Immense verticale de Krug Vintage et Clos du Mesnil mardi, 23 janvier 2007

Les Caves Legrand accueillent Rémi Krug qui fait une des dernières grandes dégustations de ses champagnes, pour marquer 42 ans passés au service du vin qui porte son nom. Il est fier que certains champagnes portent sa marque et que de nombreux millésimes futurs seront influencés par le travail qu’il a fait, dans le cadre d’une vision à long terme. C’est la première fois qu’il fait une dégustation où sont comparés le Krug « Vintage » au Krug Clos du Mesnil, pour huit années où ont été produits à la fois le Vintage et le Clos du Mesnil. Le Vintage est un vin d’assemblage alors que le Clos du Mesnil est le petit bijou d’une parcelle ceinte de murs, de la taille de la parcelle de la Romanée Conti, voire un peu plus petite. Rémi est passionné, et décrit ses vins avec amour, comme s’il les découvrait à chaque fois. Il dit que sa stratégie n’est pas de faire de Clos du Mesnil un vin meilleur que le Krug Vintage, mais au contraire de faire de chacun le meilleur de ce que l’on peut faire, dans sa définition.

J’ai pris, comme d’habitude dans ces dégustations verticales, des notes sur un petit cahier, ce que je ne fais pas lors de dîners, et je vais les reproduire dans leur « jus », pour que vous viviez ces émotions comme je les ai vécues. Les redites sont laissées, car c’est au fil de la plume.

Le Krug Vintage 1995 est déjà très doré. Le nez est très chaleureux, de caramel. En bouche, il est déjà très fumé, bacon. Belle longueur, belle maturité, déjà. On sent l’iode et le citron vert.

Le Krug Clos du Mesnil 1995 est un peu plus rose. Le nez est très vineux et salin. En bouche il fait très peu assemblé. Je sens les fruits roses, les fleurs, le sel et les agrumes. Il est plus rêche mais il promet plus. Il va exploser dans quelques années. Le final est très agrume, avec un peu de miel, ce qui apparaît plus lorsque l’on a un peu grignoté.

Le Krug Vintage fait plus solide, carré. Le Krug Clos du Mesnil est plus romantique.

Le Krug Vintage 1990 est très doré, au nez intense. Quelle puissance ! On a une structure très carrée, très solide.

Le Krug Clos du Mesnil 1990 est plus pâle. Le nez est un peu coincé. En bouche, je marque un petit recul. Il n’est pas à 100% ce qu’il devrait être. Rémi vient sentir mon verre et ne voit pas d’anomalie. Mais en revenant sur ce millésime après avoir goûté d’autres années, l’imperfection est nette, même si le nez ne le révèle pas.

Le Krug Vintage 1989 a une belle couleur. Son nez est l’exacte définition d’un nez de champagne. En bouche, c’est déjà plus assagi, plus tranquille.

Le Krug Clos du Mesnil 1989 a une belle couleur dorée intense, voire foncée. Le nez est discret. La bouche est de fruit confit. Plein de soleil, ça, c’est du champagne. Mon voisin signale un final de menthe que je reconnais quand il me le dit. Avec un réchauffement dans le verre, on reconnaît du miel et du loukoum, tout en ayant cette fraîcheur qui est une signature de Krug.

Le Krug Vintage 1988 a un nez d’une intensité énorme. Ce qui me frappe dans ce champagne mythique que j’ai bu des dizaines de fois, c’est son côté iodé et salin.

Le Krug Clos du Mesnil 1988 a un nez minéral de pierre à fusil, incroyable pour un champagne à ce niveau d’intensité. Il est complètement exceptionnel. Il est sauvage. Et il rejoint le sauvage bourguignon tel que je l’adore. C’est immense. Je reconnais de la groseille et de la groseille à maquereau dans ce champagne fou. Le Krug Clos du Mesnil 1989 est élégant est bien élevé. Le Krug Clos du Mesnil 1988 est un fou chantant de charme infini.

Le Krug Vintage 1985 est moins doré. Mais en bouche, il est pain d’épices et pain doré. La bulle est forte, il y a du toasté, avec cette permanente fraîcheur.

Le Krug Clos du Mesnil 1985 démarre lentement. Il est d’une subtilité rare. Il glisse tellement en bouche que l’image qui me vient est celle d’une pirogue entraînée sur des rapides qui frotte de lourdes pierres rondes. C’est assez incroyable, et d’une fraîcheur inconcevable.

Avec le Krug Clos du Mesnil 1988 on avait atteint des sommets, mais avec ce 1985 éblouissant, c’est cette fraîcheur qui me paralyse et me laisse sans voix. Le Krug Vintage 1985 est viril, plein. Le Krug Clos du Mesnil 1985 est très huître, subtil.

Le Krug Vintage 1982 est d’un beau doré. Très archétypal, il est à mon sens la définition de Krug. Mais c’est presque trop scolaire. Le Krug Clos du Mesnil 1982 est très évolué. J’aime ce côté évolutif qui pianote sur la langue. Le Krug Vintage 1982 purement parfait est presque trop doctrinal. Le Krug Clos du Mesnil 1982 est du miel, du caramel qui offre parfois de l’huître si l’on passe d’un toast à l’autre du plateau qui nous a été offert pour apaiser une petite faim.

Le Krug Vintage 1981 est le premier à avoir un nez minéral. Que c’est beau. Il est fumé. Le Krug Clos du Mesnil 1981 a un nez magique, oriental. La bulle est puissante. Ce champagne est évolué aussi, mais ici un peu trop. Je sens qu’il est déjà passé sur un autre versant de sa vie. Le Krug Vintage 1981 est fabuleux et me plait par son gras.

Le Krug Vintage 1979 a un nez phénoménal et une bouche phénoménale. C’est grandiose. Le nez évoque le pétrole, la bouche est fumée, de caramel brûlé. Il a une personnalité folle. C’est fou. C’est complètement immense.

Le Krug Clos du Mesnil 1979 a un nez géant. En bouche, c’est de la framboise, des fruits rouges. C’est la béatitude absolue. Comment peut-on faire quelque chose d’aussi grand ? Il y a du fruit confit, de la fraise, mais aussi de l’épice, du poivre. C’est grand et la bulle est forte. C’est le plus grand Krug Clos du Mesnil 1979 que j’aie bu. C’est hors du commun.

Le Krug Vintage 1979 est immense, viril, à la personnalité forte. Les Krug Vintage de ce soir se montraient scolaires et parfaits. Ce dernier est canaille, excitant, grandiose. Le Krug Clos du Mesnil 1979 est magique. Ce fruit rouge est fou et devient lilas.

Rémi conclut cette dégustation par un magnum de Krug Grande Cuvée qui a de l’ordre de six ans et nous dit : « Krug, c’est la Grande Cuvée. C’est ça dont je suis fier ». Rémi a cette parole simple comme je les aime : « si vous voulez vous amuser à faire vous-même une grande cuvée, prenez tout ce qui reste des 16 vins dégustés, assemblez les. C’est ça la Grande Cuvée ».

Rémi Krug parle avec émotion de ses enfants. Il me parait impossible de classer ceux qui m’ont plu au-delà des autres. Ce qui frappe, c’est l’immense complexité des Krug Clos du Mesnil, qui changent d’une année sur l’autre, mais aussi d’une gorgée à l’autre du même verre. Je trouve un peu dommage d’avoir présenté les Krug Vintage à côté des Krug Clos du Mesnil, car ces vins de grande qualité, purs compagnons de la gastronomie, méritent d’être goûtés pour eux-mêmes. Les faire cohabiter avec les Krug Clos du Mesnil les réduit un peu, alors qu’ils sont immenses. Mais cet exercice un peu fou, qui est une première jamais tentée auparavant avait un mérite certain. On aura compris par les termes dithyrambiques que j’ai utilisés que j’ai aimé.

Christophe Navarre, président de Moët Hennessy, venu déguster en ami avec son épouse, a tenu à remercier Rémi pour son apport indispensable au renom de cette icône champenoise. Ecouter un passionné de ce calibre est un régal, presque aussi grand que le charme de ces vins infinis.

Vertical tasting of Krug Vintage and of Clos du Mesnil mardi, 23 janvier 2007

In 2007, Rémi Krug is doing one of the last great tastings of his champagnes, to mark 42 years spent serving the wine that bears his name. He is proud that certain champagnes carry his mark and that many future vintages will be influenced by the work he has done, as part of a long-term vision. This is the first time that he has led a tasting where "Vintage" Krug are compared to Krug Clos du Mesnil, for eight times they have been produced together in the same year. Vintage is a blended wine, while Clos du Mesnil is the gem of a walled plot, the size of the Romanée Conti plot, or even a little smaller. Rémi is passionate, and describes his wines with love, as if he is discovering them for the first time. He says his strategy is not to make Clos du Mesnil a better wine than Krug Vintage, but on the contrary to make each one the best that can be created, in its definition. As usual in these vertical tastings, I took notes in a little notebook, which I don't do at dinner parties. They are reproduced in their "juice", so that you experience these emotions as I experienced them. The repetitions are left, because it is the edge of the pen. The 1995 Krug Vintage is already very golden. The nose is very warm, of caramel. In the mouth, it is very smoky, bacon. Good length, good maturity already. You can smell iodine and lime. The 1995 Krug Clos du Mesnil is a little rosier. The nose is winey and salty. In the mouth it is not completely assembled. I smell the pink fruits, the flowers, the salt and the citrus fruits. It is rougher but it promises more. It will explode in a few years. The finish is very citrus, with a little honey, which appears more when you have a little snacking. The Krug Vintage is more solid, square. The Krug Clos du Mesnil is more romantic. The Krug Vintage 1990 is very golden, with an intense nose. What power! We have a very square, very solid structure. The 1990 Krug Clos du Mesnil is paler. The nose is a bit stuck. In the mouth, I take a step back. It's not 100% what it should be. Remi comes to smell my glass and sees no anomaly. But looking back at this vintage after tasting other years, the imperfection is clear, even if the nose does not reveal it. The Krug Vintage 1989 has a beautiful color. Its nose is the exact definition of a champagne perfume. On the palate, it is already quieter. Krug Clos du Mesnil 1989 has a beautiful intense golden color, even dark. The nose is discreet. The palate is of candied fruit. Full of sun, that's champagne! My neighbor reports a mint finish that I recognize when he tells me. When warming in the glass, we recognize honey and Turkish delight, while having this freshness which is a signature of Krug. The Krug Vintage 1988 has a nose of enormous intensity. What strikes me about this legendary champagne that I have drunk dozens of times is its iodine and saline side. Krug Clos du Mesnil 1988 has a mineral nose of flint, incredible for a champagne at this level of intensity. He is completely exceptional. He is wild. And he joins the wild Burgundian as I adore him. It's huge. I recognize currant and gooseberry in this crazy champagne. The 1989 Krug Clos du Mesnil is elegant and well-bred. Krug Clos du Mesnil 1988 is a singing madman of infinite charm. The Krug Vintage 1985 is less colorful. On the palate, it is gingerbread and French toast. The bubble is strong, there is toasted, with this permanent freshness. The 1985 Krug Clos du Mesnil starts slowly. It is of rare subtlety. It slips so smoothly in the mouth that the image that comes to me is that of a canoe driven on rapids rubbing heavy round stones. It's quite incredible, and incredibly fresh. With the Krug Clos du Mesnil 1988 we had reached new heights, but with this dazzling 1985, it is this freshness that paralyzes me and leaves me speechless. The 1985 Krug Vintage is manly, full. The 1985 Krug Clos du Mesnil is very oyster, subtle. The Krug Vintage 1982 is a beautiful golden color. Very archetypal, it is in my opinion the definition of Krug. But it's almost too scholarly. Krug Clos du Mesnil 1982 is very evolved. I love that evolutionary side that tingles on the tongue. The purely perfect 1982 Krug Vintage is almost too doctrinal. Krug Clos du Mesnil 1982 is honey, caramel that sometimes offers oyster if we go from one toast to another from the plate offered to us to appease a little hunger. The Krug Vintage 1981 is the first tonight to have a mineral nose. How beautiful. It is smoked. The 1981 Krug Clos du Mesnil has a magical, oriental nose. The bubble is powerful. This champagne is also evolved, but here a little too much. I feel like he's already passed on another side of his life. The Krug Vintage 1981 is fabulous and I like its fat. The Krug Vintage 1979 has a phenomenal nose and a phenomenal palate. It's grandiose. The nose evokes petroleum, the palate is smoky, of burnt caramel. He has a crazy personality. It's crazy. It's completely huge. The 1979 Krug Clos du Mesnil has a giant nose. On the palate, it is raspberry, red fruits. It is absolute bliss. How can you make something so big? There is candied fruit, strawberries, but also spice, pepper. It's big and the bubble is strong. This is the biggest Krug Clos du Mesnil 1979 that I have drunk. It's out of the ordinary. The Krug Vintage 1979 is huge, manly, with a strong personality. Tonight's Krug Vintage were academic and perfect. The latter is scoundrel, exciting, grandiose. The 1979 Krug Clos du Mesnil is magical. This red fruit is crazy and turns lilac. Rémi concludes the tasting with a magnum of Krug Grande Cuvée which is around six years old and tells us: "Krug is the Grande Cuvée. That's what I'm proud of ". Rémi has these simple words, as I like them: "if you want to have fun making a great cuvée yourself, take whatever is left in your glasses of the 16 wines tasted, assemble them. This is the Grande Cuvée ". Rémi Krug speaks with emotion of his "children". It seems impossible to me to rank those that I liked above the others. What is striking is the immense complexity of the Krug Clos du Mesnil, which changes from year to year, but also from one sip to another of the same glass. I find it a bit of a shame to have presented the Krug Vintage alongside the Krug Clos du Mesnil, because these high quality wines, pure companions in gastronomy, deserve to be tasted for themselves. Having them coexist with the Krug Clos du Mesnil reduces them a bit, while they are immense. But this somewhat crazy exercise, which is a first ever attempted, had a certain merit. We will understand by the rave terms I used that I liked. Christophe Navarre, president of Moët Hennessy, who came to taste as a friend with his wife, thanked Rémi for his essential contribution to the reputation of this Champagne icon. Listening to an enthusiast of this caliber is a treat, almost as great as the charm of these endless wines.

Romanée Saint-Vivant Marey-Monge 1972 dimanche, 21 janvier 2007

Voici l'étiquette et la contre étiquette de cette Romanée Saint-Vivant Marey-Monge Domaine de la Romanée Conti 1972.

D’abord, c’est la première fois que je fais attention à cette mention « Marey-Monge », dont une description est donnée ci-après.

Ce qu’on remarque sur l’étiquette, c’est que la signature est de Lalou Leroy Bize et de Aubert de Villaine. Sur la contre étiquette, c’est H. de Villaine qui signe, de la même écriture, et le H et le A ne peuvent être confondus. Henri certifie 20.772 bouteilles, comme Aubert signe qu’il y en a eu 20.772. Celle que nous buvons ce soir a le n° 07896.

Plusieurs choses sont étranges. D’abord la bouteille est bleue comme les bouteilles de guerre. C’est probablement une bouteille récupérée. Ensuite, l’étiquette au dos est en anglais, et dit : « I certify that the vineyards and the wine cellars of the Domaine Marey-Monge have operated under my control in the 1972 vintage and produced 20.772 bottles Romanée-St-Vivant Grand Cru red wine bottles at the Domaine ». Et c’est signé H. de Villaine avec strictement le même graphisme que pour Aubert (qui n’a pris les rênes après son père qu’en 1974).

Pour rendre les choses encore plus simples, voici une autre étiquette du même vin : étiquette

Le niveau de la bouteille est bas. Quand j’ouvre la capsule, le haut du bouchon a une odeur épouvantable. Le bouchon a baissé dans le goulot, et je suis obligé de piquer doucement pour qu’il ne tombe pas. Il tourne dans le goulot sous mes efforts. Je retire un bouchon en lambeaux comme s’il s’agissait d’un vin des années 30. Ce vieillissement tout à fait anormal est-il dû au fait que la bouteille serait allée à l’étranger, y aurait subi des traumatismes thermiques, et serait revenue en France pour y trouver un client naïf ?

Le premier contact est intéressant, car c’est une bouteille que tout le monde refuserait. Mais mon fils et moi, nous avons l’habitude. Et sous le voile de défauts, nous savons lire. Et l’on peut deviner que ce vin a un fort potentiel. Nous sommes dans la même situation que le touriste qui voit le viaduc de Millau dans sa voiture sous la pluie. On sait que c’est beau, mais le pare-brise est mouillé. Alors, on imagine. Et ce qu’on imagine est grand. J’ai eu peur d’un début d’évanouissement du vin (ouvert depuis trop peu de temps) aux deux tiers de la bouteille. Tout est reparti dans l’ordre et le fond de bouteille m’a donné le plaisir d’un grand vin virtuel, puisque seule l’imagination permettait d’en jouir.

Voici le texte que j’ai trouvé sur « Marey-Monge ».

Le monastère de Saint Vivant occupe une place importante dans l'histoire de la vigne et du vin. Il en est de même du chapitre collégial de Saint-Denis, à quelques centaines de mètres du monastère sur la colline de Vergy : il est notamment à l'origine du Clos Saint-Denis à Morey Saint-Denis.

Saint Vivant reçoit du duc de Bourgogne Hugues 11, le 13 novembre 1131, les biens qu'il possédait dans toute la terre inculte de Flagey et de Vosne, en bois et en champs. S'agit-il de la confirmation des donations antérieures de Manassès et d'Ermengeard ? Peut-être. Ce finage semble être resté auparavant dans un état d'abandon. Au nord, l'expansion des communautés religieuses ne dépasse guère Gevrey-Chambertin. L’abbaye de Cîteaux est fondée en 1098 et elle prend pied aussitôt dans la Côte (le futur Clos de Vougeot en particulier). Il est probable que Cluny souhaite affirmer sa présence face à cette vague conquérante.

L'histoire de Saint Vivant sera liée pendant quelque 650 ans à celle du vignoble de Vosne-Romanée, à celle de ses terroirs et de ses crus, à celle du pinot noir. Ce domaine demeure assez stable en superficie au fil du temps et les acquisitions ou échanges seront peu nombreux après 1131. Il existe ici la maison du prieur, des installations viti-vinicoles-cuverie et caves, le vendangeoir qui subsiste aujourd'hui encore rue du Temps perdu - auprès des " Cloux de Saint Vivant " (Cloux signifiant Clos, mais ce concept signifie en Bourgogne et au Moyen Age une entité foncière qui n'est pas nécessairement ceinte de murs).

On sait qu'au début du XVI' siècle Saint Vivant possède ici, outre quelques pièces de vigne éparses sur Vosne et Flagey, le Clos des Neuf Journaux, le Clos du Moytan (cinq journaux), le Clos des Quatre journaux et le Clos des Cinq journaux. Le journal est une unité de superficie (34 ares environ). Le Clos des Cinq journaux, cédé en 1584, deviendra La Romanée-Conti.

La Romanée de Saint Vivant (ce nom apparaît pour la première fois en 1765, mais était d'usage sans doute courant depuis longtemps) forme une seule pièce de dix-huit journaux (les anciens Clos du Moytan, des Neuf Journaux et des Quatre journaux) vendue par la Nation (les " Biens nationaux ") le 22 janvier 1791 à Nicolas Joseph Marey, conventionnel nuiton et gendre de Gaspard Monge. Le Clos des Quatre journaux sera acquis en 1898 par la famille Latour. D'autres divisions ont lieu mais La Romanée Saint Vivant conserve son unité de grand cru. Monopole Marey-Monge jusqu'en 1898, elle appartient de nos jours à une douzaine de domaines bourguignons, sur 9 ha 43 a 74 ca, dont 5 ha 28 a 58 ca ainsi que le vendangeoir appartiennent au Domaine de la Romanée-Conti, pour une production totale de 35.000 à 40.000 bouteilles par an.

Le monastère de Saint Vivant valorisait sa Romanée que l'on trouve citée aux côtés des Chambertin, Richebourg et Clos de Vougeot sur le livre de cave de Louis XVI à la fin du XVIlI° siècle. En revanche, l'anecdote de ce vin prescrit par Fagon à Louis XIV est dépourvue de fondement historique. Saint Vivant possédait d'autres vignes, notamment dans les Hautes Côtes, les vinifiant au monastère qui disposait d'un pressoir et de vastes caves. Ces caves du monastère à Vergy ont encore servi au XII siècle, malgré l'abandon des bâtiments. La Maison Liger-Belair y élevait ses vins, estimant qu'ils vieillissaient en paix sur la colline plutôt qu'à Nuits-Saint-Georges dans le bruit incessant des... voitures tirées alors par des chevaux, On a recueilli les souvenirs d'un vieux vigneron de Bévy, Emile Devedeux né en 1888. Mon grand-père, disait-il, était le jardinier des moines de Saint Vivant.

Quand ils sont partis, à la Révolution, ils lui ont dit Tiens, si on ne revient pas, tout cela est à toi. Mais d'autres sont venus et on a tout vendu..

jolie histoire de ce « Marey-Monge » vinifié et vieilli à la Romanée Conti

dîner de wine-dinners au restaurant Ledoyen avec Pétrus 1934 jeudi, 18 janvier 2007

Deux jours après ma répétition de plats,  j’arrive pour ouvrir les bouteilles du 81ème dîner de wine-dinners au restaurant Ledoyen. Le lieu bruisse d’événements dont le vin sera le thème. Il y a au rez-de-chaussée le wine & business club d’Alain Marty qui organise des conférences et un dîner pour un très grand nombre de personnes avec notamment Pichon Lalande, ce qui est impressionnant. Il y a à l’étage, dans un salon, Angélique de Lencquesaing, gérante d’idealwine, avec le talentueux Georges Lepré, sommelier de grande expérience , qui préparent la réception d’une société qui va faire goûter à ses clients des premiers grands crus classés de Bordeaux de 1998. On m’offre généreusement de goûter quelques vins et je classerai Margaux 1998 au charme affirmé devant Mouton-Rothschild 1998 de belle complexité séductrice, puis Lafite-Rothschild 1998,  plutôt fermé mais de belle race et Latour 1998, sans doute le plus grand, mais totalement fermé à ce stade de sa croissance. Le microcosme du vin est fraternel.

L’ouverture des vins se fait avec une facilité rare, en moins de trois quarts d’heure. Les odeurs sont belles, et celle du Pétrus 1934 me plait et ravit Georges Lepré à qui je le fais sentir. Il est admiratif des niveaux des deux vins de 1934. Le bouchon le plus impressionnant est celui de Margaux 1934, sain, jeune et beau, qui a permis au vin de rester à un niveau remarquable, ce qui est une performance pour un bouchon d’origine. Le Loubens 1940 est le seul vin bouché récemment quand je l’ai acheté à Arnaud de Sèzes, vigneron propriétaire de ce Sainte-Croix du Mont. Les odeurs étant saines, j’estime avoir le temps d’aller féliciter les nouveaux trois étoiles de l’Astrance, mais je trouve porte close. C’est en effet le jour des fuites, avec ses drames pour les maisons qui perdent une étoile, et ses liesses pour les promus.

J’avais tellement insisté sur la nécessité d’être ponctuel que tout le monde est là à 20h. Enfin presque, car contrairement aux votes dans les républiques bananières, l’unanimité n’est pas de ce monde. Après les consignes d’usage, nous passons à table.

Il y a autour de la table un ami qui a réalisé le bulletin 200 venu avec un autre de mes amis, un des valeureux participants du fabuleux dîner à l’Astrance avec Cheval Blanc 1947, un ami de bord de mer et autres espaces venu avec sa compagne et l’un de ses amis, le patron d’une grande organisation de vente de vins venu avec un avocat de ses amis, et un académicien de l’académie des vins anciens, breton comme Christian Le Squer, qui ouvrira bientôt une boutique de vins. Les rires ont fusé car l’atmosphère était à la joie.

Le menu créé par Christian Le Squer avec Géraud Tournier est d’une grande sensibilité, au point que le projet que j’avais élaboré en m’inspirant de la carte était resté dans mes cartons. Ce programe est d’un équilibre rare : Saveurs" terre et rivière" / Noix de Saint-Jacques à l'écume de mer / Truffe en croque au sel, onctueuse quenelle de foie gras / Blanc de turbot de ligne juste braisé,  pommes rattes truffées  / Feuilleté brioché de truffes noires en gros morceaux / Noisettes de chevreuil, fruits et légumes d'hiver / Stilton / Brochette Mangue et Ananas.

Le Champagne Veuve Clicquot Ponsardin Demi Sec  vers années 60 est une inconnue puisqu’il n’est ouvert que lorsqu’on est à table. J’avais supposé qu’il s’agirait d’un champagne assez évolué, car la couleur estimée à travers le verre est un peu ambrée. Surprise quand on remplit mon verre : la couleur est rose. Je goûte, et sans aucune confusion possible le champagne est rosé. Aucun champagne évolué ou madérisé ne peut donner ni cette couleur ni ce goût. Comment peut-on supposer une erreur d’étiquetage ? Voilà une énigme. La rétractation du bouchon et le muselet confirment un champagne de plus de 50 ans. La bulle est encore présente, et tout le monde est surpris par l’immense longueur de ce champagne expressif et séduisant.

Je me demande toujours si je n’ai pas la main verte, tant mes vins sont toujours au rendez-vous. Mais à ce point, c’est surnaturel, car l’accord couleur sur couleur est magique. La betterave réagit au quart de tour sur ce rosé, l’harmonie des couleurs influençant l’accord des goûts et l’anguille au dos rose prune catapulte le champagne à des hauteurs extrêmes de raffinement. Cette combinaison est d’une précision parfaite. Quand le plat est enlevé, nous avons tous en bouche la trace intense de ce champagne qui ne veut pas nous quitter.

Des coquilles Saint-jacques crues légèrement citronnées (j’aurais mis un soupçon de moins d’acidité), sont entourées d’une émulsion aérienne d’une iode magique.  Le vent fort de la Pointe du Raz submerge nos narines. Nous sommes le gardien de phare de l’île de Sein. Et cette tempête atlantique est exactement nécessaire pour le Champagne Krug 1988 qui se complait de ces saveurs marines. Rien ne serait plus adapté pour mettre en valeur ce grand champagne typé qui est évidemment plus compréhensible que le Veuve Clicquot au rose camouflé.

Le nez du Meursault Jean François Coche-Dury 1990 devrait être archivé à la Bibliothèque Nationale, sous deux rubriques, Meursault d’une part, car c’est la plus belle pierre à fusil qui soit, et Coche-Dury d’autre part, car sa signature est là. Le Corton-Charlemagne Bouchard Père & Fils 1997 a des parfums plus exotiques où le litchi n’est pas absent. Le Meursault et la truffe, ça cause ! Notre table se divisera pour préférer l’un ou l’autre vin. Mon cœur balance vers le Meursault, même si le Corton-Charlemagne est d’une extraction plus noble, car le plus jeune fait vraiment très jeune, quand le 1990, d’un âge de gamin, fait déjà vin évolué, avec ce que cela implique de plénitude.

Nous avons décidé de mettre le Château Rayas Chateauneuf du Pape rouge 1992 à ce moment du repas, pour éviter une confrontation avec le Musigny qui ferait un vaincu. Et nous avons bien fait. Car sur la chair du turbot, ce Rayas se montre sous son plus beau jour. Voilà un vin sur lequel le caviste de notre table n’aurait pas beaucoup parié du fait du millésime. Mais il faut savoir qu’il y a une différence fondamentale entre un vin placé dans une comparaison verticale et un vin placé en situation de gastronomie. Ici, ce Rayas, très fidèlement respectueux de sa définition historique s’est comporté comme un seigneur. Il a joué son rôle, même si Rayas peut jouer plus fort.

La scène que nous allons vivre pourrait être une définition du luxe. Avoir dans le verre de droite Pétrus 1934, dans le verre de gauche Château Margaux 1934 et devant soi une truffe entière sous une croûte qu’un maître d’hôtel vient découper pour laisser échapper des arômes diaboliques, c’est assez décadent, comme le suggère l’homonyme anglais qui indique une insolente expression de rareté. Et les trois acteurs jouent juste. Le Pétrus 1934 est un vrai Pétrus, dans sa ligne historique, dense, intense, d’une trame précise, et profond comme la truffe. Le Margaux 1934 joue sur son charme débordant. C’est curieux comme Pétrus joue Pétrus et Margaux joue Margaux. Et l’on est bien en peine de dire lequel l’on préfère, même si les votes iront vers Pétrus du fait de sa rareté. Le plus truffier des deux est le Pétrus et je suis assez fier, car avant le repas et avant le service du plat, j’avais annoncé que Pétrus capterait la personnalité de la truffe et deviendrait truffe. C’est ce qu’il a fait. On aimerait que de tels moments irréels ne s’arrêtent jamais. Le parfum de la truffe en croûte est dix fois plus imprégnant que celui de la truffe précédente goûtée sur les blancs. Il fallait qu’il y eût ces deux acceptions.

On me sert toujours en premier un demi verre, car lors de l’ouverture quelques heures avant, je ne bois jamais les vins, pour affiner mon jugement en me servant de mon seul nez. Il me suffit d’un quart de seconde, encore une fois au nez, pour me rendre compte que le Musigny vieilles vignes Comte Georges de Voguë 1951 est un pur amour. Tout en lui est extraordinaire. Messieurs les écrivains du vin, il va falloir mettre une parenthèse sur l’année 1951, qui n’a pas laissé une trace dans l’histoire, pour encadrer ce Musigny, qui forme avec la chair tendre du chevreuil un couple qui gagnerait les Oscars des meilleurs acteurs, du meilleur scénario, et du plus bel érotisme, si cette catégorie existait. La chair est délicatement traitée, toute en subtilité, et le Musigny a cet habit bourguignon du plus bel apparat. Longueur immense, distinction, subtilité, charme, élocution. Il a tout, car son année a calmé toute velléité de rustrerie. Noble, brillant, je l’adore.

Le Château Loubens 1940 est une leçon d’agrumes. Un peu salin, il joue bien avec le Stilton. Le Château Climens 1943 fait partie de ces sauternes qui ont laissé leur sucre en route. Alors, il faut accepter cette évolution. C’est mon cas, et je suis bien conscient que c’est plus difficile pour mes convives.

Le vote des dix participants qui doivent désigner les quatre vins préférés sur dix auront concerné neuf vins sur dix, ce qui est absolument excellent. Trois vins seulement auront eu droit à un vote de premier : Petrus 1934 avec cinq votes de premier, soit la moitié de la table, ce qui est rare. Le Musigny 1951 a eu trois votes de premier et le Margaux 1934 a eu deux votes de premier. Le vote du consensus serait : Pétrus 1934, Musigny vieilles vignes Comte Georges de Voguë 1951, Champagne Veuve Clicquot Ponsardin Demi Sec  vers années 60, Château Margaux 1934, ce qui semble un choix très logique.

Mon vote a été : Musigny vieilles vignes Comte Georges de Voguë 1951, Champagne Veuve Clicquot Ponsardin Demi Sec  vers années 60, Pétrus 1934 et Château Climens 1943.

Les accords ont été tellement éblouissants qu’il serait difficile de nommer un seul gagnant. La truffe avec Pétrus 1934 est immensément académique, le chevreuil avec le Musigny est d’une sensualité forestière, l’écume de mer avec le Krug est bretonnément iodique. Mon cœur irait sans doute à la façon dont la betterave a caressé le Veuve Clicquot. C’est d’une finesse sensible romantiquement agreste.

La table a une belle forme permettant aux conversations de se développer, le service est attentif, la cuisine est ciselée avec art. Ce dîner rempli de rires et de joie fut d’un raffinement gastronomique inégalable.

La Tâche1986 finit ces quatre jours de plaisir gastronomique lundi, 1 janvier 2007

J’avais prévu qu’un nouveau repas marque le premier janvier. Mais nous avions démarré très tôt les festivités, aussi la lassitude nous gagne. Nous finissons les truffes blanches avec des tagliatelles et les vins de la veille. Les vins sont toujours aussi brillants, l’Yquem restant absolument impérial. Le soir un agneau de Sisteron à l’ail et au thym, accompagné d’une purée Robuchon et d’une purée de céleri mit en valeur La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1986. Ce vin d’une construction solide est serein. On se sent bien avec lui. Mon ami l’adore. Voilà une belle façon de conclure quatre jours de plaisir gastronomique.

Bulletins 2006 – De 163 à 207 dimanche, 31 décembre 2006

Les thèmes de ces bulletins :

(Bulletin WD N° 163 060102) Bulletin n°  163     :   1 - atelier de foie gras à domicile - 2 - dîner *WD au restaurant de l'hotel Meurice - 3 - vœux

(Bulletin WD N° 164 060109) Bulletin n°  164     :   1 - 21 millésimes de Pichon à Taillevent - 2 - déjeuner aux Crayères à Reims

(Bulletin WD N° 165 060116) Bulletin n°  165     :   1 - réveillon du 24 décembre - 2 - réveillon du 25 décembre - 3 - repas entre les réveillons dans le Sud

(Bulletin WD N° 166 060123) Bulletin n°  166     :   1 - réveillon du 31 décembre

(Bulletin WD N° 167 060130) Bulletin n°  167     :   1 - dîner chez des amis - 2 - dîner *WD au Pré Catelan - 3 - conférence à l'Ecole Normale Supérieure

(bulletin WD N° 168 060208 ) Bulletin n°  168     :   1 - déjeuner préparatoire chez Guy Savoy - 2 - dîner *WD chez Guy Savoy

(bulletin WD N° 169 060214) Bulletin n°  169     :   1 - académie des vins anciens

(bulletin WD N° 170 060223) Bulletin n°  170     :   1 - dîner spécial, façon WD pour des membres d'un forum - 2 - déjeuner chez Jacques Le Divellec - 3 - dîner chez Patrick Pignol

(bulletin WD N° 171 060302) Bulletin n°  171     :   1 - déjeuner au restaurant Ledoyen - 2 - dîner de famille - 3 - Saint-Valentin au restaurant Taillevent - 4 - un cognac dans une boutique

 (bulletin WD N° 172 060313)Bulletin n°  172     :   1 - dîner *WD chez Patrick Pignol - 2 - dîner dans le Sud - 3 - dîner de l'Union des Grands Crus

(bulletin WD N° 173 060320) Bulletin n°  173     :   1 - Dîner au restaurant Laurent - 2 - le guide Michelin - 3 - repas de famille - 4 - domaine familiaux de Bourgogne - 5 - départ au château d'Yquem

(bulletin WD N° 174 060328) Bulletin n°  174     :   1 - visite à Mouton-Rothschild - 2 - dîner à Cordeilhan Bages - 3 - dîner *WD au château d'Yquem

(bulletin WD N° 175 060404) Bulletin n°  175     :   1 - visite à Château Margaux - 2 - déjeuner au Lion d'Or à Arcins - 3 - dîner chez Jean Luc Thunevin - 4 - dîner au restaurant Ledoyen - 5 - repas d'amis à l'ACF

 Bulletin n°  175     :   6 - dégustation de vins de Bouchard - 7 - dîner chez ma fille cadette

(bulletin WD N° 176 060412) Bulletin n°  176     :   1 - dîners entre membres d'un forum à Anvers - 2 - déjeuner chez Le Divellec - 3 - dîner *WD au Bristol

(bulletin WD N° 177 060420) Bulletin n°  177     :   1 - dîner au chalet du Mont d'Arbois - 2 - déjeuner chez Marc Veyrat, vins du Rhône - 3 - académie du vin de France - apéritif

(bulletin WD N° 178 060427) Bulletin n°  178     :   1 - académie du vin de France - dîner - 2 - repas dans une banque - 3 - ordre des Coteaux champenois - 4 - dîner dans la cave Napoléon de Moët - 5 - digestif au Château de Saran

(bulletin WD N° 179 060511) Bulletin n°  179     :   1 - séjour et deux dîner chez Michel Bras - 2 - dîner au restaurant Laurent

(bulletin WD N° 180 060518) Bulletin n°  180     :   1 - dîner *WD chez Laurent (spécial avec un ami américain)

(bulletin WD N° 181 060524) Bulletin n°  181     :   1 - dîner *WD au restaurant Ledoyen - 2 - déjeuner chez Jacques Le Divellec - 3 - départ aux USA en Californie

(bulletin WD N° 182 060531) Bulletin n°  182     :   1 - dîner au Jack Falstaff de San Francisco - 2 - dîner au Mandarin Oriental avec un ami californien

(bulletin WD N° 183 060607) Bulletin n°  183     :   1 - visite de Hollywood - 2 - déjeuner au Pinot Bistro - 3 - dîner à Berverly Hills avec vieux vins californiens - 4 - 36 vins de la maison Trimbach à Chinois on Maine

(bulletin WD N° 184 060613) Bulletin n°  184     :   1 - notes des 36 vins de Trimbach - 2 - 36 vins de Lynch Bages au Spago Beverly Hills - 3 - dîner à Mori Sushi avec Bipin Desai

(bulletin WD N° 185 060621) Bulletin n°  185     :   1 - 120 vins du Jura à Besançon - 2 - dîner chez Laurent avec Mark Squires

Bulletin n°  185 BIS     :   1 - notes complètes sur 120 vins du Jura

(bulletin WD N° 186 060627) Bulletin n°  186     :   1 - dîner *WD chez Gérard Besson

(bulletin WD N° 187 060705) Bulletin n°  187     :   1 - dîner *WD chez Jacques Le Divellec

(bulletin WD N° 188 060712) Bulletin n°  188     :   1 - dîner chez Jean Philippe Durand - 2 - déjeuner Bistrot du Sommelier - 3 - dégustation vins de Schlumberger

(bulletin WD N° 189 060719) Bulletin n°  189     :   1 - académie des vins anciens

(bulletin WD N° 190 060726) Bulletin n°  190     :   1 - dîner à la Brasserie Dauphin avec des américains - 2 - dîner chez Laurent avec des américains

(bulletin WD N° 191 060830) Bulletin n°  191     :   1 - repas à domicile avec des vins très rares

(bulletin WD N° 192 060906) Bulletin n°  192     :   1 - dîner *WD à la Grande Cascade - 2 - repas de fiançailles chez ma fille - 3 - repas de fiançailles chez moi

(bulletin WD N° 193 060913) Bulletin n°  193     :   1 - Hôtel des Roches au Lavandou - 2 - Ecu de France en l'honneur de ma mère - 3 - Hôtel des Roches au Lavandou

(bulletin WD N° 194 060925) Bulletin n°  194     :   1 - Restaurant le Sud au Lavandou - 2 - Hôtel des Roches au Lavandou - 3 - repas dans le Sud avec J.P. Durand

(bulletin WD N° 195 061002) Bulletin n°  195     :   1 - Hôtel des Roches au Lavandou - 2 - table d'hôtes d'Yvan Roux - 3 - Petit Nice à Marseille - 4 - table d'hôtes d'Yvan Roux - 5 - dîner chez des voisins

(bulletin WD N° 196 061009) Bulletin n°  196     :   1 - repas chez ma fille - 2 - dîner *WD à Taillevent - 3 - repas littéraire avec Pol Roger au George V

(bulletin WD N° 197 061018) Bulletin n°  197     :   1 - verticale de Château Angélus à Taillevent - 2 - dîner des amis de Bipin Desai au Carré des Feullants

(bulletin WD N° 198 061025) Bulletin n°  198     :   1 - déjeuner d'amis avec de vieux bourgognes chez Laurent - 2 - dîner *WD au Carré des Feuillants - 3 - dîner chez des voisins

(bulletin WD N° 199 061103) Bulletin n°  199     :   1 - dîner *WD au Pré Catelan - 2 - table d'hôtes d'Yvan Roux - 3 - déjeuner à l'automobile club - 4 - signature de livre aux caves Legrand

Le 200ème bulletin n'a pas été édité sous forme de document word ou .pdf, il a été imprimé et non envoyé par mail. Il regroupe les 76 premiers dîners de wine-dinners, avec la liste des vins, le menu, et le classement des quatre premiers vins du repas, fait par François Audouze.

(bulletin WD N° 201 061113) Bulletin n°  201     :   1 - déjeuner d'amis au restaurant Laurent - 2 - dîners d'amis chez moi - 3 - dégustation de vins de Trimbach - 4 - déjeuner avec des américains chez Patrick Pignol

(bulletin WD N° 202 061121) Bulletin n°  202     :   1 - déjeuner à l'auberge les Morainières à Jongieux - 2 - déjeuner de magnums de Krug chez Marc Veyrat

(bulletin WD N° 203 061127) Bulletin n°  203     :   1 - dîner à "l'air du temps" pres de Namur avec des Massandra - 2 - repas chez Jacques Le Divellec - 3 - repas de famille

(bulletin WD N° 204 061204) Bulletin n°  204     :   1 - repas chez des amis avec Pétrus 1990 - 2 - dégustation de Château Chalon à l'INAO - 3 - Salon et caviar chez Pétrossian - 4 - dîner *WD chez Laurent

(bulletin WD N° 205 061211) Bulletin n°  205     :   1 - Rhône en Seine - 2 - prix Edmond de Rothschild - 3 - verticale de Barolos au restaurant "Le Terri"

(bulletin WD N° 206 061218) Bulletin n°  206     :   1 - dîner littéraire au Cinq avec les vins de Boillot - 2 - dîner *WD à l'Astrance

(bulletin WD N° 207 061222) Bulletin n°  207     :   1 - visite à la Romanée Conti - 2 - TF1 filme la cave Bouchard - 3 - dégustation des 2005 à la cuverie Bouchard - 4 - dîner au château de Beaune

 

le tour de chauffe du réveillon continue samedi, 30 décembre 2006

Le lendemain, donc le 30, déjeuner chez Yvan Roux, avec cette merveilleuse vue sur la baie de Giens et un combat de l’ombre et de la lumière, le soleil voulant percer les nuages pour faire briller la mer.

Sur des solides tranches de pata negra jabugo cinq glands, un champagne Laurent Perrier Grand Siècle. Le gras du jambon excite la bulle romantique de ce beau champagne. Les crevettes roses à l’ail se croquent avidement sur ce champagne. Il fait soif et il faut une deuxième bouteille pour une brouillade d’oursins délicatement dosée, qui est merveilleuse sur le Grand Siècle.

Le Vacqueyras 1970 a pris de l’ampleur depuis hier et accompagne des calamars cuits au parfum de pata negra avec une belle présence. Ce vin est naturellement bon. L’accord qui suit est un bonheur pur. Des cigalons, petites cigales qui ne grandiront jamais, comme les crevettes ne deviendront jamais langoustes, ont une chair intense, parfumée, qui s’accorde bien avec le Château Rayas rouge 1992, petite merveille de vin. Ce vin est serein. Il a bien sûr une définition pure. Et il rassure. La chair de la daurade rose aux gros yeux, daurade qui vit à moins trois cents mètres et se nourrit de crevettes, chair simple mais précise, s’accorde avec le Rayas. Le risotto au cigalon est moins en harmonie avec le vin.

Le fondant au chocolat trouve dans le Maury Mas amiel cuvée Charles Dupuy 1998 un écho exceptionnel. L’attaque du vin est en framboise et se poursuit dans une combinaison subtile de mûre et de cassis. Va-t-on tenir jusqu’au réveillon, c’est la question du jour, car des truffes nous attendent ce soir.

Yvan Roux

Yquem 2002 et un Chambertin 1961 dans ma cave mardi, 19 décembre 2006

Une revue suisse adressée aux titulaires d’une carte de crédit qui fait de vous un théorique roi de la Terre, veut faire un reportage sur mon activité. Un rendez-vous est pris avec une journaliste et une photographe, pour visiter ma cave. Elles souhaiteraient aussi me photographier dans un des restaurants de mes dîners. Au même moment un américain de passage à Paris, qui m’a vu écrire sur un forum, souhaite me rencontrer. J’imagine que nous pourrions partager un repas dans un des restaurants où j’organise mes dîners. Mais le TGV des journalistes a deux heures de retard. Nous ne pourrons pas aller au restaurant. Je demande à cet américain totalement inconnu (il a lu mes aventures sur le site de Robert Parker) s’il veut me rejoindre dans ma cave et partager une belle bouteille, s’il apporte des sandwiches pour cinq. Il dit oui.

Nous nous retrouvons donc dans ma cave où je réponds aux questions de la journaliste, où je prends la pose pour la photographe, et voici qu’un américain de l’Alabama qui ressemble à un gamin, se présente avec sa ravissante petite amie et les sandwiches. Il erre avec des yeux émerveillés dans ma cave. Photographié, j’ouvre un Chambertin Pierre Damoy 1961, le même que celui que j’avais offert à un autre journaliste à un déjeuner chez Jacques Le Divellec. Il me fallait ouvrir un vin déjà ancien, qui supporte une ouverture rapide, puisque l’on ne peut pas attendre, et qui s’épanouisse dans une atmosphère froide puisqu’il est bu en cave. Ce Chambertin correspond à cette attente, car sa solidité lui permet d’être expressif, même dans ces circonstances. Pendant la conversation, j’entends que le jeune américain et la journaliste n’ont jamais bu d’Yquem. Est-ce un appel inconscient, je ne le sais. Un de mes collaborateurs est allé acheter des desserts. J’ai l’envie d’ouvrir une Yquem. Je vois, en errant dans les allées, une demie bouteille d’Yquem 2002. Il faut être fou pour ouvrir un vin si jeune et si pâle. Je l’ouvre. Mes compagnons de cave sont émus. Le vin est délicieux, avec des évocations de jeunes fruits verts. C’est énigmatique, troublant, tout en douceur végétale et je le trouve diablement intéressant. On est loin de la puissance traditionnelle d’Yquem 2001. On est dans un registre plus romantique, plus floral, plus délicat. Il est évidemment moins bien noté par les critiques, mais j’aime bien qu’Yquem explore aussi cette facette là.

Quand j’ai fermé les multiples serrures de ma cave, je savais que j’avais fait plaisir à de jeunes personnes qui découvraient leur premier Yquem.