<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Très peu de temps avant la dégustation au domaine Dujac, j'avais demandé au pan style="COLOR: #2b02c2">domaine de la Romanée Contipan> si je pouvais m'immiscer dans un groupe de dégustation. Par une chance inouïe André Robert, le truculent propriétaire du restaurant La Cagouille est prévu pour une visite à 16 heures. Jean Charles Cuvelier ayant lu les récits dithyrambiques de mes déjeuners à la Cagouille me dit : "joignez-vous à eux". Quand à déjeuner Rose Seysses m'avait dit : "les bureaux ne sont plus rue du Four mais place de l'église", je n'ai pas voulu le croire, car je ne le savais pas. Et sur la magnifique place de l'église de Vosne Romanée, je découvre les nouveaux bureaux de la Romanée Conti, jouxtant l'église, dans des bâtisses chargées d'histoire. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Etant en avance, j'ai le temps d'aller bavarder avec Aubert de Villaine et Jean-Charles, dans le bureau d'Aubert dont les fenêtres donnent une vue directe sur les vignes, dont notamment la parcelle de La Tâche et la parcelle de la Romanée Conti dont je découvre qu'elle est plus pentue que ce que j'imaginais, car on la voit toujours du chemin sans apprécier forcément les inclinaisons. Travailler dans un bureau où l'on contemple de telles merveilles doit être le bonheur le plus absolu. Je leur annonce que je vais boire cette semaine un vin qui est probablement du 17ème siècle, repêché d'une épave. Mes deux interlocuteurs se regardent, sourient et me disent : "dans des travaux récents, on a percé des cloisons et on a retrouvé dans des alvéoles une magnifique tête d'ange du 13ème siècle et des bouteilles de vins dont certaines cassées et il est prévu de façon officielle de faire analyser mais aussi goûter une bouteille pleine au bouchon encore en place qui doit être du 18ème siècle". Aubert me propose de me joindre à cette dégustation prévue dans un mois. Quel bonheur. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">André Robert arrive, nous bavardons un peu avec nos hôtes et Jean-Charles nous conduit à la cave de vieillissement des 2010 où pan style="COLOR: #2b02c2">Bernard Nobletpan> va nous faire goûter les 2010. C'est un grand honneur, mais la quasi-totalité des vins n'ayant pas fait leur "malo", comme on dit chez les vignerons (fermentation malolactique), cet exercice donne relativement peu d'indications autres que la tendance de l'année. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Je goûte pour la première fois le pan style="COLOR: red">Cortonpan> du domaine, dont c'est le deuxième millésime seulement, et je suis frappé par la belle structure de ce vin déjà fruité. Les six autres vins du Domaine vont naturellement crescendo en qualité dans l'ordre pan style="COLOR: red">Echézeaux, Grands Echézeaux, Romanée Saint-Vivant, Richebourg, La Tâche et la Romanée Contipan>, mais on part de haut, car l'Echézeaux montre de grandes qualités. La constance entre tous ces vins, c'est la précision et la finesse mais aussi la puissance et la richesse d'un beau millésime. La Romanée est pleine de promesses, mais elle est encore emmaillotée dans ses langes. Elle ne crée pas le "wow" qu'elle créerait avec quelques années de plus. L'exercice de la dégustation en fût aurait plus de sens en octobre qu'en avril. Mais goûter ce millésime qui promet est un honneur qui ne se récuse pas.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Nous nous rendons ensuite dans la cave de dégustation en bouteilles et Bernard Noblet fait toujours des surprises, aussi découvrir les vins n'est pas chose facile. La cave voûtée creusée dans la roche naturelle est fraîche aussi les vins n'ont pas toute leur ampleur. Mais nous sommes ravis.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Le premier vin est le pan style="COLOR: red">Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1999pan> qui frappe par sa structure forte et sa belle longueur. Je suis encore plus conquis par le pan style="COLOR: red">Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1991pan>, d'une puissance étonnante pour son année. C'est un vin envoûtant, riche et fruité. Nous goûtons ensuite un pan style="COLOR: red">Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1967pan> d'une année généralement considérée comme faible, mais qui démontre à quel point le domaine est capable de mettre en valeur ces années "dites" petites. Je suis à mon affaire, car ce vin a des saveurs bourguignonnes de maturité qui font partie de celles que j'aime boire. Le vin est délicat, au final élégant, et sa subtilité emporte les suffrages. Je suis heureux. Quelle délicatesse !pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Bernard Noblet hume plusieurs fois le vin que nous allons boire, car il a décelé quelque chose qui ne lui plait pas. La bouteille à moitié pleine a été ouverte le matin et montre des signes d'évolution et d'oxydation. C'est le pan style="COLOR: red">Bâtard Montrachet Domaine de la Romanée Conti 1995pan> qui a des accents jurassiens, avec des notes de caramel au beurre salé. Bernard nous dit qu'il aurait dû soufrer ce vin et qu'il n'aurait pas dû le soutirer. Même plus évolué qu'il ne le devrait, le vin se boit avec plaisir. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Pris d'une audace subite, je dis à Bernard : "je vois que vous avez posé sur la table un bilame. Cet instrument a pour vocation d'être utilisé". Bernard me regarde avec un air malicieux et va chercher un vin qui est un enchantement : le pan style="COLOR: red">Montrachet Domaine de la Romanée Conti 2000pan>. Du fait de son ouverture à l'instant, le vin n'a pas l'ampleur qu'il pourrait avoir, mais on sent toute la magie d'un immense Montrachet avec des accents de meursault. Nous sommes en extase, et comme par télépathie ou si des caméras invisibles filmaient nos agapes, Aubert et Jean-Charles arrivent à point pour goûter le Montrachet. L'exercice en cave est difficile car même Aubert aura des hésitations semblables aux nôtres et comme nous, ne trouvera pas le millésime du Montrachet. Nous avons longuement profité de ce grand vin en discutant de mille sujets et Aubert comme Jean-Charles ont particulièrement apprécié le Richebourg 1967 à la grande délicatesse. Aubert nous a demandé nos avis sur les 2010. On sent qu'Aubert de Villaine aime ses 2010, de puissance et de grâce. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Jean-Charles est allé chercher la bouteille du 18ème siècle qui sera bue dans un mois. Je l'ai photographiée. En boire sera, je pense, un moment religieux. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Jeremy Seysses du pan style="COLOR: #0000cc">domaine Dujacpan> m'avait parlé depuis plusieurs mois de la volonté de sa famille de faire une verticale du Clos Saint Denis. Les Seysses sont propriétaires du domaine depuis 1968 et leur premier millésime est le 1969. La parcelle du Clos Saintpan> pan>Denis est de 1,45 hectare, avec des vignes plantées à diverses périodes, d'un âge moyen de 45 ans. Les invités à cette dégustation sont Clive Coates, dégustateur réputé des vins de Bourgogne et écrivain, Jean-Emmanuel Simond journaliste et organisateur d'événements autour du vin, et moi, en plus de Jacques, Jeremy et Alec Seysses. Nous serons rejoints en cours de route par Michel Magnien et Guillaume d'Angerville, deux vignerons amis des Seysses. Nous sommes installés dans le salon de la maison de Jacques et de temps à autre, Rose et Diana, épouses du père et de l'aîné des deux fils viendront nous encourager.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Mes notes sont prises à la volée et comme je le fais chaque fois, je n'en changerai rien, même s'il est apparu par la suite, du fait du réchauffement dans le verre, que le commentaire mériterait d'être nettement plus laudatif.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">La première série comporte les pan style="COLOR: red">Clos Saint Denis Dujac 2009, 2008, 2007, 2006pan>.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Le vin le plus foncé est le 2009, le plus clair étant le 2007. Au nez, le 2009 est très riche, le 2008 est plus marqué par le soufre, le 2007 est plus bourguignon et le 2006 est plus calme et élégant. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">En bouche, le 2009 est gourmand, précis, chaleureux. Un vin que l'on a envie de boire. Il est marqué par la cerise rose, le final est de feuille verte. C'est un très joli vin. Le 2008 est plus incertain, plus rêche, moins joyeux. J'y vois du tabac et des fruits secs. Le 2007 est un joli vin dans sa fraîcheur. J'aime. Il est quetsche, cerise marinée, et son final est profond. Le 2006 est plus neutre, plus fermé, à attendre, car il va bien évoluer. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">A ce stade, je classe : 2009, 2007, 2006 et 2008, mais cela va changer avec le temps, car je trouve que le 2006 a un final diablement prometteur. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Au deuxième examen, le 2009 est un très grand vin qui promet. J'écris "impérial". Le 2007 est un vin de fraîcheur, très différent mais très plaisant, à boire comme un vin de plaisir. Le 2006 est carré, on le sent prêt à bondir dès qu'il aura sa maturité. Le 2006 a un final superbe. Le 2008 s'améliore, mais son final soufré qui disparaîtra est aujourd'hui ingrat. Je classe : pan style="COLOR: #2b02c2">2009, 2006, 2007 et 2008pan>. Jacques et Clive aiment beaucouppan> pan>le 2008. Le 2009 est un vin de gourmandise à ce stade de sa vie.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">La série suivante est pan style="COLOR: red">Clos Saint Denis Dujac 2005, 2002, 1999 et 1998pan>pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">La couleur la plus profonde est celle du 2005, les 1998 et 2002 sont les plus clairs. Le nez du 2005 est superbe et riche en alcool. Le 2002 a un nez qui n'est pas très structuré. L'alcool ressort. Le 1999 a un nez superbe de vin élégant. Il y a dans le 1998 un peu de gibier.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">En bouche, le 2005 est assez gourmand, velouté. Il n'est pas encore totalement assemblé, mais le final est joli. C'est un grand vin. Le 2002 a une bouche légère, fluide, très agréable. Il se boit bien. C'est un vin plus simple mais charmant. Il ne faut pas en attendre une grande longévité et profiter de son final très bourguignon. Le 1999 est un vin de belle structure épanoui et serein. Il ne s'impose, pas, il est là. C'est l'archétype du grand vin serein au final très précis. A ce stade, il partage la vedette avec le 2009. Le 1998 est très fruité, joyeux, gourmand. J'aime beaucoup. La différence avec le 1999 se fait sur le final plus précis pour le plus jeune. A ce stade et sur ce que je bois, je classe 1999, 1998, 2005, 2002.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Au deuxième passage, le 2005 montre qu'il sera dans le futur un grand vin car le final est très prometteur mais il n'a pas en ce moment l'ampleur qu'il promet. Le 1999 n'atteindra peut-être pas le niveau du 2005 dans vingt ans, mais il a pour moi aujourd'hui le charme des vins anciens. Le 1998 est gourmand. Il faut en jouir maintenant. C'est une belle surprise. Le 2002 est un vin plaisant, moins complexe, mais très agréable aujourd'hui. Mon classement final est pan style="COLOR: #2b02c2">2005, 1999, 1998 et 2002pan>.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Nous faisons un point rapide à ce stade et le 2006 que j'ai aimé est moins aimé par d'autres et Jacques Seysses le défend. Le 1999 est jugé un peu sec par certains, alors que c'est un grand vin, confirmé par tous.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">La troisième série est : pan style="COLOR: red">Clos Saint Denis Dujac pan>1996, 1995, 1993, 1991.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Les couleurs sont très proches, les nuances dépendant - comme souvent - du niveau de remplissage du verre. Le nez du 1996 est absolument superbe. Celui du 1995 est joli, les nez des 1993 et 1991 sont plus discrets mais délicats. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">En bouche, le 1996 est très doux, charmeur, délicat. C'est un vin de jouissance au final un peu rêche. Il est très bourguignon. C'est un vrai velours. Le 1995 est dans la même ligne, un peu plus strict et moins gourmand mais joli aussi et très bourguignon. Il a un très joli final boisé. Contrairement à mes compères, je décroche assez nettement avec les 1993 et 1991, plus faibles et pluspan> pan>évolués. Mon classement est : 1996, 1995, 1991 et 1993.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Au deuxième tour, les 1995 et 1996 sont très proches en termes de plaisir aussi fais-je passer le 1995 devant, le classement final étant : pan style="COLOR: #2b02c2">1995, 1996, 1991 et 1993pan>. Jacques Seysses défend son 1991 qui a demandé de sa part des trésors d'ingéniosité, dont une cueillette grain par grain pour certaines parcelles, pour sauver cette année climatiquement difficile. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">La quatrième série est composée de grands millésimes : pan style="COLOR: red">Clos Saint Denis Dujac 1990, 1985, 1980 et 1978pan>. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Les vins sont plus clairs et légèrement tuilés. Ils sont d'un beau rouge clair. Le nez du 1990 sent le soufre. Celui du 1985 est un peu trop évolué. Celui du 1980 combine le nez des deux précédents et c'est le 1978 qui a le nez le plus charmant et le plus bourguignon. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">En bouche le 1990 est assez strict et peu expansif. Je suis plutôt déçu par rapport à mon attente. Il est trop strict par rapport à de belles promesses que l'on sent dans le final qui est velouté. Le 1985 est meilleur en bouche. J'adore son côté déjà évolué. Il n'est peut-être pas le plus Dujac des Clos Saint-Denis que nous buvons, mais il est grand. Le final est moins tonitruant, avec des accents d'alcool que le milieu de bouche et cela altère un peu le compliment que je lui ferais. Le 1980 est un joli vin classique, montrant plus d'âge que son millésime. Le final est agréable. Le 1978 en première approche ne me paraît pas assez précis. C'est un beau vin mais certains aspects de gibier me dérangent. Un deuxième 1985 est ouvert, plus pur, plus précis, de belle matière, qui expose du fruit dans le final. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Je m'amuse à faire un saut historique en goûtant le 2005 qui donne après le 1985 le plaisir d'un vin joyeux. Et avec le 2009, on atteint le grandiose. Et, pour faire bonne mesure, je refais le chemin inverse en goûtant le 1978 qui devient encore plus grand qu'au premier contact, avec des fruits bruns bien exprimés et une rare longueur. Mon classement est : pan style="COLOR: #2b02c2">1978, 1985, 1990 et 1980pan>. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Le 1990 est grand, et deviendra grand mais à ce jour il est coincé. Sans doute à boire dans vingt ans, ce dont tous mes compères, notamment les vignerons, ne sont pas convaincus. Le 1985 est gourmand mais au final strict maintenant. Le 1978 est un vin noble, raffiné, au final beaucoupplus racé.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Que conclure de cette dégustation ? D'abord le Clos Saint Denis Dujac est un grand vin. Ensuite, il vit à plein l'effet millésime, la variation entre les années étant sensible, ce qui ne me déplait pas. On note que les vins les plus récents sont gourmands, précis, de belle facture. Des années comme 2005 et 2009 dans les vins récents sont de véritables pépites. Mais les 1996, 1995, 1985, 1978 sont des vins remarquables.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">En ayant ainsi une vision instantanée de seize millésimes, on sent l'âme du Clos saint Denis qui est une âme très pure et très sincère. C'est assurément un grand vin, à suivre aussi bien dans les années récentes que dans les beaux millésimes du passé. Alors que mon palais est habitué aux vins anciens, je donnerais quand même la palme aux vins les plus récents. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Pour nous refaire le palais, un pan style="COLOR: red">champagne Pol Roger 1996pan> est le bienvenu. Le juger n'aurait pas de sens tant notre palais a été sollicité, mais il se boit avec grande envie et grande soif. Nous passons à table où un déjeuner superbe conçu par un chef dijonnais talentueux (quelle viande !) nous permet de boire à table les vins que nous avons dégustés en salle. Et on s'aperçoit que le saut gustatif est colossal quand ces vins sont bus avec de beaux mets. Et le clou, c'est le pan style="COLOR: red">Clos de la Roche Dujac 1969pan>, un vin sublime, tout-à-fait bourguignon, tellement beau et tellement séduisant dans son approche surprenante et envoûtante que j'y succombe par pure gourmandise.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Dans une ambiance familiale, avec une organisation en douceur où rien ne nous a été imposé ou suggéré, nous avons pu faire le point sur un grand vin, attachant dans les petites années, et superbe dans les grandes années. Merci à la famille Seysses de réussir de beaux vins. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Il est extrêmement intéressant d'avoir un pan style="COLOR: #0000cc">déjeuner au George Vpan> juste après le dîner au Yam'tcha. On change de monde. Cet hôtel est le concentré du luxe le plus absolu. Les perspectives peuplées de fleurs invraisemblables dans leur profusion sont absolument uniques. Elles forment des décors de théâtre ravissants. Dans les ors, les stucs et les lourdeurs assumées, on se prend au jeu du luxe étalé. C'est décadent, mais on s'y sent bien. Je suis invité par mon ami chinois qui m'avait permis de faire deux dîners à Pékin avec Daniel Boulud, le chef trois étoiles de New York. Il est venu avec une ravissante jeune femme qui fait commerce de vins en Chine. pan> pan>Il a des projets assez grandioses et veut me parler de certains. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">La salle à manger est toujours aussi confortable. Ma femme n'aime pas le côté "too much". J'adore. J'ai le souvenir du temps où, jeune cadre, je prenais le TEE, le Trans Europe Express de Paris à Bruxelles, où le petit-déjeuner était servi sur des nappes blanches par des maîtres d'hôtel en gants blancs. Tout ce qui y ressemble flatte mon goût du luxe. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Le fait que le George V ne soit pas dans les huit hôtels français qui ont eu le label de "Palace" défie l'entendement, car tout ici respire la volonté de servir, avec une exigence sensible. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Nous choisissons le menu du déjeuner dont le prix n'est pas supérieur à celui du dîner au Yam'tcha. On imagine volontiers que les frais de structure ne sont pas du même registre. La carte des vins du restaurant, malgré la si diligente compétence d'Eric Beaumard, met le vin hors de portée du commun des mortels, bien sûr, mais aussi du rare des mortels français, car seuls de richissimes étrangers peuvent suivre ces offres aux coefficients multiplicateurs obèses. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">A peine sommes nous assis qu'un sommelier que je connais bien noie nos verres sous le pan style="COLOR: red">Champagne Comtes de Champagne Taittinger 1999pan>. Le champagne est un peu dosé, surtout quand j'ai la mémoire du Substance de Selosse. Mais il se boit de façon gourmande, car il a une séduction naturelle sympathique. Les premiers acras que nous croquons sont un peu gras. Les suivants sont idéaux. Le choix que j'ai fait dans le menu est : sardines fraîches de Saint-Gilles-Croix-de-Vie tartare, grillée, tempura, petite bouillie en gelée / cabillaud (dont je n'ai pas retenu l'intitulé) / fruits rouges en cocktail en gelée d'hibiscus, caillé de brebis, mousseux au basilic. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Le contraste avec la cuisine d'Adeline Grattard, élève de Pascal Barbot qui vole de ses propres ailes est saisissant, car, à mon goût, pan style="COLOR: #0000cc">Eric Briffardpan> joue le jeu du talent du meilleur ouvrier de France. De ce fait, on a un festival technique qui vaut à lui seul dix repas, mais on perd un peu de cohérence et d'émotion. Ainsi pour la sardine, poisson extrêmement intense que j'adore, on a un festival de saveurs délicieuses, mais il s'agit d'un patchwork talentueux et non pas d'une cohésion. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Mon ami a choisi le canard alors que j'ai choisi, comme la ravissante May, le cabillaud. Dans le livre des vins, il y a une relative bonne pioche qui est pan style="COLOR: red">Château Rayas Chateauneuf-du-Pape 2006pan>. Je demande à May, qui parle un anglais qui oblige mon ami à traduire chaque phrase, de prendre la chair du cabillaud seule. Et avec le Rayas, il se passe une magie gustative de première grandeur. Ce 2006 est assez hallucinant. Il a à la fois le velouté d'un vin plus chenu, la facilité des grands vins, quand tout s'harmonise comme si c'était si simple, et cette énigme que j'adore dans le Rayas, inclassable parmi les Chateauneuf-du-Pape. Ce qui me frappe, c'est sa faculté d'adaptation. Il n'a évidemment aucun défaut et il n'a pas d'âge ! Il est parfait comme il est même si l'on sait que quelques années vont lui apporter des qualités supplémentaires. Je ne l'ai pas trouvé bourguignon, comme cela arrive souvent sur des années plus faibles. Je l'ai trouvé Chateauneuf-du-Pape, très serein, très force tranquille, avec un velouté en début de dégustation qui fait place à un équilibre qui signe le très grand vin. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Je suis ravi d'être revenu au Cinq dont j'avais fait l'école buissonnière. Le talent d'Eric Briffard est exceptionnel, mais fort humblement, je lui suggèrerais de moins le montrer, car même sur un dixième des complexités qu'il a réalisées, on saurait que c'est de la grande cuisine. Et on y trouverait une cohérence gustative rassurante pour les vins. Quand onpan> pan>sait que le prix du repas est 22 fois moins cher qu'un Krug Collection 1981, on dit bravo au prix du menu et … chut, je ne le dirai pas. Le service est d'un niveau inégalable. Cette cure de luxe devrait être conduite à dose homéopathique et évidemment remboursée par les organismes sociaux.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Lors de la présentation des vins des Domaines Familiaux de Tradition de Bourgogne, j'avais eu l'occasion de rencontrer Adeline Grattard chef et propriétaire du pan style="COLOR: #0000cc">restaurant Yam'tchapan>, le fameux restaurant dont tout le monde parle mais où personne ne peut réserver tant il y a de demande par rapport aux places disponibles. Par chance, j'obtiens une table de quatre. Dans unepan> pan>rue très étroite qui pointe sur le dôme de la Bourse de Commerce, il n'y a que des restaurants. Un libanais, un aztèque, une brasserie d'angle et Yam'tcha à la devanture d'une maison de poupée.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">La salle est petite, les poutres anciennes ayant été conservées. La cuisine est ouverte vers la salle ce qui est sympathique. Adeline a travaillé de 2003 à 2006 avec Pascal Barbot à l'Astrance dont la cuisine est minuscule. Elle n'est pas dépaysée, car sa cuisine a tout d'une kitchenette. Ce qui prouve que l'espace n'est pas indispensable au talent. Adeline nous présente sa chef de salle, la préposée aux thés et Sarah, la sommelière. Comme à l'Astrance, le menu dégustation est composé par le chef, en fonction des achats du jour. C'est donc un embarquement dans l'inconnu qui nous est proposé.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Il y a trois formules possibles. Soit tout thé, puisque le mari d'Adeline est chinois et passionné de thé (il n'est pas là ce soir car il garde sa fille), soit thé et vin, la formule comprenant en plus du thé trois verres de vins différents choisis par Sarah, soit tout vin. Nous en inventerons une quatrième qui est de prendre les thés du tout thé plus une bouteille de vin. Et nous jetons notre dévolu sur le Champagne Substance de Jacques Selosse dégorgé en juillet 2009. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Le menu composé par pan style="COLOR: #0000cc">Adeline Grattardpan> est ainsi rédigé : amuse-bouche (qui est maïs glacé et tofu fumé) / homard breton snacké wok, petits pois frais, sauce xo (crevettes, ail, gingembre et piment) / foie gras de Vendée poêlé, fini vapeur, pleurotes sautées wok, émulsions pétoncles séchées, feuilles d'huîtres / lieu jaune flashé vapeur, asperges sauvages aux saucisses chinoises / carré de cochon ibérique, aubergines à la sichuannaise / fraise marat des bois, fromage en blanc manger, shiso, tuile Rapadura. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Parlons d'abord des plats. L'amuse-bouche est saisissant de perfection, car le maïs n'en finit pas de iodler des saveurs extrêmes en bouche. Avec ce passeport représentatif de la cuisine d'Adeline, douaniers que nous sommes, nous lui donnons mille visas. Ensuite la cuisine est caractérisée selon moi ainsi : des produits d'une qualité irréprochable, une maîtrise des cuissons et notamment en basse température qui rehausse les goûts, une cohérence des saveurs et une retenue toute en discrétion sinisante. C'est une cuisine lisible et très rassurante. Alors, est-ce qu'on donne la meilleure note ? Si j'avais à chercher des commentaires moins laudatifs, j'aurais du mal, mais allons-y. Les épices présentes sont un peu des freins aux accords mets-vins. Cette remarque est tempérée par le fait que ce n'est pas la philosophie du lieu. Et le deuxième point, très occidental, serait de dire à Adeline : "avec un tel talent, lâche-toi, surprends-nous, car tu peux le faire". Et là encore,pan> pan>il faut admettre que ce n'est pas la philosophie du lieu. C'est donc un sans faute. Les plats que nous avons préférés sont : 1 - maïs (et Adeline nous dira que c'est horrible à faire, car il faut éplucher grain par grain), 2 - foie gras, d'une qualité magique, 3 - le homard, autant pour la qualité de la chair que pour la subtilité de la "façon". Une mention particulière est à accorder à la feuille d'huître que je connaissais. Cette feuille a naturellement le goût de l'huître, mais ce qui m'a fasciné, c'est qu'elle en a aussi l'arrière-goût.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Parlons du thé. Lorsque nous nous sommes quittés avec Adeline sur le trottoir, je lui ai dit que j'aimerais bien refaire le même dîner avec son mari, pour comprendre ses intentions lors des choix des thés, car j'ai eu l'impression que chaque gorgée de thé faisait reculer le palais jusqu'à la case départ. Et Adeline s'est exclamée : "mais c'est ça l'intention ! Contrairement aux accords mets et vins, le thé est là pour apaiser et permettre de repartir vers les saveurs du plat". Je comprends mieux a posteriori les intentions. Cela va motiver une nouvelle visite ! Il est à noter que la charmante et frêle chinoise qui nous a présenté les thés de chaque plat a une diction qui fait que chacun, à notre table, a compris quelques chose de différent. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Parlons du vin. Bonne pioche ! Car le pan style="COLOR: red">Champagne Substance de Jacques Selosse dégorgé en juillet 2009pan> est le compagnon idéal de la gastronomie d'Adeline. Et je suis sûr qu'Anselme Selosse applaudirait des deux mains. Sarah, la sommelière très compétente, nous a proposé de carafer le champagne, ce que nous n'avons décidé qu'après le première gorgée. Et je ne suis pas convaincu qu'il le fallait, car la vinosité du champagne l'a emporté sur le pétillant. Cette remarque est à la marge, car le champagne a fait un parcours parfait, rehaussant les plats que les thés calmaient. L'excellence majeure a été créée avec le foie gras et avec le gras du cochon. Le Selosse a tenu son rang de bout en bout. A noter que le Selosse bu juste après le thé de bienvenue recevait comme un coup de fouet qui colorait encore plus sa complexité. pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">La carte des vins est maigre mais pertinente. Il va falloir l'étoffer. Il me semble nécessaire de refaire deux expériences. L'une avec du thé seul et l'autre avec thé et champagne, en sachant mieux le rôle du thé, tel qu'Adeline l'a expliqué.pan>p>
<p style="MARGIN: 0cm 0cm 6pt">pan style="FONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'; FONT-SIZE: 10pt">Adeline est une personnalité attachante, elle a un véritable talent. Elle va monter, avec la maturité qui va normalement continuer de progresser, jusqu'au firmament. pan>p>