne. On sent le vin et on n'a plus besoin de rien. Toute l'âme de la Bourgogne pénètre nos narines. Pas un visiteur n'a été indifférent à la perfection de ce parfum. Le vin est un peu trouble, la couleur tend vers le rose clair et en bouche tout n'est que douceur. Il est même presque doucereux. Et l'on perçoit dans le finale la rose et le sel, signes distinctifs des vins de la Romanée Conti. J'ai eu du mal à refuser à des récidivistes pour qu'il reste un peu de ce vin pour les autres visiteurs.

De 16h à 17h    Cérons 1961. L'étiquette de ce vin est d'une simplicité totale, sans doute étiquette de caviste. La robe est claire, le niveau est dans le goulot malgré un bouchon court. Le vin est d'une douceur sans égale. Tout le monde est surpris de la palette aromatique de ce vin aux accents d'agrumes frais. Il est adorable.

De 17h à 18h    Château de Montredon Châteauneuf du Pape 1978 que j'ai dû servir bien avant 17 heures tant les visiteurs me supplient de l'offrir. Vif, très puissant, solidement charpenté, c'est un vin de conviction. Il avance à pas pressés. Mais il souffre de passer à côté du Nuits Saint Georges qui a tellement de charme. Un haltérophile fera moins vibrer les cœurs qu'un danseur étoile.

Tout le monde se demandait pourquoi ouvrir de tels vins en une telle manifestation et j'ai confirmé que c'est mon désir d'aider la reconnaissance des vins matures qui me pousse à aider l'initiative d'Hervé Bizeul. Le vin qui a émerveillé les visiteurs c'est le Nuits-Saint-Georges, gigantesque surprise pour tous.

A 18 heures j'ai précipité la dégustation des vins pour que rien ne reste. J'ai donné le reste du Montredon pour le dîner prévu des vignerons car j'étais épuisé par cette journée. Il faut un entraînement que je n'ai pas pour tenir un stand une journée entière.

Ce qui est intéressant, c'est qu'aucune de mes bouteilles ne fut à écarter, et aucun visiteur n'a fait la moindre grimace. J'ai fait face à des étonnements positifs, des divines surprises et à une approbation de cette démarche vers les vins anciens.

Tout à ma tâche, je n'ai pas pu profiter comme il conviendrait des stands des vignerons amis. J'ai bu des vins présentés par Pierre Rolly-Gassmann du domaine Rolly-Gassmann qui a présenté des vins dont un Gewurztraminer 1989 exceptionnel de fraîcheur.

De Philipponnat j'ai bu un champagne de 1995 absolument grandiose, qui m'a requinqué si j'avais une baisse de tonus. De Paul Jaboulet Aîné j'ai bu les Hermitage La Chapelle de 2004 et 1994 (je crois) que j'ai trouvés extrêmement bien construits. J'ai bu un ou deux autres vins, dont un Peyre Rose 2003 tout en grâce, mais on ne peut pas être au four et au moulin. J'avais mon stand, il fallait jouer le jeu.

Le public présent à ce rendez-vous des vins matures est un public averti et ouvert. Les discussions que j'ai eues avec les uns et les autres sont marquées par l'amour du vin et du bon vin. Je ne referai sans doute pas tous les ans une telle prestation, mais savoir que j'ai fait plaisir est extrêmement gratifiant.

Vive les vins matures. Longue vie à ces rendez-vous.

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