Nous sommes invités par des amis à déjeuner au restaurant L’Aventure. C’est un endroit que j’apprécie énormément et où j’ai la chance de pouvoir apporter des vins. J’ai choisi parmi les vins possibles un Champagne Réserve Grand Trianon A. Rothschild & Cie 1964 dont l’étiquette est extrêmement vieille France, un peu surannée mais très jolie. Et j’ai choisi aussi une Côte Rôtie La Mouline E. Guigal 2005.
Il fait une chaleur extrême aussi j’ai apporté les vins protégés par un sac isotherme. Dès que j’arrive, je demande des seaux à glace pour maintenir la température des vins. J’ouvre les deux vins avant que les amis n’arrivent. Le bouchon du champagne de 1964 se brise puisqu’en tournant, le bas du bouchon reste collé au goulot.
Mais le parfum du champagne est très plaisant. Et tandis que la Côte Rôtie 2005 a un bouchon qui vient entier et un parfum qui est très prometteur, les amis arrivent. Notre ami a apporté un Château Palmer 2010 au niveau parfait qui promet.
Le champagne Rothschild de 1964 a une couleur ambrée et son goût est d’une douceur invraisemblable. Beaucoup d’amateurs diraient immédiatement que le champagne est madérisé, expression dont j’ai une horreur absolue. Car c’est une incompréhension totale du monde des champagnes anciens. Les champagnes anciens n’ont aucune commune mesure avec les champagnes jeunes.
Le pétillant est toujours là, mais la bulle a disparu. Et ce champagne est extrêmement agréable à boire, très doux, très subtil, et avec les moules gratinées cuites à l’ail, l’accord est absolument plaisant.
Nous avons commandé des langoustes qui arrivent cuites à la perfection. Et le Château Palmer 2010 est d’une puissance incroyable. C’est un vin extraordinaire d’énergie, de solidité et l’accord avec la langouste se fait naturellement.
Vient ensuite la Côte Rôtie, la Mouline 2005 de Guigal. Et c’est une autre planète, c’est autre chose. Ce vin est tout en charme et tout en longueur, une longueur qui est infinie. Et le contraste est très fort. Et je pense qu’on doit aimer les deux : le Château Palmer pour sa puissance et la Côte-Rôtie pour sa délicatesse et une longueur infinie. Et nous, profitons de l’accord dans les deux cas avec une jouissance certaine.
Au moment du fromage, j’ai demandé pour les deux rouges du fromage et j’ai commandé un comté et un Saint-Marcelin. Dès que j’ai vu ce fromage, j’ai dit à mon ami : l’accord avec le Palmer sera immense. Et effectivement, l’accord du Saint-Marcelin avec le Château Palmer est subjuguant, beaucoup plus percutant que ce qu’il pourrait être avec la Côte-Rôtie. Cela m’arrive souvent qu’en voyant un fromage, je sais immédiatement quel vin lui conviendra. Et je n’ai aucune idée de la façon de le justifier.
Julien, le propriétaire du restaurant « L’Aventure » ne pouvait être là car il allait à l’enterrement d’un de ses proches. Mais comme c’était mon premier repas de l’été, j’ai demandé que l’on fasse comme si c’était mon anniversaire pour que l’on ait la cérémonie classique, où une musique tonitruante fait que tout le monde applaudit surtout quand je souffle une bougie.
Ce fut absolument charmant et m’a permis de converser avec un client d’une autre table qui, comme par un hasard incroyable, est né six jours avant moi.
Si l’on veut synthétiser les vins de ce repas, le champagne Rothschild 1964 est tout en douceur, le Château Palmer 2010 est d’une puissance extrême et vraiment convaincante, et la Côte Rôtie La Mouline 2005 de Guigal est d’un charme et d’une longueur infinie.
Ce premier déjeuner d’été est un bonheur absolu.