Archives de catégorie : dîners ou repas privés

dîner à Miami dans un restaurant italien mercredi, 21 janvier 2026

Avec ma femme, nous partons à Miami passer près de trois semaines auprès de notre fils. Sarah, la plus fidèle participante de mes dîners vit à Miami. Elle m’invite à un dîner avec des amis qui sont des chevaliers du Tastevin comme elle et avec d’autres amis.

Le matin, elle vient me demander comment organiser les vins de sa cave qu’elle a choisis et l’ordre des plats. Le soir nous nous retrouvons à sept dans le restaurant italien Portosole à Coral Gables.

Sur du caviar Malossol très plaisant nous buvons un Champagne Philippe Gonet Signature Blanc de Blancs sans année. Ce champagne de Mesnil-sur-Oger a une belle finesse pointue et un jolie personnalité.

J’ai apporté un Champagne José Dhondt Blanc de Blancs sans année prélevé dans la cave de mon fils qui ne pouvait pas se joindre à nous. Ce champagne d’Oger est un peu plus rond que le Philippe Gonet mais l’on mesure bien la proximité de goût liée à la proximité géographique. Autour de la table les préférences sont très partagées. J’ai préféré le Dhondt, mais j’aurais pu mettre les deux champagnes à égalité.

Le Condrieu Guigal 2014 est généreux et joyeux et ce qui frappe, c’est son équilibre serein. C’est un vin très agréable à boire. La salade, le tartare de thon et carpaccio de crevettes lui conviennent. C’est un vin de gastronomie.

Deux vins vont accompagner du Tonnarelli au fromage et au poivre avec de la truffe noire. Le Barbaresco Gaja 1999 est un vin solaire et joyeux, d’un caractère généreux. Le Château Trotanoy Pomerol 1986 est beaucoup plus strict mais aussi beaucoup plus subtil. Le contraste entre les deux est très grand. On peut préférer la joie de vivre du vin italien. La combinaison pomerol et truffe me conduit à préférer le Trotanoy, grand pomerol s’il en est.

Un chateaubriand d’un bœuf de grande qualité est associé à un Crozes-Hermitage Guigal 2018. Ce vin est très plaisant mais on ressent qu’il n’a pas la puissance et la largeur d’un Hermitage. Mais il a beaucoup de qualités.

On présente pour le Château d’Yquem 1995 un plateau de fromages dans lequel il y a des fruits et des confitures. Je demande à tous mes convives de ne toucher ni aux fruits ni aux confitures pour ne pas gâcher ce délicieux sauternes d’un équilibre séduisant. Cet Yquem n’a pas une puissance extrême mais sa maturité délicate est adorable.

Dans ce restaurant où aucune musique ne vient couvrir les discussions, les américains parlent fort et j’ai eu du mal à comprendre tous leurs propos. Mais l’ambiance était joyeuse. Les serveurs ont été attentifs à nos réflexions et à nos préférences, espérant que nous désignerions le vin italien premier. Tous les vins se sont montrés sur leur beau jour. Les bonnes surprises sont le Gaja et le Condrieu, l’Yquem étant hors catégorie. Ce fut un beau dîner grâce à la générosité de Sarah. Nous la reverrons pendant notre séjour.

déjeuner au restaurant Épicure de l’hôtel Bristol mardi, 13 janvier 2026

Lorsque j’ai lancé mes dîners, j’en ai fait douze à l’hôtel Bristol jusqu’au 185ème, ce qui faisait à peu près un par an. Eric Fréchon, grand chef très occupé, avait trop peu de temps à consacrer à la préparation de mes dîners avec moi aussi, quel que soit le talent de ce chef, je n’avais pas le plaisir de la création en commun. D’autres chefs m’ont offert des coopérations plus motivantes pour moi.

Le Bristol me manquait, aussi j’ai voulu renouer le lien avec cet endroit où j’ai beaucoup de beaux souvenirs, y compris avec Eric Fréchon lorsque j’y allais en client avec des amis ou en famille.

Je vais déjeuner avec le plus fidèle participant à mes dîners qui a créé le contact avec Jonathan Moncuit le second du chef Arnaud Faye et avec Jérémy Lebon, adjoint du chef sommelier. Les deux me suivent sur Instagram et Jonathan a participé auprès de Pascal Barbot à des dîners que j’ai faits à l’Astrance du temps où il exerçait dans l’avenue Beethoven.

Jérémy a proposé que l’on puisse apporter du vin et j’ai cherché dans ma cave des vins qui sortent des sentiers battus. J’en ai apporté quatre pour qu’on en choisisse deux.

Le vin de la bouteille de Chablis Moutonne Long Dépaquit 1966 a une couleur magique, d’une rare beauté. C’est ce vin, dans le millésime 1959, que j’avais ouvert avec Jancis Robinson, célèbre experte internationale du vin que j’avais invitée avec son mari. Je m’étais posé la question : quel vin pourrait impressionner cette femme qui connait tous les vins de toutes les régions et dont je serais sûr qu’elle ne l’ait jamais bu. Elle avait été éblouie par ce 1959 et au nez, le 1966 me paraît du même niveau. Ce vin rare dans cette année m’excite beaucoup.

Pour le deuxième vin j’ai choisi un vin dont je suis sûr que Jérémy n’en a jamais bu et dont je pense qu’il ne soupçonne même pas qu’il puisse être passionnant. J’ai ouvert un Fleurie « la Madone », vin sélectionné par les Jurés Gourmets de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin J. Calvet & Cie 1953. La majorité des amateurs de vins pensent qu’un beaujolais de 73 ans ne peut pas être bon. Le parfum à l’ouverture est puissant, direct et intense, ce qui surprend Jérémy et Jonathan.

Ils sont aussi impressionnés par l’ouverure des vins car les bouchons sont sortis entiers et aucune miette de bouchon n’est tombée dans le vin.

Nous n’allions pas commencer notre déjeuner par le chablis aussi j’ai choisi dans la belle carte des vins un Champagne Pierre Moncuit Vieille Vigne 2004.

Pour ce champagne, nous avons été invités à descendre en cave où nous pourrons déguster de délicieux amuse-bouches.  Ce qui est fascinant, c’est la continuité fluide entre une huître dotée d’une crème d’une belle acidité et le champagne. Cette association est magique et le champagne est grand, long et intense. Ce 2004 est d’une maturité solide, un vraiment grand champagne.

Le Chablis Moutonne Long Dépaquit 1966 est un empereur majestueux. Sa sérénité est enthousiasmante sur deux plats, une langoustine cuite idéalement et une sole du Morbihan avec une compression de topinambour et macadamia et avec un jus des arêtes rôties à la truffe noire. L’équilibre du chablis est une merveille.

Le chevreuil parfaitement exécuté met en valeur le Fleurie « la Madone », vin sélectionné par les Jurés Gourmets dela Confrérie des Chevaliers du Tastevin J. Calvet & Cie 1953 que jamais personne n’aurait imaginé aussi brillant. Il est riche, puissant, long et d’une présence en bouche idéale.

Normalement je classerais en premier le chablis qui a une personnalité immense, mais le Fleurie est une telle surprise que c’est ce vin qui sera mon préféré tant la surprise est grande de le voir brillant à ce point.

Notre déjeuner dans une ambiance joyeuse fut plus qu’agréable et la cuisine est de haut niveau. Nous avons vu une belle salle où des repas pour douze personnes sont possibles. Nous pensions y faire un prochain dîner, mais les exigences financières du groupe Oetker nous en priveront. Quel dommage !

dîner de Noël mercredi, 24 décembre 2025

Trois jours avant Noël, la cuisine est en pleine ébullition. Ma femme essaie des recettes car elle veut un dîner de Noël parfait. Ayant vent de ce que pourrait être le menu, j’ai déjà fait une sélection de vins.

Le jour venu nous recevons nos deux filles et leurs quatre enfants pour célébrer Noël. Notre fils et ses enfants fêtent Noël aux États Unis.  Comme les deux groupes arrivent avec un décalage, je cherche un champagne pour occuper le temps. Dans l’un des réfrigérateurs où se trouvent des vins, il y a des bouteilles entamées de récentes réceptions.

Je prends un Champagne Besserat de Belfond 1966 dont il reste de quoi faire quelques verres. La couleur est belle, le nez est peu avenant mais en bouche, quelle belle surprise. Le champagne a gardé une belle vivacité et une expression intéressante. Il est presque gourmand.

Il reste encore un peu de ce champagne quand ma fille cadette arrive et je lui dis : « tu sais le parfum n’est pas bon mais le goût est agréable ». Elle prend le verre que j’ai versé. Elle sent et se retourne vers moi : « mais ça sent bon ». Je sens aussi et le parfum est parfait. Décidément les vins offrent souvent de belle surprises.

Ma femme a préparé des feuilles de brick pliées en triangles – enfin pas toutes car sa géométrie n’est pas conventionnelle – et fourrées de crème d’oignon. Il y a aussi de fines tranches de saucisson corse que l’on peut associer à de délicieuses gougères.

Le Champagne Krug Grande Cuvée étiquette crème qui est de la deuxième génération des Grandes Cuvées avait fait un petit pschitt à l’ouverture, mais c’est quand même un pschitt que l’on doit signaler pour un champagne de plus de quarante ans. Ce champagne est noble, imposant, complexe et de grand plaisir.

Le menu préparé par ma femme est : deux caviars, un Baeri et un Osciètre, avec du pain et du beurre / boudin blanc à la truffe noire / poulet avec une purée de marron / Brillat-savarin à la truffe / bûche grains d’orge et noix de Grenoble créé par le chef Bras.

Le Champagne Dom Pérignon 1973 est en complet contraste avec le Krug. Il est doux, plaisant et charmeur. Avec le caviar il est idéal. J’ai un amour particulier pour le Dom Pérignon 1973 que j’ai bu avec Arnaud Donckele au tout début de nos relations, mais celui de ce soir n’est pas le meilleur des 19 que j’ai bus.

Le Montrachet Domaine de la Romanée Conti 1989 accompagne le boudin blanc. L’ouverture de ce vin avait été difficile car le bouchon était descendu de deux centimètres environ et une boursoufflure du verre du goulot empêchait de retirer le bouchon sans le déchirer. Le nez du vin est assez discret, ce qui n’est pas habituel. Le vin est très puissant et l’on voit à quel point il est solide. Mais il manque de la largeur que j’aurais aimé trouver. Il est bon, bien sûr, mais pas glorieux.

Sur le poulet délicieux, le Moulin à Vent  du domaine des Hospices de Romanèche-Thorins 1964 au parfum délicat et subtil se montre émouvant tant il est comme le parfum émouvant et subtil. C’est un vin que l’on ne peut qu’aimer. J’ai toujours eu un amour pour les beaujolais anciens, car avec le beaujolais nouveau, on a donné l’impression que ce vin devait se boire jeune, alors que comme les grands bourgognes, il devient subtil en vieillissant et beaucoup plus complexe. Ce vin est un régal.

J’avais acheté un Brillat-Savarin à la truffe parce que le fromager n’avait pas de Brillat-Savarin ‘nature’. Je suis allé en acheter un ‘nature’ dans un autre magasin, et lorsque j’ai goûté les deux celui à la truffe avait beaucoup plus de charme que l’autre et un gras fluide délicieux. Avec le beaujolais l’accord se trouve même si le Moulin à Vent n’a pas la largeur que de puissants bourgognes plus adaptés offriraient.

Pour la bûche, nous buvons le Château d’Yquem ½ bt 2001. Cette année est légendaire et j’avais eu une forte émotion lorsque je l’avais découvert le jour de sa sortie officielle. Je trouve que celui-ci a évolué vers plus de caramel, ce qui n’est pas la direction que j’aime le plus. Il est grand bien sûr mais je pense qu’il faudra le laisser vieillir pendant de longues années, car il a le potentiel pour devenir mythique.

Le lendemain midi, jour de Noël, seule ma fille cadette et ses deux enfants sont restés, rejoints par Victoire, leur nounou de toujours.  Nous avons continué de boire les vins de la veille, sur un filet de saumon cru puis sur une tarte à l’oignon. La grande surprise, c’est un vin ouvert hier mais non servi, un Gevrey-Chambertin Grivelet Cusset 1943 absolument délicieux qui a fortement impressionné ma fille.  Discret et délicat comme le Moulin à Vent, il a montré une subtilité, une justesse qui en font un grand vin, bien sûr pas tonitruant, mais d’une élégance exceptionnelle.

Ma femme avait préparé des madeleines et des financiers selon la recette de Pascal Barbot le chef de l’Astrance. Ce fut un délicieux point final à un joyeux Noël.

Pour ces deux repas, mon classement est :

1 – Gevrey-Chambertin Grivelet Cusset 1943

2 – Moulin à Vent Hospices de Romanèche Thorins 1964

3 – Champagne Krug Grande Cuvée étiquette crème

4 – Champagne Dom Pérignon 1973

Dans une ambiance familiale joyeuse, avec des petits-enfants qui s’extasient à chaque cadeau qui leur est donné, nous avons eu un Noël mémorable de grand bonheur.

Un Palmer 1989 sublime mercredi, 17 décembre 2025

Lors d’un déjeuner au restaurant Pages, je reçois une personne qui est unerelation professionnelle. Comme il n’a pas d’expérience des vins anciens je choisis de lui faire connaître des vins matures, mais pas trop. Le menu composé avec le chef Ken et Pierre Alexandre le directeur est : poisson cru en carpaccio / cabillaud sauce vin rouge / bœuf maturé de plusieurs semaines / wagyu / financiers. Cette cuisine simple est parfaite pour accompagner les vins.

Nous buvons un Champagne Dom Pérignon 1985 qui est d’une belle énergie, fort et gourmand. Il est d’un bel équilibre et d’une belle longueur. Le carpaccio lui convient.

J’ai apporté un Château Palmer Margaux 1989. Quelle puissance, quelle profondeur de goût. Ce vin est exceptionnel. Ce vin impose sa grandeur et je trouve en lui un message que jamais les bourgognes n’auraient aussi percutant. Je m’en veux d’avoir délaissé les bordeaux de cet âge en me consacrant à des bordeaux beaucoup plus vieux, car il y a dans ce vin noble une énergie et une profondeur qui sont rares.

J’avais il y a deux jours ouvert un sauternes inconnu et sans date qui je daterais volontiers entre 1890 et 1900. Il est toujours aussi magistral, équilibré et de belle longueur mise en valeur par de délicieux financiers.

déjeuner de conscrits au Yacht Club de France mardi, 9 décembre 2025

L’ami grec de notre club de conscrits nous invite au Yacht Club de France. L’apéritif comporte poutargue, Saint-Jacques et charcuteries fines. Nous buvons un Champagne Ayala Brut sans année qui est particulièrement agréable, joyeux et bien fait.

Le menu composé par Thierry Le Luc, gérant du Yacht Club est : belle assiette de fruits de mer / rôti de lotte comme une viande, sauce homard au poivre, pommes duchesse, légumes de saison / fromages d’Eric Lefebvre MOF / buchette chocolat noir croustillante.

Le Chablis Vieilles Vignes Jean Durup 2022 est très agréable sur les langoustines. Il a une belle structure et emplit bien le palais.

Le Meursault Les Tillets domaine Pierre Labet 2017 est gourmand mais a moins de finesse que le chablis.

Je ne bois quasiment jamais les seconds vins des châteaux bordelais puisque j’ai en cave leurs grands crus. De ce fait, l’Amiral de Beychevelle Saint-Julien 2015 est une très agréable surprise, car il a un gouleyant que je n’attendais pas aussi joyeux.

Il fut un temps où dans notre club nous refaisions le monde. Comme la France est en train de se détruire avec délectation, la cause est entendue : la France se meurt, la France est morte.

des vins à risque et des merveilles dimanche, 7 décembre 2025

J’ai commencé à entrer des vins en cave en 1970. C’est en 1975 qu’est apparu mon amour pour les vins anciens. De ce fait il y a dans ma cave des bouteilles dont l’espérance de vie est en question, généralement du fait de la faiblesse du bouchon qui ne joue plus son rôle, mais aussi des blessures des capsules qui favorisent les évaporations. Comme mon âge avance, je sais que je ne pourrai pas boire tous les vins qui m’attendent, alors il faut que je m’intéresse aux vins qu’il faut ‘sauver’, c’est-à-dire, les boire avant qu’il ne soit trop tard.

C’est évidemment avec mon fils que je peux « sauver ces soldats blessés ».

J’ai ouvert de bon matin les vins du repas. En premier, La Tâche 1954 au niveau très bas. Le haut du goulot est plein de poussière et le bouchon est noir et poussiéreux. Tout est sale et mes mains sont noires. Et, pour couronner le tout l’odeur est désagréable et nauséabonde. Tout laisse prédire un vin imbuvable.

J’ouvre donc un Corcol Grand Vin de Beaune Bourgogne 1938 qui a lui aussi un bouchon noirci et sale, mais le parfum annonce un vin probablement buvable.

J’ouvre ensuite un Champagne Maurice d’Arhanpé Blanc de Blanc Mareuil sur Ay 1955 venant d’un caviste de Monte Carlo. C’est curieux qu’on fasse à Mareuil un blanc de blancs dans la région des blancs de noirs. Le bouchon se cisaille lorsque je le tourne pour le sortir. L’odeur est possible, nous verrons.

Comme je ne peux pas imposer à mon fils uniquement des vins ‘en sursis’, j’ai ouvert une demi-bouteille de Champagne Perrier-Jouët Réserve Cuvée Finest quality Extra Dry 1928 réservé pour la Grande Bretagne qui est d’une rare beauté. Le bouchon vient entier et il a une particularité que je vais essayer d’élucider : au centre de la capsule rouge, il y a comme la tête d’un clou doré, qui porte un nombre : 40. De quoi s’agit-il, je ne sais pas.

Quatre heures plus tard, nous prenons l’apéritif autour d’un caviar osciètre de Kaviari, absolument délicieux. Le couleur du Champagne Maurice d’Arhanpé Blanc de Blanc Mareuil sur Ay 1955 est presque rouge foncé. En bouche, le champagne est délicieux. Il a des signes d’âge qui ne limitent pas le plaisir de le boire. 1955 est une grande année dans beaucoup de régions dont la Champagne. L’accord est grand avec le caviar et moins avec une rillette de porc. Nous considérons, mon fils et moi, que c’est un grand champagne.

Nous passons à table. La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1954 est d’un belle couleur d’un beau rouge et ce qui est ahurissant, c’est que le parfum est parfait. Je suis habitué aux resurrections de vins de la Romanée Conti, mais c’est quand même invraisemblable que le vin soit si grand. Nous avons l’une des plus belles expressions de La Tâche, avec le côté salin si reconnaissable. Sur un poulet délicieux, nous sommes aux anges et d’autant plus que ce vin aurait été éliminé par plus d’un amateur de vins anciens.

Nous n’en sommes pas à une suprise près, car quand le Corcol Grand Vin de Beaune Bourgogne 1938 est servi, on sent nettement un nez de bouchon. Et quand le vin est servi le nez de bouchon est toujours là, mais aucune trace n’est perceptible en bouche. Le vin est agréable mais n’a pas le charme de La Tâche. Il est quand même intéressant. Le Brillat-Savarin fait briller le Corcol 1938 alors que l’Époisse est idéale pour La Tâche.

C’est maintenant le moment de boire le petit bijou que je voulais partager avec mon fils. Le Champagne Perrier-Jouët Réserve Cuvée Finest quality Extra Dry 1928 en demi-bouteille a une couleur d’une incroyable jeunesse, d’un or éblouissant. Et le champagne est majestueux, riche, flamboyant de jeunesse. Quel bonheur ! Alors que j’avais trouvé La Tâche magistrale, ce champagne m’émeut encore plus, car je suis un adorateur du millésime 1928.

Alors que j’avais choisi des vins à risque, le plus en danger étant La Tâche, nous avons bu deux vins merveilleux, La Tâche à la résurrection impensable et le glorieux Perrier-Jouët brillantissime. Mais les autres avaient aussi leur mot à dire, car ils avaient encore de beaux messages. Cette expérience avec mon fils m’a beaucoup plu.

rencontre d’amis, 60 ans après… mercredi, 3 décembre 2025

Mon frère organise une rencontre avec des amis d’enfance, que je n’ai pas vus depuis plus de soixante ans. Cette idée est excitante.

Je propose que nous nous retrouvions à huit au restaurant Le Petit Sommelier car les amis, généralement bretons, reprendront un train à la gare Montparnasse. J’aime ce restaurant de Pierre Vila Palleja car la carte des vins est une des plus belles de Paris.

Pour ne pas passer trop de temps à choisir les vins en fonction des plats de chacun, car nous nous rencontrerons pour évoquer le passé et le présent, j’ai suggéré à mon frère que j’offrirais les vins du repas, ce qui évitera tout problème de choix et fera gagner du temps.

Je suis donc arrivé à 11h30, avec une heure d’avance, et j’ai pu étudier la carte des vins qui propose un nombre élevé de vins tentants. J’ai noté sur un carnet au moins quatre vins par couleur entre champagnes, blancs, rouges et liquoreux.

Les amis arrivent. Je reconnais certains instantanément mais pour d’autres, c’est plus difficile. Nous sommes tous heureux de nous revoir. Le menu est proposé sur un panneau de bois où il est écrit à la craie en vraiment très petits caractères. Les choix sont assez regroupés et plusieurs ont comme moi demandé le foie gras en entrée et le lièvre à la royale comme plat.

Nous commençons à boire un Champagne Charles Heidsieck Brut sans année qui a une belle bulle et un joli parfum et surtout une belle longueur. Nous apprécions tous ce beau champagne.

Pour le foie gras j’ai demandé un Champagne Philipponnat Blanc de Noirs Extra-Brut 2018. C’est un champagne raffiné, plus strict et plus volontaire que le Charles Heidsieck, et qui convient parfaitement au foie gras délicieux, de belle personnalité.

Pour le lièvre à la royale, la jeune charmante serveuse avait repoussé chacune de mes propositions qu’elle trouvait trop légères pour le plat, sachant que j’avais choisi avant de savoir que nous prendrions du lièvre. J’ai donc demandé la carte des vins et j’ai choisi une Côte Rôtie Chapoutier 1985. La serveuse une fois de plus me dit que cela n’ira pas. J’ai décidé de persister et de signer pour ce vin qui s’est révélé exceptionnel, d’un charme et d’une douceur spectaculaires, et parfait avec le lièvre à la royale.

Un café gourmand a permis de conclure ce beau repas. La résurgence de moments anciens était d’une fraîcheur émouvante. Je respirais des bouffées de souvenirs avec un bonheur rare. Chacun était souriant et joyeux. De tels moments ne sont que du bonheur. Quelle chance !

déjeuner de famille dimanche, 30 novembre 2025

Nous recevons à déjeuner nos deux filles et l’une de nos petites-filles. J’ai trouvé en cave une bouteille de champagne dont le papier de l’étiquette est fatigué, avec des parties déchirées, ce qui ne me permet pas de savoir si le champagne est millésimé ou non.

C’est un Champagne Taittinger Brut probablement années 50. A l’ouverture, il a eu, au moment où j’ai essayé d’extraire le bouchon, une esquisse de pschitt, expulsant quelques bulles. C’est une belle surprise. Au service des premières gouttes on voit une belle couleur de mangue claire et de petites bulles discrètes. En bouche, je suis subjugué. Ce champagne a une personnalité affirmée, un fruit expressif, et un goût de rêve. Quel grand champagne ! Il est gourmand, joyeux. Un rêve. Il joue dans la cour des plus grands champagnes anciens. Avec une terrine de jambon persillé, c’est un bonheur rare.

J’ai choisi en cave un Gevrey-Chambertin Charles Viénot 1949 de niveau assez bas. Le risque existe mais il faut toujours donner une chance au vin. Le bouchon vient en charpie, ayant perdu toute cohérence. L’odeur me fait penser à un mot que je ne veux jamais prononcer, le mot « madérisé », car il est souvent utilisé à contre sens. Un vin évolué n’est pas madérisé. Et ce mot qui m’était venu en tête n’est pas approprié car servi sur un délicieux poulet le vin de Bourgogne montre une intéressante personnalité de vin ancien. C’est un vin qu’il faut savoir lire. Si on s’en tient à sa fatigue, on ne verra pas qu’il a des accents nobles d’un vigneron qui a compté dans l’histoire du vin. Et à vrai dire, avec tous ses défauts, je l’adore car entre les lignes, le message est d’un grand intérêt. Il est plus que probable que je ne le mettrais pas dans un de mes dîners, mais en famille, ce vin se libère de ses faiblesses.

Ma fille a apporté des merveilleux, ces gourmands desserts. Je pense à ouvrir un Champagne Krug Private Cuvée années 60 d’un groupe de vins achetés ensemble qui m’ont souvent fait d’immenses plaisirs. Mais avant le dessert nous mangeons un camembert Jort avec une étiquette sur fond en carton qui est censé être moins bon que celui au couvercle en bois. Celui-ci semble ne pas respecter la différence hiérarchique car il est divin. Et l’accord Krug et Jort fonctionne aussi bien que l’accord Jort et champagne Salon.

L’accord avec le merveilleux au chocolat que j’ai choisi est agréable et facile. Le Krug est une petite merveille. Le champagne noble et strict est frais et intense, d’une fluidité en bouche étonnante. Mais j’ai quand même une préférence pour le Taittinger de ce repas, qui offrait un fruit beaucoup plus rond et charmeur.

Les réunions de famille me permettent d’oser ouvrir des vins plus difficiles car plus risqués et comme dit l’adage, la fortune sourit aux audacieux.

déjeuner passionnant au restaurant Pages vendredi, 21 novembre 2025

Vianney Establet est d’une famille de vignerons qui fait des Châteauneuf-du-Pape. Il a vu que j’ai bu plusieurs des vins de sa famille et que j’en ai fait l’éloge. L’un de ces vins a même été le gagnant du classement des vins d’un de mes dîners, le 264ème. Nous avions envisagé de nous voir dans le sud pendant l’été 2024 et j’avais apporté dans le sud les vins d’Establet qui me restent. Ce rendez-vous n’avait pas pu se faire aussi nous l’avons reporté à Paris ce jour.

Persuadé que mes vins étaient à Paris car j’avais oublié le rendez-vous du sud, je n’ai pas vérifié dans ma cave parisienne. La veille du rendez-vous, je cherche et je ne trouve aucun des vins prévus pour notre déjeuner. Panique ! Vianney avait prévu d’enregistrer la dégustation des vins de sa famille. Honte sur moi. J’ai envie de me faire pardonner et je choisis des vins que j’apprécie.

Il se trouve que lors de la présentation du livre 1855 chez Christie’s j’ai rencontré un expert en authentification des vins et en protection des données des vins avec lequel j’ai sympathisé. Je l’ai invité à se joindre à nous ce qui me permet d’ouvrir plus de bouteilles. J’apprendrai plus tard que lui aussi est d’une famille de vignerons.

J’arrive au restaurant Pages très tôt, à dix heures du matin. Il me faut bien deux tasses de chocolat chaud pour me réchauffer en ce matin frais. J’ouvre en premier le Château Rayas blanc 1973 dont la capsule était percée et dont le bouchon avait glissé de plusieurs millimètres, recouvert de poussières et très sale. Son parfum est encourageant.

J’ouvre ensuite le Dom Pérignon 1964 et à ma grande surprise, il offre un pschitt peu puissant mais réel. Le nez est superbe.

Ayant demandé à Vianney s’il voulait venir voir l’ouverture des vins à 11heures, j’attends son arrivée en mangeant deux toasts de pain du restaurant qui est croquant et délicieux.

A l’arrivée de Vianney j’ouvre le Chante Alouette 1949 au nez superbe et le Kébir Rosé probablement de 1947 car tous mes achats des vins de Frédéric Lung sont soit de 1945 soit de 1947. Le nez du vin est spécial et Vianney prononce le mot ‘madérisé’ que je réfute car c’est un contresens. Nul mot ne me heurte autant que lorsqu’on annonce de façon péremptoire qu’un vin est ‘madérisé’. Je sens du café et du cigare dans ce vin qui promet beaucoup. Et je n’en veux pas à mon ami.

Avant que Vianney ne vienne j’ai mis au point avec le chef Ken le menu de notre repas qui comportera trois poissons différents en carpaccio, un poisson sauce umami, de la pintade, du wagyu et nous aurons des financiers préparés par un nouveau pâtissier.

Louis arrive à l’heure dite et ce sera la première fois que nous déjeunerons ensemble.

L’idée qui m’est venue est de boire un peu du Old Taylor Kentucky Straight Bourbon Whiskey 43° que j’avais ouvert il y a plusieurs mois pour préparer le palais à goûter le Champagne Dom Pérignon 1964. L’introduction faite par le Bourbon permet au champagne de montrer sa largeur en bouche mais pas sa longueur. C’est de toute façon un caprice amusant. Le 1964 est un magnifique champagne en plénitude absolue. Mes convives sont conquis par ce champagne.

Il est intéressant de noter que le poisson cru qui accompagne divinement le champagne accepte aussi de se marier au Bourbon.

Le Château Rayas Châteauneuf-du-Pape Blanc 1973 est d’un accomplissement qui fait plaisir. J’avais été subjugué par le Rayas Blanc 2010 exceptionnel. Je suis aussi ravi de ce blanc de grande tension et d’une intensité forte. C’est un grand vin blanc qui est aussi à l’aise sur la sauce umami du délicieux poisson.

Quand le Chante-Alouette Hermitage Blanc 1949 arrive sur scène, la foule en délire (nous sommes trois) se lève et fait chapeau bas. Car l’équilibre de ce vin qui n’a pas d’âge et sa grande puissance donnent un vin ensoleillé et joyeux. Une merveille. Malgré la performance remarquable du Rayas, c’est l’Hermitage qui vole le trophée. Sur la pintade les deux vins blancs sont joyeux mais c’est sur le poisson à la sauce umami qu’ils ont développé leurs extrêmes complexités.

A ce stade, mes deux amis sont bouche bée, car ils n’avaient jamais approché des vins de ce calibre. Ils vont maintenant aller dans l’inconnu. Le Kebir Rosé Frédéric Lung Algérie # 1947 est un rosé très foncé. Le nez de cigare et de café est subtil, déroutant et d’une force certaine. Le wagyu lui donne une ampleur particulière. Je suis évidemment aux anges car j’adore les vins algériens notamment parce qu’ils sont déroutants. Ils ont aussi la force que donnent les ceps qui n’ont pas connu le phylloxera.

J’avais ouvert il y a quelques années une Fine de Mouton qui provenait directement de la cave de Philippe de Rothschild puisque c’était marqué sur le carton dans lequel était la bouteille. Cela donne une idée de l’âge de cette fine que l’on peut situer dans les années 60. Elle a gardé sa vivacité et ponctue, sur des financiers ‘à ma façon’ un repas amical dont je peux être fier du fait des choix de vins et du talent du restaurant Pages.

des vins grandioses à l’Ecu de France vendredi, 7 novembre 2025

Un ami néerlandais a travaillé au sein de groupes du domaine du vin en Champagne. Il a compris en lisant mes bulletins que le restaurant l’Ecu de France a de belles bouteilles de vins. Nous y sommes allés ensemble pour déguster de grands vins.

Il me propose de nous rencontrer à déjeuner. Nous choisissons ensemble les vins. Il y aura un Champagne Substance de Selosse. J’avais adoré Rayas Blanc 2010 et j’avais bu la dernière bouteille de ce millésime aussi l’idée de goûter le Rayas blanc 2011 s’impose.

Monsieur Brousse, le propriétaire du restaurant, a noté sur un papier des vins oubliés qui n’ont pas été vendus. Parmi les trois qu’il annonce, nous choisissons le Chambertin Clos de Bèze Armand Rousseau 2002.

Le menu sera : ragout de langoustines à la citronnelle et à la coriandre, garniture forestière à l’estragon, œufs de hareng fumés et iodés, émulsion safranée au champagne et pignons de pin torréfiés / bœuf en double cuisson de bœuf Simmental rôti à la sarriette, joue confite au vin rouge, jus réduit au poivre de Penja, gratin dauphinois et mini carotte.

Il me suffit de sentir le Champagne Selosse Substance pour que je sache que nous sommes en face d’un champagne exceptionnel. La bulle est active, la couleur est ambrée et le goût de ce champagne est inimaginable de perfection. Quel champagne racé ! Dans mes notes, j’ai raconté 65 champagnes Substance. Je suis sûr que celui-ci est le plus grand de tous. Une telle perfection est irréelle. Chaque subtilité de ce vin est unique.

J’avais adoré le Rayas blanc 2010. Le Châteauneuf-du-Pape Rayas blanc 2011 est totalement différent. Il a des accents fumés, et sa richesse inhabituelle est un plaisir. Ce vin est attachant, par sa singularité alors que le 2010 était la forme accomplie de ce qu’est Rayas blanc.

Ces deux vins sont tellement bons et parfaits que je me demande si la pleine lune n’a pas une influence sur ces deux vins. Les langoustines sont idéales avec le vin blanc.

C’est maintenant l’arrivée du Chambertin Clos de Bèze Armand Rousseau 2002. Il est tellement parfait que cela devient suspect. L’hypothèse de la pleine lune prend de plus en plus de consistance. Le chambertin est un bijou de précision. Elégant et subtil il montre un aboutissement délicat du fait de ses 23 ans. Ce vin est exceptionnel. Ses amertumes sont un vrai raffinement.

Le Brie de Meaux avec des brisures de truffes est idéal avec le vin blanc, lui donnant un caractère onctueux qui montre sa flexibilité.

Je ne pense pas avoir bu trois vins aussi parfaits en un repas qu’en ce jour. Une armada d’environ cent cinquante cormorans nageait à contrecourant sur la Marne et repartait en volant dans l’autre sens. Tout nous était bonheur.