J’ai été contacté il y a quelques tem
ps à
pro
pos d’ un travail de recherche historique sur l’ensemble des crus classés de Saint-Emilion et
plus
précisément d’un Grand-Corbin blanc de 1924.
Cette fois, Sylvain Torchet s’intéresse aux historiques des crus bourgeois de 1932 et m’a contacté à
pro
pos de la bouteille du château Bel-Air marquis d’Aligre dont j’ai mis
plusieurs
photos sur mon blog et sur le site de la
passionduvin.
Il m’envoie ce texte très intéressant :
L’histoire de cette bouteille est la suivante : Le marquis Étienne Jean François d’Aligre (1770-1847) réservait la
production du château Bel-Air uniquement
pour son usage
personnel.
De 1825 à 1847, il a fait fabriquer des bouteilles
portant son nom et cette mention Défendu d’en laisser, il s’agit d’une des
premières bouteilles de forme bordelaises (celles de Latour de la fin du 18ème sont larges d’é
paules).
Ces bouteilles furent stockées au domaine et dans son hôtel
particulier de la rue d’Anjou-Saint-Honoré.
A
près son décès, son gendre Michel Marie de
POMEREU (1779-1863) et/ou son
petit fils, Étienne-Marie-Charles de
Pomereu-d’Aligre (1813-1889), marquis de Riceys et marquis d’Aligre, héritier du marquis d’Aligre bénéficiant du titre
par une ordonnance du 21 décembre 1825, ont
per
pétué cette tradition en faisant inscrire le nom de
Pomereu d’Aligre sur les bouteilles suivantes.
Il a donc existé un nombre im
portant de ces bouteilles et la
production a
pu continuer au moins jusqu’en 1889 et le décès de l’héritier du marquis d’Aligre, voir 1897.
&nbs
p;
Il existe une histoire sur la diffusion de ces bouteilles que beaucou
p d’auteurs ont re
pris à
partir d’un texte
paru dans Le Monde Illustré de 1857.
Quelqu’un sur la
passion du vin avait re
pris le texte suivant qui n’est
pas la co
pie exacte du texte original mais s’en a
pproche :
« On l’a
ppelle le Margaux défendu.
Pourquoi défendu? L’affaire va vous être ex
pliquée. Les bouteilles qui le contiennent ont été fondues ex
pressément en verre olive, forme bordelaise, et l’é
paule est flanquée de deux médaillons en haut relief et o
pposés. Sur l’un on lit : Margaux Bel-Air Marquis d’Aligre et sur l’autre dans un feston, cet ordre im
pératif et excessivement agréable à recevoir : « Défendu d’en Laisser ».
Vous voyez maintenant d’où vient ce nom, ce surnom, ce défendu. Le marquis d’Aligre, alors qu’il était
pro
priétaire du Château de Bel-Air en
plein cru Margaux, ne souffrait
point que ce vin allât dans le commerce. Tout entrait dans ses caves et n’en ressortait que
pour la table, ou
pour quelques cadeaux de loin en loin. A sa mort, deux amateurs qui connaissaient et a
ppréciaient cette liqueur exquise, se dis
putèrent ce qui restait dans les catacombes de l’hôtel célèbre de la rue d’Anjou : l’un était M. Frédéric Gaillardat, dont le nom est insé
parable du
plus grand succès dramatique de notre tem
ps (La Tour de Nesles), aujourd’hui écrivain
politique de
premier ordre et amateur de vins rares,
pour les offrir à ses amis. L’autre acquéreur était le Comte d’Ignenville, mort l’an dernier en laissant une
petite cave de trois mille bouteilles ! Ses bouteilles de château Aligre furent
partagées
par un agent d’une grande maison bordelaise entre deux restaurateurs.
A la mort du marquis, le Château de Bel-Air a été acheté
par M. Viguerie, banquier et
président du tribunal de commerce de Toulouse. Il
paraît que cet heureux
pro
priétaire suit l’égoïste tradition du marquis et ne vend
pas son vin! Chez lui il n’est
pas défendu d’en laisser, il est défendu d’en
prendre ! Les deux restaurateurs, quant à eux, avouent n’en avoir
plus que trente trois bouteilles… le reste est dans la cave à
porte de fer de M. Frédéric Gaillardat. Quelqu’un, un s
péculateur, qui a su l’affaire, a essayé d’obtenir les fameuses bouteilles vides du vin incom
parable, évidemment
pour les rem
plir d’un autre vin de choix et
profiter frauduleusement de la tradition d’Aligre et des légendes du verre. Mais l’honorable écrivain informé de la tentative, fait briser toutes les bouteilles à mesure que son hos
pitalité les é
puise, étendant ainsi la curieuse inscri
ption, non
pas seulement au délicieux contenu, mais au contenant même. Une de ces bouteilles authentiquement
pleine, sera donc sous
peu une curiosité digne d’un musée. »
Malheureusement, je ne
peux confirmer l’exactitude des informations
portées et citées un
peu
partout.
Tout d’abord, je n’ai
pas réussi à retrouver de comte d’Ignenville (ou avec un nom a
pprochant) mais surtout le château Bel-Air est resté la
pro
priété de la famille du marquis d’Aligre au moins jusqu’en 1897, année où le domaine serait devenu la
pro
priété d’Ernest Rosset. Nulle
part, on ne trouve trace d’un Jose
ph Viguerie dans les livres consacrés au vin de cette
période.
La fiche historique sera dis
ponible sur le site de Sylvain Torchet en se
ptembre.
&nbs
p;
Photos sur mon blog à
https://www.academiedesvinsanciens.com/galerie-1848/
https://www.academiedesvinsanciens.com/defendu-den-laisser/
sur L
PV une discussion a commencé
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