Présentation des vins du groupe Tempos Vega Sicilia jeudi, 11 novembre 2021

La société Vins du Monde est l'agent en France de nombreux vins prestigieux dont les vins du groupe espagnol Vega Sicilia. Chaque année cette société organise une dégustation des nouveaux millésimes des vins de ce groupe. Ceux que nous boirons seront disponibles à la vente en 2022. Nous avons la chance que le propriétaire du groupe Vega Sicilia, Pablo Alvarez, dont la famille a acheté ce domaine prestigieux en 1982, anime la dégustation. Il est accompagné du nouveau directeur général du domaine, Antonio Menendez, dont j'avais fait la connaissance lors d'un dîner cosmopolite au restaurant Pages. Il y a dans la salle beaucoup de sommeliers de restaurants prestigieux et des journalistes.

Nous commençons la dégustation par un Oremus Dry Mandolas Hongrie 2019 qui est le vin blanc sec de la propriété de Tokaji que le groupe Vega Sicilia a acheté en 1993. Le vin a une belle robe d'un or clair. Le nez est très jeune. En bouche l'attaque est douce et le finale est rêche et plus acide. Ce vin jeune est un peu dur et devrait attendre quelques années avant d'être bu. Le finale est très poivré. Le vin fluide mêle un peu de gras avec des accents de bonbon acidulé. Ce vin 100% furmint ressemble à des vins secs autrichiens. On peut imaginer de le boire sur un poisson dont la sauce est crémée.

Le Pintia Toro Tempos Vega Sicilia 2017 est de l'appellation Toro et grandit sur des sols en galets comme à Châteauneuf-du-Pape. Il est d'un millésime particulièrement chaud et titre 15° ce qui se sent. La couleur est presque violette, le nez très riche est doux. L'attaque est rêche et m'évoque l'artichaut. Le finale a une douceur mentholée qui me plait, aidée par le fort alcool. C'est un vin solide, massif et doux, charmeur, surtout dans le finale. C'est un vin à boire jeune, sur une pièce de bœuf.

Le Macan Clasico 2018 est servi en même temps que le Macan 2017. Il est de la région de Rioja. Il a une couleur plus claire que le 2017. Le nez un peu abrupt devient plus doux au bout de quelques minutes. La bouche est suave, superbe, accueillante. Il a un beau finale, très agréable même si le vin est un peu rêche. On sent du chocolat dans le finale.

Le Macan 2017 de la région de Rioja Alta, a un nez noble et fin. L'attaque est fluide et claire. Le vin est très bien construit. Son finale est moins brillant que celui du 2018. Le chocolat dans le finale est fort. Je préfère le Clasico 2018 car le finale du 2017 est un peu trop dur à mon goût.

Le Alion Ribeira del Duero 2018 a une couleur très noire. Le nez est superbe et puissant. Le vin titre 15°. L'attaque est toute en velours, douce et fraîche. On sent la puissance. Le finale est gourmand, légèrement chocolaté avec des notes de cassis, très beau. C'est un vin confortable, agréable et puissant mais très civilisé et fort.

Le Valbuena 5° Tempos Vega Sicilia 2017 a une couleur plus tuilée que l'Alion. Le nez est superbe, très pur. L'attaque est très fluide, montrant une élégance évidente. Le finale un peu épais n'a pas la fraîcheur de l'attaque. C'est un vin très agréable.

Le Vega Sicilia Unico 2012 a un nez superbe et une attaque d'une fraîcheur incroyable. Le finale est un peu rêche, signe de jeunesse. Entre Valbuena et Unico, je préfère l'attaque de l'Unico et le finale du Valbuena. De mémoire je pense que c'est la première fois que la qualité du Valbuena se rapproche autant de la grandeur de l'Unico. Comme les dates l'indiquent, le Valbuena est disponible sur le marché quand il a cinq ans et l'Unico quand il a dix ans.

Le Oremus Tokaji Aszu 5 Puttonyos 2014 a une jolie couleur d'or légèrement ambré. Le nez est énigmatique, hésitant entre le sec et le doux. J'aime ce parfum complexe. L'attaque est superbe de jeunesse et de fraîcheur. Comme il est jeune le sucre n'est pas encore intégré. Le finale est très long. Le vin est charmeur et magnifique dans cette folle jeunesse. Il est superbe et gourmand, de grande pureté. Il est sec et doux, bonbon anglais et sel. J'adore sa palette très large.

Pablo Alvarez nous a parlé de l'approche qu'il a pour faire ces différents vins, qui consiste à chercher des améliorations jusque dans les plus infimes détails. Tout est en question pour aller plus loin dans la précision. A l'entendre je ressens les mêmes recherches que celles d'Aubert de Villaine pour les vins de la Romanée Conti. Si je fais appel à ma mémoire je dirais que l'Oremus sec est moins charmant et joyeux que de précédents millésimes, que le Tokaji Oremus 2014 est brillantissime à cet âge précis. Le Valbuena est de plus en plus proche de la qualité de l'Unico. Et le superbe Unico m'a moins impressionné à cet âge que certains autres millésimes bus au même moment de vieillissement.

Pour rien au monde je ne raterais cette dégustation, surtout quand elle est conduite par Pablo Alvarez qui dirige son groupe avec talent.

Repas du dimanche conclusion d’une trilogie lundi, 25 octobre 2021

Ma fille cadette nous rend visite pour le déjeuner dominical. Avec mon fils nous avions ouvert plusieurs bouteilles pour deux repas aussi il y aura suffisamment à boire, sauf le champagne d'apéritif.

J'ouvre un Champagne Pol Roger 1973 qui offre un pschitt discret mais réel. La couleur est joliment ambrée de peau de pêche. Le champagne est riche, large et joyeux, un peu comme le Moët 1959, généreux. Avec une rillette, c'est un accord idéal.

Le plat est un osso-buco avec des champignons qui s'accorde très bien avec les vins. Le Pétrus 1969 est encore magnifique et charpenté, ouvert il y a deux jours. Ma fille buvant les vins à l'aveugle reconnait la Romanée Conti dans le parfum du Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1978. Elle est plus hésitante pour le Vougeot 1929 qui devient de plus en plus algérien. Les trois repas partagés avec mon fils dont le dernier avec ma fille nous ont permis d'explorer des vins inhabituels et magnifiques. Ressortent du lot le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1978 et le Pétrus 1969. Ce furent de grands moments.

trois repas :

Deuxième dîner avec mon fils et un grandiose Richebourg dimanche, 24 octobre 2021

Le lendemain avec mon fils nous allons à nouveau boire de grands vins. Vers 17 heures je commence à ouvrir les vins. J'avais choisi en cave un Richebourg Domaine de la Romanée Conti dont l'étiquette très abîmée ne donne aucune indication permettant de trouver l'année. Le nombre de bouteilles produites, toujours inscrit sur les bouteilles permettrait de connaître le millésime mais il est effacé. L'état de l'étiquette me fait penser aux années quarante mais le marchand qui m'a vendu la bouteille avait découpé le bas de la capsule, ce qui me permet de lire 1978. Le haut du bouchon est dur comme du bois. Je découpe donc au couteau le haut du bouchon pour mieux lever le bas avec l'espoir de lire le millésime sur le bouchon. Lorsqu'il est sorti, je peux lire 1976 ou 1978, mais le chiffre 1978 s'impose. Le nez du vin est très prometteur, si typique de la Romanée Conti.

J'ouvre ensuite un Vougeot Abel Porte 1929 dont le bouchon vient sans difficulté. Le nez est sans défaut et le vin profitera bien de quelques heures d'aération.

Pour l'apéritif, j'ouvre au dernier moment un Champagne Philipponnat Clos des Goisses 1991. Je n'ai bu que trois fois un champagne de 1991, millésime que beaucoup de maisons n'ont pas vinifié. La couleur est belle d'un or de blé d'été, le pschitt est actif et le vin ne fait pas du tout ses trente ans. C'est un champagne très expressif et vif. Il est tonique. Nous grignotons quelques biscuits mais très rapidement nous passons à table pour profiter du beau champagne sur un caviar osciètre prestige de Kaviari. Le caviar est exceptionnel et son côté salin colle parfaitement au champagne sérieux et noble. C'est un grand moment.

Nous passons ensuite à la viande Wagyu si tendre et suave qui est associée aux deux bourgognes que je vais faire goûter par mon fils à l'aveugle. Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1978 a un nez de rose et de sel qui ne peut pas tromper mon fils qui dit Romanée-Conti. Ma femme n'avait pas entendu mon fils et quand je lui fais sentir, elle dit Romanée Conti tant ce parfum est une signature. En bouche le vin est sublime et la douceur de la viande bien grasse le met en valeur. C'est un des plus grands Richebourg de la Romanée Conti que nous buvons, si subtil, à la couleur claire, et à la longueur quasi infinie. Quel charme !

Je vais chercher ensuite le Vougeot Abel Porte 1929. Mon fils sent et goûte et exclut la Bourgogne. Il évoque du café et du chocolat, pensant à un vin étranger. L'évocation de café allume une lumière dans ma mémoire. Le café est un marqueur des vins d'Algérie. Nous sommes donc en présence d'un vin hermitagé, c'est-à-dire qui a été fortifié par un apport externe qui peut être du Rhône ou d'Afrique du Nord. Le vin est beaucoup plus sombre que le Richebourg. Il est puissant et fort agréable à boire sur le Wagyu, même s'il n'est pas authentique. Mais 92 ans plus tard, il y a prescription.

Ces deux dîners nous ont ravis. Indépendamment des deux liquoreux exceptionnels du 19ème siècle, deux vins émergent au-dessus du lot, le Richebourg 1978 et le Pétrus 1969. Les deux champagnes ont brillé et le Wagyu est un plaisir divin.

Déjeuner de famille avec une belle Romanée Saint-Vivant lundi, 18 octobre 2021

Ma fille aînée vient avec ses filles déjeuner à la maison. J'ai envie d'ouvrir une belle bouteille. Vers 9 heures, j'ouvre une bouteille de Romanée Saint-Vivant Marey-Monge Domaine de la Romanée Conti 1988 qui a un beau niveau de 3 centimètres sous le bouchon. Le bouchon sous la capsule est blanc. Il vient entier, d'un liège de grande qualité. Le premier nez, timide est un peu lacté, comme si les exsudations du haut de bouchon étaient du lait. Mystère.

Une heure avant l'arrivée des invitées, j'ouvre un Champagne Pommery Cuvée Louise 1989. Le beau bouchon est lui aussi de belle qualité. Le pschitt est marqué même s'il n'est pas explosif. La couleur du champagne est d'un jaune d'or de blés d'été. Le nez du champagne à l'ouverture est vif et fort.

L'apéritif consiste en des quiches lorraines passées au four, en une terrine très expressive et en des tranches de rosette de Lyon. C'est la terrine qui met en valeur le beau Champagne Pommery Cuvée Louise 1989 vif, expressif et généreux, meilleur que ce que j'avais imaginé. Le message n'est pas extrêmement complexe, mais c'est un beau champagne de gastronomie.

Sur des œufs brouillés aux cèpes et à l'ail, je peux servir la Romanée Saint-Vivant Marey-Monge Domaine de la Romanée Conti 1988 car le cèpe à l'ail est dominant par rapport aux œufs discrets. Le vin à la couleur claire a maintenant un parfum idéal, élégant et raffiné. En bouche le vin racé est exactement ce que doit être la Romanée Saint-Vivant quand elle a 33 ans. Le vin précis est tout en finesse. Sur un veau Orloff aux pommes de terre grenailles, le vin montre qu'il peut aussi être large et incisif. J'aime ce vin à cette maturité. Ses accents sont si subtils et suggérés.

Un fromage de chèvre particulièrement brillant s'accorde bien avec le vin qui montre sa flexibilité gastronomique.

Les grands esprits se rencontrent en un hasard savoureux. Je n'avais pas demandé à ma femme ce qu'elle avait prévu et je vois qu'elle apporte des poires Belle-Hélène. Or j'avais déjà mis sur table des petits verres pour que l'on goûte un Porto Nectar do Douro J. A. Simoès 1872 que j'avais ouvert il y a quatre mois et qui était resté sagement avec un bouchon dans la porte d'un réfrigérateur. Mes petites-filles sont subjuguées qu'un vin de 149 ans puisse offrir une telle douceur avec des accents forts de pruneau, de café et de réglisse. Ce fut le point d'orgue d'un bien agréable repas marqué par la noblesse du vin de Bourgogne.

253ème repas de wine-dinners au restaurant Plénitude Arnaud Donckele mercredi, 8 septembre 2021

Le 253ème repas de wine-dinners a eu une longue gestation. Je connais depuis plus de dix ans Arnaud Donckele et lorsqu'il a été décidé qu'il dirigera le restaurant gastronomique de la Samaritaine, l'idée nous est venue de faire un grand repas avant l'ouverture officielle du restaurant. Mais les dates de la fin des travaux pharaoniques dans ce gigantesque immeuble reculaient et reculaient sans cesse. De plus le Covid a mis une incertitude sur les possibilités de faire des repas.

L'horizon s'étant éclairci, la date d'ouverture officielle du restaurant Plénitude Arnaud Donckele de Cheval Blanc Paris a été annoncée et la date du repas que nous ferions ensemble a été fixée à trois jours avant l'ouverture officielle. Nous avons travaillé à la mise au point du menu et nous avions déjà eu avec Arnaud des discussions sur la philosophie des repas. Les voies qu'explore Arnaud ne sont pas celles que j'explore, mais peuvent se rencontrer. Nous avons dû travailler pour en faire une synthèse. J'ai fixé des pistes telles que rouget pour un Pétrus, ris de veau pour un Corton-Charlemagne, pamplemousse pour un Yquem et Arnaud, en visionnaire, a tout de suite compris comment traduire ces pistes en plats cohérents. Et notre complicité a permis de faire un repas structuré.

Le génie des sauces du chef a conduit à des plats extraordinaires. Arnaud a privatisé pour nous le restaurant pour un déjeuner. Il a été omniprésent, servant les plats et servant lui-même les sauces dans nos assiettes, ce que je considère comme un privilège et un signe d'amitié.

Quand les convives sont arrivés, il les a salués en disant : « ce que vous allez manger, ce sont les plats de François Audouze. Moi, je n'y suis pour rien ». Nous avons ri. Et tout au long du repas les participants ont pu voir à quel point il s'est impliqué. Aucun plat n'est un plat de la carte. Ce sont des créations pour cet événement et ils ne sont pas reconductibles. C'est ce que le chef a expliqué au moment où dans le fumoir, nous avons fumé des cigares et bu un Rhum de la Martinique.

Les vins avaient été livrés deux jours avant le déjeuner et redressés la veille au soir. Le jour venu, je me présente à l'hôtel Cheval Blanc Paris un peu avant 9 heures. Emmanuel, le sommelier, me propose d'ouvrir les vins dans le fumoir. Le bouchon du Laville Haut-Brion vient entier comme presque tous les bouchons. Le nez du Laville est noble. Le parfum du riesling paraît fermé. Celui du Corton-Charlemagne de Coche-Dury n'est pas aussi tonitruant que ce que j'attendais mais il est subtil. Le parfum du Pétrus 1989 est miraculeux, celui de La Tâche très discret et celui de l'Yquem 1947 est la splendeur la plus absolue. Il est royal. Je devrais m'agenouiller devant le parfum du Constantia, réel chef d'œuvre. Son bouchon est le seul qui se brise en de nombreux morceaux, car ce minuscule bouchon s'est collé au verre et ne glisse pas dans son petit goulot.

Tout étant rondement mené j'ai le temps de regarder le site merveilleux de la Samaritaine et de saluer Arnaud Donckele, souriant et heureux que nous tentions cette expérience. A 11 heures j'ouvre les deux champagnes. Le bouchon du 1979 est étonnamment court et celui du 1981 libère une belle explosion gazeuse.

Les convives sont tous à l'heure. En trinquant avec un Champagne Krug 1979 je peux donner les « consignes » aux trois nouveaux. Nous sommes huit, avec une condamnable absence de parité.

Le Champagne Krug 1979 a une jolie couleur d'un ambre clair et le premier contact montre une acidité très présente mais je préviens mes convives que les amuse-bouches vont effacer cette acidité. Et c'est le cas, avec des huîtres merveilleuses et des bulots fumés comme je n'en ai jamais mangés. Le champagne est large et opulent, bien typé et c'est un des meilleurs 1979 que j'aie eu la chance de boire.

Voici le menu du repas. Le début de l'intitulé est souvent lié aux suggestions que j'ai faites, et à partir du mot « pour », c'est le génie du chef qui donne au plat une cohérence gustative et un supplément d'âme :

Sandre / chair d'araignée / caviar pour vinaigrette "berlugane"

Homard / choux brulés / pinces pour soupe ''vigne cardinale''

Ris de veau / carottes fondantes pour jus condimenté "dévoyé"

Rouget / céleri / crocus pour bouillon "bravade"

Pigeon / pomme de terre / Peranzane pour sauce "olive giboyeuse"

Bleu ciré dans le vaisselier lacté

Composition satinée pamplemousse / mangue / crème lactique / safran pour sauce "esquisse rose"

Le Champagne Krug Clos du Mesnil 1981 est très différent du Krug 1979. On le sent plus complexe, plus raffiné, plus noble. Le 1979 est un fonceur, le 1981 est un esthète. C'est d'ailleurs l'un des Clos du Mesnil que je préfère, après le légendaire 1979. Le plat gourmand est large et idéal pour ce fin champagne.

Le homard côtoie deux vins. Le Château Laville Haut-Brion Blanc 1950 a une couleur très claire comme le plus souvent pour ce vin qui ne bronze pas avec l'âge. Le nez est impérial et riche et en bouche, le vin est un festival de saveurs riches et inhabituelles. On aurait du mal à dire que c'est un bordeaux blanc tant ses richesses ressemblent à celles d'un Hermitage blanc. Je suis conquis par l'originalité de ce vin qui me semble meilleur que ce qu'aurait donné un Haut-Brion blanc du même âge.

Le Riesling Léon Beyer vers 1950 a hélas un nez de bouchon. Même si le vin n'a pas de goût de bouchon, on est mal à l'aise avec son parfum. C'est pourtant un beau riesling cohérent et minéral, mais le cœur n'y est pas. Le homard est une merveille et embellit le Laville.

Le Corton-Charlemagne Jean François Coche-Dury 1997 n'a pas l'approche tonitruante de certains millésimes riches de ce vin, mais il a la belle sophistication des Corton-Charlemagne d'un domaine qui porte cette appellation au firmament. L'association avec un ris de veau est mon idée et comme au rugby, c'est Arnaud Donckele qui a transformé l'essai avec une sauce à se damner. L'accord est parfait.

Le Pétrus 1989 a un nez impressionnant. Quelle richesse de truffe et de charbon ! En bouche il est tout simplement miraculeux. Un ami présent avait bu avec moi au Château de Saran un Pétrus 1990. Ce 1989 est transcendantal par rapport à son cadet. C'est un vin sublime qui justifie pleinement la réputation dont jouit Pétrus. On est au nirvana et le rouget traité par Arnaud est de la consistance qui fait le génie de cette association qui est une de mes coquetteries. Un rouget servi après un ris de veau n'est pas banal et ce fut réussi.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1990 est d'un des millésimes que je préfère pour La Tâche, le plus grand étant 1962. Le parfum de ce vin n'est pas aussi puissant que ce que j'attendais. C'est un grand vin, en possession de tous ses moyens, mais il a du mal à m'émouvoir après la prestation du Pétrus. Le pigeon est absolument magique, interprété de la plus belle façon. L'accord avec La Tâche est particulièrement réussi.

Le Château d'Yquem 1947 va accompagner deux services, celui du fromage bleu et celui du dessert. Arnaud Donckele a défendu son choix du fromage bleu ciré, mais ce choix qui a été fait par curiosité ne m'a pas fait changer d'idée : Stilton est le fromage qui convient aux vieux Yquem. Ce sera une occasion de nous revoir pour tester les deux. Il y a dans le bleu ciré du gras qui ne colle pas au sublime Yquem. Ce qui me fascine toujours avec ces Yquem légendaires c'est que tout en eux est parfait. Le dessert où le pamplemousse rose est le guide est une merveille.

Nous nous rendons dans le fumoir pour goûter le White Constantia J.P. CLOETE Afrique du Sud # 1862. Arnaud est très fier de cette possibilité de fumoir et il a raison. Nous bavardons avec Arnaud Donckele et c'est un plaisir et un privilège de discuter avec lui de gastronomie. Le Constantia est dans son registre aussi parfait que ne l'est l'Yquem 1947 en lequel tout est dosé pour notre bonheur. Le gras de l'Yquem, sa sucrosité, sa longueur appartiennent aux plus grands des Yquem et à mon goût ce 1947 surpasse le 1921 si chéri des experts.

Le Constantia est tout en douceur, avec des saveurs et des odeurs de mille et une nuits. J'avais demandé des financiers nature et à la rose et ceux que le pâtissier a réalisés mettent en valeur la grâce de ce breuvage divin que Napoléon adorait.

Cela fait trente ans que je ne fume plus, mais j'ai gardé des boîtes à cigares. J'en ai apporté une pour que mes amis et moi fumions ces reliques qui les étonnent car les cigares sont loin d'être secs. J'ai aussi apporté un Rhum de la Martinique Nady années 50 / 60 absolument délicieux et typé avec des petites notes vanillées, qui est un bonheur pour déguster les cigares.

Dans le fumoir nous avons voté pour les vins sans inclure le Rhum. Trois vins seulement ont été classés premiers : Pétrus 1989 a eu quatre votes de premier, La Tâche a eu trois votes de premier et le Constantia a eu un seul vote de premier, le mien.

Le classement du consensus est : 1 - Pétrus 1989, 2 - La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1990, 3 - White Constantia J.P. CLOETE Afrique du Sud # 1862, 4 - Château d'Yquem 1947, 5 - Champagne Krug Clos du Mesnil 1981, 6 - Corton-Charlemagne Jean François Coche-Dury 1997.

Mon classement est : 1 - White Constantia J.P. CLOETE Afrique du Sud # 1862, 2 - Pétrus 1989, 3 - Château d'Yquem 1947, 4 - La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1990, 5 - Château Laville Haut-Brion Blanc 1950.

Un tel repas avec la complicité d'un chef du talent d'Arnaud est la récompense de ma démarche gastronomique. C'est ce dont je rêve et nous l'avons fait. Arnaud est le prince des sauces mais pas seulement, car l'architecture du repas a été parfaite.

Les vins se sont montrés très grands. Les accords ont été pertinents. J'ai un petit faible pour rouget et Pétrus, pigeon et La Tâche, dessert et Yquem. Le service a été d'une grande justesse. Ce repas devrait être canonisé au Panthéon de la Gastronomie. C'est un immense bonheur. Merci Arnaud.

la lie de La Tâche Constantia choisi dans la collection les vins dans ma cave les vins dans le fumoir du restaurant l'entrée de l'hôtel la salle à manger la petite pièce où sont gardées des vaisselles de "grand-mère" la vue sur la Seine les plats

Débauche de vins au restaurant Pages vendredi, 3 septembre 2021

Un ami m'envoie un message me demandant si je voulais participer à un dîner qui se tiendra au restaurant Pages. Il annonce quelques convives dont Olivier Krug, Charles Philipponnat, Frédéric Panaïotis, les dirigeants de Drappier, le dirigeant de Chartogne, et le directeur général de Vega Sicilia Unico. Un seul de ces grands personnages du vin aurait suffi pour que je dise oui. Je propose d'apporter du vin et mon ami me dit qu'il y en aura beaucoup car une influenceuse du vin vivant à New York veut fêter les 60 ans de son mari né en 1960 dont l'anniversaire n'avait pu être organisé en 2020 du fait du Covid. Nous serons environ seize ce qui rend difficile d'apporter des bouteilles de vins anciens. J'opte pour deux magnums, un Montrachet Guichard Potteret magnum 1988 et un Pommard Grands Epenots Domaine Hubert de Montille magnum 1999. Comme il y aura des vins anciens je propose à mon ami de venir à 16 heures au restaurant Pages pour ouvrir les vins qui seront présents.

Comme convenu je commence à ouvrir les rares vins présents ce qui me laissera un temps mort très long. Le Grands Epenots de Montille a un nez superbe alors que le Montrachet 1988 a un bouchon qui sent le bouchon et hélas le vin sent le bouchon aussi. Quel dommage. J'ouvre deux Château Petit Faurie de Soutard 1960 l'un superbe, l'autre au bouchon que je dois sortir au tirebouchon Durand, nettement moins accueillant. Il en est de même de deux Château Margaux 1934 dont l'un est sublime et l'autre résolument fatigué.

Après les ouvertures, je vais prendre une bière à la brasserie 116 et je grignote des édamamés. Juste avant que l'équipe de cuisine ne prenne leur dîner, je leur offre de goûter le Champagne Dom Pérignon 1983 que j'avais apporté au Pavyllon et dont il restait une belle moitié. Ils ont apprécié la noblesse de ce champagne.

Les invités arrivent et nous sommes submergés par les vins. Sans calcul, en comptant deux bouteilles pour un magnum, nous dépassons les quarante bouteilles pour seize. C'est de la débauche mais surtout c'est assez anarchique car il y a toujours un convive qui vient remplir un verre pour qu'on goûte son vin. De ce fait, ma mémoire me fait défaut pour raconter certains vins de ce programme de folie :

Champagne Krug magnum 2003 : succulent et racé comme il doit être - Champagne Philipponnat Clos des Goisses 2012 dégorgé en avril 2021 et pas encore commercialisé : très prometteur et imposant - Champagne Dom Ruinart Magnum 1990 : l'un des plus grands Dom Ruinart, une merveille - Champagne Dry Monopole Heidsieck & Co magnum 1955 : un peu fatigué mais beau témoignage d'une grande année - Champagne Drappier Grande Sendrée magnum 2002 : superbe - Pommard Grands Epenots Domaine Hubert de Montille magnum 1999 : d'une subtilité infinie, je l'adore - Château Calon-Ségur 1961 : la bouteille que j'ai bue est grande et riche - Château Margaux 1934 : j'ai eu le bonheur de boire la bonne bouteille, un rêve - Vega Sicilia Unico 1964 : un très grand Véga au sommet de sa maturité - Château Petit Faurie de Soutard 1960 : très beau saint-émilion.

Et il y a les vins que je n'ai pas bus ou dont je ne me souviens pas : Chevalier Montrachet domaine Leflaive magnum 2008 - Champagne Chartogne-Taillet Heurtebise 2016 - Vega Sicilia Unico magnum 2006 - Champagne Dom Ruinart rosé 1985 - Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 1959 - Corton renardes Paul André 1979 - Champagne Drappier Brut Nature André Michel (fin des années 90) - Champagne Krug Grande Cuvée étiquette bordeaux - Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1981 - Corton Charlemagne Louis Latour 1934 - Montrachet Guichard Potteret magnum 1988 qui n'a même pas été servi, mon apport oublié dans une cave de refroidissement – Champagne Dom Pérignon 1969. J'ai certainement raté des merveilles.

Le menu a été une fois de plus parfait : brioche feuilletée, tapenade à l'ail noir / tartelette confits d'oignons, anchois / carpaccio de Joshu Wagyu / salade de homard bleu, burrata, émulsion pastis fenouil, radis mirabelles, caviar Baeri Baïka Royal / anguille fumée, frite 'Nduja, gel de citron au piment d'Espelette / daurade royale sauce « umami », nectarine confite au sel / dégustation de bœuf de maturation, girolles et gaufre de pomme de terre / pastèque et thym citron / crème brûlée au chocolat, glace à la cardamome.

Le talent du restaurant Pages s'affirme de plus en plus. Ce qui fait la valeur de ce dîner c'est la cuisine, les convives tous intéressants et enjoués et la générosité de participants qui veulent faire plaisir à tous. Ce fut un grand moment de partage. J'ai cru comprendre que les 60 ans allaient se fêter encore chez de nombreux vignerons.

les vins que j'ai apportés les vins que j'ai ouverts quelques vins qui arrivent avec les invités le sommelier regarde si l'alignement des verres est parfait le repas les vins les convives

Bulletins du 1er semestre 2021, du numéro 899 à 920 lundi, 5 juillet 2021

Bulletins du 1er semestre 2021, du numéro 899 à 920

(bulletin WD N° 920 210629)   Le bulletin n° 920 raconte : déjeuner à l’hôtel du Marc de Veuve Clicquot avec des vins merveilleux, déjeuner du dimanche de la Pentecôte et déjeuner de lundi de Pentecôte, l’un des plus beaux de ma vie.

(bulletin WD N° 919 210623)   Le bulletin n° 919 raconte : le 250ème diner au château de Saran avec trois vins centenaires et déjeuner au siège de la maison Salon Delamotte avec un vin d’Henri Jayer et un sublime Salon.

(bulletin WD N° 918 210615)   Le bulletin n° 918 raconte : apport des vins du 250ème dîner au château de Saran et mise au point du menu, au cours d’un repas de famille, dégustation de vins aux niveaux extrêmement bas, au château de Saran ouverture des vins du dîner et à Hautvillers dégustation pertinente de Dom Pérignon P1, P2 et P3.

(bulletin WD N° 917 210608)   Le bulletin n° 917 raconte : 249ème dîner de wine-dinners à la Maison Belle Epoque de la maison de champagne Perrier Jouët.

(bulletin WD N° 916 210601)   Le bulletin n° 916 raconte : dîner de préparation d’un grand repas, déjeuner sous le signe des accords avec les liquoreux, déjeuner de conscrits dans ma cave.

(bulletin WD N° 915 210525)   Le bulletin n° 915 raconte : dîner d’anniversaire, déjeuner d’anniversaire et le dîner qui lui fait suite et déjeuner à la Maison Belle Époque de la maison Perrier-Jouët en préparation d’un futur dîner en ce lieu.

(bulletin WD N° 914 210518)   Le bulletin n° 914 raconte : dîner au domicile d’un ami qui accueillit le lendemain le 248ème dîner de wine-dinners, marqué par un improbable et incertain jéroboam de Romanée Conti 1961 qui a été plébiscité par tous.

(bulletin WD N° 913 210511)   Le bulletin n° 913 raconte : déjeuner de famille avec des vins surprenants, achat d’un jéroboam de Romanée Conti 1961 et ouverture du jéroboam au domicile d’un ami.

(bulletin WD N° 912 210504)   Le bulletin n° 912 raconte : déjeuner du lundi de Pâques et déjeuner en cave avec mon fils.

(bulletin WD N° 911 210427)   Le bulletin n° 911 raconte : dîner et déjeuner d’avant Pâques avec mon fils de passage en France.

(bulletin WD N° 910 210420)   Le bulletin n° 910 raconte : déjeuner chez des amis, déjeuner dans ma cave avec un ami et dîner à domicile.

(bulletin WD N° 909 210412)   Le bulletin n° 909 raconte : déjeuner impromptu dans ma cave avec un ami belge, dîner au caviar et champagne et déjeuner de famille dans ma cave qui devient petit à petit ma cantine quand les restaurants sont inaccessibles.

(bulletin WD N° 908 210330)   Le bulletin n° 908 raconte : visite surprise dans le sud, dîner de retrouvailles et déjeuner dans ma cave avec six vins du domaine de la Romanée Conti, 247ème de mes repas.

(bulletin WD N° 907 210317)   Le bulletin n° 907 raconte : déjeuner amical dans ma cave avec les vins qui restent de la veille, déjeuner avec mon coach et sa fille, déjeuner chez des amis et 246ème déjeuner de wine-dinners dans ma cave.

(bulletin WD N° 906 210310)   Le bulletin n° 906 raconte : déjeuner avec un écrivain du vin dans ma cave, dîner ‘en solo’ le jour de la Saint-Valentin, déjeuner en ma cave avec un ami sur un menu préparé par le restaurant Neige d’Eté et deux bordeaux du 19ème siècle.

(bulletin WD N° 905 210303)   Le bulletin n° 905 raconte : déjeuner dominical avec des vins des années précédant et suivant la Grande Guerre, 1913 et 1919.

(bulletin WD N° 904 210223)   Le bulletin n° 904 raconte : un Dom Ruinart bu en solitaire, un Rimauresq bu aussi en solitaire, un déjeuner avec une amie et des grands vins et retour à Paris pour faire honneur à La Tâche 1957 du Domaine de la Romanée Conti.

(bulletin WD N° 903 210209)   Le bulletin n° 903 raconte : déjeuner avec un ami dans la maison du sud, déjeuner chez notre boucher-traiteur préféré et déjeuner chez des amis du sud.

(bulletin WD N° 902 210127)   Le bulletin n° 902 raconte : arrivée dans le sud après Noël, dîners et déjeuners, préparatifs du réveillon et dîner du réveillon de la Saint-Sylvestre.

(bulletin WD N° 901 210119)   Le bulletin n° 901 raconte : dîner de la veille de Noël et déjeuner de Noël en famille, occasions d’ouvrir des grands vins.

(bulletin WD N° 900 210112)   Le bulletin n° 900 raconte : dîner de famille avec deux de mes enfants et des vins enthousiasmants.

(bulletin WD N° 899 210105) Le bulletin n° 899 raconte : déjeuner avec ma fille et un Pouilly-Fuissé 1947, préparation des vins de futurs dîners et dîner avec mon fils et un Lafite 1900 éblouissant.

Dernier repas à Paris et premiers repas dans le sud dimanche, 27 juin 2021

Le lendemain du déjeuner au restaurant Le Sergent Recruteur, je reçois à déjeuner ma fille cadette et une nièce de ma femme qui va se rendre dans notre maison du sud le lendemain. Ma fille a préparé des plats vegan et j'ouvre un Champagne Comtes de Champagne Taittinger Blanc de Blancs 2007. Ce champagne est fort agréable et frais, mais je mesure l'invraisemblable différence qui existe entre les champagnes anciens que j'ai bus hier, de 1973 et 1961, et ce jeune champagne. La divine complexité est chez les champagnes anciens. Amateurs mes frères, faites vieillir vos champagnes. C'est un investissement au rendement gustatif assuré.

Dans la nuit, une incroyable tornade s'est abattue sur la région parisienne, faisant voler les chapeaux des cheminées de ma maison. J'ai eu peur.

Ça y est, c'est le jour du départ dans le sud. Là-bas, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté, dirait Baudelaire. Le premier soir, j'ai envie de manger du caviar avec deux champagnes, un jeune et un vieux de la même maison, pour vérifier une fois de plus si mon amour pour les champagnes anciens est justifié. J'ouvre un Champagne Laurent-Perrier Grand Siècle très récent dont le fort pschitt et le bouchon qui se gonfle dès qu'il est retiré montre sa jeunesse.

J'ouvre aussi un Champagne Laurent-Perrier Grand Siècle que j'estime des années 60 ou début des années 70 ce qui est confirmé par l'absence de pschitt et le fait que le bouchon ne veut pas sortir, le haut se déchirant et le bas ne venant qu'au tirebouchon.

Nous commençons par des fraises fraîches qui sont délicieuses sur la fraîcheur du jeune champagne. Une poutargue bien moelleuse et délicieuse se conçoit bien avec le jeune mais l'ampleur du champagne ancien, à la couleur ambrée et au charme infini trouve un écho supérieur avec le gras de la poutargue.

Le caviar osciètre forme un bel accord avec le jeune, mais le champagne ancien décuple le plaisir. Ce champagne ancien est dix fois plus complexe, dix fois plus large et dix fois plus gourmand. La question est donc réglée, sans appel possible, le bonheur est avec les champagnes anciens.

Avec un camembert Jort à l'affinage idéal, le mariage est voluptueux avec le champagne ancien. Cela ne veut pas dire que le champagne jeune serait sans intérêt. Il est un beau champagne romantique, mais le plus vieux est flamboyant. Il me semble que les amateurs de vins qui ont la faculté de faire vieillir des vins – ce qui est hélas de plus en plus rare - devraient en priorité réserver un espace important aux champagnes, car l'effet du vieillissement est beaucoup plus important que pour les autres vins.

Le lendemain, nous nous rendons avec notre nièce au restaurant L'Hemingway à La Londe des Maures, restaurant installé sur une jolie plage et décoré avec goût. On y mange bien car les produits sont bons. J'ai décidé de ne pas boire sauf de la bière mais je me rattraperai lors d'une prochaine visite en ce lieu que j'apprécie.

Hemingway

Dîner chez mon ami Tomo samedi, 12 juin 2021

Mon ami Tomo m'invite à dîner chez lui et me demande d'apporter une bouteille. Il m'indique que nous serons six. Il me semble difficile d'apporter un vin rouge car il faudrait que j'arrive quatre heures avant le dîner pour que le vin profite de l'oxygénation lente. Il n'est pas question que je vienne déranger Tomo et sa famille si tôt. Un vin blanc supportera mieux une ouverture tardive et je jette mon dévolu sur un Corton Blanc Les Fils de C. Jacqueminot Propriétaires-Négociants à Savigny-lès-Beaune 1919. Le vin a peu perdu de son volume et montre un couleur qui m'inspire. C'est la raison de mon choix.

Lorsque j'arrive chez Tomo, sa fille au violon et sa femme à la flûte préparent une prestation musicale qu'elles devront faire le lendemain. En cuisine Teshi, le chef propriétaire du restaurant Pages s'affaire avec celui qui doit devenir le chef du restaurant de Teshi au Japon et avec une jeune pâtissière. Voir travailler Teshi en cuisine est un bonheur, tant ses gestes et son application sont exemplaires.

Tomo nous sert un Champagne Dom Pérignon 2008 extrêmement confortable et brillant, qui n'a peut-être plus la vivacité de ses premiers jours, mais a gagné en solidité. Un indice qui ne trompe pas : Tomo a dû en ouvrir une deuxième pour satisfaire nos soifs.

Il y a autour de la table Tomo et son épouse qui, comme la mienne, ne boit pas, un fidèle de mes dîners, la femme de Teshi et une amie américaine de Tomo vivant à Paris et en Californie.

Teshi a réalisé une multitude de plats assez incroyable sur la base d'une cuisine japonaise pure alors que dans son restaurant, c'est une cuisine française avec des inspirations japonaises. Tout n'est pas forcément adapté aux vins, mais peu importe, nous nous régalons. Voici le programme incroyable : caviar (osciètre impérial) ricotta, nouille vermicelle à l'huile de sésame / Ceviche de coque à la livèche et sa soupe / sashimi de daurade et sériole, wasabi frais d'Azumino / tartare de bœuf de Normandie, tomate, burrata et basilic thaï / ravioles de homard breton, soupe de coco aux herbes / thon, sauce ravigote au yuzu gosyou / salade de mortadelle / aile de poulet Mirinboshi / canard mariné au riz fermenté, sauce au foie gras et sésame, figue / sushi (wagyu, daurade, sériole, saumon) / Tonkotsu ramen (nouilles japonaises au porc) / fraisier.

Le Champagne Dom Pérignon 1995 a un fort nez de bouchon qui s'estompe progressivement en bouche, grâce au mets tels que des coques délicieuses, mais Tomo préfère ouvrir un Champagne Perrier-Jouët Cuvée Belle Epoque 2012, le même que nous avions découvert, Tomo, l'ami et moi à la maison Belle Epoque à Epernay. Je trouve ce 2012 nettement meilleur que celui bu à l'endroit où il a été fait et notre ami suggère une explication : ce 2012 est servi un peu plus chaud que celui que nous avions bu. Ce champagne est magistral et gastronomique.

Le Corton Blanc Les Fils de C. Jacqueminot Propriétaires-Négociants à Savigny-lès-Beaune 1919 a une couleur encore assez claire et un nez très expressif et ciselé. En bouche c'est un réel plaisir car on ne ressent aucun effet des 102 ans de ce vin. Il s'adapte à merveille aux poissons crus comme la sériole délicieuse.

Tomo sert presque en même temps un Corton-Charlemagne Bonneau du Martray 1935. La couleur est sombre et terreuse, et le vin est un peu trouble, mais cela ne nous émeut pas car les poissons vont corriger tout ce qui pourrait nous rebuter. Le vin est nettement moins brillant que le 1935 que j'avais bu chez Jean-Charles de la Morinière l'ancien propriétaire de Bonneau du Martray. Nous nous régalons de ces deux blancs.

L'ami a apporté un Richebourg Domaine de La Romanée Conti 2017. Je venais de le boire il y a peut-être une semaine lors de la présentation des 2017 par Aubert de Villaine. Et le Richebourg m'avait fait une forte impression. Celui-ci est du bonheur pur car il a la folle énergie d'un vin qui éclot. Quel plaisir que de boire un tel vin. On sait qu'il va bientôt se refermer un peu pour devenir éblouissant quelques années plus tard, mais là, sur l'instant c'est un bonheur absolu de fraîcheur, de spontanéité et d'innocence. Un vrai bonheur. Sa couleur est rose violet clair.

Tomo sert alors La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1958 d'un beau niveau. Le nez est d'une rare délicatesse et je sens des suggestions de sel, si sensibles dans les vins du Domaine. En bouche, le vin est large et structuré. Il n'est pas puissant mais solide. Et sur cette charpente sont accrochées de belles subtilités. C'est un vin de grâce, plein, de belle maturité. Un grand moment d'élégance.

Le Château Montrose 1898 est d'une très belle année. Sa couleur est intense, son nez précis, et en bouche il est serein, accompli, sans signe d'âge tant il est cohérent. Je me souviens d'un Lafite 1898 que j'avais classé second au 200ème dîner, comme l'ensemble de la table, et qui était transcendantal. Le Montrose n'est pas à ce niveau mais se comporte remarquablement.

Pour le fraisier Tomo sert un Champagne Billecart-Salmon Brut Rosé 1976 de très belle couleur. Très racé il aurait mérité sans doute un autre plat que le fraisier pour exciter ses qualités.

Le plus impressionnant pour moi est la cuisine spectaculaire de Teshi. Ensuite, les vins rassemblés se sont montrés brillants. Le plus grand est La Tâche 1958 que nous avons tous placés en tête. Ensuite, nos avis divergent. J'ai mis en second le Corton Blanc 1919 d'un bel équilibre, puis le Richebourg 2017 à la jeunesse éblouissante, le champagne rosé 1976 et le Montrose 1898.

Dans une ambiance amicale, ce fut un repas magistral.

le chef Teshi aux fourneaux

Dégustation des 2017 du Domaine de la Romanée Conti mercredi, 2 juin 2021

La société Grains Nobles organise chaque année une dégustation des vins du domaine de la Romanée Conti du millésime qui va être mis sur le marché, après sa mise en bouteille. Nous aurions dû goûter le millésime 2017 à la fin de l'année 2020 mais du fait du Covid, c'est seulement maintenant que cette dégustation est organisée en un lieu au centre de Paris qui permet des tables de trois ou quatre convives, espacées comme il convient.

Pascal Marquet dirigeant de Grains Nobles nous accueille et sur l'estrade Aubert de Villaine, Michel Bettane et Bernard Burtschy vont commenter les vins.

Aubert de Villaine raconte l'histoire du climat de 2017 qui est détaillée dans la brochure qui nous est remise. Mars a été un mois chaud, la vigne a eu un printemps précoce et sans gel avec beaucoup d'énergie pour les fruits, donnant des grains résistants. Le sucre a monté très vite. La chaleur a créé des blocages mais heureusement des averses salvatrices ont permis un beau développement. Le Montrachet est très généreux après l'année 2016 quasiment perdue. Aubert de Villaine dit que ce qui est important, c'est la maîtrise naturelle des rendements, ce qui est lié notamment à l'âge des vignes.

Le millésime 2017 est le dernier fait par Bernard Noblet qui avait succédé à son père en 1985.

Le Corton GC Prince Florent de Mérode 2017 a une belle robe violette et un nez discret. En bouche il se signale immédiatement par sa fraîcheur. Il est distingué et son finale offre de beaux fruits noirs. C'est un vin magnifique qui deviendra grand et gourmand. Il est agréable à boire dans cette jeunesse. Michel Bettane dit que c'est un vin raffiné, très frais qui vieillira bien et Bernard Burtschy dit qu'il est très tanique.

L'Echézeaux GC Domaine de la Romanée Conti 2017 a une couleur d'un rouge plus soutenu. Le nez est aussi discret mais cela doit tenir de la forte chaleur qui règne sous la verrière. Il pétille à la prise en bouche. C'est un vin qui n'a pas encore trouvé son équilibre. Sa texture est soyeuse avec un peu d'amertume. On sent qu'il deviendra charmeur, mais pas aujourd'hui.

Le Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2017 a une robe identique à celle de l'Echézeaux. Il a le même perlant à l'attaque de la première gorgée. Il a de l'amertume dans le finale. Mais il a plus de maintien. C'est un vin dense qui sera grand avec un fort fruit. Il devient de plus en plus impressionnant car il est fort et puissant. Bernard Burtschy dit que la violette est sa signature. S'élargissant dans le verre il montre de plus en plus sa grandeur.

Pour une première fois, au lieu de la Romanée Saint Vivant, le vin qui suit est le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 2017. Il a une belle couleur et un nez fermé par la chaleur. En bouche c'est un ravissement. Le saut par rapport aux trois premiers est immense. Il est superbe, de beau volume, gourmand. Tout en lui est équilibré, intégré et déjà brillant. C'est une belle réussite.

La Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 2017a une couleur plus violette que les trois vins précédents. Cette Romanée joue sur sa finesse. C'est un vin féminin et gracieux, jeune et frais, au finale très long et imprégnant. On sent un travail très pur vers la légèreté et la fraîcheur. J'entends que l'on dit qu'il a « une floralité très homogène ». Voilà qui est bien dit ! C'est un vin qui fait saliver et montre son charme.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 2017 a une couleur plus rouge que celle de la Romanée Saint Vivant. C'est à ce stade le nez le plus expressif. La bouche est très douce, voire charmeuse, ce qui n'est pas le cas de toutes les La Tâche. Michel Bettane évoque le millésime 2000 qui lui ressemblerait. Aubert de Villaine signale un petit côté mentholé et dit que ce vin a moins de corps mais promet énormément. Ce sera un grand vin, généreux et joyeux.

La Romanée Conti Domaine de la Romanée Conti 2017 a une couleur magique (quand on aime …) Le nez est noble. Immédiatement je reconnais une Romanée Conti avec un charme fou. Le vin est noble, magique, du velours pur. Michel Bettane dit que ce vin a un toucher de bouche raffiné. C'est pour moi l'archétype de la Romanée Conti parfaite. Ce vin n'est que du bonheur et je suis ému.

A ce stade de leurs vies, car l'avenir ne sera peut-être pas le même pour tous, je classe en premier et de loin la Romanée Conti, puis La Tâche, puis le Richebourg et ensuite le Corton qui m'a impressionné par sa belle personnalité.

Le Montrachet Domaine de la Romanée Conti 2017 a une couleur claire mais qui n'est pas blanche. Le nez est puissant et conquérant. Le vin n'a pas de botrytis. C'est un montrachet superbe qui combine force, fraîcheur et charme. Le finale est un peu plus dur et je trouve en lui un peu de perlant, signe de jeunesse. Il n'est pas encore totalement intégré mais il promet beaucoup. L'absence de botrytis lui donne de la tendresse. Il a une belle tension. C'est un blanc très pur qui ne joue pas dans le registre de la puissance comme en certains millésimes. Il aura un très grand charme fondé sur sa fraîcheur. La rémanence en bouche est forte et noble.

Il est amusant d'écouter les amicales joutes verbales entre Michel Bettane et Aubert de Villaine, Michel Bettane dans l'affirmation du sachant et Aubert de Villaine dans la réserve de celui qui est en recherche permanente de la perfection.

Les propos d'Aubert de Villaine montrent à quel point chaque élément, fût-il le plus petit, est examiné avec le souci de faire un vin conforme à l'expression désirée la plus aboutie de son terroir.

Tous les vins sont subtils, gracieux, en suggestions plus qu'en affirmation, et cette diabolique Romanée Conti, monstre de charme suggéré, va alimenter mes rêves, et me pousser à ouvrir ses sœurs plus âgées.

Cette dégustation annuelle est toujours un grand moment d'émotion.