un Corton Charlemagne Domaine Jean-François Coche-Dury au restaurant Garance lundi, 14 octobre 2013

Avec Tomo, nous avons envie d’ouvrir des « monstres ». Tomo est très sensible à l’équilibre des apports. Aussi, pour l’équilibre du dîner de vendredi, je dois apporter du « lourd » ce lundi, déjeuner de mise au point du menu de vendredi.

Nous nous retrouvons au restaurant Garance. Le champagne de bienvenue, pris au verre, est un Champagne Billecart Salmon Brut Blanc de Blancs. Il est d’une couleur claire, presque verte. Pour paraphraser Michel Audiard, je dirais : « c’est pas mal, mais ça cause pas ». Car le champagne est de belle construction, mais l’émotion est restée au vestiaire.

L’entrée de mon « lourd » est donc précipitée. C’est un Corton Charlemagne Domaine Jean-François Coche-Dury 1995 à l’étiquette dorée. Ce vin est transcendantal. Le nez est intense, légèrement pétrolé. En bouche, c’est une explosion de joie. Alors que je considérais le 1996 comme un immense Coche Dury, ce 1995 me semble largement au dessus – aujourd’hui – car il a moins de puissance et joue donc beaucoup plus sur la séduction et l’équilibre. Quand on boit ce vin, on a le sourire au lèvre, et l’on est bien en peine d’imaginer qu’il existe un vin blanc meilleur que celui-ci. Sa plénitude, sa maturité dans la jeunesse sont fascinantes. Si j’ai écrit « aujourd’hui », c’est parce que le 1996 pourrait dans vingt ans surpasser le 1995. Mais la grâce infinie de ce vin délicat, plus calme que beaucoup de vins de Coche-Dury, est exemplaire.

Sur un poisson cru, une bonite, le Corton Charlemagne montre son infinie délicatesse. Sur un plat où se mêlent l’œuf et la truffe noire, il tient parfaitement sa place. Nous l’essayons aussi avec un Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1965, d’une petite année. Le vin évoque bien les caractéristiques des vins du domaine, mais le vin souffre d’être torréfié et imprécis. Il réagit bien au plat gourmand.

Sur une terrine de lièvre, le vin blanc est explosif et épanoui. Un miracle.

Le pigeon est un miracle lui aussi, d’une chair mêlant le sauvage et le doucereux. Le Corton Charlemagne est divin avec ce plat, mais le Grands Echézeaux fait belle figure avec lui, oubliant pour un instant son côté torréfié, cuit, café, pour dégager une belle émotion et une charpente de vin complexe.

J’ai offert un verre du vin blanc à deux jeunes femmes qui discutaient à la table voisine. Emerveillées, elles furent roses d’émotion.

Nous avons bâti avec Guillaume Iskandar le menu de vendredi soir pour nos « monstres ». Mais sans attendre ce repas, ce vin de Coche Dury vaut tous les trésors du monde. A suivre.

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Casual Friday au restaurant Laurent vendredi, 11 octobre 2013

Les casual Fridays sont des repas décontractés entre amis, où chacun apporte un ou deux vins, qui se tiennent généralement le vendredi, ce qui permet de rester plus longtemps à bavarder pour recréer le monde. Ayant manqué quelques séances, j’avais suivi les exploits de mes amis.

La séance d’aujourd’hui devait respecter la parité, avec trois femmes et trois hommes mais l’organisatrice du déjeuner, n’ayant pas réussi à résoudre un problème de robinets, non pas scolaire mais de plomberie, se trouve retenue chez elle.

Nous avons le délicieux petit salon du premier étage du restaurant Laurent. Le menu conçu par Alain Pégouret et Philippe Bourguignon en fonction des annonces de vins est : rémoulade de céleri et jambon à la truffe blanche, moules de Bouchot / queues d’écrevisses sautées au curry, mousseline de brochet et bisque légère / caille dorée en cocotte, rôtie aux abats, côte de céleri mitonnée aux olives noires / saint-nectaire et comté / soufflé chaud aux calissons d’Aix.

Le seul champagne est celui que j’ai apporté, un 1959. Il mérite d’être dégusté avec un palais prêt à le recevoir, aussi est-il jugé opportun de commencer l’apéritif avec un Chateauneuf-du-Pape Chapoutier blanc magnum 1977. La couleur du vin est magnifique, le parfum est superbe. L’attaque du vin est joyeuse, riche de beaux fruits dorés. Le final est un peu imprécis et poussiéreux, mais ces petits défauts vont complètement disparaître.

Après l’entrée en matière d’un verre de ce vin blanc, nous trinquons une nouvelle fois avec le Champagne Moët & Chandon Brut Impérial 1959. La bulle est infime, le sentiment de pétillant subsiste et ce qui frappe immédiatement, c’est la complexité infinie de ce vin. Il y a de jolis fruits confits qui emplissent la bouche. La matière vineuse est de première qualité.

Le retour à la deuxième partie du Châteauneuf se fait sans aucune difficulté et le vin du Rhône nous offre le plus bel accord de ce déjeuner avec la bisque qui accompagne les écrevisses. C’est un régal, quasi orgasmique, le crémeux élargissant la palette aromatique du vin.

Le Château Calon-Ségur 1979 est une plaisante surprise, car il joue à un niveau supérieur à ce que l’on attendrait de 1979. Le vin est généreux, précis, de belle mâche. A côté de lui le Château Pontet Canet 1960 a un goût torréfié assez désagréable que j’avais pressenti au seul examen du bouchon qui avait dû subir un coup de chaud. Il est à noter que sur l’étiquette de ce vin il est indiqué 68 centilitres, ce qui est inhabituel.

Le Château la Lagune 1971 est d’une belle solidité. C’est vraiment le vin épanoui, serein, arrivé à une maturité rassurante. Il est goûté sur les cailles et le fromage.

Il est rejoint par un Vosne Romanée A. Lalande négociant sans indication d’année que je daterais volontiers autour de 1955 /1965. Disons # 1960. J’avais apporté un autre bourgogne mais compte tenu de l’abondance de vins, j’ai ouvert celui qui avait un niveau bas, mais me paraissait sain. Un ami était bien sceptique à l’ouverture. En fait, au moment où il est servi, aucun défaut n’apparaît. Le vin est sain, agréable, au discours un peu limité mais joyeux. Il se marie parfaitement au saint-nectaire et se montre d’un charme de bon aloi.

Lorsque le soufflé arrive, alors qu’il reste des bouteilles non ouvertes, nous nous rendons compte que les vins rouges ne conviendront pas. Je consulte Ghislain, sommelier, qui nous apporte un judicieux Jurançon Noblesse du temps Domaine Cauhapé 2011 absolument pertinent dans sa délicate jeunesse. Les évocations discrètes de jolis fruits oranges collent comme les doigts d’un gant au soufflé. Sa sucrosité est discrète. Le vin est fluide, exactement ce qu’il nous fallait.

Nous avons tellement ri de nos discussions folles que le bruit de nos éclats traversait les murs et les portes. Plusieurs plats de ce repas sont nouveaux. J’ai adoré les écrevisses et leur bisque ainsi que la chair des cailles. Les vins ont généralement brillé et joué pleinement leur rôle. Une mention spéciale ira au Châteauneuf blanc particulièrement vibrant. Dans le beau cadre du Laurent, malgré l’absence de l’organisatrice, ce fut un Casual Friday réussi.

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Déjeuner au restaurant Alain Senderens jeudi, 10 octobre 2013

Déjeuner au restaurant Alain Senderens. Les boiseries de bois clair de Majorelle sont toujours aussi belles. L’apéritif et le début du repas sont ensoleillés par le Champagne Dom Pérignon 2004. Ce champagne est dans un état de grâce. Il y a dans la vie des Dom Pérignon des cycles, généralement de sept ans dans les premières décennies de leurs vies. Et l’on sent nettement que ce vin est à un optimum. Il est romantique, floral, très persuasif.

Mon menu est composé de : foie gras de canard poché dans un bouillon de légumes à la chinoise / turbot à l’étuvée, fenouil « cru et cuit » /figues en impression d’épices, glace au spéculos.

Le foie poché réagit à merveille avec le Dom Pérignon. Curieusement, le service n’a pas prévu de cuiller pour que l’on boive avec gourmandise le bouillon épicé.

Le Champagne Philipponnat Clos des Goisses 2000 qui fait suite est l’opposé absolu du premier. Tout en lui est vineux, mâle, conquérant, pénétrant. Il ne fait pas dans le détail, il fonce. Et l’on voit bien ses profondes aptitudes à la gastronomie. Ce serait bien difficile de comparer et de hiérarchiser des champagnes si différents. Il faut aimer les deux, pour deux visions distinctes du vin de Champagne.

Le service est attentif, la qualité de la cuisine est de haut niveau. C’est un lieu où je me sens bien.

(si les photos sont roses, c’est dû au très joli éclairage donné par des gravures sur verre de panneaux le long des murs)

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A 90 ans, son premier vin du domaine de la Romanée Conti mardi, 1 octobre 2013

C’est un homme que je connais depuis quarante ans, de mon passé industriel. Nous sommes toujours en affaire et nous avons un sujet sérieux à discuter. Il connaît ma passion pour les vins anciens et a déjà assisté à mes dîners. Il me lance au téléphone : « si vous venez déjeuner là où j’ai mes habitudes, venez avec un vin de la Romanée Conti ». Je ne réponds pas.

Le jour dit, je me présente à l’hôtel Mercure de Blanc-Mesnil. Mon ami est au bar et sirote un Suze-cassis. Nous passons à table, dans une salle à moitié vide, car cette banlieue n’est plus très active aujourd’hui. Je sors une bouteille de ma musette, un Echézeaux domaine de la Romanée Conti 1984. Ses yeux s’embrument car il ne croyait pas que sa boutade serait prise au sérieux et il me dit : « je viens de fêter il y a tout juste un mois mes 90 ans. Et ce sera la première fois que je vais boire un vin de la Romanée Conti ».

La bouteille a été chahutée lors de son transport en voiture. Le bouchon me résiste, car il est très serré. Il est de grande qualité et le haut du bouchon très noirci, sent la terre des caves du domaine, comme c’est fréquent. Nous trinquons et je sens mon ami ému. Le nez évoque la salinité des vins du domaine. Le liquide est un peu trouble mais va se clarifier.

En bouche, l’émotion est extrême. Souvent des gens se moquent de moi lorsque je dis d’un vin qu’il a l’âme du domaine. C’est vrai que c’est difficile à exprimer par des mots, mais l’âme de la Bretagne ou l’âme de l’Auvergne, on imagine volontiers que ce n’est pas la même chose. Pour un vin, lorsqu’on a exploré 75 millésimes de vins du domaine, on peut comprendre que la représentation de l’âme d’un vin puisse se former.

Il y a la salinité, la râpe, l’amertume. Il y a une affirmation, une profession de foi. La personnalité de ce vin est forte, très au dessus de ce que j’attendrais d’un Echézeaux. Et, comme toujours dans les années discrètes, le vin du domaine s’exprime à forte voix. Quel étrange voyage dans la Bourgogne bourguignonnante, rêche et sans concession. Alors que le vin n’est pas facile à lire, mon ami est ému et jouit du grand vin. Un romsteak frites est l’aimable compagnon du vin. Le sourire de ce jeune homme de 90 ans est une récompense. Ce vin de caractère m’a enchanté, au-delà de mes espérances.

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dîner de rentrée au restaurant Laurent mercredi, 11 septembre 2013

C’est mon premier dîner de rentrée au restaurant Laurent. Il est tentant de prendre le menu de saison : araignée de mer dans ses sucs en gelée, crème de fenouil / œuf de poule façon cocotte, girolles et mousseline d’artichauts / tronçon de turbot nacré à l’huile d’olive, bardes et légumes verts dans une fleurette iodée / pigeon à peine fumé et rôti, pissaladière de jeunes primeurs, sauce piquante / voiture de fromages / soufflé chaud au thym-eucalyptus.

La cuisine est rassurante, posée, sereine. On se sent bien. Le Champagne Laurent Perrier Cuvée Grand Siècle est aussi confortable que cette cuisine. Il en a aussi la légèreté. Sa capacité gastronomique est sereine comme le lieu. S’y ajoute une petite pointe de romantisme. On succombe donc sans difficulté au charme de ce beau champagne expressif.

Pour le pigeon, j’ai commandé un Domaine de Chevalier rouge 1/2 bt 2008 sobre, classique, mais aussi profond et incisif, qui joue bien avec la chair rose du pigeon. Il se tient bien sur un saint-nectaire fondant.

Le champagne reprend sa place sur le soufflé délicieusement aromatique.

Pour paraphraser la célèbre formule : « chez Dupont tout est bon », ce sera « chez Laurent, tout est charmant ».

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Dîner chez ma fille avec des blancs d’exception samedi, 17 août 2013

Le quatrième repas de notre week-end de folie est un dîner chez ma fille et mon gendre. Jean-Philippe et mon gendre sont au fourneau depuis 17 heures. L’esprit sera aux tapas.

Le Champagne Bollinger Grande Année 1990 est une très heureuse surprise. Il a une évolution plus marquée que celle qu’il devrait avoir et cela lui va bien. Il a des notes fumées, un peu oxydatives. Le premier message est assez monolithique, unidirectionnel, mais le vin va spectaculairement s’épanouir sur les premières tapas. Nous commençons par des dés de céleri à la citronnelle et au citron vert, qui fouettent le champagne et lui donnent plus de percussion. Une huître rôtie aux herbes du port et au torron Sirvent colle à fond au côté patiné du champagne. C’est probablement le plus bel accord du dîner, car le champagne devient fringant et rajeunit de dix ans. L’huître est délicieuse et le vin en profite.

Le cappuccino de moules est inscrit dans la ligne de mire du Bollinger et crée lui aussi un accord vibrant.

Le Champagne Salon 1996 a un parfum qui est une explosion de fleurs blanches et de complexités. Dès la première gorgée, on sent qu’il y a un monde entre le Salon et le Bollinger. Les fleurs blanches sont brillantes, et c’est surtout la complexité qui fait la différence, car le message change sans cesse. Le vin n’est jamais là où on l’attend, glorieux, vineux mais drapé dans ses fleurs blanches. Un immense champagne, probablement le meilleur des Salon 1996 que j’aie jamais bus.

Le Clos de la Coulée de Serrant Nicolas Joly 2000 est un choc. Il est immense. On comprend Curnonsky qui l’a classé dans les cinq plus grands vins blancs de France. Car il est une énigme permanente, jouant sur des notes oxydatives mais bien contenues. Il est joyeux, plein, opulent et c’est la première fois que je vois une Coulée de Serrant aussi jeune avec autant de charme et de sérénité. Je suis transporté par ce vin car j’aime ce qui me dérange. La fondue de fenouil est délicieuse ainsi que les encornets à la pêche blanche qui mettent en valeur ce vin de Savennières.

Le Clos Sainte-Hune Riesling Trimbach 2005 montre une fois de plus à quel point le cépage riesling, lorsqu’il est bien vinifié, est d’une précision qui est l’une des plus grandes de tous les blancs secs. Ce vin pourrait être qualifié de parfait. Mais mon cœur penche vers le vin plus canaille de la Loire. Les encornets au curcuma sont délicieux et se dégustent aussi bien avec les deux blancs.

Le tartare de bar penche du côté du Sainte-Hune. Les rougets à la fondue de poireau accueillent avec grâce le Chevalier-Montrachet Bouchard Père & Fils 2007 qui est un bourgogne généreux fruité, joyeux, délicat et équilibré. C’est de la joie pure. Il est assez intéressant de comparer avec le vin servi en même temps, Château Laville Haut-Brion 1982. Ce vin est exceptionnel. Il est profond, droit, un vin de méditation. Car ses complexités sont extrêmement subtiles et il faut se concentrer pour en saisir le plus grand nombre. La joie est bourguignonne, la race et la noblesse sont bordelaises. Les deux vins s’expriment avec bonheur sur des andouilles qui à la cuisson ont explosé leurs peaux comme le font les crooners lorsqu’ils sont tétanisés pas les cris d’amour de leurs groupies et déchirent leurs teeshirts.

A ce stade, nous sommes soûlés de perfection. La succession de tapas est une excellente chose et les vins ont été multipliés par des accords éblouissants. Il faut se rafraîchir et un Champagne Krug 1995 accompagne des pêches blanches en salade ainsi qu’un gâteau conçu et réalisé par mon petit-fils de quatre ans. Jean-Philippe se met alors au piano et nous massacrons par nos voix des chansons qui font partie du patrimoine de la chanson française.

Je classerais volontiers les vins ainsi: 1 – Champagne Salon 1996, 2 – Clos de la Coulée de Serrant 2000, 3 – Château Laville Haut-Brion 1982, 4 – Clos Sainte-Hune 2005.

L’accord le plus vibrant est celui de l’huître avec le Bollinger. Mais le carpaccio avec le même champagne et l’andouille avec le Laville font partie des grands accords de ce repas. Jean-Philippe et mon gendre ont fait des prodiges.

Une journée chargée nous attend. Nous sommes donc rentrés à pied, sous une lune qui argente la mer, romantique comme jamais.

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mer argentée sous la lune

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Week-end de folie – le premier dîner jeudi, 15 août 2013

Des amis amateurs de vins et de cuisine sont venus nous rejoindre pour un week-end prolongé autour du 15 août. Le thème du dîner, qui est apparu presque spontanément, c’est l’année 2002. Il restait du Champagne Les Chétillons Pierre Péters magnum 2002 et l’idée qui vient est de l’associer avec un Chablis Grand Cru Moutonne Long-Dépaquit Albert Bichot 2002 sur un fromage de tête.

Le champagne est toujours aussi agréable, frais et romantique. Il donne un coup de pouce sérieux au chablis, assez profond, qui ne fait pas vraiment grand cru, mais qui, surtout, n’évoque pas le chablis. C’est un vin agréable, mais qui paraît loin de ses origines. Il réagit avec pertinence sur le fromage de tête.

Jean-Philippe a fait un risotto à l’encre de seiche et au rouget, qui est fait avec le riz qu’utilise Davide Bisetto, le chef italien du Casadelmar en Corse. C’est une petite merveille  sur le Meursault Charmes 1er Cru domaine des Comtes Lafon 2002. Le nez du vin pétrole, et en bouche, ce qui s’impose, c’est la caractère toasté du vin. Il est riche, opulent et n’a pas l’extrémisme que l’on trouve parfois de goût de caramel. Le vin est assez réduit, mais se comporte de très belle façon. Sa mâche est agréable, fruitée d’un citron bien dosé et la résonnance du riz est superbe.

C’est sur un poulet que vont apparaître deux vins que je chéris et que j’ai voulu offrir à mes amis. Le Clos de la Roche Dujac 2002 a un nez riche et imposant. S’il était bu tout seul, on le trouverait splendide car il est joliment fruité, de belle consistance, et de belle longueur. En l’imaginant seul, je lui trouve beaucoup de talent et d’allant.

Mais il ne peut pas rivaliser avec le Chambertin Clos de Bèze Armand Rousseau 2002 au nez plus discret, qui est d’une définition absolument parfaite. Tout en lui glisse comme par miracle. Le vin est subtil, délicat, très changeant tant il développe d’harmoniques, et la partition est jouée avec une maestria extrême. Et c’est d’autant plus appréciable que l’année ne lui donne pas de gros bras. Il est élégant, distingué et complexe. C’est une belle leçon.

Le dessert est aux amandes et à la crème, plombant nos estomacs de sa richesse, mais délicieux. C’est sur lui que se finit le Péters.

Il reste suffisamment de chaque vin, sauf le champagne, pour que nous n’ayons pas à choisir les vins du déjeuner.

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Premier repas d’un week-end de folie jeudi, 15 août 2013

Le matin du 15 août à 8h20, j’accueille trois amis à l’aéroport de Toulon-Hyères. Leurs bagages laissés en soute regorgent de vins qui doivent jalonner quatre jours de folie. Dès leur arrivée, nous allons faire des courses complémentaires à celles faites par mon épouse et nous nous retrouvons autour d’une table pour bâtir le programme des huit repas à venir. Le nombre de variantes possibles est élevé, d’autant que mon gendre veut organiser un repas chez lui et qu’un autre ami ajoute au programme une bouteille qui tombe pilepoil dans un des programmes envisagés.

Nous déballons les victuailles, et un ami à qui l’on avait demandé de chercher deux baguettes revient avec six baguettes toutes chaudes d’un pain juste cuit. C’est l’occasion d’ouvrir un paquet de jambon italien Culatello di zibello bien gras, salé, et extrêmement intense, qui se blottit avec amour dans la mie toute tiède.

Le premier repas me permet d’honorer un pari fait lors de mon anniversaire. Trois amis doivent partager avec moi un grand bordeaux. Comme les autres amis ne sont pas concernés par le pari, je décide que l’on boive un magnum pour que les gagnants ne soient pas déçus et les perdants exclus. Il est ouvert à 10h30 et l’odeur première n’est pas très engageante. Attendons. Des côtes de veau cuisent à basse température et Jean-Philippe prépare une salade de champignons de Paris avec une sauce au soja qu’il a rapportée de Chine.

Le Château Mouton-Rothschild magnum 1983 va nous offrir deux facettes. Le haut de la bouteille est assez léger et donne l’impression d’un vin plus ancien avec une petite amertume qui signe une évolution. Si le veau bien rose se marie dignement avec le Mouton, c’est la sauce soja des champignons qui va donner un coup de fouet déterminant au vin. Dans les premiers verres versés le vin était de couleur rose. Dans les verres de la deuxième partie de la bouteille le vin est presque noir. Les tannins sont plus appuyés et le Mouton est incroyablement velouté, délicat. Ce qui m’impressionne est que le vin, en fin de bouche, est d’une rare fraîcheur.

Au premier contact, ce vin laissait dubitatif. Sur la deuxième partie, la cause est entendue, nous sommes conquis par l’incroyable velouté d’un vin serein, épanoui et profond. Un vrai bonheur, car tout est suggéré.

Des amis qui avaient gagné le pari ne devaient pas rester et le bordeaux était en apéritif. Nous les invitons à continuer le parcours. Ma femme fait une omelette avec des œufs de nos poules. Le Champagne Initiale de Selosse dégorgé en 2010 est pénétrant, solide, de grande personnalité. Et un peu d’âge lui va bien. Il combine force de pénétration avec un grand équilibre. Il est vineux mais ne le montre pas trop, civilisé par la

Le stock de baguette étant encore important et un fromage Jort attendant qu’on s’y intéresse, j’ouvre un Champagne Pierre Peters Cuvée les Chétillons magnum 2002. Au premier contact, juste après le Selosse, le Peters fait presque frêle. Mais très rapidement, il prend sa place, se découvre extrêmement subtil et romantique, titillé par le camembert fort excitant.

Il poursuit son parcours sur des macarons de Pierre Marcolini puis des chocolats du même brillant chocolatier. Le champagne continue de briller, même si ce n’est pas son terrain d’excellence, frais, romantique, de grande délicatesse sur des fleurs blanches. Il en restera pour ce soir où nous explorerons, par pur hasard, des 2002, ce champagne jouant à l’éclaireur.

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Des vins magiques dans un dîner impromptu lundi, 5 août 2013

Mon gendre et ma fille reçoivent des amis ainsi qu’un vigneron et son épouse, plus la joyeuse bande de jeunes enfants qui sont dans leur paquetage. Il vient nous inviter pour demain, mais nous serons pris. La seule solution qui apparaît, c’est ce soir. Alors, il faut vite improviser. Un inventaire des possibilités s’organise, et visiblement, nous avons envie de vins mémorables. Des hypothèses s’échafaudent et une s’impose.

A l’heure dite, nous commençons par le Champagne Salon 1997. Tranches de poutargue, crème de sardines, crème de maquereaux et caviar d’aubergines se picorent ou se tartinent. Le champagne est d’une vivacité que je ne soupçonnais pas. Il est vineux, profond, d’une longueur infinie, et sa vibration est intense. Quel grand champagne auquel je ne prêtais pas autant d’intensité et de maturité.

Le suivant est le Champagne Substance Selosse dégorgé en octobre 2010. On change de planète. Le vin est furieusement oxydatif, évoquant des pâtes de fruits, et il transporte dans des horizons inviolés. Avec ce champagne on est dans le grand canyon du Colorado. La plus grande longueur est du côté du Salon. Il faut noter que trois ans de dégorgement donnent au Substance une ampleur enrichissante.

Vient alors le Champagne Krug 1988. C’est une profusion de complexité sur une base d’agrumes. Ce qui est étonnant, c’est qu’il est beaucoup plus court que le Salon et qu’il produit moins de vibrations, même s’il est de loin le plus complexe.

Nous sommes impressionnés par les différences extrêmes qui existent entre les trois champagnes. Le Salon est de loin le plus champagne, même s’il est vineux et le plus long en bouche, le Krug est de loin le plus complexe et le plus riche et le Selosse est le plus atypique, oxydatif qui entraîne sur des rives inconnues. Nous sommes sur un petit nuage de félicité.

Vient alors une assiette de champignons de Paris marinés. La copulation de ce plat avec l’Hermitage blanc Chave 1998 mériterait un accord parental, tant il est obscène. Il est impossible de dissocier le goût des champignons du goût de l’Hermitage tant ils s’interpénètrent. Le vin a une longueur infinie, du même registre que celle du Salon 1997. La plénitude, la sérénité de ce vin sont confondantes. Il paraît simple, mais il a une longueur telle que l’on reste sans haleine. L’image qui me vient est celle du bobsleigh. Ce vin trace une route interminable.

Je prends ma petite voiture pour aller chercher chez moi les deux vins rouges que j’ai gardés à 15° et ouverts quelques heures à l’avance. Le mignon de veau cuit à basse température est comme un bonbon rose. Le Pétrus 1985 de mon gendre, au niveau dans le goulot, avait à l’ouverture un parfum profond. Il l’a encore plus maintenant, terrien, de truffe et de charbon. C’est fascinant de voir ce vin percutant comme un marteau piqueur, mais qui est capable de légèreté et de futilité. Nous sommes tous conquis par un Pétrus qui décline tout ce que Pétrus peut apporter, truffe, profondeur, équilibre et gracilité. C’est un grand Pétrus.

Le Vosne Romanée Cros Parantoux Méo Camuzet 1999 qui fait suite, est aux antipodes du précédent. C’est un vin qui pianote, qui tintinnabule, et qui offre un parcours en bouche d’une grâce infinie. Qu’y a-t-il de plus délicat et subtil que ce vin-là ? Nous sommes bouche-bée devant une telle perfection, car tout est vibration, sans aucune fausse note. Comment un vin peut-il décocher de telles subtilités sans jamais commettre la moindre imprécision ? C’est un vin d’anthologie.

Ma fille, qui est une pythie du bio, n’a rien prévu de sucré. Je prends vite ma voiture pour chercher quelques sucreries, palmiers et crêpes Suzette, pour accompagner un Champagne Veuve Clicquot Ponsardin rosé 1985, agréable vin rosé à maturité mais dont une amertume inattendue limite le plaisir.

Nous n’avons pas voté mais je me risquerai à un vote personnel : 1 – Vosne Romanée Cros Parantoux Méo Camuzet 1999, 2 – Hermitage blanc Chave 1998, 3 – Pétrus 1985, 4 – Champagne Salon 1997.

Nous avons visé un haut niveau de vins. L’ordre de service a été idéal. La variété de goûts est exceptionnelle, ce qui limite la nécessité de classer. Nous avons emmagasiné des souvenirs pour l’éternité.

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quand je suis allé chercher des biscuits, on a utilisé mon appareil photo pour faire oeuvre de créativité, avec un joli sens de l’humour :

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170th dinner seen by Jancis Robinson dimanche, 23 juin 2013

Here are the comments of Jancis Robinson who attended the 170th dinner.  Link toher website : LINK

She explains her system of notation : « 
I should explain that, for members of Purple Pages of JancisRobinson.com, I try to give a score out of 20 and then my guess at a likely drinking bracket. So ’19 75-25′ means ’19/20 Drink from 1975 to 2020′ ! »

Remember it to understand well her report :

All wines opened between 5 and 6.

1982 Champagne Bollinger Grande Année
Dark brownish gold. Tiny, slightly sluggish bead. Lightly mushroomy nose that is so characteristic of Bollinger. Deep umami savoury flavours. Still tight and youthful. High acidity with came to the fore in the glass but a great glass of wine with real potential still.
  18 95-20

1966 Champagne Dom Pérignon

Definitely fully mature champagne. Amber colour with a rather low key nose initially which opened out to something attractive and lightly sherrified nose that really speaks to the jamon iberico we’re served at this dinner at Taillevent organised by François Audouze, his 170th wine dinner. Very deep and rich yet dry. Real lift to this wine but it also has a  deep, throat- warming finish. There’s a note of cheddar on the nose. Very clean and revitalising. Rich and dense.  19 80-20

1998 Château Haut Brion Graves blanc

Pale gold – looks almost like a fino. Haunting nose – though it was apparently opened quite soon before serving – unlik ethe reds that were opened a good three hour in advance. Lightly pungent. Quite harsh with a sweet palate entry. Much firmer and more structured than the Musigny Blanc 92 with which it was served. I could imagine enjoying this with a meat dish. This is well past its early drinking period but was much livelier and more pungent than a 1982 tasted a few days later. This is a red wine that happens to be white. Between its two drinking windows? 17.5+ 05-10 and 15-30

1992 Musigny blanc domaine Comte Georges de Vogüé

Heady. Floral and rich and lovely with homard. Sweetish and full. Quite unlike a Côte de Beaune white burgundy! Initially there were violets and voluptuousness and then it went a little sour. This made me wonder about its potential to evolve further but I’d be delighted to be convinced. 18.5 00-20

1959 Château Cheval Blanc 1er Grand Cru Classé de Saint-Emilion
Dense, rich, vibrant ruby colour. It looks much younger than a 1959. There were bits of cork in my glass. A little bit stinky at first but then it opened out into a hugely rich yeast extract nose. Very sweet, dense nose but not that subtle. Even a bit brutal really! But then it became sweet and rich with just a hint of mushrooms. Very impressive rather than subtle. 19 70-30

1934 Château Margaux 1er Grand Cru Classé de Margaux

Pale lustrous fox red. Lightly soapy, indistinct nose. A little tart. Very fresh with marked acidity. High toned. A little bit skinny and lean. This wine is a real palate scrub! Pretty old and the fruit is fading but there is still some suggestion of Margaux floral fragrance. 17.5 on way down. 50-00

1980 La Tâche Domaine de la Romanée Conti

Bright lustrous fox red. Sweet and light. A hint of violets and sweetness. My first pour was very lively but not that rich. My second pour from the bottom of bottle was even better however: exceedingly rich and vivacious. Much richer than the initial pour. Even possibly too sweet for some tastes! Very opulent and glorious. 19- 95-15

Mouton 1928

Half bottle. François Audouze added two unlabelled half bottles to this dinner at the last minute. Bright mid ruby. Very dense and jagged with some tannin still in evidence! Bone dry finish. A little austere. But with amazing life for irs age. The half bottle I tasted was quite volatile and a little bit dry on the end, but a great old soldier. 18 45-00

1995 Chambertin Grand Cru domaine Armand Rousseau

Rich ruby. Dense. Very subtle and rich. Fully alive. Racy and still quite youthful. Along with the Haut Brion Blanc, this is the youngest wine of the night. Muscular and not yet at its peak. A great hint of things to come. 19 18-30

1928 Château Lafaurie Peyraguey Sauternes

Bright lustrous orange tawny. So gorgeous. Barley sugar. Crème caramel juice. So sweet on the palate entry but finishing dry and, miraculously, still appetising on the finish. Not at all heavy or cloying. 19 50-20

1955 Château d’Yquem

Fox red. So rich yet subtle. Some umami savour but it manages to be both unctuous and vital. This wine’s burnt edge does not detract but just adds interest. Fabulous! 20 75-35