<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Avec mon gendre, nous avons fait un achat massif de champagnes Krug, car nous considérons que ce champagne profite merveilleusement bien de son vieillissement. Il faut donc en avoir en cave. Le caviste qui avait permis l’opération est invité au pan style="color: blue">siège de la maison Krugpan> avec mon gendre, pilote de l’opération, et quand je le sais, je décide de me joindre à eux. Quelle n’est pas ma surprise, quand j’arrive sur place un peu après eux, de constater que ma fille est présente ! Nous visitons les chais et les caves avec les explications brillantes d’Eric Lebel, chef de caves, qui fait partie du comité de dégustation des champagnes pour décider les assemblages, formé de quatre personnes qui s’étend parfois à sept, si les membres de la famille Krug se joignent à eux. pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Après la visite, Olivier Krug tout sourire nous rejoint pour la dégustation. A ma grande surprise, le premier vin qui nous est servi est le Champagne Krug Clos du Mesnil 1998. Je me dis que si l’on commence comme ça, dans quelles mers inconnues allons-nous naviguer ? Olivier nous explique que le chemin sera fait en finissant par la Grande Cuvée, ce qui me semble curieux.pan>p>
<p style="text-align: justify">Le Champagnepan> Krug Clos du Mesnil 1998 est très floral, de fruits blancs et roses, et l’espace d’un instant, le goût des groseilles à maquereau que je dévorais dans mon enfance, malgré les piquants acérés, revient à ma mémoire. Ce champagne combine longueur, fraîcheur, finesse et précision. C’est vraiment un très grand champagne. Le Champagnepan style="color: red"> Krug Millésimé 1998pan> est moins floral. Il joue plus sur la puissance. Il est plus assis, moins frêle et moins romantique. Mais on sent en lui un potentiel de puissance immense.pan>p>
<p style="text-align: justify">Le Champagnepan> Krug Millésimé 1995 est plus minéral au nez, alors qu’Eric lui trouve du pain d’épices. Il est déjà gastronomique, tant c’est un champagne gourmand. Il a des aspects toastés montrant un début d’évolution. Il est très rond et très charmeur, plus proche de mes désirs de gastronomie. Le nez du pan style="color: red">Champagne Krug Grande Cuvéepan> est le plus expressif des quatre. Ce nez est le plus grand. Mais en bouche, je suis frappé par le fait que la matière est plus limitée. Il manque un peu de largeur, même si, à l’éclosion, on prend conscience de sa complexité. Je demande donc pourquoi l’on finit sur un champagne moins plein que les trois autres. Mon gendre donne un explication qui est intéressante : il estime que les trois premiers permettent d’aborder le Grande Cuvée avec un œil différent, lorsque l’on a exploré des complexités variées. Et je comprends des explications d’Eric et Olivier que la maison Krug tient sa force de ses assemblages. Et les assemblages les plus délicats sont faits pour la Grande Cuvée. C’est ce travail de composition qu’Olivier tient à mettre en avant dans cet ordre de dégustation.pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Si je n’ai pas été totalement convaincu, car pour mon goût, les meilleurs sont dans l’ordre l’infiniment raffiné Clos du Mesnil 1998, puis le Millésimé 1995 déjà prêt pour la haute gastronomie, puis le Millésimé 1998 très prometteur et le Grande Cuvée, au nez brillant mais au coffre plus étroit.pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Nous allons goûter à nouveau la Grande Cuvée au déjeuner. Et là, la Grande Cuvée, épanoui et brillante, très au dessus du champagne de dégustation, m’a fait comprendre pourquoi Olivier a choisi cette ordre : la Grande Cuvée, c’est le vaisseau amiral de la maison Krug.pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Chaque année, je fais une conférence devant les élèves de pan style="color: blue">l’Institut Supérieur du Goûtpan>, école qui est dans la mouvance de la Fondation Cartier. Cette fois-ci, le directeur a élargi l’audience à des élèves de pan style="color: blue">l’Institut Supérieur du Luxepan>, autre école du même groupe. La participation ayant été suscitée sous la forme du volontariat, une trentaine d’élèves assistent à ma présentation, avec une majorité de jeunes filles. Après l’exposé et les réponses aux questions, nous dégustons un pan style="color: red">Maury, les Vignerons de Maury 1947pan> et un pan style="color: red">Maury distribué par Terres du Sud 1937pan>. Les quatre bouteilles apportées sont très récentes, car la mise en bouteille a été faite il y a moins de dix ans. Les élèves doivent se représenter la différence entre les deux Maury, et voir quelle est l’influence d’abord d’un chocolat noir, puis d’un chocolat au lait sur le goût de chacun des deux Maury.pan>p>
<p style="text-align: justify">Le Maurypan style="font-family: verdana; font-size: 10pt"> 1947 est plus noir, plus profond, de plus belle structure. Le Maury 1937 est plus marron, plus léger, et l’alcool est plus présent. On perçoit une nette différence entre les deux, le 1937 faisant notoirement plus vieux que le 1947. L’influence du chocolat noir est déterminante sur les deux Maury et beaucoup d’élèves sont surpris de la pertinence de l’association. C’est le 1937 qui réagit le mieux au chocolat noir, et il prend une dimension insoupçonnée par rapport à la première image qu’il avait donnée. Le 1937 profite nettement plus que le 1947 et devient beaucoupplus charmeur. Les élèves font des remarques très intéressantes. pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Le chocolat au lait crée presque une opposition avec le 1947 et le 1937 est chatouillé mais reste indifférent. On voit donc nettement que pour les deux vins le chocolat au lait n’est pas un apport pertinent et que le chocolat noir est un rehausseur de goût, conduisant le 1937 à dépasser en plaisir le 1947 qui semblait de qualité supérieure. Les élèves étaient intéressés et motivés, et c’est toujours un grand plaisir pour moi de dialoguer avec des jeunes pleins d’avenir. Un groupe de sept s’est déjà formé, que je reverrai pour d’autres dégustations dans très peu de temps.pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Dans le désert, des paraboles arrivent à capter les rares molécules d’eau que l’atmosphère distille chichement. L’histoire qui va suivre fait partie des hasards que la parabole de mon ange gardien arrive à capter, produisant quelques surprises invraisemblables. Et cela ajoute à mon bonheur. pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Un journaliste m’appelle. Il a eu l’approbation du domaine de la Romanée Conti pour faire un film sur le domaine et ses vins. Il me dit que son film commencerait par une dégustation de la Romanée Conti, et comme le renard de la fable, il me dit que je suis celui qui pourrait le mieux parler de la Romanée Conti avec les mots d’un jouisseur, au lieu des mots d’un analyste froid.pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Le corbeau n’est pas né de l’été dernier aussi ma réponse est d’une absence totale de romantisme : « avez-vous un budget ? ». Et j’indique que s’il s’agit d’ouvrir un Haut-brion ou un Yquem, je ne poserais pas la question, mais ouvrir une Romanée Conti pour le seul plaisir d’être filmé n’est pas dans mes horizons.pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">La réponse est nette : « je n’ai pas de budget ». Et le journaliste m’explique que l’un des sponsors du film étant une chaîne de télévision japonaise, si je partageais ma bouteille avec un amateur japonais qui connaît la Romanée Conti, ce serait apprécié. Il pensait sans doute me poser un problème insoluble, et je sens comme un étonnement lourd comme le plomb quand je lui réponds : « je déjeune avec lui ce midi ». pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Le midi, déjeunant avec mon ami japonais, je lui parle du projet : « je vais ouvrir une Romanée Conti pour le film du journaliste,pan> pan>comment envisagez-vous que nous puissions nous répartir les frais si nous la buvons tous les deux ? ». Sa réponse fuse comme l’éclair : « évitons tout problème d’argent, j’en apporte une aussi ». Quel bon sens et quel sens du partage !pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Le jour dit, je me présente à 9 heures du matin au pan style="color: blue">restaurant Le Grand Véfourpan> qui est envahi par les éclairages, les perches, les cadreurs et les caméramans. Nous avons livré nos deux bouteilles il y a plus d’une semaine. Il faut s’adapter aux caprices du script, ce qui n’est pas forcément dans ma nature. Je n’ai qu’une obsession : ouvrir les bouteilles comme il convient. Or on nous demande d’arpenter les arcades des jardins du Palais Royal, pour que le sujet soit mis en place.pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Après ces errances, je peux enfin ouvrir les deux vins. Le bouchon de la Romanée Conti 1996 est beau comme tout. Le parfum qui s’exhale du goulot est d’une folle jeunesse. Le bouchon de la Romanée Conti 1986 est incroyablement serré dans la bouteille, ce que j’avais déjà remarqué sur des bouteilles de la même époque. Et l’on constate instantanément que les deux vins sont à des stades opposés de leur vie. Il y a le gamin impubère et l’adulte. pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Suivant les ordres du script, nous nous asseyons, Tomo et moi pour commencer à déguster et commenter les vins. Les vins sont fraîchement ouverts, il est très tôt le matin, allons-nous entrer dans la magie de ces deux vins ? Les nez sont indéniablement Romanée Conti, avec deux versions résolument opposées. Le 1996 est d’une folle jeunesse avec un fruit rouge acide et des pétales de rose. Le nez du 1986 est nettement plus évolué, évoquant les feuilles d’automne et le salin caractéristique des vins du domaine. Les couleurs les distinguent crûment : le 1996 est rouge, noir de cerises, et le 1986 est plus tuilé, couleur depan> pan>vin plus assagi. pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">En bouche, les deux vins se conduisent comme deux effeuilleuses, car leur charme progresse à chaque gorgée comme au déshabillage de chaque pièce de vêtement. Plus le temps passe, et plus la magie de la Romanée Conti se propage, sous deux versions distinctes, du puceau et du barbon. Il est clair que l’écart de goût entre les deux vins est de plus de vingt ans, quand le calendrier ne donne que dix ans. Est-ce à dire que le plus ancien est fatigué ? Pas du tout. Quand je demande à Tomo lequel il préfère, il répond comme moi qu’il est impossible de les départager, tant ces deux versions sont Romanée Conti. On pourrait dire que le 1986 est plus authentiquement Romanée Conti, car il est plus affirmé, mais le 1996 est une merveilleuse promesse. Quand Tomo m’a demandé si le 1996 sera comme le 1986 dans dix ans, je lui ai répondu qu’il sera encore dix ans plus jeune que le 1986 d’aujourd’hui, car il a un potentiel de jeunesse presque inextinguible.pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Je m’imaginais qu’après dix ou douze phrases dithyrambiques sur les vins les caméras s’éteindraient. Pas du tout ! Nous avons parlé pendant une heure et demi sur ces deux vins, décrivant l’éclosion de leurs qualités, pour devenir les fleurs du mal que nous adorons.pan>p>
<p style="text-align: justify">La Romanée Contipan style="font-family: verdana; color: red; font-size: 10pt"> 1996pan>pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt"> est florale. Les pétales de rose sont nettement en trame au nez et en bouche. Les fruits rouges et noirs sont déterminants. Ce qui impressionne, c’est l’élégance et la finesse, car ce vin est en délicatesse et ne s’impose pas en force. Et le final est inextinguible. La trace en bouche ne peut s’arrêter. pan>p>
<p style="text-align: justify">La Romanée Contipan style="font-family: verdana; color: red; font-size: 10pt"> 1986pan>pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt"> est beaucoupplus bourguignonne. Il y a la salinité qu’évoque la coquille d’huître qui est si caractéristique des vins du domaine. En bouche, c’est l’équilibre qui impressionne. Il a lui aussi la finesse et l’élégance sur un registre plus assis, et si le final est aussi imprégnant, il est plus calme. pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Alors, la question qui peut venir à chacun est la suivante : « tout ça, c’est bien, mais est-ce que ces vins sont vraiment au dessus du lot ? ». Et la réponse est simple, c’est celle de l’auberge espagnole : si on veut critiquer ces vins, on trouvera toujours un argument de tel vin d’un région obscure qui le battrait à l’aveugle. Mais si on apporte à l’auberge son envie d’en jouir, on a un retour d’amour au-delà de toute espérance. Car la pureté de dessin de ces deux vins, l’élégance, la finesse et surtout la longueur infinie ne s’offrent qu’à ceux qui veulent les aimer. Et Tomo et moi sommes dans ces dispositions.pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Les caméras continuent de lancer leurs derniers feux. Les journalistes, caméramans et autres ont deux verres pour s’imprégner de la majesté de ces vins, et leurs mines éblouiespan> pan>sont convaincantes.pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Le corbeau est prévoyant comme l’écureuil : j’ai réservé une table au restaurant le Grand Véfour pour finir notre exploration de ces deux vins. pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Il faut toutefois se recadrer le palais et un pan style="color: red">Champagne Comtes de Champagne Taittinger 1998pan> est le compagnon idéal de notre retour sur terre. Sa bulle est un peu forte, mais c’est une question de température. Il a une belle personnalité et un charnu que j’apprécie, fait de fruits jaunes compotés.pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Sur des ravioles de foie gras, crème foisonnée truffée, la Romanée Conti 1996 est éblouissante de jeunesse et de fruit accompli. La bouche est emplie et la longueur est étourdissante. Le vin gagne en dimension dès qu’il est confronté à la nourriture. A côté, le 1986 porte le poids des ans. Il se referme et semble se désintéresser de ce qui se passe.pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Sur le pigeon Prince Rainier III absolument délicieux, la Romanée Conti 1986 qui crie : « je suis là », faisant bien comprendre qu’on aurait tort de l’oublier. Car l’accord est saisissant, le vin est éblouissant de jeunesse (eh oui) et d’accomplissement. C’est confondant de perfection, la truffe en gros morceaux agissant avec pertinence. Et le 1996 au contraire se referme, comme son aîné l’avait fait sur le plat d’avant. pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Nous comprenons que ces deux vins ne se conçoivent qu’en situation de gastronomie, car c’est là qu’ils montrent à quel point ils sont grands. Entre les vins frais bus à 10 heures et les vins accomplis que nous buvons maintenant, il y a un espace incommensurable. Au moment où les dernières gouttes s’assèchent dans nos verres, nous mesurons la chance immense que nous avons eue de goûter ces deux vins mythiques, qui justifient leurs mythes, en nous donnant un plaisir qui est tout simplement un privilège.pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Il fallait finir le champagne et l’accord qui a terrassé les accords précédents, c’est celui d’un fromage « cabri ariégeois » fort coulant avec le Comtes de Champagne. A se damner. pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">C’est la première fois de ma vie que sur un repas à trois vins il y a deux Romanée Conti. Avec Tomo, nous avons décidé de recommencer. Car il n’y a pas sur terre beaucoup de plaisirs plus gratifiants que de côtoyer ainsi, dans l’amitié, le Graal du vin, rêve de beaucoup d’amateurs de vins sur toute la planète.pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Déjeuner au pan style="color: blue">Yacht Club de Francepan> avec mes conscrits. Le champagnepan style="color: red"> Joseph Perrier brutpan> est toujours un champagne de soif, dont la consommation croît exponentiellement avec sa buvabilité (mot atroce s’il en est). pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Le pan style="color: red">Château Carbonnieux 2001 rougepan> a opté pour le modernisme et cela lui va bien. pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Le pan style="color: red">Château Smith Haut Laffite 1998pan> est un vin intelligent qui se développe bien avec le temps. La cuisine de ce lieu accueillant progresse de repas en repas. On s’y sent bien.pan>p>
<p style="text-align: justify; margin: 0cm 3.6pt 6pt 0cm">Michel Chasseuilpan style="font-family: verdana; font-size: 10pt"> signe son livre au pan style="color: blue">siège d’Artcurialpan>, dans un immeuble magnifique au rond point des Champs-Élysées qui appartient à la famille Dassault avec laquelle Michel a été lié pendant une grande partie de sa carrière. L’éditeur est Jacques Glénat, grand collectionneur de vins, que j’ai connu lorsque Alexandre de Lur Saluces réunissait les amis d’Yquem. Jacques étant grand amateur de vins, nous sommes traités au pan style="color: red">Champagne Krug Grande Cuvéepan>, qui se boit avec grand plaisir. Je reconnais beaucoup de personnes du monde du vin, dont Michel Chapoutier et Michel Bettane. J’achète le livre de Michel Chasseuil et je reconnais avec plaisir une de mes bouteilles, un Chypre 1845, que Michel Chasseuil, chasseur tenace de raretés, m’avait persuadé de lui céder contre un de ses vins de paille Bouvret 1893. pan>p>
<p style="text-align: justify; margin: 0cm 3.6pt 6pt 0cm">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">L’assistance est nombreuse et une collaboratrice charmante de Jacques m’indique que je suis invité au dîner qui va suivre au pan style="color: blue">restaurant Laurentpan>. Nous nous y retrouvons une dizaine, dont Jacques Glénat, son fils et deux de ses bras droits, Michel Chasseuil et son fils, Laurent Dassault, Michel Bettane, Michel Chapoutier et moi.. Le menu est excellent : saumon sauvage mi-cuit, macédoine de légumes en gelée citronnée / carré et selle d’agneau de lait des Pyrénées, petites poivrades farcies / Saint-nectaire / gaufrette fourrée à la crème de lait d’amandes et fraises des bois. pan>p>
<p style="text-align: justify; margin: 0cm 3.6pt 6pt 0cm">Le Krugpan style="font-family: verdana; font-size: 10pt"> Grande Cuvée continue de nous mettre en bouche. Le pan style="color: red">Meursault Hospices de Beaune Cuvée de Baherze de Lanlay Joseph Drouhin 1998pan> est très évolué. Et c’est amusant de voir cette docte assemblée rejeter à hauts cris ce vin trop évolué, alors qu’une heure après, le vin a retrouvé une sérénité agréable. Le pan style="color: red">Saint-Joseph blanc Les Granits Chapoutier 2006pan>pan> pan>me semble botrytisé et Michel me dit qu’il l’est à peine. En fait, c’est la Roussane qui donne une impression de fumé et de liqueur de dosage, qui confère à ce blanc jeune une forte densité. Ce vin assez atypique est trop jeune pour moi.pan>p>
<p style="text-align: justify; margin: 0cm 3.6pt 6pt 0cm">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">C’est avec pan style="color: red">L’Ermite Ermitage Chapoutier 2005pan> que je prends le plus de plaisir. Car ce vin frais, servi à température idéale, est d’une rare élégance. S’il faut boire des vins jeunes, alors, que ce soit celui-là. Le Château Mouton Rothschildpan style="color: red"> 1994 apan style="color: windowtext; font-weight: normal"> un nez discret. On sent qu’il a une belle charpente, mais après l’Ermitage, il lui est impossible de briller. pan>pan>pan>p>
<p style="text-align: justify; margin: 0cm 3.6pt 6pt 0cm">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Pour faire échange avec mon vin de Chypre, Michel Chasseuil m’avait tellement dit que son pan style="color: red">Vin de Paille Bouvret 1893pan> écrasait les Yquem 1937 que j’avais fini par céder. Celui qui nous buvons est intéressant, évoquant la mangue, l’abricot, avec une grande faiblesse alcoolique et très peu de complexité que si je comprends l’intérêt de la curiosité, je ne comprends pas qu’on puisse comparer à Yquem qui a cent longueurs d’avance en termes de complexité. Le vin est toutefois charmant, doux, tendre, excitant car nul n’a de repères. Mais de là à le déifier, il y a de la marge.pan>p>
<p style="text-align: justify; margin: 0cm 3.6pt 6pt 0cm">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Lors de la présentation à table Jacques Glénat qui avait placé Michel Chasseuil et moi côte à côte nous a présentés comme deux antipodes, celui qui conserve les vins et celui qui les boit. Mais lors de son court speech, Michel Chasseuil a indiqué qu’il avait l’intention de céder sa cave à une fondation qui chaque année ferait un repas d’anthologie, dont les bénéfices iraient à des œuvres d’utilité publique. Si c’est cela, et Michel Bettane m’a dit que l’homme irait jusqu’au bout, son acharnement à constituer une des plus belles caves au monde mérite le respect. pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Déjeuner à pan style="color: blue">l’Automobile Club de Francepan> avec mon frère et ma sœur, avec une très avenante pan style="color: red">Côte Rôtie Brune et Blonde Guigal 2000pan>. pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Comme quoi il n’y a pas que les « La La » (Mouline, Landonne et Turque) qui peuvent donner du plaisir. C’est le nez qui est spectaculairement dense. pan>p>
<p style="text-align: justify">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Le Paris-Brest de l’ACF devrait être classé péril national tant il est redoutablement bon et terriblement efficace pour développer les poignets d’amour (est-ce poignets ou poignées, seul mon tailleur le sait). pan>p>
<p style="text-align: justify; margin: 0cm 0cm 6pt">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Un épilogue se joue le lendemain midi. pan>p>
<p style="text-align: justify; margin: 0cm 0cm 6pt">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Je souhaite que ma femme goûte le Tokay 1819, et je souhaite finir le Bollinger 1945. Le champagne a pris une sale couleur grise, son nez s’est affadi. En bouche, il me rappelle ce qu’il était hier, mais comme une mémoire floue. pan>p>
<p style="text-align: justify; margin: 0cm 0cm 6pt">pan style="font-family: verdana; font-size: 10pt">Alors que le Tokay est absolument impérial. Le nez évoque le pruneau, la réglisse et le caramel. Ma femme lui trouve des traces anisées. Le vin est irréellement bon et n’a pas bougé. Alors oui, mes amis ont eu raison, le plus grande de ce dîner est de loin l’éternel Tokay 1819 qui restera aussi beau qu’inconnu.pan>p>