Archives de catégorie : vins et vignerons

Visite chez un vigneron et déjeuner aux Crayères mercredi, 11 mars 2026

Je me rends à Mesnil-sur-Oger à l’invitation de Julien Launois dans sa maison de champagne Paul Launois. Je suis reçu par Julien et son épouse Sarah. Julien était venu à l’un de mes dîners et nous avions pu boire l’un de ses vins, très intéressant.

Sont aussi présents trois personnes de la société de champagne Matrone dont le siège social est au Pays-Bas. J’avais rencontré l’un d’entre eux, Maurice, à la présentation du livre 1855 traitant de la classification des grands crus de Bordeaux et nous nous étions revus à l’un de mes dîners.

La visite des installations est très intéressante car Julien a lancé avec Matrone un concept de « Single Barrel». Un amateur de vin peut acheter une barrique de vins dont la contenance est de l’ordre de 230 bouteilles. Il va suivre l’évolution du champagne et désigner lui-même le dégorgement et le dosage de ses bouteilles pendant un temps qu’il choisit, étalé sur dix ans, s’il le souhaite. Le client participe donc à l’évolution de son champagne selon son goût et les propriétaires de ces barriques se réunissent de temps à autre. J’ai pu voir les stocks tenus pour les clients des Single Barrel. Ils sont très joliment gardés

Nous allons ensuite dans la salle de dégustation à la décoration que j’apprécie beaucoup, œuvre de Sarah Launois.

Le Champagne Paul Launois monochrome # 7 vendange 2021 est un blanc de blanc de Mesnil sur Oger avec quelques vins de réserve. J’aime beaucoup son parfum et son attaque gourmande.

Le Champagne Paul Launois illustration # 5 est aussi un vin de vendange 2021 avec un peu plus de vins de réserve. Son nez est moins flatteur, mais le vin est plus fluide et plus long.

Nous goutons ensuite le Champagne Paul Launois Single Barrel 2020. L’attaque est superbe et le finale est floral. C’est un champagne très intéressant, hors norme et élégant.

Le Champagne Paul Launois Single Barrel 2018 est plus fermé que le 2020. Il est un peu rude. On le sent très puissant mais c’est un champagne qu’il faudra attendre. Il deviendra grand.

Nous nous nous rendons au restaurant de l’hôtel Les Crayères. Le personnel a changé depuis que je suis venu en ce lieu que je pratique depuis environ cinquante ans.

Nous prenons l’apéritif dans un bel alcôve dans le bar. Julien est en charge du choix des vins. Ce sera un Champagne Philipponnat Clos des Goisses 1991. Le choix était possible entre 1991 et 1992. Le sommelier du restaurant et moi-même sommes d’accord sur le fait que le 1991 de Clos des Goisses est une vraie réussite pour un millésime peu recherché. Et cela se confirmera car ce champagne est grand et l’âge lui donne une rondeur et une cohérence qu’aucun vin jeune ne pourrait avoir.

Nous passons à table et nous avons une jolie table rendue encore plus joyeuse, tant l’accueil est chaleureux. Nous choisissons le menu qui n’est pas le grand menu. Quand on constate à quel point nous avons été gâtés, on peut se demander si nous aurions survécu au grand menu. Car nous avons été emportés dans un parcours sans fin. Tout est élégant et les saveurs sont très originales car elles ne sont jamais directes, jamais premier degré. C’est du second degré permanent. J’ai eu la chance de profiter de la cuisine de Christophe Moret dans les maisons où il a été cuisinier. Je n’ai pas noté le menu, hélas, car ce fut un grand repas.

Le Champagne Jacquesson Dizy – Corne Bautray 2004 est d’un chardonnay non dosé. Le champagne est élégant mais assez conventionnel.

Le Champagne Single Barrel Paul Launois n° 1701 fait de 2017 et dégorgé en 2021 est un champagne racé et subtil, complexe et raffiné. J’ai apporté avec moi un Vin Jaune Côtes du Jura Domaine Grand Frères 1989 de cépage savagnin qui comme tous les vins jaunes a passé 6 ans et trois mois en fût. J’avais annoncé que j’ai l’habitude d’associer champagne et vin jaune pour qu’ils se fécondent. On commence à boire le champagne puis le vin jaune et ensuite on boit le vin jaune puis le champagne. Julien Launois est très favorablement étonné de l’effet du vin jaune qui fait se sublimer son champagne. L’effet est saisissant.

La suite du repas se fait avec un Champagne Taittinger Collection 1988. La bouteille est joliment colorée et totalement opaque. Ce champagne d’une grande année est très élégant et plein de charme, d’une grande maturité.

J’ai été très honoré d’être invité par Julien Launois, vigneron passionné et passionnant, et par les responsables de la maison Matrone qui veulent ajouter aux champagnes qu’ils commercialisent une touche de luxe qui s’ajoute à leur recherche de l’excellence. Longue vie au champagne « Single Barrel », un concept très original.

Yquem 2023 et Primum Familiae Vini mardi, 10 février 2026

En cette semaine de février, le vin est à l’honneur un peu partout dans Paris. Je suis invité au musée Bourdelle pour une présentation avant mise en vente officielle du dernier millésime d’Yquem, l’Yquem 2023.

Le musée est impressionnant avec les sculptures immenses de l’élève de Rodin volant ensuite de ses propres ailes. Dans une grande salle où l’on est reçu par ceux qui font Yquem, on peut goûter le Château d’Yquem 2023. De belle couleur dorée claire et doté d’un parfum puissant et équilibré, cet Yquem est très puissant. Il n’est pas large ou épanoui car il est jeune mais sa puissance est riche. Il me fait penser à 1988 en devenir. Le 2023 deviendra grand.

Discutant avec une personne de l’équipe qui fait le vin, elle me dit que la trilogie 2021, 2022 et 2023 est très évocatrice de la célèbre trilogie 1988, 1989 et 1990. Et elle ajoute : pour nous au château, le 2023 est plus proche de 1989 que de 1988. Il est hautement probable qu’elle ait raison, mais ayant bu 23 fois l’Yquem 1988 et 17 fois l’Yquem 1989, j’ai tendance à conserver l’image de 1988 sans prétendre détenir la vérité.

Ce 2023 aura une longue vie pleine de richesse, parmi les Yquems puissants.

Juste après cette dégustation agréable, je me rend au Grand Palais où sont réunis tous les vignerons de Primum Familiae Vini, ces vignerons familiaux au passé prestigieux. Je rencontre avec plaisir ces grands vignerons. Ils font goûter leurs vins. Fatigué par ma journée active, j’aurai manqué beaucoup de belles opportunités. Il faut jouer des coudes pour approcher le stand d’Egon Müller. J’ai bu quelques vins de plusieurs maisons, Hugel, Drouhin, Vega Sicilia, Mouton-Rothschild, Pol Roger et d’autres. L’intérêt pour moi était de renouer des relations avec des vignerons que j’aime d’amitié et que je vois peu car je visite très peu de vignerons depuis quelques années. Les revoir ainsi fait chaud au cœur.

dîner au restaurant Pages avec Peter Gago de Penfolds vendredi, 6 février 2026

Lors du passage de flambeau entre Richard Geoffroy et Vincent Chaperon à Hautvillers au poste de maître de cave de Dom Pérignon, j’avais fait la connaissance de Peter Gago, le maître de chais de Penfolds, le vignoble le plus célèbre d’Australie. Nous avions envisagé de nous revoir.

Les caves Taillevent avaient organisé en octobre 2025 une dégustation des vins de Penfolds. J’y suis allé et j’ai rencontré Clément Leroux le responsable français de la commercialisation de Penfolds. C’était l’occasion d’évoquer une rencontre avec Peter Gago.

Nous nous retrouvons au restaurant Pages pour dîner. Le choix des vins que je vais apporter est toujours excitant. Comme tenu de l’honneur qui m’est fait de rencontrer ce vigneron, j’ai choisi un Krug Clos du Mesnil 1985. Ensuite il faut un vin rouge que Peter n’a jamais bu. Je choisis un F. Sénéclause de Saint-Eugène à Oran 1930, vin d’Algérie au niveau dans le goulot. Et c’est l’occasion de venir avec le vin Para Seppeltsfield un tawny fortifié australien 1883 titrant 16,7 degrés qu’avait apporté un australien de Sidney pour que nous le dégustions ensemble il y a quatre mois.

J’arrive à 18 heures pour ouvrir mes vins. Le bouchon du vin de 1930 est d’une qualité parfaite et le parfum est riche et solide, promettant un grand vin. A l’inverse, le bouchon du Clos du Mesnil s’est déchiré en deux morceaux lors de la torsion du bouchon pour ouvrir. Aucun pschitt n’est apparu.

Peter, Clément et Lara Edington arrivent vers 19 heures. Ils ont apporté un Penfolds Yattarna Chardonnay Bin 144 de 2011 et un Penfolds Cabernet Kalimna Shiraz Bin 60A 1962. Peter me dit qu’il s’agit d’un vin très rare et il demande que le vin ne soit ouvert que vingt minutes avant d’être servi.

J’ai construit le menu avec le chef Ken qui est : carpaccio de bar / carpaccio de wagyu / lotte à la sauce umami / canard sauce vin rouge / deux services de wagyu / financiers.

Pour nous préparer au repas, Pierre-Alexandre Fouquet le directeur de Pages nous propose un verre du Champagne Marteaux Guillaume ‘le météque’ extra-brut 2020 dont j’apprécie la longueur et l’intensité. C’est un bon champagne de grand intérêt qui ne souffre en aucun cas de sa jeunesse.

Le Champagne Krug Clos du Mesnil 1985 a une couleur légèrement ambrée et une bulle active qui contraste avec l’absence de pschitt à l’ouverture. Ce Krug est confortable, serein et d’une grande subtilité. On est dans l’aristocratie du champagne, avec une vivacité remarquable.

Je fais servir le Penfolds Yattarna Chardonnay Bin 144 blanc 2011 qui est riche, gourmand et dont les complexités s’expriment surtout dans le finale très large. Il apparaît avec évidence que le carpaccio de bar est divin avec le champagne et que le carpaccio de wagyu trouve un accord parfait avec le chardonnay. Les deux vins se complètent bien même si mes amours me poussent vers le Clos du Mesnil.

Le Sénéclause rouge d’Algérie Saint-Eugène à Oran 1930 est bluffant. Je crois n’avoir jamais bu un vin d’Algérie aussi équilibré dans la puissance. Je pense que la décennie 30 a fait de meilleurs vins en Algérie que la décennie 40, malgré les brillants 1947 de Frédéric Lung. Ce vin puissant, goulleyant, gourmand et équilibré est un bonheur. Je ne l’attendais pas à ce niveau glorieux.

Lorsque je goûte le Penfolds Cabernet Kalimna Shiraz Bin 60A 1962 je sais que je suis en face d’un très grand vin. Sa finesse est exemplaire. Peter insiste pour me dire que c’est un vin exceptionnel et je peux lire sur l’étiquette que ce vin a reçu trois médailles d’or, huit médailles d’argent, trois médailles de bronze et dix-neuf trophées dans les présentations de vins australiens. Ceci étant dit c’est un très grand vin qui ne joue pas sur sa puissance mais sur sa longueur et sa subtilité.

Mais je suis fasciné par le fait que les deux vins rouges si différents se complètent aussi bien sur le canard et encore plus sur le wagyu. La performance de mon vin me plait énormément et la découverte de ce trésor australien me ravit.

Nous sommes tous heureux de la complémentarité de deux mondes si disparates du vin. D’aucun des deux vins on ne peut dire qu’il est âgé. Je suis sur un petit nuage de bonheur.

En l’honneur de Peter Gago je suis venu avec le Para Seppeltsfield tawny fortifié Australien 1883 qui est d’une richesse folle et intense, domptée par les financiers délicats.

Nous avons parlé de vin évidemment. Peter est né à Newcastle et parle un anglais parfois difficile pour moi. Mais nous nous sommes compris et ce grand moment a montré une amitié précieuse.

Je suis un amoureux de Penfolds que je bois hélas trop peu. Nous allons essayer de remédier à cela.

Ce fut un grand repas, avec l’élégance de la cuisine de Pages.

rencontre d’un collectionneur italien lundi, 15 décembre 2025

Maxime, l’un des organisateurs des compétitions entre grandes écoles de dégustation de vins à l’aveugle auxquelles j’ai récemment participé en tant que membre du jury, m’a proposé de rencontrer un amateur de vins italiens, collectionneur de vins italiens anciens. Son père était vigneron et il a cultivé un goût pour les vins anciens. Il a visité une multitude de vignerons et dans l’article de presse que j’ai lu, j’ai trouvé un détail particulier. Ayant eu la possibilité d’acheter des vins de la cave d’un amateur défunt à sa veuve, il s’est mis à repérer tous les décès de sa région, pour acheter les vins des veuves !

Rino Fontana, grand amateur de vins anciens, déjeunera avec moi, accompagné de son épouse et d’un sommelier italien qui a travaillé à la Tour d’Argent, et de Maxime qui a permis cette occasion. J’ai choisi le restaurant Pages pour ce déjeuner. Le choix des vins pour cette occasion est un exercice que j’adore. Il n’est pas question de mettre des vins que tout le monde connaît. Je choisis plus de vins que nécessaire pour ajuster ensuite en fonction des apports.

Voici mon choix : un Champagne Mesnil-sur-Oger Blanc de Blanc Premier Grand Cru # 1900 /1930, un Grand Meursault Charmes Matrot Frères 1928, un Châteauneuf du Pape 1927 ou 1929, un Château Chalon Jean Bourdy 1935 et une bouteille totalement inconnue, probablement un sauternes fin du 19ème siècle.

Rino Fontana, de son côté a prévu d’apporter un Gaja Barbaresco Infernot 1967, un Barolo E. Pira & Figli 1955, un Barolo Giacomo Borgogno & Figli 1947 et un Brunello di Montalcino Soldera 1982.

J’arrive avant 11 heures au restaurant Pages et je commence à ouvrir le Meursault Charmes 1928. Le bouchon est tellement dur à retirer qu’il se disperse ‘façon puzzle’ sur la table et par terre. Cela vient du relief tortueux du goulot. Devant tant de dispersion j’ai peur que le nez du vin soit perturbé mais en fait c’est un vin riche et séduisant au palais et de belle couleur.

Le champagne du Mesnil a un bouchon fermé par un clip métallique en forme de U qui traverse une fente pratiquée dans la partie supérieure du bouchon. Ce s’appelle l’agrafe. Il faut un effort pour enlever l’agrafe. Le parfum à l’ouverture est frais et vif.

Tous les convives sont à l’heure. Ils ont apporté un Champagne Krug Grande Cuvée Etiquette crème années 80 que nous buvons avant de passer à table. Le goût de ce champagne délicieux est très proche de celui du Krug étiquette olive que j’avais bu avec Dirk Niepoort. Ces deux champagnes sont magistraux et tellement gourmands. Rino a ouvert ses vins ce matin dans son hôtel. Il demande que ses vins soient un peu rafraîchis.

Le menu mis au point avec le chef Ken et Pierre Alexandre le directeur est : deux services de carpaccios de poisson / poisson maigre avec une sauce umami / canard de Challans et topinambour / deux services de wagyu / financiers.

Le Champagne Mesnil-sur-Oger Blanc de Blanc Premier Grand Cru # 1900 /1930 est d’une grande émotion. Il a la tension et la vivacité des champagnes du Mesnil et on ne pourrait pas lui donner d’âge tant il est vif. Je suis très touché par sa prestance.

Le Grand Meursault Charmes Matrot Frères 1928 a une couleur de miel doré. Il est rond et cohérent et crée un bel accord avec le délicieux poisson. J’aime son expression.

Le Gaja Barbaresco Infernot 1967 est de grande puissance. Il est incisif tout en ayant du charme.

Le Barolo E. Pira & Figli 1955 est plus large et séducteur. Son équilibre est impressionnant.

En buvant le Barolo Giacomo Borgogno & Figli 1947 on va crescendo et la personnalité de ce vin d’un équilibre parfait est éclatante. Rino nous raconte des hsitoires sur ces vins qu’il chérit.

Rino a voulu faire servir en dernier le Brunello di Montalcino Soldera 1982 vin mythique et d’une puissance extrême. Mais pour mon goût ce vin est encore trop jeune et « tout fou ». Mais mes amis italiens l’adorent.

Je décide alors d’ouvrir le vin qui n’a pas la moindre indication sur la bouteille ou le bouchon. Cette bouteille me rappelle une identique que je pensais être un sauternes ancien et qui se révéla être un rhum. Alors que vais-je ouvrir ? C’est en fait un Sauternes inconnu sans étiquette, sans capsule années 1890 / 1900 qui est plus calme que flamboyant, de grand équilibre et long en bouche. Avec des financiers, il est parfait.

J’ai beaucoup parlé de ma vision du vin et nous avons pu constater que nos pensées sont très proches. Rino est très généreux et souriant. Nous avons passé un très agréable moment avec des vins de haut niveau. Mes coups de cœur du repas sont le champagne du Mesnil si fluide et précis, le plus vieux que j’aie bu du Mesnil, le Meursault Charmes qui a les qualités des vins de 1928 l’une des plus grandes années du 20ème siècle, le génial Barolo Giacomo Borgogno & Figli 1947 d’une structure parfaite et d’un goût noble et impressionnant et le sauternes inconnu, impromptu et charmant.

Le restaurant Pages a réussi, une fois de plus, à faire un repas idéal pour ces grands vins.

Dirk Niepoort visite ma cave samedi, 13 décembre 2025

Un vendredi après-midi, Dirk Niepoort m’appelle et me demande si nous pourrions nous rencontrer le lendemain. Un peu fatigué par la semaine écoulée, l’idée d’aller à Paris pour le voir ne me tente pas trop. Mais l’envie de le voir l’emporte et je lui propose de venir visiter ma cave car j’avais visité la sienne, bien évidemment différente de la mienne.

De bon matin le samedi, j’achète du pain, des crèpes et des madeleines car j’ai déjà en tête le vin que je veux ouvrir. J’ai pris par ailleurs un pot de pâté au foie gras et un morceau de comté. Arrivé à mon bureau je mets une nappe sur la table ovale qui fait face à l’immense collection de bouteilles vides qui anime la très grande salle du cimetière des vins les plus prestigieux que j’ai bus.

A un moment je pense que le pâté irait mieux avec un champagne et j’ouvre un Krug Grand Cuvée étiquette olive qui est la première édition de ce beau champagne.

Dirk arrive avec sa femme Anna. Nous visitons la cave et Dirk est très intéressé et regarde de nombreuses bouteilles de vins qu’il connaît ou non. Anna est aussi impressionnée et nous bavardons pendant cette promenade dans les allées de la cave. Nos visions du vin sont très similaires.

Nous remontons pour déjeuner et je raconte comment j’ai préparé ce déjeuner impromptu. Anna, sensible à la visite et à mon accueil pleure d’émotion et de bonheur car elle voit bien l’amitié qui existe entre Dirk et moi.

Le Champagne Krug Grande Cuvée étiquette olive années 80 est fait de vins des années 80 mais surtout des années 1970. Le bouchon de la bouteille s’était cisaillé à l’ouverture et donne à Dirk l’impression que le champagne est très vieux. Ancun pschitt n’avait existé à l’ouverture. La bulle est rare mais le pétillant est très fort. Ce champagne est brillant, puissant et conquérant. C’est un très grand Krug extrêmement expressif. L’accord avec le pâté de foie gras est idéal.

Dans la cuisine, j’ouvre devant mes amis une Malvoisie des Canaries 1828. Une fois la cire enlevée le petit bouchon qui devrait sortir facilement se déchire en lambeaux pour une raison simple : il y a une surépaisseur de verre en haut du goulot qui empêche le bouchon de monter.

La couleur du vin dans le verre est de deux teintes, jaune et marron qui ne se mélangent pas et changent comme celles d’un cristal selon l’orientation lorsque l’éclairage est mouvant. Le nez est magique, puissant et mêlant la douceur et une profonce intensité. En bouche, c’est un vin doux, mais en même temps ‘dry’, c’est-à-dire d’une fraîcheur sèche. Je suis amoureux de ces vins que j’ai bus tant de fois car j’avais eu la chance d’en acheter beaucoup. Et je voulais que Dirk, qui fait un porto sublime, voie cette version d’un vin doux et sec, à la longueur en bouche infinie.

Pendant la visite j’ai pris en cave une bouteille unique, déjà ouverte depuis longtemps d’une Fine de Mouton provenant de la cave personnelle de Philippe de Rothschild, que j’avais bue plusieurs fois. Boire cet alcool juste après la malvoisie montre à quel point le goût est raffiné, d’une justesse impressionnante. Un grand moment.

Anna a fort gentiment rangé le désordre du repas. Dirk m’a offert un vin rouge de sa production. Nous nous sommes promis de nous revoir. Ce moment d’amitié a effacé toutes traces de fatigue et m’a au contraire apporté une bouffée de bonheur.

dégustation des 2022 du domaine de la Romanée Conti mercredi, 10 décembre 2025

Chaque année, la société Grains Nobles présente les vins de la Romanée Conti dans le millésime qui vient d’être mis en bouteilles. Pour la première fois Aubert de Villaine ne sera pas le présentateur. C’est Perrine Fenal, co-gérante de la Romanée Conti depuis 2019 qui fera cette présentation.

L’année 2022 a une marque spéciale : tout est ‘trop’. Trop de soleil, trop de vins, trop de fûts. Le printemps fut enthousiasmant par son exubérance. La floraison fut précoce et l’été chaud brûlant et tout ce qui était excessif devint mesuré. Les vendanges commencées fin août se finirent le 13 septembre. Il y a eu une abondance de raisins donnant des jus parfaits. Ce millésime est particulier mais d’une grande clarté.

La maison Riedel représentée par son président nous a permis de boire dans des verres très adaptés aux vins. Les notes qui vont suivre ont été prises au fil de la plume, et parlent du vin tel que je le bois, dans son état actuel, et non pas en imaginant son futur, sauf si je l’évoque.

Le Corton Charlemagne Grand Cru Prince Florent de Mérode Domaine de la Romanée Conti 2022 est un vin que la Romanée Conti a commencé à vinifier en 2009. Il rassemble trois Cortons, le Bressandre, le Renard et le Clos du Roi. Aubert de Villaine avait envisagé de les vinifier séparément après quelques années de transformation des méthodes de vinification. La couleur est un peu violette. Le vin offre une bouffée de senteurs brillantes mais le nez est serré. Il en est de même pour la bouche qui est gourmande mais serrée. Le vin est un peu strict, pas très large mais montre un bel équilibre et une belle texture. Il vieillira bien.

L’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2022 a un nez nettement plus plaisant. On change de qualité de vin. Le nez est gourmand et magique. Le vin est agréable en bouche, mais pas aussi long que ce que le nez promet. Le finale est superbe. La longueur viendra plus tard. La qualité du fruit est belle, mais c’est le nez qui est le plus fabuleux.

Le Grands-Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2022 a un nez très pur mais pas aussi ouvert et gourmand. Ce nez est plus tendu et plus fermé. En bouche le vin est grand et il a plus de matière. Il est plus accompli et plus grand et déjà gastronomique. L’Echézeaux est raffiné et subtil, le Grands Echézeaux est gourmand. Les deux sont précis et d’une grande pureté.

La Romanée Saint-Vivant Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2022 a un nez plus fermé mais tellement élégant ! l’attaque en bouche est élégante et le vin est superbe. C’est un grand vin gourmand mais aussi distingué. Je suis émerveillé par sa précision.

Le Richebourg Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2022 a un nez très riche et une bouche magique. D’une grande longueur, il est puissant et riche. Il est vibrant au point que je ressens des frissons. Ce 2022 est un géant, de réussite totale. Ce Richebourg est d’un millésime magistral, associant puissance et fraîcheur.

Paradoxalement, La Tâche Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2022 a un nez moins conquérant que le Richebourg. Ce vin est grand mais encore fermé. A ce stade il me paraît un peu scolaire. Il est plus une promesse même s’il est assez gourmand.

La Romanée Conti Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2022 a un nez très délicat et subtil. L’attaque est joyeuse et canaille. Le finale est un peu poivré. Le vin est très grand et solide. Il est plus gourmand que ce qu’est habituellement une Romanée Conti. Il est très doux et gracieux. Il va être géant, mais plus tard.

De tous ces rouges, la grande surprise, c’est le Richebourg. En le buvant après la Romanée Conti, on voit comme il est gourmand.

Nous passons aux vins blancs qui selon l’adage : blanc sur rouge, rien ne bouge…

Le Corton Charlemagne Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2022 est servi dans un verre prévu pour les blancs de Bourgogne, pertinent comme l’autre verre l’était pour les rouges. Le nez est un peu fermé mais noble. La bouche est plaisante et combine gourmandise et rigueur. Ce vin manque un peu de largeur qu’il aura plus tard. Le plaisir est limité à ce stade de sa vie. Mais il est quand même grand quand le vin s’est réchauffé dans le verre.

Le Montrachet Grand Cru Domaine de la Romanée Conti 2022 a un nez d’une noblesse rare. Il est très pur. En bouche l’attaque est gourmande. Le vin est d’une grande puissance et d’une belle rondeur, sans aucun botrytis. Même s’il a une belle attaque il faudra attendre ce vin qui manque un peu de finale.

Michel Bettane présent a apporté des commentaires sur ces vins, en plus des présentations de Perrine Fenal, en insistant sur la précision du travail qui a été fait au domaine.

J’avais bu tous ces vins de 2022 sur fût au domaine de la Romanée Conti  le 15 mai 2023 et j’avais commenté ces vins dans le bulletin 996. Ces vins étaient alors des promesses incroyables et j’en avais été ému. Ils sont plus affirmés aujourd’hui et porteurs de belles promesses. La tentation sera très grande de les boire jeunes. La sagesse serait sans doute d’attendre, car ces 2022 ont tout le potentiel pour devenir des vins aussi glorieux que les 1928. J’en suis persuadé, mais je ne serai plus là pour en faire la preuve. Pourvu que mes petits-enfants en gardent !!!

Lancement du livre 1855 jeudi, 20 novembre 2025

Nicolas Kenedi et Jean-Maurice Sacré ont créé un beau livre appelé « 1855 » Culte et Cultures, dont le sujet est la classification des grands vins du Médoc en 1855 faite à l’occasion de l’Exposition Universelle de Paris de 1855 pour vanter les vins de Bordeaux. Le livre raconte cette classification en publiant des menus historiques qui ont jalonné la vie de cette classification.

Le dernier repas montré dans ce livre est celui que j’ai fait au restaurant Plénitude de l’hôtel Cheval Blanc Paris, le 296ème de mes repas.

J’arrive dans les locaux de la maison de vente Christie’s à Paris où Nicolas a invité plus de trois cents personnes pour la présentation du livre par Jean-Maurice Sacré. Je rencontre en ce lieu des vignerons qui ont apporté leurs vins à déguster dans des années autour du millésime 2015. Je bavarde avec des amateurs de vins nombreux et je montre bien sûr le menu que j’ai créé pour la classification de 1855. C’est de la relation publique que je fais bien volontiers pour mes amis créateurs du livre.  

Deux jours plus tard un grand dîner est organisé par Nicolas au restaurant Le Grand Véfour, où je suis accueilli par le chef Guy Martin très souriant. Le thème expliqué sur le menu est « le grand dîner bordelais & les six légendes de Médoc et Sauternes – Célébration de la sortie de l’ouvrage 1855 Culte et Cultures ». Nous sommes au ‘salon des Artistes’ du premier étage où j’ai eu l’occasion de faire quelques dîners avec Guy Martin.

Il y a deux tables d’une douzaine de convives chacune, avec des grands amateurs de gastronomie dont plusieurs avocats, des vignerons et des personnalités publiques. L’accueil est accompagné d’un Rare Champagne 2012. Ce champagne a été créé par Piper-Heidsieck en 1976 et vit maintenant sa propre vie avec ce seul nom et ne produit des champagnes que dans les années jugées exceptionnelles. Je découvre ce champagne qui est une vraie réussite. Noble et fin, très raffiné, ce champagne subtil est grand. Il accompagne magnifiquement de délicieuses gougères.

Nous passons à table où l’on nous sert un Rare Champagne Rosé 2014 sur une langoustine, souvenir d’Antonin Carême. Le champagne rosé est très fermé et manque d’ampleur. La bisque qui accompagne la langoustine est à se damner tant elle est gourmande. J’en boirais des litres ! La langoustine un peu trop cuite a un goût aimable.

L’un des convives parle anglais et s’est installé à Mesnil-sur-Oger pour faire un champagne exclusif qui ne sera vendu qu’à des abonnés à sa production. Il nous fait goûter son champagne qui ne sera mis en vente qu’en 2029. Je ne sais pas si je peux en parler puisqu’il n’a pas été nommé dans le menu que nous avons reçu. Je serai donc discret mais j’ai trouvé que ce champagne se distingue par une grande énergie très plaisante, une acidité bien contrôlée et une noblesse avenante. Il promet.  

On nous sert des vins de Pauillac, le Château Mouton Rothschild 2015 et le Château Lafite Rothschild 2015 sur un filet de canette à la rouennaise (plat servi lors d’un repas de 1896 dont le menu est présent dans le livre). Quel contraste entre ces deux vins ! Le Lafite est d’une précision extrême et d’un accomplissement absolu. Alors que Lafite met toujours de longues années avant de s’exprimer, voici un Lafite parfait aussi grand que les grands millésimes du passé.

A côté de lui, le Mouton n’est pas encore assemblé. On sent qu’il se cherche et qu’il lui faudra quelques années avant qu’il n’exprime sa personnalité joyeuse. Je suis étonné que certains convives aient pu préférer le Mouton Rothschild.

Trois vins vont accompagner le Parmentier Napoléon III, sauce Second Empire aux truffes melanosporum. Il y a Château Haut-Brion 2014 seul grand cru classé qui n’est pas médocain mais de Pessac-Léognan, Château Latour 2015 et Château Margaux 2016. Le plat est d’une générosité en truffes comme je n’en ai jamais vues ce qui est un bonheur pur, mais la truffe anesthésie tout autre goût du plat. Elle accapare notre palais.

Le Haut-Brion est aussi exceptionnel que le Lafite. Tout en lui est précis, structuré et parfait. C’est un très grand vin. Le Margaux est élégant, délicat et féminin comme il l’est souvent et, alors que je suis un amoureux de Château Latour, je trouve que ce 2015 se cherche comme le Mouton et n’a pas encore trouvé son envol. Il était compréhensif qu’on puisse choisir entre Margaux et Haut-Brion, mais pour moi, des cinq vins rouges deux émergeaient nettement, Lafite et Haut-Brion. Gabrielle Vizzavona, experte en vins et rédactrice du livre 1855 pense exactement comme moi, émerveillée par ces deux vins exceptionnels pour leur jeune âge.

Nicolas est un grand gastronome et il a eu une idée de génie en associant à ce moment du repas le Château d’Yquem 2015 avec une raviole de foie gras « Palais Royal ». Quel bel accord alors qu’il ne faut surtout pas associer Yquem et foie gras quand le foie gras est froid et servi en début de repas.

Il a cédé quand même à l’appel des pâtes bleues en annonçant : ‘Puis une lichette de bleu, quand même…’ en prenant un roquefort, alors que la vérité est avec le stilton. Mais il est pardonné.

Nicolas m’avait annoncé un vin qu’il chérit, un Vino Alchemico G. Mercandelli Spumante Golem 2020 sur un entremets au citron du Royaume des Deux-Siciles et j’avoue que je n’ai rien compris. Ce vin présente une forte bulle envahissante, qui empêche de sentir le goût s’il y en a un. Je suis peut-être passé à côté du message, mais je n’ai rien ressenti du tout.

Nous avons eu l’honneur de goûter un Cognac Camus Collection Privée Légion d’honneur sur des chocolats et mignardises, servi par Cyril Camus, le propriétaire de ce merveilleux cognac très fin et précis.

Nicolas aime surprendre et un détail m’a fait approuver son aimable folie : au lieu d’avoir un verre d’eau rempli d’eau, chacun a un verre de Château du Moulin-à-Vent ‘Champ de Cour’ 2014. C’est amusant et rebelle. Je l’ai goûté sur la bisque de la langoustine puisque le rosé ne me plaisait pas et j’ai trouvé ce vin simple très pertinent sur ce plat.

Nicolas et Jean-Maurice ont réussi le lancement de leur livre 1855 qui est le quatrième de leur collection qui comprend : Menus de Légende – de Gaulle à table – Versailles, The Gastronomic Revolution – et maintenant 1855 dans lequel un de mes repas a eu l’honneur de figurer.

Longue vie à ce livre et merci à nos hôtes généreux. Une petite remarque significative. Lorsque j’ai quitté le salon des artistes, je suis passé par la grande salle si célèbre du Grand Véfour. Vers 23h15 cette salle est vide. Où est le temps où l’on festoyait dans les grands restaurants ? 

Déjeuner au siège des champagnes Salon et Delamotte mardi, 21 octobre 2025

Après le dîner à l’Assiette Champenoise le groupe de chevaliers du Tastevin poursuit son voyage en Champagne en se rendant au siège des champagnes Salon et Delamotte.

Nous sommes reçus par Didier Depond président de ces champagnes qui a gentiment invité ce groupe à déjeuner à ma demande.

Après une visite des vignes, Audrey Campos rappelle l’histoire du champagne Salon et nous nous rendons dans la salle de dégustation, accueillis par un Champagne Blanc de Blancs sans année en magnum sur des petits amuse-bouches. Ce champagne est brillant, énergique et de belle intensité. C’est un beau début de parcours.

Nous nous rendons dans la belle salle à manger où nous sommes une vingtaine de convives. Il y a les participants du dîner de la veille à l’Assiette Champenoise, d’autres chevaliers du Tastevin et quelques amis de Didier Depond.

Didier fait appel à un chef parisien qui se déplace volontiers. Le menu se présente ainsi : velouté de pommes de terre crémeux au Chaource / Cannellonis aux cèpes et foie gras, céleri émincé / gambas poêlées aux aubergines, citronnelle et coriandre / blanquette de veau traditionnelle au vin jaune, riz pilaf et légumes / Brie / tarte aux pommes croustillante au miel, glace vanille.

En lisant le menu on mesure à quel point nous allons être gâtés car il y aura douze vins qui seront servis. Il y a d’abord un groupe de trois Champagne Blanc de Blancs Delamotte en magnum 2012, 2014 et 2018. Les trois sont très épanouis. J’ai un faible pour le 2014 qui est le plus frêle et délicat des trois. Ils sont tous de grande qualité.

On nous sert ensuite le Champagne Salon 2015 dans trois verres différents pour sentir quelle est l’influence du verre sur le goût. J’avais hier eu une discussion avec un ami qui vit au Portugal et au Brésil sur l’importance des verres dans la dégustation. Je ne suis pas un fanatique de la recherche du verre parfait, car je pense ressentir l’âme d’un vin même si le verre n’est pas parfait alors que mon ami est très strict sur le sujet. Dans cet exercice aujourd’hui, je commence à ne voir que des écarts insignifiants car je suis un tel admirateur du 2015 de Salon que j’en jouis sans m’arrêter aux détails.

Puis, il apparaît nettement qu’un verre s’élimine de lui-même, celui qui a une forme bourguignonne. Les deux verres restants sont encore ex-aequo pour mon palais et tout d’un coup je constate qu’un verre rend le Salon 2015 vertical et l’autre horizontal dans le parcours en bouche. Ces deux expressions sont différentes mais d’égal plaisir. Il est clair que lorsque je bois du vin, je ne vais pas aussi loin dans le détail car ce que j’aime, c’est de comprendre l’âme du vin et son message.

Nous buvons ensuite les Salon 2007 et Salon 1997. Le Champagne Salon 2007 est d’une grande fraîcheur. C’est un vin généreux, facile à vivre, de belle expression. Le Champagne Salon 1997 est un de mes préférés. C’est un guerrier, puissant et dominateur. Sur le plat de gambas, l’association est belle. L’aubergine fait briller le 1997. J’ai dit à Didier Depond que son 2007 est meilleur que ceux que je bois chez moi.

C’est à l’aveugle que nous goûtons le vin suivant, glorieux et épanoui. Sa couleur est claire et sa bulle active, deux signes de jeunesse, mais il y a tellement de grandeur que je ne vois que 1996 comme possibilité. J’avais oublié de penser au Champagne Salon 2008 en magnum qui est immense.

Le vin qui accompagne la blanquette est un rouge : Tiano Nareno magnum Argentine 2017. C’est un vin que j’ai déjà bu en ce lieu car Didier Depond en est l’un des propriétaires. Il est jeune, de très belle personnalité, puissant mais de grande fraîcheur.

Le fromage de Brie est accompagné par un Champagne Blanc de blancs Collection 2008 qui est impressionnant de cohésion. Il est brillant et le fromage l’y aide. Didier a eu une remarque qui m’a impressionné. Il a dit que ce jour, les Delamotte paraissent plus épanouis que les Salon. Cette remarque décontractée montre une spontanéité que j’apprécie.

Il restait au programme un Delamotte rosé sur le dessert, mais j’ai quitté cette noble assistance car je devais rentrer à Paris.

La générosité de Didier Depond est extrême. Les chevaliers du tastevin m’ont applaudi pour avoir organisé le dîner à l’Assiette Champenoise et ce déjeuner en ce lieu mythique. Je suis rentré fatigué mais heureux d’avoir rencontré ces amateurs américains sympathiques. Deux belle journées.

Compétition de dégustation à l’aveugle chez Bollinger mardi, 27 mai 2025

Deux jours après le déjeuner à Plénitude avec tous les premiers grands crus de Bordeaux, je pars de bon matin vers le pressoir de la maison Bollinger à Mareuil-sur-Aÿ, car je serai membre du jury de la quinzième édition de la compétition de dégustation à l’aveugle créée par Sciences Po Paris et réservée à 14 grandes écoles françaises, mais aussi à une fidèle école, celle d’Oxford.

Chaque école est représentée par trois élèves. Il y a deux écoles par table. Les épreuves comportent quatre séries de quatre vins. Pour chaque série les élèves disposent d’un temps limité. Ils doivent donner pour chaque vin le cépage, l’année, la région, l’appellation et le viticulteur. Inutile de dire que jamais je ne serais admis à concourir pour de tels exercices.

Les copies sont traitées par des experts qui ne sont pas le jury dont je fais partie. On détermine les cinq meilleures écoles qui vont avoir à passer de nouvelles épreuves de dégustation puis un questionnaire de culture générale sur le vin. C’est beaucoup plus difficile.

Les correcteurs classent les cinq premières équipes qui font la deuxième partie des épreuves et après correction donnent le résultat : les deux premiers sont HEC et Normale Sup.

Ces deux équipes candidates à la victoire dégustent des vins et répondent aux questions générales et c’est maintenant au jury de jouer son rôle en jugeant l’épreuve orale. Chaque élève d’une équipe va décrire un des vins, donner ses caractéristiques et l’identifier. Il doit aussi, au moins pour un vin, proposer un accord mets et vins.

Nous allons juger ces prestations comme le font les jurys des concours de sommellerie et je suis impressionné par les connaissances et l’aisance de ces jeunes élèves.

Après la prestation des six élèves nous nous réunissons en petit comité avec les membres du jury dont le directeur de Bollinger, le secrétaire général et l’œnologue, un expert de Bettane & Desseauve et moi. Un détail mérite d’être signalé. Pour le jury, l’un des vins est un bordeaux. La seule femme des six élèves, de l’équipe HEC, dit aussi bordeaux et sa présentation est une des plus réussies. Mais manque de chance, il s’agit d’une Côte Rôtie La Landonne de Guigal. Il est assez difficile d’en vouloir à la jeune élève quand le jury a fait la même erreur.

Après de longues délibérations car les deux équipes d’étudiants ont été brillantes, nous avons déclaré vainqueur le groupe d’élèves d’HEC.

J’ai demandé aux organisateurs de Science Po que les deux équipes gagnantes soient à la même table avec moi et avec les organisateurs de Science Po, afin qu’ils puissent goûter les vins du déjeuner à Plénitude d’il y a deux jours, dont j’avais gardé les fonds de bouteilles. Les seuls vins qui avaient été bus entièrement étaient l’Yquem 1935, le Lafite 1955 et le champagne Heidsieck 1955.

Les élèves ont été émerveillés de goûter ces vins qui sont d’un monde qui leur est inconnu. Les voir aussi joyeux est un immense plaisir pour moi. Ils ont été impressionnés par la jeunesse de ces grands vins qui ne montrent aucun signe de faiblesse, sauf le Château Margaux 1905 qui a quasiment rendu l’âme. La plus belle surprise pour eux est la Malvoisie 1875 tellement puissante et expressive, avec une longueur infinie.

Je me suis rendu compte que je serais incapable de faire ces concours. Ma consolation est d’avoir émerveillé ces jeunes amateurs de vin si sympathiques.

Merci à la maison Bollinger qui a permis que se tienne cette belle compétition et merci aux organisateurs de Science Po qui m’ont fait l’honneur de m’inviter au jury.

Conférence dégustation pour des étudiants d’HEC dimanche, 18 mai 2025

Un cercle d’élèves d’HEC réunis dans l’Association Grands Crus HEC m’a invité à venir faire une conférence dégustation pour trente élèves.

La réunion se tient dans un hôtel particulier très chic du 8ème arrondissement, où l’étudiant qui m’accueille n’était jamais venu. J’arrive à 16 heures alors que la conférence démarre à 19h30, pour que les vins aient le temps de s’épanouir.

J’ouvre les vins dont les bouchons résistent, surtout ceux des Moulin à Vent dont les goulots n’ont rien de cylindrique. La partie pincée du goulot empêche le bouchon de remonter entier. J’ai donc utilisé le tirebouchon Durand et non mes outils habituels. Les ouvertures se sont bien passées.

Je présente aux élèves ma vision de l’intérêt des vins anciens et je n’avais pas conscience à quel point ils n’avaient jamais approché ce monde. En effet ce club reçoit des vignerons parmi les plus célèbres, mais jamais les vins qu’ils boivent n’ont plus de dix ans. Aussi la dégustation que nous allons faire les entraîne dans un monde inconnu.

Alors que les vignerons commentent les vins qu’ils présentent, je laisse chacun être attentif aux émotions qu’ils ressentent. C’est inhabituel pour eux.

Nous commençons par le Pomerol Bourgneuf-Vayron 1961 qui est d’une grande année et représente un pomerol typique, riche et dense. Il a des accents de truffe et ce qui impressionne, c’est sa densité, son équilibre et sa longueur. Je le trouve particulièrement bon. Je ressens que les élèves sont assez troublés par des goûts inconnus.

J’avais envie d’oser en choisissant un Moulin à Vent Union des Viticulteurs de Romanèche-Thorins et Chénas 1969 dont la couleur est plutôt claire. Je suis moi-même troublé, car il y a des notes sucrées en ce vin complexe et doucereux. S’agit-il vraiment d’un rosé ? Pourquoi pas. Ce qu’on peut noter, c’est le goût cohérent et un aspect gourmand marqué. J’avais choisi un vin inhabituel. J’aurais peut-être dû être plus conventionnel.

Nous allons maintenant comparer deux Vouvray moelleux, un jeune et un ancien. Le Vouvray moelleux Réserve Clos Naudin Philippe Foreau 1997 est beaucoup plus foncé que le Clos Du Bourg Vouvray Moelleux Huet 1959. La démonstration est édifiante, car le 1959 est parfait, charmeur, cohérent et agréable à boire alors que le 1997, plus sombre est plus rigide.

J’avais prévu une surprise pour les élèves qui est de boire un Maury la Coume du Roy domaine de Volontat 1925. Ce vin de grande douceur, au parfum envoûtant et à la longueur infinie est un miracle. Montrer à ces jeunes amateurs qu’un vin de cent ans peut avoir des subtilités et une jeunesse infinie est une surprise très grande. A lui tout seul, ce vin validait mes théories sur le fait que le vin a un appel vers l’éternité.

Je ne m’en suis pas rendu compte mais nous avons bavardé pendant quatre heures avec des amateurs avides de connaissances nouvelles.

Ce fut une très agréable soirée avec ces étudiants sympathiques. J’ai senti qu’ils ont été heureux de cette expérience très différente de celles qu’ils vivent dans le monde du vin.