les premiers arrivés des amis du 15 août mercredi, 13 août 2025

La semaine qui contient le 15 août est traditionnellement le point culminant de nos agapes d’été. Les premiers que nous recevons sont deux amis qui ont vécu avec nous les 15 août depuis une bonne quinzaine d’années.

La tradition est de les accueillir avec un magnum de champagne Salon. J’ai choisi un Champagne Salon Magnum 2004. Je ne me souviens pas d’avoir bu un meilleur Salon 2004. Il a un parfum incroyablement intense. La bouche est très fluide, pleine de charme et de complexité.

Le meilleur accord est avec des rillettes, dont le gras élargit le palais, suivi de jambon espagnol et d’un délicieux lièvre à la royale.

J’ai ouvert au dernier moment un Vega Sicilia Unico Reserva Especial, composé de 1994, 1995 et 2000. Le nez fruité est d’un charme à tomber d’émoi. En bouche, ce vin est un pur plaisir, d’une grande fraîcheur. Pour les vins jeunes comme le Vega Sicilia Unico, je recommande de ne pas utiliser la méthode Audouze, mais d’ouvrir le vin au dernier moment pour profiter de sa fraîcheur gracile.

Une remarque : j’ai depuis plus de vingt ans décidé de cracher ce que je bois, sauf les champagnes, car cracher un champagne détruit le plaisir du pétillant. Avec ce vin espagnol, j’ai avalé la première gorgée, pour voir, et j’ai recraché la seconde. La longueur du vin est dix fois plus grande à la dégustation lorsque l’on crache car le palais reçoit une bouffée d’air qui prolonge le vin. J’essaie de convaincre mes convives mais les habitudes prennent du temps avant de changer.

la Grande Dame mardi, 12 août 2025

Dans les marches que je fais en vacances, je croisais assez souvent un monsieur avec qui j’ai bavardé. Entendant mon nom il me dit : êtes-vous le frère de Jean Audouze ? J’ai dit oui. C’est un astrophysicien qui a bien connu mon frère. Lorsqu’il est mort, je suis allé présenter mes condoléances à sa veuve elle-même astrophysicienne et j’ai apporté un champagne à partager avec ses enfants. J’ai eu envie de la revoir cette année avec l’un de ses enfants et j’ai apporté un Champagne La Grande Dame de Veuve Clicquot 1998.

Ni son fils, ni elle, ne pouvaient imaginer qu’il y ait des champagnes de cette qualité. Leur étonnement m’a fait plaisir car je leur ai montré qu’au-delà du monde des vins de tous les jours, il existe un autre monde de passionnantes saveurs.

déjeuner au restaurant l’Aventure samedi, 9 août 2025

Nos enfants et petits-enfants se succèdent dans notre maison du sud. Une fois de plus nous allons déjeuner au restaurant l’Aventure. La femme de mon fils nous rejoint par la mer sur son paddle mais elle s’aperçoit que cet objet flottant absolument inoffensif doit se plier à des règles de circulation et de stationnement qui ressemblent furieusement aux principes de précaution qui régissent nos moindres mouvements dans un monde où tout doit être codifié.

Nous commençons par un Champagne Comtes de Champagne Taittinger rosé 1969. Je suis un fan des rosés jeunes de cette maison et je n’ai pas beaucoup d’expérience avec leurs vieux rosés.

C’est un univers complètement différent, assez énigmatique, qui m’a fait penser au Smalah algérien 1939 bu récemment, un vin d’un autre monde. Ce qui est passionnant, ce sont les saveurs inconnues. Ce champagne est long, épicé, sans être sexy. Il est parfait avec des plats épicés.

C’est une expérience agréable, mais j’ai une plus forte inclination vers le charme des vieux rosés de Krug.

J’ai eu la chance il y a quelques années de visiter la maison et la cave d’Henri Bonneau, du temps de son vivant, et de le rencontrer. J’ai dégusté en barriques avec lui et ce fut une expérience magique.

J’ai récemment dégusté une Cuvée Marie Beurrier 2017 que j’ai adorée. Mon fils qui a lu le compte-rendu m’a offert un nouveau 2017 qui était tout aussi adorable.

Ce Châteauneuf-du-Pape Henri Bonneau Cuvée Marie Beurrier 2017 est plein d’énergie et j’adore sa longueur interminable. Il est si pur, si délicat malgré sa puissance. C’est un vin élégant et noble. Je l’adore.

restaurant Brise Marine jeudi, 7 août 2025

Nous allons au restaurant Brise Marine dont la terrasse surplombe la plage et se situe directement sur l’eau. L’accès n’est pas simple, fait de hauts et de bas, mais lorsqu’on a réussi ce parcours du combattant, la beauté de la mer nous tend les bras.

La cuisine est de bonne qualité et le service est charmant. Je choisis sur la carte un Côtes de Provence La Tulipe Noire blanc 2014. J’avais cru lire que leur rosé avait été plébiscité. Quand on ne sait pas quoi dire sur un vin de peu d’émotion, on dit que c’est un vin de soif.

Dom Pérignon 1990 mardi, 5 août 2025

En été, les apéritifs succèdent aux apéritifs, même si nous avons un désir de modération. Sur du jambon espagnol de grande qualité, nous allons boire un Champagne Dom Pérignon 1990 magnum.

Normalement, mes Dom Pérignon préférés sont ceux des années 60, avec les millésimes 1966, 1962, 1964, 1969 et 1961. Mais ce 1990 au dégorgement d’origine est extraordinaire. Immense et tellement bien construit.

Le pschitt était une explosion qui m’a étonné. Ses bulles sont très actives, sa robe dorée est d’une grande beauté.

Quel plaisir, quel équilibre ! J’ai été très surpris qu’il soit aussi grand. Je le pensais trop jeune pour être bu et je n’avais pas réalisé qu’il avait 35 ans.

déjeuner ‘algérien’ samedi, 2 août 2025

C’est le genre d’événement que j’adore. Jérémie est un ami amateur de vins algériens. Nous allons organiser un repas autour de vins que nous allons découvrir. Voici le programme tel que nous l’avons conçu : Champagne Salon 2015 – Smalah rosé 1939 (Vignal, Algérie) – Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1969 – Chambertin Clos de Bèze Armand Rousseau 2001 – La Sposata rouge (vignoble de la mère de Napoléon Bonaparte) circa 1950 – Sidi Brahim rosé 1974.

Jérémie a apporté les deux vins d’Algérie et La Sposata, car il savait que j’avais adoré un La Sposata blanc 1946 étonnant, et j’ai complété ce programme.

Nous sommes quatre : ma fille, mon fils, Jérémie, jeune amateur de vins algériens, et moi-même.

Le Champagne Salon 2015 allie force et romantisme. C’est sans conteste l’un des meilleurs Salon dans sa jeunesse. Il est parfait avec des rillettes.

Le Smalah « Vin Fin » Rosé Algérie 1939 est un vin totalement méconnu. C’est un vin de M. Vigna, propriétaire de Sidi Brahim. Son fort parfum de café, énigmatique, est si long en bouche qu’il laisse une impression profonde. Un vin admirable. Nous avons été tellement séduits qu’il a terminé premier de nos votes. Il est magique sur des coquilles Saint-Jacques.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1972 possède le nez agréable et le goût si caractéristique des vins de la Romanée Conti, avec des notes de sel et de rose. Il est très grand et largement supérieur à ce que l’on pourrait imaginer d’un 1972. C’est un excellent vin sur un steak de bœuf Angus.

Voici maintenant deux vins servis ensemble sur du bœuf Wagyu. Le Chambertin Clos de Bèze Armand Rousseau 2001 est un vin incroyable, charmant, fruité et équilibré. Une pure perfection, un rêve. On aimerait avoir toujours un Bourgogne aussi parfait à savourer.

À côté, La Sposata, un vin rouge corse produit dans une propriété appartenant à la mère de Napoléon, négociant à Cattanéo, dans les années 1950. L’odeur du café est très similaire à celle du Smalah, et curieusement, ce vin évoque le vin algérien. C’est un vin très atypique et intéressant.

Le dessert est une tarte à la reine-claude, accompagnée d’un rosé algérien Sidi Brahim Vigna rosé 1974. Ce vin a été élaboré 12 ans après la séparation de l’Algérie et est nettement moins agréable que les merveilleux rosés de Frédéric Lung élaborés dans les années 1940.

Nous étions sur un petit nuage, ravis d’avoir préparé un déjeuner aussi merveilleux avec d’aussi bons vins. Nous avons voté et le résultat global était le suivant :

1 – Smalah rosé 1939, 2 – Chambertin Clos de Bèze Rousseau 2001, 3 – Salon 2015, 4 – Echézeaux DRC 1972, 5 – La Sposata rouge circa 50s, 6 – Sidi Brahim rosé 1974.

Mon vote est le même pour les 3e, 4e, 5e et 6e, et mon premier est Rousseau et le deuxième Smalah.

Jérémie est un passionné de vins algériens, du fait de l’histoire de sa famille. Il est enthousiaste et généreux. Le repas a été riche en émotions partagées. Ce grand moment de communion est un bonheur absolu.

Apéritif au Krug mercredi, 30 juillet 2025

Pour un nouvel apéritif, j’ouvre un Champagne Krug Grande Cuvée dont l’étiquette est de couleur bordeaux, probablement des années 90.

Un léger pschitt est apparu à l’ouverture, ce que j’apprécie. Le vin a une très belle robe intense. Je suis agréablement surpris par l’équilibre et le charme de ce champagne. Nous l’avons dégusté avec des huîtres et des bulots. Un délice. De tels champagnes sont un pur plaisir. En général, je préfère la Grande Cuvée première génération, mais celui-ci était adorable.

L’un des voisins venu prendre l’apéritif chez nous avait apporté un Crozes Hermitage Domaine Combier 2023. On ne peut pas dire que je suis un spécialiste ou un amoureux des vins de cet âge, mais j’ai eu un grand plaisir à le boire car il est bien fait, franc, et bon vivant comme Laurent Combier.

Une bataille espagnole samedi, 19 juillet 2025

Nous allons avec mon fils et sa femme au restaurant l’Aventure. Le Champagne Pommery Cuvée Louise 1989 est un champagne magnifique. Il avait un joli pschitt à l’ouverture, des bulles généreuses et un nez profond. Je suis immédiatement séduit par la noblesse et l’extrême complexité de ce champagne, au-delà de mes attentes. Bien équilibré, c’est un grand champagne d’une maturité parfaite.

Peter Sisseck est un vigneron danois qui a fait ses premières armes dans le bordelais et qui a acheté un vignoble de la Ribera del Duero, non loin de Vega Sicilia. Il a fait sensation, car dès son premier millésime, son vin Pingus a obtenu la récompense ultime d’une note de 100 points par le célèbre Robert Parker. Lorsque nous nous sommes rencontrés, une amitié est née.

J’ai envie de faire une amicale confrontation de Pingus avec Vega Sicilia Unico. Ce sera sur le millésime 2009.

Sur l’instant, pour le bouchon, Pingus est largement vainqueur. Mais il y a une raison : le goulot de la bouteille de Vega Sicilia Unico n’est pas cylindrique. De ce fait, ce qui se trouve sous la partie étroite du goulot ne peut être soulevé sans se briser. Le bouchon de Pingus est impeccable. Celui de Vega vient en lambeaux.

Pour la première odeur, Pingus est plutôt fermé et serré. Vega est généreux et fruité.

Ceux qui suivent mes dîners savent que je suis opposé aux compétitions directes. J’aime boire des vins pour eux-mêmes et non pour les concurrencer. Mais comme je n’ai bu que 55 Pingus contre 225 Unico, la tentation existait.

Le nez du Pingus 2009 est sérieux. Le nez du Vega Sicilia Unico 2009 est plus sexy, plein de grâce.

En bouche, le Pingus suit une ligne droite lorsque le Vega Sicilia Unico est ample et généreux. Le Pingus est vertical et le Vega Sicilia Unico est horizontal.

Pingus me plaît par sa richesse complexe et le Vega Sicilia Unico est joyeux, souriant et séduisant. Les deux expressions sont complètement différentes. Je dirais que le Pingus est masculin et le Vega Sicilia Unico féminin, mais cette définition est assez réductrice.

Pingus est un peu trop Parkerien à mon goût. J’ai tellement l’habitude de savourer le Vega Sicilia Unico que j’adore que je l’ai préféré, mais Pingus a dépassé mes attentes et c’est un excellent vin.

Salon 1997 mercredi, 16 juillet 2025

Enfants et petits-enfants se succèdent comme les acteurs dans une comédie de boulevard, aussi les occasions d’ouvrir des champagnes ne manquent pas. Aujourd’hui, ce sera un Champagne Salon Magnum 1997.

J’adore le Salon 1997, et je l’aime particulièrement parce que j’ai commis une erreur. Lorsque le Salon 1997 a été présenté aux amateurs et aux négociants, je l’ai bu et j’ai dit à Didier Depond, président de Salon : « Il ne me parle pas. » Et Didier m’a répondu : « tu verras ».

Et j’ai vu, car ce solide Salon s’exprime de plus en plus. C’est un guerrier, fait pour conquérir. J’ai ouvert ce magnum pour mon fils et sa femme.

La bulle est très active, signe de jeunesse, et le pschitt était plein d’énergie. C’est la synthèse d’un grand champagne jeune. Un guerrier à l’avenir infini.

Notre boucher traiteur fait une coiffe du charcutier qui est virile et goûteuse. C’est le compagnon idéal de ce beau champagne.

Châteauneuf et accueil de voisins mercredi, 16 juillet 2025

Lorsque j’avais préparé dans ma cave parisienne des vins que j’emporterais dans le sud, j’ai choisi parfois des vins inhabituels comme ce Châteauneuf-du-Pape Cro des Caladas H.M. Avril 1957. Le niveau était excellent et la couleur du vin très tentante.

Je suppose que c’est un vin de la famille de Paul Avril. Je l’ai ouvert 5 heures avant le dîner.

Il est très puissant mais élégant, raffiné et très séduisant. Pour un vin de 68 ans, j’ai été surpris par sa fraîcheur et sa subtilité. C’est une très agréable découverte.

Nous recevons des voisins qui ont créé une association qui s’occupe de défendre notre environnement et l’intégrité du littoral. Pour cet apéritif, j’ouvre un Champagne Laurent Perrier Grand Siècle Magnum dégorgé en 2017. Ce champagne est fait généralement de trois millésimes assez proches et la moyenne doit être de 2004 en se référant aux chiffres imprimés sur le bouchon.

Ce champagne en magnum allie richesse et élégance. Très agréable à boire, il est noble. Je dirais élégant et féminin. Il vieillira très bien et s’améliorera de plus en plus, car Grand Siècle vieillit merveilleusement bien. De tous les champagnes que j’adore, j’ai un petit coup de cœur pour son élégance.