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pace="5" />
&nbs
p;
pity_imageComment_txt">une bonne partie des vins bus ce soir. Au premier plan, un de mes "chouchous", Nuits Cailles Morin 1915
&nbs
p;
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p;
L’histoire commence lors de l’émission d’Antenne 2 « Envoyé S
pécial » où l’on me voit dans ma cave. Je montre des bouteilles d’alcool et je dis : « au rythme où je bois des alcools, j’ai ici
plus de mille ans de consommation ». Un s
pectateur n’entendant
pas le mot « alcool »
pense que j’ai en cave des vins
pour mille ans et écrit sur un forum : « voilà un très mauvais exem
ple,
puisque, s’il a mille ans de stock, c’est qu’il ne boit rien ». S’ajoutent des commentaires acerbes qui
poussent un de mes amis à me suggérer de mettre les choses au
point. Ce que je fais.
&nbs
p;
Ayant l’habitude d’écrire mes aventures sur un forum américain, je trouve ce forum franco
phone actif, ce qui est rare et j’y écris. Une volée de bois verts accueille mes
pro
pos : richard, buveur d’étiquettes,
peo
ple, ignare, j’en
passe. Une meute s’organise
pour essayer de me faire fuir. Ceci n’est
pas dans mon tem
pérament. Mais le six-cors le
plus vaillant ne
peut rien quand les
poursuivants s’organisent. Je m’é
puise en courses inutiles. Une idée me vient. J’invite une dizaine des membres de ce forum
pour qu’on boive de mes vins à ma façon. Mon ami Jean
Phili
ppe Durand que je consulte, qui avait créé une cuisine im
pressionnante à la Saint Sylvestre acce
pte de faire le menu de cet événement. Je
passe de longues heures à chercher des vins qui les sur
prennent, et nous voilà chez Jean
Phili
ppe Durand, onze inconnus de ce forum et moi.
Je me croyais en milieu hostile, et voilà que je découvre onze
passionnés de tous horizons, tous sym
pathiques même quand nous avions ferraillé. L’ambiance fut joyeuse, amicale, enrichissante.
&nbs
p;
Je
pro
pose comme un clin d’œil de démarrer sur un
pan style="color: #ff0000;">Clacquesinpan>. Cette liqueur de goudron, faite à
partir de résine de
pin, si l’on s’en tient à la
première im
pression, est affreusement médicinale. Mais si on va un
peu
plus loin, les com
plexités s’organisent, et je suis très excité
par ces saveurs inconnues. L’un d’entre eux, Jérôme, aura le mot juste : le Clacquesin a
ppelle une saucisse de Morteau. Et c’est vrai.
Comme il faut ex
pliquer ma démarche et ce que j’attends de cette soirée où j’invite, on se
pré
pare comme à l’académie des vins anciens avec un
pan style="color: #ff0000;">Champagne Léon Camuzet de Vertuspan>, âgé de l’ordre de dix ans dont je suis mauvais juge
puisqu’il fait
partie de mes traditions familiales. Un velouté de
potimarron, arôme de céleri, le chatouille agréablement. Tous les vins qui vont suivre seront bus à l’aveugle, ce qui n’est
pas dans mes habitudes, mais ne connaissant aucun des convives, je ne veux
pas que les commentaires soient inversement
pro
portionnels aux
prestiges des étiquettes.
&nbs
p;
Nous démarrons
par une
pan style="color: #ff0000;">Clairette de Die Jean Algoudpan>, vers années 60 sur une huître Gillardeau n°2 sim
plement
pochée, sabayon extrême à la reine des
prés. La Clairette a
perdu l’essentiel de sa bulle, a une couleur qui a foncé, mais offre en bouche une belle
présence. Bien goûteuse, elle est de grand
plaisir. Le même Jérôme la découvrira à l’aveugle, ce qui est im
pressionnant. Ce fut la seule découverte des vins de ce soir, l’objet n’étant évidemment
pas de trouver des vins très inhabituels
pour beaucou
p.
&nbs
p;
Le
pan style="color: #ff0000;">Grand vin de Cassis, La Ferme Blanche vers 1985 pan>accom
pagne un foie gras de se
pt heures, chutney de
poireaux à la coriandre, caramel acide d'é
pices dont la tendreté est inénarrable. Le vin un
peu court mais joliment ex
pressif ne ressemble
plus tellement à un vin du Sud
puisque certains
penseront au Jura. L’accord fonctionne à merveille.
Le
pan style="color: #ff0000;">Saint Véran maison Bichot 1989pan>, vin que j’aime beaucou
p pour la
palette très éclectique de ses saveurs bigarrées fait son
parcours avec une noix de St Jacques juste saisie, sou
pçon de vanille, laitance de roquette à l'amande douce, girolle. Jean
Phili
ppe Durand aime invoquer la roquette. Même é
purée, discrète, sa trace effraie les vins.
Pas tro
p en l’occurrence, mais un
peu quand même.
&nbs
p;
On fait beaucou
p d’honneur au
pan style="color: #ff0000;">Montlouis La Taille aux loups demi-sec 13° - 1990pan> en le mariant au bar à l'unilatérale, jus végétal au coquelicot, coing
poêlé qui re
présente la forme ultime de la chair de bar. J’attendais beaucou
p de ce Montlouis que j’adore. Je le trouve ici un
peu en dedans, malgré des com
plexités chantantes. Il joue en sourdine.
Hélas, le saumon mi-cuit va
peur, framboises façon royale, morille à la
pistache, qui est sans doute le
plus grand saumon que j’aie goûté de ma vie, ne va
pas trouver un
partenaire à sa mesure avec le
pan style="color: #ff0000;">Château Coustolle Côtes de Canon Fronsac 1966pan>. Il a un léger nez de bouchon, qui ne se voit
pas en bouche. Mais le goût est sec, attristé, confiné. C’est dommage car je com
ptais beaucou
p sur ce vin, l’une des
plus belles ex
pressions de son a
ppellation. Heureusement
pour le
plat, un
pan style="color: #ff0000;">Château La Tour de Bessan Margaux 1949 pan>au nez brillant à l’ouverture, au niveau
proche du goulot, va constituer l’une des
plus belles sur
prises de cette soirée. Il me confirme la grandeur de cette année magique, souvent masquée
par l’ombre de 1945 et 1947.
&nbs
p;
Le quasi de veau, basse tem
pérature, crème de foie de veau, mousseline de vitelottes, d’une subtilité rare forme avec le
pan style="color: #ff0000;">Moulin à Vent Alfred Liboz 1955pan> l’accord le
plus émouvant de la soirée. Tout est totalement dosé. Le vin ne joue
pas tro
p fort, car sa fatigue est réelle, mais il raconte un joli discours qui rosit les joues de cette
pomme de terre violette. Magnifique moment de
pure harmonie.
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p;
Si ce qui
précède est le
plus bel accord, voici maintenant le
plus grand vin. Le filet mignon de
porc
poêlé minute, truffe noire, coulis de
pétales roses, cè
pe est le
plat
parfait
pour mettre en valeur mon chouchou, l’un de mes vins
préférés, le
pan style="color: #ff0000;">Nuits Saint Georges Les Cailles, maison Morin 1915 pan>dont je vais bientôt tarir la source tant je le mets en vedette dans des dîners. Quel vin ! Un nez d’une ex
pressivité extrême et en bouche, une séduction chatoyante d’un grand vin à la maturité sereine. Inutile de
préciser que j’adore.
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p;
Le cuissot de biche en rôti, jus court à la truffe noire, chou vert en com
potée est un
plat fort. La biche est là et se fait voir. Elle le mérite. Il lui faut bien deux vins
puissants qui ont été rajoutés au dernier moment. Je range en ce moment ma cave
pour détecter les bouteilles qui sont en danger, du fait de l’état de leur bouchon. Voici une bouteille étonnamment ancienne, au cul extrêmement
profond comme on le faisait au 19ème siècle, qui n’a
plus d’étiquette, et dont la ca
psule indique un très grand vin, aux caractères illisibles tant elle a été rongée. Je
pressens un
premier grand cru classé, je
pressens une année très ancienne, 1900 ou avant. Com
pte tenu d’achats dont j’ai la mémoire, ce
pourrait être un
pan style="color: #ff0000;">Cheval Blanc 1900pan>. Mon ami sommelier qui fait le service du vin confirme en le goûtant mon im
pression de mémoire. A
ppelons-le Cheval Blanc 1900. Si ce n’est
pas ça, c’est du même calibre. Le nez à l’ouverture confirme la grandeur du vin car je reconnais des re
pères de Cheval Blanc 1947. Nez
puissant, dense, qui annonce une force extrême. En bouche, le vin est vieux, mais ex
pressif encore. Je l’aime
plutôt. Mais la sur
prise la
plus grande vient du
pan style="color: #ff0000;">Château Mouton-Rothschild 1934pan>. Ce vin serait invendable en salle de ventes car il serait classé « vidange », c’est-à-dire sous le bas de l’é
paule. Or aussi bien au nez qu’en bouche, c’est comme s’il n’en était rien. Ce n’est
pas le
plus flamboyant des 1934 bien sûr, mais on sent un Mouton vivant,
plein de séduction. Une agréable sur
prise
pour moi. Sachant les incertitudes de ces deux grands ancêtres bordelais, j’avais ajouté un vin
pan style="color: #ff0000;">d’Algérie, Cuvée du Président, vers 1980pan>,
pour servir d’étai à d’éventuelles défaillances. C’est l’étai qui le fut, variation sur l’être, tant il est fragile à coté de ces chenus vétérans.
&nbs
p;
Un Stilton de com
pétition, crémeux à souhait va faire briller le
pan style="color: #ff0000;">Château Pion, Monbazillac 1973pan>, liquoreux que j’adore car il est généreux. La
poire Williams, tiède mais crue, est un joli exercice de style de Jean
Phili
ppe Durand, magnifique variation sur la
poire, mais hors sujet quand elle vole la vedette au vin.
Au contraire, le su
prême de
pomelos juste saisi, coulis de mangue aux agrumes, mangue fraîche est exact avec le subtil et délicat
pan style="color: #ff0000;">Château Cantegril, Haut-Barsac 1922 pan>qui décline des saveurs concentrées d’agrumes avec une fraîcheur déconcertante. Mes hôtes ont
pu com
prendre en quoi les sauternes de
plus de 60 ans ont quelque chose en
plus que ne
peuvent atteindre les
plus jeunes.
Il est si tard que je n’ai
pas fait voter mes convives. Si je dois voter maintenant, mon quarté serait le suivant :
pan style="color: #0003ff;">- Nuits Saint Georges Les Cailles, maison Morin 1915,
- Château La Tour de Bessan Margaux 1949,
- Château Cantegril, Haut-Barsac 1922,
- Clairette de Die Jean Algoud, vers années 60.
pan>J’hésite entre Mouton et Clairette, mais
place aux jeunes,
pour une fois.
&nbs
p;
Le re
pas était si com
plexe, Jean
Phili
ppe Durand étant tout seul
pour combler les
pa
pilles de cette tablée de douze que la fin des festivités se fit a
près deux heures du matin. Le tem
ps de ranger les verres que j’avais a
pportés, re
plier quelques chaises d’a
ppoint, débarrasser, nous aurions
pu croiser le laitier sur le chemin du retour.
&nbs
p;
Ces nouveaux intronisés dans les vins « de ma
planète » m’ont offert des cadeaux d’une générosité invraisemblable. Voilà des gens que je croyais accueillir en adversaires qui me montrent une gentillesse attentionnée. Les larmes n’étaient
pas loin de couler sur mes joues.
J’avais lancé cette invitation folle, absurde à toute logique. Et voilà que ce fut un dîner charmant, amical,
plein de découvertes de vins qui ont traversé l’histoire avec des bobos
parfois mais encore beaucou
p de messages
parlants.
J’étais dans l’irrationnel. La joie de l’avoir fait est bien réelle. Et je
pense qu’elle est
partagée.