310ème repas de wine-dinners au restaurant Pages jeudi, 4 juin 2026

Un ami des Pays-Bas, qui vit au Brésil et qui va assister au déjeuner prévu au restaurant Plénitude dans quelques jours, me dit : « J’aimerais bien que nous nous retrouvions tous les deux la veille, et j’apporterai un Pétrus 1990. » Je le remercie vivement. Peu de temps après, un ami de Singapour, qui participera lui aussi au déjeuner à Plénitude, me dit : « J’aimerais bien te voir avant, si c’est possible. » J’informe donc les deux amis de cette possibilité, et je me dis : pourquoi ne pas étendre notre petit groupe ?

Je parle alors à des amis qui vivent à Istanbul : ne voudriez-vous pas vous joindre à nous ? Je suis prêt à fournir des vins pour vous, si vous me le demandez, et vous compenserez mon apport. De fil en aiguille, nous nous retrouvons à déjeuner, la veille du prochain repas à Plénitude, au restaurant Pages, où nous serons sept : l’ami des Pays-Bas, l’ami de Singapour, trois personnes d’Istanbul et un ami américain d’origine indienne qui, étant de passage à Paris, m’avait dit qu’il serait heureux de me voir.

Ce groupe de sept m’autorise à penser que le repas que nous allons faire pourrait être considéré comme un repas de mes wine-dinners, et ce sera donc le 310ème repas de wine-dinners.

J’arrive à 10 heures pour ouvrir les vins que j’ai collectés. L’opération se passe très bien : tous les vins s’ouvrent sans poser le moindre problème. Je fais cette ouverture accompagné par mon ami de Singapour.

Si le Salon 1999 a un pschitt explosif, le Krug 1982 est silencieux, sans doute parce que le bouchon est très court. Tout le monde arrive à l’heure dite, c’est-à-dire à midi.

Nous nous installons à table. Entre-temps, j’ai composé le menu avec le chef Ken, avec qui je m’entends particulièrement bien. Le menu sera : carpaccio de poisson en deux services / assiette de champignons japonais, qui ont un peu la forme des champignons de Paris mais sont beaucoup plus percutants / petit plat de maigre pour le vin blanc / rougets avec une sauce au vin rouge, cette sauce étant faite avec du Château Lafite 2003 / maigre avec la même sauce / wagyu en deux services / comté de 18 mois / financiers.

Quand le Champagne Salon 1999 est servi, j’ai immédiatement l’impression que nous sommes en face de la grandeur absolue. Ce champagne a une personnalité invraisemblable. Il est percutant, fort, mais il a en même temps un charme et une complexité qui en font un champagne quasiment divin.

Le Chevalier-Montrachet La Cabotte, Bouchard Père & Fils, magnum 1992 débute avec les champignons. Il se trouve que la Cabotte était une parcelle de Chevalier-Montrachet qui aurait pu, dans les années 1920, obtenir le statut de Montrachet. Il aurait fallu pour cela que la maison Bouchard paie une taxe pour pouvoir bénéficier de cette appellation, et la famille Bouchard a décidé de ne pas le faire.

La mise sur le marché des vins de cette parcelle de Cabotte, qui auparavant était incluse dans l’ensemble du Chevalier-Montrachet de Bouchard, date, je crois, de 1998. Mais j’ai obtenu de la maison Bouchard des magnums de 1992, année mythique, antérieurs à la séparation officielle de La Cabotte du reste du Chevalier-Montrachet. Ce vin est extraordinairement percutant, et ce qui me fascine absolument, c’est son finale. Il est d’une longueur incroyable. Le vin est généreux et gourmand, mais c’est son finale qui transforme toute sa personnalité.

Nous passons ensuite à la série des Pétrus. Le premier servi est le Pétrus 1959 que j’avais apporté et dont le niveau était relativement bas. J’ai avec ce vin une relation totalement physique, quelque chose de prenant au plan physique. À chaque gorgée, je suis saisi par ce vin, et mon ami des Pays-Bas, qui me regarde, est frappé de l’effet physique que le vin a sur moi. Car, effectivement, ce Pétrus 1959 a une personnalité invraisemblable et une perfection qui en font un Pétrus idéal. Je suis moi-même frappé d’avoir une telle réaction physique devant ce vin.

Nous buvons ensuite le Pétrus 1966, beaucoup plus large et étoffé que le 1959, mais un petit peu moins séduisant.

C’est sur le wagyu qu’arrive le Pétrus 1990, sachant que les deux Pétrus précédents, servis sur les rougets, ont créé un accord que je vénère, puisque, systématiquement, lorsque j’ouvre des Pétrus, je les associé à des rougets. L’accord Pétrus et rouget, totalement original, est une réussite.

Le Pétrus 1990, accompagnant maintenant le wagyu, ne crée pas un accord aussi évident. Il faudra servir La Tâche du Domaine de la Romanée-Conti 2010 pour que se crée un accord parfait avec le wagyu. La Tâche est un grand vin, surtout en 2010, mais après une succession de trois Pétrus quasiment parfaits, il lui est très difficile de montrer pleinement ses talents.

Le Champagne Krug 1982 accompagne d’abord le comté de 18 mois, et l’accord se montre pertinent, puis arrivent les financiers, avec lesquels l’accord fonctionne aussi, mais le met un peu moins en valeur. Le Champagne Krug est un grand champagne, mais après le festival des quatre vins rouges, il lui est assez difficile de briller face à ces vins.

Nous finissons les financiers en buvant un Cinzano Vermouth des années 40, que j’avais ouvert lors du dîner à l’Écu de France, il y a un mois. Ce vin doux est extrêmement intéressant : il a perdu un peu de puissance, mais il a gagné en complexité.

À la fin de ce repas, il est temps de voter, comme nous le faisons dans les dîners de wine-dinners. Nous votons chacun pour les cinq premiers sur les huit vins différents.

Le Pétrus 1959 reçoit quatre votes de premier. Le Pétrus 1990 reçoit trois votes de premier. Comme nous sommes sept, il n’y a donc que deux vins qui ont reçu des votes de premier.

Le classement final est le suivant : 1 – Pétrus 1959 2 – Pétrus 1990 3 – Chevalier-Montrachet La Cabotte, Bouchard Père & Fils, magnum 1992, 4 – Pétrus 1966, 5 La Tâche, Domaine de la Romanée-Conti 2010.

Mon classement est strictement le même que celui de l’ensemble de la table.

L’atmosphère de ce repas a été incroyablement joyeuse. Tout le monde était heureux de se voir dans un repas totalement impromptu, organisé par le hasard des appels qui m’avaient été envoyés au téléphone. Ce 310ème repas de wine-dinners fut donc un repas joyeux et passionnant, où les Pétrus ont brillé au-delà de ce que l’on pouvait espérer.

310th event of Wine-dinners in restaurant Pages jeudi, 4 juin 2026

A friend from the Netherlands, who lives in Brazil and was due to attend the lunch at Plénitude a few days later, told me: “I would love for us to meet the day before, and I will bring a Pétrus 1990.” I warmly thanked him. Shortly afterwards, a friend from Singapore, who would also attend the lunch at Plénitude, told me: “I would like to see you beforehand, if possible.” I informed both friends of this possibility and thought: why not expand our small group?

I then contacted friends living in Istanbul and asked whether they would like to join us. I offered to provide wines for them if they wished, with reimbursement of my contribution. One thing led to another, and we found ourselves having lunch, the day before the forthcoming meal at Plénitude, at Restaurant Pages. We would be seven in total: my Dutch friend, my Singaporean friend, three guests from Istanbul, and an American friend of Indian origin who happened to be in Paris and had told me he would be delighted to see me.

A group of seven seemed sufficient for me to consider this gathering as one of my wine-dinners. It therefore became the 310th meal of wine-dinners.

I arrived at 10 a.m. to open the wines I had assembled. The operation went perfectly; every bottle opened without the slightest difficulty. My friend from Singapore accompanied me during the opening. While the Salon 1999 released an explosive “pschitt”, the Krug 1982 opened silently, probably because of its unusually short cork. Everyone arrived punctually at noon.

In the meantime, I had designed the menu together with Chef Ken, with whom I enjoy an excellent relationship. The menu consisted of: fish carpaccio served in two stages / a plate of Japanese mushrooms, somewhat resembling Paris mushrooms but with a much more assertive character / a small course of meagre for the white wine / red mullet with a red wine sauce prepared with Château Lafite 2003 / meagre served again with the same sauce / wagyu served in two stages / 18-month Comté / financiers.

When the Champagne Salon 1999 was served, I immediately felt that we were facing absolute greatness. This Champagne possesses an extraordinary personality. It is powerful and incisive, yet at the same time charming and complex, making it almost divine.

The Chevalier-Montrachet La Cabotte, Bouchard Père & Fils, Magnum 1992, accompanied the mushroom course. La Cabotte was a parcel of Chevalier-Montrachet that could, in the 1920s, have obtained Montrachet status. To do so, Bouchard would have had to pay a tax associated with the appellation, and the family chose not to proceed.

The separate release of wines from the La Cabotte parcel, previously included within Bouchard’s overall Chevalier-Montrachet production, dates, I believe, from 1998. However, I obtained from Bouchard magnums of the mythical 1992 vintage, produced before the official separation of La Cabotte from the rest of the Chevalier-Montrachet holdings. The wine is extraordinarily impactful, but what fascinates me above all is its finish. It is astonishingly long. The wine is generous and seductive, yet it is the finish that ultimately defines its personality.

We then moved on to the series of Pétrus wines. The first served was the Pétrus 1959 that I had brought, despite its relatively low fill level. My reaction to this wine was entirely physical. Every sip affected me deeply, and my Dutch friend, observing me, was struck by the almost physical impact the wine seemed to have on me. Indeed, this Pétrus 1959 possesses an extraordinary personality and a degree of perfection that makes it, in my eyes, an ideal Pétrus. I myself was astonished by the intensity of my reaction.

Next came the Pétrus 1966, broader and fuller-bodied than the 1959, though perhaps slightly less captivating.

The Pétrus 1990 was served with the wagyu. The two previous Pétrus wines, served with the red mullet, had created an association that I deeply revere, because whenever possible I pair Pétrus with red mullet. This unusual combination is consistently successful.

The Pétrus 1990, served with the wagyu, did not create such an immediate harmony. It was only when La Tâche 2010 from Domaine de la Romanée-Conti was poured that a truly perfect pairing emerged with the wagyu. La Tâche is unquestionably a great wine, especially in the 2010 vintage, but following three virtually perfect Pétrus wines, it found it difficult to display the full extent of its talents.

The Champagne Krug 1982 first accompanied the 18-month Comté, a pairing that proved highly convincing. It then continued with the financiers, where the match also worked well, although somewhat less brilliantly. The Krug is a great Champagne, but after the remarkable succession of four red wines, it inevitably found it difficult to compete for attention.

We finished the financiers while drinking a Cinzano Vermouth from the 1940s, which I had first opened during a dinner at L’Écu de France one month earlier. This sweet wine was particularly interesting: it had lost a little of its original power, but had gained considerably in complexity.

At the end of the meal, it was time to vote, as we do at all wine-dinners. Each participant selected his five favourite wines from the eight wines served.

The Pétrus 1959 received four first-place votes. The Pétrus 1990 received the remaining three. As there were seven voters, these were the only two wines to receive first-place votes.

The final ranking was:

1 – Pétrus 1959
2 – Pétrus 1990
3 – Chevalier-Montrachet La Cabotte, Bouchard Père & Fils, Magnum 1992
4 – Pétrus 1966
5 – La Tâche 2010, Domaine de la Romanée-Conti

My personal ranking was exactly identical to that of the table as a whole.

The atmosphere throughout the meal was extraordinarily joyful. Everyone was delighted to be together at a gathering that had come about entirely by chance, through a series of telephone calls. This 310th wine-dinner was therefore a happy and fascinating occasion, one in which the Pétrus wines shone beyond anything we could reasonably have hoped for.

déjeuner de conscrits au Yacht club de France mardi, 26 mai 2026

Nous allons déjeuner au Yacht Club de France. L’ami gallois de notre club 2043 devait inviter aujourd’hui, mais il nous a envoyé ce matin un mail à chacun disant que du fait d’un incident gastrique, il était incapable de venir de Belgique jusqu’à notre réunion. Aussi, nous allons vivre une réunion à six, dont un de mes amis que j’ai présenté aux membres en espérant qu’il sera accepté comme nouveau membre.

Nous commençons l’apéritif avec des petits amuse-bouches qui sont toujours d’une délicatesse absolue sur un Champagne Ayala brut majeur, assemblage de 70 crus sans année très jeune, très agréable et joyeux et printanier. Ensuite, nous passons à table.

Le menu composé par Thierry Le Luc sur les suggestions de notre ami gallois est : Hors d’œuvre en apéritif avec des saveurs très variées /très grosses gambas rôties à l’anis et paprika, sabayon vert / notre poireau vinaigrette façon mimosa au homard bleu / filet de bœuf Wellington, choux de Bruxelles croquants, pommes rissolées Asselbach, jus maison / pommes au four en crumble, glace vanille artisanale / Stilton d’Éric Lefebvre MOF avec un Porto.

Nous boirons à table d’abord deux Meursault qui vont accompagner les grosses gambas. Le Meursault Pierre Labaye 2017 est frais, fluide et agréable à boire. Normalement, le deuxième meursault est le plus racé, Meursault La Vigne de 1945 Buisson Charles 2020, mais j’ai préféré la fraîcheur du premier, plus léger et plus adapté à notre plat.

Sur le filet de bœuf extraordinaire, préparé d’une façon magistrale, nous avons eu un La Bernardine Châteauneuf-du-Pape M. Chapoutier 2009, bien charpenté, joyeux et conquérant, qui a créé un très bel accord.

Nous avons tous été étonnés que le Stilton apparaisse après des pommes au four avec une glace vanille. C’est une habitude britannique de finir avec un fromage et un Porto, ce qui s’est très bien passé. Les discussions sont allées bon train et ce fut un repas extrêmement réussi où l’on sent l’implication permanente du chef et de son équipe.

anniversaire de ma fille vendredi, 22 mai 2026

Ma fille fête son anniversaire au Bar du restaurant Boubalé. Je ne connais pas cet endroit qui comprend un restaurant, un bar, une salle de danse et sans doute d’autres activités. Ma fille a dû négocier des droits de bouchon pour que je puisse apporter des vins. Je suis limité à trois bouteilles.

J’ai apporté deux bouteilles de Champagne Charles Heidsieck mis en cave en 1997. C’est un champagne composé de trois ou quatre millésimes d’avant 1997 extrêmement intéressant car il est très affable, équilibré et d’un goût direct et plaisant.

J’ai aussi ouvert un Château Palmer 1967 riche et puissant qui a atteint un niveau de maturité idéal. Avec les amis de ma fille nous avons passé une belle soirée que j’ai quitté dès que la puissance des musiques a dépassé ma capacité d’acceptation.

Essais de plats pour un futur dîner vendredi, 22 mai 2026

Deux semaines avant le prochain repas au restaurant Plénitude, j’arrive à 18h pour déguster les plats prévus pour ce repas.

J’entre dans la cuisine. Arnaud Donckele est là, assis dans l’alcôve où il reçoit habituellement des invités. Il est en train de traiter des affaires courantes. Il me demande de m’asseoir. Je serai seul assis devant lui, avec une vue sur l’équipe importante qui travaille dans la cuisine.

Clément Bécherel, le chef exécutif de Plénitude, nous rejoint, souriant, et fait servir le premier plat. Contrairement aux autres fois où je me suis livré à cet exercice, je vais manger tous les plats, y compris les deux desserts.

J’ai en tête les goûts des vins et je compare les saveurs que je perçois à ce que ma mémoire suggère. Cette fois, je change certains composants, certains équilibres ou l’importance de certains ingrédients.

Et ce que je n’imaginais pas, c’est que tous les membres de la cuisine concernés ont immédiatement appliqué ce que j’avais suggéré, et le plat revient, corrigé par mes remarques. Et les assistants des chargés de chaque plat viennent écouter ce qui est dit sur leur plat.

J’essaie de rester nuancé parce que je ne prétends pas détenir la vérité et imposer une vision qui n’est pas destinée à être péremptoire. J’essaie d’être aussi humble que possible, mais je ressens ce à quoi chaque accord devrait ressembler. Toute cette procédure se déroule dans la joie, dans l’écoute, chacun écoutant attentivement ce qui est dit.

Quand presque tout est terminé, Arnaud Donckele me dit : tu sais, tu es la seule personne avec qui je teste des plats et il ajoute : « tu nous fais progresser ».

J’ai reçu ces mots comme un choc. Je n’ai jamais cuisiné, je n’ai pas le millième du talent d’Arnaud Donckele dont la vision sur les saveurs et les sauces est unique au monde. Cela m’a ému à un point que j’ai du mal à décrire, car cela vaut tous les compliments du monde.

309è dîner au restaurant Pages jeudi, 21 mai 2026

Le 309e dîner de Wine Dinners se tient au restaurant Astrance. Nous sommes 12, dont deux personnes qui habitent à Singapour et qui, après notre dîner, vont nous quitter pour aller en Grèce. Et les autres participants sont français. Il y a seulement quatre personnes qui n’ont pas participé à mes dîners.

Le menu a été mis au point avec Pascal Barbot qui, hélas, ne pouvait pas être parmi nous, mais il avait donné de telles instructions que le dîner s’est déroulé absolument parfaitement.

Nous commençons l’apéritif par un Champagne Pommery & Greno for Coronation Elizabeth II of July 2nd 1953 millésime 1947. Ce champagne est particulièrement brillant. Il est très puissant, très bien construit et d’une grande solidité. Il a accompagné mes propos de présentation de mes dîners et des amuse-bouches délicats.

Le menu : palet gribiche & courgetti, gougère parmesan & mélilot, navet doux au naturel & citron rôti / bulot & algues, huître – pomme & cresson, praire & jus d’agrume légèrement parfumé au piment, riz koshihikari fraîchement poli & jus marinière / médaillon de homard & bisque de crustacé, biscotte à la confiture de crevette / fricassée de pigeon, cœur et moelle, petits pois à peine cuisinés / asperge blanche – gigot d’agneau poché & consommé de jambon ibérique / morille blonde au vin jaune / tarte tatin / gâteau de semoule aux raisins & caramel d’épices / financier ‘François Audouze’ à l’eau de rose.

Juste après le Pommery 1947, nous buvons le Champagne Dom Pérignon 1934 et je suis extrêmement ému parce que c’est un champagne qui est quasiment introuvable aujourd’hui et qui est d’une telle délicatesse sentimentale que moi aussi je suis touché par son côté sentimental. L’accord avec les entrées est émouvant tant les goûts complexes sont d’une richesse infinie.

Le Y du Château d’Yquem 1985 est d’une rare puissance. C’est un vin fort, qui a un botrytis marqué, mais qui ne nuit pas au caractère sec du vin. C’est un beau et grand Y, d’un beau millésime comme le 1988.

Nous avons ensuite le Château Longueville Pauillac-Médoc Baron de Pichon-Longueville 1929, qui est d’une totale élégance et qui est servi avec le Château Léoville Las Cazes 1929. Le fait d’avoir deux vins de 1929 est particulièrement impressionnant parce que c’est sans doute avec 1928, les 2 années les plus grandes du siècle.

Les deux vins rouges sont très voisins en termes de goût, mais le Pichon Longueville, plus élégant, plus gracieux, aura beaucoup plus de faveurs de la part de mes convives. L’accord avec le homard cuit à la seconde près est merveilleux.

Ensuite, nous allons boire la Romanée Conti Domaine de la Romanée-Conti 1967. Au moment de l’ouverture, j’avais pu tirer le bouchon, un bouchon d’une qualité absolument exceptionnelle et le parfum était tellement délicat que j’étais ravi. Et ce parfum s’est conservé au moment où le vin est servi. C’est une Romanée Conti que je dirais exemplaire, car tout en elle est grâce, subtilité et délicatesse.

On n’a pas, on ne cherche pas la puissance avec les Romanée-Conti, on cherche les complexités et l’émotion. Et le pigeon à la chair délicate est le compagnon idéal pour une Romanée Conti si subtile.

Le Nuits Saint-Georges Les Cailles Morin P&F 1915 est un de mes vins chouchous parce que j’en ai bu quatorze de ce millésime et chaque fois que je l’ai mis dans des dîners, il a été classé dans les premiers. Il sera classé aujourd’hui deuxième des votes.

Ce vin, c’est la puissance tranquille, qu’est-ce à dire ? C’est un vin solide, extrêmement charpenté et d’un calme absolu, qui est compatible avec tous les mets qui lui sont proposés. Comme cela fait presque trente ans que je bois ce vin, on peut imaginer qu’il aura encore cette prestance dans un siècle.

Ensuite, nous avons un Hermitage La Chapelle Jaboulet présumé 1939 dont je pense, d’après mes dossiers, que c’est un 1939.

Les Hermitage la Chapelle sont toujours solides et structurés. Celui-ci est très agréable, mais évidemment, après deux vins de Bourgogne exceptionnels, il est un peu plus discret.

Le Château Chalon Jean Bourdy 1895 est vraiment l’exemple du Château Chalon historique et éternel, joliment structuré. Il est extrêmement plaisant et la composition sur la morille est idéale pour le mettre en valeur.

Le Château d’Yquem 1905 est évidemment une grande rareté. Il est subtil et délicat, il a une belle longueur, il manque un tout petit peu de puissance, mais cela arrive selon les années pour le château d’Yquem. La tarte Tatin est un prolongement parfait de son goût.

Enfin, nous finissons sur un Muscat Mas d’Eu mis en bouteille en 1889 # 1850 dont la date de 1850 est estimée car la mise en bouteille en 1889 pourrait indiquer une date de création beaucoup plus ancienne.

Ce muscat est exceptionnel, brillant. Pour moi, il fait partie de ces alcools qui sont totalement éternels. C’est à dire qu’on se dit que dans quelques siècles, ce vin serait toujours le même, car il est indestructible, d’une richesse invraisemblable, d’une longueur et d’une complexité extrême. C’est un c’est un alcool parfait et brillant.

Le classement des vins du 309ème dîner est assez intéressant. Première constatation, tous les vins ont eu au moins un vote et même au moins deux votes. Il y a eu au total six vins qui ont été nommés premiers. Il y a la Romanée-Conti qui a eu 5 votes de premier, le champagne Pommery et le champagne Dom Pérignon qui ont eu 2 votes de premier, le Pichon Longueville 1929, un vote de premier comme le Nuits Saint-Georges les Cailles 1915 et le Muscat Mas d’Eu 1850 aussi un vote. Cette diversité est toujours extrêmement plaisante, car chaque convive trouve des vins qui le passionnent.

Les votes de l’ensemble de la table sont : 1 – Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1967, 2 – Nuits Saint-Georges Les Cailles Morin P&F 1915, 3 – Champagne Dom Pérignon 1934, 4 – Muscat Mas d’Eu mis en bouteille en 1889 # 1850, 5 – Château Longueville Pauillac-Médoc Baron de Pichon-Longueville 1929, 6 – Champagne Pommery & Greno for Coronation Elizabeth II 1947 July 2nd 1953.

Mon vote est : 1 – Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 1967, 2 – Muscat Mas d’Eu mis en bouteille en 1889 # 1850, 3 – Château d’Yquem 1905, 4 – Champagne Dom Pérignon 1934, 5 – Nuits Saint-Georges Les Cailles Morin P&F 1915.

L’un des plats les plus exceptionnels a été le celui où on nous a servi un bulot, une huître et une praire avec le fabuleux riz Koshihikari fraîchement poli. Ce plat est extraordinaire. Et comme les champagnes étaient grands, le plat était à son aise avec les complexités des champagnes.

Le homard et le pigeon ont été parfaits mais attendus, alors que l’asperge blanche avec un Hermitage 1939, ça, c’est une jubilation personnelle.

La morille blonde a été divine avec le Château Chalon, la tarte Tatin était absolument ce qu’il fallait pour l’Yquem 1905 et le financier met en valeur tous les alcools d’une façon formidable.

En deux mots, ce fut un dîner exceptionnel.

déjeuner au restaurant Pages avec un wagyu inédit mercredi, 20 mai 2026

Au restaurant Pages, j’invite un ami qui a, parmi toutes ses activités, participé à la création de beaux livres, dont celui sur les grands crus classés de 1855. Il vient accompagné d’une journaliste et écrivain.

J’ai voulu apporter des vins qu’aucun d’eux ne connaîtrait vraiment.

Avant de goûter mes vins, nous commençons par un Champagne Le Météque Guillaume Marteaux sans année, qui est offert par Pierre-Alexandre, le directeur de Pages. Ce champagne très jeune, voire trop jeune, est un bon moyen pour mettre en valeur le Champagne Mumm Cuvée René Lalou 1979. Ce champagne est splendide, il est maintenant à un à un niveau de maturité tout à fait exceptionnel. Et c’est le champagne qu’on aime, c’est à dire qu’il a tout, la douceur, mais la puissance aussi. Il est riche et cohérent.

Le menu du repas que j’ai mis au point avec le chef Ken est : carpaccio de pagre / carpaccio de wagyu / poisson maigre sauce vin rouge / wagyu japonais et wagyu de Normandie / financier.

Les carpaccios, l’un de poisson et l’autre de viande, accompagnent idéalement le grand champagne.

Le Clos Vougeot Faiveley années 20 est très riche et très subtil. Il y a beaucoup de délicatesse dans ce vin et une belle longueur. Il est aussi charmant, offrant la gracieuse finesse des grands vins bourguignons.

Il est suivi par le Vega Sicilia Unico 1941 que j’avais apporté parce qu’il avait un niveau assez bas. Je voulais montrer à mes convives qu’un bas niveau n’est pas forcément un signe de faiblesse. Et en fait, ce vin se montre absolument prodigieux. Il est profond, dense et intense. Un vrai bonheur. Pourquoi avons-nous pris aussi un wagyu de Normandie ? C’est pour une raison très amusante. Un boucher est venu livrer ses produits à la maison Pages. J’ai vu qu’il avait quelque chose qui ressemblait à un wagyu. Je lui ai demandé ce que c’est et il m’a dit qu’il a le droit de faire un wagyu en Normandie car il respecte les règles. J’ai donc dit au chef Ken que nous allions l’essayer. Et en fait, la démonstration n’est pas très brillante car le wagyu japonais est vraiment particulièrement gourmand, alors que le wagyu de Normandie ressemble plus à une pièce de bœuf qu’à un véritable wagyu. Mais il est amusant mais aussi important d’avoir tenté cette expérience.

Ce fut un très agréable et joyeux repas.

Visite de cave et dîner à l’hôtel Meurice jeudi, 14 mai 2026

Julien Launois, qui dirige les champagnes Paul Launois, m’avait contacté pour venir à l’un de mes dîners. Il est venu et j’ai accepté, ce que je ne fais normalement jamais, qu’il apporte une de ses bouteilles d’une série tout à fait particulière qui s’appelle « Single Barrel By Paul Launois ».

Quelque temps plus tard, j’ai rencontré un des dirigeants de la maison Matrone, qui est une société des Pays-Bas qui vend des champagnes, qui sont faits justement avec la maison Paul Launois.

Un ami m’a permis de rencontrer à nouveau les dirigeants de la société Matrone d’abord dans ma cave puis lors d’un dîner à l’hôtel Le Meurice.

La visite de cave a impressionné mes visiteurs. Nous nous sommes rendus ensemble à l’hôtel Le Meurice. Le menu que nous avons choisi avec nos amis est : petit pâté chaud de pintade et foie gras, salade amère / homard bleu croustillant, radis, amarante, poivre rouge / veau « grain de soie » grillé, sucrine, olive cassée, menthe cassées et menthe.

Le choix des vins a été fait à plusieurs, chacun ajoutant ses idées à celles des autres. Nous commençons par le Champagne Pierre Péters Cuvée de réserve grand cru blanc de blanc sans année. Ce champagne est élégant, je dirais presque sentimental, et le boire est le début idéal d’un repas.

Le premier champagne va servir de témoin au Champagne Matrone Signature Séries Cuvée Nocturne onze mois de fût, mis en bouteille en 2021. Ce qui me fascine dans ce champagne, c’est son parfum. Il est envoûtant, il est intriguant et il m’inonde de plaisir. Et le vin lui-même est agréable, pointu, tranchant, de belle composition. Mais c’est ce parfum qui me semble idéal et je pense que c’est lié à la température de service qui était absolument parfaite. Nous en avons parlé plus tard et j’ai suggéré à mes amis de faire des essais sur la température idéale pour que ce parfum prodigieux puisse exploser. Car c’est surtout cela qui en fait un vin hors du commun.

Nous avons bu ensuite un Chassagne Montrachet 1er Cru les Caillerets Domaine Marc Morey 2020. Il est très plaisant, sans singularité particulière. Ensuite, nous avons essayé, juste pour le plaisir, un Champagne Petite Fleur, Fleur de Miraval Brut Rosé sans année qui est une coquetterie intéressante, fruit des idées de Brad Pitt et de ceux qui l’accompagnent. Il aura beaucoup de succès du fait du propriétaire, mais aussi de sa qualité plaisante.

Nous avons ensuite, pour le veau, un Chambolle-Musigny Amiot 2023, solide et sympathique, qui a bien accompagné cette viande.

Ce repas dans un hôtel dont la salle à manger est d’une beauté extrême nous a permis d’évoquer de nombreuses idées, et des recherches qu’il est toujours un plaisir d’explorer.

apéritif dans le sud dimanche, 10 mai 2026

Nous recevons dans notre maison du Sud un voisin et son épouse pour un apéritif. J’ai essayé d’ouvrir depuis ce matin un Champagne Salon 2007 dont je sais que le bouchon est très difficile à extirper. Pendant à peu près une heure, usant de divers ustensiles, j’ai un mal fou à sortir le bouchon. Le champagne fait un pschitt relativement calme et son parfum est très agréable.

Nos amis arrivent, l’apéritif est très traditionnel avec rillettes, un fromage au pesto, des olives, de la poutargue et des tartines de foie gras. Nous apprécions le champagne qui est vraiment excellent, très racé, pointu, très affûté, et d’une énergie incroyable. C’est un champagne frais et noble.

J’ai pris pour la suite un Champagne Dom Pérignon 1983 qui est d’un monde complètement différent. Autant le champagne Salon est tout en énergie, autant le champagne Dom Pérignon est tout en grâce, charme et séduction. Et de plus, il est très agréable et confortable.

Cette expérience avec deux champagnes que tout diffère, fut un moment extrêmement agréable avec des voisins sympathiques.

déjeuner de famille avec un champagne inconnu dimanche, 3 mai 2026

Lors d’un autre déjeuner de famille, ma fille cadette vient avec sa fille, laquelle est accompagnée de sa nounou pour déjeuner à la maison. J’ai envie de découvrir un champagne sur lequel je n’ai aucune indication, le Champagne A. G. Jeanmaire à Epernay Cuvée Elysée 1966.

Il y a une telle connaissance sur Instagram que quelqu’un va certainement expliquer pourquoi le Champagne Jeanmaire a fait une Cuvée Elysée. Je ne connais pas ce champagne et je l’ai acheté par curiosité. N’ayant pas de réponse j’ai demandé à la maison Laurent Perrier de chercher dans les archives de Jeanmaire, maison qu’ils ont acquise il y a quelques années. Aucune référence à la cuvée Elysée n’existe. Ce champagne restera une énigme.

Le champagne Elysée est doux, charmant, très rond. Il n’est pas très complexe mais il est extrêmement agréable. Cela confirme ma vision sur les vieux champagnes. Pour moi, c’est un monde complètement différent de celui des jeunes vins. Les jeunes champagnes ont de la force et de l’énergie, et la bulle est importante. Les vieux champagnes donnent du plaisir, du charme et de la douceur. Ils sont confortables. Pour d’autres vins, on peut voir une évolution avec l’âge. Pour les champagnes, c’est un autre monde.

J’ai beaucoup apprécié ce Champagne Jean maire Cuvée Elysée 1966.

J’ai ajouté à ce repas le Château Ferran Graves Supérieures Martillac Béraud-Sudreau propriétaire 1964. J’avais été séduit par sa couleur très dorée qui laissait présager un vin très agréable. Les Graves Supérieurs sont généralement assez doux, mais j’ai trouvé que ce vin était suffisamment sec pour qu’on puisse le goûter sur un poulet et le la combinaison a été absolument parfaite. C’est un vin très agréable, dont je pense que sa qualité est très supérieure à ce que on pourrait imaginer dans son appellation.

J’avais acheté ce vin il y a longtemps, quand j’étais dans l’industrie sidérurgique, car la société Béraud-Sudreau avait la même activité que mon groupe. Nous étions en compétition et, à un moment donné, par les hasards de la vie, leur entreprise est entrée dans mon groupe.

Le président de cette entreprise était une personne formidable et nous sommes devenus amis. C’est lui qui m’a présenté à Alexandre de Lur Saluces, propriétaire du château d’Yquem, avec qui j’ai eu une relation devenue très amicale.