19ème séance de l’ académie des vins anciens vendredi, 30 novembre 2012

La 19ème séance de l’ académie des vins anciens se tient au restaurant Macéo. Nous sommes 38 et nous nous partagerons 55 vins, répartis en trois groupes de dégustation. A 16h30, je commence l’ouverture des vins, rejoint par plusieurs académiciens qui viennent m’aider et participent à cette importante opération. L’ambiance est joyeuse et active, car beaucoup de bouchons résistent. Les odeurs des vins sont très variables, avec de bonnes et de mauvaises surprises.

Les vins sont répartis en trois groupes sauf les champagnes d’apéritif (les vins précédés d’une astérisque proviennent de ma cave) : deux *Champagne du Château de Germigney 1/2 bt sans année élaboré par Leclère – deux Champagne Taittinger brut – Champagne Ruinart Blanc de Blancs – Champagne Ruinart Brut – *Champagne Charles Heidsieck années 80.

Les vins du Groupe 1 : Champagne Grand Réserve Damien Coutelas SS A – *Domaine de la Trappe Vin d’Algérie rosé 1949 – Vin d’Algérie rosé Frédéric Lung 1942 – *Château d’Arlay Côtes du Jura 1973 – Château Latour-Figeac 1970 – Château Moulin Riche 1914 – *Chambolle-Musigny Domaine Faiveley magnum 1973 (commun à deux groupes) – Corton Jules Régnier 1961 – *Nuits-Saint-Georges Clos des Corvées Général Gouachon 1945 – Chateauneuf-du-Pape Domaine du Banneret 1989 – *Chateauneuf-du-Pape Veuve H.-M. Avril 1957 – *Rioja Ollauri Paternina 1928 – Vin d’Algérie rouge Frédéric Lung 1938 – *Château Chalon Fruitière Viticole de Château Chalon 1959 – Château Rabaud 1947 – Château Rayne Vigneau 1945

Les vins du Groupe 2 : Champagne Grand Réserve Damien Coutelas SS A – Château Mont-Redon Chateauneuf-du-Pape Blanc 1976 – *Château d’Arlay Côtes du Jura 1969 – Château Léoville Poyferré 1985 – Château La Conseillante 1969 – Clos l`Eglise pomerol 1959 – Clos des Jaubertes 1964 – Château d’Arsac 1925 – *Chambolle-Musigny Domaine Faiveley magnum 1973 (commun à deux groupes) – *Volnay Namont de Marcy 1961 – *Beaune Marconnets Remoissenet 1937 – Châteauneuf du Pape Camille Chandesais 1962 – *Rioja Ollauri Paternina 1928 – Vin Jaune Désiré Petit 1964 – *Château Chalon Fruitière Viticole de Château Chalon 1959 – Château Doisy-Daëne 1975 – Cru Le Buhan Cérons 1962

Les vins du Groupe 3 : Champagne Grand Réserve Damien Coutelas SS A – Château La Louvière Pessac Léognan Blanc 1979 – Mosel Wein 1964 – *Château d’Arlay Côtes du Jura 1969 – Château Mouton Rothschild 1976 – Château Canon Saint-Emilion 1966 – Corton Bressandes Tollot Beau 1988 – Château Malescot Saint-Exupéry 1961 – *Bonnes Mares Mommessin 1972 – *Vosne Romanée S.A. Leroy & Cie 1959 – Chassagne-Montrachet rouge Joseph Drouhin 1959 – Châteauneuf du Pape Faye et Cie Négociant 1958 – *Rioja Ollauri Paternina 1928 – Côtes du Jura Bury 1964 – *Château Chalon Fruitière Viticole de Château Chalon 1959

Nous prenons l’apéritif debout en commençant par le Champagne du Château de Germigney 1/2 bouteille sans année élaboré par Leclère, qui m’a été offert lors des séjours en cet hôtel au moment de la percée du vin jaune. Le champagne a quelques années et cela lui va bien. C’est une heureuse surprise que de voir une personnalité aussi affirmée. Le Champagne Taittinger brut est plus conventionnel et classique. Il est un peu trop dosé à mon goût. Le Champagne Ruinart Blanc de Blancs et le Champagne Ruinart Brut sont frais et agréables pour discuter entre amis. Le premier a une belle tension.

Nous passons à table. Le menu composé par le restaurant Macéo est : risotto de cocos tarbais, crème légère au citron vert / croustillant de volaille, tartare d’avocat, sauce aigre doux / gambas sautées au chorizo ibérique, risotto au piquillos / magret de canard, sauce épices, étuvée de choux et poireaux / ananas rôti, crème Chantilly / tiramisu aux quetsches. Il a fort agréablement accompagné la profusion de vins.

Le Champagne Grand Réserve Damien Coutelas sans année est une belle découverte. Pur, de belle personnalité, il a de grandes aptitudes à la gastronomie.

Le Vin d’Algérie rosé Frédéric Lung 1942 est jugé comme un blanc par certains convives de ma table, mais c’est bien un rosé, car j’en ai ouvert un de 1940 du même coloris. Quand je bois ce vin, je suis ému. Il est beau, de grande personnalité, racé et équilibré. Il raconte beaucoup de choses. J’ai ajouté le Domaine de la Trappe Vin d’Algérie rosé 1949 au programme car l’ami qui a apporté le 1942 d’Algérie et un 1938 a fait un grand cadeau à l’académie. Comme j’adore les vins d’Algérie de cette époque, j’ai fait cette ajoute. Le 1949 est plus lourd, avec plus d’alcool, mais il est bien fait. Il est étrange et nous n’avons pas de repères pour un tel vin. Malgré cela, je prends un grand plaisir. Le Château d’Arlay Côtes du Jura 1973 qui est servi en même temps que les deux algériens est beaucoup plus complexe. Il a des fruits, il est gouleyant ce qui est paradoxal pour un vin du Jura. Il est de grande longueur. C’est une belle surprise.

Le Château Latour-Figeac 1970 est lui aussi une belle surprise, car très au dessus de ce que j’attendais. C’est un bordeaux joliment épanoui, de grand plaisir. Le Château Moulin Riche 1914 est un peu plat, mais encore bien vivant. Il est agréable à boire et c’est ce genre de témoignage qui est dans la ligne de l’académie des vins anciens.

On m’apporte d’une autre table le Château Malescot Saint-Exupéry 1961, solide, imperturbable. Ce vin est comme un ticket gagnant : on est sûr qu’il sera bon pour longtemps.

Le Chambolle-Musigny Domaine Faiveley magnum 1973 est une divine surprise. Jamais je n’aurais cru que ce vin serait aussi expansif. Follement bourguignon, je l’aime parce qu’il ne cherche pas à séduire.

Le Corton Jules Régnier 1961 est intéressant, mais il n’est pas parfait, surtout au nez. On attendrait plus de cette belle année.

Le Nuits-Saint-Georges Clos des Corvées Général Gouachon 1945 est fatigué. Il évoque des tas de saveurs bien sûr, mais ce vin tasteviné au niveau bas n’est pas satisfaisant.

Le Beaune Marconnets Remoissenet 1937 que j’ai ajouté au programme d’une autre table vient à moi. Malgré un niveau bas, il se montre adorable. C’est un bonheur et à mon sens le plus beau bourgogne de ceux que j’ai bus ce soir.

Le Corton Bressandes Tollot Beau 1988 m’est proposé par son apporteur d’une autre table. Il est jeune, solide, aimable, mais par sa jeunesse il est à la limite du champ de recherche de l’académie.

Le Vosne Romanée S.A. Leroy & Cie 1959 que j’ai ajouté au programme d’une autre table est un très joli vin bien droit et solide, mais pas aussi complexe que ce que j’aurais souhaité.

Il y a à peine dix jours, j’étais venu au restaurant Macéo pour une dégustation de Chateauneuf-du-Pape. Un vigneron présent m’avait donné une bouteille du Chateauneuf-du-Pape Domaine du Banneret 1989 pour l’académie. C’est un beau cadeau, car le vin est magnifique d’équilibre. Très épanoui, très beau, c’est un grand Chateauneuf-du-Pape jeune lui aussi, de grande qualité.

Le Chateauneuf-du-Pape Veuve H.-M. Avril 1957 a une odeur camphrée très désagréable. C’est une déception pour moi, car j’en avais déjà bu un qui m’avait enthousiasmé.

J’ai apporté pour les groupes trois bouteilles de Rioja Ollauri Paternina Réserve 1928 aux niveaux parfaits ou presque parfaits. Hélas une table a eu une bouteille morte, alors que les deux autres tables, dont la mienne, ont eu un vin magnifique de vivacité, d’un équilibre simple mais très convaincant. C’est un grand vin gourmand.

Face au Vin d’Algérie rouge Frédéric Lung 1938 je confesse volontiers que je n’ai aucune objectivité, parce que ce type de vins m’émeut. Il est rond, joli, ne tient pas la distance, mais qu’importe, il a été ouvert.

Le Vin Jaune Désiré Petit 1964 est intéressant mais je suis moins enthousiaste que ceux qui l’ont bu à une autre table. Le Côtes du Jura Bury 1964 est un vin délicat, subtil, manquant un peu de force.

Comme pour le Rioja, j’ai apporté trois Château Chalon Fruitière Viticole de Château Chalon 1959. Certains n’ont pas été convaincus à une table. Celui que j’ai bu est superbe et profond, à tous points de vue.

Lorsque j’ai voulu faire les photos des bouteilles, deux jours avant la réunion, j’ai eu la mauvaise surprise de constater que le bouchon du Château Rabaud 1947 d’un académicien avait glissé dans le liquide. La menace était forte. La bouteille a été transportée verticalement jusqu’au restaurant. A l’ouverture le nez était très pur. Force est de constater que le vin n’a pas de réel défaut au point d’être plus vivant et plus apprécié que le Château Rayne Vigneau 1945 de belle présentation mais qui offre un service minimum, politiquement correct, ce qui ne l’empêche pas d’être beau.

Le nombre de nouveaux académiciens est ce soir très important, ce qui est un signe encourageant. L’ambiance est amicale, enjouée, tonique, et chacun communie avec les autres à ces vins d’âges canoniques. Nous sommes donc dans l’esprit de l’académie. Le service du Macéo, qui est bien rodé, est efficace. Sur 55 vins, il y a eu, comme on peut s’y attendre, plusieurs déchets. Mais ce qui compte, ce sont les belles performances des autres vins, largement majoritaires. Même si je n’ai pas ressenti une étincelle de génie d’au moins l’un des vins, il y a suffisamment de belles performances pour faire de cette réunion l’un des plus belles des 19 que nous avons faites.

Avec le Vin d’Algérie rosé Frédéric Lung 1942, le Chambolle-Musigny Domaine Faiveley magnum 1973, le Beaune Marconnets Remoissenet 1937, le Chateauneuf-du-Pape Domaine du Banneret 1989, le Rioja Ollauri Paternina Réserve 1928, le Château Chalon Fruitière Viticole de Château Chalon 1959 et le Château Rabaud 1947, il ne sera pas difficile de garder de cette soirée un souvenir des plus positifs.

J’ai insisté sur le fait que chacun des membres doit essayer de pousser la qualité des vins vers le haut, pour notre plus grand plaisir.

Les bouteilles rassemblées dans ma cave (il en manque une dizaine)

les vins du groupe 1 (pas tous)

les vins du groupe 2

les vins du groupe 3 (les autres en arrière plan)

les bouchons

quelques photos de plats

Académie des vins anciens – les vins – champagnes et groupe 1 vendredi, 30 novembre 2012

Les vins sont répartis en trois groupes sauf les champagnes d’apéritif (les vins précédés d’une astérisque proviennent de ma cave) :

deux *Champagne du Château de Germigney 1/2 bt sans année élaboré par Leclère

deux Champagne Taittinger brut – Champagne Ruinart Blanc de Blancs

Champagne Ruinart Brut – *Champagne Charles Heidsieck années 80

Les vins du Groupe 1 :

Champagne Grand Réserve Damien Coutelas SS A

*Domaine de la Trappe Vin d’Algérie rosé 1949

Vin d’Algérie rosé Frédéric Lung 1942

*Château d’Arlay Côtes du Jura 1973

Château Latour-Figeac 1970 – Château Moulin Riche 1914

*Chambolle-Musigny Domaine Faiveley magnum 1973

Corton Jules Régnier 1961

*Nuits-Saint-Georges Clos des Corvées Général Gouachon 1945

Chateauneuf-du-Pape Domaine du Banneret 1989

*Chateauneuf-du-Pape Veuve H.-M. Avril 1957 – *Rioja Ollauri Paternina 1928 (un par groupe)

Vin d’Algérie rouge Frédéric Lung 1938

*Château Chalon Fruitière Viticole de Château Chalon 1959 – Château Rabaud 1947

Château Rayne Vigneau 1945

Académie des vins anciens – les vins du 2ème groupe vendredi, 30 novembre 2012

Les vins du Groupe 2 :

Champagne Grand Réserve Damien Coutelas SS A

Château Mont-Redon Chateauneuf-du-Pape Blanc 1976

*Château d’Arlay Côtes du Jura 1969

Château Léoville Poyferré 1985 – Château La Conseillante 1969

Clos l`Eglise pomerol 1959

Clos des Jaubertes 1964

Château d’Arsac 1925

*Chambolle-Musigny Domaine Faiveley magnum 1973

*Volnay Namont de Marcy 1961*Beaune Marconnets Remoissenet 1937

Châteauneuf du Pape Camille Chandesais 1962

*Rioja Ollauri Paternina 1928Vin Jaune Désiré Petit 1964

*Château Chalon Fruitière Viticole de Château Chalon 1959

Château Doisy-Daëne 1975 – Cru Le Buhan Cérons 1962

Académie des vins anciens – les vins du 3ème groupe jeudi, 29 novembre 2012

Les vins du Groupe 3 :

Champagne Grand Réserve Damien Coutelas SS A

Château La Louvière Pessac Léognan Blanc 1979 – Mosel Wein 1964

*Château d’Arlay Côtes du Jura 1969 – Château Mouton Rothschild 1976

Château Canon Saint-Emilion 1966 – Château Gruaud Larose 1964

Château Malescot Saint-Exupéry 1961Corton Bressandes Tollot Beau 1988

*Bonnes Mares Mommessin 1972*Vosne Romanée S.A. Leroy & Cie 1959

Chassagne-Montrachet rouge Joseph Drouhin 1959

Châteauneuf du Pape Faye et Cie Négociant 1958

*Rioja Ollauri Paternina 1928

Côtes du Jura Bury 1964 – *Château Chalon Fruitière Viticole de Château Chalon 1959

Académie des Vins Anciens (AVA) – 19ème séance du 29 novembre 2012 jeudi, 29 novembre 2012

Académie des Vins Anciens (AVA) – 19ème séance du 29 novembre 2012

Règles et informations mises à jour au 18/10/2012. (à lire avec attention)

Date et heure : 29 novembre 2012 à 19h00

Lieu : Restaurant Macéo 15 r Petits Champs 75001 PARIS 01 42 97 53 85

Participation financière :

120 € par personne si l’inscrit apporte une bouteille de vin ancien (1) agréée par François Audouze

240 € par personne si l’inscrit vient sans bouteille

(1) si l’inscrit n’a pas de vin assez ancien, un "troc" est possible avec François Audouze, qui mettra au programme un vin ancien, contre une (ou plusieurs) bouteille de vin jeune qui présente un intérêt pour lui

Paiement :

Aucun chèque ne sera remis en banque avant le 27 novembre 2012. Il n’y a donc aucune raison de retarder l’envoi du chèque de paiement. On peut l’envoyer des maintenant.

Le chèque doit être remis si possible avant le 10 novembre à François Audouze. L’ordre du chèque est : "François Audouze AVA"

Chèque à envoyer à François Audouze 18 rue de Paris 93130 NOISY LE SEC

Livraison des vins :

Les vins doivent être proposés et agréés par François Audouze. Les bouteilles sont à déposer chez Henriot 5 rue la Boétie 75008 Paris – 2ème étage – 01.47.42.18.06. Notre contact sur place est Martine Finat : mfinat@champagne-henriot.com . Aucune bouteille ne devrait être livrée après le 20 novembre. Merci d’attendre le 2 novembre pour commencer à remettre votre bouteille chez Henriot.

Une variante est de m’envoyer par la poste la bouteille à l’adresse : François Audouze société ACIPAR 18 rue de Paris 93130 NOISY LE SEC

Pour que l’organisation de cet événement soit fluide, il est recommandé de ne pas attendre avant de proposer les vins, les livrer et payer.

Au plaisir de vous accueillir pour une réunion aussi brillante que les précédentes.

la générosité des vignerons de Châteauneuf dimanche, 25 novembre 2012

Il y a des choses qui ne s’inventent pas. Une vingtaine de vignerons de Chateauneuf-du-Pape présentent leurs vins au restaurant Macéo qu’ils ont privatisé. Quoi de plus naturel de commencer la dégustation par le stand n° 1 ? C’est le domaine du Banneret et Jean-Claude Vidal me dit qu’il lit mes bulletins avec plaisir et qu’il imaginait bien que je viendrais. Il sort de ses bagages un Chateauneuf-du-Pape domaine du Banneret 1989 et me le donne en disant : "votre séance de l’académie des vins anciens se tiendra ici dans une semaine. J’aimerais que vous y partagiez ce vin". J’avais naguère pu mesurer la générosité des vignerons de Châteauneuf. Elle se vérifie toujours.

Florilège de Discours savants sur le Vin dimanche, 25 novembre 2012

C’est un livre, écrit par Azélina Jaboulet-Vercherre, de morceaux choisis sur plus de 3.000 ans des philosophes et écrivains les plus célèbres, lorsqu’ils ont parlé de vin.

A lire, pour se rendre compte que les mots sur le vin ne datent pas de notre siècle.

A lire aussi pour rêver de ceux qui ont bu des vins dont il ne reste, hélas, plus aucune trace.

Il est paru aux éditions Féret.

164ème dîner de wine-dinners au restaurant Taillevent samedi, 24 novembre 2012

Le 164ème dîner de wine-dinners se tient au restaurant Taillevent. La taille du groupe a changé à plusieurs reprises, entraînant le changement du salon du premier étage. Entre le salon chinois, plus petit, et le salon lambrissé, mon cœur balance vers les boiseries élégantes à la française. Quand j’arrive à 17 heures, nous sommes chinois. A 18 heures, grâce à Jean-Marie Ancher, nous sommes lambrissés. Il est des opérations du Saint-Esprit qu’il vaut mieux ne pas discuter.

Selon la tradition, j’ouvre les vins. Le parfum du Pétrus 1979 est d’une rare séduction. Il est plus riche que je ne l’aurais imaginé. En enlevant la capsule du Gazin 1959 je vois l’inscription sur le haut du bouchon : "rebouché en 1998". Il se trouve que je n’aime pas les bouteilles reconditionnées car cette opération, même bien faite, altère le goût originel, mais surtout parce que cette opération est faite sans que l’on donne l’indication du niveau de la bouteille entrante. J’ai acheté cette bouteille parce qu’elle avait un niveau superbe. Comme de l’extérieur il n’y a aucun indication de rebouchage, je suis mécontent. Et bien sûr quand je sens le vin, j’ai un a priori défavorable. La suite montrera que j’ai tort.

Le nez du chambertin 1959 est magnifiquement bourguignon. Le bouchon de la Romanée Saint-Vivant du domaine de la Romanée Conti 1983 me résiste longtemps, tant il est comprimé dans le goulot. Son parfum est extraordinaire. Patatras, le nez du Richebourg du domaine de la Romanée Conti 1959 est plus que désagréable et l’odeur du bouchon imbibé et sorti en brisures est horrible. Même si je suis souvent le témoin de résurrections, j’ai bien peur que ce vin ne se réveillera pas. Aussi, j’ouvre une bouteille de réserve, un Châteauneuf-du-Pape Domaine du Pégau Réservée 1989. Son nez est généreux et ce qui me fait plaisir, c’est que sa puissance est contenue, ce qui lui permettra de cohabiter avec les bourgognes. Patatras à nouveau, le nez de l’Yquem 1941, d’une très belle bouteille, se présente sous des fragrances que je n’ai jamais rencontrées. Il est camphré, odieusement chimique. Le diagnostic vital est d’une triste clarté : celui-ci ne reviendra jamais à la vie. Une nouvelle fois grâce à Jean-Marie Ancher, je prélève dans la cave du restaurant un Château de Rayne-Vigneau 1914 à la jolie couleur dorée et au nez de sauternes.

Une conjonction de bouteilles abîmées aussi importante ne s’est jamais produite jusqu’alors dans mes dîners. Nous sommes sept à la table, dont un convive qui ne boit pas. J’avais prévu sept bouteilles. J’en avais rajouté une sans le dire, la Romanée Saint-Vivant, car il y a quelques jours, c’était l’anniversaire de l’amateur chinois fidèle de mes dîners qui m’a demandé d’organiser cette soirée pour honorer des amis, et j’ai ajouté deux vins, ce qui porte à dix les vins du programme.

Sur les sept personnes autour de la table il y a la responsable du marketing hôtelier d’un grand groupe de luxe, un anthropologue qui dirige une mission Chine-Europe sur des sujets artistiques et culturels, un tailleur italien, mon ami chinois, un expert en vin londonien et un écrivain britannique. Comme nous en sommes à étrenner des "premières" lors de ce dîner, c’est la première fois qu’un convive demande un menu différent des autres, sans viande ni abats, qu’il va accompagner sous nos rires et nos yeux ébahis de Coca Light, zéro sucre. Inutile de dire que cela fait tout drôle. Son humour très britannique a permis qu’il ne soit pas le mouton noir de ce repas.

Le menu composé par Alain Solivérès est : gougères et petits toasts au foie gras / tartare de bar de ligne à l’huile d’olive / foie gras de canard poêlé, jus à la Rossini / chausson de lapin de garenne au romarin / mignon de veau du limousin doré, légumes racines au jus / perdreau patte grise rôti au genièvre/ saint-nectaire / entremets à la mangue.

Le Champagne Pommery 1947 n’a plus de bulle. Il y a un peu de poussière dans son parfum, mais en bouche, ce qui frappe immédiatement, c’est sa grâce. Il allie grâce et fraîcheur. Les gougères gomment tout signe de vieillesse de ce champagne plaisant. Quelque deux heures plus tard, lorsqu’avec Desmond nous avons senti nos verres de Pommery 1947, celui de Desmond avait une pureté exprimant la grandeur du champagne, alors que le mien, un peu plus rempli, avait encore des traces de poussières.

Le Champagne Salon 1985 fait un contraste très fort. Il apparaît plus jeune en passant après le Pommery. Le parfum est intense, le vin est très vineux et ce champagne est aujourd’hui en pleine possession de ses moyens. Il faudrait boire tous les Salon à 27 ans ! Il a de jolis fruits compotés et la légère acidité du plat de poisson lui donne un coup de fouet de plaisir et une tension extrême. C’est un grand champagne, racé, presque opulent.

Le nez du Pétrus 1979 est d’une séduction folle. Le foie gras et sa sauce sont divins et propulsent le Pétrus avec bonheur. Il y gagne en velouté. Il est bien sûr truffe, mais de façon parfaitement dosée. Ce qui est intéressant, c’est que ce Pétrus, plus puissant que je ne l’imaginais, est extrêmement lisible. Pour plusieurs convives, c’était leur premier Pétrus et c’est une chance de découvrir Pétrus avec un vin aussi facile à vivre, joyeux, velouté, subtil et charmant.

Le Château Gazin 1959 a un nez un peu retenu mais noble. Vexé d’avoir acheté un vin rebouché, je cherche à lui trouver des défauts, alors que mes convives le jugent très bon. Et c’est vrai qu’il est bon, servi à merveille par un chausson de lapin particulièrement viril. Et ce qui est le plus satisfaisant, c’est que le Gazin tient parfaitement le choc de ce plat envahissant les papilles. Il profite à plein de son année merveilleuse. Cette association est d’un grand bonheur.

Le Chambertin Jaboulet-Vercherre 1959 est une heureuse et bonne surprise. Il est très bourguignon, tant au nez qu’en bouche. Long, prenant bien toute sa place dans le palais, il est épanoui, charmant, naturel et d’une précision supérieure à ce que j’attendais. C’est un vin très agréable à boire, de belle sérénité.

Servi en même temps, le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1959 n’est pas foncièrement désagréable, et certains n’approuvent pas mes fortes critiques, mais le vin est cuit, brûlé, comme s’il avait eu un trop fort coup de chaud avant qu’il n’atteigne ma cave. C’est une grosse déception car un vin du domaine dans une année aussi belle aurait dû nous donner d’infinis plaisirs.

Mais son cousin plus jeune, la Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 1983 fait tout pour rattraper la déception du Richebourg. Son nez est à se damner. C’était d’ailleurs la plus grande impression olfactive il y a quelques heures lors des ouvertures. Le vin est racé, brillant, d’une complexité extrême. C’est le contraire du Pétrus qui se faisait lisible. Il se drape dans ses voiles de séduction qui flottent sur la nuque en disant : "suivez-moi jeune homme". C’est une expression des vins du domaine très romantique et d’une année qui me plait de plus en plus. La rose et le sel sont là, déclinés de la plus heureuse façon.

Sur le perdreau, je fais servir avec un léger décalage le Châteauneuf-du-Pape Domaine du Pégau Cuvée Réservée 1989. Le vin est solide, très Châteauneuf mais avec une subtilité particulière. Il est puissant tout en étant retenu, fruité de belle façon. Il a l’art et la manière. Mais nous avons tellement envie de profiter de la Romanée Saint-Vivant que je demande qu’on nous serve un saint-nectaire, pour que l’on profite du Pégau sans subir la comparaison avec le vin bourguignon exceptionnel de subtilité. Et le 1989 bu seul sur le fromage est d’un grand plaisir avec une intense joie de vivre.

Jamais je n’ai eu à rencontrer une déviation gustative comme celle de ce Château d’Yquem 1941. On dirait qu’on a versé dans la bouteille du sauternes un liquide qui est sert à laver les vitres. Je ne fais même pas servir l’Yquem aux convives, car le goûter abîmerait nos palais. Le Château de Rayne-Vigneau 1914 est servi instantanément sur le dessert. Son or est raffiné, son nez est de jolis agrumes, et en bouche, c’est un beau et plaisant sauternes, peu explosif et relativement peu expansif, mais suffisamment plaisant pour terminer le repas de belle façon.

Le restaurant Taillevent, perfide, nous fait servir un délicieux cognac sur des mignardises, qui plombent nos volontés.

Nous sommes six à voter pour quatre vins chacun. Huit vins figurent au moins une fois dans les votes, les deux oubliés étant les vins morts. Trois vins ont reçu au moins un vote de premier, la Romanée Saint-Vivant trois fois, le chambertin deux fois et le Pommery 1947 une fois.

Le vote du consensus serait : 1 – Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 1983, 2 – Chambertin Jaboulet-Vercherre 1959, 3 – Pétrus 1979, 4 – Champagne Salon 1985, 5 – Château Gazin 1959.

Mon vote est : 1 – Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 1983, 2 – Pétrus 1979, 3 – Chambertin Jaboulet-Vercherre 1959, 4 – Champagne Salon 1985.

La cuisine d’Alain Solivérès a été brillante. Deux plats sont exceptionnels, le foie gras et le chausson de lapin de garenne. Le service est toujours d’une rare efficacité et d’une capacité de réaction remarquable. La salle du premier étage est toujours aussi belle. Les discussions ont été passionnantes, tenues en anglais, sur des sujets allant dans toutes les directions. Nous avons passé une excellente soirée, avec bien sûr pour moi le regret que des vins ne soient pas parfaits. Les rajoutes heureuses ont permis que ce repas nous procure une brassée de beaux souvenirs.

Une première dans mes dîners !!!!!!

Verticale de Cristal Roederer de 2005 à 1989 mercredi, 21 novembre 2012

Il est très rare pour moi de boire deux millésimes de Cristal Roederer dans la même soirée – et quand je dis rare, c’est une litote – et les périodes sans en boire sont suffisamment longues pour que toute volonté de comparaison soit vouée à l’imprécision. Aussi, c’eût été difficile de rater la première dégustation verticale de Cristal Roederer qui se tient en dehors du siège de cette honorable maison. C’est aux caves Legrand, grâce à l’entreprenant Gérard Sibourd-Baudry. Frédéric Rouzeaud, de la septième génération de la famille propriétaire de ce domaine fondé en 1776 et qui s’appelle Louis Roederer depuis 1832, présente le domaine et Jean-Baptiste Lécaillon, DGA et chef de caves, présente les vins. Voici les notes telles que je les ai prises, au fil de la plume d’un champagne dont le nom "Cristal", date de 1876.

Le Champagne Cristal Roederer 2005 a un nez racé, de poudre à canon et de tabac. Il n’évoque pas le fruit mais le minéral. L’attaque est délicate, envoûtante. Le vin entoure et envoûte comme un boa. Le final est moins brillant que le passage en palais. C’est un champagne très séduisant car énigmatique. Je l’adore. Le final s’assemble et délivre du fruit confit. Il est très charmeur car interpellant. Pour moi, c’est magnifique. Je ne suis pas sûr qu’il gardera cette troublante séduction avec des années de plus, car il deviendra plus compréhensible, mais pour l’instant, c’est magique, avec beaucoup de fruits exotiques et d’épices. Il est d’un grand équilibre, et lorsqu’il s’échauffe dans le verre, ce sont les fruits confits qui dominent.

Le Champagne Cristal Roederer 2002 au un nez aussi minéral, plus prononcé. L’attaque est belle, plus charmeuse. Le vin veut charmer, contrairement au 2005. Il y a du poivre, du thé, des épices. C’est délicieux, mais il n’y a pas l’énigme du 2005. Il y a quand même une assise très forte, une tension extrême. C’est un grand champagne.

Jean-Baptiste nous parle des années océaniques, qui sont des années à chardonnay et des années continentales qui sont des années à pinot noir. Parmi les années que nous goûterons, les 2005, 1999 et 1995 sont océaniques et les 2002, 1996 et 1989 sont continentales.

Les vins sont issus des vignes en propre. Il n’y a pas d’achat de vins à l’extérieur de la propriété. Les parcelles sont des dorsales calcaires, car c’était la volonté de Louis Roederer, pour exprimer les qualités qu’il voulait. Il y a une majorité de pinots noirs : deux tiers, contre un tiers au chardonnay et selon les années, le pourcentage variera en faveur de l’un ou de l’autre, compte tenu de leurs performances.

Le Champagne Cristal Roederer 1999 a un nez difficile à définir. Il est fermé et m’évoque l’ardoise. L’attaque est très retenue. C’est un champagne discret au final très fort. On sent qu’il reste sur son quant-à-soi. Quand il se réveille, il reste retenu. Le 2002 plus chaud développe des accents de miel. Je pense que le 1999 vieillira très bien et qu’il dévoilera sa profondeur. Le 2002, c’est le charme et le 1999 c’est la profondeur.

Jean-Baptiste dit qu’il met des vins d’Avize pour l’élégance, de Cramant pour l’exubérance, et de Mesnil-sur-Oger pour avoir un goût de Corton. Chez Roederer, le dégorgement est à date unique, cinq à six ans après la récolte. Dans le cas du 2005, on est au-delà de six ans.

Nous allons maintenant comparer le 1996 en bouteille et en magnum. Le Champagne Cristal Roederer 1996 en bouteille a un nez lacté. L’attaque est superbe et le vin est complexe. Il se boit bien et sa bulle est très forte. Le message du vin s’est un peu simplifié. C’est un grand vin. Il ne faut même pas une seconde pour prendre conscience de l’ampleur et du volume du Champagne Cristal Roederer magnum 1996. C’est spectaculaire. Il "écrase" l’autre en bouteille. Tout en lui est facile. C’est Fred Astaire ! Je ne m’attendais pas à un tel écart. L’épanouissement du 96 en magnum est spectaculaire. Il faut dire que toutes les bouteilles ont été ouvertes une heure et demie avant notre arrivée. Avec ce vin, au top, on nage dans le bonheur.

Le Champagne Cristal Roederer 1995 a un nez subtil, très droit. Il y a beaucoup de fruits et de fruits confits. Il est de belle race. C’est un Cristal archétypal. Il est très bon, très pur. Le 1996 est génial et le 1995 est solide et grand. Très vineux. Le 1995 à une personnalité très forte, chantante et puissante. Je préfère la tension du 1995 au charme du 1996, même si le magnum est d’un charme total. Pendant ce temps, le fond de verre du 2002 est superbe.

Le Champagne Cristal Roederer rosé 1996 a une couleur tellement blanche que je me demande s’il n’y a pas eu une confusion de bouteille. On croirait un blanc. Mais le nez est de rosé. Le Cristal rosé n’existe que depuis 1974. En bouche, même si l’on peut percevoir des goûts de rosé, la balance penche vers les goûts de blanc. Il est très beau, étonnant, atypique, car il transcende la notion de rosé. C’est un grand vin de gastronomie.

Le Champagne Cristal Roederer 1989 a un nez renversant de complexité et de finesse. En bouche, c’est du vin plus que du champagne. Il est vineux et doux. On entre dans le monde des vins doux et racés. C’était une année de chaleur. Il est miellé. Pour moi, il y a d’autres champagnes de 1989 plus tendus que celui-ci.

Si je devais classer les impressions qui sont bien personnelles, c’est le 2005 qui m’a le plus ému par son étrangeté. Le plus grand est le 1995 suivi du 1996 en magnum. Mais ce qui compte le plus, c’est que j’ai une nouvelle approche de Cristal Roederer, auquel je mordais relativement peu, d’une part à cause du prix, car je ne suis pas rappeur, mais aussi à cause du goût. L’image de Cristal a changé pour moi ce soir. J’en suis ravi.