Archives de catégorie : dîners ou repas privés

Déjeuner avec Salon 1955 et des amis proches vendredi, 25 avril 2025

Ayant dans ma cave deux bouteilles mythiques, j’ai eu envie de faire un déjeuner d’amis autour de ces vins : Champagne Salon 1955 et Champagne Clos du Mesnil Julien Tarin 1955. Le champagne Tarin a été créé en 1698. Il est entré dans le patrimoine de Krug en 1971 et le premier millésime du Krug Clos du Mesnil est 1979. Les vins de Julien Tarin sont très rares et l’association des deux champagnes de Mesnil-su-Oger, Salon 1955 et Tarin 1955 est absolument unique.

J’ai demandé à Didier Depond, président des champagnes Salon et Delamotte de venir à ce repas. Il a accepté avec plaisir. Un ami de Singapour, un autre ami italien, un jeune champenois qui vend du vin se joignent à moi, ainsi que mon fils qui remplace au pied levé un amateur de vin empêché par un événement exceptionnel et inattendu.

L’ami de Singapour apporte un Nuits-Meurgers Henri Jayer 1987, l’ami italien apporte trois Barolos, le jeune marchand de vin apporte les deux plus anciens vins de sa cave, de 1805 et 1835. Didier Depond apporte Salon 1973, d’une année que je souhaitais déguster et Salon 2015 qui n’est pas encore mis sur le marché et qui va précéder Salon 2014 qui ne sera disponible que dans un an.

Les trois amis viendront assister à l’ouverture des vins au restaurant Pages, l’ami de Singapour étant arrivé avant moi, car des pluies en trombe ont figé la circulation dans Paris, faisant de mon trajet en taxi un lent et long pèlerinage.

Du fait des conditions atmosphériques, les bouchons résistent fortement et sont même impossibles pour moi, comme les Barolos dont les bouchons sont plus de bois que de liège. C’est Marcello qui les ouvrira. Le bouchon du Tarin 1955 est assez sale et le parfum n’est pas idéal. Nous verrons.

J’ai eu le temps de bâtir le menu avec le chef Ken et l’occasion était belle d’explorer des pistes inhabituelles. Nous le verrons.

Lorsque Didier Depond arrive, il me montre un Champagne Delamotte Collection 2002 et je lui demande ce qu’il veut en faire, car nous avons beaucoup trop de vins ouverts. Il me répond : « c’est pour boire bien sûr ». Nous commencerons par ce champagne dégorgé il y a quinze jours. Il est d’une solide structure et d’un grand charme. C’est un champagne d’une belle maturité qui peut jouer dans la cour des grands blancs de blancs

Nous passons à table. J’ai demandé un poisson cru et ce sera une sériole à la texture fondante et au goût délicat. Ce poisson accompagne deux vins que tout oppose. Le Champagne Salon 2015 est le champagne qui va être sur le marché incessamment. Quelle belle surprise. Il est déjà gourmand, bien structuré et m’impressionne. J’ai dit à Didier qu’il me fait penser à 1990 ce que Didier approuve.

A côté, nous buvons le Jerez de la Frontera Nelson 1805 qui a ‘seulement’ 210 ans d’écart. Je pensais que les deux se féconderaient et c’est ce qui se passe. Le Xérès a un côté sec et salin qui est très agréable et il est un peu plus rond que ce que j’imaginais. Les deux vins cohabitent bien et le délicieux poisson s’adapte aux deux vins. C’est une belle expérience.

Nous allons en faire une encore plus osée. J’ai demandé au chef Ken de faire un lieu jaune à la sauce légère au vin rouge pour accompagner deux vins que tout sépare. Le Champagne Salon 1973 est généreux et joliment équilibré. C’est un vin souriant et noble. Didier n’en revient pas que ce champagne accepte une sauce vin rouge. Elle avait été pensée pour aller avec le Nuits-Meurgers Henri Jayer 1987 et nous constatons que l’accord se trouve aussi avec le champagne. Ce vin rouge est un trésor de raffinement discret. Tout est fin et suggéré. La chair délicieuse du poisson crée un accord précieux avec le bourgogne rouge.

On peut passer du champagne au vin rouge à condition de passer par la case poisson qui recalibre le palais. Je suis aux anges, car qui aurait osé un tel mariage à trois ?

Nous allons maintenant avoir les trois Barolos de Marcello : Barolo Conterno Monfortino 1937, Barolo Giacomo Conterno Riserva 1937 et le Barolo Giacomo Conterno Picasso 1964. Ces vins sont très rares dont notamment le 1964 dont l’étiquette est un dessin bachique de Pablo Picasso.

Les vins italiens sont riches et puissants et vont accompagner un canard de Challans et des morilles puis du wagyu très pur. Les avis sur les vins ont été très variés entre les participants. J’ai préféré le Riserva 1937 que j’ai trouvé élégant alors que l’autre 1937 a souvent été choisi.

Lors d’un repas avec Arnaud Donckele, nous avions décidé de bousculer l’ordre des plats en mettant une truite après du bœuf d’Aubrac ce qui est hors norme. J’ai eu envie de faire de même en plaçant un turbot après le wagyu pour accompagner les deux champagnes de 1955.

Le Champagne Salon 1955 a une couleur dorée éclatante et offre quelques bulles et un joli pétillant. Ce vin est éblouissant. Quelle présence, quelle maturité. Il est royal et Didier l’apprécie au plus haut point. Sa longueur est infinie.

A côté, le Champagne Clos du Mesnil Julien Tarin 1955, qui avait un niveau assez bas du fait d’un bouchon trop resserré qui avait laissé l’évaporation se développer, est assez fade et manque un peu d’énergie. Mais l’important était que ce vin côtoie le Salon 1995, son conscrit.

Les deux vins les plus anciens vont être servis avec un dessert à la noix puis des financiers à la rose. Le gâteau est sur une assiette sur laquelle on a marqué « joyeux anniversaire ». Une bougie a été plantée pour que je la souffle avec les applaudissements de mes amis.

Le Jerez de la Frontera Nelson 1805 est incroyablement salé et d’une puissance estrême, mais le dessert le rend velouté et incisif.

Le Brown Madeira Madère Impérial 1835 est délicieux et expressif, charmeur et profond comme les grands madères. Un bonheur. Je suis un admirateur des madères.

Nous votons. Le Salon 1955 reçoit quatre places de premier sur six possibles.

Le classement des six est ; 1 – Champagne Salon 1955, 2 – Nuits-Meurgers Henri Jayer 1987, 3 – Champagne Salon 1973, 4 – Jerez de la Frontera Nelson 1805, 5 – Brown Madeira Madère Impérial 1835.

Mon classement est : 1 – Champagne Salon 1955, 2 – Nuits-Meurgers Henri Jayer 1987, 3 – Brown Madeira Madère Impérial 1835, 4 – Champagne Salon 1973, 5 – Barolo Giacomo Conterno Riserva 1937.

C’est à ce moment qu’arrive Naoko Oishi, la propriétaire du restaurant Pages, accompagnée de mon ami Tomo qui est venu avec un Champagne Salon 2013 qui sera un joli point final de notre repas amical. Le Salon 2013 est de belle personnalité, mais mon cœur balance en faveur du Salon 2015, un futur prodige.

Marqué par la générosité et l’amitié, ce repas est un moment exceptionnel de ma vie.

Déjeuner de Pâques et déjeuner d’anniversaire mardi, 22 avril 2025

Le mercredi 23 avril est mon anniversaire, mais nous le fêterons le 21 avril, lundi de Pâques, afin d’avoir avec nous le plus grand nombre de nos enfants et de nos petits-enfants.

Hier, je suis allé au marché acheter du fromage, et dans une autre boutique, j’ai vu de magnifiques asperges et je me suis dit : il me les faut absolument. Et j’ai pensé à un vin rouge.

Mon fils est arrivé ce matin de Miami et m’a proposé des truffes noires sous vide. À l’ouverture, l’odeur des truffes était si intense que je me suis dit : c’est ce qu’il faut avec les asperges pour accompagner le vin rouge de Pâques.

Pour le déjeuner de Pâques avec ma femme et mon fils, nous commençons par le Champagne Réserve Grand Trianon Rothschild 1964 à la très jolie bouteille, qui sera associé à un caviar Baeri de Kaviari. C’est un très joli champagne rond, serein, savoureux, typique des vieux champagnes. Il a une belle présence mais manque – à peine – d’un peu d’émotion.

C’est maintenant l’apparition du Château Ausone 1937 avec des asperges et des truffes noires. C’est l’occasion d’un des meilleurs accords que je n’aie jamais créés. Lorsque j’ai ouvert l’Ausone 1937 à 10 heures du matin, l’odeur était si forte que j’ai décidé de protéger ce goût impérial avec un bouchon en verre. Et au moment du service, c’est un miracle. Si frais, si long, si raffiné, il crée un accord merveilleux.

J’avais acheté cette bouteille il y a probablement 40 ans. Parfaite, sans défaut, pure et glorieuse. Je suis si heureux d’avoir eu cette idée. Nous avons ensuite goûté un Brillat-Savarin et truffe avec l’Ausone, et c’est également un miracle.

La suite se fait avec une bouteille de 50 cl de Tokaji 3 Puttonyos 1972, délicat, doux mais sans excès, parfait sur un flan. C’est un accord calme et délicat. La robe du Tokaji est intense, et le goût est très doux et de belle longueur. Comme j’adore le flan, je suis aux anges.

Pour le repas du soir, j’ouvre un Champagne Ayala 1961. Il s’est passé quelque chose d’incroyable. J’ai voulu ouvrir la bouteille, mais le bouchon a résisté. J’ai pris une serviette pour le dévisser, mais il n’a pas beaucoup bougé. J’ai donc utilisé un outil qui est comme une fourche et s’utilise pour les bouchons de champagne récalcitrants. Tout à coup, le bouchon a sauté d’un mètre en hauteur, produisant un pschitt dynamique. Qui aurait pu imaginer qu’un champagne de 63 ans puisse exploser avec une telle énergie ? Je n’aurais jamais cru que ce soit possible. Cela me rappelle le magnum de Dom Pérignon 1988 de jeudi dernier, dont le bouchon a explosé encore plus fort, touchant le plafond et le blessant. L’Ayala 1961 est extrêmement agréable, paraissant largement plus jeune que le champagne Rothschild Réserve Grand Trianon 1964. Cet Ayala est un grand champagne émotionnel.

Le succès n’est pas toujours au rendez-vous. J’avais en cave un Champagne Krug Private Cuvée des années 50, avec un faible niveau et une couleur terne. Je l’ai ouvert et le parfum était insupportable. Il était sûrement mort. Je l’ai laissé ouvert toute la nuit et le lendemain, j’ai été étonné de constater que la mauvaise odeur avait disparu, ce à quoi je ne m’attendais pas. Quand je l’ai goûté, c’était un champagne endormi, plat, mort. Je n’ai pas insisté. Mais l’attitude que j’ai adoptée devrait être la règle : toujours donner sa chance à chaque vin.

Nous sommes le lundi de Pâques pour fêter en famille mon anniversaire. De grand matin, lorsque j’ouvre le Vosne-Romanée Henri Jayer 1980, je vois que le vin avait été mis en bouteille par un négociant belge, ce qu’on lit sur l’étiquette. Je me suis demandé de quoi il s’agissait, mais à l’odorat, aucune question ne se posait, car un parfum aussi élégant, subtil et romantique ne peut pas provenir d’un vin qui n’est pas d’Henri Jayer. J’ai appris plus tard que le négociant belge avait eu le privilège de mettre en bouteille son allocation d’Henri Jayer.

J’ai aussi ouvert l’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1958, qui dégageait un parfum merveilleux. Les vins seront servis quatre heures plus tard sur du wagyu.

Le repas commence avec le Champagne Ayala 1961 qui a gardé une grande élégance et qui est plus fringant que le reste du Champagne Réserve Grand Trianon Rothschild 1964.

L’Hermitage La Tourette Delas blanc 1987 accompagne un cœur de saumon absolument délicieux. Le vin est gentiment gourmand et d’un beau fruit. C’est un Hermitage très agréable à boire avec un aimable goût de ‘revenez-y’.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1958 a un nez et un goût de rose. Il est plutôt puissant. Sa personnalité est belle et sereine. C’est un grand vin.

Le Vosne-Romanée Henri Jayer 1980 est très différent, élégant, précis, raffiné. Les deux sont merveilleux à boire. Il est très difficile de dire lequel est le meilleur. Le wagyu est naturellement fait pour élargir la puissance de l’Echézeaux et l’on pouvait craindre qu’il fasse peur au sensible Vosne-Romanée, mais en fait le 1987 trouve lui aussi un tremplin avec la si gourmande viande.

Nous avons dégusté ensuite les deux vins sur du Brillat-Savarin et de l’Époisses, ce qui était un accord aussi passionnant, le Jayer éclatant sur le Brillat-Savarin et le Conti éblouissant sur l’Epoisses. Au final, j’ai eu une préférence pour l’Echézeaux, plus riche, plus complexe, plus en adéquation avec mon tempérament. Mais le Jayer était si fin et délicat que je l’ai adoré aussi. Un grand moment.

Le champagne a accompagné un fraisier de grande élégance.

Les deux repas ont formé un ensemble et mon classement est : 1 – Ausone 1937, 2 – Echézeaux 1958 3 – Vosne-Romanée 1980, 4 – Tokaji 1972, 5 – Ayala 1961, 6 – Hermitage 1987, 7 – Trianon Rothschild 1964.

Les vins du 4ème au 7ème étaient très agréables et pourraient être presque ex æquo dans le classement tant ils sont d’un intérêt similaire.

Les meilleures combinaisons vins et plats ont été : 1 – Asperges + truffe avec Ausone 1937. 2 – Epoisses et Echézeaux. 3 – Wagyu et Vosne-Romanée.

J’étais vraiment heureux de ma sélection de vins très différents.

Trois vins superbes au restaurant Pages jeudi, 17 avril 2025

Ma femme est partie dans le sud avec notre fille cadette. Elle ne sera pas avec moi pour fêter nos 59 ans de mariage. Je vais déjeuner avec deux personnes du monde du vin au restaurant Pages. Pour honorer notre mariage, j’ai pris avec moi deux vins de l’année 1966, celle de notre mariage. Le troisième vin n’a pas un millésime qui serait relié à un événement.

Arrivant en avance, je mets au point le menu avec le chef Ken et Pierre Alexandre, le directeur du restaurant. Ce sera : amuse-bouche / poisson cru / asperges blanches servies froides / lotte / canard aux carottes / dessert aux premières fraises proposé par le pâtissier Lucas.

Le bouchon du Cheval Blanc 1966 est magnifique, le niveau du vin est dans le goulot et le parfum indique que le vin sera grand. Le Veuve Clicquot 1966 a aussi un joli bouchon et son parfum est curieux, fait de fruits rouges, ce qui est étonnant.

Je n’ouvre pas l’Y d’Yquem 1977 car je ne sais pas si mes convives envisagent que nous goûtions trois vins.

Le Champagne Veuve Clicquot Ponsardin 1966 m’a semblé largement meilleur que le 1962 et le 1990 dégustés vendredi dernier à l’hôtel du Marc. Ma cave est peut-être meilleure, je ne sais pas. Ce champagne est glorieux, intense et complexe. Une merveille. A noter que les amuse-bouches dont nous n’avions pas parlé avec Ken n’ont créé aucun accord pertinent avec le champagne qui s’est mis à briller sur le poisson cru divin.

L’Y d’Yquem 1977 présente un botrytis important. Il rend ce vin rond et très agréable. Avec des asperges blanches, l’accord est magique. Je ne m’attendais pas à un 1977 de ce niveau. Je pense que ce vin d’une année plutôt légère fait ressortir le botrytis. Le vin blanc à la couleur très claire au brillé aussi sur la lotte.

Le Château Cheval Blanc 1966 est la plus grande surprise. Ce vin est la perfection pure. Incroyable. Tout est parfait. Puissance, longueur, subtilité, intensité. Ce vin est un mystère, tant il est grand. Il est superbe à boire avec du canard simplement cuisiné.

Le pâtissier Lucas nous avait proposé un dessert à la fraise dont la saison commence. Ce dessert léger et délicat a été accompagné par un champagne brut non dosé, formant un bel accord.

J’avais rendez-vous après le déjeuner avec Arnaud Donckele et son équipe de Plénitude, pour mettre au point un prochain dîner. J’ai apporté les trois vins dont il restait une quantité suffisante. Ils ont été surpris par la perfection du Cheval Blanc 1966. Je l’avais ouvert plus de cinq heures auparavant et c’est un vin que j’avais dans ma cave depuis plus de cinquante ans.

Les trois vins de ce déjeuner se sont montrés à leur plus haut niveau de perfection.

Déjeuner de famille jeudi, 17 avril 2025

Le lendemain de ma visite chez Veuve Clicquot, ma fille vient avec ses deux enfants et leur historique nounou déjeuner à la maison. J’avais gardé les deux magnums de Veuve Clicquot Ponsardin dont il restait encore un quart. Je voulais que ma fille les goûte.

Si on veut donner une image de la différence de ces deux champagnes, le Veuve Clicquot Ponsardin 1962 est un Anthony Hopkins, et le Veuve Clicquot Ponsardin 1990 un Cary Grant. Le 1962 a un talent extraordinaire et le 1990 a un charme absolu.

Nous avons mangé du cœur de saumon cru. J’ai eu l’idée de choisir un Bonnezeaux La Montagne moelleux Domaine de Terrebrune 1993. L’idée était qu’un Bonnezeaux serait doux ce qui conviendrait au gras du saumon. Et cela a très bien fonctionné. Un vin trop puissant n’aurait pas été à la hauteur. Ce vin est élégant, avec des nuances subtiles et intenses, sans aucune agressivité.

Un Vega Sicilia Unico 1961 a accompagné le poulet puis un Brillat-Savarin. Élégant, puissant, extrêmement long, avec une trace fraîche et mentholée. C’est un très grand Vega Sicilia Unico à un niveau de maturité parfait. Équilibré, sans aucun signe d’âge.

Le Bonnezeaux 1993 est un excellent vin avec du saumon cru, et le Vega Sicilia Unico 1961 est un véritable roi. Je classerais : 1 – Veuve Clicquot Ponsardin 1990, 2 – Vega Sicilia Unico 1961, 3 – Veuve Clicquot Ponsardin 1962, 4 – Bonnezeaux 1993.

Ce fut un bon déjeuner dominical.

Déjeuner au restaurant Le Sergent Recruteur jeudi, 17 avril 2025

Un ami allemand m’avait demandé d’organiser plusieurs dîners pour son entreprise. Il a vendu ses parts et investi dans un vignoble en Californie avec un jeune vigneron. Il voulait me voir et avoir mon avis sur les vins de son vignoble. Il m’a invité avec son fils et le vigneron de PIUS Paso Robles.

Il m’a dit : « J’apporterai des vins qui feraient pâlir vos vins français ». Bien sûr, c’était une blague, mais je l’ai pris comme un challenge. Nous nous retrouvons au restaurant le Sergent Recruteur. J’ai ouvert mes vins à 11 heures et comme le soleil inondaient l’île Saint-Louis je me suis promené le long de la Seine et pris un café crème sur une terrasse de café surplombant la Seine. Paris est magique quand il fait beau.

Nous commençons par un Champagne Dom Pérignon 2002 qui est à la fois riche, rond et extrêmement agréable. Il est vraiment agréable et se marie divinement à la célèbre rillette de maquereau.

J’ai récemment fait un tour dans ma cave pour trouver les bouteilles qui ont perdu trop de liquide. Certaines sont mortes, d’autres sont pleines de vie.

Le Rosé Kébir-Impérial d’Algérie des années 30 a perdu près de 60 % de son volume. Sûrement mort. Je l’ai ouvert 2 heures avant le déjeuner. Le premier nez était madérisé et je ne m’attendais à rien, mais en fait, avec les morilles qui accompagnaient les jeunes asperges, cela a créé une combinaison que le vigneron a adorée.

J’ai apporté La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1961 avec un niveau de 15 cm sous le bouchon. Le premier nez était parfait à l’ouverture ce qui est un signe fort. Maintenant, il n’a aucune déviation. Il n’y a absolument rien à redire. Le vin est si complexe, solide, un pur délice. Ce qui frappe c’est son équilibre et mes convives sont sous le charme. Le bœuf remarquablement cuit par Alain Pégouret est le compagnon idéal de ce vin emblématique.

Le Chardonnay PIUS Estate de Paso Robles 2022 m’a beaucoup plu. Il est très bien fait intense et montre déjà une belle longueur.

Le Cabernet Sauvignon PIUS Estate 2021 m’a également plu. Les deux vins américains sont très bien faits et agréables à boire dans leur jeune âge. On sent que le jeune vigneron travaille bien.

Le dessert au cacao s’est parfaitement accommodé d’un Vin de paille Domaine de la Pinte Jura 2018, doux et charmant proposé par Aurélien, le très compétent et passionné Aurélien.

Je pense que le vigneron a produit des vins très prometteurs. Par boutade j’ai dit que pour surpasser La Tâche 1961, il faudra 2 ou 3 siècles aux vins californiens, mais je pense qu’ils vont bien évoluer. Ce fut un très bon déjeuner au restaurant Sergent Recruteur avec des convives sympathiques et entreprenants.

La lente résurrection d’un Vega Sicilia Unico 1983 jeudi, 3 avril 2025

Au port, près de ma maison du sud, il y a un restaurant de bord de mer, l’Aventure, où l’on mange de bons produits de la mer. Le patron est sympathique et l’équipe de service est très efficace. Je ne sais pas comment cela s’est passé, mais Julien, le patron, m’a autorisé de venir avec mes vins et il m’a dit avec fierté que je suis le seul à qui il octroie ce privilège. C’est un honneur qui me fait particulièrement plaisir.

Nous voulons avec ma femme aller déjeuner en ce lieu et je décide d’ouvrir une bouteille de vin avant d’aller au restaurant pour ne pas attirer l’attention si j’ouvre sur place un vin qui n’est pas sur la carte. Il est inutile d’attirer l’attention. J’ouvre un Vega Sicilia Unico 1983. Le bouchon se brise mais sans danger et quand je le sens puis quand je sens le vin, une forte odeur de bouchon attaque mes narines. Il n’est pas question de prendre ce vin et ce d’autant plus que j’offre toujours un verre au sommelier et à sa femme. Ce serait inopportun.

Je choisis donc un Champagne Krug Grande Cuvée étiquette crème dont les vins sont de la deuxième moitié de la décennie 70 et de la première moitié de la décennie 80. J’ouvre la bouteille sur place car tourner un bouchon peut se faire discrètement. Le bouchon s’est rabougri ce qui fait qu’il s’extirpe sans la moindre difficulté. La couleur est d’un or joyeux et il n’y a ni pschitt ni bulle.

L’ouvrir au dernier moment n’est pas une bonne chose. Il y a une certaine amertume qui n’a disparu qu’à la fin du repas, et j’ai ensuite pu savourer la gloire du Krug. La prochaine fois, je l’ouvrirai à l’avance, car ce champagne mérite d’être bu comme il se doit.

Cette amertume n’a pas gâché notre joie car ce jour qui est le premier avec l’heure d’été a un fort parfum de vacances, le port débordant de personnes qui veulent profiter de la première journée chaude et estivale.

La chair du saint-pierre est divine et le champagne a la souplesse suffisante pour bien s’adapter à son goût. D’un passage de l’heure d’hiver à l’heure d’été, on bascule tout d’un coup de l’hiver triste et froid à l’été chaud, promesse de bonheur.

Il restait bien évidemment le Vega Sicilia. Que fallait-il en faire ? Je n’avais pas pu le prendre pour le déjeuner du dimanche. Dimanche soir, je le sens et l’odeur de bouchon est toujours présente. Lundi midi, l’odeur de bouchon a presque disparu et le fruit commence à apparaître. J’essaie. Il est buvable, mais toujours serré. Lundi soir : plus d’odeur ni de goût de bouchon. Le vin est fruité et ample, mais pas encore excellent à 100 %. Je n’ai rien bu mardi car je préférais attendre une amie qui viendra déjeuner chez nous le mercredi.

Lorsque notre amie est arrivée, j’ai ouvert un Champagne Dom Pérignon 1985. Le champagne a un bouchon un peu serré, ce qui le rend un peu plus âgé qu’il ne le devrait. Il se présente comme appartenant au monde des vieux champagnes, alors que d’autres 1985 appartiennent encore au monde des jeunes champagnes. Mais ce n’est pas un inconvénient. Il est simplement différent. Puissant, plein d’énergie, très rond et juteux, il se montre merveilleux avec le foie gras. C’est un grand champagne, mais objectivement, je préfère le 1985 qui a conservé sa jeunesse.

Ce mercredi midi, le parfum du Vega Sicilia Unico 1983 est parfait. En bouche, le vin est ample, fruité, généreux et ne montre aucun signe de fatigue. Donc trois jours après l’ouverture, ce vin n’a plus de goût de bouchon et se montre brillant et sans fatigue. Je pense que la structure solide du vin espagnol a contribué à cette reprise. On en revient à l’adage que je suis toujours avec conviction : ‘il faut toujours donner une chance au vin’.

Repas avec des vins algériens éblouissants et des bordeaux antiques dimanche, 23 mars 2025

Il arrive de temps à autre qu’on me pose des questions sur des vins anciens peu connus. Un amateur de vins qui avait apporté à l’académie des vins anciens des vins remarquables d’Algérie et de Corse me parle d’un vin algérien qui m’est inconnu, ce qui excite ma curiosité.

Un autre amateur me parle d’un Léoville Las Cases 1884 provenant de Schröder et Shÿler. Là, mon sang ne fait qu’un tour. Il se trouve que j’ai bu des vins de toutes les années entre 1885 et 2023, sans qu’il n’y ait un seul millésime dont je n’aurais pas bu au moins un vin. Si nous partagions ce Las Cases, il y aurait une lignée de 140 millésimes successifs dont j’aurais bu au moins un vin. Une telle opportunité ne se refuse pas, car j’aime suivre par des statistiques mon voyage dans le monde fascinant des vins anciens.

Les apporteurs de ces vins pourraient venir jusqu’à ma maison du sud. Nous discutons des apports possibles et voici ce que ça donne : Lucas et Xavier apporteront : Château Léoville Las Cases mise Schröder et Shÿler 1884, Château Margaux 1983 et Haut-Sauternes Schröder et Shÿler vers 1900 (?).

Jérémy viendra avec Sidi Brahim Vigna, rosé Alger 1945 et Clos Adélia de la ville de Margueritte Algérie 1948.

J’ouvrirai : Champagne Heidsieck Monopole Cuvée Diamant Bleu 1964, Selatna rosé de Mascara Algérie 1955 et Château Beychevelle 1882.

Nous mettons au point le menu avec mon épouse : andouille de Guémené, Cecina de León, rillette / caviar osciètre / daurade royale / suprême de pigeon et purée Robuchon / saint nectaire et époisses / stilton / cake au citron, thym et tranches de mangues sauvages du Cameroun.

Comme nous nous verrons à déjeuner, il me semble que les vins de 1882 et 1884 devraient être ouverts la veille. Je décide d’ouvrir tous les vins dès 18 heures la veille. Le champagne a un niveau assez bas lié à une coulure le long du bouchon qui vient assez doucement, sans faire le moindre pschitt. L’odeur est engageante.

Pour le rosé de 1955 je sens un nez de bouchon sensible. Il ne reste qu’à espérer.

Le nez du Sidi Brahim rosé 1945 me séduit au plus haut point. Le nez est riche, avec une forte odeur de café si caractéristique des vins algériens. Le bouchon du 1955 était fortement déchiré et le bouchon du 1945 aussi déchiré, d’un liège trop friable.

Les bouchons des deux bordeaux de 1882 et 1884 sont de très belle qualité et sortent presque entiers. Sont-ils d’origine, je ne sais pas, mais ils ont au moins 90 ans s’il y a eu rebouchage. Le parfum du 1882 est très pur, mais demandera du temps pour s’épanouir. Le nez du 1884 est plus incertain. A ce stade, il est bon d’attendre ce qui se passera pendant la nuit.

L’ouverture du 1983 est d’une simplicité biblique et le Margaux sent très bon. Le bouchon du sauternes s’est fortement déchiqueté du fait d’un goulot qui n’est pas cylindrique et d’un liège faible. L’odeur est puissante et riche, mais relativement peu orthodoxe pour un sauternes. Les nombreux parfums ne sont pas les plus fréquents pour les sauternes. Nous verrons.

Après une nuit aux orages titanesques, notre déjeuner s’annonce sous le soleil. C’est encourageant et nous passons quelques minutes au soleil sur la terrasse, face à la mer.

Le Champagne Heidsieck Monopole Cuvée Diamant Bleu 1964 a une magnifique couleur dorée. Il n’a aucune bulle mais le pétillant est très présent. Ce champagne très rond et agréable trouve son envol sur la rillette plus que sur l’andouille ou la Cecina de León légèrement trop sèche.

Nous gardons tous un peu de champagne en passant à table pour voir comment il réagit au caviar et c’est un accord pertinent.

Le caviar va accompagner les deux rosés d’Algérie. Le Selatna rosé de Mascara 1955 a un nez de bouchon très marqué, mais en bouche, sa fraîcheur le rend un compagnon possible du caviar. Avec le Sidi Brahim Vigna rosé 1945 nous entrons dans le monde des vins préphylloxériques forts, puissants, marqués de café et de réglisse, au charme percutant. Quel bonheur que ce vin puissant.

Sur la daurade royale présentée très simplement, le rosé de 1945 est d’un charme absolu, rond mais avec de belles notes de fraîcheur délicate.

Les excellents pigeons accompagnent les deux vins de plus de 140 ans. Le Château Beychevelle 1882 est totalement étonnant. Il est d’une pureté absolue, droit, linéaire, traçant sa route, et hautement expressif. C’est un vrai bonheur et on peut imaginer qu’à l’aveugle, on dirait : années soixante et non années 1880. Je suis ravi que ce vin soit aussi expressif.

Le Château Leoville Las Cases 1884 mis en bouteille par Schröder et Shÿler a une couleur moins rouge et plus marronée et même s’il est expressif il est légèrement dévié et de moindre plaisir. Mais avoir la chance de boire ces deux vins mérite qu’on s’intéresse aux deux.

Le Château Margaux 1983 apparaît sur le saint nectaire et ce « jeune » montre qu’il a un grand potentiel car il est vif et puissant, mais on peut facilement imaginer, dans le décor gustatif que nous avons tracé, que ce vin deviendra sublime dans soixante ans. Il faudrait le laisser s’épanouir encore. Bien évidemment c’est une utopie mais nous mesurons bien ce que le temps lui aurait réservé. Il est gourmand et noble.

Le Clos Adelia Vin Fin Algérie 1948 est servi sur l’époisses et j’ai tout à coup l’émotion que je ressens face à la perfection. Ce vin m’émerveille. Il a tout pour lui, charme, douceur, puissance, profondeur. Je retiendrais volontiers sa richesse complexe mêlant charme et profondeur. Quel vin ravissant. C’est du bonheur pur. Et l’époisses est fait pour lui.

Le Haut Sauternes Schröder & Schyler vers 1890 mais plutôt sur une plage de 1890 à 1930 va être accompagné de deux façons. D’abord avec un stilton assez fort et ensuite avec un cake au citron, thym et tranches de mangues sauvages du Cameroun. Ce Haut-Sauternes est énigmatique, car il offre des saveurs peu usuelles pour les sauternes, tout à fait opportunes pour le cake par le côté pâtisserie de ce vin. C’est d’ailleurs avec le cake que le sauternes devient de plus en plus charmant.

Le programme de vins de ce repas est très inhabituel, avec trois vins d’Algérie dont deux rosés très anciens et dont le rouge de 1948 qui se présente dans une bouteille d’un litre qui ressemble plus à une bouteille de Byrrh ou de Martini que de vin, et deux bordeaux de plus de 140 ans. On fait du hors-piste, mais en fait, à part le vin bouchonné, tous ont été très expressifs et ont été séduisants.

Nous avons voté pour l’ensemble des huit vins et les quatre votes de premiers concernent les vins de Jérémy : deux votes de premier pour le Sidi Brahim 1945 et deux de premier pour le Clos Adélia 1948.

Les cinq vins du vote d’ensemble sont : 1 – Clos Adélia 1948, 2 – Sidi Brahim rosé 1945, 3 – Château Beychevelle 1882, 4 – Haut-Sauternes Schröder é Schÿler, 5 – Champagne Heidsieck Monopole Cuvée Diamant Bleu 1964.

Mon vote est : 1 – Clos Adélia 1948, 2 – Château Beychevelle 1882, 3 – Sidi Brahim rosé 1945, 4 – Haut-Sauternes Schröder & Schÿler, 5 – Champagne Heidsieck Monopole Cuvée Diamant Bleu 1964.

Les plus beaux accords ont été le cake au citron de mon épouse avec le Haut-Sauternes suivi des suprêmes de pigeon avec le Beychevelle 1882.

Les conversations ont été animées tout au long du repas et j’adore rencontrer de vrais amateurs de vins, qui, alors que je partage avec eux des vins pour la première fois, deviennent des amis comme si nous nous connaissions depuis toujours. Les vins anciens ont démontré qu’on doit leur faire confiance, et l’ouverture de tous les vins la veille du déjeuner s’est montrée particulièrement pertinente et efficace.

Ce fut un repas amical d’une grande complicité.

Déjeuner au Cercle de l’Union Interalliée vendredi, 14 mars 2025

L’un des membres de notre club de conscrits nous invite au Cercle de l’Union Interalliée. Le lieu est superbe et des fenêtres de notre grand salon du troisième étage, nous pouvons voir un jardin splendide qui fait rêver. J’aime la salle avec des tableaux de retour de chasse, une tapisserie champêtre et une belle table ronde joliment décorée.

Notre ami a commandé un Champagne EPC blanc de blancs sans année Maison Alain Edouard. Je suis brutalement surpris de l’absence totale de longueur de ce champagne qui n’est franchement pas expressif. Peu importe, nous sommes là pour nous trouver ensemble.

Le menu mis au point par notre amis avec le Cercle est : tourteau et mousse de fenouil, gel citron vanille / gravelax d’ombrine Grillée, sauce crémeuse aigre douce, purée de brocolis et quelques pickles / filet de bœuf poêlé, sauce forestière, gratin de macaronis aux champignons et béchamel / fromages affinés / ganache montée pistache, goyave rose et sablé sarrasin manioc.

Le menu est bien composé et fort agréable. Le plat qui m’a donné le plus de plaisir est le gravelax.

Le Macon Fuissé Thibert-Miranda 2023 est fort agréable, gentiment fruité et facile à vivre. Il accompagne bien le tourteau et le gravelax.

Le Chinon Baronnie Madeleine Couly Dutheil 2017 est aussi une grande surprise mais positive car ce vin est très riche puissant et généreux. Il ne faut pas en attendre de vraies complexités, mais il se boit bien.

Un nouveau membre est entré dans notre club. Ces réunions sont très heureuses.

Dîner avec de grands jeunes amateurs de vins vendredi, 14 mars 2025

J’ai souvent des relations avec des élèves ou anciens élèves de grandes écoles qui sont des passionnés de vins au point de gagner des concours européens entre grandes écoles de dégustation à l’aveugle. Un dîner est prévu au restaurant « Lesar » et je suis invité. Nous serons treize parce que Gauthier l’organisateur de l’événement est affecté d’une grosse grippe. Il viendra ouvrir les vins mais nous quittera avant le repas.

Les convives arrivent en ordre dispersé. Notre table est très longue et étroite aussi les discussions ne peuvent pas concerner l’ensemble de la table. Il y a des participants avec qui je n’ai eu aucun échange, ce qui est dommage. Mais il n’est pas possible de faire autrement avec un groupe de cette taille.

Nous aurons quinze vins répartis en cinq groupes de trois vins de même couleur. Le menu a été conçu par Gauthier avec les deux chefs, Oscar et Arnaud, deux anciens élèves de l’école Ferrandi. Il m’a demandé s’il serait envisageable de servir les bordeaux rouges avant les vins blancs. Comme j’adore explorer des pistes nouvelles, j’ai approuvé son initiative et l’expérience nous a montré que c’était tout à fait possible.

Le menu du chef est : Raviole ouverte, pignon, citron et marjolaine / Merlu en croûte viennoise au poivre vert / Volaille, sauce poulette au vin jaune, Salsifis, / Carbonade à la Flamande, purée de pomme de terre à la sarriette / Crème diplomate, citron, kiwi et sorbet basilic.

Les trois vins d’une série sont servis en même temps. Comme nous voterons en fin de repas je donnerai pour chaque série les points obtenus par les trois vins dans le classement global des quinze vins. Les points donnés aux vins classés, de 1er à 5ème sont : 20 – 15 – 11 – 8 – 6.

Le Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs magnum 1996 est l’un de mes deux apports. Il est grand et joyeux mais je le trouve étonnamment jeune, au pétillement fou. Il lui manque un peu d’ampleur et de maturité.

Le Champagne Extra- Brut Roland Fliniaux 1972 est curieux car il est très perlant ce qui à cet âge doit correspondre à une fermentation ressurgie. De ce fait il est assez bizarre.

Le Vouvray pétillant Marc Brédif années 1980 est gentil, agréable mais sans vraie complexité. Les points obtenus dans cette série dans l’ordre des vins sont : 37, 12 et 27 ce qui est relativement peu.

Sur le merlu viennent les trois bordeaux et l’accord est superbe. Le Château Pibran Pauillac 1949 est particulièrement bon, large, de grande personnalité. Le Château Tour Caillet Bordeaux 1923 est assez fatigué et le Saint-Julien Terret Gros Cailloux 1955 est une agréable surprise, fluide et délicat. Les points attribués sont : 125, 0, 42 ce qui fait que le Pibran 1949 est le deuxième des quinze vins du repas.

Les blancs accompagnent la volaille avec bonheur. Le Meursault 1er cru Cras « Clos Richemont » domaine Darnat 1985 est assez agréable mais surpassé par les deux autres blancs, le Chablis 1er cru Montmains Issoncourt de Lorraine 1987 assez typé et le brillantissime Meursault 1er cru Perrières Jacques Prieur 1995 qui est mon deuxième apport. Les points attribués sont : 8, 41 et 183, ce qui fait que le Meursault 1995 est largement premier des quinze vins, avec cinq votes de premier.

La très réussie carbonade accompagne les deux bourgognes et le beaujolais. Je suis le seul à avoir donné un vote au Morgon négociant 1979 parce que je l’ai trouvé atypique et étonnant.

Le Pommard René Naudin 1949 est très élégant et le Gevrey-Chambertin 1er cru Lavaux Saint-Jacques Malvoisin 1934 qui s’était montré un peu fatigué s’est révélé très expressif et plein de charme. Les points recueillis sont : 15, 60 et 68, ce qui fait que les deux bourgognes sont inclus dans le vote global.

La juxtaposition des liquoreux est originale. Le Monbazillac Clos Fontindoule 1988 est celui que j’ai préféré pour son équilibre, alors que le Sauternes Rousset Peyraguey 1983 jeune sauternes a été généralement préféré. Le Gewurztraminer Grand Cru Clos Zisser klipfel 1961 n’a eu aucun vote car il était plus que fatigué.

Le classement final est : 1 – Meursault 1er cru Perrières Jacques Prieur 1995 qui a plu à tous les convives, 2 – Château Pibran Pauillac 1949 brillant, 3 – Sauternes Rousset Peyraguey 1983, 4 – Gevrey-Chambertin 1er cru Lavaux Saint-Jacques Malvoisin 1934, 5 – Pommard René Naudin 1949, 6 – Saint-Julien Terret Gros Cailloux 1955.

Mon vote est assez différent : 1 – Meursault 1er cru Perrières Jacques Prieur 1995, 2 – Morgon négociant 1979, 3 – Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs magnum 1996, 4 – Monbazillac Clos Fontindoule 1988, 5 – Pommard René Naudin 1949.

Il est intéressant de noter que le consensus a beaucoup plus de vins anciens que mon vote. C’est intéressant que ces jeunes amateurs compétents acceptent aussi bien les vins anciens.

L’ambiance a été fort agréable. Gauthier avait organisé les accords avec talent. Que demander de plus ?

Des amis, un beau couscous et des vins algériens samedi, 1 mars 2025

Un camarade de promotion de mon école envoie à un groupe d’amis un message dans lequel il dit qu’a été créé le groupe X-Couscous « dont la seule activité est d’en partager périodiquement un « bon comme là-bas » dans certainement l’un des meilleurs de la région parisienne ! ».

J’ai immédiatement eu envie de vérifier si ce restaurant vaut ce compliment, mais aussi de revoir des camarades d’école. Je leur propose de venir au déjeuner de leur groupe et de leur faire connaître les vins d’Algérie, si méconnus. La date est trouvée. Nous aurons l’apéritif chez un des membres qui habite à courte distance du restaurant, avant le déjeuner.

Comme je vais apporter des vins en un restaurant inconnu, je demande à cet ami de régler le problème des droits de bouchon. Il est facilement réglé.

Le choix des vins est toujours une opération excitante. Comment doser ce qui va plaire à mes amis. Je choisis un champagne, deux vins d’Algérie dont un rosé et un rouge et je joins le Maury 1925 dont j’avais bu une petite quantité avec ma fille.

Lorsque j’arrive au restaurant L’Harissa pour ouvrir mes vins, le propriétaire et son fils me reçoivent avec le sourire car ils sont prévenus de ma venue.

Le Rosé Royal Kebir probable 1947 a un beau bouchon et un parfum intéressant. Le Ali Djara Vin fin Parlier & Fermaud Alger sans année vers 1960 a un bouchon aussi difficile que celui du Maury ouvert récemment : c’est un liège léger qui est collé au goulot et se déchirerait facilement, mais fort heureusement, j’ai apporté le tirebouchon Durand qui me permet de l’extraire entier. Le nez est riche et parfait. Je laisse aussi sur place le Maury la Coume du Roy Domaine de Volontat 1925 déjà ouvert, car je vais rejoindre mes amis à la maison de l’un d’entre eux.

Je croyais que mon champagne suivrait l’apéritif prévu par cet ami mais en fait il n’a rien prévu puisque j’avais annoncé que j’apporterais quelque chose. Il a eu raison, car notre programme est copieux.

Le Champagne Dom Pérignon 1993 a un bouchon qui vient entier. Il est de bonne qualité. Le nez est intense et en bouche, c’est du plaisir pur. Mes camarades, qui ne sont pas réellement amateurs de vins anciens sont conquis par la qualité de ce champagne. Il est rond, joyeux, expressif et de grand plaisir. Il est très long en bouche. Je constate à chaque fois que les années de Dom Pérignon, 1992 et 1993, volontiers ignorées par la critique, sont absolument brillants aujourd’hui.

Nous nous rendons au restaurant et je vois que le propriétaire connait mes amis et les accueille avec le sourire, ayant avec eux de beaux souvenirs. Nous sommes six. Cinq vont prendre couscous mouton ou agneau et le sixième prend un couscous merguez.

C’est l’organisateur de ce repas qui me sert. La semoule est très bonne et je peux dire objectivement que l’agneau est cuit à merveille. Je ne sais pas si c’est le meilleur couscous du monde, mais c’est un très excellent couscous.

Le Rosé Royal Kebir Frédéric Lung probable 1947 est un vin totalement inconnu de mes convives et c’est très normal. Je suis aux anges car ce rosé a une forte personnalité et une longueur impressionnante. Il est riche, énigmatique, profond, avec de belles amertumes et donne un plaisir aussi bien avec les légumes et la semoule qu’avec la viande. Mes amis sont un peu intrigués car ils sont dans un monde inconnu, mais aiment ce vin qui marque les esprits.

Vient maintenant le moment du vin rouge dont je ne connais pas du tout l’histoire et dont je n’ai qu’une seule bouteille. Le Ali Djara Vin Fin Parlier & Fermaud Alger sans année vers 1960 a un nez très puissant et envahissant les narines tant il est riche.

En bouche, il est d’une richesse extrême. Les 12° annoncés sur l’étiquette sont timides. Je dirais plutôt 14°. J’avais expliqué à mes amis que mon amour pour les vins algériens était venu il y a près de cinquante ans quand je participais à des dîners où les vins étaient dégustés à l’aveugle. Les vins algériens étaient confrontés à des bourgognes et pouvaient parfois les surpasser. Aujourd’hui, ce vin se montre au-dessus de ce que je pouvais imaginer, riche, long et puissamment expressif, d’une belle noblesse. Beaucoup d’amateurs diraient volontiers qu’il s’agit d’un grand Rhône. Ce vin est de grande qualité.

Pour le dessert, forcément et fortement sucré, je sers le Maury la Coume du Roy Domaine de Volontat 1925. Je vois les visages étonnés de mes amis qui n’auraient jamais imaginé qu’un vin doux de cent ans puisse être aussi jeune et brillant. Il est riche, long et joyeusement gourmand.

Nos discussions sur nos parcours très différents ont permis d’échanger de belles anecdotes. J’ai permis à mes amis d’entrer dans le monde des vins anciens. Ils ont été surpris et heureux de cette expérience. J’ai compris qu’ils ne demandent qu’une chose, c’est de recommencer.