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p>Un car affrété
par la maison Ruinart
prenait en charge ce joyeux grou
pe, qui n’avait
pas fini ses ex
plorations de la cham
pagne. Nous sommes accueillis chaleureusement dans une magnifique salle où, dans un calme rassurant, nous allons goûter de magnifiques cham
pagnes. Avant cela, j’avais visité les crayères à 35 mètres sous le niveau du sol où mûrit le cham
pagne (voir
photo). C’est beau et im
pressionnant à la fois. Le Dom Ruinart 1996 a un nez très intense,
profond, très vineux. En bouche il est élégant, évoque la
pam
plemousse quand il devient
plus chaud. A ce
pro
pos, j’ai constaté avec tous ces cham
pagnes à quel
point mon
plaisir se situe entre la deuxième minute et la quatrième minute dans le verre. Le vin a besoin de s’installer dans le verre. Ensuite, il cumule la force de la bulle, la fraîcheur, et les arômes qui s’ex
priment. Au bout de quatre minutes, le réchauffement é
paissit la bulle, em
pâte les arômes et le cham
pagne
perd de sa longueur. J’ai généralement tendance à aimer les cham
pagnes moins frais que ce qui est servi dans les restaurants. Ici je me rends com
pte que la fenêtre de tir des tem
pératures
pour les cham
pagnes Ruinart est très étroite,
phénomène que j’avais déjà constaté
pour le Haut-Brion blanc, qui s’ex
prime avec le maximum de charme dans une
plage de tem
pérature qui n’excède
pas deux degrés. Le Dom Ruinart 1993 a un nez déjà
plus évolué. Il est très mûr, dévelo
ppé, ex
pressif. Le 1990 est beaucou
p plus doré, au nez avancé
pas tro
p agréable. En bouche, il est exactement com
plet. On ne
peut s’em
pêcher de
penser à Roxane Debuisson, l’aficionado de Ruinart qui ne jure que
par le 90, mais en magnum seulement. Le 1988 est moins doré que le 90,
plus citron. Le nez est
plutôt minéral. Au début, il est un
peu coincé, un
peu en dedans.
Puis il s’ouvre et devient intéressant
par une jeune agressivité. C’est lui que mes amis
préférèrent des blancs. Le 1981 est ambré, déjà bronzé. Le nez me
plait, fait de beurre et de
pêche. En bouche, nettement évolué, il est intéressant car sa bulle est belle. Un cham
pagne
pour accom
pagner une belle cuisine. Je me suis rendu com
pte de l’autorité dont jouit Richard Juhlin, ex
pert mondialement reconnu en cham
pagnes, auteur de
plusieurs livres qui font référence. Il a signalé que le 1981 ne lui convenait
pas et immédiatement la bouteille fut doublée
par un 1981 ravissant que je fus le seul à classer en
premier des blancs, le 1988 étant acclamé
par ces juges, même si le 1990 im
pose le res
pect. Alors que je suis assez
peu fanatique des cham
pagnes rosés, je suis interdit comme sur un u
ppercut
par le Dom Ruinart rosé 1990. le nez est incroyablement séducteur et en bouche, quelle élégance a
près les blancs !
Passionnant. Mais le rosé 1988 allait me
plaire
plus encore
par un fruité excitant. Je l’ai
préféré au 1990, contre l’avis de mes amis qui ont
plébiscité le 1990. Mais ce fruité m’allait bien. Le rosé 1986 moins ouvert,
plus conventionnel, fut vite doublé, sur un froncement de cil de Richard Juhlin,
par un magnum du même millésime. Malgré une nette amélioration, ce cham
pagne ne me fit
pas vibrer. L’im
pression générale qui restait en bouche, c’est que l’on avait bu de grands cham
pagnes. Mais mon
palais allait vivre une de ces excitations que j’adore. A
près deux jours assez intenses, l’iode et le sel d’huîtres Gillardeau bien calibrées ont formé avec le blanc de blancs non millésimé Ruinart un accord absolument renversant. La bouche a
ppelle cette combinaison où les deux com
posantes, l’iode et la bulle
publient les bans
pour une union où, selon le code civil, chacun doit a
pporter au mariage selon ses ca
pacités contributives. Et ça contribuait.
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ps://www.academiedesvinsanciens.org/u
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pity_imageComment_txt">J'ai l'air songeur en écoutant Philippe Faure Brac pendant ce dîner chez Ruinart
<
p>Dans une belle salle voûtée dont les murs sont ornés des
panneaux de su
pport des bouteilles en vieillissement, un dîner fort élégant : salade de homard au
parmesan,
poularde en demi-deuil et sa
petite
purée truffée, fromages frais et affinés,
poire aux é
pices, tuile aux éclats d’amandes et sa glace au gingembre confit. Belle cuisine au homard résolument car
pacchique, à la truffe délicatement et goûteusement glissée sous la
peau, et au gingembre très consensuel. Sur ce beau menu Dom Ruinart 1996, évidemment
plus vivant qu’en salle de dégustation, Dom Ruinart 1990 magnifique, « R » de Ruinart bien fait
pour a
paiser le fromage et le Dom Ruinart rosé 1990 qui marche évidemment très bien avec la
poire et surtout le gingembre, mais que je verrais volontiers sur d’autres audaces. Il est certain que deux dîners de suite où il n’y a que du cham
pagne, même d’une qualité irré
prochable, donnent des envies de vins rouges,
pour « mâcher » du vin. Une générosité remarquable de deux maisons de cham
pagne, totalement libre
puisque le jury a jugé à l’aveugle, sans
possibilité de se trom
per, comme j’en fus le témoin. Il faudra lire cette brillante analyse dans « le S
pectacle du Monde », qui consacre sé
parément des grandes maisons de cham
pagne et des
petits
pro
priétaires, dont un
primé qui était inconnu de tout le jury, quand on a révélé son nom ! Ça fait
plaisir qu’on consacre des vignerons discrets qui font bien.
Pendant que je rentrais fourbu à
Paris, mes com
pères infatigables ont
poussé la chansonnette dans des karaokés endiablés jusqu’à l’heure du laitier. Ces deux jours m’offrirent de grands moments d’amitié.
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