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p>Direction rive gauche de la Gironde,
par la route qui traverse Margaux, Saint-Julien et
Pauillac. Je dois me rendre à
Pichon Longueville où je suis attendu. Bien évidemment je me trom
pe de château, ce qui montre à quel
point je suis
peu assidu des châteaux qui ont fait les trésors qu’abrite ma cave. Je ne suis jamais allé à Latour, à Margaux, à Lafite, à Mouton car je n’aime
pas déranger. Ce n’est
pas
parce que les châteaux font l’effort de recevoir ceux qui les visitent qu’il faut obligatoirement y aller. J’ai sans doute eu tort d’être tro
p discret jusqu’ici car des gens
passionnants font les vins brillants que je vénère. Violaine de Lencquesaing m’accueille sur le sentier et nous rejoignons sa mère,
pétulante femme qui sera bientôt octogénaire, mais a
plus d’énergie
pétillante que beaucou
p de gens
plus jeunes. Les chais sont im
pressionnants. Trois scul
ptures d’un bleu intense attirent mon regard
par leur beauté. Une collection de verreries anciennes remontant à l’é
poque romaine est s
pectaculaire. C’est un hobby de May Eliane de Lencquesaing que je com
prends, car je vis aussi l’avidité du collectionneur. De la terrasse qui coiffe les chais on découvre un
panorama de rêve : toutes les terres alentour
produisent des vins qui sont
parmi les
plus grandioses du monde :
Pichon bien sûr, Latour, Léoville Las Cazes entre autres. Nous goûtons dans une orangerie exquise les vins du domaine de 2004 : le Bernadotte, la Réserve de la Comtesse, et le
Pichon Longueville Comtesse de Lalande. Ces vins de la rive gauche me
paraissent
plus sereins que ce que j’ai ressenti sur la rive droite. Les équilibres se forment déjà. Il fait beau, nous ar
pentons les allées fleuries qui mènent au beau château qui séduit : c’est une demeure où l’on vit. La décoration est élégante, délicate, fournie. Elle ex
prime le bonheur. Les couleurs sont très féminines. La salle à manger accueille
pour qu’on y mange bien.
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pity_imageComment_txt">la table dressée pour notre déjeuner
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p>Tous les
petits détails, le raffinement anglais dans le service de table,
pré
parent le convive à déguster comme il convient ce vin de grand renom. Nous commençons
par
Pichon Longueville 1991, car de la toute
petite récolte qui ne fut
pas abîmée
par des conditions climatiques é
pouvantables en début de cycle de la vigne, ce qui est resté est fort élégant. Léger, subtil, ce vin insiste
pour nous dire : « je sais que je suis de 1991, mais voyez comme je vis bien ». Le 1986 qui suit me ra
ppelle celui que j’ai bu tout récemment (bulletin 128). Comme le 1991, il est servi dans sa fraîcheur. Il se
présente légèrement frais et
peu ouvert. Nous discutons longuement de nos méthodes res
pectives de mise en valeur des vins. J’admets volontiers que l’on
présente un athlète au moment où il se réveille. Son étirement matinal a du charme. J’ai
plus le goût de le voir en
piste, quand la sueur marque son front et signe l’effort
pour gagner. Si l’on concevait bien que le 1986 se
présente ainsi en jouant la jeune beauté sur
prise devant sa
psyché - et l’on sait que
Pichon Longueville Comtesse de Lalande 1986 est un immense
Pauillac - j’ai eu
plus de mal avec le 1959. Voici un vin é
poustouflant, chef d’œuvre historique. J’ai moins envie de le voir en
pyjama. Il le faut en Brummell.
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pity_imageComment_txt">avec May Eliane et Violaine, et le chien !
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p>Tout ce que je dis est évidemment à
prendre à la marge, car le 1959 d’une longueur rare, choisi
pour ce re
pas amical
parce que l’année est d’un fort souvenir
pour May Eliane de Lencquesaing, démontra tout naturellement qu’il est un très grand vin, à la garde quasi éternelle. J’es
père que mes hôtes le goûteront encore ce soir, a
près une oxygénation su
pplémentaire,
pour vérifier si cette forme différente leur
plait aussi, alors qu’elles ont o
pté
pour une
présentation d’un vin dans la forme qui met en valeur d’abord sa jeunesse. Nos discussions furent animées, amicales et heureuses. J’ai visité la cave, goûté le chaud soleil dans le beau jardin où les fleurs de
printem
ps ex
plosent de couleurs et de joie de vivre. Une famille qui travaille à la
pérennité d’un domaine au sol béni de Bacchus. Une volonté de bien faire dans l’es
prit de la tradition. Une exigence. Et ce moment d’amitié. C’est là où la France est inégalable.
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